Le calendrier vaccinal recommande la vaccination contre les HPV pour toutes les filles et tous les garçons de 11 à 14 ans, afin de leur assurer une protection avant le début de leur vie sexuelle (image d’illustration). Crédit : Adobe Stock
Les papillomavirus humains (HPV) sont transmis lors des relations sexuelles. Très fréquente, cette infection passe le plus souvent inaperçue, mais elle est à l’origine de 99% des cancers du col de l’utérus et peut aussi provoquer d’autres cancers génitaux (vulve, vagin, pénis), de l’anus et de la sphère ORL (bouche et gorge). Cela fait près de vingt ans (première autorisation en 2006(i)) qu’il existe un vaccin capable de prévenir ces cancers en préparant le système immunitaire à se défendre contre les HPV. Depuis 2018, ce vaccin a vu sa protection s’élargir à jusqu’à offrir de protéger aujourd’hui contre 97% des lésions précancéreuses et verrues génitales liées au HPV. Pourtant, si de plus en plus de jeunes collégiens se font vacciner(ii), ce nombre doit encore progresser pour permettre de diminuer massivement les cancers associés.
Une désinformation circule selon laquelle la vaccination des adolescents contre les infections à papillomavirus humains (HPV) pourrait nuire à leur fertilité future. Les études scientifiques les plus récentes démontrent non seulement l’absence d’impact négatif du vaccin sur la fertilité, mais soulignent au contraire que les diverses pathologies génitales liées virus lui-même menacent la capacité à concevoir.
Les infections liées aux HPV, un risque pour la fertilité
Pour comprendre les effets de ce vaccin sur la fertilité, il faut d’abord s’intéresser aux effets des HPV sur celle-ci. La menace la plus grave est bien sûr celle des cancers induits par l’HPV car leur traitement par chirurgie ou radiothérapie ne peut préserver la fertilité qu’en cas de diagnostic très précoce. Même hors de toute complication cancéreuse, la plupart des études indiquent que l’infection latente (pré-cancéreuse) par les HPV a plutôt un impact négatif sur la fertilité, en particulier masculine.
Chez les femmes
Bien que toutes les études menées ne s’accordent pas sur l’existence d’un lien direct des HPV avec l’infertilité féminine, certaines études semblent suggérer une possible aggravation du risque de fausse couche chez les femmes infectées par des HPV (1,2,3).
Toutefois d’autres études ne retrouvent pas de lien entre infection par les HPV et diminution de la fertilité féminine (2,4,5).
Chez les hommes
L’altération de la fertilité masculine par l’infection HPV est en outre bien démontrée. En effet, ces virus présentent la particularité d’adhérer à la surface des spermatozoïdes. Ce phénomène est observé dans la totalité des spermes infectés. Selon plusieurs études (résumées dans 6), l’infection par le HPV chez l’homme est associée à :
- une baisse significative du volume de l’éjaculat et du nombre de spermatozoïdes ;
- une faible mobilité de leur part (asthénozoospermie) ;
- une augmentation de la fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes ;
- des variations de pH ;
- l’apparition d’anticorps dirigés contre les spermatozoïdes, ce qui réduirait leur mobilité et, donc, la fertilité.
Cet effet des HPV sur les spermatozoïdes se traduit par une diminution avérée de la fertilité des couples : une étude (4) a montré qu’une infection par les HPV chez le partenaire masculin augmente significativement le risque de fausse couche et diminue la probabilité de grossesse ainsi que de grossesse menée à terme. Parce que des HPV sont retrouvés dans le sperme d’un homme infertile sur 5 (6), leur rôle dans l’infertilité est donc probablement significatif.
La vaccination contre les HPV en pratique
Le calendrier vaccinal recommande la vaccination contre les HPV avec le vaccin GARDASIL pour toutes les filles et tous les garçons de 11 à 14 ans, afin de leur assurer une protection avant le début de leur vie sexuelle. Un rattrapage est possible pour tous les adolescents de 15 à 19 ans révolus (voire 26 ans pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes). Cette vaccination est plus efficace chez les adolescents qui n’ont pas encore eu de rapports sexuels ayant pu les exposer au virus.
