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Des scientifiques parviennent à créer des organoïdes intestinaux plus grands et dotés d’un système nerveux fonctionnel

coupe histologique d’un organoïde colique humainImage de coupe histologique d’un organoïde colique humain généré dans le système de culture confinée et après transplantation (bleu : noyaux des cellules ; blanc : épithélium intestinal ; rouge :  enzyme du côlon) © Maxime Mahé/Inserm.licence CC-BY 4.0 international

De plus en plus de personnes souffrent de maladies gastro-intestinales. Pour mieux comprendre ces pathologies et apporter des solutions aux patients, les scientifiques travaillent sur les organoïdes, des petites structures biologiques en trois dimensions capables de reproduire certaines fonctions d’un organe. Ces modèles constituent des outils précieux pour étudier le développement cellulaire et les mécanismes des maladies. Une équipe de l’Inserm et de Nantes Université, en collaboration avec des équipes américaines[1], a mis au point une nouvelle méthode de culture permettant de produire, pour la première fois, des organoïdes intestinaux humains fonctionnels de grande taille, et ce deux fois plus rapidement qu’avec les méthodes existantes. De plus, ces organoïdes sont capables de développer leurs propres cellules nerveuses. Cette avancée offre de nouvelles perspectives pour l’étude des maladies gastro-intestinales et le développement de futures applications thérapeutiques. Ces résultats sont parus dans la revue Nature biomedical engineering.

Les organoïdes sont des structures biologiques tridimensionnelles, créés à partir de cellules souches, capables de se multiplier à l’infini (ou presque) et de donner naissance à des cellules dotées de fonctions précises. Étudiés depuis environ une quinzaine d’années, l’objectif initial des chercheurs était de comprendre les processus associés au développement et à l’organisation anatomique de nos tissus. De nos jours, les organoïdes sont devenus d’excellents outils pour la recherche biomédicale.

Cultivées in vitro, les cellules s’organisent et se spécialisent selon des processus comparables à ceux observés au cours du développement embryonnaire. Elles forment ainsi des organoïdes qui reproduisent certaines caractéristiques structurales et fonctionnelles des tissus ou des organes dont ils sont issus.

Jusqu’ici, les méthodes de culture qui permettaient d’obtenir des organoïdes présentaient toutefois plusieurs limites. Elles reproduisaient imparfaitement les conditions du développement embryonnaire in vitro et nécessitaient une greffe dans un modèle animal pour atteindre un stade de développement plus avancé.

L’équipe de Maxime Mahé, chargé de recherche Inserm au laboratoire Le système nerveux entérique dans les maladies digestives et du cerveau (TENS – Inserm/Nantes Université), s’est interrogée sur un moyen qui permettrait d’améliorer la génération des tissus tout en simplifiant les méthodes existantes.

Les scientifiques ont mis au point une nouvelle méthode de culture d’organoïdes intestinaux appelée système de culture confinée (CCS) qui repose sur une technologie d’impression 3D. Cette technique permet de créer un environnement favorable à la croissance et à la différenciation cellulaire des organoïdes.

Les résultats montrent qu’au bout de 14 jours de culture dans cet environnement spécifique (voir encadré ci-dessous), les structures d’organoïdes ont produit tous les types de cellules et toutes les structures qui nécessitaient auparavant 28 jours pour se former. Une fois transplantés sur un modèle murin (afin de permettre aux organoïdes de terminer leurs développements cellulaires), les scientifiques ont observé une adaptation des organoïdes à la physiologie de l’hôte, ainsi qu’une amélioration de la croissance tissulaire et du développement général.

Le système de culture confinée utilise la technologie d’impression 3D pour fabriquer des moules en forme de plateaux à partir de résine chirurgicale, puis remplit ces moules de polydiméthylsiloxane dégazé – un type de silicone souple semblable au caoutchouc.

Ces nouveaux plateaux comportent des rainures conçues pour confiner un ensemble d’organoïdes sphériques en une rangée, ce qui favorise la fusion et la maturation des sphéroïdes (modèle de culture cellulaire 3D). Ces fusions se produisent au sein d’un mélange spécial de nutriments et d’autres ingrédients qui favorisent la croissance initiale des cellules souches en organoïdes plus complexes.

Au sixième jour, les sphéroïdes distincts se développent en structures unifiées le long des rainures des plateaux. Ceux-ci sont ensuite transférés dans un hydrogel pour poursuivre leur croissance pendant huit jours supplémentaires.

Au quatorzième jour, les structures d’organoïdes ont produit tous les types de cellules et toutes les structures qui nécessitaient auparavant 28 jours pour se former.

Schéma expérimental du système de culture confinée. © BioRender ; Poling, H.

En plus d’être une méthode plus rapide, ce nouveau système de culture confinée a permis de créer des organoïdes d’intestin grêle, du côlon et de l’estomac près de 10 fois plus grands que ceux obtenus grâce aux précédentes méthodes. En effet, là où précédemment les organoïdes mesuraient 1 cm, les nouveaux peuvent atteindre 8 cm.

Contrairement aux précédentes méthodes, ce système de culture confinée permet aux organoïdes de développer spontanément un système nerveux entérique (régulateur des fonctions digestives). Avant même leur transplantation, les chercheurs ont observé que ce système nerveux était fonctionnel, capable de répondre à des stimuli et de présenter une activité neuronale.

« Nos travaux montrent que nous sommes désormais capables non seulement de générer des organoïdes gastro-intestinaux complexes plus grands, mais aussi dotés d’un système nerveux entérique », explique Maxime Mahé, dernier auteur de cette étude.

« Cette méthode de culture pourrait aider à accélérer la production de tissus dérivés d’organoïdes d’assez grande taille pouvant être utilisés dans la médecine réparatrice ou de transplantation de l’intestin grêle, de l’estomac ou du côlon des patients. De tels tissus seraient également précieux pour les futures études sur les maladies digestives comme celle de la maladie de Hirschsprung, mais aussi pour évaluer plus précisément les risques de dommages aux organes liés à la prise de médicaments oraux », précise Maxime Mahé.

Enfin, ces résultats constituent une avancée importante dans le cadre des principes des 3R en recherche biomédicale, dans l’objectif d’utiliser les organoïdes pour réduire l’utilisation des modèles animaux.

