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Faire de l’activité physique pour lutter contre le cancer… Vraiment ?

BD Canal Détox-Sport et cancer© Flore Avram/Inserm

 

C’est un fait : faire de l’activité physique c’est bon pour la santé. Et lorsqu’il s’agit d’une activité régulière, cela diminue le risque de développer un certain nombre de maladies chroniques tels que les cancers. Selon les données actuellement disponibles, la pratique d’une activité physique pendant et après le traitement d’un cancer semble associée à des effets bénéfiques, ce qui de prime abord peut sembler contre-intuitif quand on sait la fatigue engendrée par les traitements. Par ailleurs, près de 3 000 nouveaux cas de cancers par an en France seraient dus à l’insuffisance d’activité physique.

Quels sont les mécanismes qui expliquent les bienfaits de l’activité physique pour les patients souffrant de cancer ? Cette pratique ne risque-t-elle pas au contraire d’épuiser l’organisme et de le rendre plus vulnérable face à la maladie ? On fait le point dans ce nouveau Canal Détox, le 3e de la série « activité physique et santé ».

 

Des mécanismes qui commencent à être connus

Plusieurs mécanismes permettent aujourd’hui d’expliquer l’impact positif de l’activité physique sur un organisme atteint de cancer. On sait que les cellules cancéreuses se multiplient et induisent une augmentation de la taille de la tumeur notamment sous l’impulsion de différentes hormones comme les œstrogènes, l’insuline ou encore les adipokines. Or ces hormones sont émises en partie par les tissus graisseux. En contribuant à faire diminuer la masse de graisse abdominale, l’activité physique peut donc entraîner une baisse du taux de ces hormones et freiner la croissance des cellules tumorales. L’impact bénéfique de l’activité physique est d’ailleurs particulièrement important sur les cancers hormono-dépendants (sein, endomètre et prostate etc…). Par ailleurs, l’activité physique a aussi des effets positifs sur le système immunitaire, avec une diminution de l’inflammation qui contribue aussi à freiner la croissance tumorale.

Des études expérimentales ont également montré que les muscles sont capables de produire des substances appelées myokines ayant une activité anti-tumorale dans le cadre des cancers du côlon et du sein. Diminuer la masse graisseuse au profit de la masse musculaire en pratiquant une activité physique peut donc s’avérer bénéfique.

Enfin, l’activité diminue les problèmes de surpoids et d’obésité, qui sont reconnus comme deux facteurs de risque majeurs de cancer. Il n’est donc pas étonnant qu’une activité physique régulière soit aujourd’hui considérée comme un élément de prévention important des cancers.

 

Éviter les récidives

Des travaux menés tout au long de la maladie chez des patients ont souligné qu’à condition de tenir compte des recommandations de pratique et des complications liées au cancer, l’activité physique n’aggrave pas les symptômes de la maladie.

Certaines études ont montré que le risque de rechute et de mortalité était réduit les patients pratiquaient régulièrement une activité physique. Une publication a par exemple souligné que le risque de mortalité est réduit de 34 à 50 % chez les femmes atteintes d’un cancer du sein localisé et pratiquant une activité physique suffisamment soutenue et régulière, d’au minimum 150 minutes par semaine.

De manière générale, la quantité d’exercice physique nécessaire diffère selon les types de cancer, mais il semblerait tout de même que l’effet bénéfique augmente avec la quantité d’activité physique pratiquée. En outre, cet effet bénéfique est d’autant plus important que la pratique de l’activité physique est introduite tôt après le diagnostic.

Enfin, la pratique d’une activité physique réduirait également la fatigue, le déconditionnement musculaire, le stress et les risques de dépression. Les mêmes effets se retrouvent chez les patients atteints de cancer de la prostate et du côlon, à condition de pratiquer une activité physique soutenue.

 

S’adapter aux patients et aux pathologies

Au-delà des questions sur la quantité et la régularité de l’exercice physique, l’expertise collective de l’Inserm a récemment souligné qu’il existe tout de même pour les patients des barrières à la pratique de l’activité physique liées à la pathologie elle-même (douleurs, fatigue, effets secondaires de certains traitements…). Il s’agit d’un enjeu de taille à prendre en compte, si on souhaite s’assurer que le patient n’interrompra pas sa pratique de l’activité physique et en tirera tous les bénéfices. Il convient de l’adapter à son état de santé, ainsi qu’à son traitement, ses capacités physiques, ses risques médicaux et ses ressources psychosociales.

