Canal Détox

Un point sur la variole du singe

Les cas de variole du singe se multiplient dans de nombreux pays. Pour mieux comprendre la situation et répondre aux questions les plus fréquentes, Canal Détox fait le point.

Le 23 mai 2022 - 17h11 | Par INSERM (Salle de presse)

La variole du singe débute par de la fièvre et des maux de tête puis par un gonflement des ganglions et une éruption cutanée au bout de quelques jours, principalement sur le visage, les mains et les pieds. Crédits : Unsplash

Ce texte reflète les connaissances les plus récentes sur le sujet, au 03 août 2022. Il sera actualisé au fur et à mesure que de nouvelles données émergent. 

Alors que l’OMS a déclaré que la variole du singe était désormais une urgence sanitaire internationale et que les premiers décès ont été enregistrés en Europe (en Espagne), Canal Détox vous propose une mise à jour de son point d’actualité sur la variole du singe.

Pour suivre l’évolution du nombre de cas en France, rendez-vous sur le site Santé Publique France

La variole du singe (monkeypox en anglais) est une maladie infectieuse qui est causée par un virus transmis initialement à l’Homme par des animaux infectés (ce qu’on appelle une zoonose). Les réservoirs principaux sont très probablement des rongeurs (même si le virus a été découvert pour la première fois en 1958 en Suède au sein d’un groupe de macaques qui étaient étudiés à des fins de recherche, d’où son nom).

Contrairement au SARS-CoV-2 au moment de son apparition, il s’agit donc d’un virus que l’on connaît depuis plusieurs décennies. L’appellation variole du singe est fort discutable car il ne s’agit pas là d’une maladie spécifiquement inféodée aux singes et le virus est différent de celui responsable de la variole (maladie ayant été déclarée éradiquée en 1980 grâce à des campagnes de vaccination massive). Néanmoins, cette appellation est toujours utilisée en l’absence d’un terme plus approprié pour la désigner (l’OMS a débuté une réflexion pour modifier l’appellation de ce virus).

 

Quels sont les symptômes ?

Les symptômes sont similaires, mais bien moins graves, à ceux présentés par des personnes qui étaient autrefois atteintes de variole.

La maladie débute par de la fièvre et des maux de tête puis par un gonflement des ganglions et une éruption cutanée au bout de quelques jours, principalement sur le visage, les mains et les pieds mais aussi les organes génitaux chez la majorité des patients identifiés au cours de l’épidémie actuelle. Les lésions évoluent, le plus souvent en douze jours, en passant par différents stades successifs : macules, papules, vésicules, pustules et croûtes, qui finissent par tomber. La maladie est plus grave chez les enfants, les femmes enceintes (avec risques de transmission placentaire du virus) et chez les personnes immunodéprimées. Elle peut se compliquer d’une surinfection des lésions cutanées ou d’atteintes respiratoires, digestives, ophtalmologiques ou neurologiques.

À l’heure actuelle, la variole du singe est encore endémique dans des régions de forêts tropicales humides en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest. Le taux de létalité de la maladie varie de 1 à 10 % selon le sous-type de virus (il en existe deux en fonction de leur localisation géographique initiale : Afrique de l’Ouest et Afrique Centrale), mais une prise en charge médicale adéquate réduit considérablement les risques. La plupart des personnes guérissent spontanément et les foyers de contamination finissent généralement par s’éteindre d’eux même du fait de la faible transmissibilité du virus. Le sous-type dit d’Afrique de l’Ouest qui circule actuellement dans le monde est le moins virulent des deux, il est associé à des taux de mortalité plus faibles.

Parmi les décès qui ont été enregistrés jusqu’ici, on compte notamment des personnes immunodéprimées. Un patient est décédé en Espagne suite à une encéphalite, qui est une complication rare mais connue de la variole du singe.

 

Et les vaccins ?

Un vaccin basé à partir d’un virus vivant atténué de la vaccine (un virus très proche des virus de la variole et de la variole du singe et induisant une bonne réponse immunitaire contre ces deux virus) est déjà disponible. Il est efficace pour prévenir l’infection au virus de la variole du singe et les formes graves de la maladie même plusieurs jours après une exposition au virus. L’efficacité théorique de ce vaccin dit de 3° génération (car amélioré pour induire moins d’effet secondaire) est évaluée à autour de 90% mais nécessite des données supplémentaires en population réelle pour être déterminée précisément.

Début juillet, la HAS a mis à jour ses recommandations concernant les personnes à vacciner. Elle préconise qu’une vaccination préventive soit proposée aux groupes les plus exposés au virus : les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et les personnes transgenres se déclarant multipartenaires, par ailleurs les personnes en situation de prostitution, les professionnels exerçant dans les lieux de consommation sexuelle sont également concernées. La vaccination peut également être envisagée au cas par cas pour les professionnels amenés à prendre en charge les personnes malades.

