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Un premier cas humain d’infection par le virus Shamonda, jusque-là connu uniquement chez l’animal, a été identifié en France : le patient concerné, dont les défenses immunitaires étaient fortement affaiblies, est décédé début octobre 2026. Dans l’état actuel des connaissances, les autorités sanitaires n’identifient pas de risque pour la population générale. Ce virus fait aussi l’objet de récits complotistes, qui lui attribuent une origine ou une diffusion intentionnelle sans preuve à l’appui. Tandis que les investigations se poursuivent pour comprendre comment ce patient a été infecté et préciser le rôle du virus dans son décès, Canal Détox revient sur les éléments disponibles concernant le virus et sa transmission.
Que sait-on du cas identifié en France ?
Le virus Shamonda a été identifié chez un patient pris en charge aux Hospices civils de Lyon pour une maladie grave. Ce patient présentait une immunodépression sévère, c’est-à-dire un affaiblissement important de ses défenses contre les infections. L’apparition de symptômes neurologiques a conduit les biologistes à réaliser des analyses génomiques pour en rechercher la cause. La comparaison des séquences génétiques obtenues avec celles de virus répertoriés dans une base de données a orienté le diagnostic vers Shamonda. Des analyses complémentaires ont confirmé la présence du virus dans plusieurs prélèvements effectués à différentes dates. Le patient est décédé début octobre 2026.[1]
Le virus Shamonda était-il déjà connu ?
Le virus Shamonda a été isolé pour la première fois chez des bovins au Nigeria en 1965. Il appartient au genre Orthobunyavirus.[2] Il a ensuite été signalé dans plusieurs régions d’Afrique[3] et au Japon, où il a été isolé en 2002.[4] [5] À l’été 2026, il a été identifié pour la première fois en Europe, notamment dans des élevages bovins français.[6] En France, des épisodes de maladie avaient été observés dès juin dans l’Est du pays, avant l’identification du virus fin juillet.[7] [8] Le cas annoncé en France en octobre 2026 constitue la première infection humaine documentée par ce virus, jusque-là connu chez l’animal depuis plusieurs décennies.[9]
Comment le virus Shamonda se transmet-il ?
Chez l’animal, le virus Shamonda est transmis par la piqûre de moucherons infectés du genre Culicoïdes.[10] [11] Les autorités vétérinaires ne rapportent pas de preuve de transmission directe significative entre animaux, à l’exception du passage de la mère au fœtus pendant la gestation.[12]
La circulation rapide en élevage pourrait donc refléter une exposition commune à des vecteurs infectants.[13] [14]
Les bovins sont les animaux chez lesquels les infections sont le plus souvent documentées en Europe, mais des cas ont également été rapportés chez les chevaux, les moutons et les chèvres.[15] Le rôle éventuel des ruminants domestiques, de la faune sauvage et des insectes vecteurs comme réservoirs du virus, ainsi que leur contribution au maintien de sa circulation, restent à préciser.[16]
Pour le patient identifié en France, les autorités sanitaires privilégient l’hypothèse d’une contamination par la piqûre d’un moucheron infecté. Ce mode de contamination reste toutefois à confirmer, et les investigations se poursuivent pour déterminer l’origine de l’infection.
Aucun signal de transmission du virus Shamonda d’une personne à une autre n’a été observé à ce jour, selon les éléments disponibles auprès des autorités sanitaires.
L’infection explique-t-elle le décès du patient ?
Des analyses complémentaires doivent permettre de mieux comprendre la contribution éventuelle de ce virus au décès, chez ce patient. La présence du virus dans son organisme ne suffit pas à elle seule à montrer que le virus est responsable de l’ensemble des troubles observés chez le patient.
Quel risque le virus Shamonda représente-t-il pour la population ?
Les autorités sanitaires n’identifient pas de risque pour la population générale au regard des connaissances disponibles. Elles soulignent le caractère exceptionnel de ce cas, survenu chez un patient dont les défenses immunitaires étaient fortement affaiblies. Aucun cas humain n’avait été documenté auparavant, malgré plusieurs décennies de circulation connue du virus chez l’animal.[17]
Existe-t-il un vaccin contre le virus Shamonda ?
Chez l’animal, aucun vaccin ni traitement antiviral spécifique contre le virus Shamonda n’est disponible à ce jour. La prise en charge vétérinaire vise à soulager les symptômes. La prévention repose sur la réduction de l’exposition aux moucherons, grâce à des mesures adaptées aux élevages et aux caractéristiques des insectes vecteurs présents localement.[18]
Quelles investigations sont menées ?
Les spécialistes de la santé humaine, de la santé animale et de l’environnement travaillent ensemble. Leurs travaux comprennent l’étude de l’infection chez le patient, la recherche du virus dans des élevages et des analyses sur les moucherons susceptibles de le transmettre. Cette démarche s’inscrit dans l’approche Une seule santé, qui étudie ensemble la santé des humains, celle des animaux et leur environnement.