[1] Cette étude a été réalisée en collaboration notamment avec le Cincinnati Children’s Hospital Medical Center (CCHMC)

Des scientifiques découvrent le “code secret” du vieillissement du pancréas

Illustration 3D du pancréas © Fotalia

Une équipe de scientifiques de l’Université de Lille, d’Imperial College de Londres, du CNRS, de l’Inserm, du CHU de Lille et de l’Institut Pasteur de Lille vient de faire une découverte surprenante : le vieillissement du pancréas ne suit pas, comme on le pensait, un déclin désordonné, mais au contraire constituent un processus très organisé et lié à des mécanismes épigénétiques finement régulés (qui modifient l’activité des gènes sans changer la séquence de l’ADN). Alors que le pancréas s’adapte au fil du temps afin de maintenir la production d’insuline et l’équilibre glycémique, en situation de diabète avéré, l’épigénétique entraine un dysfonctionnement majeur des cellules pancréatiques des patients, ce qui peut aggraver la maladie.  Cette étude, dirigée par le Dr Amna Khamis et le Pr Philippe Froguel et publiée dans Nature Communications, ouvre de nouvelles perspectives pour mieux comprendre mais aussi prévenir le diabète. 

Le diabète touche aujourd’hui près de 600 millions de personnes dans le monde et ce nombre pourrait atteindre 1,4 milliard en 2050. Le diabète de type 2 (DT2) constitue 90% des diabètes. Les principaux facteurs de risque de DT2 sont le vieillissement et l’obésité sur un fond génétique de prédisposition. Les complications du DT2, rénales, cardio-vasculaires, hépatiques, neurologiques sont liées à la détérioration fréquente de l’équilibre glycémique au cours d’une maladie évolutive qui fait que 80% des patients n’ont pas leur glycémie bien contrôlée.

Mais que se passe-t-il réellement dans notre pancréas avec l’âge ? Pour le comprendre, les chercheurs lillois ont étudié des cellules spécialisées, les îlots pancréatiques, qui produisent l’insuline et régulent le taux de sucre dans le sang. Ils se sont intéressés à l’épigénétique, c’est-à-dire aux modifications du fonctionnement de nos gènes liées à l’environnement qui ne changent pas la structure de l’ADN. Leurs résultats révèlent un phénomène inattendu : avec l’âge, le pancréas suit un véritable « programme » biologique. Certaines zones de l’ADN subissent des méthylations, petites modifications qui influencent l’activité des gènes voisins. Loin d’être aléatoires, ces changements se concentrent sur des zones essentielles au bon fonctionnement des cellules pancréatiques et à la production d’insuline. Ainsi le vieillissement, jusqu’à un certain point, n’est pas obligatoirement un naufrage mais un processus adaptatif qui aide à maintenir la santé métabolique.

Les chercheurs lillois ont aussi analysé les cellules pancréatiques de personnes atteintes de DT2. Et là, le tableau des variations épigénétiques et leur traduction sur le génome était très différent :
contrairement au vieillissement normal, le diabète perturbe de manière catastrophique et non organisée des gènes essentiels à la sécrétion de l’insuline. Pire, le diabète provoque via les perturbations épigéniques, un stress cellulaire, une inflammation, une perte d’identité cellulaire profonds. Ce qui pourrait expliquer pourquoi la maladie s’aggrave avec le temps et pourquoi de nombreux patients résistent aux traitements, avec comme seul recours les piqûres d’insuline.

Comment identifier les patients diabétiques à risque d’évolution défavorable ? Pour répondre à cette question, les chercheurs lillois ont mis au point un « score » permettant d’estimer l’âge biologique du pancréas. Réalisé à partir de marqueurs épigénétiques présents dans le sang, ce score reflète la capacité des cellules à produire de l’insuline et améliore la détection du risque de diabète lorsqu’il est associé aux données génétiques.

En reflétant l’impact de notre mode de vie et notre environnement au fil du temps, ce score épigénétique pourraient servir de signal d’alerte précoce pour identifier les personnes à risque d’apparition de la maladie, et donc aiderait à mettre en place des mesures efficaces de prévention. Cette étude suggère un changement de perspective sur le DT2 : plutôt que de s’intéresser uniquement à la maladie constituée, il faut comprendre les mécanismes du vieillissement qui la précèdent, pour aider à éviter la maladie.

« Mieux préserver l’équilibre du pancréas au fil des années pourrait permettre d’agir plus tôt, avant que des dommages irréversibles ne s’installent » conclut Philiipe Froguel.

Colorants, conservateurs : trois nouvelles études pointent des liens entre additifs alimentaires et risque accru de cancer, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et d’hypertension

additifs alimentaires© Mathilde Touvier/Inserm


Parmi les trois millions et demi d’aliments et de boissons répertoriés dans la base de données Open Food Facts World en 2024, plus de 139 000 contiennent au moins un additif colorant alimentaire et plus de 700 000 au moins un conservateur. Trois nouvelles études montrent des associations entre la consommation de ces additifs et un risque accru de cancer, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et d’hypertension. Ces travaux sont menés par une équipe de chercheurs et de chercheuses de l’Inserm, d’INRAE, de l’Université Sorbonne Paris Nord, de l’Université Paris Cité et du Cnam, au sein de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren). Ils sont publiés dans les revues Diabetes Care, European Journal of Epidemiology et European Heart Journal.

Malgré l’utilisation généralisée des additifs alimentaires sur le marché mondial, nous manquons d’études épidémiologiques examinant leurs liens avec l’incidence de maladies chroniques, en raison de l’absence, jusqu’à présent, de données précises sur l’exposition spécifique à chaque substance dans les études en population.

C’est pour remédier à cette lacune que l’équipe dirigée par Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, mène des travaux épidémiologiques à grande échelle.

Les chercheuses et les chercheurs ont étudié les liens entre la consommation d’additifs colorants alimentaires et de conservateurs et la santé des participants de la cohorte française NutriNet-Santé (plus de 100 000 personnes) et publie une série de trois études sur le sujet, apportant de nouvelles connaissances pour permettre d’éclairer les politiques publiques.

Sur les emballages, ils correspondent généralement aux codes européens compris entre E100 et E199 (pour les colorants), entre E200 et E299 (pour les conservateurs au sens strict) et entre E300 et E399 (pour les additifs conservateurs antioxydants).

Deux de ces publications montrent pour la première fois des associations entre la consommation d’additifs colorants alimentaires et le risque accru de diabète de type 2 (Diabetes Care) et de cancer (European Journal of Epidemiology). Ces additifs sont utilisés pour ajouter ou redonner de la couleur aux aliments afin de les rendre plus attractifs. Ce sont des marqueurs caractéristiques des aliments ultra-transformés.

