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L’Inserm vient de réaliser une expertise collective dressant un état des lieux du dopage et des pratiques dopantes en milieu sportif. Le rapport, commandé par le ministère chargé des Sports, se fonde sur l’analyse critique de la littérature scientifique internationale de ces dix dernières années (plus de 3 800 articles et documents examinés) par un groupe pluridisciplinaire d’experts couvrant les domaines de l’épidémiologie, la sociologie, la philosophie politique, la psychosociologie, la psychologie, la science de la prévention, la cardiologie, la psychiatrie, la physiologie de l’exercice et la médecine du sport. L’expertise collective de l’Inserm, unique par son ampleur, apporte un éclairage scientifique fondé sur des données probantes, pour améliorer l’élaboration de politiques en matière d’éducation et de prévention et pour identifier les lacunes persistantes dans la recherche dans le domaine du dopage et des pratiques dopantes.
Les questions soulevées par le dopage ne concernent pas seulement le milieu sportif, mais également les États mobilisés autour de la protection de la santé des populations et de la mise en place de dispositifs de prévention et de lutte contre le dopage. Ces questions sont à la fois d’ordre éthique, politique, sanitaire, sociologique et économique. Elles concernent des populations sportives très diverses puisqu’elles touchent les sportifs de haut niveau engagés dans des compétitions de niveau national ou international, soumis aux contrôles antidopage mais aussi des sportifs amateurs, qui peuvent être engagés ou non dans des compétitions[1].
Dans ce contexte, le travail accompli par l’Inserm est une contribution concrète à la résolution de l’Unesco 10CP/14, relative au « renforcement des capacités éducatives et de la recherche universitaire dans la lutte contre le dopage », adoptée en octobre 2025 lors de la 10e Conférence des Parties à la Convention internationale contre le dopage dans le sport.
Dopage et pratiques dopantes : de quoi parle-t-on ?
La notion de « dopage » servant de cadre à l’expertise fait référence à la définition réglementaire de l’Agence mondiale antidopage (AMA), à savoir une ou plusieurs violations des règles antidopage énoncées dans le Code mondial antidopage et notamment l’usage de substances ou méthodes interdites remplissant au moins deux des trois critères d’inclusion suivants : i) la preuve que la substance ou méthode a le potentiel d’améliorer ou améliore effectivement la performance sportive ; ii) la preuve que la substance ou méthode est un risque avéré ou potentiel pour la santé du sportif ; et iii) l’usage de la substance ou méthode est contraire à « l’esprit sportif » tel que décrit dans le Code.
Cependant, pour rendre compte de la diffusion de la consommation de substances dans une grande diversité de populations de sportifs qui ne sont pas ou peu concernés par le Code mondial antidopage, le groupe d’experts a aussi pris en compte une définition du dopage plus large, allant au-delà de la violation d’une règle de ce Code, via le recours à des produits ou méthodes visant à mieux performer et désignées comme « pratiques dopantes ».
L’analyse des différentes méthodes utilisées pour estimer la prévalence du dopage et des pratiques dopantes met en évidence l’hétérogénéité des populations concernées dans les études. Selon qu’il s’agit de sujets sportifs de haut niveau, ou bien de la population générale – incluant les sportifs amateurs –, elle tend à confirmer que l’ampleur du phénomène ne peut être résumée par une seule approche et une seule valeur de mesure.
La plupart des études s’intéressent aux données issues des contrôles antidopage réalisés par des laboratoires accrédités par l’AMA qui sont publiées annuellement depuis 2003. Ces données sont le reflet direct de la proportion de tests biologiques dont les résultats sont susceptibles de constituer une infraction au Code mondial antidopage. Prises seules, leur pertinence est discutable, car en plus de ne concerner que des sportifs impliqués dans des compétitions de niveau international, elles incluent aussi les résultats d’analyses « anormaux » relevant d’un usage thérapeutique légitime et ne préjugent pas de la nature volontaire ou non du dopage[2].
Un autre défi pour estimer la prévalence des violations des règles antidopage concerne l’imprécision du dénominateur utilisé, qui est présenté en nombre de prélèvements et non pas d’individus. Or, un sportif peut être contrôlé plusieurs fois sur une période donnée et la probabilité d’être testé varie selon les sports, le niveau de compétition et les pays.
Pour ces raisons, considérer les données issues des résultats de contrôles antidopage dans les compétitions de niveau international comme une estimation pertinente de la prévalence globale du dopage pose un problème méthodologique majeur et exclut les sportifs amateurs.
Au cours des 10 dernières années, la prévalence globale du dopage dans les compétitions de haut niveau est estimée, via les résultats des tests biologiques, à moins de 5 %. Selon la méthodologie utilisée (hors tests biologiques) la prévalence pourrait cependant atteindre jusqu’à 30 % dans certains sports. En revanche, les taux de violation des règles antidopage établies par l’AMA apparaissent inférieurs à 1 %, et concernent en premier lieu les sports de force (haltérophilie, lutte, boxe…).
Dans les résultats de tests biologiques susceptibles de constituer une infraction au Code mondial antidopage, les stéroïdes anabolisants constituent la catégorie de substances dopantes la plus communément détectée (de 43 à 45 %), suivie par les stimulants et les diurétiques et agents masquants[3] (de 12 à 16 %).
