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Infecter délibérément les volontaires pour accélérer la recherche vaccinale Covid-19, vraiment ?

© Adobe Stock

A l’annonce du démarrage des premiers essais cliniques de grande ampleur pour tester les vaccins contre la Covid-19, de nombreuses rumeurs et fausses informations ont été diffusées sur internet et sur les réseaux sociaux. Parmi les affirmations les plus partagées, source d’inquiétude pour de nombreux internautes, l’idée que les volontaires recrutés dans ces essais seraient délibérément exposés au SARS-CoV-2 afin de tester le niveau de protection conféré par les candidats vaccins.

Une méthode employée lors de certains essais cliniques, désignée sous le nom de « challenge infectieux », consiste en effet à exposer des volontaires sains aux pathogènes contre lesquels on vise à les protéger dans des conditions très contrôlées. Les participants sont alors suivis de près par chercheurs et médecins pour les protéger de potentiels effets secondaires délétères.

Par le passé, cette approche a déjà été utilisée pour mieux comprendre les interactions entre certains pathogènes et leurs hôtes, mais aussi pour accélérer le développement d’agents thérapeutiques et de vaccins en permettant de prioriser ceux présentant le plus d’intérêt avant de démarrer des essais cliniques de grande ampleur, dont la durée atteint parfois plusieurs années.

Dans le contexte de la Covid-19, une telle approche soulève néanmoins un certain nombre d’interrogations éthiques. Pour y voir plus clair, Canal Détox coupe court aux fausses infos.

Une utilité dans certaines maladies

En dépit des inquiétudes et des interrogations qu’ils suscitent dans le contexte de la pandémie actuelle, les « challenges infectieux » ont dans le cas de certains vaccins permis à la recherche de faire un pas en avant. Utilisés dans un cadre strict, pour des maladies pour lesquelles des traitements sont déjà disponibles (par exemple la grippe, le paludisme, les maladies entériques), ils peuvent constituer un outil de plus dans l’arsenal des chercheurs.

L’exemple du choléra est particulièrement intéressant. Comme le souligne un article paru dans la revue Vaccine, des challenges infectieux menés depuis quarante ans ont permis de confirmer le rôle de la toxine cholérique, facteur pathogène de la maladie du choléra. Ils ont aussi permis d’écarter assez rapidement, à des phases préliminaires des essais cliniques, des candidats vaccins qui ne présentaient pas d’intérêt, sans avoir à attendre qu’une large population soit exposée naturellement à la maladie. Les chercheurs ont ainsi pu gagner en temps et en efficacité, en ne testant en phase II et III que les vaccins les plus prometteurs. De cette façon, la mise en place d’un essai de phase III chez l’enfant au Népal a pu bénéficier des résultats d’un essai de challenge infectieux réalisé chez l’adulte en permettant de choisir la dose appropriée de vaccin.

Autre exemple : des études sur la paludisme s’appuyant sur « les challenges infectieux » ont également été menées. Elles ont confirmé le potentiel de cette approche à la fois pour l’évaluation de nouveaux candidats thérapeutiques et de vaccins et pour améliorer la compréhension de la biologie du parasite et son interaction avec l’humain. Afin de rendre ce type de travaux encore plus pertinents, ces modèles de challenge infectieux doivent toutefois être améliorés en tenant mieux compte de la diversité des espèces du parasite plasmodium responsables du paludisme.

Des débats éthiques dans un contexte pandémique

Mettre en place des études similaires pour la Covid soulève plusieurs problématiques éthiques, notamment parce que de nombreuses incertitudes subsistent concernant cette maladie émergente. Aucun traitement spécifique efficace n’existe encore à ce jour, ce qui pose la question de la prise en charge des participants qui développeraient des symptômes sévères suite à une exposition volontaire au virus. Même rares, les formes sévères peuvent survenir chez des personnes jeunes en bonne santé, sans que soient connus des facteurs prédisposant aux complications.

Alors que la pandémie continue de se propager dans les différentes régions du monde, avec un nombre croissant d’individus exposés au virus, des essais cliniques vaccinaux menés de manière rigoureuse et transparente devraient permettre d’obtenir des résultats rapidement sans avoir à passer par les « challenges infectieux ». Ainsi donc, les participants recrutés pour les grands essais cliniques vaccinaux qui seront menés en France dans le cadre de la plateforme Covireivac ne seront pas exposés de façon délibérée au virus. Pour savoir si un candidat vaccin est efficace, il faudra attendre que ces individus rencontrent le SARS-CoV-2 « naturellement » au cours de leurs activités quotidiennes pour ensuite comparer la proportion de personnes infectées dans le groupe recevant le vaccin vs dans le groupe recevant une substance non active (ou placebo).

Il faut néanmoins rester ouvert à ce que – dans l’avenir – une meilleure compréhension des risques, la disponibilité de traitements efficaces contre la Covid-19 et la nécessité de prioriser de nombreux nouveaux candidats vaccins, puisse mener dans le moyen terme à un réexamen du rapport risque-bénéfice qui pourrait justifier une telle approche.

 

Texte rédigé avec le soutien de Marie-Paule Kieny, directrice de recherche à l’Inserm et Odile Launay, coordinatrice de la plateforme Covireivac de l’Inserm.

