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La Covid-19, un impact sur la fertilité, vraiment ?

Est-il possible qu’il existe un lien entre Covid-19 et infertilité ? Que recommandent les études actuelles aux personnes qui souhaitent concevoir un enfant ? Est-il contre-indiqué de se faire vacciner si l’on suit un traitement pour la fertilité ? Canal Détox se penche sur ces questions importantes.

Le 07 Jul 2021 - 17h21 | By INSERM PRESS OFFICE

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© Aditya Romansa/Unsplash photos

En décembre 2020, les docteurs britannique Michael Yeadon et allemand Wolfgang Wodarg ont lancé une pétition pour interpeller l’Agence européenne du médicament concernant de potentiels risques d’infertilité chez les femmes qui seraient causés par le vaccin contre la Covid-19. Néanmoins, les données actuelles issues des essais cliniques ont montré que ces vaccins, comme tous les autres, n’ont aucun effet néfaste connu sur la fertilité des femmes et des hommes.

Pourtant, certains continuent de douter. Alors, est-il possible qu’il existe un lien entre Covid-19 et infertilité ? Que recommandent les études actuelles aux personnes qui souhaitent concevoir un enfant ? Est-il contre-indiqué de se faire vacciner si l’on suit un traitement pour la fertilité ? Canal Détox se penche sur ces questions importantes.

 

Les impacts de l’épidémie sur la santé reproductive et sexuelle

À ce jour, il n’a pas été démontré avec certitude que la Covid-19 affectait la fertilité des femmes d’un point de vue physiologique. Par exemple, selon des observations menées sur 237 femmes positives au SARS-CoV-2 et en âge de procréer en janvier 2021 (publiées sur la National Library of Medicine), aucune perturbation significative du cycle menstruel n’a été notée après l’infection. Chez les hommes, un article publié dans la revue Fertility and Sterility en mars 2021 suggère que les éventuels troubles cardiovasculaires causés par le virus et leurs traitements chez certains pouvaient entraîner des troubles de l’érection et de l’éjaculation, de même qu’un passage en soins intensifs ou en réanimation. Cependant, il est possible que ces troubles soient liés au stress ou au syndrome infectieux en général mais pas au virus lui-même. De plus, il s’agit d’un article scientifique isolé et aucune autre étude n’a, jusqu’ici, corroboré ces observations.

Toutefois, cet article précisait aussi que le risque de naissances prématurées ou de fausses couches augmentait lorsque la mère ou le père avait été en soins intensifs à cause de la Covid-19 avant la conception du bébé, ou pendant la grossesse dans le cas des mères. Cette donnée a également été observée dans un autre article de synthèse publié en février 2021, qui montrait que le risque d’une naissance prématurée pendant ou après l’infection se situait en moyenne entre 10 et 25 % pour une femme enceinte infectée par le SARS-CoV-2, et allait jusqu’à 60 % si celle-ci contractait une forme sévère de la maladie. Il s’agit le plus souvent d’accouchements prématurés déclenchés artificiellement afin de pouvoir mieux soigner la mère.

En outre, des facteurs sociaux et psychologiques liés à la pandémie ont pu perturber la santé sexuelle de la population. Un rapport du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), repris par The Lancet en avril 2020, a montré que la priorité donnée à la Covid-19 perturbait les services de santé liés à la sexualité, la reproduction et la fertilité. Cela expose les femmes les moins favorisées à des difficultés pour accéder à la contraception, à l’avortement, et fait obstacle à l’accompagnement des futures mères dans leur grossesse. Quant au nombre de naissances, l’Institut national d’études statistiques a enregistré une baisse de 13 % entre janvier 2020 et 2021, attribuée à la pandémie et à un sentiment d’incertitude chez les couples concernant l’avenir, mais pas à une chute généralisée de la fertilité.

 

À ce jour, aucun impact du vaccin n’a été observé sur la fertilité des hommes et des femmes

Concernant le lien entre vaccination anti-Covid et infertilité, les données sont peu nombreuses mais tout à fait rassurantes jusqu’à présent. Les équipes de recherche se sont notamment penchées sur l’impact des vaccins sur le succès des traitements de l’infertilité.