Le handisport n’est pas épargné par le dopage mais les données sont plus rares que pour les athlètes valides et proviennent essentiellement des résultats des contrôles antidopage. Entre 2013 et 2022, le taux de violations se situait en-dessous de 1 % ; les sports les plus concernés étant le para-athlétisme et l’haltérophilie handisport.
Le handisport est confronté à des formes spécifiques de dopage. Les athlètes en situation de handicap présentent des profils de consommation de médicaments prescrits distincts de ceux des athlètes valides, en raison de leurs problématiques de santé spécifiques. Les études analysées – dont la plupart ont été menées auprès d’athlètes paralympiques – font état d’une utilisation accrue d’analgésiques et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, avec des taux de prévalence avoisinant les 20 %. Elle apparaît encore plus élevée chez les athlètes avec une déficience d’un membre ou en fauteuil roulant.
Le boosting est une pratique spécifique et dangereuse, difficilement détectable et considérée comme du dopage par le Comité international paralympique. Elle est utilisée par des athlètes atteints de lésions de la moelle épinière au niveau cervical ou thoracique pour améliorer leurs performances et concernerait au moins 17 % des paralympiens, selon une enquête datant de 2010. Elle tire parti de l’insensibilité à la douleur de la partie inférieure du corps chez les personnes paraplégiques via des stimuli physiques intenses permettant d’augmenter la pression sanguine et la fréquence cardiaque par une décharge d’adrénaline. Cette pratique peut notamment entraîner des accidents vasculaires cérébraux, des crises cardiaques et des lésions physiques liées aux stimuli.
Enfin, la consommation de compléments alimentaires (principalement des vitamines, des minéraux et des protéines en poudre) pourrait concerner jusqu’à 100 % des athlètes en situation handicap.
Les études sur la propension au dopage dans le sport amateur sont assez récentes. Il s’agit principalement d’enquêtes avec des questionnaires auto-déclaratifs notamment car les sportifs amateurs, qu’ils pratiquent en compétition ou en loisir, ne sont pas exposés aux contrôles biologiques auxquels se soumettent les athlètes de haut niveau.
Les études sur les pays européens estiment la consommation de substances visant à améliorer les performances chez les amateurs de 2 à 39 % selon les disciplines. Mais les projets FAIR (Forum for Anti-Doping in Recreational Sport), ayant étudié près de 7 300 sportifs amateurs dans 8 pays européens sur plus de 200 disciplines évaluent à seulement 0,4 % le nombre de personnes (exclusivement des hommes) ayant eu recours à des substances illicites. Cependant, plus d’une personne sur dix déclarait consommer des médicaments en vente libre dans le but d’améliorer ses performances sportives et 44 % des répondantes et répondants consommaient des médicaments en lien avec leur pratique sportive hors d’un objectif d’amélioration des performances (par exemple pour la douleur, la récupération, le contrôle du sommeil et de l’humeur ou le cycle menstruel).
Le dopage sportif peut avoir des effets délétères sur la santé à des degrés variables selon la nature et la combinaison des substances utilisées, la durée d’utilisation et la quantité consommée. La plupart des études ont été menées sur des populations spécifiques (hommes[4], usagers de stéroïdes anabolisants androgènes, pratiquants de sport de force…) ou sont extrapolées à partir de résultats cliniques thérapeutiques ; elles présentent donc de nombreuses limites méthodologiques qui sont à prendre en compte pour interpréter rigoureusement l’impact du dopage sur la santé.
Les SAA sont des substances de synthèse proches de la testostérone, utilisées pour accroître la masse et la puissance musculaire.
Les études dans les pays occidentaux évaluent leur consommation chez les 12-30 ans en population générale à 1,6 % avec une consommation en augmentation depuis de 2022 et plus de la moitié des usagers déclarant des symptômes de dépendance. Chez les sportifs fréquentant les salles de sport, les prévalences de consommation de SAA sont en moyenne plus élevées que dans la population générale, variant entre 10 et 35 %.
Les effets sur la santé des SAA sont de loin les plus documentés, mais les études sont principalement réalisées chez des hommes, alors que leurs effets délétères pourraient varier selon le sexe.
De manière générale, la pratique d’une activité sportive soutenue et intense est reconnue comme un facteur protecteur des pathologies cardiovasculaires et de leurs complications, conférant une espérance de vie accrue par rapport à la population générale. À l’inverse, dans certaines pratiques physiques telles que le culturisme, on retrouve des taux élevés de morbidité et mortalité cardiovasculaire. Or, pour des raisons qui lui sont intrinsèques, cette pratique présente une prévalence élevée de consommation de SAA à hautes doses.
L’ensemble des données cliniques étudiées dans l’expertise met en effet en évidence une association claire entre la prise de SAA et de nombreux effets cardiovasculaires délétères. Leurs effets toxiques directs sur le cœur et les vaisseaux sont bien documentés : chez les sportifs en consommant à fortes doses, on retrouve notamment une hypertrophie du ventricule cardiaque gauche altérant le fonctionnement du cœur et une athérosclérose[5] prématurée, cause principale de décès dans cette population. Chez les clients de salle de fitness utilisant des SAA la mortalité et la prévalence de certaines maladies cardiaques seraient ainsi 3 fois plus élevées que dans la population générale, 5 fois plus pour les troubles thromboemboliques. Chez les anciens utilisateurs de SAA le taux de mortalité et de morbidité cardiovasculaire serait, lui, multiplié par 2.