Il s’agit en fait d’intégrer l’activité physique dans le parcours de soin et de construire avec les patients les programmes les plus adaptés à leurs besoins, dans la perspective d’obtenir un maximum de bénéfices avec un minimum de risques. Dans ce contexte, il faut se poser les bonnes questions : quand commencer un programme pour un patient donné, quelle pratique, quelle intensité, quelle fréquence, dans quel cadre, avec quelle forme d’intervention ? Des interrogations qui doivent être au cœur de la réflexion des soignants qui accompagnent les personnes atteintes de cancer.

En prenant en compte ces différents impératifs, il est certain que l’activité physique peut être considérée comme un véritable outil de prévention et de soin des maladies chroniques. D’ailleurs, grâce à un amendement de la loi Santé de 2016, le sport peut aujourd’hui être prescrit par les médecins à leurs patients souffrant d’affections de longue durée.

Texte écrit avec le soutien de Cédric Moro, directeur de recherche à l’Inserm à l’Institut de maladies métaboliques et cardiovasculaires (Toulouse).

Jeûner pour lutter contre le cancer, vraiment ?

© Canva/Inserm

« Il faut éviter de manger pour “affamer” les tumeurs » : cette image assez parlante est souvent relayée sur des forums en ligne et pousse certains patients atteints de cancer à se tourner vers le jeûne et les régimes restrictifs.

Le terme « jeûne » englobe plusieurs types de pratique : jeûne complet (seule l’eau est permise), jeûne partiel (apport calorique très modeste, autour de 300 kcal/jour), jeûne continu ou jeûne intermittent. Quelle que soit la forme qu’il prend, sa pratique existe depuis des millénaires dans de nombreuses religions et cultures dans un but de purification du corps et de l’esprit ou en signe de pénitence.

Néanmoins, depuis les années 2000, le jeûne est de plus en plus pratiqué en France  – et dans d’autres pays occidentaux – par des personnes qui y voient une manière de perdre du poids (voir notre Canal Détox sur le régime intermittent) mais aussi de prévenir ou guérir un certain nombre de maladies, dont le cancer.

Mais au-delà de témoignages et d’anecdotes sur le sujet maintes fois relayés sur internet, y-a-t-il des fondements scientifiques à cette idée ? Priver son corps de sucre et d’autres nutriments peut-il l’aider à lutter contre les tumeurs ? L’appauvrir en énergie va-t-il vraiment l’aider à mieux supporter les chimiothérapies comme certains le disent, voire à augmenter leur efficacité ? Canal Détox fait le point.

Priver les cellules cancéreuses de nourriture

Les cellules cancéreuses ont la capacité de se multiplier à l’infini et ont pour cela besoin d’une très grande quantité d’énergie. La plupart des cellules cancéreuses, comme l’avait supposé le médecin allemand Alfred Braunstein en 1921 puis démontré Otto Warburg dans les années 1930, consomment beaucoup plus de sucre que les cellules saines.

C’est d’ailleurs cette très forte consommation de glucose, visualisable par imagerie, qui permet aujourd’hui de repérer la majorité des tumeurs dans l’organisme. Néanmoins, le sucre n’est pas la seule source d’énergie des cellules tumorales. Ces dernières peuvent également puiser leur énergie dans les protéines et les graisses apportées par notre alimentation.

Rien d’étonnant dès lors à ce que l’idée de priver les tumeurs de carburant pour ralentir leur évolution fasse l’objet de nombreuses recherches depuis les années 1940. Plusieurs équipes tentent ainsi de mettre au point des médicaments capables d’empêcher les cellules tumorales de capturer et d’utiliser les ressources énergétiques de leur environnement.

D’autres travaux de recherche explorent quant à eux la piste de la restriction calorique, par la baisse des apports en glucides, en lipides ou en protéines dans différentes proportions.

Cependant, l’équation est loin d’être simple car en voulant « affamer » les tumeurs, c’est l’ensemble de l’organisme que l’on risque d’affaiblir. Les cellules tumorales ne sont pas les seules à avoir besoin de glucides ; les cellules musculaires, cardiaques, hépatiques ou cérébrales aussi.

