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Les pouvoirs insoupçonnés des cellules de l’intestin sur le microbiote aux premiers stades de la vie

 

Intestin de larve de poisson-zèbre montrant les cellules entéroendocrines en vert et les cellules exprimant IL-22 en magenta © Institut Curie / équipe P. Hernandez Cerda

Les cellules immunitaires jouent un rôle clé dans la régulation des interactions entre microbiote et intestin, et donc dans le bon fonctionnement de ce dernier. Mais comment cette régulation se déroule-t-elle dans les stades de vie précoce, quand le système immunitaire est encore immature ? Une équipe pluridisciplinaire de l’Institut Curie, de l’Inserm et du CNRS dévoile dans la revue Science le 2 avril 2026 des mécanismes jusqu’ici inconnus.

Les liens entre l’intestin et le microbiote – une communauté de milliards de bactéries, virus, levures et autres champignons qui vivent dans le système digestif – sont largement étudiés et les scientifiques ont montré que cette relation repose notamment sur l’action du système immunitaire.

Mais ces liens sont nettement moins bien établis pour les premiers stades de vie, alors que le système immunitaire n’est pas totalement opérationnel. « Or, c’est justement lors de ces étapes précoces que les interactions qui vont façonner le fonctionnement intestinal se mettent en place », rappelle le Dr Pedro Hernandez Cerda, chercheur à l’Inserm et chef d’équipe à l’Institut Curie, au sein de l’unité Génétique et biologie du développement (Institut Curie, Inserm, CNRS).

Pour combler cette lacune, son équipe s’est alliée à une dizaine d’autres laboratoires et a étudié le développement intestinal du poisson-zèbre. « Un jour (seulement) après leur éclosion, ces animaux nagent bouche ouverte, explique Pedro Hernandez Cerda. Ils sont donc exposés aux micro-organismes de leur environnement alors que leur système immunitaire est immature, ce qui en fait un modèle idéal pour ce sujet. »

Un messager immunitaire au cœur de la relation précoce entre intestin et microbiote

Pour la première fois, les scientifiques ont montré que les cellules entéroendocrines, cellules épithéliales spécialisées de l’intestin, produisent une molécule de l’immunité nommée interleukine-22 ou IL-22… qui était jusqu’ici supposée être l’apanage des lymphocytes, des cellules du système immunitaire. L’équipe est allée encore plus loin en révélant que la synthèse de cette molécule est déclenchée par le microbiote lui-même (via la production d’un métabolite, le tryptophane) et que l’IL-22 façonne à son tour le microbiote, en favorisant l’expression de gènes anti-microbiens dans les cellules épithéliales intestinales.

« C’est donc un cycle qui se met en place : le microbiote semble exploiter son hôte, via
l’IL-22, pour contrôler sa propre composition, qui elle-même influence le fonctionnement de l’intestin
, résume Pedro Hernandez Cerda. Nous avons en outre montré que ce cycle favorise la motilité intestinale et que la ghréline, une hormone connue pour son rôle dans l’appétit, permet de contrer les effets d’un manque d’IL-22 sur cette motilité. »

Chez de jeunes animaux déficients en IL-22, les chercheurs ont observé un ralentissement du transit intestinal ainsi qu’une diminution des taux de ghréline.

Les cellules entéroendocrines, spécialistes du multitâche ?

« Ce circuit impliquant les cellules entéroendocrines semble agir spécifiquement au début de la vie. Il pourrait ainsi constituer une cible thérapeutique pour certains troubles de la motilité ou de l’inflammation intestinale aux stades précoces de la vie chez les mammifères et donc chez l’homme, estime le chercheur. Nos découvertes soulignent aussi l’importance des cellules épithéliales intestinales, telles que les cellules entéroendocrines, dont les capacités, notamment en matière d’immunité, ont peut-être été jusqu’à présent sous-estimées. »

Forts de ces résultats, les scientifiques entendent désormais poursuivre l’étude de ces cellules, et en particulier leur rôle éventuel dans la régénération de l’intestin des poissons-zèbres, si celle-ci est possible.

« Nous avons constaté la grande plasticité de ces cellules et leur rôle crucial dans le développement intestinal, et allons maintenant les évaluer dans des conditions encore plus extrêmes, suite par exemple à une lésion intestinale sévère », annonce Pedro Hernandez Cerda.

Qui sait si celles-ci ne vont pas alors révéler de nouveaux pouvoirs étonnants ?

Larve vivante de poisson-zèbre montrant les cellules épithéliales intestinales en vert et les cellules exprimant IL-22 en rouge © Institut Curie / équipe P. Hernandez Cerda

Bioprothèses valvulaires cardiaques : un mécanisme clé identifié pour expliquer leur compatibilité avec le sang et leur résistance à la calcification

cœur aorte© Adobe stock

Les bioprothèses valvulaires cardiaques sont aujourd’hui largement utilisées en chirurgie pour remplacer des valves cardiaques défaillantes. Dans une nouvelle étude, une équipe de recherche de l’Université Paris Cité, de l’Inserm et de l’AP-HP coordonnée par le Pr. David Smadja, révèle le rôle de la régénération endothéliale dans l’amélioration de l’hémocompatibilité et la protection contre la calcification de ces valves biologiques. Publiés le 8 mars 2026 dans la revue Angiogenesis, ces résultats offrent de nouvelles perspectives pour des dispositifs plus durables.

Chaque année, des milliers de patients doivent subir une intervention chirurgicale pour remplacer une valve cardiaque devenue défaillante. Il existe aujourd’hui deux types de prothèses : les valves mécaniques et les valves biologiques, ou bioprothèses, fabriquées à partir de tissus animaux comme la valve porcine ou le péricarde bovin.