La prise de SAA est rarement isolée : elle fait le plus souvent partie de protocoles complexes, avec plusieurs substances dont le cumul augmente les risques pour la santé. Les événements cardiovasculaires graves voire mortels sont rapportés le plus souvent dans le contexte d’un entraînement intense en musculation, presque toujours en lien avec la prise de doses très au-dessus des normes physiologiques et d’un mélange de plusieurs SAA et d’autres produits non légaux (en arrêt de commercialisation par exemple) ou illicites. Cependant, il reste difficile d’établir formellement une relation causale car, si les cas de mort subite liés au sport sont très rares, la réalisation d’analyses toxicologiques n’est malheureusement pas encore systématique lorsqu’elle se produit, en particulier dans la population sportive jeune.
La réversibilité des altérations cardiovasculaires après l’arrêt de la prise de SAA reste discutée car elle semble liée à la durée d’exposition, à la dose cumulée, à l’ancienneté de l’arrêt, mais aussi à la sensibilité individuelle.
Le système endocrinien et reproducteur est également fortement impacté par la consommation de SAA. Celle-ci provoque en effet un hypogonadisme, c’est-à-dire une synthèse insuffisante des hormones sexuelles[6] entraînant une diminution chronique en testostérone et en œstradiol qui peut persister plusieurs mois voire années après l’arrêt. Sur le plan physiologique, cette altération hormonale cause infertilité, troubles menstruels, acné, alopécie… mais aussi des modifications physiques majeures en fonction du sexe – parfois définitives –, et des malformations fœtales en cas de grossesse.
Certaines substances sont utilisées après (et parfois pendant) la prise de SAA pour lutter contre ces effets indésirables[7]. Les études – menées exclusivement chez les hommes – mettent en évidence des douleurs articulaires, des dérèglements hormonaux additionnels, des atteintes cardio-vasculaires et des troubles visuels pouvant aller jusqu’à la cécité L’expertise souligne donc que les travaux de recherche ne doivent pas porter uniquement sur les SAA, mais également sur l’ensemble des substances utilisées avec eux.
Outre leurs autres effets délétères sur le foie[8], la peau et les muqueuses, les muscles et le squelette (pouvant aller jusqu’à des ruptures tendineuses) et le rein, les SAA sont aussi associés à des risques infectieux, principalement liés à une administration par voie injectable. Le risque d’infections transmissibles par le sang (VIH, VHB, VHC…) rejoint notamment celui des personnes consommant des drogues injectables.
Enfin, la consommation de SAA peut conduire à des complications psychiatriques, addictologiques et neurologiques bien documentées pendant la prise mais également lors du sevrage. Ces symptômes (fatigue, baisse de libido, troubles anxiodépressifs…) peuvent persister de plusieurs mois à plusieurs années après l’arrêt et sont susceptibles de favoriser les rechutes ; la majorité des problèmes de santé publique posés par leur usage étant due à leur risque addictogène. En outre, cet usage est accompagné par une tendance accrue à l’usage et au mésusage d’autres substances psychoactives ou analgésiques. Les médicaments opioïdes sont en particulier prisés à la fois pour leur action analgésique, mais également pour aider à lutter contre les troubles de l’humeur et du sommeil induits par les SAA.
À fortes doses les SAA peuvent générer également des symptômes (hypo)maniaques[9], psychotiques et neurocognitifs. Leur usage non médical a ainsi été associé à un comportement agressif et violent, familièrement appelé « roid rage » chez des hommes ayant peu ou pas d’antécédents de troubles psychiatriques ou de comportement criminel avant l’usage des produits. Plus récemment, cet usage a été associé à une accélération significative des processus de vieillissement du cerveau et de dysfonctionnement cognitif.
Peu de données sont disponibles quant à la prise en charge spécifique d’un trouble psychiatrique ou addictologique survenu dans un contexte de dopage sportif. Afin de pouvoir proposer une approche individualisée, l’expertise recommande que la prise en charge des personnes consommant des SAA inclue une évaluation globale et pluridisciplinaire intégrant une approche somatique, psychologique, psychiatrique et/ou addictologique.
La faible représentation des femmes parmi les consommateurs de SAA, ainsi que la stigmatisation dont elles sont victimes – les femmes bodybuildeuses sont par exemple particulièrement stigmatisées par leurs transformations anatomiques en décalage avec les normes traditionnelles de la féminité – rend difficile leur recrutement dans des études. Alors qu’elles sollicitent plus fréquemment les services de santé que les hommes ou les adolescents, les données les concernant sont rares.
Pourtant, la consommation de SAA progresse chez les femmes avec une évolution des motivations d’usage : l’idéal esthétique supplantant le gain de force physique, y compris parmi les plus jeunes. Certaines études rapportent également des motifs spécifiques de consommation, par exemple dans un contexte de dysphorie de genre[10] ou après une agression sexuelle.
Les modalités de consommation, d’administration et le choix des substances diffèrent aussi de celles du public masculin : les femmes privilégient des doses plus faibles et en moindre association, par voie orale (plus toxique pour le foie) plutôt qu’injectable, et des substances à moindre impact androgénique
Aucune étude publiée n’a investigué de manière approfondie chez les athlètes féminines la réversibilité des effets secondaires à l’arrêt des prises, qu’il s’agisse de l’hypogonadisme, de la fertilité, de la libido, ou encore de l’altération de la qualité de vie.
