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Des régimes miracles contre la migraine, vraiment ?

légumes

L’alimentation a fait l’objet de travaux de recherche pour comprendre si certains aliments déclenchent les crises de migraine. © Unsplash

La migraine est un trouble neurologique chronique courant qui se caractérise par des crises récurrentes d’intenses céphalées. Deux à trois fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, cette maladie a une prévalence mondiale de près de 15 % pour les deux sexes. Selon l’OMS, il s’agit de la septième maladie la plus incapacitante au monde, avec un retentissement important et documenté depuis longtemps sur plusieurs aspects de la vie quotidienne dont les relations professionnelles, sociales et familiales. Le coût économique et sociétal de la migraine est également important.

La migraine est un trouble complexe, dont tous les mécanismes ne sont pas encore bien connus, mais pour lequel des facteurs génétiques ainsi que des facteurs environnementaux (l’activité physique, sommeil, le climat ou encore le comportement alimentaire par exemple) jouent un rôle. À ce jour, il n’existe pas de traitement curatif de la migraine. La prise en charge de la maladie repose sur le traitement des crises et, chez certains migraineux, et dans certains cas, par leur prévention par un traitement de fond. Agir sur les facteurs de risque environnementaux peut également aider certains patients et réduire la fréquence et/ou la sévérité des crises : c’est dans ce contexte que nombre d’entre eux engagent une réflexion sur leurs comportements alimentaires pour tenter de limiter l’impact de la migraine et améliorer leur qualité de vie.

Depuis plusieurs années, l’alimentation a fait l’objet de travaux de recherche pour comprendre si certains aliments déclenchent les crises de migraine – ou au contraire permettent de limiter leur fréquence, durée et/ou sévérité. Les réseaux sociaux se sont parfois faits le relai de certaines publications scientifiques, mettant en avant de manière souvent exagérée les bienfaits de régimes ou aliments spécifiques. Les forums de patients regorgent aussi d’anecdotes plus ou moins scientifiques, que les internautes s’échangent à propos de leur alimentation. Au risque d’alimenter la confusion. Pour y voir plus clair, Canal Détox fait le point sur ce que l’on sait des liens entre alimentation et migraine.

 

Supprimer certains aliments de son régime, fausse bonne idée ?

Lorsque l’on tombe sur des discussions sur le web évoquant le lien entre alimentation et migraines, la plupart évoquent la nécessité d’éviter certains aliments identifiés comme problématiques.

Même si l’on sait que certains comportements alimentaires, comme par exemple le fait de faire un repas lourd ou de manger à des horaires irréguliers influencent le déclenchement de la migraine, les mécanismes sous-jacents restent peu explorés.

Par ailleurs, si certains patients ont remarqué que, pour eux, le fait de manger un aliment spécifique est souvent suivi d’une crise de migraine et décident donc de le retirer de leur alimentation, des données scientifiques suggèrent qu’en fait l’aliment incriminé ne serait pas le déclencheur de la migraine – mais plutôt un signe annonciateur. En effet, il est possible que le début d’une crise de migraine, avant l’apparition de la douleur, s’accompagne d’une modification des comportements alimentaires ou encore d’une préférence ou d’une envie de manger un aliment, par exemple du chocolat. Autrement dit, l’envie de consommer certains aliments pourrait chez certains patients représenter des manifestations cérébrales précoces de la phase prémonitoire de la crise migraineuse.

En outre, les régimes fondés sur l’évitement de certains aliments, surtout s’ils sont faits sans contrôle médical, comportent des risques. Le fait de retirer entièrement certains aliments (par exemple, les régimes sans gluten, sans tyramine[1]…) est très contraignant et peut entraîner des déséquilibres alimentaires voire des carences. Ni le régime sans gluten, chez les patients ne souffrant pas de maladie cœliaque, ni les autres régimes de ce type, ne s’appuient sur des données scientifiques suffisamment robustes pour être considérés comme efficaces et généralisés en clinique.