Le vaccin contre les HPV a-t-il un effet sur la fertilité ?
Lors des phases de recherche qui ont précédé sa commercialisation, le vaccin contre les HPV (GARDASIL 9) a été étudié chez des rats, notamment pour évaluer en un éventuel effet sur la fertilité.
Aucun tel effet n’a été observé ni chez les rats mâles (7), ni chez les femelles (8), ni chez leurs descendantes (éliminant tout impact à long terme sur les générations nées d’animaux vaccinés) (8).
Chez les femmes
Au moment de la commercialisation de GARDASIL, aucune donnée sur la fertilité (féminine ou masculine) n’était disponible dans l’espèce humaine. Son dossier d’enregistrement ne mentionne que l’absence d’effet chez les rats (9).
Aucun vaccin n’a jamais montré d’effet négatif sur la fertilité et rien ne peut laisser penser que le vaccin contre les HPV soit différent à ce niveau.
Deux études, l’une américaine et l’autre arménienne, ont suivi la fertilité de groupes de femmes vaccinées en les comparant avec celle de femmes non vaccinées. L’étude américaine (10), portant sur 1 100 femmes, n’a révélé aucun lien entre la vaccination contre le HPV à tout âge et l’infertilité (telle que signalée par ces femmes). L’étude arménienne (11), portant sur 98 femmes vaccinées, a conclu à l’absence d’impact négatif du vaccin sur les indicateurs de la fertilité dans la cohorte vaccinée.
En novembre 2025, l’Institut Cochrane a publié les résultats de l’analyse croisée des données scientifiques disponibles (225 études, 132 millions de personnes vaccinées). Dans ses conclusions, cet institut indique que : « Les parents s’inquiètent souvent de savoir si le vaccin contre le HPV provoque l’infertilité. Notre étude a démontré avec un haut degré de certitude que le vaccin contre le HPV ne provoque pas de problèmes de fertilité. »
Chez les hommes
Parce que l’infection par les HPV augmente clairement le risque d’infertilité chez les hommes, les scientifiques ont cherché à savoir si les hommes vaccinés étaient plus fertiles que ceux non vaccinés.
En raison d’une étude préliminaire montrant que le vaccin contre le HPV diminuait la présence d’HPV dans le sperme et en améliorait la qualité (12) , une étude intéressante (13) a été menée sur 151 couples infertiles chez lesquels le HPV avait été détecté dans le sperme. On avait conseillé à ces couples une vaccination contre le HPV, pour essayer de diminuer la quantité d’HPV dans le sperme. Environ la moitié d’entre eux ont refusé la vaccination ce qui a ainsi constitué un groupe témoin.
Les résultats ont montré une amélioration significative de la mobilité des spermatozoïdes dans le groupe vacciné. Cela s’est traduit concrètement :
- 30 grossesses ont été obtenues dans le groupe vacciné (39 % des couples), contre seulement 11 dans le groupe témoin (15 %), ce qui est une différence statistiquement significative ;
- Le groupe vacciné a enregistré 29 naissances pour une seule fausse couche, alors que le groupe témoin n’a comptabilisé que 4 naissances pour 7 fausses couches, une différence également significative sur le plan statistique.
En bref, que faut-il retenir ?
En conclusion, tout indique que la vaccination contre les HPV, chez les adolescentes et les adolescents, n’affecte pas leur fertilité future et contribue même à la préserver. En empêchant l’infection chez les hommes, elle réduit le risque d’infertilité liée aux effets du HPV sur les spermatozoïdes. Ainsi, au-delà d’une efficacité confirmée pour prévenir les nombreux cancers dus à ces virus et leur impact dramatique sur la morbidité, la mortalité et, de ce fait la fertilité, le vaccin contre les HPV apparaît comme un outil supplémentaire pour lutter contre l’une des causes d’infertilité.
Cet article a été publié initialement par le Service Public d’Information en Santé (SPIS), qui met à la disposition du grand public des informations pertinentes, solides et utiles sur sante.fr. Il a bénéficié de l’expertise et de la relecture d’Eric Tartour, responsable de l’équipe « Immunothérapie et traitement anti-angiogénique en cancérologie » à l’Inserm, et Michel Cogné directeur d’équipe Inserm, membre du Conseil d’Administration de la Société Française d’Immunologie (SFI) .