Les effets délétères des SAA sont majorés chez certaines populations de sportifs récréatifs, les utilisant à doses importantes et prolongées, le plus souvent en automédication et sans suivi médical. L’expertise pointe que ceux-ci ne sont pas soumis aux contrôles antidopage contrairement aux athlètes de haut niveau dont la santé est en quelque sorte « préservée » par ces contrôles et par un suivi médical régulier.
Depuis quelques années, on voit émerger dans le champ du dopage d’autres substances apparentées aux anabolisants, en particulier les récepteurs aux androgènes (SARM), qui ne présentent pas les mêmes effets androgéniques que les SAA. La plupart de ces substances ont été développées comme médicaments, mais non commercialisées en raison d’effets indésirables hépatiques notamment. Les données restent encore limitées pour avoir une idée concrète de leurs effets lorsqu’administrées à forte dose dans un contexte de dopage.
La responsabilité de la surveillance des conséquences sanitaires de la consommation de substances dopantes est éclatée entre les différentes instances et autorités sanitaires (Anses, ANSM, Mildeca…)[11]. Alors que les stéroïdes anabolisants entrent dans la catégorie des médicaments détournés de leur usage, aucune donnée récente sur leurs effets indésirables en France n’a été identifiée par l’expertise. Le groupe d’expert recommande donc une coordination structurée entre les différentes autorités impliquées pour améliorer la surveillance sanitaire autour de ces substances, avec, par exemple, la mise en place d’un recueil systématique des incidents et des cas liés au dopage pour améliorer le recueil, la remontée et l’exploitation des données à des fins de recherche et de prévention.
La gestion de la douleur et l’amélioration de la récupération est un motif d’utilisation de substances fréquemment évoqué. L’usage des antidouleurs[12] est répandu tant chez les sportifs professionnels que chez les amateurs, en particulier dans les sports d’endurance (trail, football…) et de contact. Si la consommation d’antidouleurs les plus communs – paracétamol, anti-inflammatoires non stéroidiens (AINS) comme l’ibuprofène ou le kétoprofène… – dont certains sont accessibles sans ordonnance, ne constitue pas une pratique de dopage telle que la définit l’AMA, certains analgésiques opioïdes (morphine, tramadol, oxycodone…) figurent sur sa Liste des substances interdites.
Les études documentent des prises concomitantes de plusieurs classes de molécules anti-inflammatoires différentes et des posologies supérieures aux recommandations. Chez les jeunes sportifs et dans le football professionnel, les taux dépassent parfois 50 %. Dans les sports d’endurance, la consommation tend à augmenter avec la durée ou la longueur des épreuves : de 3 % pour les semi-marathons à plus de 60 % lors des courses de plus de 100 km, en faisant une des premières substances licites déclarées (plus d’un participant sur cinq dans l’Ultra-Trail du Mont-Blanc).
Les analgésiques opioïdes sont moins fréquemment consommés mais se caractérisent par un mésusage dans le sport amateur (automédication, posologie inadaptée, absence de suivi médical…).
Bien qu’il n’existe que peu de données concernant la survenue d’accidents cardiovasculaires chez les sportifs consommant des antidouleurs, étant donné les effets cardiovasculaires bien connus des AINS, le groupe d’experts estime justifié de sensibiliser et d’informer sur les potentiels effets indésirables graves, en particulier quand ils sont pris en automédication.
Les compléments alimentaires contiennent une grande variété de composants tels que des vitamines, des minéraux, des protéines et des acides aminés (β-alanine, glutamine, lactosérum), des substances ergogéniques (créatine, caféine, taurine, nitrates) ou visant la réduction de la masse grasse (choline, L-carnitine), des extraits de plantes… À l’instar des antidouleurs, ils ne sont pas perçus par nombre de sportifs comme des substances visant à l’amélioration les performances.
Que ce soit chez les sportifs de haut niveau ou amateurs les taux de prévalence sont plus élevés chez les hommes, l’usage croît avec l’âge et varie selon le type de sport pratiqué ; les consommations les plus élevées se retrouvent dans les disciplines de force ou d’endurance, la musculation et le football en tête.
Si les vitamines, minéraux et protéines sont les plus consommés, la prévalence d’usage de CA, tous types confondus en milieux sportifs, est estimée à 60 % avec une proportion beaucoup plus élevée chez les sportifs de haut niveau.
Chez les jeunes, l’usage est important même en population générale : jusqu’à 55 % des Américains âgés de 12 à 18 ans consommeraient des protéines. L’usage de la créatine semble notamment être devenu un phénomène précoce et généralisé, tant en population générale que chez les sportifs. En 2021, un Canadien sur deux entre 16 et 30 ans déclaraient ainsi avoir consommé de la créatine dans les 12 derniers mois, avec une prévalence de consommation de protéines de plus de 80 % chez les jeunes hommes. Plus d’une personne sur six déclarait également avoir pratiqué le dry scooping[13] au cours des 12 derniers mois ; une pratique particulièrement présente chez les jeunes hommes pratiquants la musculation, les utilisateurs des réseaux sociaux, et ceux présentant un risque plus élevé de bigorexie[14].
Plusieurs études ont mis en évidence chez les sportifs amateurs, quelques spécificités : l’usage croît avec la fréquence de la pratique ou des entraînements et les raisons varient avec le genre ; gains de force, endurance, meilleures performances et récupération pour les hommes ; amélioration de la santé pour les femmes.
