Entouré de nombreuses idées reçues, le traitement hormonal de la ménopause est aujourd’hui reconnu comme le plus efficace pour soulager ses symptômes. Mais il ne peut pas être proposé à toutes les femmes.

Bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, douleurs lors des rapports sexuels… La ménopause survient en moyenne autour de 50 ans et correspond à l’arrêt du fonctionnement des ovaires et de la production d’hormones. Si cette étape est naturelle, elle s’accompagne, pour beaucoup de femmes, de symptômes qui peuvent altérer le sommeil, le bien-être et la qualité de vie.
Le traitement hormonal de la ménopause (THM) est aujourd’hui le plus efficace pour les soulager. Pourtant, il reste entouré d’idées reçues, notamment sur un possible risque accru de cancer du sein ou de thrombose veineuse. Des craintes issues notamment des résultats de grandes études publiées au début des années 2000, dont l’interprétation a depuis été nuancée par des analyses complémentaires.
Qu’est-ce que le traitement hormonal de la ménopause ? Que dit réellement la science aujourd’hui ? Et dans quels cas doit-il être évité ? Canal Détox, la cellule de l’Inserm qui lutte contre les fausses informations en santé, fait le point.
Qu’est-ce que le traitement hormonal de la ménopause ?
Le traitement hormonal de la ménopause (THM) consiste à administrer des hormones pour compenser la baisse des œstrogènes après la ménopause. Son objectif : soulager les symptômes les plus gênants, comme les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, les troubles du sommeil ou la sécheresse vaginale.
Ce traitement existe principalement sous deux formes différentes :
- l’œstrogène seul, qui est réservé aux femmes ayant subi une hystérectomie (ablation de l’utérus) ;
- le traitement combiné, qui associe l’œstrogène à de la progestérone pour les femmes ayant toujours leur utérus, afin de protéger l’endomètre contre le risque de cancer.
En France, ce sont les hormones physiologiques « naturelles » de la femme qui sont utilisées avec l’estradiol (qui est l’œstrogène produit par l’ovaire) et la progestérone (ou son isomère proche, la dydrogestérone). Le traitement peut être pris sous forme de comprimés, mais en France, les gels et les patchs sont privilégiés. Ces derniers semblent être associés à un risque plus faible de complications thromboemboliques telles que l’embolie pulmonaire que la voie orale, même si le niveau de preuve reste modéré, selon une évaluation publiée par la Haute Autorité de santé (HAS) en octobre 2025.
D’où vient la polémique concernant ce traitement ?
L’intérêt du traitement a été profondément remis en cause au début des années 2000, à la suite des résultats de la Women’s Health Initiative (WHI), une grande étude clinique randomisée américaine publiée dans la revue JAMA. Menée chez plus de 16 000 femmes ménopausées, elle a mis en évidence, dans le groupe recevant un traitement combiné œstrogène/progestatif, une augmentation modeste du risque de cancer du sein, ainsi qu’un surrisque de thromboses veineuses et d’accidents vasculaires cérébraux.
Ces résultats largement relayés par les médias ont entraîné une baisse importante des prescriptions. Mais ils ont ensuite été réévalués à la lumière d’analyses complémentaires portant notamment sur les caractéristiques des participantes et les conditions d’utilisation du traitement.
Plusieurs analyses ont souligné que les participantes, âgées de 63 ans en moyenne, avaient souvent commencé le traitement plusieurs années après le début de la ménopause, alors que le rapport bénéfice/risque semble plus favorable lorsqu’il est initié plus précocement.
Par ailleurs, la population étudiée présentait une forte prévalence de facteurs de risque cardiovasculaire, comme le surpoids ou l’obésité. Enfin, les traitements utilisés différaient également de ceux couramment prescrits en France, notamment en ce qui concerne certains progestatifs de synthèse, dont les effets biologiques diffèrent de ceux de la progestérone micronisée ou de la dydrogestérone.
Que disent les données actuelles concernant le risque de cancer du sein ?
Les analyses ultérieures et les données de suivi de la Women’s Health Initiative (WHI), ainsi que celles de la cohorte E3N, une vaste cohorte épidémiologique française coordonnée par l’Inserm et Gustave-Roussy, ont permis de préciser les effets du traitement hormonal de la ménopause selon les conditions d’utilisation.
Les données convergent vers un constat stable :
- le THM combiné œstrogène/progestatif est associé à une augmentation modeste du risque de cancer du sein, dépendant de la durée d’utilisation ;
- ce risque apparaît plus faible ou absent avec l’œstrogène seul chez les femmes ayant subi une hystérectomie (ablation de l’utérus) ;
- le surrisque observé est faible en valeur absolue et diminue après l’arrêt du traitement.
Certaines études suggèrent par ailleurs que le niveau de risque pourrait varier selon le type de progestatif utilisé, avec un signal plus faible pour la progestérone micronisée et la dydrogestérone que pour certains progestatifs de synthèse. Ces résultats reposent toutefois principalement sur des études observationnelles et doivent être confirmés par des données comparatives de plus haut niveau de preuve.
Et concernant le risque d’AVC et de thrombose veineuse ?