Il peut être d’autant plus problématique d’opter pour ces approches qu’il a été rapporté dans la littérature scientifique que l’évitement strict de certaines nourritures peut parfois entraîner du stress, des problèmes psychologiques et une mauvaise qualité de vie.

Il est donc avant tout recommandé aux patients migraineux de se tourner vers un professionnel de santé pour obtenir conseils diététiques adéquats et surtout de privilégier au maximum une régularité dans les heures de repas, avec des apports suffisants et sans grignotage (comme pour le sommeil, la régularité des comportements alimentaires est clé lorsque l’on est sujet à migraines).

 

Des régimes ou des aliments miracles à privilégier ?

 Aujourd’hui, le seul régime pour lequel des données solides commencent à émerger est le régime cétogène. Ce régime caractérisé par une alimentation riche en graisses et pauvre en glucides a montré des résultats prometteurs contre la migraine. Il influencerait potentiellement plusieurs mécanismes impliqués dans le développement du trouble (par exemple, le transport du glucose, la fonction mitochondriale, le stress oxydatif, l’excitabilité cérébrale, l’inflammation ou encore le microbiome intestinal).

Cependant, il faut souligner que la plupart des études sur le sujet présentent un certain nombre de limites, notamment le fait qu’il s’agit très rarement d’études randomisées portant sur de larges échantillons de patients. Les résultats doivent donc être pris avec prudence.

Des travaux récents se sont intéressés aux bénéfices des régimes anti-inflammatoires – ce qui a poussé certains médias à vanter les mérites d’aliments « anti-inflammatoires » qui seraient potentiellement efficaces contre la migraine, par exemple le gingembre ou les myrtilles. Si des publications ont montré que le fait d’avoir un régime varié, intégrant des aliments aux propriétés anti-inflammatoires, pouvait effectivement avoir des effets bénéfiques, il n’y a aucune preuve qu’un aliment dit « anti-inflammatoire » serait à lui seul capable de réduire la fréquence, la durée ou la sévérité des crises. Dans tous les cas, des études rigoureuses pour consolider les données scientifiques déjà obtenues sur le sujet sont nécessaires.

Un message clé serait donc que, s’il est important de continuer à étudier le rôle du comportement alimentaire et plus généralement de l’alimentation sur la migraine afin de répondre aux interrogations des patients, une chose est certaine à l’heure actuelle : une régularité dans les repas et le fait de manger en quantité suffisante en respectant un certain équilibre alimentaire est primordial pour les patients sujets aux migraines chroniques.

[1] Un acide aminé qui aide à réguler la pression artérielle

 

Caféine et migraine : quel lien ?

Faut-il consommer du café ou non lorsque l’on est migraineux ? Cette question revient souvent dans les cabinets médicaux mais aussi sur les forums en ligne.

Et la réponse n’est pas si évidente. Des études ont suggéré qu’une consommation élevée de caféine pourrait être un élément déclencheur de migraine, comme cette publication dans The American Journal of Medicine. Il s’agissait d’une étude prospective examinant le lien entre consommation de café et migraines chez 101 adultes migraineux, à partir d’un journal quotidien qu’ils remplissaient concernant leur consommation de boissons caféinées ainsi que d’autres éléments concernant leurs comportements et leur style de vie.

Cependant, des données ont aussi indiqué qu’un effet protecteur de la caféine en tant que traitement des crises ou chez les patients gravement atteints ne pouvait être exclu.

Enfin, il est également connu que, chez les grands consommateurs de café, une réduction brutale de la consommation de caféine s’accompagne de « symptômes de sevrage », dont des migraines.

 

Texte rédigé avec le soutien de Xavier Moisset, neurologue au CHU de Clermont-Ferrand, membre du laboratoire Neuro-Dol – Inserm unité 1107

L’EMDR pour traiter le stress post-traumatique, vraiment ?