Même si des études rapportent des associations entre la prise passée de CA, ou de protéines et la consommation actuelle de SAA, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, il n’y a pas de preuve formelle que la consommation de CA prédise une évolution vers l’usage de SAA.
La composition des CA est encadrée par un décret[15], et cette réglementation est supervisée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Les CA destinés aux sportifs font l’objet spécifique de la norme européenne NF EN 17444 qui présente les exigences relatives aux bonnes pratiques de leur développement et de leur fabrication, censées prévenir la présence de substances interdites par l’AMA et améliorer l’information fournie aux consommateurs.
Cependant, les CA n’étant pas des médicaments au sens juridique du terme, ils ne sont pas soumis aux exigences d’une évaluation rigoureuse de leur efficacité et de leur sécurité, ni même de leur qualité de fabrication.
Des inquiétudes persistent donc quant aux risques sanitaires et aux risques de dopage non intentionnel que posent certains produits, notamment ceux qui prétendent favoriser le développement musculaire ou la réduction de la masse grasse et dont une proportion non négligeable, même sur le marché licite, est susceptible d’être adultérée par la présence d’anabolisants ou d’autres substances interdites. Jusqu’à 58 % des échantillons analysés pourraient ainsi être contaminés à des taux susceptibles d’entraîner un contrôle antidopage positif. Selon une étude récente sur des adolescents fréquentant les salles de sport, presque 1 consommateur sur 10 de CA commercialisés comme « produits naturels » visant à augmenter la synthèse protéique ou le développement musculaire pourrait être exposé sans le savoir à des SAA, des SARM ou des inhibiteurs d’aromatase.
Parmi les facteurs de risque de dopage, on retrouve les facteurs déjà évoqués (sexe, âge, type de sport, consommation préexistante ou non de CA) ainsi que le nombre d’années dans le sport de compétition, mais également des situations de vulnérabilité qui peuvent être physiques (épuisement, entraînements intensifs, douleurs, blessures…), psychologiques (anxiété, dépression, peur de l’échec, addiction, troubles alimentaires…), relationnelles (dopage organisé, pression de l’entourage, isolement…) ou contextuelles (culture du sport pratiqué, conditions environnementales et climatiques, compétitions, motivation financière …).
A contrario, une adhésion forte aux valeurs sportives, une bonne auto-régulation de émotions et de la pression sociale, une forte estime de soi, une faible tendance à prendre des risques, une capacité à s’auto-motiver ou encore la légitimité perçue de la lutte antidopage sont autant de facteurs protecteurs.
Il existe également un consensus scientifique fort en psychologie sociale sur le rôle préventif ou à l’inverse délétère et incitatif de l’entourage (principalement entraîneurs et parents), sur les attitudes envers le dopage et les intentions de dopage des athlètes.
En sociologie, l’expertise met en évidence 3 principaux déterminants du dopage qui peuvent se chevaucher et se combiner.
Les athlètes, entraîneurs et dirigeants des organisations sportives n’ont qu’une connaissance très partielle du Code mondial antidopage. En France en 2022, 70 % des étudiants spécialisés en sport ne connaissaient aucune institution nationale ou internationale en charge de la lutte contre le dopage.
La mondialisation de la distribution facilite l’accès aux substances dopantes en permettant à n’importe quel consommateur de trouver facilement des produits dopants sur Internet, y compris sur des plateformes légales, avec des délais de livraison très raisonnables et un risque limité d’être pris à défaut par les organisations antidopage.
L’entourage, qu’il soit intime (famille, relations…), d’encadrement (entraîneurs, médecins, préparateurs…), étatique (niveau de corruption et type de régime), ou économique (sponsors), joue un rôle fondamental dans l’incitation au dopage. Ce rôle est pourtant minimisé par une vision centrée sur les valeurs qui a tendance à sur-responsabiliser le sportif.
Le Standard international pour l’éducation du Code mondial antidopage, qui répertorie un ensemble de valeurs fortes mais hétérogènes visant à « soutenir la préservation de l’esprit sportif », est supposé jouer un rôle structurant mais s’adresse à des athlètes et des organisations sportives situés dans des contextes culturels, économiques et politiques très différents et l’interprétation de « l’esprit sportif » varie selon les cultures.
L’acculturation au dopage est aussi indissociable du contexte de la pratique et de la communauté sportive. Par exemple, chez les pratiquants de force athlétique (power-lifting), le dopage fait partie de la culture et cimente les liens entre les pratiquants, alors que les « non-initiés » sont exclus du groupe.
Les organisations sportives qui jouent pourtant un rôle central dans la mise en place d’un environnement de travail sain sont historiquement très centrées sur la production de performance, et les questions de prévention (dopage, protection des personnes, maltraitances…) sont rarement prioritaires. Charge de travail et exigences trop importantes, temps de repos insuffisants, contrats précaires, difficultés d’entrée et de maintien dans une carrière sportive professionnelle sont donc autant de facteurs de vulnérabilité des athlètes dont les organisations sportives sont indirectement responsables.
En raison de l’interdépendance entre les organisations sportives, les audiences, les sponsors et les médias, le dopage représente une menace pour toute l’écologie de la pratique sportive, y compris pour les sportifs « non dopés ».