La troisième publication, dans l’European Heart Journal, montre une association entre la consommation de conservateurs, additifs prolongeant la durée de vie des aliments qui les contiennent, et le risque d’hypertension et de maladies cardiovasculaires.

Ces données revêtent une importance stratégique en santé publique compte tenu de la nature généralisée mais évitable de l’exposition aux additifs alimentaires au sein de la population.

Parmi les résultats emblématiques, les chercheuses et les chercheurs ont mis en évidence les associations suivantes :

  • les colorants alimentaires pris dans leur globalité étaient associés à une augmentation de 38 % du risque de diabète de type 2 chez les plus forts consommateurs, comparé aux plus faiblement exposés. Parmi les différents types de colorants, les caramels étaient associés à une augmentation de 43 % tandis que les colorants caroténoïdes (E160) à une augmentation de 39 % ; le bêta-carotène (additif alimentaire, E160a) à une augmentation de 44 % ; le caramel ordinaire (E150a) à une augmentation de 46 % ; la curcumine (E100) à une augmentation de 49 % et les anthocyanes (E163) à une augmentation de 40 % du risque de diabète de type 2 ;
  • les colorants alimentaires pris dans leur globalité étaient associés à une augmentation de 14 % du risque de cancer global, à une augmentation de 21 % du risque de cancer du sein et à une augmentation de 32 % du risque de cancer du sein post-ménopausique. Certains colorants pris individuellement ont également été associés à des surrisques : le bêta-carotène (additif alimentaire, E160a) était associé à une augmentation de 16 % du risque de cancer global et de 41 % du risque de cancer du sein ; le caramel ordinaire (E150a) était associé à une augmentation de 15 % du risque de cancer global.
  • les conservateurs pris dans leur globalité étaient associés à une augmentation de 24 % du risque d’hypertension chez les plus forts consommateurs comparé aux plus faiblement exposés ; les conservateurs non-antioxydants à une augmentation de 29 % du risque d’hypertension et de 16 % du risque de maladies cardiovasculaires ; les conservateurs antioxydants à une augmentation de 22 % du risque d’hypertension. Parmi les 17 conservateurs alimentaires individuels consommés, huit étaient associés à une incidence plus élevée d’hypertension (dont le sorbate de potassium, E202 ; +39 %) et l’acide citrique (E330 ; +25 %) et un à une incidence plus élevée de maladies cardiovasculaires (acide ascorbique (E300 ; +15 %).

Concernant les conservateurs, ces résultats s’ajoutent à ceux de deux études récentes dans la cohorte NutriNet-Santé qui ont montré, début 2026, des associations entre la consommation de ces additifs omniprésents et le risque de cancer et de diabète de type 2.

Ces résultats constituent les premières études épidémiologiques à grande échelle sur un large spectre de colorants et de conservateurs, en association avec ces pathologies. Ils sont cohérents avec plusieurs travaux expérimentaux et mécanistiques, sur des modèles cellulaires ou animaux, qui ont également mis en évidence des effets délétères de certains de ces additifs sur des marqueurs de santé.

Les autrices et les auteurs de ce travail concluent que ces résultats soulignent la nécessité d’une réévaluation par les autorités sanitaires de la sécurité de ces additifs pour intégrer ces nouvelles connaissances scientifiques et mieux protéger la population. Concernant les conservateurs, cette réévaluation devra également intégrer une approche bénéfice/risque. Dans l’attente, ces travaux viennent appuyer les conseils du Programme national Nutrition santé recommandant de limiter l’exposition aux additifs alimentaires non essentiels et de privilégier les aliments pas ou peu transformés.

La collecte et l’analyse des données de la cohorte NutriNet-Santé

Entre 2009 et 2024, les volontaires inclus dans la cohorte NutriNet-santé ont déclaré leurs antécédents médicaux, leurs données sociodémographiques, leurs habitudes en matière d’activité physique, ainsi que des indications sur leur mode de vie et leur état de santé. Ils ont également renseigné régulièrement en détail leurs consommations alimentaires en transmettant aux scientifiques des enregistrements complets sur plusieurs périodes de 24 heures, incluant les noms et les marques des produits industriels consommés. Ceci, mis en relation avec plusieurs bases de données (Oqali, Open Food Facts, GNPD) et couplé à des dosages d’additifs dans les aliments et les boissons et à une collecte de données de doses auprès de l’autorité européenne des aliments (EFSA), a permis d’évaluer les expositions des participants aux additifs, et notamment aux colorants et aux conservateurs, au fil du suivi.

Les analyses ont tenu compte des profils sociodémographiques des participants, de leur consommation de tabac et d’alcool, de la qualité nutritionnelle de leur régime alimentaire (calories, sucre, sel, graisses saturées, fibres…) et de multiples autres facteurs qui auraient été susceptibles de biaiser les associations étudiées.

Au-delà des sommes globales de types d’additifs (37 additifs colorants et 58 conservateurs détectés au total dans les enregistrements alimentaires des participants), 10 colorants et 17 conservateurs ont pu être analysés individuellement en lien avec les pathologies étudiées. Il s’agit des additifs consommés par au moins 10 % des participants de la cohorte.

Les études portant sur les colorants ont suivi les participants entre 2009 et 2023 alors que celle portant sur les conservateurs les a suivis un an de plus (2009-2024). Pour chaque étude, les personnes déjà diagnostiquées de la pathologie étudiée avant le début du suivi étaient exclues des modèles statistiques. Par conséquent, chacune porte sur un effectif total différent : 105 260 participants pour l’étude sur les colorants et le risque de cancer (4 226 cas incidents, dont 1 208 cancers du sein, 508 cancers de la prostate et 352 cancers colorectaux), 108 723 pour le risque de diabète de type 2 (1 131 cas incidents) et 112 395 pour celle sur les conservateurs (2 450 cas incidents de maladies cardiovasculaires et 5 544 cas incidents d’hypertension).

L’étude NutriNet-Santé est une étude de santé publique coordonnée par l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren, Inserm/INRAE/Cnam/Université Sorbonne Paris Nord/Université Paris Cité), qui, grâce à l’engagement et à la fidélité de plus de 183 000 Nutrinautes fait avancer la recherche sur les liens entre la nutrition (alimentation, activité physique, état nutritionnel) et la santé. Lancée en 2009, l’étude a déjà donné lieu à plus de 350 publications scientifiques internationales.

