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Vitamine D : efficace contre la Covid-19, vraiment ?

Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, la vitamine D est au centre des débats. Mais les données demeurent parcellaires et il n’est pas encore possible d’affirmer qu’une supplémentation aurait un effet protecteur.

Le 05 Mar 2021 - 10h12 | By INSERM PRESS OFFICE

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alimentation vitamine D

Le rôle de la vitamine D dans la bonne santé osseuse et musculosquelettique a depuis longtemps été souligné. Les récepteurs à la vitamine D sont également présents dans de nombreuses cellules du corps, ce qui suggère un rôle important pour assurer les différentes fonctions de l’organisme.

Depuis plusieurs mois, de nombreux articles se multiplient en ligne pour s’interroger sur le lien entre supplémentation en vitamines D et risque de développer la Covid-19. Certains estiment que la vitamine D aurait en effet un effet protecteur. Pour l’instant néanmoins, les données manquent encore sur le sujet. Canal Détox se penche sur la question. 

 

Effets de la vitamine D sur la santé 

Contrairement aux autres vitamines que l’on retrouve principalement dans l’alimentation, la vitamine D ne se retrouve que de façon limitée dans notre assiette (poisson gras, œufs, produits laitiers, en particulier lorsqu’ils sont enrichis en vitamine D). Elle s’acquiert en effet majoritairement par notre exposition au soleil : les rayonnements UVB vont en induire la synthèse (particulièrement au printemps et en été).

Que ce soit en période de pandémie de Covid-19 ou non, maintenir une alimentation variée et riche en vitamine D est nécessaire pour éviter toute carence. Le dépistage de la carence en vitamine D doit être réalisé chez les patients à risques. La supplémentation peut alors être recommandée, notamment en hiver, pour les populations à risque, comme les personnes de plus de 65 ans, les femmes ménopausées, les enfants ou les femmes enceintes, dans le but de maintenir leur santé squelettique. Elle est encouragée également pour les personnes s’exposant peu au soleil ou présentant des problèmes de santé comme des malabsorptions intestinales ou une insuffisance rénale.

Pour les effets sur les autres pathologies comme les cancers, la sclérose en plaque ou les maladies auto-immunes, observées pour l’instant dans le cadre d’études épidémiologiques ou cliniques, la supplémentation semble avoir un effet prometteur, mais les données disponibles sont encore trop hétérogènes et peu concluantes. À titre d’exemple, aucun effet protecteur de la supplémentation en vitamine D sur le risque de cancer ou de maladie cardiovasculaire n’a pu être démontré dans une large étude parue en 2019 dans le New England Journal of Medicine.

 

Des effets contre la Covid-19 ?

En ce qui concerne la Covid-19, malgré de nombreuses publications en ligne et sur les réseaux sociaux concernant la vitamine D, l’efficacité de la supplémentation face à la maladie demeure à ce jour incertaine. Le National Institutes of Health aux Etats-Unis et la Société française de pharmacologie ont d’ailleurs fait passer ce message, précisant que les données disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’il existe un éventuel effet protecteur contre la maladie.

Toutefois, plusieurs études sont actuellement menées sur le sujet, pour ouvrir des pistes de réflexion intéressantes. On peut notamment citer le fait que depuis 2012, des chercheurs de la Queen Mary University of London s’attachent à démontrer que la supplémentation en vitamine D aurait un effet de prévention sur les infections respiratoires aiguës avec des résultats encourageants actualisés en juillet 2020.

En effet, ces scientifiques ont montré que la réduction relative du risque de développer une infection respiratoire aiguë est notable chez les personnes ayant reçu une supplémentation en vitamine D. La réduction était même maximale pour une supplémentation quotidienne de 400 à 1000 Ul, pendant une période inférieure ou égale à 12 mois. Cependant les chercheurs précisent que « la pertinence de ces résultats dans le cas de la Covid-19 n’est pas connue et nécessite des recherches dédiées ».

Concernant la question de savoir si la vitamine D peut aider les patients atteints de formes graves de Covid-19, notamment les individus admis en unités de soins intensifs, les Hôpitaux Universitaires de Genève ont publié une revue critique de la littérature qui précise que les études menées sur l’effet de la vitamine D n’arrivent là aussi qu’à des conclusions partielles et encore non concluantes.  La supplémentation systématique en vitamine D n’est donc pas recommandée à ce jour pour se protéger de la Covid-19 et de ses formes sévères. 

Comme toute supplémentation, celle en vitamine D n’est pas anodine et doit toujours s’effectuer dans le cadre d’une prescription médicale. La posologie doit être adaptée au profil du patient et au degré de sa carence. En effet, même si le risque d’intoxication aigue est faible, des effets indésirables peuvent néanmoins apparaitre dans le cadre de prises de supplémentation excessives ou inadaptées. Par ailleurs, l’Anses recommande un apport journalier en vitamine D autour des 15 microgrammes soit 600 UI pour un adulte.

Texte rédigé avec le soutien de Mélanie Deschasaux, Chargée de Recherche
Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (EREN)
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