Il est souvent un processus collectif mais les athlètes sont généralement les seuls à subir ses conséquences, même lorsque des États, des équipes ou des entraîneurs en portent la principale responsabilité. Être sanctionné pour dopage constitue une épreuve difficile pour les athlètes (exclusion brutale, suspension de la carrière professionnelle, perte de revenus…) pour laquelle il n’existe pas de réels dispositifs d’accompagnement et de réinsertion. La stigmatisation est aussi fréquente même lorsque le dopage ne lèse pas les autres sportifs de la discipline. Par exemple, les bodybuilders sont parfois assimilés à des toxicomanes, la valeur de leurs performances est dévalorisée par le public et leurs muscles hyper-développés sont présentés comme une anomalie par rapport aux normes traditionnelles.
Les athlètes « non dopés » ont un rapport ambivalent à l’antidopage, convaincus de sa nécessité mais embarrassés par sa mise en œuvre. Lorsque la prévalence du dopage est élevée dans un sport, ou que l’histoire de ce sport a été marquée par le dopage, comme dans le cyclisme, les sportifs « non dopés » en paient le prix en subissant des dégâts d’image. Outre les problématiques posées par la coexistence avec des athlètes dopés, les procédures antidopage, contraignantes et intrusives affectent leur qualité de vie, mais aussi leur bien-être psychologique. Ils peuvent ainsi se sentir menacés par un système complexe susceptible de sanctionner du dopage non intentionnel (estimé à environ 40 % des cas sanctionnés) ou leur non-dénonciation de co-équipiers ou d’entraîneurs par loyauté.
La lutte antidopage commence dans les années 1960 avec la mise en place d’une commission médicale au sein du Comité international olympique (CIO) et l’émergence des premières législations nationales et des premiers contrôles. L’utilisation de la spectrométrie de masse dans les années 1970 sera décisive pour l’analyse des échantillons, tout comme celle de techniques pour repérer la prise d’EPO à partir de la fin des années 1990. En 1999 est créée l’AMA, qui organisera l’activité au moyen de textes normatifs et contraignants. L’Unesco sera impliquée dès 2005 via une Convention internationale.
Le développement de la médecine du sport, conjoint à l’élaboration des politiques antidopage souligne la tension entre des enjeux géopolitiques et une volonté de protéger la santé des sportifs avec la question de savoir qui des États ou du mouvement sportif doit gérer la question du dopage. L’expertise pointe aussi la situation particulière des sportifs amateurs en soulignant la difficulté à attribuer un statut à cette population et à développer une politique qui lui soit adaptée. Elle montre que l’extension des dispositifs antidopage à ces personnes pose question car l’organisation actuelle de l’antidopage mondial se préoccupe surtout de l’équité des épreuves sportive alors que les objectifs de santé devraient être prioritaires.
La législation fournit un cadre juridique qui permet la réglementation, le contrôle de l’approvisionnement et la disponibilité des produits pouvant être utilisés à des fins de dopage pour en limiter l’accès, par exemple en mettant en place des contrôles renforcés et des mesures ciblant les pharmacies pour diminuer la délivrance de ces produits.
Plusieurs approches visant à prévenir la prise de produits dopants ont été testées : l’approche dite « informative » est prédominante dans les organisations nationales antidopage et a fait ses preuves pour améliorer les connaissances sur la réglementation, la Liste des substances interdites et les conséquences pour la santé. Les approches dites « éducatives », sont destinées au renforcement des compétences psychosociales[16] et à l’enseignement d’alternatives vertueuses pour améliorer les performances. D’autres programmes ont focalisé leurs actions sur les valeurs éthiques et morales (esprit sportif, responsabilisation, empathie…).
L’ensemble des résultats suggèrent que les approches éducatives seraient plus efficaces que les approches uniquement informatives pour sensibiliser les jeunes athlètes aux risques sanitaires, sociaux, éthiques et moraux du dopage, mais aussi pour renforcer leur capacité à refuser les substances (dopantes ou pas) perçues comme susceptibles d’améliorer les performances.
Selon le groupe d’experts, tous les éléments de connaissances sont ici réunis pour pouvoir élaborer des programmes de prévention pérennes adaptés au contexte français pour les jeunes athlètes, en privilégiant une approche dite « communautaire » ou « par milieu de vie », combinant les approches éducatives et informatives. L’objectif est alors de créer une culture antidopage par le biais des pairs, mais aussi de l’entourage – dont l’intégration à ces programmes conditionnerait leur réussite.
Les effets à long terme de ces différentes approches et de leur combinaison restent à évaluer, en particulier lors des périodes de vulnérabilité des carrières sportives (récupération, blessure…), mais l’expertise recommande surtout de chercher à modifier l’environnement compétitif en vigueur, qui incite les athlètes au dopage en leur demandant d’excéder leurs capacités naturelles à l’effort et à la récupération. Elle propose par exemple de modifier le calendrier sportif, de mettre fin aux contrats précaires et de prioriser la santé des sportifs par rapport aux objectifs de performance.
Enfin, aucun programme n’a montré d’efficacité pour cibler l’insatisfaction corporelle en déconstruisant l’image du corps « idéal », et l’expertise recommande de promouvoir des recherches sur des programmes de prévention aidant les adolescents et jeunes adultes à développer une image corporelle positive.
