C'est dans l'air

“Fake news” et désinformation autour du coronavirus SARS-CoV2

23 mars 2020 - 12h22 | Par INSERM (Salle de presse) | International

©M.Rosa-Calatrava/O.Terrier/A.Pizzorno/E.Errazuriz-cerda

Comme tous les sujets médiatiquement forts, le coronavirus SARS-CoV2 de 2019 n’échappe pas au sillon de la désinformation. Apparu dans la province chinoise du Hubei, l’épidémie provoquée par ce coronavirus – appelé désormais SARS-CoV2 et COVID-19 pour la maladie qu’il entraîne chez le patient–continue d’alimenter les médias, mais aussi le web et les réseaux sociaux, parfois dans de mauvaises directions. L’Inserm vous propose de revenir sur les différentes formes que prend cette vague de désinformation afin de couper court aux fausses informations et mieux se repérer sur l’océan médiatique.

 S’agissant du SARS-CoV2 et du Covid-19 (la maladie contractée chez l’Homme, à distinguer du virus), la désinformation prend plusieurs formes. De la simple approximation dans les chiffres à la théorie du complot en passant par les révélations sans preuves, de nombreux supports relaient des « fake news ». Les sujets sensibles à la désinformation, eux aussi, varient : traitant tantôt de la nature du virus, tantôt de son vaccin.

En savoir plus sur le SARS-CoV2 : https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/coronavirus-sars-cov-et-mers-cov

 

Le virus en lui-même :

Nombreuses sont les interrogations autour de la nature de ce coronavirus et de ce que cela implique en termes de santé publique. Est-il sans danger de recevoir des colis ayant transités depuis ou par la Chine ? Le virus ne touche-t-il que les personnes âgées ? Certains aliments permettraient-ils de se prévenir d’une infection ? La période d’incubation a-t-elle été revue à la hausse ?

Bien qu’il y ait encore quelques zones d’ombre autour du SARS-CoV2, on sait que les objets (comme les lettres et les cartons) qui transitent sur de longues distances ne permettent pas au virus de survivre pendant le laps de temps qu’ils mettent à atteindre leur destinataire. Nous savons par ailleurs que le virus se transmet essentiellement de façon aérienne, via les aérosols ou les gouttelettes de salive projetées en toussant ou en éternuant. Ainsi, un individu asymptomatique, c’est-à-dire contaminé mais ne toussant pas ou n’éternuant pas à proximité d’une autre personne, a moins de chances de propager le virus que les individus symptomatiques, sauf dans les cas de contacts physiques proches et/ou prolongés. De plus, la transmission du virus peut avoir lieu par contact avec des surfaces contaminés si une personne porte ensuite ses mains au visage. Il faut donc se laver les mains très souvent. Qui plus est, l’origine géographique et ethnique n’a aucun effet sur la capacité du virus à infecter de nouvelles personnes.

Contrairement à ce qui a pu être dit ces dernières semaines, aucun aliment (ail, fenouil) ou produit d’hygiène (sprays, bain de bouche) ne permet de se prémunir du SARS-CoV2.  Enfin, la période d’incubation moyenne estimée est de 5 à 6 jours, avec pour la majorité des cas une période comprise entre 1 et 12jours. Les recherches se poursuivent pour clarifier tant les questions sans réponses que les affirmations sans fondements.

 

Un vaccin pour l’épidémie de Covid-19 ?

Pour ce qui est du vaccin destiné à prévenir la contraction du coronavirus SARS-CoV2, il n’existe pas encore. Les divers vaccins déjà existants permettant de prévenir des cas de pneumopathies bactériennes sont malheureusement inefficaces. Des équipes aux quatre coins du globe, dont une équipe lyonnaise de l’Inserm, sont mobilisés pour comprendre ce nouveau virus et chercher à le contrer au plus vite, même si cela prend du temps. Contrairement à ce que l’on peut lire sur des sites plus ou moins complotistes insinuant que le vaccin est déjà prêt et que des laboratoires spéculent sur la létalité de l’épidémie pour en faire grimper le prix, la mise au point d’un vaccin est encore à l’étude, raison pour laquelle rien n’est proposé aux populations saines pour se prémunir à part les gestes barrières.