Si les prothèses mécaniques ont l’avantage de leur durabilité, elles nécessitent de suivre un traitement anticoagulant à vie afin d’éviter la formation de caillots sanguins, aussi appelée thrombose. Les bioprothèses, en revanche, sont mieux tolérées par l’organisme et réduisent ce risque de thrombose, mais leur durée de vie reste limitée. Les raisons pour lesquelles ces valves biologiques sont si bien tolérées par le sang demeuraient encore un mystère.

L’endothélialisation, un mécanisme protecteur des valves cardiaques biologiques

En réalisant des analyses de tissus qui avaient été implantés à l’intérieur de cœur artificiel Aeson® (Carmat, SA), l’équipe de recherche a pu observer, dans un premier temps, l’apparition d’un dépôt de fibrine sur les bioprothèses, suivi d’une régénération endothéliale progressive. La fibrine issue de la transformation du fibrinogène sert ici de support à l’endothélialisation, c’est-à-dire à la formation d’une couche de cellules tapissant les vaisseaux sanguins ou encore les valves natives.

« L’endothélialisation sur un tapis de fibrine peut être vue comme une humanisation de la prothèse biologique. Une structure assez proche d’une valve cardiaque native peut ainsi être recréée sur le péricarde bovin constituant de la bioprothèse », précise le Pr. David Smadja.

Ils ont ensuite étudié dans un modèle murin le rôle d’un recouvrement endothélial sur le péricarde bovin composant des bioprothèses et ont constaté que cette endothélialisation protégeait également les valves biologiques de la calcification. Ce mécanisme réduit l’infiltration de neutrophiles, des globules blancs qui, lorsqu’ils s’accumulent, participent à la calcification et contribuent à la détérioration des bioprothèses.

Une piste prometteuse pour les nouvelles générations de bioprothèses

L’endothélialisation progressive des bioprothèses valvulaires cardiaques agit ainsi comme un bouclier naturel, les protégeant du processus de calcification et du risque de thrombose, et améliorant leur compatibilité avec le sang.

« La découverte de ce mécanisme pourrait ouvrir la voie à des valves biologiques plus durables et mieux tolérées par les patients. », ajoute le Pr. David Smadja.

Ce travail offre ainsi des perspectives concrètes pour le développement de nouvelles générations de bioprothèses, notamment grâce à des approches d’humanisation de ces valves biologiques. Ces avancées permettent d’envisager, à terme, des stratégies de xénotransplantation de nouvelles valves biologiques qui pourraient avoir des durées de vie après implantation plus importantes.

Remonter le temps : des scientifiques rétablissent certaines propriétés des cellules souches âgées en restaurant leurs « centres de recyclage »

Globules rouges © AdobeStock

Et si nous pouvions rajeunir les cellules souches de notre système immunitaire ? Dans une étude collaborative publiée dans Cell Stem Cell et dirigée par Mickaël Ménager (Institut Imagine, Inserm, Université Paris Cité | Paris, France) et Saghi Ghaffari (Icahn School of Medicine at Mount Sinai | New York, USA), des chercheurs ont exploré une piste prometteuse. En ciblant les « centres de recyclage » de nos cellules, l’équipe a réussi à restaurer certaines propriétés des cellules souches murines âgées. Cette percée offre des perspectives pour vieillir en meilleure santé et développer des traitements contre les cancers du sang.

Le défi du vieillissement du sang

Notre moelle osseuse abrite des cellules souches hématopoïétiques (CSH), que l’on peut considérer comme les « cellules mères » du sang. Leur rôle est de produire constamment de nouveaux globules rouges, qui transportent l’oxygène, des plaquettes pour stopper les saignements et des globules blancs, qui constituent notre système immunitaire. Avec l’âge, ces cellules mères vieillissent et se détériorent. Elles perdent leur capacité à s’autoréparer, entraînant un affaiblissement du système immunitaire et un risque accru d’infections et de maladies sanguines, y compris les cancers du sang.

Une découverte au cœur du « centre de recyclage » cellulaire

Les chercheurs ont découvert que la clé de ce processus de vieillissement réside dans les lysosomes. On peut considérer un lysosome comme le centre de dégradation de la cellule, fonctionnant également comme un bac de recyclage et de stockage. Il décompose les déchets et les transforme en nouvelle source d’énergie. Grâce à des technologies de pointe d’analyse à l’échelle de la cellule unique (ou « single-cell »), qui permet aux scientifiques d’examiner la santé des cellules une par une, et à de nombreuses approches fonctionnelles, l’équipe a découvert que chez les souris âgées, ces unités de recyclage deviennent trop rares et « hors de contrôle ». Elles deviennent excessivement acides et cessent de fonctionner correctement. Cela provoque une accumulation de « déchets » moléculaires, déclenchant un état d’inflammation constante. Afin de garantir la fiabilité de ces résultats, tous les mécanismes sous-jacents ont d’abord été établis ex vivo avant d’être confirmés avec succès in vivo chez les souris.

Principales découvertes de l’étude :

  • Une inversion ciblée : En utilisant un inhibiteur spécifique (inhibiteur de l’ATPase vacuolaire) pour atténuer l’hyperactivation lysosomale, les chercheurs ont réussi à restaurer l’intégrité des lysosomes et la fonction des cellules souches.
  • Une efficacité multipliée par 8 : Le traitement ex vivo de ces cellules souches âgées avec cet inhibiteur a multiplié par plus de huit fois leur capacité à produire de nouvelles cellules sanguines une fois transplantées in vivo.
  • Répression de l’inflammation : Le traitement a réduit l’activation de la voie cGAS-STING, un moteur majeur de l’inflammation chronique et du vieillissement des cellules souches, en aidant la cellule à mieux traiter les déchets d’ADN mitochondrial.

Perspectives

Ces résultats offrent une feuille de route prometteuse pour des stratégies thérapeutiques visant à :

  • Inverser les troubles sanguins liés à l’âge.
  • Améliorer les résultats des greffes de moelle osseuse chez les patients âgés.
  • Optimiser les protocoles de thérapie génique reposant sur des cellules souches saines et robustes.