La question du dopage dans les environnements sportifs des populations adultes, comme les salles de gym et le sport amateur se pose également. Un rapport du Conseil de l’Europe datant de 2024 et recensant les mesures antidopage dans le sport amateur de 49 pays qui ont ratifié la Convention antidopage du Conseil de l’Europe a montré que seulement 37 % d’entre eux ont inclus des mesures antidopage dans les salles de sport, principalement via des mesures éducatives et de sensibilisation et par la législation pour seulement 4 d’entre eux.
Les rares initiatives documentées qui ont adapté les dispositifs de la lutte antidopage au milieu amateur (contrôles antidopage, certification des salles de sport…), ont montré que cette transposition pouvait être contre-productive pour plusieurs raisons : les sportifs amateurs connaissent peu ou pas le Code mondial antidopage et s’exposent donc à du dopage non intentionnel, le statut des drogues récréatives et des substances à visée thérapeutique est encore plus flou que pour les athlètes de haut niveau et enfin, les sanctions sont souvent inadaptées (interdiction de s’inscrire dans un club de sport…).
Pour ces raisons, l’expertise insiste sur la nécessité de ne pas transposer les dispositifs antidopage et les stratégies de prévention élaborées pour les athlètes de haut niveau aux sportifs amateurs sans mener une réflexion auprès des différents acteurs. Elle recommande également de développer une approche de prévention adaptée pour atteindre ces publics jusqu’à présent non ciblés.
Les mesures de prévention ciblée, notamment de réduction des risques et des dommages (RDRD)[17], développées pour faire face aux addictions, sont quasiment absentes des études sur le dopage. Parmi les pistes inspirées du domaine des addictions, l’expertise relève la création en France dès 2001 des Antennes médicales de prévention du dopage (AMPD) dont les missions d’origine comprenaient le soin, le contrôle et la veille sanitaire. Mais pour qu’elles puissent remplir pleinement leur mission, l’expertise recommande de les placer sous une tutelle unique en leur donnant les moyens nécessaires : elles pourraient ainsi jouer pleinement leur rôle dans l’accompagnement des sportifs et la prévention du dopage.
Pour les sportifs amateurs en particulier, l’expertise propose d’exploiter les ressources déjà existantes dans les territoires pour qu’ils soient dirigés vers des services de prises en charge adaptés fournissant un environnement de soin sécurisé et empathique et bénéficiant de l’expertise pluridisciplinaire de professionnels de santé spécialisés dans le mésusage de substances (médecins du sport, addictologues…).
La dimension éthique constitue une référence constante pour la lutte antidopage selon l’AMA et le Code mondial antidopage mais sa définition et son application demeurent abstraites en s’appuyant sur une notion « d’esprit sportif » à la fois difficile à définir et considérée comme une valeur cardinale. L’injonction à se comporter de manière éthique est adressée par les instances de lutte antidopage en premier lieu aux athlètes, en second lieu à leur environnement professionnel proche : entraîneurs, agents, équipementiers.
Les sportifs, le plus souvent, reconnaissent une légitimité à la réglementation antidopage en soulignant dans le même temps des problèmes : trop de variabilité dans la lutte contre le dopage d’un pays à l’autre, manque de protection des données, absence de protection de la vie privée, mise à l’écart des athlètes du processus de décision. Les effets éthiques de « l’esprit sportif » sont fortement limités par les conditions d’exercice du sport de haut niveau et de compétition, dominées par l’injonction systématique à la performance dans un paradigme d’innovation scientifique et technologique permanente. Une contradiction essentielle apparaît alors : la santé des sportifs est encore approchée avec une conception naturaliste ou essentialiste, alors que la recherche de la performance conduit à considérer le corps des athlètes comme quelque chose de façonné, de construit, voire comme un lieu d’expérimentation.
Le dopage apparaît dans ce contexte comme une entreprise davantage collective que strictement individuelle. La personne dopée n’est qu’un maillon d’une chaîne aux interactions complexes : y jouent notamment des intérêts privés (marchands et médiatiques) et nationaux. Or, les athlètes impliqués dans des affaires de dopage subissent, au nom des valeurs éthiques déployées par l’AMA un traitement médiatique et public qui s’apparente à des formes de lynchage social, les transformant en véritables boucs-émissaires individuels d’un phénomène avant tout collectif.
L’expertise précise que pour éviter la stigmatisation et la victimisation des athlètes dopés ou accusés de dopage, il est nécessaire de contrer la tendance moralisante qui domine parfois l’esprit antidopage. Cela peut se concrétiser à travers la mise au premier plan de nouvelles modalités pour l’autonomie de ces athlètes en élargissant la responsabilité du dopage à la chaîne des acteurs du sport professionnel, en remettant en question les logiques industrialistes qui le régissent, en reconnaissant l’existence du dilemme qui oppose le dépassement de soi et l’éthique, ou encore en créant des « communautés morales » à partir des récits que les sportifs livrent de leur propre expérience.
Pour conclure, si la lutte antidopage reste un pilier essentiel de la protection de l’équité dans le sport et de la santé des sportifs, les performances sportives, au cœur des enjeux du dopage, sont devenues des symboles d’affirmation identitaire aux multiples dimensions dans une société qui promeut la performance en tant qu’idéal. En conséquence, étudier le dopage suppose de traiter des questions relatives aux choix individuels aussi bien qu’aux enjeux géopolitiques. Comprendre le dopage suppose donc de produire des recherches pluridisciplinaires permettant d’en appréhender les multiples facettes et d’en saisir la complexité.