Par ailleurs, les cellules tumorales ont de très grandes capacités d’adaptation, en fonction de leur environnement immédiat, de leur stade de développement et des ressources à leur disposition. Des études ont mis en évidence que si le sucre vient à manquer, les cellules tumorales vont puiser leur énergie ailleurs, notamment dans les lipides ou les protéines. Par ailleurs, en grossissant, les tumeurs auraient tendance à privilégier davantage les acides gras et auraient même la capacité de fabriquer leurs propres lipides. En d’autres termes, les cellules tumorales ont de la ressource.

Alors que penser du jeûne ou des restrictions alimentaires pour les patients atteints de cancer ? Pour en savoir plus, on peut se tourner vers le rapport de 2017 très complet du réseau Nutrition Activité physique Cancer Recherche  (NACRe), qui a décidé de passer en revue l’ensemble des études publiées sur le sujet depuis la fin des années 1940.

Conclusion : les résultats chez l’animal sont très hétérogènes, avec des résultats qui suggèrent tour à tour des effets bénéfiques, neutres voire délétères tant au niveau de la croissance tumorale, du taux de survie ou encore de l’efficacité ou de la capacité à supporter des traitements anticancéreux. Et ce, dans des circonstances expérimentales éminemment variables et très éloignées des situations que vivent les patients atteints de cancer dans leur quotidien.

En outre, même lorsque l’on s’intéresse à des études menées chez l’humain, nous sommes face à des études en faible nombre, avec de faibles effectifs et des qualités méthodologiques discutables, ainsi que l’a aussi souligné un rapport de l’Inserm datant de 2014.

Des études cliniques ont-elles apportées plus de preuve depuis le rapport du réseau NACRe ? Le point positif est que de nombreuses études cliniques ont été lancées ces dernières années. Cependant, les travers soulignés par le rapport de 2017 persistent : faible effectif, paramètres subjectifs (bien-être par exemple)…

Les preuves accumulées sont donc clairement insuffisantes aujourd’hui pour affirmer que le jeûne ou même simplement la restriction en sucre sont bénéfiques pour lutter contre le cancer ou mieux supporter la chimiothérapie.

À l’inverse, ces pratiques exposent, de façon certaine, les patients à une aggravation de la perte de poids et de la fonte musculaire, deux facteurs qui diminuent clairement les chances de succès des traitements et de la survie.

Si le jeûne à visée thérapeutique est à la mode, les experts sont donc formels : il s’agit d’une pratique dont les bienfaits ne sont pas aujourd’hui scientifiquement prouvés chez les patients atteints de cancer, et qui comporte des risques. Pour rappel, la dénutrition serait directement responsable de 5 à 25 % des décès chez les personnes atteintes d’un cancer.

Sachant que chaque cancer a ses spécificités et que chaque patient est unique, il faudra de nombreux travaux pour confirmer ou infirmer les bienfaits d’un régime restrictif ou du jeûne.

Texte repris et adapté du livre « Fake News Santé » de l’Inserm. Il a été rédigé avec le soutien de Stéphane Servais, professeur des universités, chercheur au sein de l’unité 1069 Inserm/Université de Tours, Nutrition, croissance et cancer

Le vaccin contre le papillomavirus seulement pour les filles, vraiment ?

papillomavirus humains (HPV)

Les papillomavirus humains (HPV) sont un groupe de virus à ADN qui infectent spécifiquement les épithelia de la peau ou des muqueuses. Ils induisent des lésions bénignes telles que verrues, papillomes ou condylomes. © Inserm/U190

Afin de mieux lutter contre les papillomavirus humains (HPV), une campagne de vaccination généralisée va être menée dans les collèges pour les élèves de 5e. Cette initiative doit permettre d’augmenter la couverture vaccinale et de prévenir l’infection par ce virus, responsable de 6 000 nouveaux cas de cancers et de 30 000 lésions précancéreuses du col de l’utérus chaque année.

Les papillomavirus humains sont habituellement associés aux femmes. D’ailleurs, un vaccin est proposé aux jeunes filles depuis 2006 dans plus de 80 pays dans le monde, afin de limiter la transmission de ce virus, et par conséquent le développement de lésions précancéreuses qui lui sont consécutives et qui peuvent éventuellement évoluer vers un cancer.

