Co-marquage insuline (vert)/glucagon (rouge) et noyaux (bleu) © Guillaume Canaud et Sophia Ladraa – Institut Necker-Enfants Malades (Université Paris Cité, AP-HP, Inserm)
Quatre ans après l’autorisation accordée aux États-Unis par la Food and Drug Administration (FDA), l’Agence européenne des médicaments vient d’approuver l’alpelisib pour le traitement des formes graves des syndromes hypertrophiques liés au gène PIK3CA, dont le syndrome de Cloves. Cette avancée thérapeutique est le fruit des travaux du Pr Guillaume Canaud et de son équipe au sein de l’unité de médecine translationnelle et thérapies ciblées (UPCité/Hôpital Necker-Enfants malades AP-HP/Inserm).
Cette autorisation de mise sur le marché européen représente une étape majeure pour les patients atteints de syndromes liés au gène PIK3CA (PROS, PIK3CA-Related Overgrowth Spectrum), des maladies génétiques rares responsables de malformations complexes et parfois sévères. Elle s’appuie sur près de dix années de recherche translationnelle menées à l’Université Paris Cité, à l’Hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP) et à l’Inserm, qui ont permis d’identifier, d’évaluer puis de valider une nouvelle stratégie thérapeutique ciblant le gène PIK3CA.
Les patients atteints de syndromes liés à une mutation du gène PIK3CA survenant au cours du développement embryonnaire, dont le syndrome de Cloves constitue l’une des formes les plus sévères, présentent des déformations majeures et des tuméfactions vasculaires.
Dans les formes les plus graves, les patients présentent des excroissances anormales de tissus graisseux, des malformations vasculaires, des scolioses, des atteintes osseuses parfois majeures ainsi que des déformations pouvant toucher différents organes, tels que le cerveau ou les reins.
Jusqu’à récemment, aucun traitement curatif n’était disponible pour ces patients dont le pronostic pouvait être engagé à court ou moyen terme. Les patients devaient recourir à des traitements symptomatiques, à des embolisations répétées ou à des interventions chirurgicales lourdes pour préserver les organes ou les membres sains.
Initialement développé pour le traitement du cancer du sein, l’alpelisib a été identifié par l’équipe du Pr Guillaume Canaud comme un traitement potentiel pour les patients atteints de syndromes liés à PIK3CA. Entre 2016 et 2018, l’équipe de recherche a développé des modèles précliniques, reproduisant les symptômes et les déformations liées à ces syndromes, et a démontré l’efficacité de cette stratégie thérapeutique avant de l’évaluer chez les patients.
Ces travaux ont conduit à une première autorisation de mise sur le marché de l’alpelisib dans cette indication aux États-Unis en avril 2022. Depuis, le nombre de patients traités n’a cessé d’augmenter et les données accumulées confirment l’efficacité durable du traitement.
L’autorisation européenne, délivrée quatre ans après la mise sur le marché aux États-Unis, repose notamment sur les résultats de l’étude internationale EPIK-P3, présentés lors du congrès de l’International Society for the Study of Vascular Anomalies (ISSVA) en 2026 à Philadelphie.
Cette étude prospective évaluait les effets à long terme de l’alpelisib chez les patients atteints de syndromes liés au gène PIK3CA. Après une durée moyenne de suivi de sept ans et demi, les résultats montrent une excellente adhérence au traitement avec 97,5 % des patients toujours traités, des effets indésirables principalement modérés et bien contrôlés, et une efficacité qui se confirme et s’amplifie au fil du temps, avec une amélioration progressive des symptômes ainsi qu’une réduction des malformations associées à la maladie.
Pour certains patients, les bénéfices observés ont été spectaculaires. Des jeunes patients ayant perdu la capacité de marcher ont retrouvé leur mobilité, tandis que d’autres ont récupéré partiellement certaines fonctions sensorielles, telles que la vue et l’audition, alors altérées par la maladie.
Cette avancée thérapeutique majeure est aujourd’hui couronnée par l’attribution de la Médaille Mendel au Pr Guillaume Canaud. Décernée chaque année par la Société européenne de génétique humaine (SEGH), cette distinction figure parmi les récompenses les plus prestigieuses du domaine de la génétique. Elle honore des chercheuses et chercheurs dont les travaux ont profondément transformé la compréhension des maladies génétiques ou leur prise en charge. Guillaume Canaud devient ainsi, le 16 juin 2026, le deuxième scientifique français à recevoir cette distinction, après la Pr Emmanuelle Charpentier, récompensée en 2018 pour ses travaux pionniers sur la technologie CRISPR-Cas9.
Cette récompense salue l’ensemble des travaux ayant conduit à l’identification de l’alpelisib comme traitement des maladies génétiques liées à PIK3CA, depuis la compréhension des mécanismes biologiques jusqu’à son développement clinique et son autorisation réglementaire.
« La Médaille Mendel représente une immense fierté pour l’ensemble des équipes de recherche et de soins qui ont participé à cette aventure. C’est la reconnaissance d’un travail collectif mené en France grâce à la mobilisation conjointe des scientifiques, des cliniciens, des associations de patients et de l’ensemble de nos partenaires. »
À la suite de cette autorisation européenne, si le médicament est d’ores et déjà disponible en France, l’alpelisib devra désormais être évalué par la Haute Autorité de Santé (HAS) afin de définir les conditions de remboursement et de permettre un accès le plus large possible aux patients en France. Parallèlement, les recherches se poursuivent afin d’évaluer l’intérêt du traitement dans des formes moins sévères de la maladie et d’améliorer encore la prise en charge des patients atteints de syndromes liés à PIK3CA.