Et la recherche à l’Inserm ?
À l’Inserm, des équipes travaillent sur des virus transmis par des insectes ou par des tiques. À Marseille, l’Unité des virus émergents développe notamment des outils de diagnostic et de surveillance.[19] Le réseau Arbo-France, porté par l’ANRS Maladies infectieuses émergentes, agence autonome de l’Inserm, facilite la coopération entre les équipes étudiant ces virus en santé humaine et animale.[20] L’ANRS Maladies infectieuses émergentes finance également le projet ArboSENSOR[21], dont l’objectif est de développer un système de détection portable, fiable, rapide et économique des arbovirus à partir d’échantillons complexes, ainsi que le projet IFNArboVE[22], un programme collaboratif international qui étudie les formes graves de maladies transmises par les arbovirus.
Des collaborations scientifiques existent aussi sur ces sujets avec l’agence de programme Agralife, pilotée par INRAE et engagée dans l’approche Une seule santé.[23]
Texte relu par le Pr Yazdan Yazdanpanah, directeur de l’ANRS Maladies infectieuses émergentes, agence autonome de l’Inserm.
[1] Ministères chargés de la Santé et de l’Agriculture. Virus Shamonda : une première détection chez l’être humain. Communiqué de presse. 22 octobre 2026.
[2] Organisation mondiale de la santé animale. Shamonda virus: what do we know about its effects on animals?. 22 octobre 2026.
[3] Rakaki, M. E., Walt, M. van der, Williams, J. & Venter, M. Detection of Novel Orthobunyavirus Reassortants in Fatal Neurologic Case in Horse and Culicoides Biting Midges, South Africa. Emerging Infectious Diseases. Juillet 2025.
[4] Hirashima, Y. et al. Congenital Malformations of Calves Infected with Shamonda Virus, Southern Japan. Emerging Infectious Diseases. Juin 2017
[5] Yanase T. et al. The resurgence of Shamonda virus, an African Simbu group virus of the genus Orthobunyavirus, in Japan. Archives of Virology. Février 2005.
[6] Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus. Mis en ligne le 13 août 2026.
[7] Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus. Mis en ligne le 13 août 2026.
[8] Kelleci M. et al. Detection of a novel Shamonda Orthobunyavirus in dairy cattle, France, June 2026. Eurosurveillance. 2026;31(33):2600689. 20 août 2026
[9] Ministères chargés de la Santé et de l’Agriculture. Virus Shamonda : une première détection chez l’être humain. Communiqué de presse. 22 octobre 2026.
[10] Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus. Mis en ligne le 13 août 2026.
[11] Yanase T. et al. The resurgence of Shamonda virus, an African Simbu group virus of the genus Orthobunyavirus, in Japan. Archives of Virology. Février 2005.
[12] Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus. Mis en ligne le 13 août 2026.
[13] Ministerium für Klimaschutz, Landwirtschaft, ländliche Räume und Umwelt | Regierung MV. https://mecklenburg-vorpommern.de/landesregierung/ministerium-fuer-klimaschutz-landwirtschaft-laendliche-raeume-und-umwelt.
[14] Wyler M. et al. Identification, Isolation and Genomic Characterization of an Emerging Shamonda Virus Variant Associated with Bovine Disease in Switzerland. Viruses. 1er octobre 2026.
[15] Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus. Mis en ligne le 13 août 2026.
[16] Wyler M. et al. Identification, Isolation and Genomic Characterization of an Emerging Shamonda Virus Variant Associated with Bovine Disease in Switzerland. Viruses. 1er octobre 2026.
[17] Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus. Mis en ligne le 13 août 2026.
[18] Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus. Mis en ligne le 13 août 2026.
[19] Inserm. Traquer les virus émergents. Inserm, le magazine, n° 66, septembre 2025. Mis en ligne le 23 octobre 2025.
[20] Inserm. Arbovirus : faire face à la menace en métropole. Inserm, le magazine, n° 57, juin 2023. Mis en ligne le 3 juillet 2023.
[21] ANRS MIE. ArboSENSOR : innover pour faciliter la détection tout-terrain des arbovirus. Entretien avec Laura Picas. Mis à jour le 17 juin 2026.
[22] ANRS MIE. Projets lauréats de l’appel à projets Émergences pays à revenus faibles et intermédiaires (PRFI) 2024. Mis à jour le 2 septembre 2025.
[23] INRAE. L’agence de programme nationale Agriculture et alimentation durables, forêts, et ressources naturelles associées ; Les activités de programmation de l’agence, rubrique « Groupe de travail Une seule santé ». Consultés le 23 octobre 2026.