 

Comment la maladie transmet-elle ?

Il s’agit d’un virus qui se transmet habituellement difficilement d’Homme à Homme, la transmission d’animal à l’Homme étant décrite comme étant bien plus fréquente. En ce qui concerne la transmission interhumaine, elle nécessite un contact étroit et prolongé entre deux personnes, et se fait principalement via la salive ou le pus des lésions cutanées formées au cours de l’infection.

Cependant, la transmission interhumaine semble plus importante que prévue au cours de cette épidémie, et de nouvelles interrogations ont donc été soulevées.

La plupart des cas confirmés concernent des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, ce qui a poussé les scientifiques à se poser la question d’une possible transmission par voie sexuelle. Celle-ci n’a jamais encore été démontrée, même si des données datant de 2017 suggéraient qu’elle était possible. De récents travaux ont montré que le génome du virus pouvait être identifié dans le liquide séminal, mais on ne sait pas encore si ce génome viral est associé à la présence de virus infectieux. Des études sont en cours afin d’en savoir plus à ce sujet.

Mais une chose est certaine : la transmission se fait majoritairement de manière directe lors de contacts rapprochés et prolongés. À noter donc que cette transmission pourrait être due aux contacts intimes lors de rapports sexuels et non pas au rapport sexuel en soit.

Le virus pourrait également se transmettre par l’intermédiaire des objets contaminés notamment lors du nettoyage de literie infectée ou de contact avec des vêtements infectés, le plus souvent au sein du foyer familial. Cela incite donc à la prudence lorsque l’on manipule des objets ayant été en contact avec un patient

Enfin, le virus pourrait-il aussi être transmis par voie respiratoire ? Pour le moment, cette question n’est pas non plus tranchée. Des recherches ont identifié la présence de virus dans les chambres de patients infectés mais on ne sait pas si les gouttelettes respiratoires peuvent vraiment jouer un rôle dans la transmission de la maladie.

 

Quelles sont les prochaines étapes ?

Les études épidémiologiques se poursuivent afin de comprendre s’il existe d’autres liens entre les différents cas et si des clusters peuvent être identifiés. Des études ont d’ores et déjà suggéré que le nombre de cas proportionnellement plus important parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes s’expliquerait par plusieurs événements de « super propagation » (festival, rassemblements festifs) ayant eu lieu au printemps.

Parmi les questions qui subsistent et qui doivent encore être élucidées : pourquoi le virus semble-il se propager davantage que ce que l’on connaît habituellement ? Pourquoi observe-t-on une transmission communautaire (principalement chez les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes) ? Est-ce que cela signifie qu’il y a une modification du « comportement » du virus ? Est-ce que ce virus se transmet également par voie sexuelle (ou est-ce que cela s’explique uniquement par l’étroite proximité lors d’un rapport sexuel qui favorise la transmission du virus principalement via les lésions cutanées) ?

Contrairement au SARS-CoV-2, le virus de la variole du singe est un virus à ADN et non un virus à ARN. Cela signifie que son génome est plus stable et qu’il a une moindre propension à muter. Cependant, il semble ces derniers temps muter plus rapidement que ce que les scientifiques attendaient. Plusieurs des mutations observées concernent une protéine qui permet au virus de s’arrimer aux cellules : comprendre l’impact de cette mutation sur l’augmentation de la transmission interhumaine et continuer la surveillance sur ce point est donc primordial.

D’autres travaux vont aussi s’orienter sur l’évaluation de l’efficacité de la vaccination auprès des populations cibles, notamment pour déterminer si l’injection de doses espacées de 28 jours, comme c’est le cas actuellement, constituent le schéma vaccinal le plus efficace.

 

Attention aux fausses informations qui circulent déjà

De nombreuses rumeurs et fausses informations se propagent déjà sur Internet, notamment concernant un possible lien entre la maladie et les vaccins anti-Covid qui utilisent un adénovirus de chimpanzé comme vecteur viral. Ce lien n’est absolument pas fondé, tout d’abord parce que ce virus n’est pas spécifique aux singes (il se retrouve même d’ailleurs plutôt chez d’autres espèces, en particulier les rongeurs). Ensuite, parce qu’il fait partie de la famille des poxvirus et non des adénovirus.

Texte rédigé avec le soutien de Yannick Simonin, chercheur au sein de l’unité Inserm Pathogenèse et contrôle des infections chroniques et émergentes (unité 1058 Inserm/Université de Montpellier/EFS)

fermer
fermer
RSS Youtube