Ce projet met en lumière le succès d’un partenariat stratégique initié en 2023, lorsque la Professeure Saghi Ghaffari a rejoint le laboratoire de Mickaël Ménager à l’Institut Imagine à l’occasion un congé sabbatique. Cette collaboration a permis d’allier deux expertises : celle du Mount Sinai en biologie des cellules souches, et celle de l’Institut Imagine en génomique unicellulaire et biologie computationnelle.

« En combinant nos expertises en technologies qui permettent de se placer à l’échelle de la cellule unique avec une compréhension biologique approfondie du vieillissement des cellules souches, nous avons amélioré la capacité des cellules souches à se renouveler et à produire des cellules immunitaires chez les individus âgés à un niveau comparable aux cellules souches d’individus jeunes », déclare Mickaël Ménager, responsable du laboratoire SCInflaNet : Réponses inflammatoires Single-cell et réseaux multi-OMICsà l’Institut Imagine et Directeur de Recherche Inserm.

Maladies inflammatoires et chroniques de l’intestin : le rôle anti-inflammatoire d’une bactérie du microbiote intestinal ouvre la voie vers de nouvelles pistes thérapeutiques

© Fotalia

Une etude impliquant des chercheuses et chercheurs de Sorbonne Université, de l’Inserm, d’INRAE et de l’AP-HP, en collaboration avec la société de biotechnologie Exeliom Biosciences, apporte de nouveaux éléments sur le mode d’action de la bactérie Faecalibacterium prausnitzii. Cette bactérie, au rôle majeur dans le microbiote intestinal, peut moduler l’immunité humaine, ce qui explique son rôle protecteur dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la maladie de Crohn. Ces nouveaux éléments de compréhension ouvrent la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques basées sur l’utilisation de cette bactérie. Les travaux de cette étude ont été publiés dans la revue Gastroenterology.

Le microbiote intestinal, composé de milliards de bactéries, joue un rôle essentiel dans le maintien de la santé. Parmi ces bactéries, Faecalibacterium prausnitzii est l’une des plus abondantes et est reconnue pour ses effets bénéfiques. Sa diminution est fréquemment observée chez les patientes et patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), comme la maladie de Crohn. Les propriétés anti-inflammatoires de cette bactérie sur les patientes et patients atteints de MICI ont déjà été démontrées, mais les mécanismes précis à l’origine de ces effets restaient jusqu’à aujourd’hui mal compris.
 
Ce travail de recherche avait donc pour enjeu d’identifier quelles cellules du système immunitaire humain sont responsables de la réponse anti-inflammatoire induite par Faecalibacterium prausnitzii et de comprendre comment cette bactérie agit précisément sur les cellules. Pour cela, des cellules immunitaires issues du sang et de la muqueuse intestinale de patientes et patients atteints de MICI et de sujets témoins ont été exposées à cette bactérie et comparées à d’autres bactéries intestinales. Les effets sur les cellules ont été analysés à l’aide d’approches de pointe, combinant l’analyse de la production de cytokines (des médiateurs de l’inflammation), la cytométrie en flux (technique permettant de caractériser individuellement chaque cellule immunitaire), le séquençage de l’ARN et l’étude du métabolisme énergétique cellulaire.
 
Les résultats montrent que, dans le sang comme dans l’intestin, Faecalibacterium prausnitzii induit directement la production, par les monocytes humains, d’IL-10, une cytokine clé aux propriétés anti-inflammatoires. Cette réponse protectrice se distingue nettement de celle provoquée par d’autres bactéries. Au-delà de l’induction de la production d’IL-10, une véritable reprogrammation complète du métabolisme énergétique des monocytes est induite par la bactérie.Ces travaux apportent donc des éléments nouveaux sur la manière dont une bactérie du microbiote intestinal peut moduler l’immunité humaine via le métabolisme énergétique cellulaire. Ils confirment l’intérêt de développer des stratégies thérapeutiques innovantes basées sur l’utilisation de Faecalibacterium prausnitzii dans le traitement des MICI et, dans d’autres pathologies inflammatoires.Par ailleurs, une étude clinique chez l’homme vient de se terminer. Elle est notamment menée par les auteurs de cette étude en collaboration avec Exeliom Biosciences et vise à étudier l’effet de Faecalibacterium prausnitzii sur le maintien de la rémission dans la maladie de Crohn (NCT05542355). Les premiers résultats seront connus courant 2026.

Quand les apnées du sommeil mettent le métabolisme en décalage horaire

© Ivan-balvan / Getty Images

Les apnées du sommeil touchent près d’un milliard de personnes dans le monde et provoquent des épisodes répétés de manque d’oxygène pendant la nuit appelés hypoxie intermittente. Une étude menée par des scientifiques de l’Université Grenoble Alpes, de l’Inserm et du CHU Grenoble Alpes, publiée ce jour dans la revue Science Advances montre que ces épisodes réorganisent l’horloge biologique du foie, modifiant les rythmes quotidiens de son activité métabolique. Ces résultats mettent en lumière un aspect jusqu’ici méconnu de la maladie et pourraient aider à mieux cibler le moment optimal d’administration des traitements pour en améliorer l’efficacité.

Si les conséquences pathologiques de l’hypoxie intermittente dans les apnées du sommeil sont bien documentées, leur impact sur les rythmes biologiques de l’organisme, gouverné par l’horloge circadienne, reste encore peu exploré.

Dans cette étude, les scientifiques ont utilisé un modèle murin d’hypoxie intermittente chronique pour analyser, sur l’ensemble du cycle jour-nuit, les effets de ce stress respiratoire sur l’organisme. En se focalisant sur le foie, organe central de la régulation énergétique, ils ont combiné des approches transcriptomiques, métabolomiques et physiologiques afin de suivre les adaptations de l’activité métabolique hépatique au fil du temps.