Néanmoins, les garçons peuvent eux aussi être infectés. La transmission de ce virus se fait lors des rapports sexuels, avec ou sans pénétration. Un simple contact de peau à peau suffit à la transmission, notamment par les doigts lors de caresses intimes.

Et si les cancers de l’utérus sont les plus fréquents, ce virus est aussi responsable de cancers de l’anus, de la bouche et de la gorge, qui, eux, touchent aussi bien les hommes que les femmes. Parmi les nouveaux cas de cancers identifiés chaque année, liés aux papillomavirus humains, un tiers concernent les hommes. C’est pourquoi la Haute Autorité de santé (HAS) avait ouvert la vaccination aux garçons dès janvier 2021. C’était déjà le cas dans plusieurs pays.

Mais alors que les données concernant l’efficacité du vaccin continuent à s’accumuler, la couverture vaccinale reste faible en France (moins de 30 % des adolescents de 16 ans sont vaccinés). Canal Détox fait le point sur les données scientifiques qui existent sur le sujet et sur les effets bénéfiques du vaccin anti-HPV, chez les garçons comme chez les filles.

 

Un recul suffisant

Le papillomavirus humain – il en existe de nombreux types plus ou moins virulents[1] – a une particularité : il est très contagieux. Ainsi, environ 80 % de la population sexuellement active rencontrera un virus de cette famille au moins une fois dans sa vie, notamment au cours de sa jeunesse. Dans 90 % cas, le papillomavirus humain sera naturellement éliminé de l’organisme. Cependant, dans 10 % des cas, le virus aura tendance à s’installer, à proliférer dans les cellules de la muqueuse, et pourra, pour les souches les plus virulentes, aboutir à des lésions précancéreuses puis à un cancer.

Un vaccin contre le papillomavirus existe depuis 2006 en France, et pourrait conduire à l’éradication de ce virus. Mais face à la défiance du pays vis-à-vis des vaccins en général et de celui-ci en particulier, il n’a pas remporté l’adhésion des jeunes ni de leurs parents. Ainsi, en 2021, moins de la moitié des adolescentes françaises sont vaccinées. L’une des raisons évoquées pour expliquer ce rejet concerne le manque de certitude vis-à-vis de l’efficacité du vaccin car il peut s’écouler jusqu’à 30 ans entre l’infection par le papillomavirus et la déclaration d’un cancer.

couverture vaccinale HPV par département _ 2018

Toutefois, le recul commence à être suffisant – les vaccins ayant été introduits dans plus de 80 pays à partir de 2006 – et les preuves à s’accumuler. Par exemple, en Australie, l’un des premiers pays à avoir introduit un programme de vaccination, le nombre de personnes infectées par le papillomavirus à l’origine de cancers du col de l’utérus a diminué grâce à la vaccination. La prévalence des HPV de type 6, 11, 16 et 18 est passée de 28 % en 2005 à 2,3 % en 2012 chez les jeunes femmes de 18-24 ans. Une étude récente a même estimé que le cancer du col de l’utérus pourrait être éliminé dans ce pays d’ici vingt ans.

De même en Suède, où la couverture vaccinale est de 80 %, on observe entre 2006 et 2017 une réduction des lésions précancéreuses de 75 % ainsi que du nombre de cancers invasifs du col de l’utérus de 88 % chez les jeunes filles vaccinées avant 17 ans.

Des résultats encourageants qui laissent à penser qu’une plus ample couverture vaccinale contre le papillomavirus, combinée à une forte participation au dépistage et à des traitements appropriés, pourrait permettre l’élimination du cancer du col de l’utérus. La campagne future à destination des collégiens et l’ouverture de la vaccination aux garçons visent à enrayer la chaîne de transmission pour atteindre cet objectif.

Quelques points clés

  • Il existe près de 200 types de papillomavirus dont une quarantaine peuvent infecter l’appareil génital. Parmi eux, 12 ont été définis comme étant à haut risque ou potentiellement oncogènes et d’autres à bas risque, responsables de verrues anogénitales.
  • Les HPV à haut risque oncogènes 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58 sont responsables de 90 % des cancers du col de l’utérus, 70 % des cancers du vagin, 40 % des cancers de la vulve, 85 % des cancers de l’anus, 60 % des cancers du pénis et de 80 % des lésions précancéreuses.
  • Le vaccin Gardasil 9 protège contre les HPV 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52 et 58. Il est administré en 3 doses.
  • Les hommes peuvent aussi développer des cancers associés aux HPV : cancer du pénis, de l’anus, de l’oropharynx ou des amygdales. Le vaccin Gardasil 9 protège contre HPV16, le principal sous-type cancérigène pour l’homme.