Le vaccin BCG pour combattre le Covid-19, vraiment?

Injection d’un vaccin avec une seringue pré-remplie. © Inserm/Depardieu, Michel

  Mise à jour au 03/04/2020

Une vidéo tronquée, tirée d’une interview sur LCI d’un de nos chercheurs à propos des études sur l’utilisation potentielle du vaccin BCG pour combattre le Covid-19, fait actuellement l’objet d’interprétations erronées.

L’Inserm tient à faire savoir que Camille Locht comprend l’émotion suscitée depuis hier liée à son manque de réaction aux propos tenus par son interlocuteur sur LCI lors d’une émission diffusée en direct. Les conditions dans lesquelles cette interview a été menée ne lui ont pas permis de réagir correctement. Il s’en excuse et tient à préciser qu’il n’a tenu aucun propos raciste. Le seul but de son intervention était de confirmer que l’épidémie a une ampleur mondiale et que tous les pays devront pouvoir bénéficier des fruits de la recherche en espérant que l’expérience des premiers pays touchés permette de protéger encore mieux les autres.


Des essais cliniques visant à tester l’efficacité du vaccin BCG contre le Covid-19 sont en cours ou sur le point d’être lancés dans les pays européens (Pays-Bas, Allemagne, France, Espagne…) et en Australie. S’il y a bien actuellement une réflexion autour d’un déploiement en Afrique, il se ferait en parallèle de ces derniers. L’Afrique ne doit pas être oubliée ni exclue des recherches car la pandémie est globale. Si les essais internationaux étaient concluants, le vaccin BCG pourrait être une grande aide pour protéger les soignants.

Pour rappel ces essais cliniques ont pour objectif d’évaluer chez les personnels soignants et à forte exposition aux malades, l’efficacité  du vaccin BCG contre le Covid-19. Ce vaccin vivant a en effet déjà montré des résultats intéressants contre d’autres infections respiratoires et pourrait être un atout contre le Covid-19.

Le projet Aphro-Cov n’a quant à lui rien à voir avec les recherches sur le BCG. Il s’agit d’un dispositif visant à améliorer la veille sanitaire et la prise en charge des cas suspects dans 5 pays d’Afrique, en collaboration avec les laboratoires hospitaliers, les CHU et les Instituts nationaux de santé publique locaux.

En savoir plus sur le dispositif Aphro-Cov

 

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date d’avril 2020. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

C’est un sujet qui revient beaucoup depuis quelques jours, le vaccin BCG contre la tuberculose serait un allié prometteur dans la lutte contre le Covid-19. Mais qu’en est-il vraiment ?

Des études épidémiologiques ont montré de façon intéressante une corrélation entre taux de vaccination au BCG et taux de morbidité et de mortalité face au Covid-19. Si la majorité de ces études vont dans le même sens, elles ne permettent pas de conclure à une relation de causalité car elles restent soumises à d’importants biais, en particulier sur la différence de niveau de vie et de politique de santé entre les pays à fort et à faible taux de vaccination.

Cependant, le BCG a démontré auparavant chez les enfants un effet protecteur non spécifique contre les infections, en particulier respiratoires. Les vaccins vivants comme le BCG, le vaccin contre la rougeole ou encore le vaccin oral contre la polio auraient en effet des effets bénéfiques non spécifiques sur certaines infections. Le BCG pourrait ainsi permettre de diminuer l’importance de l’infection au virus SARS-CoV-2 en stimulant la mémoire de l’immunité innée, première immunité à entrer en jeu face à une infection, et en induisant ainsi une « immunité innée entraînée ».

Le vaccin BCG est très bien connu (plus de 3 milliards de personnes vaccinées dans le monde) ; beaucoup de données existent et ses contre-indications (immunodéficience notamment) sont peu nombreuses et bien identifiées. Enfin, il s’agit d’un des vaccins les moins chers au monde.

Forts de ces observations, des chercheurs de plusieurs pays ont lancé des essais cliniques de grande ampleur (1 000 personnes aux Pays-Bas, 4 000 en Australie) chez les personnes à haut risque d’exposition (personnels soignants notamment).
La France travaille aussi sur le sujet. Camille Locht, directeur de recherche Inserm à l’institut Pasteur de Lille, prépare la mise en place d’un d’essai clinique français en double aveugle. Une collaboration avec l’Espagne, qui mène également des recherches sur un projet de ce type, pourrait permettre de comparer à grande échelle les bénéfices de la vaccination au BCG à un placebo commun aux deux pays. Si l’essai clinique voit le jour, il faudra cependant encore suivre les participants pendant 2 à 3 mois pour avoir des données fiables.

Les chercheurs se veulent prudents : la piste du vaccin BCG est très intéressante, mais elle nécessite d’être explorée au sein d’essais cliniques rigoureux. Aucune donnée ne permet à ce jour de recommander une vaccination au BCG pour se protéger du Covid-19. 

Un vaccin contre la grippe, vraiment ?

Les épidémies de grippe frappent tous les ans. Une solution existe : la vaccination. Mais on entend tellement de choses à son sujet, que l’on ne sait plus quoi penser. Canal Détox coupe court aux fausses informations.

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