EMDR

De nombreuses études rigoureuses et méta-analyses ont été publiées au cours des 25 dernières années pour valider l’efficacité de l’EMDR dans le traitement des troubles de stress post-traumatique © Adobe Stock

C’est en 1987 que l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing ou « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ») est pour la première fois décrite dans des publications scientifiques par la psychologue américaine Francine Shapiro.

D’abord testée chez des personnes souffrant de souvenirs traumatiques, par exemple des vétérans de la guerre du Vietnam, cette psychothérapie par mouvement oculaires (voir encadré pour plus de détails) cible les mémoires traumatiques des individus. En d’autres termes, elle vise à traiter les conséquences psychologiques, physiques ou relationnelles liées à un traumatisme psychique.

À quoi ressemble une séance d’EMDR ?

Cette approche thérapeutique vise à traiter les conséquences d’un traumatisme psychique en combinant un rappel mental par le patient du souvenir traumatique et des stimulations sensorielles bilatérales alternées (avec des mouvements oculaires induits, par exemple en demandant au patient de suivre le mouvement des doigts du thérapeute ou encore des stimulations alternées tactiles sur les genoux, ou des stimulations auditives).

Les mouvements oculaires pratiqués de cette manière doivent permettre la remise en route d’une gestion naturelle des souvenirs douloureux et la restauration de l’estime de soi. Avant d’entamer une thérapie EMDR, des séances préliminaires permettront de construire une relation de confiance avec le praticien et d’établir les objectifs visés.

Petit point de langage : le terme « traumatisme psychique » est ici utilisé au sens de la définition retenue par le DSM-5, c’est-à-dire comme une confrontation à une situation violente, une crainte élevée pour sa propre vie ou celle d’un proche, une menace pour son intégrité ou celle d’un proche.

Si le protocole utilisé peut sembler un peu extravaguant pour ceux qui ne seraient pas familiers de l’EMDR, de nombreuses études rigoureuses et méta-analyses ont été publiées au cours des 25 dernières années pour valider son efficacité dans le traitement des troubles de stress post-traumatique. Au point qu’en 2013, l’Organisation mondiale de la santé mentionnait l’EMDR comme une alternative valide aux thérapies comportementales et cognitives plus classiques.

Mais comment expliquer les effets bénéfiques de l’EMDR pour lutter contre le stress post-traumatique ? Cette thérapie peut-elle être utilisée pour le traitement d’autres troubles psychiatriques ? Et quelles questions demeurent encore en suspens ? Canal Détox fait le point.

 

EMDR et troubles psychiatriques

De nombreuses études cliniques contrôlées et randomisées montrent que l’EMDR est efficace pour traiter les troubles de stress post-traumatique, donnant de très bons résultats par rapport à l’absence de traitement ou à d’autres approches pharmacologiques ou psychothérapeutiques. En outre, plusieurs méta-analyses ont ensuite confirmé l’efficacité clinique de cette approche. Ces recherches et évaluations ont permis de montrer des améliorations comparables pour l’EMDR à celles obtenues avec les thérapies cognitives et comportementales qui sont aussi indiquées pour le traitement des troubles de stress post-traumatique.

Ces résultats prometteurs ont poussé des équipes de recherche à étudier les effets de l’EMDR pour le traitement d’autres troubles psychiatriques. Dans ce contexte, l’intérêt de l’EMDR est à nuancer : plusieurs études sont limitées par des biais méthodologiques et les résultats sont mitigés. Il est important de souligner que l’EMDR n’est pas une approche thérapeutique miracle qui pourrait « tout soigner ». En effet, la technique cible les traumatismes psychiques – or ces derniers ne sont pas forcément caractéristiques de tous les troubles psychiatriques.

