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Communiqués et dossiers de presse

Un vaccin prometteur contre l’infection à virus Nipah

11 Mar 2024 | Par Inserm (Salle de presse) | Physiopathologie, métabolisme, nutrition

NIPAH virusMicrographie électronique à balayage montrant le virus Nipah (jaune) bourgeonnant à la surface d’une cellule. © National Institute of Allergy and Infectious Diseases, NIH

L’OMS a récemment classé le virus Nipah (NiV) parmi les huit principaux agents pathogènes émergents susceptibles de provoquer des épidémies majeures à l’avenir. Dans un contexte où aucun traitement ou vaccin n’est encore disponible, une équipe composée de chercheurs de l’Inserm (Unité 955-VRI) et de l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) présente les résultats précliniques d’un vaccin innovant contre ce virus. La plupart des candidats-vaccins ciblent des protéines de surface du virus nécessaires à son entrée dans les cellules humaines. Pour développer son nouveau vaccin, l’équipe du VRI (Vaccine Research Institute de l’ANRS MIE/Inserm) s’est appuyée sur le rôle central joué par les cellules présentatrices d’antigène (CPA) dans la mise en place de réponses protectrices. Le candidat-vaccin, appelé CD40.NiV, porte certaines parties spécifiques de protéines de surface du virus NiV-B, la souche du Bangladesh. Suite à l’infection par le virus Nipah chez l’animal, CD40.NiV a démontré une immunogénicité, une neutralisation et une protection complète, ce qui représente une étape importante vers le développement clinique d’un vaccin contre l’infection. Le résultat de ces travaux vient de paraître dans la revue Cell Reports Medicine du mois de mars 2024.

Le virus Nipah (NiV) est un virus zoonotique, c’est-à-dire se transmettant de l’animal à l’être humain. Toutefois, sa transmission peut également se faire par l’intermédiaire d’aliments contaminés ou directement entre individus. Le tableau clinique peut aller de l’infection asymptomatique à l’encéphalite mortelle en passant par l’infection respiratoire aiguë. Identifié pour la première fois en 1999 en Malaisie, le virus s’est depuis propagé régulièrement par flambées au Bangladesh et en Inde. La mortalité liée à ces flambées épidémiques est estimée entre 75 et 90 %.

Le virus a récemment été classé sur la liste OMS des agents pathogènes émergents prioritaires. Il n’existe à ce jour aucun traitement ou vaccin approuvé. De nombreux candidats-vaccins sont à l’étude ou en cours de développement. La plupart ciblent des protéines à la surface du virus, les protéines G et F, qui sont nécessaires à son entrée dans la cellule humaine et sa propagation dans l’organisme.

Les équipes de l’Inserm et de l’UPEC se distinguent par une approche originale faisant intervenir les cellules présentatrices d’antigène (CPA), en particulier les cellules dendritiques, qui jouent un rôle important dans la réponse immunitaire. Pour la construction du vaccin CD40.NiV, des parties spécifiques (ou épitopes) des protéines G, F et N du virus Nipah de la souche du Bangladesh (NiV-B) ont été attachées à un anticorps reconnaissant les récepteurs CD40 présents à la surface des cellules dendritiques. Les épitopes sont ainsi présentés directement aux cellules du système immunitaire.

L’immunogénicité (capacité à induire une réaction immunitaire) du vaccin a été évaluée chez des souris et des primates non humains après deux administrations du vaccin CD40.NiV (stratégie dite de ” prime-boost “). Dès 10 jours après la première vaccination avec le CD40.NiV (amorce ou prime), on observe la production d’anticorps IgG et IgA spécifiques du NiV ainsi que d’anticorps neutralisants (anticorps particuliers permettant de prévenir l’infection en bloquant l’entrée du virus dans les cellules cibles). La réponse en anticorps neutralisants se maintient jusqu’à au moins 100 jours après le pic de la réponse immunitaire. L’équipe a aussi montré que les anticorps induits contre NiV neutralisent également différentes souches de NiV (Malaisie, Cambodge) et le virus de Hendra (on parle d’immunité neutralisante croisée), un agent infectieux transmis par les chauves-souris et causant une infection hautement mortelle chez les chevaux et les humains.

Pour s’assurer de l’efficacité du vaccin, les animaux ont été infectés avec le virus NiV 60 jours après la seconde injection de CD40.NiV (rappel ou boost). La protection s’est révélée totale.

Cette étude préclinique a démontré que le candidat-vaccin CD40.NiV confère une protection contre le développement du virus Nipah, avec une survie de 100 % des animaux immunisés jusqu’à la fin de l’étude, soit 28 jours après l’infection. L’absence de signes cliniques significatifs ou de réplication du virus suggère que le candidat-vaccin procure une ” immunité stérilisante “, c’est-à-dire qu’il peut prévenir la maladie et sa transmission.

Dans l’ensemble, les résultats obtenus avec CD40.NiV sont très prometteurs pour lutter contre l’infection par le NiV et représentent une étape importante vers le développement clinique d’un vaccin contre ce virus.

Contacts
Contact Presse

ANRS MIE :

rf.srna@noitamrofni

Sources

A vaccine targeting antigen presenting cells through CD40 induces protective immunity against Nipah disease.

Cell Reports Medicine, 11 mars 2024

https://doi.org/10.1016/j.xcrm.2024.101467

 

Pastor Y (1, 2), Reynard O (3), Iampietro M (3), Surenaud M (1, 2), Picard F (1, 2), El Jahrani N (1, 2), Lefebvre C (1, 2), Hammoudi A (1, 2), Dupaty L (1, 2), Brisebard E (4), Reynard S (3, 5), Moureaux E (6), Moroso M (7), Durand S (3), Gonzalez C (3), Amurri L (3), Gallouet A-S (8), Marlin R (8), Baize S (3, 5), Chevillard E (7), Raoul H (7), Hocini H (1, 2), Centlivre M (1, 2), Thiébaut R (2, 9, 10), Horvat B (3), Godot V (1, 2), Levy Y (1, 2, 11)*, Cardinaud S (1, 2)*.

  1. Inserm U955 – Équipe 16, Vaccine Research Institute (VRI), Institut Mondor de Recherche Biomédicale (IMRB), Université Paris-Est Créteil (UPEC), Créteil, France
  2. Vaccine Research Institute (VRI), Créteil, France
  3. Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI), Université de Lyon, INSERM U1111, Ecole Normale Supérieure de Lyon, Université Lyon 1, CNRS UMR5308, Lyon, France
  4. INRAE Oniris UMR0703, APEX, Nantes, France
  5. Unité de Biologie des Infections Virales Émergentes, Institut Pasteur, Lyon, France
  6. BioPRIM, Baziège, France
  7. Laboratoire P4 INSERM–Jean Mérieux, INSERM US003, Lyon, France
  8. Center for Immunology of Viral, Auto-immune, Hematological and Bacterial diseases (IMVAHB/IDMIT), Université Paris-Saclay, Inserm, CEA, Fontenay- aux-Roses, France
  9. Bordeaux, Department of Public Health, Inserm Bordeaux Population Health Research Centre, Inria SISTM, Bordeaux, France
  10. CHU Bordeaux, Department of Medical information, Bordeaux, France
  11. Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Groupe Henri- Mondor Albert-Chenevier, Service Immunologie Clinique, Créteil, France

* Co-auteurs

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