Des comprimés d’iode pour se protéger des radiations, vraiment ?

Coupe de thyroïde vue au microscope. 1  colloïde 2 cellules folliculaires 3 cellules endothéliales. Crédits : Wikicommons

 

Depuis quelques jours, on ne compte plus les articles de presse qui décrivent une ruée des consommateurs dans les pharmacies, pour acquérir des comprimés d’iode (iodure de potassium). Dans le contexte de la guerre en Ukraine, certains pensent en effet que la prise de ces comprimés pourrait les protéger des effets biologiques et cliniques d’une irradiation en cas d’attaque nucléaire, et notamment les prémunir contre le risque de cancers de la thyroïde. 

Sur quoi cela se fonde-t-il ? Quels sont les risques sanitaires liés à l’iode radioactif ? Qu’est-ce que l’iodure de potassium et à quoi cet élément chimique peut-il servir ? Canal Détox fait le point.

 

Iodure de potassium face au risque nucléaire

Un accident nucléaire, comme par exemple à Tchernobyl ou à Fukushima, est associé à plusieurs effets délétères sur la santé, liés aux particules et aux rayonnements émis ainsi qu’à plusieurs produits de fission majeurs qui se dégage dans l’atmosphère et notamment l’iode 131.

La thyroïde, petite glande située à la base du cou nécessaire à la production d’hormones spécifiques, est le seul organe qui fixe l’iode. Ainsi, tout comme l’iode naturel, l’iode 131 peut se fixer sur la thyroïde. Un tel effet est essentiellement dû à l’ingestion des produits de consommation contaminés après un accident nucléaire, qui peuvent être vecteurs de l’iode 131, comme par exemple le lait, l’eau ou certains végétaux. Ceux-ci contribuent à la contamination de toute la chaine alimentaire. La meilleure façon de ne pas être contaminé est d’être vigilant vis-à-vis des aliments que l’on consomme.

La fixation d’un élément radioactif sur la thyroïde via la consommation de ces produits peut causer des cancers de cet organe. Il faut toutefois noter que ce risque est surtout significatif pour des thyroïdes qui se développent rapidement, c’est-à-dire celle des enfants. Ainsi, environ 6500 cas de cancers de la thyroïde chez les enfants ont été documentés à Tchernobyl. Pour les adultes, la thyroïde, plus mature, a un développement naturel très lent et le risque de cancer de la thyroïde est donc beaucoup moins élevé.

Quelle est la logique qui sous-tend la prise des comprimés d’iode (iodure de potassium) dans un contexte d’accident nucléaire ? Comme la thyroïde ne fait pas la différence entre iode stable et iode radioactif, l’idée est de « saturer » la thyroïde avec de l’iode stable afin qu’elle ne puisse plus absorber des quantités supplémentaires d’iode – qu’il soit stable ou radioactif. Pour être efficace, cette saturation doit se faire rapidement, de façon massive et en respectant la posologie détaillée dans le tableau suivant :  

Iodure de potassium

Les comprimés d’iodure de potassium sont fabriqués en France  par la Pharmacie Centrale des Armées. Les comprimés sont aujourd’hui dosés à 65 mg (50 mg d’iode).

Posologie pour les comprimés de 65 mg :

  • Adultes (seulement si recommandé) et enfants de plus de 12 ans : 2 comprimés.
  • Enfants de 3 à 12 ans : 1 comprimé.
  • Enfants de 1 mois à moins de 3 ans : ½ comprimé, peut être dissous si besoin dans eau, lait, jus de fruit.
  • Nouveau-nés (< 1 mois) : 16 mg d’iodure de potassium soit 1/4 de comprimé.

La prise d’un seul comprimé d’iodure de potassium représente un apport de 50 mg d’iode, soit plus de 500 fois les besoins quotidiens de la thyroïde (l’OMS recommande un apport journalier de 90 µg jusqu’à 5 ans, 120 µg de 6 à 12 ans, de 150 µg pour les 13 ans et plus et de 250 µg pour les femmes enceintes et allaitantes). La thyroïde est d’autant plus avide d’iode que la personne est carencée.