L’appel au recrutement de nouveaux Nutrinautes est toujours en cours afin de continuer à faire avancer la recherche sur les relations entre la nutrition et la santé.

En consacrant quelques minutes par mois pour répondre, via Internet, sur la plateforme sécurisée etude-nutrinet-sante.fr aux différents questionnaires relatifs à l’alimentation, à l’activité physique et à la santé, les participants contribuent à faire progresser les connaissances sur les relations entre l’alimentation et la santé. Par ce geste citoyen, chacun peut facilement devenir un acteur de la recherche publique et, en quelques clics, jouer un rôle important dans l’amélioration de la santé de tous et du bien-être des générations futures.

Une anomalie du système immunitaire à l’origine de l’apparition de formes graves de certaines infections virales.

ADNDouble hélice d’ADN © National Human Genome Research Institute, National Institutes of Health.

Pourquoi, après une infection virale apparemment bénigne, certains patients développent-ils malgré tout des formes sévères ? Des chercheurs de l’UPEC, de l’Inserm, de l’AP-HP, de l’Institut Pasteur, de Sorbonne Université, montrent que la présence, chez certains patients, d’un type particulier d’anticorps perturbe la réponse antivirale. Cette étude, publiée dans la revue Cell, s’inscrit dans le cadre d’une collaboration internationale regroupant au total 60 médecins ou chercheurs , et a permis d’identifier les cellules immunitaires responsables de la production des anticorps anti-interféron de type I chez ces patients.

Les interférons de type I sont des protéines essentielles à la défense antivirale. Certains patients atteints de formes graves de maladies infectieuses présentent des taux sanguins élevés d’anticorps dirigés contre les interférons de type I. Ces auto-anticorps sont retrouvés chez plus de 10 % des patients développant une pneumonie grave par infection au SARS-CoV2 (Covid-19).

Grâce au travail conjoint d’un consortium regroupant la combinaison unique d’expertises en biologie structurale, modélisation d’interaction protéines-protéines et analyse fine des lymphocytes B, les chercheurs ont mis en évidence que ces cellules immunitaires produisant ces autoanticorps ne sont pas induites dans le contexte de la Covid-19 mais sont déjà présentes avant l’infection par le SARS-CoV-2. Ces cellules présentent également des caractéristiques similaires à celles observées dans certaines maladies d’origine génétique affectant la tolérance immunitaire, notamment dans leurs cibles moléculaires sur les interférons de type I et leur capacité à perturber la réponse antivirale.

« Ces résultats suggèrent l’existence, chez des individus par ailleurs sains, d’une anomalie du système immunitaire pouvant favoriser l’apparition de formes graves de certaines infections virales. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies de dépistage et de prévention pour mieux identifier les personnes à risque et adapter leur prise en charge », explique Matthieu Mahévas, dernier auteur de cette étude et chercheur à l’Institut Necker-Enfants Malades.

 

Ces travaux ont bénéficié de financements de l’agence national de la recherche (ANR), et notamment du projet RHU COVIFERON, de la chaire d’excellence en santé (DIPP-IMMUE), et d’un financement européen H2020 (Undine).
[1] L’équipe dirigée par le Pr Matthieu Mahévas (Université Paris-Est Créteil) et le Dr Pascal Chappert (Inserm) au sein de l’Institut Necker-Enfants Malades (Inserm/CNRS/Université Paris Cité), et les équipes de recherche du Pr Casanova à l’Institut Imagine (AP-HP/Inserm/Université Paris Cité), du Pr Rey (Institut Pasteur/CNRS) et du Pr Gorochov (Inserm/CNRS/Sorbonne Université), ont étudié dans le cadre d’une collaboration internationale regroupant au total 60 médecins ou chercheurs, les cellules immunitaires responsables de la sécrétion des anticorps anti-interféron de type I.

Découverte d’un nouveau mécanisme clé de la progression des maladies rénales

Image de microscopie optique d’un rein de patient présentant une insuffisance rénale terminale. La fibrose interstitielle importante (collagène et tissu conjonctif fibrosé en cyan) et l’atrophie des tubules rénaux (petits canaux entourés d’une paroi épaissie en violet) témoignent d’un remplacement progressif et irréversible du tissu rénal fonctionnel par du tissu cicatriciel. Coloration : trichrome de Masson. © Fabiola Terzi, Marco Pontoglio/Inserm

Les maladies rénales chroniques ont un point commun : une fois amorcées, quelle qu’en soit la cause et même si celle-ci est traitée, elles finissent toujours par s’aggraver. Deux équipes de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Paris Cité viennent de découvrir le chef d’orchestre de ce mécanisme de progression inexorable : la protéine HNF1B. Au-delà d’une avancée majeure sur le plan de la connaissance de ces maladies, les équipes ont identifié une nouvelle cible thérapeutique d’intérêt majeur. Ces travaux sont à paraître dans la revue Science.

La maladie rénale chronique touche plus de 10 % de la population mondiale, soit environ 850 millions de personnes. Elle se caractérise par une perte progressive et irréversible de la fonction rénale, pouvant nécessiter une dialyse voire une transplantation.

Plusieurs facteurs de risque sont bien identifiés : diabète, hypertension, obésité ou inflammation. Cependant, même si la cause initiale est traitée, le déclin de la fonction rénale est, dans la grande majorité des cas, inéluctable. Ce caractère auto-entretenu représente un aspect particulièrement inquiétant de la maladie rénale ; en acquérant sa propre dynamique, elle devient difficile à enrayer. Jusqu’à présent, les mécanismes biologiques responsables de cette progression continuaient de rester largement méconnus.

Deux équipes de l’Institut Necker-Enfants malades (Inserm/CNRS/Université Paris Cité) dirigées par Marco Pontoglio, directeur de recherche CNRS, et Fabiola Terzi, directrice de recherche Inserm et directrice de l’Institut Necker-Enfants malades, se sont intéressées à ces mécanismes biologiques, et plus particulièrement au rôle dans le rein adulte de la protéine HNF1B (Hepatocyte Nuclear Factor 1 beta). Elle contrôle l’expression de nombreux gènes et joue un rôle indispensable dans la formation du rein au cours du développement embryonnaire.

