Que risque-t-on à boire jeune ?

03 janv. 2013 - 10h23 | Par INSERM (Salle de presse) | Neurosciences, sciences cognitives, neurologie, psychiatrie

L’addiction à l’alcool concerne environ 5 millions de Français. Il est aujourd’hui très préoccupant de constater que  la consommation d’alcool se banalise de plus en plus chez les plus jeunes, développant des pratiques dangereuses telles que le « binge drinking » (boire massivement et très rapidement).

Dans le cadre du projet européen AlcoBinge coordonné par l’équipe de Mickaël Naassila (Unité Inserm ERi 24) les chercheurs ont exploré chez le rat les effets à long terme des intoxications alcooliques répétées au cours de l’adolescence (le rat est considéré comme adolescent  30 à 40 jours après sa naissance) sur la prédisposition et la motivation à consommer de l’alcool pouvant créer une addiction à l’âge adulte.

Les résultats publiés dans la revue Neuropharmacology, montrent que les intoxications répétées à l’adolescence, alors que le cerveau n’a pas fini sa maturation,  entrainent une perte de contrôle de la consommation d’alcool à l’âge adulte, et provoquent des modifications neurologiques à long terme.

D’un point de vue comportemental, l’étude dirigée par Mickaël Naassila démontre que les rats adultes exposés à des ivresses alcooliques tôt dans l’adolescence sont plus vulnérables à l’alcool, perdant le contrôle de leur consommation. En effet,  ces derniers sont moins sensibles aux propriétés aversives[1] et spécifiques de l’alcool.

Toujours d’un point de vue comportemental, les chercheurs Inserm ont étudié la motivation des rats adultes à consommer de l’alcool. Les chercheurs ont montré, pour la première fois  et après plusieurs expériences sur la récompense, que les rats adultes ayant été exposés précocement à l’alcool, faisaient preuve d’une motivation excessive pour obtenir de l’alcool.

D’un point de vue neurologique, l’intoxication alcoolique répétée au cours de l’adolescence provoque également des modifications dans le cerveau. Les chercheurs ont démontré qu’une sous-région bien précise du noyau accumbens, (zone cérébrale qui joue un rôle primordial dans le comportement addictif) est moins réactive, à long terme, à une ré –exposition à l’alcool. Ce qui pourrait expliquer leur plus grande vulnérabilité face à l’alcool.

Bien que menés chez le rat, ces résultats confirment que les intoxications alcooliques répétées à l’adolescence (qui miment « le binge drinking ») rendent les sujets adultes plus vulnérables à l’alcool et induisent des neuro-adaptations à long terme.

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Communiqué – Salle de presse de l’Inserm – Que risque-t-on à boire jeune ?
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[1] L’homme comme l’animal trouve en chaque drogue des composantes appétitives (attrayantes) et aversives (répulsives, effets désagréables). Quand pour un individu les effets aversifs l’emportent sur les effets appétitifs, il est incité à n’en jamais réitérer l’usage.  Dans le cas d’une sensibilité moindre aux effets répulsifs de l’alcool, la composante appétitive pour l’alcool prend le dessus et le sujet perd le contrôle de sa consommation.

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Mickaël NAASSILA
Université de Picardie Jules Verne
Directeur Unité Inserm ERi 24
Président Task Force Alcool de Picardie
03 22 82 77 58
mickael.naassila@inserm.fr

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Voir les sources

Alcohol intoxications during adolescence increase motivation for alcohol in adult rats and induce neuroadaptations in the nucleus accumbens

Stéphanie Alaux-Cantin*, Vincent Warnault*, Rémi Legastelois, Béatrice Botia, Olivier Pierrefiche, Catherine Vilpoux and Mickaël Naassila

Neuropharmacology, 31 décembre 2012

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