Les résultats montrent que l’hypoxie intermittente ne se contente pas d’altérer certaines voies énergétiques majeures orchestrées par le foie, telles que le métabolisme du glucose et des lipides, mais qu’elle en reprogramme profondément l’organisation circadienne. Par exemple, l’analyse métabolomique révèle que près de la moitié des métabolites hépatiques présentent un rythme sur 24 heures et que plus d’un tiers d’entre eux acquièrent un nouveau rythme sous hypoxie intermittente. Cette redistribution des rythmes métaboliques au cours de la journée traduit une véritable reprogrammation temporelle de l’activité hépatique et met en lumière une dimension jusqu’ici sous-estimée des apnées du sommeil.

Ces travaux ouvrent ainsi de nouvelles perspectives en chronomédecine. En reprogrammant les rythmes métaboliques du foie, l’hypoxie intermittente pourrait modifier la réponse de l’organisme à certains médicaments, notamment ceux agissant sur la glycémie ou le métabolisme lipidique. Leur efficacité pourrait ainsi varier selon l’heure de la journée, avec des moments optimaux d’administration différents de ceux observés chez des personnes ne présentant pas ce trouble respiratoire. Cela souligne l’intérêt d’intégrer la dimension temporelle dans la prise en charge des apnées du sommeil.

Diabète–hypertension : la génétique identifie les personnes à haut risque et ouvre la voie à une prévention personnalisée

Prise de la tension artérielle, brassard de tension. ©Inserm/Depardieu, Michel

L’hypertension artérielle et le diabète sont souvent associés, augmentant fortement le risque d’AVC et d’atteinte rénale grave. Des chercheurs de Surrey (Royaume Uni) et de Lille au sein de l’unité « Multi-omique et physiopathologie des maladies métaboliques (Inserm/CNRS/Université de Lille/ CHU de Lille/Institut Pasteur Lille) ), mettent en évidence cinq voies biologiques expliquant pourquoi le diabète de type 2 et l’hypertension coexistent si fréquemment. En combinant certaines signatures génétiques, ils identifient ainsi des personnes dont le risque de développer ces deux maladies est plus de deux fois supérieur aux autres, ouvrant la voie à une prévention plus précoce et plus personnalisée.

Le diabète de type 2 et l’hypertension artérielle comptent parmi les maladies chroniques les plus répandues dans le monde : des centaines de millions de personnes vivent avec ces deux affections simultanément. Jusqu’à présent, ce chevauchement était souvent attribué au surpoids et au mode de vie sédentaire, avec consommation excessive de sel et de sucres. Une étude génétique publiée le 9 février dans Nature Communications montre un terrain prédisposant complexe : plusieurs mécanismes biologiques distincts peuvent conduire à l’association diabète–hypertension, et leur identification améliore la capacité à repérer précocement les personnes les plus à risque.

Dans une analyse à grande échelle menée notamment par l’équipe du Pr Froguel et du Pr Inga Prokopenko du Centre National de Médecine de Précision de Diabètes PreciDIAB, les scientifiques ont analysé 1 304 profils génétiques indépendants associant diabète de type 2 et hypertension artérielle, puis les ont regroupés en fonction de leurs effets mécanistiques sur un large éventail de paramètres métaboliques et cardiovasculaires. Les chercheurs ont ainsi identifié cinq grands profils de risque génétique correspondant à des mécanismes biologiques différents. Certains sont liés au syndrome métabolique, à une production insuffisante d’insuline, à un excès de masse grasse ou à un dysfonctionnement des vaisseaux sanguins. L’étude montre également que ces profils impliquent des tissus et des voies biologiques dépassant le seul métabolisme, notamment ceux liés à la fonction thyroïdienne et au développement précoce, soulignant la diversité des origines biologiques du risque.

Le professeur Philippe Froguel, auteur senior à l’Université de Lille et à l’Imperial College London, commente : « Ces résultats renforcent la nécessité de considérer que la comorbidité cardiométabolique n’a pas une cause unique. La génétique permet de mieux comprendre cette complexité et d’orienter une prévention et une prise en charge plus personnalisées, fondées sur les mécanismes biologiques en jeu. ».

L’équipe rappelle que la génétique ne constitue qu’une partie de l’équation : l’environnement, les comportements et les antécédents médicaux restent des facteurs essentiels, en plus des déterminants génétiques. Néanmoins, cette étude propose un cadre évolutif pour comprendre et potentiellement prédire la comorbidité cardiométabolique d’une manière plus étroitement alignée sur les mécanismes biologiques.

Syndrome coronaire aigu : premiers résultats prometteurs dans la recherche contre la récidive

image décorative© Adobe stock

À la suite d’un syndrome coronaire aigu (SCA), le risque de récidive d’événement cardiovasculaire majeur (nouvel infarctus, accident coronaire ou décès) est particulièrement élevé. En cause, certains patients présentent une inflammation résiduelle ou chronique pour laquelle il n’existe actuellement aucun traitement. Dans un essai clinique de phase 2, une équipe de recherche de l’Inserm et de l’Université Paris Cité au Centre de recherche cardiovasculaire de Paris (PARCC), en collaboration avec une équipe de l’université de Cambridge (Royaume-Uni), montre l’efficacité d’un nouveau traitement pour réduire cette inflammation après un SCA, et avec elle le risque de survenue d’un autre évènement cardiovasculaire majeur. Ces résultats prometteurs permettent d’envisager l’inclusion d’un plus grand nombre de patients dans un essai clinique de phase 3. Ils sont publiés dans la revue Nature Medicine.

