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Les lymphocytes B : de nouveaux alliés pour le traitement des sarcomes par immunothérapie ?

| 15 janv. 2020 - 19h00 | Par INSERM (Salle de presse)
Cancer

Les structures lymphoïdes tertiaires sont des agrégats cellulaires riches en lymphocytes B (violet) trouvés à proximité des tumeurs. C’est là que la réponse immunitaire antitumorale est initiée. ©Antoine Bougouin/Centre de recherche des Cordelier/Inserm, Sorbonne Université, Université de Paris

Comment améliorer et mieux personnaliser les traitements des sarcomes des tissus mous, ces cancers agressifs et particulièrement résistants ? Une équipe internationale dirigée par Wolf Hervé Fridman et regroupant des chercheurs de l’Inserm, de Sorbonne Université et d’Université de Paris au Centre de recherche des Cordeliers, en collaboration avec la Ligue nationale contre le cancer et l’Institut Bergonié, montre que les lymphocytes B permettent de prédire la réponse des patients à l’immunothérapie, rôle que l’on croyait jusqu’à présent dévolu seulement aux lymphocytes T. Ces résultats à paraître dans Nature ouvrent la voie à la personnalisation des traitements pour les patients atteints de sarcomes des tissus mous.

Les sarcomes des tissus mous sont un groupe hétérogène de cancers agressifs et résistants à la chimiothérapie qui touchent les tissus mous de l’organisme (graisse, muscles, tissus fibreux, vaisseaux sanguins et lymphatiques, nerfs…). Dans les essais cliniques actuels, seuls 15 % des patients répondent à l’immunothérapie, ce qui pose la question de l’exposition inutile des autres patients à la toxicité de ces traitements. Identifier des marqueurs prédisant la réponse à l’immunothérapie est donc un enjeu primordial. Cependant, jusqu’à aujourd’hui, cette stratégie se focalisait essentiellement sur les lymphocytes T, les cellules immunitaires capables de reconnaître les cellules infectées, cancéreuses ou étrangères à l’organisme.

À travers des travaux publiés dans la revue Nature, une équipe de recherche menée par Wolf Hervé Fridman et regroupant des chercheurs de l’Inserm, de Sorbonne Université et d’Université de Paris au Centre de recherche des Cordeliers, en collaboration avec l’équipe Carte d’identité des tumeurs de la Ligue nationale contre le cancer, l’Institut Bergonié, et des équipes américaines et taïwanaises, s’est penchée sur la question de l’identification d’autres marqueurs potentiels.

Les chercheurs ont analysé 608 tumeurs, qu’ils ont classées en trois groupes suivant la composition de leur microenvironnement tumoral[1] : les tumeurs immunologiquement pauvres (pauvres en cellules immunitaires et peu vascularisées), les tumeurs fortement vascularisées et enfin les tumeurs immunologiquement riches. Ces dernières présentent des agrégats de différents types cellulaires riches en lymphocytes B, les cellules immunitaires responsables de la production d’anticorps. Ces agrégats sont appelés structures lymphoïdes tertiaires. Les chercheurs ont observé qu’une réponse immunitaire antitumorale s’initiait en leur sein, montrant par-là que les lymphocytes B pourraient jouer un rôle antitumoral.

De plus, dans un essai clinique de phase 2, les patients présentant des tumeurs immunologiquement riches ont montré un taux de réponse élevé (50 %) à une immunothérapie : le pembrolizumab. Ces patients avaient en outre un taux de survie plus élevé que ceux présentant des tumeurs immunologiquement pauvres ou fortement vascularisées.

Une seconde étude d’une équipe américaine, cosignée par l’équipe de Wolf Hervé Fridman au Centre de recherche des Cordeliers (Inserm/Sorbonne Université/Université de Paris) et publiée en parallèle dans Nature, a permis d’étendre ces observations au mélanome et au cancer du rein.

Les résultats de ces études montrent qu’en plus des lymphocytes T habituellement étudiés, les lymphocytes B seraient essentiels dans la réponse à l’immunothérapie pour certains cancers. Ils apportent un nouvel espoir pour le traitement des sarcomes des tissus mous, cancers particulièrement résistants aux thérapies classiques. De plus, dans un objectif de médecine personnalisée, ces résultats pourraient aider à guider la prise de décision clinique et le traitement des patients grâce à un simple test permettant d’identifier ceux ayant des tumeurs immunologiquement riches.

Sur la base de ces résultats, un premier essai clinique français coordonné par Antoine Italiano (Institut Bergonié, Université de Bordeaux), co-auteur du premier article, et incluant des patients présentant des tumeurs immunologiquement riches est actuellement en cours au sein du Groupe Sarcome Français.