 

Des théories du complot autour d’un brevet sur le coronavirus :

Les théories du complot sont aussi à l’honneur. Pêle-mêle, le SARS-CoV2 aurait été fabriqué dans le laboratoire P4 de Wuhan, des brevets auraient déjà été déposés par des laboratoires pharmaceutiques pour profiter de la vente d’un vaccin lui aussi prévu à l’avance mais qui ne serait rendu accessible qu’une fois atteints les millions de morts permettant à son prix de s’envoler. Les brevets dénichés en ligne et soutenant toutes ces théories sont cependant des brevets pour le coronavirus chinois de 2002 (le SRAS-CoV), qui fut logiquement soumis à l’étude par la suite pour permettre la mise au point d’un vaccin. Tout ceci est absolument faux.

En particulier, une vidéo conspirationniste virale mettant en cause l’Inserm et l’Institut Pasteur circule actuellement sur les réseaux sociaux. L’interprétation des documents présentés dans cette vidéo est totalement erronée et l’allégation selon laquelle l’Institut Pasteur aurait inventé le virus responsable du COVID-19 est fausse. Le brevet de 2004 présenté comme “preuve” dans cette vidéo ne décrit pas l’invention du coronavirus SARS-CoV2 responsable du COVID-19, mais bien la découverte du coronavirus SARS-CoV1 responsable du SRAS, et l’invention d’une stratégie vaccinale, suite à l’épidémie partie de Chine en 2002. Ce candidat-vaccin contre le SARS-CoV1 n’a pas été expérimenté chez l’homme car l’épidémie s’est terminée avant la mise en place des essais cliniques, l’absence de patients rendant alors ces tests impossibles. Les connaissances acquises lors de la lutte contre cette épidémie d’un virus cousin du coronavirus actuel sont activement utilisées aujourd’hui par les chercheurs concernés pour élaborer un potentiel vaccin contre le Sars-CoV2. Plus de détails sur le site de l’Institut Pasteur : https://www.pasteur.fr/fr/coronavirus-attention-aux-fausses-informations-covid-19-circulant-reseaux-sociaux

Les « fake news » et autres questions rectifiées par l’Organisation mondiale de la Santé (page en anglais) :https://www.who.int/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/advice-for-public/myth-busters

 

Quelques définitions pour s’y retrouver dans les expressions utilisées par les chercheurs et relayées par les médias :

Qu’est-ce qu’une pré-publication (preprint) ? C’est une publication rédigée par des chercheurs n’ayant pas encore emprunté les chemins traditionnels de la publication scientifique (relectures, corrections et validation par les pairs), parfois très longs. Cela permet de partager entre scientifiques des travaux de recherche en temps réel, ici l’épidémie de SARS-CoV2. On en retrouve sur les sites Bioχiv et Medχiv (lire Bio Archive et Med Archive).

Que signifie le terme « inventeur » dans un document scientifique tel qu’un brevet ?

En recherche, la personne découvrant un virus, une molécule ou un gisement archéologique par exemple, est désignée comme son « inventeur ». La découverte elle est désignée comme « l’invention ». Dans le cas du brevet de 2004 mentionné plus haut, les personnes désignées comme « inventeurs » du SARS-CoV1 responsable du SRAS, sont les personnes qui l’ont découvert et décrit et non pas les personnes qui l’ont créé.

Comment définit-on les cas atteints par le Covid-19 ? 

La définition des cas suspects de Covid-19 évolue avec le temps et la propagation de l’épidémie. De plus, les critères varient d’un pays à l’autre. Dans l’Hexagone, les critères établis par Santé publique France sont régulièrement mis à jour.

Voir la page d’information mise à disposition par Santé publique France sur le SARS-CoV2.

Dois-je aller me faire prescrire un traitement antipaludique par mon médecin pour lutter contre le coronavirus ?

Il n’y a pour le moment aucune validation scientifique solide de l’efficacité d’un traitement antipaludique à base de chloroquine contre le coronavirus. Les travaux évoqués dans la presse concernent une étude de très petite taille dont la validité méthodologique est controversée.

Si la possibilité de pouvoir utiliser des traitements antipaludiques sûrs, déjà bien connus et peu coûteux chez les patients atteints de coronavirus est intéressante, il est primordial d’avoir une visibilité sur des données issus d’essais cliniques impliquant des patients infectés par SARS-Cov-2, publiées et donc rendues accessibles à la communauté scientifique internationale.

Un essai clinique européen destiné à évaluer quatre traitements expérimentaux contre le COVID-19 a démarré le 22 mars 2020. Coordonné par l’Inserm dans le cadre du consortium REACTing, cet essai inclura au moins 800 patients français atteints de formes sévères du COVID-19 : https://presse.inserm.fr/lancement-dun-essai-clinique-europeen-contre-le-covid-19/38737/

A noter également qu’aucune prise de médicament quel qu’il soit n’est anodine. Les antipaludiques ne sont accessibles que sur prescription médicale. 

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