Le syndrome coronaire aigu (SCA) correspond à un ensemble de signes nouveaux qui font suspecter l’obstruction ou le rétrécissement d’une ou plusieurs artères coronaires (artères nourricières du cœur). Le SCA résulte le plus souvent de la rupture ou de l’érosion d’une plaque d’athérome[1] entraînant la formation d’un caillot.

Selon la gravité de l’obstruction, il peut se manifester par une angine de poitrine ou par un infarctus du myocarde. Dans tous les cas, il s’agit d’une atteinte grave de la circulation coronarienne nécessitant une prise en charge rapide pour limiter les lésions et améliorer le pronostic.

Une part conséquente de patients (environ 60 %) présente une inflammation résiduelle à la suite d’un SCA. Celle-ci peut notamment être repérée par un taux élevé de protéine C-réactive dans le sang, une protéine témoin de l’inflammation. Or la présence de marqueurs inflammatoires dans la circulation sanguine est associée à un haut risque de récidive, en particulier au cours de la première année qui suit l’événement[2].

De précédentes études ont montré qu’un certain type de cellules immunitaires, les cellules T régulatrices (lymphocytes T régulateurs ou Treg), connues pour maintenir la tolérance immunitaire et limiter les réponses inflammatoires excessives, sont réduites en nombre et leurs fonctions altérées au cours d’un syndrome coronaire aigu. L’effet protecteur de l’augmentation de ces cellules a par ailleurs été montré dans des modèles animaux atteints d’athérosclérose ou d’infarctus du myocarde. Les Treg sont des cellules essentielles de l’immunité adaptative, qui se met en place après l’immunité innée grâce à ses signaux d’alerte. Elle permet une défense plus ciblée et plus efficace.

Dirigée par Ziad Mallat, directeur de recherche à l’Inserm, une équipe de recherche au Centre de recherche cardiovasculaire de Paris (Inserm/Université Paris Cité), en collaboration avec des chercheurs à l’université de Cambridge, a ainsi ciblé ses recherches sur un traitement axé sur l’immunité adaptative. Les scientifiques ont émis l’hypothèse qu’augmenter le nombre de cellules T régulatrices pourrait constituer une nouvelle stratégie anti-inflammatoire ciblée et de réparation tissulaire dans le SCA. Comment ? en modifiant l’utilisation de l’interleukine-2 (IL-2), une molécule du système immunitaire importante pour l’activation des lymphocytes T.

L’IL-2 est actuellement retrouvée dans des traitements anti-cancéreux à dose élevée. Ce fort dosage est toutefois contre-indiqué pour le traitement de patients atteints de pathologies cardiovasculaires. Mais à faible dose (des doses mille fois inférieures à celles utilisées en oncologie), l’IL2 permet d’augmenter significativement et sans danger les Treg anti-inflammatoires chez des patients SCA[3].

Dans un essai clinique de phase 2[4], les scientifiques ont ainsi testé l’effet d’un court traitement à base de faibles doses d’IL-2 sur des patients atteints d’un SCA et présentant une inflammation résiduelle (60 personnes au total). Pour mesurer l’efficacité du traitement et sa tolérance, la moitié (30) des participants inclus ont reçu une dose de placebo.

Après huit semaines de traitement :

  • le nombre de cellules Treg des patients ayant été traités par IL-2 était en moyenne 40 % plus élevé que chez les patients placebo sur toute la durée du traitement ;
  • l’inflammation artérielle était inférieure de 7,7 % à celle des patients placebo, une réduction considérée suffisante pour diminuer significativement le risque de récidive ;
  • l’effet thérapeutique de l’IL-2 à faible dose était plus important lorsque l’inflammation initiale était plus élevée ;
  • le traitement a été parfaitement toléré par l’ensemble des personnes participant à l’essai.

Au bout d’un peu plus de deux ans de suivi, aucun des patients traités par IL-2 n’a présenté de récidive d’événement cardiovasculaire majeur – contre 4 patients du groupe placebo.

« Ces résultats montrent l’intérêt thérapeutique que peut présenter une stratégie anti-inflammatoire ciblée sur l’activité des lymphocytes T régulateurs, dans le traitement qui suit un syndrome coronaire aigu. C’est d’ailleurs la première fois qu’un traitement anti-inflammatoire axé spécifiquement sur ce que l’on appelle l’immunité adaptative et non l’immunité innée , est testé chez l’humain », explique Ziad Mallat.

Ces résultats encourageants devront désormais être confirmés dans le cadre d’un essai clinique de phase 3, incluant un plus grand nombre de participants. Il s’agira de voir si, sur un temps plus long et un échantillon plus important de patients, le traitement à faible dose d’IL-2 permet de contrer la récidive d’événement cardiovasculaire après un SCA.

 

[1]L’athérosclérose est une maladie initialement liée au dépôt de lipides sur la paroi interne des artères, conduisant à la formation de plaques dites d’athérome. Ces plaques attirent différents composants, dont des cellules immunitaires, et entraînent une inflammation. Elles peuvent finir par se rompre et provoquer la formation d’un caillot (thrombus) qui obstrue le vaisseau avec des conséquences souvent graves.

[2]Le risque demeure élevé même cinq ans après l’événement.

[3]L’équipe de recherche de Ziad Mallat a publié une étude sur le sujet identifiant précisément la dose tolérée par les patients post SCA : https://evidence.nejm.org/doi/full/10.1056/EVIDoa2100009

[4]L’essai IVORY est une étude clinique de phase 2 randomisée en double aveugle versus placebo.