[1] Le microenvironnement tumoral correspond aux éléments biologiques entourant la tumeur (vaisseaux sanguins, cellules immunitaires, types variés de cellules, molécules de signalisation, matrice extracellulaire…) et avec lesquels elle interagit.

POUR CITER CET ARTICLE :
Salle de Presse Inserm Les lymphocytes B : de nouveaux alliés pour le traitement des sarcomes par immunothérapie ? Lien : https://presse.inserm.fr/les-lymphocytes-b-de-nouveaux-allies-pour-le-traitement-des-sarcomes-par-immunotherapie/37833/
Voir les sources

B-cells and tertiary lymphoid structures contribute to immune checkpoint blockade response, Nature in press.   Beth A. Helmink1*, MD PhD; Sangeetha M. Reddy2*, MD MSci; Jianjun Gao3, MD PhD*; Shaojun Zhang4*, PhD.; Rafet Basar5, MD PhD; Rohit Thakur1, PhD; Keren Yizhak6, PhD; Moshe Sade-Feldman6,7, PhD; Jorge Blando8, DVM; Guangchun Han4; Vancheswaran Gopalakrishnan1, PhD; Yuanxin Xi10, PhD; Hao Zhao8, PhD; Wenbin Liu8; Valerie LeBleu9, PhD; Fernanda G. Kugeratsk9, PhD; Hussein A. Tawbi11, MD PhD; Rodabe N. Amaria11, MD; Sapna Patel11, MD; Michael A. Davies11, MD PhD; Patrick Hwu11, MD; Jeffrey E. Lee1, MD; Jeffrey E. Gershenwald1, MD; Anthony Lucci1, MD; Reetakshi Arora4, PhD; Scott Woodman11, MD PhD; Emily Z. Keung1, MD; Pierre-Olivier Gaudreau1, MD; Alexandre Reuben12, PhD; Christine N. Spencer13, PhD; Alex P. Cogdill1, MEng; Elizabeth M. Burton1, MBA; Lauren E. Haydu1, PhD; Alexander J. Lazar4,14,15, MD PhD; Roberta Zapassodi16, PhD; Courtney W. Hudgens14, BS; Deborah A. Ledesma14, PhD;  SuFey Ong17, PhD; Michael Bailey17, PhD; Sarah Warren, PhD; Disha Rao17, MS; Oscar Krijgsman18, PhD; Elisa A. Rozeman18, MD; Daniel Peeper18, PhD; Christian U. Blank18, MD PhD; Ton N. Schumacher18, PhD; Lisa H. Butterfield19, PhD; Raghu Kalluri9, MD PhD; James Allison8, PhD; Florent Petitprez, PhD20,21,22; Wolf Herman Fridman, MD PhD20,21; Catherine Sautes-Fridman, PhD20,21; Nir Hacohen6,8, PhD; MD PhD; Katayoun Rezvani5,≠, MD PhD; Michael T. Tetzlaff14,15,≠, Padmanee Sharma3,8,≠, MD PhD; Linghua Wang4,≠, PhD; Jennifer A. Wargo1,4,≠, MD MMSc.   1 Department of Surgical Oncology, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 2 Department of Breast Medical Oncology, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 3 Department of Genitourinary Cancers, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 4 Department of Genomic Medicine, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 5 Department of Stem Cell Transplantation and Cellular Therapy, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 6 Department of Medicine, Massachusetts General Hospital Cancer Center 7 Broad Institute of the Massachusetts Institute of Technology 8 Department of Immunology, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 9 Department of Cancer Biology, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 10 Department of Bioinformatics and Computational Biology, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 11 Department of Melanoma Medical Oncology, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 12 Department of Thoracic / Head and Neck Medical Oncology, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 13 Parker Institute for Cancer Immunotherapy 14 Department of Pathology, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 15 Department of Translational and Molecular Pathology, The University of Texas MD Anderson Cancer Center 16 Immunology Program, Sloan Ketterin Institute, Memorial Sloan Kettering Cancer Center. 17 Nanostring Technologies, Seattle, WA 18 Division of Molecular Oncology and Immunology, The Netherlands Cancer Institute 19 Departments of Medicine, Surgery, Immunology and Clinical and Translational Science, University of Pittsburgh 20 INSERM, UMR_S 1138, Cordeliers Research Center, Team Cancer, immune control and escape, Paris, France 21  University Paris Descartes Paris 5, Sorbonne Paris Cite, UMR_S 1138, Centre de Recherche des Cordeliers, Paris, France 22 Programme Cartes d’Identité des Tumeurs, Ligue Nationale Contre le Cancer, Paris, France *Contributed equally                 Shared senior authorship     Nature : https://doi.org/10.1038/s41586-019-1922-8

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