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Résultats définitifs de l’essai JIKI

03 mars 2016 - 11h00 | Par INSERM (Salle de presse) | Santé publique

Les conclusions définitives de l’essai clinique JIKI visant à tester l’efficacité du favipiravir pour réduire la mortalité chez les personnes infectées par le virus Ebola en Guinée sont publiées dans PLoS Medicine cette semaine. Ces travaux ont été menés sous la direction du Pr Denis Malvy de l’Inserm accompagné d’une grande équipe de chercheurs internationaux. Si les conclusions sont nuancées, elles ont néanmoins permis de rassembler des données et des repères qui permettront aux chercheurs de baser leurs futurs essais sur des hypothèses et critères robustes.

 

La fièvre Ebola est une maladie extrêmement meurtrière pour laquelle aucun traitement spécifique n’a prouvé son efficacité. En septembre 2014, pendant le pic épidémique, l’Organisation mondiale de la santé a diffusé une liste réduite de médicaments appropriés pour les études sur la maladie à virus Ebola (EBOV) , avec notamment le favipiravir, un médicament antiviral développé pour le traitement des formes sévères de la grippe. Une équipe internationale de chercheurs sous l’égide de l’Inserm a réalisé une étude appelée JIKI (ce qui signifie « espoir » en langue Malinke) en Guinée. L’étude avait pour but de tester la faisabilité et l’acceptabilité d’un essai réalisé en urgence dans le contexte d’une grande épidémie de maladie Ebola et de recueillir des données préliminaires sur l’innocuité et l’efficacité du favipiravir dans la diminution de la mortalité et de la charge virale chez des patients atteints de la maladie à virus Ebola. En raison des circonstances exceptionnelles de la récente épidémie de fièvre Ebola, l’étude était un essai pilote, de preuve de concept, non randomisé, multicentrique, avec un groupe de comparaison dit historique, dans lequel les 126 participants ont reçu du favipiravir en plus du standard des soins de base.

D’après les résultats de l’étude, il est peu probable qu’une monothérapie de favipiravir soit efficace chez les patients présentant une virémie très élevée, mais la molécule mérite de continuer à être évaluée chez les patients présentant une virémie intermédiaire à élevée. Cette conclusion se base sur deux résultats, les taux de mortalité observés et la dynamique de la charge d’ARN EBOV sous traitement.

Chez les patients présentant une virémie très élevée, la mortalité était 7 % supérieure à la valeur d’avant l’essai et les charges virales n’ont pas diminué. Ceci suggère qu’il est peu probable qu’un futur essai démontre un bénéfice du favipiravir chez ces patients.

Chez les patients présentant une virémie moins élevée, la mortalité était 33 % inférieure à la valeur d’avant l’essai et la virémie a diminué rapidement sous traitement. L’essai était non randomisé et l’intervalle de confiance à 95 % de la mortalité incluait la valeur d’avant l’essai. Par conséquent, ce résultat ne prouve pas que le favipiravir fût efficace chez ces patients, mais il indique que la question reste ouverte et il donne des indications sur la manière de mieux l’aborder.

Les auteurs concluent « Au milieu d’une crise sanitaire telle qu’une épidémie de fièvre Ebola, les chercheurs peuvent être confrontés à un contexte tel que le fait de randomiser les patients pour recevoir des soins habituels ou des soins habituels plus un médicament expérimental n’est pas acceptable du point de vue éthique. Dans ces circonstances rares, il peut être décidé de ne pas réaliser un essai et d’attendre des conditions plus favorables, ou de réaliser un essai non randomisé. Dans cette expérience pilote, nous avons choisi cette deuxième option. Nos conclusions sont nuancées. D’un côté, nous ne pouvons pas conclure sur l’efficacité du médicament, et nos conclusions sur la tolérance, même si elles sont encourageantes, ne peuvent pas être aussi définitives qu’elles ne l’auraient été avec une randomisation. D’un autre côté, nous avons beaucoup appris sur la manière de définir et de réaliser un essai dans de telles circonstances inhabituelles, en relation étroite avec la communauté et les organisations non gouvernementales. Nous avons intégré l’activité de recherche dans les soins, de manière à ce qu’elle les améliore, nous avons rapidement généré et partagé avec la communauté scientifique les données intermédiaires utiles pour concevoir des études sur la fièvre Ebola et nous avons rassemblé des preuves qui permettront aux chercheurs de baser leurs futurs essais sur des hypothèses préliminaires et des critères solides. »

POUR CITER CET ARTICLE :
Salle de Presse Inserm Résultats définitifs de l’essai JIKI Lien : http://presse.inserm.fr/resultats-definitif-de-lessai-jiki/22789/
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