Découverte de valves au cœur du système lymphatique cardiaque et de leur rôle dans l’insuffisance cardiaque

Les valves lymphatiques identifiées par immunomarquage sont en blanc/gris. Les parois des vaisseaux lymphatiques identifiées par immunomarquage sont en bleu. © Ebba Brakenhielm/ Inserm

Le rôle du système lymphatique dans l’apparition et la progression de nombreuses maladies cardiovasculaires (hypertension, cardiomyopathies…) est de plus en plus reconnu, même si son implication exacte reste encore à éclaircir. Mieux comprendre ces mécanismes pourrait permettre de limiter l’aggravation de ces maladies et éviter leur évolution vers des formes sévères comme l’insuffisance cardiaque, qui touche 1,5 million de personnes en France. Dans une nouvelle étude, des chercheuses et chercheurs de l’Inserm et de l’université de Rouen Normandie, en collaboration avec une équipe de l’université de Wurtzbourg (Allemagne), ont analysé comment le système lymphatique se dérègle dans l’insuffisance cardiaque. Ils ont, pour la première fois, identifié les mécanismes cellulaires et moléculaires responsables de ce dysfonctionnement. De plus, les scientifiques ont découvert la présence de valves dans les vaisseaux lymphatiques cardiaques, dont le nombre serait réduit dans le contexte pathologique d’insuffisance cardiaque. Ces résultats sont publiés dans la revue EMBO Mol Med.

Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès au niveau mondial (juste devant les cancers). Ces pathologies présentent des caractéristiques communes telles que la présence d’une inflammation, d’œdème (gonflement des tissus dû à un excès de liquide) et/ou d’une fibrose cardiaque (accumulation de matrice extracellulaire dans le myocarde) qui contribuent à l’aggravation de la maladie vers une insuffisance cardiaque[1].

Aujourd’hui, face à l’absence de traitement efficace, de nouvelles cibles thérapeutiques sont recherchées, notamment pour limiter l’inflammation et l’œdème. Depuis plusieurs années, une équipe de recherche conjointe entre l’Inserm et l’université de Rouen Normandie, co-dirigée par Ebba Brakenhielm, directrice de recherche à l’Inserm au sein du laboratoire Endothélium, valvulopathies et insuffisance cardiaque (EnVI) s’intéresse à l’implication du système lymphatique cardiaque (cf. encadré ci-dessous) dans les maladies cardiovasculaires.

Système lymphatique général et au niveau cardiaque

Tandis que le réseau vasculaire sanguin participe à l’alimentation en oxygène et en nutriments des organes, le réseau lymphatique agit en parallèle pour évacuer (ou drainer) les excès de liquides, les déchets, les cellules immunitaires, et les débris de cellules endommagées des tissus du corps.

Au niveau du cœur, on parle de système lymphatique cardiaque (image ci-dessous), lui-même composé d’un ensemble complexe de vaisseaux lymphatiques spécifiques qui, à la différence des autres vaisseaux lymphatiques, dépendent de la contraction cardiaque pour assurer leur fonction de drainage.

Dans de précédents travaux, l’équipe a montré que, dans le contexte d’un infarctus du myocarde expérimental chez les rongeurs, l’inflammation cardiaque provoquait une raréfaction des vaisseaux lymphatiques, qui devenaient alors incapables de résoudre l’inflammation et l’œdème, et de prévenir la fibrose, tous délétères pour la fonction cardiaque.

Dans une nouvelle étude, cette même équipe est allée plus loin. Les scientifiques ont réussi à décrire, chez l’animal, le mécanisme de dérèglement du système lymphatique cardiaque à l’échelle moléculaire, cette fois-ci dans le contexte spécifique de l’insuffisance cardiaque non-ischémique[2]. Ils ont analysé l’information génétique contenue dans des cellules endothéliales lymphatiques cardiaques, qu’ils ont réussi à isoler grâce à une technologie de pointe[3]. Ils ont comparé la composition de ces cellules chez des animaux sains et chez des animaux atteints d’insuffisance cardiaque.

Cette analyse a révélé que l’inflammation liée à la maladie avait pour effet de perturber l’expression de gènes clés des vaisseaux lymphatiques. Grâce à des techniques d’imagerie 3D, l’équipe de recherche a observé que ces altérations rendaient les vaisseaux plus perméables et donc moins capables d’éliminer l’excès de liquide et de débris cellulaires, caractéristiques de l’œdème.

En allant plus loin, les chercheurs ont mis en évidence la présence jusqu’alors insoupçonnée de valves dans les vaisseaux lymphatiques cardiaques. L’équipe a par ailleurs découvert de façon surprenante que le nombre de ces valves est réduit chez les animaux atteints d’insuffisance cardiaque. Or sans la présence de ces valves, l’effet drainant du système lymphatique est fortement altéré.

« Cette étude pionnière nous a permis d’approfondir nos connaissances sur le système lymphatique cardiaque, dont le bon fonctionnement est essentiel pour un cœur en bonne santé. Ces résultats devront être confirmés chez l’humain mais ils suggèrent l’utilité de développer de nouvelles stratégies pour régénérer les valves lymphatiques perdues au cours de l’insuffisance cardiaque, avec l’espoir de rétablir leur fonction essentielle de drainage du cœur », conclut Ebba Brakenhielm.

 

[1]On parle d’insuffisance cardiaque lorsque le cœur n’est plus capable d’assurer un apport sanguin suffisant aux besoins du corps.

[2]C’est-à-dire une insuffisance cardiaque non liée à un infarctus du myocarde

[3]Le séquençage de cellule unique est un ensemble de techniques de biologie moléculaire qui permet l’analyse de l’information génétique (ADN, ARN, épigénome…). Cette technologie permet d’étudier les différences cellulaires avec une résolution optimale et ainsi de comprendre la particularité d’une cellule au sein de son microenvironnement.

 

Obésité : de nouveaux travaux remettent en question les connaissances actuelles sur le métabolisme des graisses

Rôles de la HSL dans les adipocytesRôles de la HSL dans les adipocytes. La HSL participe à la mobilisation des graisses stockées dans la gouttelette lipidique. Dans le noyau, elle assure le fonctionnement harmonieux de l’adipocyte. © I2MC, 2025. Créé avec biorender.com.