Dans le cas de la France, l’expertise souligne la nécessité d’améliorer la coordination entre les différents acteurs et de contrôler de façon plus structurée les marchés de distribution illégale. Afin d’améliorer la prise en charge médicosociale des consommateurs, elle recommande d’enrichir les données nationales sur la consommation de substances dopantes, de surveiller les dommages sanitaires qui en résultent et de mettre en place des programmes de prévention ciblés, notamment vers les sportifs amateurs.
Développées par l’Inserm depuis 1993, les expertises collectives constituent une démarche d’évaluation et de synthèse des connaissances scientifiques existantes sur des thèmes de santé publique.
Ces expertises répondent aux demandes d’institutions souhaitant disposer des données récentes issues de la recherche. L’objectif est le partage de connaissances et l’apport d’un éclairage scientifique indépendant sur des questions précises de santé, dans une perspective d’aide à la décision publique dans le champ de la santé des populations.
Le cadrage scientifique, le support bibliographique, la coordination et la valorisation des expertises collectives sont assurés par le pôle Expertises collectives de l’Inserm, rattaché à l’institut thématique Santé publique.
Pour en savoir plus : inserm.fr/expertise-collective
[1] Les sportifs dits « de haut niveau de performance » sont ceux qui, professionnels ou non, participent à des compétitions nationales ou internationales par opposition avec les sportifs qui participent à des compétitions de niveau régional, départemental ou club. Les sportifs professionnels dont le métier principal ou exclusif est la pratique sportive rémunérée sont en général des sportifs de haut niveau. Les sportifs amateurs, eux, peuvent pratiquer la compétition mais hors haut niveau.
[2] À ce sujet, voir l’encadré « Focus sur la contamination aux substances illicites des compléments alimentaires »
[3] Les agents masquants sont des substances susceptibles de masquer l’usage d’autres substances interdites.
[4] Voir à ce sujet l’encadré « Les femmes : les grandes oubliées des études sur la consommation de SAA »
[5] L’athérosclérose se caractérise par le dépôt sur la paroi des artères d’une plaque dite d’« athérome », essentiellement composée de lipides. À terme, ces plaques peuvent entraîner la lésion de la paroi artérielle, obstruer le vaisseau ou se rompre, avec des conséquences souvent graves.
[6] L’hypogonadisme est causé par une perturbation de l’axe hypothalamo-hypophysaire qui est mis au repos de façon forcée : la sécrétion de l’hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires (GnRH) par l’hypothalamus est inhibée, entraînant une diminution de la sécrétion de deux autres hormones qu’elle contrôle : les gonadotrophines hypophysaires, à savoir l’hormone lutéinisante (LH), et l’hormone de stimulation folliculaire (FSH). La FSH et la LH sont toutes deux impliquées de façon majeure dans le cycle menstruel. La LH a également un rôle de stimulation de la production de testostérone par les testicules, qui elle-même agit au niveau de l’hypothalamus pour réguler la production de LH.
[7]Parmi ces substances : la gonadotrophine chorionique humaine (hCG), les inhibiteurs d’aromatases, les modulateurs sélectifs des récepteurs aux œstrogènes (SERM), et les inhibiteurs de la phosphodiestérase 5
[8]Les données concernant les potentiels effets cancérigènes des SAA sont très limitées, mais leur toxicité reconnue pour le foie pourrait être à l’origine d’un risque accru de tumeurs hépatiques (adénomes et carcinomes) chez les bodybuilders masculins.
[9] L’hypomanie se caractérise par un trouble de l’humeur se manifestant notamment par une énergie excessive associée à de l’irritabilité, de l’excitation, une extraversion et des troubles de la pensée et du comportement en découlant (hypersexualité, mégalomanie, agitation, conversations décousues, conduites à risque, absence d’envie de dormir…). Elle peut être associée à un trouble psychiatrique (accès maniaques des troubles bipolaires, troubles de l’attention…) ou causée par la prise de drogues ou de médicaments.
[10] La dysphorie de genre correspond à une inadéquation entre le genre auquel s’identifie la personne et celui qui lui a été assigné à la naissance.
[11]Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ; ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé ; Mildeca : Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, placée sous l’autorité du Premier ministre
[12] Il convient ici de différencier les antalgiques, qui visent à diminuer la sensation de douleur (par exemple les anti-inflammatoires non stéroïdiens), des analgésiques, qui réduisent ou suppriment la sensibilité à la douleur (opioïdes morphiniques principalement).
[13] Le dry scooping consiste à ingérer avant entraînement des compléments en poudre (à forte teneur en caféine) non diluée
[14]La bigorexie (ou dysmorphie musculaire, ou anorexie inversée) est un trouble de la santé mentale majoritairement masculin. La personne qui en souffre se perçoit comme trop maigre même lorsque sa musculature est importante et développe une obsession de contrôle rigide du corps par l’activité physique et l’alimentation, accompagnée d’une faible estime de soi, de culpabilité et de dépression.
[15] https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000638341
[16] Les compétences psychosociales sont par exemple la résilience, la gestion du stress, la prise de décision éthique, la résistance à la pression sociale…
[17] L’approche de réduction des risques et des dommages (RDRD) consiste à reconnaître la réalité de l’usage de substances dopantes, malgré leur interdiction et leur toxicité, et à offrir aux usagers des informations et des services pour en limiter les conséquences néfastes. Cette démarche vise à préserver leur santé et, in fine, à favoriser une démarche d’abstinence.