Cependant, ces dernières années, des progrès ont été faits pour mieux comprendre des pathologies comme la schizophrénie et la dépression, montrant qu’un souvenir traumatique peut parfois être un facteur déclenchant ou aggravant. Dans ce contexte, l’EMDR pourrait donc être utile pour compléter d’autres approches thérapeutiques et pharmacologiques proposées à certains patients, améliorant un peu plus leur santé mentale en travaillant sur le ou les traumatismes associés à leur pathologie.

Quelques résultats qui vont dans ce sens commencent à émerger. Pour les consolider, les recherches doivent se poursuivre, avec des études cliniques plus larges.

 

Mécanismes d’action encore à l’étude

Comment cette thérapie fonctionne-t-elle et d’où proviennent les bénéfices observés chez les patients atteints de stress post-traumatique ? Cette question demeure centrale à l’heure actuelle pour bien comprendre les effets de l’EMDR et étendre ses applications – et il n’y a pas encore de réponse claire, même si des résultats intéressants ont récemment été obtenus.

Tout d’abord, plusieurs travaux ont été menés en s’appuyant sur des études chez l’animal ou sur des approches d’imagerie cérébrale pour mieux comprendre les bases neurobiologiques des souvenirs traumatiques et ainsi mieux appréhender les effets de l’EMDR sur le cerveau.

De plus, des travaux en neuro-imagerie menés par une équipe française ont montré que les stimulations pratiquées pendant la séance d’EMDR activent et synchronisent de larges réseaux de neurones localisés dans des structures cérébrales impliquées dans le traitement émotionnel de l’information et dans la mémoire. Ce processus favoriserait la transformation des réseaux de neurones qui sous-tendent le souvenir traumatique et en atténuerait la portée en permettant au patient de mieux intégrer l’information selon laquelle il est désormais en sécurité.

Une autre piste souligne que l’EMDR reproduirait les saccades oculaires observées dans le sommeil paradoxal[1] et activerait donc les mêmes mécanismes que cette phase du sommeil. Or, on sait que cette phase du sommeil remplit de nombreuses fonctions et notamment la consolidation de la mémoire. Alors que le sommeil des personnes souffrant de stress post-traumatique est souvent perturbé, l’utilisation de l’EMDR permettrait de rétablir des mécanismes normaux de consolidation des souvenirs, en réduisant leur portée traumatique. Autrement dit, l’EMDR reproduirait ce que le cerveau fait pendant le sommeil paradoxal pour l’aider à traiter les informations d’une manière plus appropriée.

 

Répondre aux interrogations

Les recherches se poursuivent donc pour répondre à certaines questions prioritaires. Parmi elles : les effets bénéfiques de l’EMDR se maintiennent-ils à long terme ? Et sont-ils aussi observés chez les enfants ? Par ailleurs, comme toutes les thérapies, l’EMDR ne fonctionne pas sur tout le monde. Pour les chercheurs, il est important de continuer à étudier les origines des différences interindividuelles face à cette thérapie.

Un autre axe de recherche part du constat que la plupart des thérapies proposées imposent de repenser et de revivre le souvenir douloureux. Par conséquent, le taux d’abandon de ces thérapies est généralement élevé. De nombreux patients ne vont pas jusqu’au bout.

Les scientifiques testent donc des approches afin de s’atteler à ce problème, en étudiant par exemple si le fait de combiner l’EMDR avec certains médicaments qui agissent sur le stress pourrait être plus efficace. Mise en place en France, la thérapie MOSAIC fondée sur l’EMDR tente aussi d’apporter une solution, son principe étant justement d’éviter au patient la souffrance liée à l’exposition des mémoires traumatiques. Cette thérapie s’appuie des stimulations bilatérales alternées (saccades oculaires, stimulations acoustiques ou tactiles) pour permettre aux mémoires traumatiques d’être reconsolidées en s’intéressant aux solutions plutôt qu’aux problèmes.

