Particule du virus Ebola © National Institute of Allergy and Infectious Diseases
Origine, transmission, espoirs pour la recherche… L’ANRS Maladies infectieuses émergentes, agence dédiée, et l’Inserm font le point sur les données scientifiques disponibles sur le variant Bundibugyo d’Ebola, à l’origine d’une épidémie en République démocratique du Congo déclarée comme « urgence sanitaire de portée internationale » par l’OMS.
D’où vient ce virus ?Le virus Bundibugyo est une forme du virus Ebola identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda, puis observée à nouveau lors d’une épidémie en 2012 en République démocratique du Congo (RDC)[1].
Comme les autres virus Ebola, il est probablement d’origine animale. Les chercheurs pensent qu’il circule chez certaines chauves-souris qui se nourrissent de fruits, avant de passer à l’humain. La contamination survient le plus souvent lors de contacts étroits avec des animaux infectés, vivants ou morts, notamment en zone forestière.
Les deux flambées précédemment rapportées présentaient des taux de létalité respectifs de 31 % et 34 %.
Comment se transmet-il entre les personnes ?
Le virus Ebola se transmet par contact direct avec des fluides corporels tels que le sang, la salive, l’urine, le lait maternel, le sperme, la sueur, les selles et les vomissures des personnes infectées.
Les personnes contaminées ne sont pas contagieuses avant l’apparition des symptômes, mais elles le deviennent dès les premiers signes de la maladie[2].
Les soins prodigués sans mesures de prévention ni contrôle des infections, les soins à domicile et les pratiques funéraires impliquant un contact rapproché avec les corps sont des circonstances majeures de transmission3.
Sur quoi repose le diagnostic ?
Le diagnostic repose sur un test réalisé en laboratoire, qui permet de détecter la présence du virus dans le sang. Des tests antigéniques rapides peuvent être utilisés en première intention dans les zones éloignées, mais nécessitent une confirmation par PCR[3].
Quels sont les symptômes ?
Après une incubation qui peut aller de 2 à 21 jours2, la maladie se manifeste d’abord par des symptômes évoquant ceux d’une grippe : une fièvre, une grande fatigue, des maux de tête ou des douleurs musculaires.
Des troubles digestifs (vomissements, diarrhées, douleurs abdominales…) peuvent ensuite apparaître, suivis, dans certains cas, de saignements et/ou d’atteintes touchant plusieurs organes.
Faut-il craindre une propagation du virus à Mayotte ?
Les modélisations réalisées à ce stade par Vittoria Colliza, directrice de recherche à l’Inserm, avec Santé publique France montrent que le risque d’importation du virus en France hexagonale et à Mayotte est très faible. Elles seront constamment mises à jour afin d’anticiper au mieux l’évolution de l’épidémie. De plus, il n’existe pas de connexion aérienne directe entre la région aujourd’hui concernée par l’épidémie et l’Hexagone[4].
Consulter la carte interactive des cas d’Ebola.
Comment l’ANRS MIE est-elle mobilisée face à cette épidémie ?
L’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE), agence autonome de l’Inserm dédiée aux maladies infectieuses émergentes, a été désignée par l’OMS pour coordonner le Collaborative Open Research Consortium (CORC) consacré aux filovirus afin d’anticiper et de répondre aux menaces sanitaires émergentes comme Ebola et Marburg. Actuellement, il n’existe aucun vaccin ni traitement homologué contre la souche Bundibugyo.
Dès le signalement des premiers cas, l’ANRS MIE, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) ont réuni des experts pour préparer la mise en place rapide des essais cliniques, en particulier ceux portant sur les traitements et les vaccins, et de définir les priorités scientifiques et opérationnelles de la réponse.
Un protocole international appelé Partner a été activé pour permettre d’évaluer rapidement des traitements en situation d’épidémie. En parallèle, des études sont prévues pour suivre des personnes exposées au virus et tester des stratégies de prévention médicamenteuses après exposition, dont l’étude EBO-PEP sponsorisée par l’ANRS MIE[5]. Des travaux sont également en cours pour pouvoir déployer rapidement des essais vaccinaux si nécessaire.
Enfin, l’ANRS MIE est également mobilisée à travers son dispositif Émergence de réponse aux crises. Une cellule Émergence de niveau 1 est ouverte pour suivre activement les épidémies à filovirus. Cette activité consiste à mettre en place une veille scientifique renforcée ainsi qu’à définir les priorités de recherche en lien avec les communautés scientifiques, les groupes d’experts et les associations, et à produire de l’information à destination des décideurs publiques. Le suivi de l’épidémie à virus Ebola Bundibugyo de mai 2026 s’inscrit dans cette démarche.