En effet, chez l’humain, des mutations du gène HNF1B provoquent une diminution de l’activité de cette protéine, ce qui entraîne une maladie génétique rare du rein. Et fait frappant : les lésions observées chez les patients peuvent ressembler à celles retrouvées dans les formes les plus courantes de la maladie rénale chronique, à savoir une fibrose ou encore une atrophie du tissu rénal. Cette similarité a conduit les chercheuses et chercheurs à formuler une hypothèse : le dysfonctionnement de HNF1B pourrait représenter un mécanisme commun reliant les maladies rénales rares et les formes beaucoup plus fréquentes comme la maladie rénale chronique.

Les équipes de recherche ont ainsi observé que la perte de l’activité de HNF1B dans le rein adulte humain et de souris provoquait une insuffisance rénale chronique rapide et sévère, accompagnée de fibrose et d’atrophie du tissu rénal. Privées de l’activité de HNF1B, les cellules tubulaires rénales – qui tapissent les tubules rénaux et jouent un rôle majeur dans la fonction du rein –, normalement hautement différenciées et stables, perdaient leur identité et leur spécialisation et commençaient à proliférer de façon inappropriée. Cette prolifération s’accompagnait alors de mort cellulaire ou de vieillissement prématuré des cellules, contribuant à la fibrose progressive du rein et à la dégradation de sa fonction.

Les chercheuses et chercheurs ont également identifié un ensemble de gènes dont HNF1B régule l’expression. Cet ensemble apparaissait altéré très précocement dans plusieurs modèles de maladie rénale chronique chez la souris, parfois avant même l’apparition de lésions visibles, et était associé à un défaut de réparation du tissu rénal.

Les scientifiques ont également montré que les facteurs associés à la maladie rénale, tels que l’inflammation ou la présence d’albumine[1] dans les urines, réduisaient l’activité de HNF1B. Grâce à des techniques de pointe d’analyse de l’activité des gènes, ils ont mis en évidence un phénomène clé : le stress subi par les cellules du rein lors d’une maladie rénale chronique entraîne une répression des gènes régulés par HNF1B.

« Nos résultats révèlent l’existence d’un véritable cercle vicieux qui explique le caractère auto-entretenu des maladies rénales : la diminution de l’activité de HNF1B favoriserait la maladie rénale, et en retour, la maladie rénale supprimerait progressivement l’activité de HNF1B, aggravant encore les lésions rénales. Ce mécanisme pourrait expliquer pourquoi la maladie rénale chronique à tendance à s’aggraver de façon continue, même en l’absence de nouvelle agression », résume Marco Pontoglio.

Ce mécanisme serait bien commun à de nombreuses maladies rénales. En effet, l’analyse de plus de 900 biopsies rénales de patients atteints de maladie rénale chronique de différentes origines et couvrant tous les stades de gravité, a systématiquement mis en évidence la signature moléculaire caractéristique de la perte de fonction de HNF1B.

Les anomalies étaient d’autant plus marquées que la maladie était avancée, confirmant le rôle majeur de cette protéine dans la sévérité de l’atteinte rénale. « Cette étude établit HNF1B comme un véritable gardien de la fonction du rein. Sa perte d’activité relie pour la première fois les maladies génétiques rénales rares et les formes communes de la maladie rénale chronique par un mécanisme unique », clarifie Fabiola Terzi.

Ces résultats ouvrent une nouvelle perspective thérapeutique majeure : « trouver un moyen de restaurer l’activité de HNF1B pourrait permettre de ralentir, voire de modifier l’évolution de la maladie rénale chronique » conclut Fabiola Terzi.

Ces travaux font l’objet d’un brevet déposé auprès d’Inserm Transfert en 2025.

[1] L’albumine est une protéine produite par le foie et qui circule dans le sang. Elle traverse difficilement le filtre rénal, sauf lorsque celui-ci est endommagé. Un taux élevé d’albumine dans les urines est donc révélateur d’une maladie rénale.

Les pouvoirs insoupçonnés des cellules de l’intestin sur le microbiote aux premiers stades de la vie

 

Intestin de larve de poisson-zèbre montrant les cellules entéroendocrines en vert et les cellules exprimant IL-22 en magenta © Institut Curie / équipe P. Hernandez Cerda

Les cellules immunitaires jouent un rôle clé dans la régulation des interactions entre microbiote et intestin, et donc dans le bon fonctionnement de ce dernier. Mais comment cette régulation se déroule-t-elle dans les stades de vie précoce, quand le système immunitaire est encore immature ? Une équipe pluridisciplinaire de l’Institut Curie, de l’Inserm et du CNRS dévoile dans la revue Science le 2 avril 2026 des mécanismes jusqu’ici inconnus.

Les liens entre l’intestin et le microbiote – une communauté de milliards de bactéries, virus, levures et autres champignons qui vivent dans le système digestif – sont largement étudiés et les scientifiques ont montré que cette relation repose notamment sur l’action du système immunitaire.

Mais ces liens sont nettement moins bien établis pour les premiers stades de vie, alors que le système immunitaire n’est pas totalement opérationnel. « Or, c’est justement lors de ces étapes précoces que les interactions qui vont façonner le fonctionnement intestinal se mettent en place », rappelle le Dr Pedro Hernandez Cerda, chercheur à l’Inserm et chef d’équipe à l’Institut Curie, au sein de l’unité Génétique et biologie du développement (Institut Curie, Inserm, CNRS).

Pour combler cette lacune, son équipe s’est alliée à une dizaine d’autres laboratoires et a étudié le développement intestinal du poisson-zèbre. « Un jour (seulement) après leur éclosion, ces animaux nagent bouche ouverte, explique Pedro Hernandez Cerda. Ils sont donc exposés aux micro-organismes de leur environnement alors que leur système immunitaire est immature, ce qui en fait un modèle idéal pour ce sujet. »

Un messager immunitaire au cœur de la relation précoce entre intestin et microbiote

Pour la première fois, les scientifiques ont montré que les cellules entéroendocrines, cellules épithéliales spécialisées de l’intestin, produisent une molécule de l’immunité nommée interleukine-22 ou IL-22… qui était jusqu’ici supposée être l’apanage des lymphocytes, des cellules du système immunitaire. L’équipe est allée encore plus loin en révélant que la synthèse de cette molécule est déclenchée par le microbiote lui-même (via la production d’un métabolite, le tryptophane) et que l’IL-22 façonne à son tour le microbiote, en favorisant l’expression de gènes anti-microbiens dans les cellules épithéliales intestinales.