Une étude observationnelle[1] publiée en mai 2021 a par exemple évalué l’influence du vaccin anti-SARS-CoV-2 à ARNm sur le processus de fécondation in vitro (FIV). Les chercheurs ont étudié des couples qui passaient par cette procédure, avant et après l’injection du vaccin. Sur 36 couples qui avaient repris le processus de FIV entre 7 et 85 jours après avoir reçu le vaccin, aucune différence n’a été observée au niveau de l’activité ovarienne, ni aucune modification des caractéristiques des embryons.

La Société britannique de fertilité a recommandé en février 2021 que les personnes suivant un traitement contre l’infertilité (FIV, congélation des ovules, insémination intra-utérine), bien qu’elles puissent sans risque se faire vacciner en cours de traitement, prennent en compte les potentiels effets secondaires qui peuvent survenir quelques jours après l’injection (fièvre, fatigue…). Ainsi, il peut être plus judicieux d’attendre quelques jours après la vaccination pour commencer ou reprendre un traitement pour la fertilité, afin que les effets secondaires du vaccin ne soient pas attribués par erreurs aux effets du traitement. C’est pourquoi, il est également conseillé d’avoir reçu les deux doses de vaccin avant de commencer ou reprendre le traitement.

Par ailleurs, une étude publiée dans Jama Network datant de juin 2021 a analysé le sperme d’un petit échantillon de 45 hommes en bonne santé avant et après l’injection des deux doses du vaccin à ARNm contre la Covid. Aucune différence n’a été observée au sein du liquide séminal. Il n’est donc, à ce jour, pas contre-indiqué de se faire vacciner si l’on souhaite donner son sperme, de même qu’il n’y a pas de contre-indication pour les femmes souhaitant faire don de leurs ovules. Des études sur un échantillon plus large et avec un suivi sur le plus long terme seront nécessaires pour confirmer ces observations.

Des études sur modèles animaux apportent aussi quelques pistes pour évaluer l’impact des vaccins sur la santé reproductive. Ainsi, des données ont montré que le vaccin ARNm testé chez 44 souris femelles n’avait eu aucun effet sur leur performance reproductive, leur fertilité ou leurs paramètres ovariens et utérins en général. Le développement fœtal avant et après la naissance était également normal. Ces modèles animaux, bien qu’ils soient moins directement applicables à l’humain, permettent d’obtenir des données supplémentaires rassurantes sur les effets du vaccin ARNm.

Lire notre Canal Détox « La vaccination dangereuse pour les femmes enceintes, vraiment ? »

Il n’existe donc aujourd’hui aucune preuve ni théorie scientifique valide qui suggérerait que le vaccin contre la Covid présenterait un risque sur la fertilité des hommes et des femmes.

 L’American Society for Reproductive Medicine a d’ailleurs déclaré que les vaccins ARN « ne causent pas un risque élevé d’infertilité, de fausse couche au premier et second trimestre ou d’anomalies congénitales ». L’agence américaine des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a également confirmé que « pour tous les vaccins, il n’y a pas de preuve suggérant qu’ils causent des problèmes de fertilité ». La balance bénéfice-risque concernant la santé reproductive est donc aujourd’hui en faveur du vaccin. Plusieurs essais cliniques sont à présent en cours pour continuer à évaluer son efficacité et ses effets secondaires sur la fertilité et la grossesse.

Le manque de données concernant les potentiels impacts de la vaccination sur la fertilité interroge aussi la réelle pertinence de ce questionnement. A ce jour,  il n’existe aucune donnée sur d’autres vaccins qui auraient un lien avec des troubles de la reproduction ni aucune hypothèse scientifique antérieure en faveur d’un lien entre ces deux points. La question scientifique semble peu pertinente comparativement aux autres problématiques de santé liée à l’infection par le SARS-CoV-2 lui-même, et explique le fait que la communauté scientifique ne se soit pas encore mobilisée pour traiter ce sujet en priorité.

[1] Une étude observationnelle est une étude dans laquelle le chercheur observe simplement le sujet sans contrôler aucune variable ni intervenir.

 

Texte rédigé avec le soutien du Professeur Olivier Picone (U 1137 – IAME Infection antimicrobiens, modélisation, évolution – Université Paris Diderot)

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