 

En cas d’accident nucléaire ou radiologique, les comprimés qui seraient prédistribués à la population ne doivent être pris que sur instruction formelle des autorités compétentes.

Il convient aussi de rappeler que, comme évoqué précédemment, peu de cancers de la thyroïde se manifestent chez les adultes. Lorsque c’est le cas, le taux de mortalité demeure généralement faible.

La protection de la thyroïde par la saturation en iode stable avec un comprimé n’aurait réellement un intérêt que pour les enfants et les adultes jeunes pour qui le risque de cancer est plus élevé, et encore, dans un laps de temps spécifique. En effet, la prise de ces comprimés ne serait efficace qu’entre 1 à 2 h avant l’émission radioactive et jusqu’à quelques heures après. L’administration pourrait être répétée en cas d’exposition prolongée aux iodes radioactifs sur recommandation des autorités.

Pour les adultes après l’âge de 40 ans, les conséquences potentiellement délétères d’une saturation massive en iode stable de la thyroïde dépassent les bénéfices. En effet, elle peut conduire à une dérégulation de l’organe et de sa production d’hormones. Par exemple, en rendant la thyroïde hyperactive (hyperthyroïdie), des troubles de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle peuvent survenir ainsi que des excès d’angoisse ou des bouffées de chaleur. Mais paradoxalement, un excès d’iode sur le long terme peut aussi produire une baisse d’activité de la thyroïde (hypothyroïdie) avec une baisse des fonctions vitales avec une prise de poids, une altération de la peau et des troubles de la mémoire.

Par ailleurs, une consommation raisonnable et régulière de produits riches en iode permet d’atteindre les apports journaliers nécessaires pour tous les âges mais ne peut remplacer les 50 mg d’iode saturant en cas d’accident de centrale nucléaire. En effet, pour les atteindre, il faudrait manger 25 kg de coquillages, 50 kg de poisson ou 100 kg d’œufs ou de fromage sur la même période.

Notons enfin que dans le cas d’une explosion atomique, la quantité d’iode radioactif émise étant très inférieure par rapport à un accident de centrale nucléaire, le bénéfice d’une prise de comprimé d’iode reste négligeable.

Quelques ressources utiles : 

Site de l’autorité de sûreté nucléaire : https://www.asn.fr/

Site de l’IRSN : https://www.irsn.fr/FR/Pages/Home.aspx

Etude de l’Inserm : https://www.inserm.fr/actualite/radiotherapie-risques-pour-thyroide/

 

Texte rédigé avec le soutien de Nicolas Foray, directeur de recherche Inserm et Michel Bourguignon, professeur émérite de Biophysique et Médecine Nucléaire, Université Paris Saclay (UVSQ)

U1296  “Radiations : Défense, Santé, Environnement”

Vitamine D : efficace contre la Covid-19, vraiment ?

alimentation vitamine D

Le rôle de la vitamine D dans la bonne santé osseuse et musculosquelettique a depuis longtemps été souligné. Les récepteurs à la vitamine D sont également présents dans de nombreuses cellules du corps, ce qui suggère un rôle important pour assurer les différentes fonctions de l’organisme.

Depuis plusieurs mois, de nombreux articles se multiplient en ligne pour s’interroger sur le lien entre supplémentation en vitamines D et risque de développer la Covid-19. Certains estiment que la vitamine D aurait en effet un effet protecteur. Pour l’instant néanmoins, les données manquent encore sur le sujet. Canal Détox se penche sur la question. 

 

Effets de la vitamine D sur la santé 

Contrairement aux autres vitamines que l’on retrouve principalement dans l’alimentation, la vitamine D ne se retrouve que de façon limitée dans notre assiette (poisson gras, œufs, produits laitiers, en particulier lorsqu’ils sont enrichis en vitamine D). Elle s’acquiert en effet majoritairement par notre exposition au soleil : les rayonnements UVB vont en induire la synthèse (particulièrement au printemps et en été).