« C’est donc un cycle qui se met en place : le microbiote semble exploiter son hôte, via
l’IL-22, pour contrôler sa propre composition, qui elle-même influence le fonctionnement de l’intestin
, résume Pedro Hernandez Cerda. Nous avons en outre montré que ce cycle favorise la motilité intestinale et que la ghréline, une hormone connue pour son rôle dans l’appétit, permet de contrer les effets d’un manque d’IL-22 sur cette motilité. »

Chez de jeunes animaux déficients en IL-22, les chercheurs ont observé un ralentissement du transit intestinal ainsi qu’une diminution des taux de ghréline.

Les cellules entéroendocrines, spécialistes du multitâche ?

« Ce circuit impliquant les cellules entéroendocrines semble agir spécifiquement au début de la vie. Il pourrait ainsi constituer une cible thérapeutique pour certains troubles de la motilité ou de l’inflammation intestinale aux stades précoces de la vie chez les mammifères et donc chez l’homme, estime le chercheur. Nos découvertes soulignent aussi l’importance des cellules épithéliales intestinales, telles que les cellules entéroendocrines, dont les capacités, notamment en matière d’immunité, ont peut-être été jusqu’à présent sous-estimées. »

Forts de ces résultats, les scientifiques entendent désormais poursuivre l’étude de ces cellules, et en particulier leur rôle éventuel dans la régénération de l’intestin des poissons-zèbres, si celle-ci est possible.

« Nous avons constaté la grande plasticité de ces cellules et leur rôle crucial dans le développement intestinal, et allons maintenant les évaluer dans des conditions encore plus extrêmes, suite par exemple à une lésion intestinale sévère », annonce Pedro Hernandez Cerda.

Qui sait si celles-ci ne vont pas alors révéler de nouveaux pouvoirs étonnants ?

Larve vivante de poisson-zèbre montrant les cellules épithéliales intestinales en vert et les cellules exprimant IL-22 en rouge © Institut Curie / équipe P. Hernandez Cerda

Bioprothèses valvulaires cardiaques : un mécanisme clé identifié pour expliquer leur compatibilité avec le sang et leur résistance à la calcification

cœur aorte© Adobe stock

Les bioprothèses valvulaires cardiaques sont aujourd’hui largement utilisées en chirurgie pour remplacer des valves cardiaques défaillantes. Dans une nouvelle étude, une équipe de recherche de l’Université Paris Cité, de l’Inserm et de l’AP-HP coordonnée par le Pr. David Smadja, révèle le rôle de la régénération endothéliale dans l’amélioration de l’hémocompatibilité et la protection contre la calcification de ces valves biologiques. Publiés le 8 mars 2026 dans la revue Angiogenesis, ces résultats offrent de nouvelles perspectives pour des dispositifs plus durables.

Chaque année, des milliers de patients doivent subir une intervention chirurgicale pour remplacer une valve cardiaque devenue défaillante. Il existe aujourd’hui deux types de prothèses : les valves mécaniques et les valves biologiques, ou bioprothèses, fabriquées à partir de tissus animaux comme la valve porcine ou le péricarde bovin.

Si les prothèses mécaniques ont l’avantage de leur durabilité, elles nécessitent de suivre un traitement anticoagulant à vie afin d’éviter la formation de caillots sanguins, aussi appelée thrombose. Les bioprothèses, en revanche, sont mieux tolérées par l’organisme et réduisent ce risque de thrombose, mais leur durée de vie reste limitée. Les raisons pour lesquelles ces valves biologiques sont si bien tolérées par le sang demeuraient encore un mystère.

L’endothélialisation, un mécanisme protecteur des valves cardiaques biologiques

En réalisant des analyses de tissus qui avaient été implantés à l’intérieur de cœur artificiel Aeson® (Carmat, SA), l’équipe de recherche a pu observer, dans un premier temps, l’apparition d’un dépôt de fibrine sur les bioprothèses, suivi d’une régénération endothéliale progressive. La fibrine issue de la transformation du fibrinogène sert ici de support à l’endothélialisation, c’est-à-dire à la formation d’une couche de cellules tapissant les vaisseaux sanguins ou encore les valves natives.

« L’endothélialisation sur un tapis de fibrine peut être vue comme une humanisation de la prothèse biologique. Une structure assez proche d’une valve cardiaque native peut ainsi être recréée sur le péricarde bovin constituant de la bioprothèse », précise le Pr. David Smadja.

Ils ont ensuite étudié dans un modèle murin le rôle d’un recouvrement endothélial sur le péricarde bovin composant des bioprothèses et ont constaté que cette endothélialisation protégeait également les valves biologiques de la calcification. Ce mécanisme réduit l’infiltration de neutrophiles, des globules blancs qui, lorsqu’ils s’accumulent, participent à la calcification et contribuent à la détérioration des bioprothèses.

Une piste prometteuse pour les nouvelles générations de bioprothèses

L’endothélialisation progressive des bioprothèses valvulaires cardiaques agit ainsi comme un bouclier naturel, les protégeant du processus de calcification et du risque de thrombose, et améliorant leur compatibilité avec le sang.

« La découverte de ce mécanisme pourrait ouvrir la voie à des valves biologiques plus durables et mieux tolérées par les patients. », ajoute le Pr. David Smadja.

Ce travail offre ainsi des perspectives concrètes pour le développement de nouvelles générations de bioprothèses, notamment grâce à des approches d’humanisation de ces valves biologiques. Ces avancées permettent d’envisager, à terme, des stratégies de xénotransplantation de nouvelles valves biologiques qui pourraient avoir des durées de vie après implantation plus importantes.

Remonter le temps : des scientifiques rétablissent certaines propriétés des cellules souches âgées en restaurant leurs « centres de recyclage »

Globules rouges © AdobeStock

Et si nous pouvions rajeunir les cellules souches de notre système immunitaire ? Dans une étude collaborative publiée dans Cell Stem Cell et dirigée par Mickaël Ménager (Institut Imagine, Inserm, Université Paris Cité | Paris, France) et Saghi Ghaffari (Icahn School of Medicine at Mount Sinai | New York, USA), des chercheurs ont exploré une piste prometteuse. En ciblant les « centres de recyclage » de nos cellules, l’équipe a réussi à restaurer certaines propriétés des cellules souches murines âgées. Cette percée offre des perspectives pour vieillir en meilleure santé et développer des traitements contre les cancers du sang.