Si l’EMDR reste donc un objet d’étude pour les scientifiques, les dernières décennies ont permis de confirmer son utilité dans certains contextes, particulièrement pour aider les patients à dépasser leurs souvenirs traumatiques. L’EMDR ne doit cependant être pratiquée qu’avec un praticien certifié. Seuls les psychothérapeutes, psychiatres et psychologues peuvent se former à l’EMDR mais de nombreuses formations imitant cette pratique fleurissent sans qu’il y ait de contrôle. En 2010, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) insistait déjà sur ce point, signalant le risque d’emprise en cas de thérapie EMDR effectuée sans l’appui d’un professionnel correctement formé à la méthode.

[1] Période durant laquelle l’activité cérébrale est proche de celle de la phase d’éveil.

Texté rédigé avec le soutien d’Isabelle Chaudieu, chargée de recherche à l’Inserm (Institut des neurosciences de Montpellier) ; et Stéphanie Khalfa, chargée de recherche au CNRS (Laboratoire de neurosciences cognitives, Marseille)

Une « dette immunitaire » causée par les mesures barrières, vraiment ?

SARS-COV 2

Microscopie électronique d’une cellule infectée par le SARS-CoV-2 © Philippe Roingeard, Anne Bull-Maurer, Sonia Georgeault, unité Inserm U1259 MAVIVH & Université de Tours, France.

Une « triple épidémie » de Covid-19, grippe et bronchiolite est au cœur de l’actualité depuis plusieurs semaines. Dans ce contexte, le concept de « dette immunitaire » décrit pour la première fois dans la littérature scientifique en 2021 par un groupe de pédiatres français s’est rapidement retrouvé au centre de nombreux débats sur les réseaux sociaux.

Il a notamment été utilisé par certains comme un argument pour critiquer les mesures barrières mises en place en 2020-21, qui seraient selon eux la cause d’un affaiblissement de notre immunité. Canal Détox fait le point sur les débats en cours autour de cette notion.

 

« Dette immunitaire », un terme pertinent ?

Dans l’article scientifique en question, les auteurs expliquaient que la population est confrontée à une « dette immunitaire », soulignant que les mesures barrières mises en place pour lutter contre la pandémie de Covid-19 ont été associées à une stimulation réduite du système immunitaire des enfants, du fait d’une exposition plus limitée à des agents microbiens et à des retards dans le calendrier vaccinal. Ce phénomène expliquerait que ces derniers soient aujourd’hui plus vulnérables aux virus hivernaux.

Il n’en a pas fallu plus pour que le concept soit détourné sur les réseaux sociaux, certains n’hésitant pas à affirmer que les mesures barrières auraient affaibli notre système immunitaire et que c’est cela qui expliquerait la vulnérabilité des plus jeunes (mais aussi des adultes) aux virus.

En considérant ces différents arguments, on voit qu’il y a probablement un problème sémantique. Certains scientifiques préfèrent en fait parler de « dette d’exposition » et non de « dette immunitaire ».

Pour eux, nous avons certes été moins exposés à certains pathogènes lors des confinements ou du fait du port du masque, et donc l’organisme n’a pas fabriqué les anticorps correspondants pendant cette période. C’est particulièrement le cas des jeunes enfants, qui en 2020-21 n’ont jamais été exposés à certains pathogènes comme le RSV, l’un de virus à l’origine de la bronchiolite, et qui y sont pour la première fois confrontés cet hiver. On peut donc émettre l’hypothèse qu’il y a plutôt un effet de rattrapage, où un plus grand nombre d’enfants n’ayant pas été exposé au RSV et n’ayant donc pas encore bâti une immunité naturelle contre le virus, ont été infectés cette année.

Cette dette d’exposition peut expliquer en partie l’épidémie que l’on observe. C’est l’explication que propose notamment un article publié dans The Lancet, en s’appuyant sur des milliers de données collectées en Angleterre. Une autre publication s’est penchée sur la présence d’anticorps contre le RSV dans le lait maternel, montrant qu’en 2021, le taux d’anticorps était diminué par rapport aux taux de 2020 chez la plupart des mères. Si l’on ne peut donc se prononcer pour l’année 2022, on peut du moins souligner que les mères ont bien été moins exposées au virus entre la première et deuxième année de pandémie, et ont par conséquent fabriqué moins d’anticorps.

