Canal Detox

Vacciner les enfants pour lutter contre la pandémie de Covid-19, vraiment ?

Alors que les débats sur la vaccination des enfants et la transmission en milieu scolaire se poursuivent, Canal Détox fait le point sur l’état des connaissances et les décisions qui ont été prises jusqu’ici.

Le 23 Mar 2021 - 14h18 | By INSERM PRESS OFFICE

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enfant covid transmission

Plusieurs études ont été publiées sur la transmission en milieu scolaire. Crédits : Pixabay 

Le 16 mars 2021, la société de biotechnologie américaine Moderna a annoncé le lancement d’essais de son vaccin contre la Covid-19 sur plusieurs milliers d’enfants. En tout, ce sont 6750 enfants âgés de 6 mois à 11 ans qui participeront à cette large étude clinique aux Etats-Unis et au Canada.

Avec cette annonce, la question de la vaccination des enfants pour lutter contre la pandémie, qui revient régulièrement sur le devant de la scène depuis le début de la campagne vaccinale au début de l’année, est à nouveau au cœur des préoccupations.

Quelles sont les données disponibles pour le moment concernant la vaccination et l’immunité des enfants face à la maladie de Covid-19 ? Pourquoi n’ont-ils pas été identifiés comme publics prioritaires ? Et vacciner les enfants pourrait-il ralentir significativement l’épidémie ? Canal Détox se penche sur ces questions et coupe court aux fausses infos.

Essais en cours sur les enfants

A l’heure actuelle, très peu de données sont disponibles concernant la réponse des enfants et des adolescents face aux candidats vaccins contre la Covid-19 et l’efficacité de ces derniers sur ces groupes d’âge. En effet, les essais ciblant les plus jeunes n’ont démarré que récemment, et quelques mois devraient être nécessaires pour consolider les résultats.

Ainsi, Pfizer teste depuis octobre son candidat vaccin auprès de 2000 adolescents âgés de 12 à 15 ans. Oxford/Astrazeneca a lancé en février un essai de phase II chez des enfants de 6 à 17 ans. Dans cette étude, le groupe contrôle reçoit un vaccin contre la méningite, car celui-ci déclenche les mêmes effets secondaires, notamment une douleur au site d’injection.

Quant à Moderna, avant le dernier essai en date annoncé la semaine dernière, le groupe avait déjà commencé à tester son vaccin chez 3000 personnes de 12 à 17 ans, la moitié d’entre eux recevant deux doses du vaccin à quatre semaines d’intervalle, l’autre moitié un placebo.

Les autorités sanitaires espèrent qu’un vaccin sera disponible dès l’automne pour les enfants. En attendant, il est difficile de se prononcer sur le degré de protection conféré par ces candidats vaccins sur ces groupes d’âge.

On peut toutefois souligner qu’en Israël, où la campagne de vaccination a été menée très rapidement, 600 enfants de 12 à 16 ans ont déjà reçu des doses du vaccin Pfizer, et aucun effet secondaire majeur n’a été rapporté.

Pourquoi cibler les personnes âgées ?

Des interrogations ont parfois été soulevées concernant le choix de mener des essais cliniques vaccinaux en priorité sur les adultes. Tout d’abord, il faut prendre la mesure de l’urgence dans laquelle ces essais ont été menés, imposée par la pandémie. Les essais cliniques sur les enfants sont plus longs à mettre en place : des autorisations particulières sont requises (Article 32 du Règlement (UE) N° 536/2014 du parlement européen du 16 avril 2014) et il faut pouvoir montrer que le bénéfice apporté à la population pédiatrique est supérieur aux risques potentiels encourus.

Ce dernier point est ici central, car les enfants et adolescents sont peu affectés par les formes graves de Covid-19 qui demeurent rares et se retrouvent surtout chez des enfants souffrant de comorbidités et de déficits immunitaires (notamment avec une réponse intérféron inadaptée).

Par ailleurs, des formes inflammatoires post-infectieuses ressemblant à la maladie de Kawasaki ont été relevées, mais il s’agit là encore d’une pathologie rare et pour laquelle il existe des traitements efficaces. La priorité à l’heure actuelle étant de réduire la pression hospitalière et la mortalité, et le nombre de doses de vaccins disponibles étant encore limité, il a été décidé de tester les candidats vaccins et de vacciner en priorité les personnes plus vulnérables au virus (les personnes âgées et/ou souffrant de certaines maladies).

Quel impact sur la transmission du virus ?

Vacciner les enfants pourrait-il permettre de lutter contre la circulation du virus dans la population ? Cette question reste ouverte, mais plusieurs études soulignent que les enfants sont non seulement moins touchés que les adultes, mais que les transmissions en milieu scolaire proviennent majoritairement des adultes[1]. Les vacciner pourrait donc n’avoir qu’un effet marginal sur la dynamique épidémique. C’est moins le cas des adolescents, qui entretiennent plus de contacts sociaux et qui semblent transmettre le virus de la même manière que les adultes.

Sur cette question de l’efficacité des vaccins pour stopper la circulation virale, il faut aussi noter que ceux qui sont disponibles protègent contre les formes sévères de la maladie, mais leur capacité à bloquer la transmission n’est pas encore bien documentée. Des données commencent à émerger sur le sujet, notamment en Israël, montrant que les infections survenues quelques jours après vaccination sont généralement associées avec une charge virale plus faible et donc un pouvoir de transmission diminuée, mais en attendant de pouvoir conclure définitivement, ces vaccins restent avant tout une arme contre les formes sévères, en ciblant les plus fragiles.

La vaccination des enfants et des adolescents avec des produits sûrs et efficaces, suite à des essais rigoureux, reste une arme à plus long terme afin de mieux lutter contre l’épidémie. Aujourd’hui cependant, la priorité reste la vaccination des adultes, d’abord les plus âgés et les plus fragiles, puis la population adulte la plus large, avant d’envisager la vaccination des enfants, à l’exception de ceux atteints de maladies génétiques ou de pathologies connues pour être associées à la survenue de formes pédiatriques sévères.

 

 

[1] Pour d’autres références au sujet de la transmission en milieu scolaire, la Covid et les enfants voir :

“SARS-CoV-2 infection and transmission in primary schools in England in June–December, 2020 (sKIDs): an active, prospective surveillance study”, Shamez N Ladhani et al. Lancet Child Adolesc Health, mars 2021 

“Children and Adolescents With SARS-CoV-2 Infection Epidemiology, Clinical Course and Viral Loads”, Helena C. Maltezou et al. Pediatric Infectious diseases, Dec 2020

“Role of asymptomatic children in community SARS-CoV-2 transmission”, Liangjian Lua et al. The Journal of Infectious diseases, mars 2021

Etude montrant que les enfants enfants âgés de moins de dix ans ont des taux d’anticorps plus élevés après avoir été infectés par le coronavirus que les adolescents et les adulte. “Association of Age With SARS-CoV-2 Antibody Response”, Yang et al.  JAMA Network Open, 22 mars 2021

 

Ce texte a été rédigé avec le soutien de Frédéric Rieux-Laucat, chercheur Inserm à l’Institut Imagine.
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