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Identification d’un gène en cause dans une maladie rare affectant le rein

Communiqué | 17 mai 2010 - 15h01 | Par INSERM (Salle de presse)
Physiopathologie, métabolisme, nutrition

Quelques semaines après la journée mondiale du rein, des scientifiques, dirigés par Dil Sahali (Unité Inserm 955(1) « Institut Mondor de recherche biomédicale » et service de néphrologie(2) de l’hôpital Henri-Mondor-AP-HP), en collaboration avec les unités Inserm 702 (Pierre Ronco) et 686 (Véronique Bernard), percent les mécanismes moléculaires en cause dans une maladie rare du rein. Cette maladie appartient au groupe des syndromes néphrotiques qui se déclarent chez un Français sur 5 000 chaque année. La maladie se manifeste brutalement par une fuite massive de protéines dans les urines. En l’absence de réponse au traitement, elle peut conduire à une insuffisance rénale. Leurs travaux paraissent le 18 mai 2010 dans la revue Science signaling.



Maladie rénale rare, le syndrome néphrotique acquis à rechute se développe le plus souvent sous forme chronique. Il se caractérise par la fuite de protéines dans les urines, ce qui provoque une forte baisse du taux de protéines dans le sang et entraine un gonflement soudain du corps (ou œdèmes). A moyen ou long terme, les conséquences de la maladie peuvent être lourdes : thrombose vasculaire, hypertension artérielle, retard de croissance, infertilité par exemple, mais surtout insuffisance rénale au stade terminal.

Jusqu’à présent, les connaissances sur les mécanismes moléculaires à l’origine du syndrome restaient limitées. L’efficacité des traitements corticoïdes(3) et immunosuppresseurs contre la maladie laissait supposer qu’un dysfonctionnement du système immunitaire en était à l’origine. Le rein ne serait donc que la cible fonctionnelle d’une désorganisation du système immunitaire.

Par une approche moléculaire, l’équipe a pu identifier un gène anormalement exprimé dans les cellules de patients atteints par la maladie : le gène c-mip. Ce gène, qui ne s’exprime pas chez les individus sains, s’exprime à l’inverse dans les cellules de l’immunité et dans les podocytes au cours du syndrome néphrotique acquis à rechutes.

Un point sur les podocytes :

Ce sont des cellules épithéliales hautement différenciées (Po), ancrées grâce à leurs prolongements en forme de doigts (les pédicelles, pe) à la face externe des anses capillaires du glomérule.
Les podocytes baignent dans l’urine primitive contenue dans l’espace urinaire (Eu).
Ces pédicelles s’entrelacent entre podocytes voisins, formant un réseau de fentes, imperméable aux protéines.
Ce réseau constitue la dernière barrière contre la perte de protéines dans le rein, perte qui engendrerait une protéinurie massive.

podocytes

© Inserm, D. Dahali

La présence du gène c-mip dans les podocytes humains a incité les chercheurs à l’introduire dans les podocytes de souris saines. Celles-ci développaient alors une protéinurie massive, révélant une étroite relation entre l’expression du gène c-mip dans les podocytes et la survenue d’une protéinurie. Par ailleurs, les souris manipulées présentaient les caractéristiques biologiques et histologiques du syndrome néphrotique observées en pathologie humaine. Restait alors à comprendre comment une surexpression de ce gène dans les podocytes impliquait une telle protéinurie. Pour répondre à cette nouvelle question, l’équipe a étudié le fonctionnement du gène c-mip au sein des podocytes en identifiant les protéines avec lesquelles il interagit. Leur travail a permis d’identifier la liaison physique de c-mip avec la protéine Fyn, hautement impliquée dans l’organisation du cytosquelette(4). Cette liaison perturbe l’activité des podocytes et désorganise leur cytosquelette, expliquant la fuite massive des protéines dans les urines.

Dans un dernier temps et afin de confirmer leurs observations, les chercheurs ont « éteint » l’expression du gène c-mip chez les souris atteintes d’un syndrome néphrotique expérimental. Celles-ci ne développaient alors plus de protéinurie massive. Ces expériences de thérapie génique in vivo confirment que l’extinction du gène c-mip endogène chez ces souris empêche le développement d’une protéinurie.

La dissection des mécanismes moléculaires à l’origine de la protéinurie réalisée dans cette étude apporte un éclairage inédit sur les mécanismes moléculaires du syndrome néphrotique acquis à rechutes. Pour Dil sahali : « Le fait que l’extinction du gène in vivo empêche le développement de la protéinurie permet d’envisager des implications thérapeutiques chez l’homme. »

(1) L’unité Inserm 955 est dirigée par le Pr Georges Guellaen.
(2) Le service de néphrologie est dirigé par le Pr Philippe Lang.
(3) Les corticoïdes sont des hormones naturellement produites par les glandes surrénales et utilisées comme anti-inflammatoires.
(4) Le cytosquelette est le réseau de fibres intracellulaires qui confère à la cellule l’essentiel de ses propriétés mécaniques

POUR CITER CET ARTICLE :
Communiqué – Salle de Presse Inserm Identification d’un gène en cause dans une maladie rare affectant le rein Lien : http://presse.inserm.fr/identification-dun-gene-en-cause-dans-une-maladie-rare-affectant-le-rein/16405/
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Dil Sahali

Unité Inserm 955, responsable de l’équipe « Dysfonctions lymphocytaires T dans les maladies podocytaires acquises des reins natifs et transplantés »

dil.sahali@inserm.fr
 
01 49 81 25 37

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« C-mip Impairs Podocyte Proximal Signaling And Induces Heavy Proteinuria »
Shao-yu Zhang1,2, Maud Kamal1,2, Karine Dahan1,2, André Pawlak1,2, Virginie Ory1,2, Dominique Desvaux1,2,
Vincent Audard1,2, Marina Candelier1,2, Fatima Ben Mohamed1,2, Marie Matignon1,2, Christo Christov3,4,
Xavier Ducroy4, Veronique Bernard5, Gilles Mangiapan6, Philippe Lang1,2,7,8, Georges Guellaën1,2, Pierre
Ronco9,10,11 and Djillali Sahali1,2,7, 8

1, INSERM, UMR 955, Equipe 21, Créteil;
2, Université Paris 12, Faculté de Médecine, UMRS 955, Equipe 21, Créteil;
3, AP-HP, Groupe hospitalier Henri Mondor – Albert Chenevier, Service d’histologie, Département de Pathologie, Créteil;
4, INSERM, UMR 955, Plate-Forme d’Imagerie Cellulaire et Tissulaire, Créteil;
5, INSERM, UMR 686, Universite Paris Descartes, Paris;
6, Centre hospitalier intercommunal, Service de pneumologie, Créteil;
7, AP-HP, Groupe hospitalier Henri Mondor – Albert Chenevier, Service de Néphrologie, Créteil;
8, Institut francilien de recherche en néphrologie et transplantation ;
9, INSERM UMRS 702, Paris;
10, UPMC Univ-Paris 6;
11, AP-HP, Hôpital Tenon, Service de Néphrologie et Dialyse, Paris.

Science Signaling, 18 mai 2010

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