Depuis les années 1960, la lipase hormono-sensible (HSL) est connue comme l’enzyme qui permet d’accéder à l’énergie stockée dans nos graisses. On pourrait dès lors penser que son absence provoquerait une obésité avec un excès de masse grasse. Ce n’est pourtant pas le cas, c’est même l’inverse qui se produit. Une équipe de l’Université de Toulouse et de l’Inserm à l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires (I2MC) a résolu ce paradoxe en montrant que cette protéine agit également de façon inattendue dans le noyau de nos cellules graisseuses. Cette découverte, publiée dans Cell Metabolism le 23 octobre, ouvre de nouvelles pistes pour prévenir les complications liées à l’obésité.

Nos cellules graisseuses, appelées adipocytes, ne servent pas seulement à stocker des kilos en trop. Elles jouent un rôle clé dans la gestion de l’énergie de notre corps. Les adipocytes accumulent des graisses sous forme de gouttelettes lipidiques que l’organisme peut utiliser en cas de besoin, par exemple lors des périodes de jeûne entre les repas. Pour ce faire, il utilise la protéine HSL comme une sorte d’interrupteur. Quand le corps manque d’énergie, elle est activée par des hormones comme l’adrénaline et libère les graisses pour fournir du carburant à divers organes.

En l’absence de la protéine HSL, on pourrait supposer que le robinet à énergie est fermé et que les graisses vont inexorablement s’accumuler. Pourtant, de façon paradoxale, on constate chez la souris et chez des patients atteints de mutations du gène codant HSL que cela ne conduit pas à une obésité avec un excès de graisse. C’est l’opposé qui se produit : l’absence de cette protéine provoque une baisse de masse grasse, une condition pathologique nommée lipodystrophie.

Obésité et lipodystrophie, pourtant opposées en apparence, partagent un point commun : dans les deux cas, les adipocytes dysfonctionnent, entraînant des complications métaboliques et cardiovasculaires similaires.

Pour comprendre cette singularité, l’équipe scientifique menée par Dominique Langin, professeur à l’Université de Toulouse au sein de l’I2MC (Inserm/Université de Toulouse), a remarqué que HSL se situait dans une zone insoupçonnée jusque-là. Dans les adipocytes, la protéine est connue pour être en surface de la gouttelette lipidique où elle joue son rôle d’enzyme découpant les graisses, mais l’étude révèle qu’elle est aussi dans le noyau des cellules graisseuses.

« Dans le noyau des adipocytes, HSL est capable de s’associer avec de nombreuses autres protéines et de participer à un programme qui maintient une quantité optimale de tissu adipeux et des adipocytes ‘en bonne santé’ », précise Jérémy Dufau, co-auteur de l’étude et qui a soutenu sa thèse sur ce sujet.

De plus, l’étude montre que la quantité de HSL dans le noyau est finement contrôlée. L’adrénaline, qui permet l’activation de l’enzyme sur la gouttelette lipidique, favorise également sa sortie du noyau. C’est ce qui se passe lors du jeûne. Dans un contexte pathologique, la quantité de HSL du noyau est augmentée chez des souris obèses.

« HSL est connue depuis les années 1960 comme une enzyme de déstockage des graisses. Mais on sait désormais qu’elle joue aussi un rôle essentiel dans le noyau des adipocytes, où elle participe au maintien d’un tissu adipeux sain », conclut Dominique Langin.

Ce nouveau rôle pourrait expliquer la lipodystrophie des patients qui n’ont pas de HSL et ouvre des pistes pour mieux comprendre les maladies métaboliques telles que l’obésité et ses complications.

Cette découverte arrive à point nommé. Le surpoids et l’obésité touchent un adulte sur deux en France. Au niveau mondial, cela concerne 2 milliards et demi d’individus. L’obésité augmente le risque de nombreuses maladies dont le diabète et de maladies du cœur et affecte la qualité de vie. La poursuite des recherches est essentielle pour améliorer la prévention et la prise en charge des patients.

Cette étude s’inscrit dans le cadre du projet SPHERES, qui est un projet de 7 ans (2020-2027) financé par le Conseil européen de la recherche (ERC) dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne (accord de subvention N°856404).

Staphylocoque doré, facteur aggravant d’une maladie rare de la peau chez les enfants

Staphylococcus aureus et globules blancs © National Institute of Allergy and Infectious Diseases, NIH

Les équipes du service de microbiologie clinique et du service de dermatologie de l’hôpital Necker-Enfants malades AP-HP, de l’institut Necker-Enfants malades, de l’Inserm, de l’institut Imagine, du CNRS et de l’université Paris Cité, coordonnées par les Drs Anne Jamet, Christine Bodemer et Maria Leite-de-Moraes, ont étudié la façon dont certaines souches de Staphylocoque doré présentes sur la peau des enfants atteints d’une maladie génétique rare influencent la gravité de leur inflammation et de leurs symptômes. Les résultats de cette étude ont fait l’objet d’une publication parue le 27 août 2025 dans la revue Science Translational Medicine.

L’épidermolyse bulleuse dystrophique récessive (RDEB) est une maladie génétique rare et grave qui rend la peau extrêmement fragile. Les enfants atteints développent des plaies chroniques douloureuses, souvent colonisées par une bactérie appelée staphylocoque doré1. Cette bactérie, normalement présente sur la peau, peut devenir pathogène lorsque la peau est lésée. Elle est systématiquement recherchée lors de la prise en charge des enfants atteints de RDEB car elle peut être présente en grande quantité sur la peau. La raison pour laquelle certains enfants développent une forme beaucoup plus sévère de la maladie que d’autres reste encore floue.

Les équipes ont cherché à comprendre comment les souches du staphylocoque doré présentes sur la peau des enfants pouvaient influencer la gravité de leur maladie, en modifiant la réponse de leur système immunitaire.

