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Un point sur les hépatites aiguës identifiées chez des enfants

Le 15 avril 2022, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait un bilan pour décrire le cluster de cas d’hépatite aiguë d’origine inconnue chez des enfants au Royaume-Uni. Depuis, d’autres cas ont été signalés. Quelles sont les données disponibles jusqu’ici ?

Le 05 mai 2022 - 16h28 | Par INSERM (Salle de presse)

Jusqu’ici, cinq virus ont été identifiés comme pouvant causer une hépatite. Cette image a été prise dans le contexte de recherches sur l’hépatite C : les cellules infectées par le virus accumulent de grosses gouttelettes lipidiques, un phénomène appelé stéatose qui contribue au développement d’une fibrose du foie chez les patients atteints d’hépatite chronique C. © Inserm, P. Roingeard

Le 15 avril 2022, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait un bilan pour décrire le cluster de cas d’hépatite aiguë d’origine inconnue chez des enfants au Royaume-Uni. Depuis, d’autres cas ont été signalés, dans un total de 16 pays. Si la prévalence de cette maladie reste très rare – environ 200 cas ont été identifiés dans le monde –, les clusters qui se sont formés à plusieurs endroits sont inhabituels et interrogent la communauté scientifique.

Il n’est pas encore clair s’il y a réellement eu une augmentation des cas d’hépatite pédiatrique ou une augmentation de la prise de conscience de cas qui n’étaient auparavant pas ou peu détectés et qui sont aujourd’hui mieux identifiés grâce à une surveillance renforcée. 

La piste d’une infection par un adénovirus qui causerait la maladie est privilégiée. Au Royaume-Uni par exemple, près de 80 % des cas décrits fin avril avaient en effet été testés positifs pour un adénovirus.

À lire aussi pour aller plus loin :

Une étude publiée par les Centers for Disease Control (CDC) aux États-Unis s’est penchée sur neuf cas d’hépatite pédiatrique avec des degrés divers de sévérité, décrits en Alabama entre octobre 2021 et février 2022. Des tests PCR ont révélé la présence d’un adénovirus chez chacun des neuf enfants, mais sept patients étaient aussi co-infectés par d’autres virus.

Cependant, cette piste de l’adénovirus n’est pas encore confirmée – la présence d’un virus spécifique chez les patients n’impliquant pas nécessairement un lien de causalité avec l’hépatite et d’autres facteurs encore non identifiés pouvant potentiellement être aussi en cause. Les investigations se poursuivent.

Canal Détox revient sur les questions principales soulevées dans les médias ces derniers jours.

 

Qu’est-ce que l’hépatite ?

 Une hépatite est une inflammation du foie d’origine virale dans la majorité des cas, même si la maladie peut parfois être causée par des substances toxiques. Jusqu’ici cinq virus ont été identifiés comme pouvant causer cette infection et inflammation ciblée du foie. Ils sont désignés par les lettres A, B, C, D et E, et n’ont pas le même mode de transmission ni la même agressivité.

Certaines hépatites peuvent devenir chroniques : elles durent plus de six mois. Parmi les causes fréquentes de cette chronicité, on retrouve les virus de l’hépatite B et C, la stéatohépatite non alcoolique (ou NASH), la maladie hépatique liée à l’alcool et les maladies auto-immunes du foie (hépatites auto-immunes). Les cas rapportés ces dernières semaines chez les enfants sont des hépatites aiguës : les patients se rétablissent même si dans 10 % des cas les lésions ont été sévères et ont nécessité une greffe de foie.

La prise en charge et les traitements diffèrent selon l’origine de l’hépatite. À l’heure actuelle, l’hépatite C chronique est unique en ce qu’elle est la seule maladie virale chronique à pouvoir être guérie.

Certaines hépatites sont dites « non alphabétiques » car les virus A, B, C, D ou E ne sont pas retrouvés chez les patients. Ces virus « non alphabétiques » peuvent être responsables d’hépatites de gravité variable selon le terrain. C’est ce qui semble se dessiner ici, même si les données sont encore parcellaires.

 

Que sont les adénovirus ?

 Les adénovirus sont une famille de virus à ADN sans enveloppe. Plus de 80 types d’adénovirus sont connus pour infecter l’humain. Certains adénovirus sont aussi à l’origine de zoonoses.

L’adénovirus 41, qui a été identifié dans plusieurs des cas d’hépatites ces dernières semaines, est déjà bien connu comme cause de gastroentérite chez les enfants. De manière générale, les cellules cibles des adénovirus se situent principalement dans la conjonctive et les tractus digestif, respiratoire et urinaire.

 

Existe-t-il un lien avec la pandémie de Covid-19 ?

 Certains commentateurs ont rapidement évoqué un lien entre ces hépatites pédiatriques et la Covid-19. Mais si certains des enfants étaient co-infectés par le SARS-CoV-2 au moment où l’hépatite s’est déclarée, ce n’est pas le cas de tous. Des études complémentaires sur le sujet s’avèrent donc nécessaires pour y voir plus clair.

En revanche, face aux affirmations selon lesquelles la vaccination pourrait être en cause, il faut souligner que la grande majorité des enfants concernés étaient trop jeunes pour avoir été vaccinés.

Enfin, certaines hypothèses suggèrent que les enfants pourraient être plus sensibles aux adénovirus, du fait de la circulation plus faible de ces derniers pendant les confinements, ou encore qu’un adénovirus plus virulent pourrait être responsable des hépatites, mais des travaux doivent encore être réalisés pour confirmer ou infirmer ces thèses.

Pour aller plus loin, une veille de la littérature Inserm – ANRS | Maladies infectieuses émergentes portant sur le sujet 

Ce texte sera régulièrement mis à jour au fur et à mesure que de nouvelles données seront rendues disponibles. Il a été rédigé avec le soutien d’Eric D’Ortenzio, médecin épidémiologiste Inserm ANRS. 

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