Sources
i – Le 1er vaccin sur le marché (Gardasil) a obtenu sa première autorisation de mise sur le marché par la Food and Drug Administration () et L’Agence européenne des médicaments (EMA) en 2006, et son autorisation de mise sur le marché en France en 2007.
ii – Vaccination en France. Bilan de la couverture vaccinale en 2024, Santé publique France
1 – Xiong YQ, Mo Y, Luo QM et al. The Risk of Human Papillomavirus Infection for Spontaneous Abortion, Spontaneous Preterm Birth, and Pregnancy Rate of Assisted Reproductive Technologies: A Systematic Review and Meta-Analysis. Gynecol Obstet Invest 2018;83(5):417-427. doi: 10.1159/000482008
https://karger.com/goi/article-abstract/83/5/417/154120/The-Risk-of-Human-Papillomavirus-Infection-for?redirectedFrom=fulltext
2 – Yuan S, Qiu Y, Xu Y & Wang H. Human papillomavirus infection and female infertility: a systematic review and meta-analysis. Reprod Biomed Online. 2020;40(2):229-237. doi: 10.1016/j.rbmo.2019.10.019
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31987733/
3 – Boussetta-Charfi O, Pillet S & Bourlet T. Impact of Human Papillomavirus (HPV) on Male and Female Fertility. Pathogens 2024;13(12) 1076. doi: 10.3390/pathogens13121076
https://www.mdpi.com/2076-0817/13/12/1076
4 – Siristaditis C, Vaidakis D, Serdetaki E & Martins WP. Effect of human papilloma virus infection on in-vitro fertilization outcome: systematic review and meta-analysis. Ultrasound Obstet Gynecol. 2018;51(1):87-93. doi: 10.1002/uog.17550
https://obgyn.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/uog.17550
5 – Nøhr B, Krüger Kjaer S, Soylu L & Jensen A. High-risk human papillomavirus infection in female and subsequent risk of infertility: a population-based cohort study. Fertil Steril. 2019;111(6):1236-1242. doi: 10.1016/j.fertnstert.2019.02.001
https://www.fertstert.org/article/S0015-0282(19)30079-2/fulltext
6 – Bourlet T. Papillomavirus : quel impact sur la procréation ? Médecine de la Reproduction 2021/2;23,144-151
https://stm.cairn.info/revue-medecine-de-la-reproduction-2021-2-page-144?lang=fr#s1n4
7 – Wise LD, Pauley CJ, Michael B & Wolf JJ. Lack of effects on male fertility from a quadrivalent HPV vaccine in Sprague-Dawley rats. Birth Defects Res B Dev Reprod Toxicol. 2010;89(5):376-81. doi: 10.1002/bdrb.20259
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20836123/
8 – Wise LD, Wolf JJ, Kaplanski CV et al. Lack of effects on fertility and developmental toxicity of a quadrivalent HPV vaccine in Sprague-Dawley rats. Birth Defects Res B Dev Reprod Toxicol. 2008;83(6):561-72. doi: 10.1002/bdrb.20174
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19025783/
9 – GARDASIL 9. Résumé des caractéristiques du produit, 2017
https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/65017887/extrait#tab-rcp-et-notice
10 – Schmuhl NB, Mooney KE, Zhang X et al. No association between HPV vaccination and infertility in U.S. females 18-33 years old. Vaccine. 2020;38(24):4038-4043. doi: 10.1016/j.vaccine.2020.03.035
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/pmid/32253100/
11 – Ter-Minasyan V. Fertility functions in 4vHPV vaccinated Armenian cohort. Georgian Med News. 2024 Jun:(351):33-37.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39230217/
12 – Foresta C et al Ebiomedicine 2015
13 – Garolla A, De Toni L, Bottacin A et al. Human Papillomavirus Prophylactic Vaccination improves reproductive outcome in infertile patients with HPV semen infection: a retrospective study. Sci Rep. 2018;8(1):912. doi: 10.1038/s41598-018-19369-z
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/pmid/29343824/