Une analyse a été menée chez 15 enfants atteints de RDEB (formes modérées ou sévères), parmi lesquels dix avaient une forme sévère (avec des plaies étendues, douloureuses et qui ne guérissent pas), et cinq une forme plus modérée. Pour comparer, les chercheurs ont également analysé des prélèvements réalisés chez 18 enfants de la même tranche d’âge, sans maladies de peau. Les chercheurs ont étudié les bactéries prélevées sur les plaies, les cellules de l’immunité et des protéines de l’inflammation du sang, ainsi que la réaction des cellules de l’immunité du patient en laboratoire lorsqu’elles sont mises en contact avec ces bactéries.

Les enfants atteints de formes sévères de la maladie avaient un syndrome inflammatoire marqué, autrement dit leur sang contenait de grandes quantités de molécules pro-inflammatoires, comme si leur corps était constamment en train de se défendre contre une infection, même sans menace immédiate. Ce déséquilibre peut aggraver les plaies, ralentir leur guérison et retentir sur l’état général du patient. De plus, les souches de staphylocoque doré présentes sur la peau de ces enfants avaient une agressivité particulière, déclenchant une réaction immunitaire plus forte que celles trouvées chez les enfants avec des formes moins graves de la maladie.

Ces résultats permettent d’envisager la personnalisation du traitement de l’enfant malade en fonction de la souche bactérienne présente sur sa peau. Ils permettront également à terme de mieux comprendre et surveiller l’évolution de la maladie grâce à des marqueurs dans le sang, sans recours à la biopsie.

1 . Les staphylocoques sont des bactéries présentes naturellement sur la peau et les muqueuses de l’être humain. Il existe plusieurs espèces de staphylocoques, dont Staphylococcus aureus (staphylocoque doré), qui peut être à l’origine de maladies infectieuses.

Obésité : des résultats prometteurs contre le développement de la fibrose

Images représentatives de tissu adipeux omental (graisse abdominale profonde) provenant de personnes atteintes d’obésité, observées en lumière blanche et en lumière polarisée. Les coupes histologiques ont été colorées au rouge picrosirius, un colorant qui permet de révéler les zones de fibrose, visibles autour des adipocytes (cellules graisseuses) ou à la surface des lobules graisseux. Images représentatives de tissu adipeux omental (graisse abdominale profonde) provenant de personnes atteintes d’obésité, observées en lumière blanche et en lumière polarisée. Les coupes histologiques ont été colorées au rouge picrosirius, un colorant qui permet de révéler les zones de fibrose, visibles autour des adipocytes (cellules graisseuses) ou à la surface de lobules graisseux. © Geneviève Marcelin

Chez les personnes vivant avec l’obésité, le tissu adipeux viscéral — situé en profondeur autour des organes — peut devenir fibreux et rigide. Ce phénomène, appelé fibrose, perturbe le fonctionnement normal de la graisse et contribue à des complications métaboliques comme l’insulino-résistance ou le diabète de type 2. Une équipe de chercheuses et chercheurs  de Sorbonne Université, de l’Inserm et de l’AP-HP, au sein  du laboratoire Nutriomique a identifié une nouvelle stratégie thérapeutique pour contrer les effets de la fibrose. En effet, l’utilisation de deux médicaments déjà approuvés pour d’autres indications parvient à bloquer la fibrose du tissu adipeux et à restaurer son bon fonctionnement chez des souris obèses. Ces résultats sont publiés dans la revue Cell Reports Medicine.
Le tissu adipeux joue un rôle central dans le contrôle de l’équilibre énergétique de l’organisme. Le phénomène de fibrose chez les personnes atteintes d’obésité altère le fonctionnement normal de la graisse et sa plasticité. Il aggrave également les complications métaboliques telles que l’insulino-résistance ou le diabète de type 2, et constitue un frein à la perte de poids.

Pour mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la fibrose, l’équipe de chercheuses et chercheurs s’est intéressée à une population de cellules appelées progéniteurs CD9+. L’étude publiée révèle que l’abondance de ces cellules dans le tissu adipeux des patients atteints d’obésité est associée à une fibrose accrue, à une altération du contrôle de la glycémie et à une incidence plus élevée de diabète de type 2.

Par ailleurs, chez les patients avec obésité sévère et diabète de type 2, une augmentation de l’abondance de ces progéniteurs CD9+ avant une intervention de chirurgie bariatrique (ou chirurgie de l’obésité) est associée à une moindre amélioration métabolique un an après l’intervention. Ces résultats positionnent donc les progéniteurs CD9+ comme des cibles thérapeutiques de premier plan pour  améliorer localement le fonctionnement du tissu graisseux, avec des effets bénéfiques potentiels sur la santé globale.

L’équipe a ensuite mené une étude préclinique sur des souris, afin de valider cette hypothèse. Grâce à des analyses moléculaires approfondies, les chercheuses et chercheurs ont identifié les voies de signalisation activées dans ces cellules et testé des médicaments capables de les inhiber.

La combinaison de deux molécules déjà utilisées en clinique, le nintédanib (antifibrosant) et le célécoxib (anti-inflammatoire), s’est révélée particulièrement efficace. En effet, elle a permis de réduire significativement le développement de la fibrose du tissu adipeux chez les souris obèses et d’améliorer leur santé métabolique.

L’équipe a aussi découvert que le traitement agissait sur les cellules mésothéliales, des cellules spécialisées formant une barrière protectrice à la surface des organes viscéraux, mais qui, en contexte d’obésité, contribuent à la fibrose en surface du tissu graisseux.

Ces résultats sont prometteurs car ils reposent sur des traitements combinés déjà disponibles, ouvrant ainsi la voie à une translation rapide vers des essais cliniques. Préserver ou restaurer le bon fonctionnement des tissus adipeux pourrait ainsi constituer une stratégie clé pour limiter les effets délétères de l’obésité.

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