Où en est la recherche sur les traitements ?
Plusieurs traitements sont actuellement à l’étude, avec des niveaux de preuve encore limités chez l’humain pour ce variant précis.
Le candidat le plus avancé est un traitement à base de deux anticorps capables de neutraliser le virus, appelé MBP134, qui a été testé sur des primates non humains, avec des résultats encourageants[6].
Une version optimisée, appelée MBP431, a également été développée pour agir plus longtemps dans l’organisme et être plus simple à administrer, notamment par injection intramusculaire. Testée chez l’animal, cette forme pourrait faciliter son utilisation sur le terrain, en particulier chez des personnes récemment exposées au virus, afin d’éviter le développement de la maladie[7].
Un autre médicament, le remdesivir, déjà utilisé contre la Covid-19, montre une activité antivirale contre le variant Bundibugyo en laboratoire [8],[9]. Cependant, son efficacité chez l’humain n’est pas démontrée à ce stade.
Enfin, un antiviral appelé obeldesivir est également étudié. Administré par voie orale, il pourrait présenter un intérêt particulier en contexte d’épidémie, car il serait plus facile à distribuer rapidement à des personnes exposées. Mais là encore, les données disponibles restent pour le moment limitées[10].
Et les vaccins ?
À ce jour, aucun vaccin spécifiquement conçu contre le virus Bundibugyo n’est disponible.
Le vaccin Ervebo, utilisé contre une autre forme d’Ebola, pour la souche Zaïre, est le seul actuellement homologué et disponible en stock. Des données chez l’animal suggèrent qu’il pourrait offrir une protection partielle contre Bundibugyo[11], de l’ordre de 70 à 80 %, mais cela n’a pas été confirmé chez l’humain.
Un autre schéma vaccinal, Zabdeno/Mvabea, développé contre Ebola Zaïre, semble peu adapté à ce variant, car il cible principalement une autre souche du virus[12].
Plusieurs candidats vaccins spécifiquement dirigés contre Bundibugyo sont en cours de développement, comme rVSV-BDBV GP, qui a montré une protection chez l’animal, y compris après exposition. D’autres approches visent une protection plus large contre plusieurs virus Ebola, mais elles en sont encore à des stades précoces de recherche et ne sont pas disponibles à ce stade.
Ce texte a été écrit avec le soutien de Yazdan Yazdanpanah,directeur de l’ANRS MIE, et d’Eric d’Ortenzio,responsable scientifique à l’ANRS MIE.
[1] Maganga, G. D. et al. Ebola Virus Disease in the Democratic Republic of Congo. N. Engl. J. Med. 371, 2083–2091 (2014)
[2] Ebola disease. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/ebola-disease.
[3]MacNeil, A. et al. Proportion of Deaths and Clinical Features in Bundibugyo Ebola Virus Infection, Uganda. Emerg. Infect. Dis. 16, 1969–1972 (2010).
[4] https://www.info.gouv.fr/communique/ebola-point-de-situation-et-mesures-mises-en-oeuvre
[5] https://anrs.fr/recherche/projets-de-recherche/ebo-pep-maladie-virus-ebola-afrique/
[6] Bornholdt, Z. A. et al. A two-antibody pan-ebolavirus cocktail confers broad therapeutic protection in ferrets and nonhuman primates. Cell Host Microbe 25, 49-58.e5 (2019).
[7] Patel, A. & Weiner, D. B. It Takes a Matured mAb to Treat Ebolavirus Infection. Cell Host Microbe 25, 10–12 (2019).
[8] Radoshitzky, S. R. et al. Expanded profiling of Remdesivir as a broad-spectrum antiviral and low potential for interaction with other medications in vitro. Sci. Rep. 13, 3131 (2023).
[9] Lo, M. K. et al. GS-5734 and its parent nucleoside analog inhibit Filo-, Pneumo-, and Paramyxoviruses. Sci. Rep. 7, 43395 (2017).
[10] Cross, R. W. et al. Oral obeldesivir provides postexposure protection against Marburg virus in nonhuman primates. Nat. Med. 31, 1303–1311 (2025).
[11] Falzarano, D. et al. Single Immunization with a Monovalent Vesicular Stomatitis Virus–Based Vaccine Protects Nonhuman Primates Against Heterologous Challenge with Bundibugyo ebolavirus. J. Infect. Dis. 204, S1082–S1089 (2011).
[12] Bockstal, V. et al. Assessments of different batches and dose levels of a two-dose Ad26.ZEBOV and MVA-BN-Filo vaccine regimen. NPJ Vaccines 6, 157 (2021)