Le risque d’accident vasculaire cérébral et de thrombose veineuse dépend quant à lui principalement de l’âge au début du traitement, des facteurs de risque individuels et surtout de la voie d’administration.
Les données disponibles suggèrent que la voie orale est associée à un risque plus élevé de thrombose veineuse, et que la voie transdermique (patchs, gels) est associée à un profil de risque plus favorable, en particulier chez les femmes présentant des facteurs de risque cardiovasculaire.
Dans quelles conditions le rapport bénéfice risque est-il favorable ?
Une revue de la littérature scientifique publiée dans la revue Cell en 2023 synthétise l’ensemble des connaissances disponibles sur les hormones et leurs effets.
Ses conclusions suggèrent que le traitement hormonal de la ménopause constitue le traitement le plus efficace pour soulager les symptômes les plus gênants, tels que les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, la sécheresse vaginale ou les douleurs lors des rapports sexuels.
En réduisant ces symptômes, le traitement peut aider à améliorer la qualité du sommeil et l’humeur. Par ailleurs, le traitement permet de bloquer la perte osseuse qui survient à la ménopause du fait de la carence en œstrogènes et de réduire le risque de fractures liées à l’ostéoporose, même chez des femmes à faible risque de fracture.
Les données disponibles montrent que le rapport bénéfice/risque du THM est dans la très grande majorité des cas, favorable lorsqu’il est débuté dans les premières années suivant la ménopause, et avant 60 ans.
Mais ces repères ne constituent pas des règles absolues. Dans certains cas, le traitement peut être envisagé plus tardivement. Sa prescription repose toujours sur une décision individualisée, tenant compte de l’âge, des antécédents médicaux et des facteurs de risque, notamment cardiovasculaire, comme de la sévérité des symptômes.
Quelles sont les contre-indications ?
Malgré ses bénéfices, le traitement hormonal de la ménopause présente des contre-indications strictes, listées par la Haute Autorité de santé :
• des antécédents de cancer du sein ou d’autres cancers hormono-dépendants, notamment du corps de l’utérus (le cancer du col n’est que très rarement œstrogèno-dépendant puisque majoritairement lié à l’infection virale à HPV) ou certains cancers de l’ovaire ;
• des antécédents de maladie cardiovasculaire, tels l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral ou les embolies pulmonaires. Pour le risque veineux et notamment le risque thrombo-embolique veineux, la voie orale est plutôt déconseillée chez les femmes à risque, au profit des patchs ou des gels appliqués sur la peau ;
• certaines maladies du foie, qui empêchent cet organe de filtrer correctement le sang et de métaboliser les médicaments ;
• des saignements génitaux inexpliqués, qui doivent faire l’objet d’un bilan avant toute prescription ;
• des antécédents de méningiome, une tumeur le plus souvent bénigne qui se développe à partir des membranes entourant le cerveau. Les progestatifs de synthèse, comme le nomégestrol (Lutényl) ou la chlormadinone (Lutéran), comme la progestérone naturelle ou la dydrogestérone sont contre-indiqués dans ce cas. Pour autant, il n’a pas été montré de surrisque de méningiome associé à la prise de progestérone ou de dydrogestérone et contrairement à certains progestatifs de synthèse.
En bref, que faut-il retenir ?
Le THM reste aujourd’hui la solution la plus efficace pour soulager les bouffées de chaleur et prévenir l’ostéoporose. Le rapport bénéfice/risque est majoritairement largement positif chez les femmes qui en ont besoin lorsqu’il est initié peu de temps après le début de la ménopause.
Mais ce traitement ne convient pas à toutes les femmes, notamment en présence de contre-indications ou de facteurs de risque spécifiques : avant de le prescrire, le médecin évalue l’âge, les antécédents médicaux et l’intensité des symptômes. Un suivi médical régulier, au moins une fois par an, est indispensable pour adapter le traitement et s’assurer de sa bonne tolérance.
Pour celles qui ne peuvent pas y recourir, notamment en cas d’antécédents comme un cancer du sein, une bonne hygiène de vie, avec une activité physique régulière et une alimentation équilibrée, peuvent améliorer la qualité de vie et le bien-être au quotidien, comme le souligne la Société française de ménopause – Gemvi (Groupe d’étude de la ménopause et du vieillissement hormonal) . Ces mesures peuvent aider à atténuer certains symptômes, sans toutefois compenser l’efficacité du traitement hormonal lorsqu’il est indiqué.
Cet article a été écrit avec le soutien et relu par Florence Trémollières, professeure des universités – praticienne hospitalière au CHU de Toulouse (Université Toulouse III – Paul Sabatier, service de gynécologie médicale et de la ménopause), et par Coralie Fontaine, directrice de recherche Inserm au sein de l’unité mixte de recherche U1297 « Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires ».
Sources
Société française de ménopause – Groupe d’étude de la ménopause et du vieillissement hormonal (Gemvi), fiche d’information aux patientes
Inserm, Ménopause
Haute autorité de santé (HAS), Réévaluation des spécialités indiquées dans le traitement hormonal de la ménopause
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