Toutefois, constater que nous avons globalement moins été exposés à certains virus spécifiques est très différent que de dire qu’en conséquence, nos systèmes immunitaires ont été affaiblis et sont désormais dysfonctionnels. Cette idée-là n’est absolument pas fondée.

Par ailleurs, il faut souligner que nous n’avons pas vécu en vase clos pendant la pandémie et que notre immunité a continué à être stimulée, que ce soit par la rencontre avec des pathogènes ou contaminants via notre alimentation ou dans notre environnement. Autrement dit, notre système immunitaire n’a jamais cessé de fonctionner même lorsque des mesures barrières étaient mises en place, il a seulement été moins exposés à certains microbes hivernaux (virus et bactéries).

 

D’autres pistes à explorer ?

Parler uniquement d’une « dette immunitaire » peut par ailleurs nous faire oublier qu’il existe d’autres hypothèses pertinentes qui pourraient expliquer la recrudescence des cas de grippe et de bronchiolite.

En ce qui concerne la bronchiolite, il faut souligner qu’elle n’est pas exclusivement causée par le RSV. Il est par exemple possible que l’infection par le SARS-CoV-2 puisse provoquer des bronchiolites ou encore qu’elle potentialise l’infection RSV et provoque des symptômes plus importants, chez un plus grand nombre d’enfants. Pour y voir plus clair, il est intéressant de pratiquer des tests de dépistage chez ceux qui présentent des symptômes, afin d’évaluer quels virus sont présents et s’il y a des co-infections. La recrudescence des cas de bronchiolites ne serait donc pas uniquement liée à une dette d’exposition au RSV, auquel nous aurions été moins confronté pendant les confinements successifs.

 

Poursuivre les travaux scientifiques

Parmi les autres axes de recherche à poursuivre, des scientifiques tentent de mieux comprendre les virus saisonniers, sur lesquels de nombreuses questions persistent, afin de mieux appréhender les épidémies en cours et mieux préparer celles des hivers suivants. Par exemple, certains chercheurs s’intéressent au fait que les mesures barrières liées à la pandémie de Covid-19 semblent avoir peu d’impact sur la circulation des rhinovirus (à l’origine de la plupart des rhumes), pour des raisons qui ne sont pas entièrement comprises.

Une autre question en suspens est de savoir comment ces virus se font concurrence et interfèrent les uns avec les autres. L’infection par un virus donné pourrait dans certains cas déclencher une forte réponse immunitaire innée qui pourrait empêcher l’infection par un autre virus – cette piste fait l’objet de plusieurs travaux de recherche. D’autres scientifiques étudient la possibilité que le SARS-CoV-2 puisse « effacer » la mémoire immunitaire bâties contre d’autres virus (en tuant ou affectant les lymphocytes B ou T mémoire) et ainsi rendre les personnes qui ont été infectées plus susceptible à des infections ultérieures avec d’autres virus.

Pour conclure, le terme de « dette immunitaire » a permis de soulever des questions importantes concernant les dynamiques épidémiques actuelles, ainsi que notre capacité à préparer de futures épidémies. Néanmoins, il a aussi conduit à des débats qui ont parfois quitté la sphère scientifique, en laissant notamment croire à certains que risquer l’infection par le SARS-CoV-2 serait préférable à la mise en place des mesures barrières pour s’en protéger.  Cette interprétation comporte des risques pour la collectivité, et d’ailleurs toutes les connaissances actuelles en immunologie montrent en effet qu’il est préférable de se protéger de n’importe quelle infection (par la vaccination, les gestes barrières ou encore l’aération des bâtiments) que de se laisser infecter.

