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Comment le virus Zika persiste dans le sperme et altère les spermatozoïdes

Communiqué | 11 sept. 2018 - 9h56 | Par INSERM (Salle de presse)
Physiopathologie, métabolisme, nutrition

Crédits: AdobeStock

Si l’on savait que le virus Zika se transmettait par voie sexuelle et que le virus persistait dans le sperme plusieurs mois après l’infection, l’origine de cette persistance était inconnue, de même que les raisons de la diminution du nombre de spermatozoïdes chez les hommes infectés. Une équipe de chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Rennes 1 et de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique réunie au sein de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET, Unité 1085) et dirigée par Nathalie Dejucq-Rainsford a montré que le virus infecte plusieurs types de cellules testiculaires, dont les cellules germinales, à l’origine des spermatozoïdes, ce qui pourrait altérer le processus de fabrication des cellules sexuelles. Par ailleurs, la faible défense immunitaire du testicule contre le virus Zika pourrait nuire à l’élimination du virus dans cet organe et ainsi contribuer à sa persistance dans le sperme. Ces travaux sont publiés dans la revue Journal of Clinical Investigation.

Le virus Zika, transmis par les moustiques, induit des malformations congénitales et peut être également transmis par voie sexuelle de l’homme à la femme. Le virus peut persister dans le sperme pendant plusieurs mois, et être transmis plus de 40 jours après la disparition des symptômes, ce qui suggère que  l’appareil reproducteur masculin est infecté. Des modèles animaux suggèrent que la transmission sexuelle pourrait faciliter l’infection du fœtus chez la femme enceinte. Une diminution du nombre de spermatozoïdes et une augmentation des spermatozoïdes anormaux a également été rapportée dans le sperme d’hommes infectés. Cependant l’organe responsable de la persistance du virus dans le sperme restait inconnu, ainsi que l’origine des modifications du sperme.

Grâce à un modèle original de culture de testicule humain, l’équipe de Nathalie Dejucq-Rainsford, chercheuse Inserm au sein de l’Unité 1085″ Institut de recherche, santé, environnement et travail” (Inserm/Université de Rennes 1/Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique) avec l’appui d’équipes de la métropole, des Antilles et du Brésil, a montré que le virus Zika infecte plusieurs catégories de cellules testiculaires, dont les cellules germinales, à l’origine des spermatozoïdes.

Pour cela des fragments de testicules d’hommes non infectés ont été exposés au virus puis maintenus en culture pendant 9 jours pour suivre l’évolution de l’infection. Ces résultats ont été confirmés chez des patients infectés par le virus Zika avec la mise en évidence de cellules germinales testiculaires et de spermatozoïdes infectés dans le sperme.

En poussant plus loin les analyses, les chercheurs suggèrent que le testicule pourrait constituer un réservoir pour le virus Zika, expliquant ainsi que l’on retrouve du virus dans le sperme longtemps après qu’il ait disparu du reste de l’organisme. En effet cet organe se défend faiblement contre l’infection car il ne produit pas les protéines essentielles à la réponse antivirale (interférons) et qu’il ne produit qu’en très petite quantité les molécules chargées de signaler la présence de pathogènes au système immunitaire (cytokines pro-inflammatoires). De plus, contrairement à d’autres organes, les cellules testiculaires infectées ne meurent pas et perdurent dans le testicule.

L’ensemble de ces éléments pourraient permettre la production de virus au sein du testicule pendant de longues périodes, sans qu’il ne soit éliminé par le système immunitaire.

Enfin, l’infection des cellules germinales elles-mêmes et d’autres cellules testiculaires impliquées dans le processus de fabrication des spermatozoïdes (cellules de Sertoli, cellules de Leydig) et dans leur expulsion hors du testicule (cellules contractiles péritubulaires) pourrait affecter la production de sperme. Une hypothèse soutenue par l’observation des modifications du sperme constatées chez des hommes infectés jusqu’à deux mois après contact avec le virus Zika.

Cette étude fournit des informations essentielles sur la manière dont le virus Zika peut persister dans le sperme et en modifier les paramètres, ainsi qu’un outil précieux pour tester l’efficacité d’agents antiviraux sur l’infection du testicule ex vivo.

POUR CITER CET ARTICLE :
Communiqué – Salle de Presse Inserm Comment le virus Zika persiste dans le sperme et altère les spermatozoïdes Lien : https://presse.inserm.fr/comment-le-virus-zika-persiste-dans-le-sperme-et-altere-les-spermatozoides/32410/
Voir les sources

Zika virus infects human testicular tissue and germ cells

Giulia Matusali1, Laurent Houzet1, Anne-Pascale Satie1, Dominique Mahé1, Florence Aubry1,  Thérèse Couderc2,3, Julie Frouard1, Salomé Bourgeau1, Karim Bensalah4, Sylvain Lavoué5, Guillaume Joguet6, Louis Bujan7, André Cabié8, Gleide Avelar9, Marc Lecuit2,3,10, Anna Le  Tortorec1, Nathalie Dejucq-Rainsford1*

1 Univ Rennes, Inserm, EHESP, Irset (Institut de recherche en santé, environnement et travail) – UMR_S1085, F-35000 Rennes, France

2 Institut Pasteur, Biology of Infection Unit, Paris, France  

3 Inserm U1117, Paris, France

4 Service d’Urologie, Centre Hospitalier Universitaire de Rennes, F-35000 Rennes, France

5 Unité de coordination hospitalière des prélèvements d’organes et de tissus, Centre Hospitalier Universitaire de Rennes, F-35000 Rennes, France

6 Centre Caribéen de Médecine de la Reproduction-CECOS CHU de Pointe à Pitre Guadeloupe, France

7 Research Group on Human Fertility EA 3694, University Paul Sabatier Toulouse III-CECOS, Hôpital Paule de Viguier, CHU Toulouse, Toulouse, France

8 Inserm Centre d’Investigation Clinique 1424, Centre Hospitalier Universitaire de Martinique, France; Service de maladies infectieuses, Centre Hospitalier Universitaire de Martinique, France

9 Department of morphology, Federal University of Minas Gerais, Belo Horizonte, Brazil

10 Paris-Descartes University, Department of Infectious Diseases and Tropical Medicine, Necker-Enfants Malades University Hospital, Paris, France

JCI DOI: 10.1172/JCI121735

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