Que ce soit en période de pandémie de Covid-19 ou non, maintenir une alimentation variée et riche en vitamine D est nécessaire pour éviter toute carence. Le dépistage de la carence en vitamine D doit être réalisé chez les patients à risques. La supplémentation peut alors être recommandée, notamment en hiver, pour les populations à risque, comme les personnes de plus de 65 ans, les femmes ménopausées, les enfants ou les femmes enceintes, dans le but de maintenir leur santé squelettique. Elle est encouragée également pour les personnes s’exposant peu au soleil ou présentant des problèmes de santé comme des malabsorptions intestinales ou une insuffisance rénale.

Pour les effets sur les autres pathologies comme les cancers, la sclérose en plaque ou les maladies auto-immunes, observées pour l’instant dans le cadre d’études épidémiologiques ou cliniques, la supplémentation semble avoir un effet prometteur, mais les données disponibles sont encore trop hétérogènes et peu concluantes. À titre d’exemple, aucun effet protecteur de la supplémentation en vitamine D sur le risque de cancer ou de maladie cardiovasculaire n’a pu être démontré dans une large étude parue en 2019 dans le New England Journal of Medicine.

 

Des effets contre la Covid-19 ?

En ce qui concerne la Covid-19, malgré de nombreuses publications en ligne et sur les réseaux sociaux concernant la vitamine D, l’efficacité de la supplémentation face à la maladie demeure à ce jour incertaine. Le National Institutes of Health aux Etats-Unis et la Société française de pharmacologie ont d’ailleurs fait passer ce message, précisant que les données disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’il existe un éventuel effet protecteur contre la maladie.

Toutefois, plusieurs études sont actuellement menées sur le sujet, pour ouvrir des pistes de réflexion intéressantes. On peut notamment citer le fait que depuis 2012, des chercheurs de la Queen Mary University of London s’attachent à démontrer que la supplémentation en vitamine D aurait un effet de prévention sur les infections respiratoires aiguës avec des résultats encourageants actualisés en juillet 2020.

En effet, ces scientifiques ont montré que la réduction relative du risque de développer une infection respiratoire aiguë est notable chez les personnes ayant reçu une supplémentation en vitamine D. La réduction était même maximale pour une supplémentation quotidienne de 400 à 1000 Ul, pendant une période inférieure ou égale à 12 mois. Cependant les chercheurs précisent que « la pertinence de ces résultats dans le cas de la Covid-19 n’est pas connue et nécessite des recherches dédiées ».

Concernant la question de savoir si la vitamine D peut aider les patients atteints de formes graves de Covid-19, notamment les individus admis en unités de soins intensifs, les Hôpitaux Universitaires de Genève ont publié une revue critique de la littérature qui précise que les études menées sur l’effet de la vitamine D n’arrivent là aussi qu’à des conclusions partielles et encore non concluantes.  La supplémentation systématique en vitamine D n’est donc pas recommandée à ce jour pour se protéger de la Covid-19 et de ses formes sévères. 

Comme toute supplémentation, celle en vitamine D n’est pas anodine et doit toujours s’effectuer dans le cadre d’une prescription médicale. La posologie doit être adaptée au profil du patient et au degré de sa carence. En effet, même si le risque d’intoxication aigue est faible, des effets indésirables peuvent néanmoins apparaitre dans le cadre de prises de supplémentation excessives ou inadaptées. Par ailleurs, l’Anses recommande un apport journalier en vitamine D autour des 15 microgrammes soit 600 UI pour un adulte.

Texte rédigé avec le soutien de Mélanie Deschasaux, Chargée de Recherche
Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (EREN)

Une vie sans sucre… Vraiment ?

Le sucre fait du bien. Il donne de l’énergie, réconforte, remonte le moral… Mais, d’un autre côté, le sucre est accusé de tous les maux : caries, surpoids, diabète et même cancer. Il est même tellement critiqué que certaines personnes n’hésitent pas à le supprimer définitivement de leur alimentation.

Ce qui est loin d’être simple car le sucre se cache partout : dans les biscuits et les sodas, bien sûr, mais aussi dans 80 % des aliments emballés ! Alors que doit-on en penser. Le sucre est-il si mauvais que ça ? N’est-il pas préférable de boire un jus de fruit plutôt qu’une limonade ? Et doit-on obligatoirement arrêter le sucre pour rester en bonne santé ? Canal Détox coupe court aux fausses infos.

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