Texte rédigé avec le soutien de Sandrine Sarrazin, chercheuse Inserm au Centre d’Immunologie de Marseille – Luminy (CIML) 

La vitamine C, traitement miracle contre le rhume vraiment ?

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C’est par l’intermédiaire de l’alimentation que nous nous procurons la vitamine C. © Unsplash

 

C’est le marronnier de l’hiver : lorsque le mois de décembre approche, tous les magazines santé font la part belle à la vitamine C. Sous forme de jus de citron ou de compléments alimentaires, les conseils pleuvent pour inciter chacun à absorber sa dose quotidienne de vitamines. Pour certains, il est nécessaire de prendre de la vitamine C sous forme de compléments alimentaires pour lutter contre les maladies hivernales, dont le rhume…

Mais quels sont vraiment les effets de la vitamine C sur l’organisme ? Et les compléments alimentaires à base de vitamine C peuvent-ils  nous protéger du rhume ? Canal Détox fait le point.

C’est un fait scientifiquement avéré : la vitamine C remplie de nombreuses fonctions dans l’organisme. Elle intervient par exemple dans la protection de la paroi des vaisseaux sanguins et l’assimilation du fer. Par ailleurs, les effets antioxydants de cette vitamine, qui empêche la dégradation des cellules, ne sont plus à démontrer.

Et comme notre organisme n’est pas capable de la synthétiser, c’est par l’intermédiaire de l’alimentation que nous devons nous en procurer. D’ailleurs, il est préconisé d’en absorber en moyenne 110 mg/jour pour un adulte.

 

Consommer encore plus de vitamine C pour lutter plus efficacement contre le rhume ?

Est-ce à dire qu’en allant au-delà des doses recommandées et en consommant encore plus de vitamine C, on augmenterait ses effets bénéfiques, notamment pour se protéger de l’attaque des virus responsables des inévitables rhumes ou rhinites de l’hiver ?

La réponse est non. De nombreuses études se sont penchées sur la question, et aucune d’entre elles n’a pu démontrer clairement des effets bénéfiques significatifs de la vitamine C à haute dose sur la fréquence, la durée ou encore la sévérité des rhumes. Pour la population générale, l’adage populaire selon lequel « Un rhume non soigné dure 7 jours, soigné il dure une semaine » semble donc bel et bien vérifié. Par ailleurs, la vitamine C donnée en tant que traitement contre des infections sévères, n’a qu’un impact minime sur la santé des patients, comme l’a confirmé une récente revue de littérature.

Pour aller plus loin, consultez aussi un article sur le sujet sur la plateforme Cochrane 

Au lieu de recourir à une supplémentation, il vaut mieux consommer des fruits et légumes riches en vitamine C comme les agrumes et les poivrons pour couvrir ses besoins. Et non seulement il ne sert à rien d’ingérer de fortes doses de vitamines C au-delà des apports recommandés pour lutter contre le rhume ou d’autres infections, mais les scientifiques découvrent aujourd’hui que, dans certaines conditions, la vitamine C peut avoir des propriétés oxydantes (et non plus antioxydantes). Par ailleurs, un apport excessif de vitamine C  peut provoquer des problèmes digestifs et des nausées.

Mieux vaut donc se montrer prudents avec la surconsommation de vitamine C sous forme de compléments alimentaires, d’autant que rien ne garantit que les nutriments conservent leurs effets bénéfiques une fois extraits de leur matrice originelle, ni qu’ils aient les mêmes effets chez tout le monde (fumeurs ou non, personnes malades ou saines, etc.).

Près de 30 % des adultes consomment des compléments alimentaires en France. La vitamine C fait partie, avec le magnésium et la vitamine B6, des trois nutriments les plus consommés pendant l’hiver sous forme de compléments alimentaires.

Texte publié pour la première fois dans le livre Fake News Santé de l’Inserm, aux éditions du Cherche-Midi

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