Canal Detox

Un nouveau traitement pour l’insomnie, vraiment ?

Alors que 15 à 20 % de la population française serait concernée par l’insomnie, l’annonce de l’approbation d’un nouveau médicament par l’Agence européenne du médicament a eu de quoi réjouir certains. Mais un nouveau médicament ne résoudra pas tout à lui seul, surtout s’agissant d’une maladie multifactorielle comme l’insomnie. Canal Détox fait le point.

Le 13 Jun 2022 - 10h43 | By INSERM PRESS OFFICE

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insomnia

L’insomnie est à la fois un problème de santé publique et un enjeu sociétal, associé à de nombreux facteurs qu’il est nécessaire de prendre en compte pour le bien-être des patients. Crédits : Unsplash

Une bonne nouvelle pour les personnes qui souffrent d’insomnie ? Alors que 15 à 20 % de la population française serait concernée par cette pathologie, dont la moitié sous une forme sévère, l’annonce de l’approbation d’un nouveau médicament par l’Agence européenne du médicament a eu de quoi réjouir certains. Cette nouvelle molécule, baptisée daridoxerant, agit sur les récepteurs de l’orexine, un neurotransmetteur qui régule notamment les états de veille et de sommeil. Les essais cliniques conduits dans 18 pays ont montré que ce médicament était sûr et plutôt efficace aux doses de 50 mg, réduisant la vitesse d’endormissement, diminuant la durée et la fréquence des éveils pendant le sommeil et améliorant la qualité de la veille.

Si ce traitement permet d’élargir l’arsenal thérapeutique disponible, la prudence doit rester de mise. En effet, un nouveau médicament ne résoudra pas tout à lui seul, surtout s’agissant d’une maladie multifactorielle comme l’insomnie, avec des composantes psychologiques, physiologiques et neurobiologiques difficiles à dissocier.

 

Ressources complémentaires

 Pour mieux comprendre les causes diverses et complexes de l’insomnie, se référer à notre dossier « Insomnie » sur inserm.fr : https://www.inserm.fr/dossier/insomnie/

Lire l’article « C’est quoi : la mélatonine » : https://www.inserm.fr/c-est-quoi/au-lit-cest-quoi-la-melatonine/

 

Prendre en charge l’insomnie

 Avant l’autorisation de ce nouveau traitement, plusieurs options thérapeutiques étaient déjà disponibles. Il faut d’abord souligner qu’une prise en charge non médicamenteuse doit rester la première option proposée aux patients. Il convient de les accompagner pour corriger les mauvaises habitudes liées au sommeil, en favorisant notamment une heure de coucher régulière et en évitant certains comportements délétères. Le fait de regarder des écrans avant le coucher est, par exemple, une pratique très fréquente dans de nombreux pays du monde, mais plusieurs études ont montré qu’elle était associée à un retard de l’endormissement et notamment qu’elle pouvait perturber le sommeil des adultes comme celui des enfants.

Si une prise en charge pharmacologique doit être envisagée, la littérature scientifique suggère que les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) doivent d’abord être proposées avec une efficacité à long terme supérieure aux traitements médicamenteux. Ces thérapies ont pour principe de remplacer les comportements inadaptés et les croyances erronées sur le sommeil par d’autres, plus appropriés. À travers plusieurs séances, les patients sont amenés à prendre conscience des facteurs et mécanismes dont dépend le rythme éveil/sommeil et donc des erreurs qui entraînent leur insomnie. Si les données sont hétérogènes, elles indiquent toutefois un effet bénéfique de ces thérapies, avec une amélioration de la qualité de vie.

Cependant, l’accès à ces thérapies étant parfois limité selon les territoires, des études ont récemment montré qu’elles pouvaient aussi être proposées en ligne avec des résultats plutôt prometteurs.

De manière générale, lutter contre l’insomnie passe par une déconstruction des idées reçues intégrées par les patients, qu’ils aient recours ou non aux thérapies cognitivo-comportementales.

Parmi ces idées, on retrouve notamment la notion que tout le monde a besoin obligatoirement de 8 heures de sommeil par nuit pour se maintenir en forme. Si les adultes ont en effet besoin de 7 à 9 heures de sommeil en moyenne, il ne s’agit que d’une moyenne.

Il y aurait en fait des différences individuelles importantes dans la quantité de sommeil dont chacun a besoin : ainsi, un petit pourcentage de personnes aura besoin de moins de 7 heures, un autre plus.

Le mantra des « 8 heures de sommeil indispensables » est souvent intégré comme une règle par de nombreuses personnes, ce qui peut conduire à une certaine anxiété en cas de manque de sommeil. Mais elle correspond en réalité à la moyenne des besoins individuels.

Afin de déterminer la durée de sommeil dont on a besoin, le mieux reste encore d’être attentif à son état de vigilance dans la journée, en fonction du nombre d’heures passées à dormir la veille. Les performances ainsi que la qualité de vie diurnes ne doivent pas toujours être attribuées à une altération de la quantité ou de la qualité du sommeil de nuit.

 

Et les médicaments ?

En ce qui concerne les traitements médicamenteux, les benzodiazépines et médicaments apparentés ont depuis les années 1970 été l’un des traitements les plus prescrits en cas d’insomnie chronique. Si ces médicaments sont sûrs et le risque d’overdose limité, leurs effets secondaires sont encore nombreux (somnolence, confusion, pertes de mémoire, perte de coordination et d’équilibre…).

À long terme, leur usage est associé à une dépendance et à une perte d’efficacité du traitement. D’autres médicaments ont ensuite été développés (dérivés de la mélatonine, anti-histaminiques, antidépresseurs sédatifs…), mais des effets similaires persistent tant sur l’efficacité que sur la tolérance.

Les médicaments inhibant l’orexine, comme le daridoxerant, sont l’une des pistes prometteuses étudiées ces dernières années, étant efficaces sur le délai d’endormissement, le nombre et la durée des éveils intra-sommeil et les performances diurnes. Néanmoins, ils ne permettront pas à eux seuls de résoudre la question de l’insomnie, qui est à la fois un problème de santé publique et un enjeu sociétal, associé à de nombreux facteurs qu’il est nécessaire de prendre en compte pour le bien-être des patients.

 

Texte réalisé avec le soutien de Yves Dauvilliers, INM: institut des neurosciences de Montpellier
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