Le défi du vieillissement du sang

Notre moelle osseuse abrite des cellules souches hématopoïétiques (CSH), que l’on peut considérer comme les « cellules mères » du sang. Leur rôle est de produire constamment de nouveaux globules rouges, qui transportent l’oxygène, des plaquettes pour stopper les saignements et des globules blancs, qui constituent notre système immunitaire. Avec l’âge, ces cellules mères vieillissent et se détériorent. Elles perdent leur capacité à s’autoréparer, entraînant un affaiblissement du système immunitaire et un risque accru d’infections et de maladies sanguines, y compris les cancers du sang.

Une découverte au cœur du « centre de recyclage » cellulaire

Les chercheurs ont découvert que la clé de ce processus de vieillissement réside dans les lysosomes. On peut considérer un lysosome comme le centre de dégradation de la cellule, fonctionnant également comme un bac de recyclage et de stockage. Il décompose les déchets et les transforme en nouvelle source d’énergie. Grâce à des technologies de pointe d’analyse à l’échelle de la cellule unique (ou « single-cell »), qui permet aux scientifiques d’examiner la santé des cellules une par une, et à de nombreuses approches fonctionnelles, l’équipe a découvert que chez les souris âgées, ces unités de recyclage deviennent trop rares et « hors de contrôle ». Elles deviennent excessivement acides et cessent de fonctionner correctement. Cela provoque une accumulation de « déchets » moléculaires, déclenchant un état d’inflammation constante. Afin de garantir la fiabilité de ces résultats, tous les mécanismes sous-jacents ont d’abord été établis ex vivo avant d’être confirmés avec succès in vivo chez les souris.

Principales découvertes de l’étude :

  • Une inversion ciblée : En utilisant un inhibiteur spécifique (inhibiteur de l’ATPase vacuolaire) pour atténuer l’hyperactivation lysosomale, les chercheurs ont réussi à restaurer l’intégrité des lysosomes et la fonction des cellules souches.
  • Une efficacité multipliée par 8 : Le traitement ex vivo de ces cellules souches âgées avec cet inhibiteur a multiplié par plus de huit fois leur capacité à produire de nouvelles cellules sanguines une fois transplantées in vivo.
  • Répression de l’inflammation : Le traitement a réduit l’activation de la voie cGAS-STING, un moteur majeur de l’inflammation chronique et du vieillissement des cellules souches, en aidant la cellule à mieux traiter les déchets d’ADN mitochondrial.

Perspectives

Ces résultats offrent une feuille de route prometteuse pour des stratégies thérapeutiques visant à :

  • Inverser les troubles sanguins liés à l’âge.
  • Améliorer les résultats des greffes de moelle osseuse chez les patients âgés.
  • Optimiser les protocoles de thérapie génique reposant sur des cellules souches saines et robustes.

Ce projet met en lumière le succès d’un partenariat stratégique initié en 2023, lorsque la Professeure Saghi Ghaffari a rejoint le laboratoire de Mickaël Ménager à l’Institut Imagine à l’occasion un congé sabbatique. Cette collaboration a permis d’allier deux expertises : celle du Mount Sinai en biologie des cellules souches, et celle de l’Institut Imagine en génomique unicellulaire et biologie computationnelle.

« En combinant nos expertises en technologies qui permettent de se placer à l’échelle de la cellule unique avec une compréhension biologique approfondie du vieillissement des cellules souches, nous avons amélioré la capacité des cellules souches à se renouveler et à produire des cellules immunitaires chez les individus âgés à un niveau comparable aux cellules souches d’individus jeunes », déclare Mickaël Ménager, responsable du laboratoire SCInflaNet : Réponses inflammatoires Single-cell et réseaux multi-OMICsà l’Institut Imagine et Directeur de Recherche Inserm.

Maladies inflammatoires et chroniques de l’intestin : le rôle anti-inflammatoire d’une bactérie du microbiote intestinal ouvre la voie vers de nouvelles pistes thérapeutiques

© Fotalia

Une etude impliquant des chercheuses et chercheurs de Sorbonne Université, de l’Inserm, d’INRAE et de l’AP-HP, en collaboration avec la société de biotechnologie Exeliom Biosciences, apporte de nouveaux éléments sur le mode d’action de la bactérie Faecalibacterium prausnitzii. Cette bactérie, au rôle majeur dans le microbiote intestinal, peut moduler l’immunité humaine, ce qui explique son rôle protecteur dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la maladie de Crohn. Ces nouveaux éléments de compréhension ouvrent la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques basées sur l’utilisation de cette bactérie. Les travaux de cette étude ont été publiés dans la revue Gastroenterology.

Le microbiote intestinal, composé de milliards de bactéries, joue un rôle essentiel dans le maintien de la santé. Parmi ces bactéries, Faecalibacterium prausnitzii est l’une des plus abondantes et est reconnue pour ses effets bénéfiques. Sa diminution est fréquemment observée chez les patientes et patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), comme la maladie de Crohn. Les propriétés anti-inflammatoires de cette bactérie sur les patientes et patients atteints de MICI ont déjà été démontrées, mais les mécanismes précis à l’origine de ces effets restaient jusqu’à aujourd’hui mal compris.
 
Ce travail de recherche avait donc pour enjeu d’identifier quelles cellules du système immunitaire humain sont responsables de la réponse anti-inflammatoire induite par Faecalibacterium prausnitzii et de comprendre comment cette bactérie agit précisément sur les cellules. Pour cela, des cellules immunitaires issues du sang et de la muqueuse intestinale de patientes et patients atteints de MICI et de sujets témoins ont été exposées à cette bactérie et comparées à d’autres bactéries intestinales. Les effets sur les cellules ont été analysés à l’aide d’approches de pointe, combinant l’analyse de la production de cytokines (des médiateurs de l’inflammation), la cytométrie en flux (technique permettant de caractériser individuellement chaque cellule immunitaire), le séquençage de l’ARN et l’étude du métabolisme énergétique cellulaire.
 
Les résultats montrent que, dans le sang comme dans l’intestin, Faecalibacterium prausnitzii induit directement la production, par les monocytes humains, d’IL-10, une cytokine clé aux propriétés anti-inflammatoires. Cette réponse protectrice se distingue nettement de celle provoquée par d’autres bactéries. Au-delà de l’induction de la production d’IL-10, une véritable reprogrammation complète du métabolisme énergétique des monocytes est induite par la bactérie.Ces travaux apportent donc des éléments nouveaux sur la manière dont une bactérie du microbiote intestinal peut moduler l’immunité humaine via le métabolisme énergétique cellulaire. Ils confirment l’intérêt de développer des stratégies thérapeutiques innovantes basées sur l’utilisation de Faecalibacterium prausnitzii dans le traitement des MICI et, dans d’autres pathologies inflammatoires.Par ailleurs, une étude clinique chez l’homme vient de se terminer. Elle est notamment menée par les auteurs de cette étude en collaboration avec Exeliom Biosciences et vise à étudier l’effet de Faecalibacterium prausnitzii sur le maintien de la rémission dans la maladie de Crohn (NCT05542355). Les premiers résultats seront connus courant 2026.

