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Un virus sélectionné en laboratoire, vraiment ?

Parmi les nombreuses interrogations que génère l’épidémie de Covid-19, une en particulier nourrit l’élaboration de théories parfois complotistes : le virus SARS-CoV-2 est-il issu des aléas de la sélection naturelle, ou a-t-il été sciemment sélectionné en laboratoire pour sa capacité à infecter l’être humain ?

Le 04 Jun 2020 - 11h21 | By INSERM PRESS OFFICE

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Covid-19: Observation intracellulaire d’épithélium respiratoire humain reconstitué MucilAir™ infecté par le SARS-CoV-2. © Manuel Rosa-Calatrava, Inserm ; Olivier Terrier, CNRS ; Andrés Pizzorno, Signia Therapeutics ; Elisabeth Errazuriz-Cerda  UCBL1 CIQLE. VirPath (Centre International de Recherche en Infectiologie U1111 Inserm – UMR 5308 CNRS – ENS Lyon – UCBL1). Colorisé par Noa Rosa C.

 

Parmi les nombreuses interrogations que génère l’épidémie de Covid-19, une en particulier nourrit l’élaboration de théories parfois complotistes : le virus SARS-CoV-2 est-il issu des aléas de la sélection naturelle, ou a-t-il été sciemment sélectionné en laboratoire pour sa capacité à infecter l’être humain ?

Cette théorie est souvent confondue avec une autre également très populaire mais aux présupposés radicalement différents qui imagine que le SARS-CoV-2 serait un virus dit « recombiné », c’est-à-dire créé de toutes pièces par l’Homme à partir de deux virus préexistants (voir notre décryptage à ce sujet).

La théorie du virus « sélectionné en laboratoire » soutient quant à elle que l’épidémie de Covid-19 serait issue d’un coronavirus déjà présent chez l’animal mais inoffensif pour l’être humain, jusqu’à ce que des mutations « dirigées » en laboratoire l’aient rendu dangereux. Intentionnellement sélectionné parmi d’autres formes virales mutées, il aurait acquis la capacité d’infecter l’être humain avec une efficacité redoutable. Mais qu’en disent les scientifiques ?

Cette théorie repose sur la notion de « franchissement de barrière d’espèce », soit ici la capacité d’un virus à passer de son espèce réservoir (l’animal chez lequel il vit naturellement) à une autre espèce (ici, l’être humain), de pouvoir s’y répliquer, et finalement de devenir transmissible au sein de la population de la nouvelle espèce touchée. Chez l’Homme, on parle de transmission interhumaine. Certains coronavirus animaux ne nécessiteraient que peu de mutations pour pouvoir s’adapter à l’organisme humain. C’est par exemple le cas du virus SARS-CoV, responsable du SRAS, qui a entraîné en Chine l’interdiction de la consommation de viande de civette, hôte intermédiaire entre la chauve-souris et l’humain. Parmi les virus Influenza, le virus H5N1 est quant à lui parvenu à passer d’un réservoir aviaire à l’Homme – chez qui il peut provoquer des maladies parfois mortelles – sans toutefois être capable de se propager au sein de la population humaine.

Ce processus d’adaptation à l’humain repose sur la sélection naturelle de souches virales qui possèdent des mutations adaptatrices, un mécanisme naturel qui ne nécessite pas l’intervention humaine. En revanche, on peut stimuler ce processus en laboratoire en sélectionnant progressivement les souches qui portent ce type de mutations, apparues spontanément au cours de l’étude d’un virus (par exemple, lors du passage du virus d’un animal de laboratoire infecté à un autre). Si ce procédé ne permet pas d’obtenir un virus capable de franchir la barrière d’espèce à coup sûr, cette possibilité n’est pas à écarter.

À l’heure actuelle, il n’existe aucun élément scientifique en faveur de l’hypothèse d’une sélection en laboratoire du SARS-CoV-2 à partir de souches naturelles.

Si une telle manipulation avait été réalisée, cela ne pourrait être probablement démontré qu’à partir des données issues du laboratoire impliqué.

L’analyse du génome ne donne aucun indice car elle ne permet pas de différencier des mutations spontanées ayant été sélectionnées en laboratoire de celles survenues dans la nature.

L’hypothèse actuelle est que le SARS-CoV-2 est bien un virus zoonotique (se transmettant de l’animal à l’humain) dont le réservoir est probablement une chauve-souris du genre Rhinolophus, connue pour être le réservoir d’un très grand nombre de coronavirus. Grâce au hasard de la sélection naturelle, le virus aurait muté et franchi la barrière d’espèce entre la chauve-souris et l’humain. Peut-être encore possédait-il la capacité à infecter l’humain depuis longtemps.

En l’état actuel des connaissances, l’hypothèse la plus vraisemblable reste donc celle d’un virus de chauve-souris qui se serait adapté à l’humain via une ou plusieurs étapes intermédiaires.

Un ou plusieurs hôtes intermédiaires – comme le pangolin – auraient pu être infectés par proximité avec la chauve-souris, dans la nature ou en captivité.

 

Texte réalisé en collaboration avec le chercheur Vincent Maréchal (Centre d’immunologie et des maladies infectieuses, unité 1135 Inserm/Sorbonne Université).
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