Communiqués et dossiers de presse

Exposition au Chlordécone et prématurité : nouvelles données

Communiqué | 15 janv. 2014 - 16h00 | Par INSERM (Salle de presse)
Santé publique

Des chercheurs de l’Institut de recherche, santé, environnement et travail (Unité Inserm 1085), basés à Rennes et Pointe-à-Pitre, en collaboration avec le Service de Gynécologie-Obstétrique du CHU de Pointe à Pitre/Abymes et le Center for Analytical Research and Technology de l’Université de Liège, publient cette semaine sur l’impact de l’exposition maternelle au chlordécone sur la durée de la grossesse et le risque de prématurité (accouchement avant la 37ème semaine d’aménorrhée).

Les données relevées et analysées sont issues de la cohorte mère-enfant TIMOUN en Guadeloupe. Ces résultats sont publiés dans la revue American Journal of Epidemiology datée du 8 janvier 2014.

Le chlordécone est un insecticide organochloré employé aux Antilles de 1973 jusqu’en 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Sa présence persistante dans les sols, les eaux de rivières et les sédiments est à l’origine de la contamination de certaines denrées alimentaires. La contamination des populations antillaises par ce pesticide a été montrée par des travaux antérieurs. Le chlordécone est considéré comme perturbateur endocrinien.

Pour évaluer l’impact de l’exposition au chlordécone sur le déroulement de la grossesse, l’équipe dirigée par Sylvaine Cordier à Rennes et Luc Multigner à Pointe à Pitre a mis en place, en Guadeloupe, une grande cohorte mère-enfant baptisée TIMOUN (enfant en créole, cf. encadré page suivante).

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©Fotolia

Plus de 1000 femmes ont été incluses au cours de leur troisième trimestre de grossesse entre 2005 et 2007, principalement au CHU de Pointe à Pitre/Abymes et au CH de Basse Terre. L’exposition au chlordécone a été estimée par son dosage dans le sang maternel prélevé lors de l’accouchement. Ont été pris en compte l’âge, la parité, l’indice de masse corporelle avant le début de la grossesse, le lieu d’inclusion, le lieu de naissance des mamans, le statut marital, le niveau de scolarité, l’hypertension gestationnelle, le diabète gestationnel et d’autres polluants comme les PCB.

L’exposition maternelle au chlordécone a été retrouvée associée de manière significative à une durée raccourcie de grossesse ainsi qu’à un risque augmenté de prématurité, quel que soit le mode d’entrée au travail d’accouchement, spontané ou induit. Ces associations pourraient être expliquées par les propriétés hormonales, oestrogéniques et progestagéniques, du chlordécone.

La consommation d’aliments contaminés constitue de nos jours la source principale d’exposition au chlordécone de la population antillaise. Si on connait avec une certaine précision les types d’aliments contributeurs à l’exposition, les chercheurs estiment que les sources d’approvisionnement, production, distribution et vente hors circuits réglementés et jardins familiaux sur sols pollués conditionnent de nos jours l’intensité de l’exposition.

De ce fait, les chercheurs précisent que « toute mesure adaptée et permettant la réduction des expositions des femmes au cours de leurs grossesses est souhaitable » et incitent à la mise en place de moyens d’informations destinés aux femmes enceintes portant sur les types d’aliments (en lien avec les circuits d’approvisionnement à risque) à éviter pendant leurs grossesses.

La prématurité peut entrainer des effets sur le développement de l’enfant. Le suivi des enfants nés dans le cadre de la cohorte mère-enfant TIMOUN, actuellement en cours, permettra de mieux apprécier ces conséquences tout comme celles consécutives à l’exposition prénatale au chlordécone.

L’étude TIMOUN est une étude de cohorte (cf.définition dans le document Repères en épidémiologie) menée conjointement par l’Unité 1085 de l’Inserm (anciennement U 625) et les Services de Gynécologie-Obstétrique et de Pédiatrie du CHU de Pointe à Pitre et en collaboration avec le Centre de Recherche du CHUQ à Québec (Canada), l’Ecole de Psychologie de l’Université de Laval (Québec, le CART de l’Université de Liège (Belgique). L’objectif général de cette étude est d’évaluer l’impact sanitaire des expositions au chlordécone sur le déroulement de la grossesse et le développement pré et postnatal. Cette cohorte est constituée d’un millier de femmes suivies avec leurs enfants depuis leur grossesse qui a eu lieu au cours de la période 2005-2007.

POUR CITER CET ARTICLE :
Communiqué – Salle de Presse Inserm Exposition au Chlordécone et prématurité : nouvelles données Lien : http://presse.inserm.fr/exposition-au-chlordecone-et-prematurite-nouvelles-donnees/10687/
Contacts médias
Contact Chercheur

Luc Multigner
Inserm U1085 – IRSET Institut de Recherche sur la santé, l’environnement et le travail
Pointe à Pitre
luc.multigner@inserm.fr
Tel sur demande (ATTENTION : M. Multigner étant en Guadeloupe, merci de tenir compte du décalage horaire: Heure de Pointe à Pitre= Heure de Paris – 5)

Sylvaine Cordier
Inserm U1085 – IRSET Institut de Recherche sur la santé, l’environnement et le travail
Rennes
Tél: 02 23 23 69 11
sylvaine.cordier@inserm.fr

Voir les sources

« Chlordecone exposure, length of gestation and risk of preterm birth”.

Philippe Kadhel, Christine Monfort, Nathalie Costet, Florence Rouget, Jean-Pierre Thome, Luc Multigner, and Sylvaine Cordier

Unité Inserm 1085 – Institut de Recherche Santé Environnement Travail

American Journal of Epidemiology, 8 janvier 204

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