Quand les apnées du sommeil mettent le métabolisme en décalage horaire

© Ivan-balvan / Getty Images

Les apnées du sommeil touchent près d’un milliard de personnes dans le monde et provoquent des épisodes répétés de manque d’oxygène pendant la nuit appelés hypoxie intermittente. Une étude menée par des scientifiques de l’Université Grenoble Alpes, de l’Inserm et du CHU Grenoble Alpes, publiée ce jour dans la revue Science Advances montre que ces épisodes réorganisent l’horloge biologique du foie, modifiant les rythmes quotidiens de son activité métabolique. Ces résultats mettent en lumière un aspect jusqu’ici méconnu de la maladie et pourraient aider à mieux cibler le moment optimal d’administration des traitements pour en améliorer l’efficacité.

Si les conséquences pathologiques de l’hypoxie intermittente dans les apnées du sommeil sont bien documentées, leur impact sur les rythmes biologiques de l’organisme, gouverné par l’horloge circadienne, reste encore peu exploré.

Dans cette étude, les scientifiques ont utilisé un modèle murin d’hypoxie intermittente chronique pour analyser, sur l’ensemble du cycle jour-nuit, les effets de ce stress respiratoire sur l’organisme. En se focalisant sur le foie, organe central de la régulation énergétique, ils ont combiné des approches transcriptomiques, métabolomiques et physiologiques afin de suivre les adaptations de l’activité métabolique hépatique au fil du temps.

Les résultats montrent que l’hypoxie intermittente ne se contente pas d’altérer certaines voies énergétiques majeures orchestrées par le foie, telles que le métabolisme du glucose et des lipides, mais qu’elle en reprogramme profondément l’organisation circadienne. Par exemple, l’analyse métabolomique révèle que près de la moitié des métabolites hépatiques présentent un rythme sur 24 heures et que plus d’un tiers d’entre eux acquièrent un nouveau rythme sous hypoxie intermittente. Cette redistribution des rythmes métaboliques au cours de la journée traduit une véritable reprogrammation temporelle de l’activité hépatique et met en lumière une dimension jusqu’ici sous-estimée des apnées du sommeil.

Ces travaux ouvrent ainsi de nouvelles perspectives en chronomédecine. En reprogrammant les rythmes métaboliques du foie, l’hypoxie intermittente pourrait modifier la réponse de l’organisme à certains médicaments, notamment ceux agissant sur la glycémie ou le métabolisme lipidique. Leur efficacité pourrait ainsi varier selon l’heure de la journée, avec des moments optimaux d’administration différents de ceux observés chez des personnes ne présentant pas ce trouble respiratoire. Cela souligne l’intérêt d’intégrer la dimension temporelle dans la prise en charge des apnées du sommeil.

Diabète–hypertension : la génétique identifie les personnes à haut risque et ouvre la voie à une prévention personnalisée

Prise de la tension artérielle, brassard de tension. ©Inserm/Depardieu, Michel

L’hypertension artérielle et le diabète sont souvent associés, augmentant fortement le risque d’AVC et d’atteinte rénale grave. Des chercheurs de Surrey (Royaume Uni) et de Lille au sein de l’unité « Multi-omique et physiopathologie des maladies métaboliques (Inserm/CNRS/Université de Lille/ CHU de Lille/Institut Pasteur Lille) ), mettent en évidence cinq voies biologiques expliquant pourquoi le diabète de type 2 et l’hypertension coexistent si fréquemment. En combinant certaines signatures génétiques, ils identifient ainsi des personnes dont le risque de développer ces deux maladies est plus de deux fois supérieur aux autres, ouvrant la voie à une prévention plus précoce et plus personnalisée.

Le diabète de type 2 et l’hypertension artérielle comptent parmi les maladies chroniques les plus répandues dans le monde : des centaines de millions de personnes vivent avec ces deux affections simultanément. Jusqu’à présent, ce chevauchement était souvent attribué au surpoids et au mode de vie sédentaire, avec consommation excessive de sel et de sucres. Une étude génétique publiée le 9 février dans Nature Communications montre un terrain prédisposant complexe : plusieurs mécanismes biologiques distincts peuvent conduire à l’association diabète–hypertension, et leur identification améliore la capacité à repérer précocement les personnes les plus à risque.

Dans une analyse à grande échelle menée notamment par l’équipe du Pr Froguel et du Pr Inga Prokopenko du Centre National de Médecine de Précision de Diabètes PreciDIAB, les scientifiques ont analysé 1 304 profils génétiques indépendants associant diabète de type 2 et hypertension artérielle, puis les ont regroupés en fonction de leurs effets mécanistiques sur un large éventail de paramètres métaboliques et cardiovasculaires. Les chercheurs ont ainsi identifié cinq grands profils de risque génétique correspondant à des mécanismes biologiques différents. Certains sont liés au syndrome métabolique, à une production insuffisante d’insuline, à un excès de masse grasse ou à un dysfonctionnement des vaisseaux sanguins. L’étude montre également que ces profils impliquent des tissus et des voies biologiques dépassant le seul métabolisme, notamment ceux liés à la fonction thyroïdienne et au développement précoce, soulignant la diversité des origines biologiques du risque.

Le professeur Philippe Froguel, auteur senior à l’Université de Lille et à l’Imperial College London, commente : « Ces résultats renforcent la nécessité de considérer que la comorbidité cardiométabolique n’a pas une cause unique. La génétique permet de mieux comprendre cette complexité et d’orienter une prévention et une prise en charge plus personnalisées, fondées sur les mécanismes biologiques en jeu. ».

L’équipe rappelle que la génétique ne constitue qu’une partie de l’équation : l’environnement, les comportements et les antécédents médicaux restent des facteurs essentiels, en plus des déterminants génétiques. Néanmoins, cette étude propose un cadre évolutif pour comprendre et potentiellement prédire la comorbidité cardiométabolique d’une manière plus étroitement alignée sur les mécanismes biologiques.

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