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Canal Détox

Soupçon de cas de peste : mode de transmission, traitements… que sait-on de cette maladie ?

Le 12 Oct 2026 | Par Inserm (Salle de presse)

Alors que le cas d’une laborantine russe qui serait décédée de la peste en Russie fait la Une de nombreux médias, que l’intérêt pour le mot-clé « peste » sur Google a été multiplié par plus de 10 en une semaine et qu’une partie de la sphère complotiste s’est emparée du sujet, Canal détox fait le point sur ce que l’on sait de cette maladie. Derrière les rumeurs et les scénarios alarmistes, que sait-on réellement de cette maladie ? Comment se transmet elle, quels sont les traitements et comment la recherche prépare la mise au point de nouveaux antibiotiques utiles contre la peste mais aussi pour des maladies plus courantes ?

© Yersinia pestis Bacteria. National Institute of Allergy and Infectious Diseases/NI

Que sait-on exactement aujourd’hui du cas d’une laborantine qui aurait déclaré des symptômes d’une pneumonie infectieuse d’origine indéterminée détectée en Russie ?

Les informations disponibles ne permettent pas de déterminer l’origine de cette pneumonie mortelle. Est-elle liée à un accident de laboratoire, à une infection acquise lors d’un voyage ou d’investigations de terrain, ou à une autre circonstance ? S’agit-il de Yersinia pestis, le bacille responsable de la peste, ou d’un autre agent pathogène, bactérien ou viral, ré-émergent ou émergent ? Les autorités russes indiquent que les analyses n’ont pas détecté Y. pestis. Les techniques diagnostiques actuelles peuvent aider à identifier la cause de cette pneumonie, mais une identification rapide n’est pas garantie. Quoi qu’il en soit, à ce jour, des établissements ont fait l’objet de mesures de quarantaine. Des cas contacts ont été également placés sous surveillance médicale. Quelle que soit la cause de cette pneumonie mortelle, il apparaît clair que les mesures prises par les autorités russes montrent que la situation est prise au sérieux et qu’elles visent à prévenir toute éventuelle dissémination de l’agent. Un deuxième cas a également été évoqué dans les médias puis démenti par les autorités russes

L’agent responsable de la peste n’est pas un virus mais une bactérie

L’agent de la peste est une bactérie à Gram négatif, dénommée Yersinia pestis. Isolée en 1894 lors de la 3ème pandémie de peste, cette bactérie continue de circuler aujourd’hui dans les populations animales. Les infections humaines surviennent notamment lorsque des personnes entrent en contact avec des animaux infectés ou sont piquées par des puces porteuses de la bactérie.

Plusieurs formes de peste mais des gravités différentes

Les différentes formes de pestes sont liées au mode de transmission de la bactérie. Lorsqu’elle est transmise à l’homme via une piqûre de puce, elle donne lieu à la peste bubonique. Une fois dans l’organisme, le bacille migre vers les ganglions lymphatiques qui gonflent et deviennent douloureux. C’est ce qu’on appelle les « bubons ». C’est pourquoi on parle de peste bubonique. Si l’infection évolue et n’est pas endiguée, la bactérie peut passer dans le sang où elle entraîne une septicémie. Cette forme est mortelle dans 40 à 60 % des cas en l’absence de traitement précoce dès les 1ers symptômes, voire avant les symptômes.

Parfois, la dissémination sanguine faisant suite à la piqûre d’une puce infectée permet une colonisation des poumons, produisant une pneumonie mortelle, dite peste pulmonaire secondaire. Mais avant de mourir, le malade tousse et émet des gouttelettes respiratoires contenant la bactérie, susceptibles d’être inhalées par une personne située à proximité immédiate. Cette dernière peut développer une peste pulmonaire dite primaire et transmettre à son tour le bacille. Cette contamination interhumaine ne nécessite donc plus l’intermédiaire des puces. La peste pulmonaire est presque toujours mortelle sans prise en charge rapide. Ce mode de transmission interhumaine ne présente pas les mêmes caractéristiques que celle d’infections respiratoires plus contagieuses, comme le Covid-19. La gravité d’une maladie ne signifie pas nécessairement qu’elle se transmet facilement.

Lorsque la transmission se fait directement dans la circulation sanguine par piqûre de puce elle entraine une septicémie primaire difficilement détectable et donc difficilement prise en charge.

Enfin des transmissions par voie digestives ont été rapportées notamment en cas d’ingestion de viande contaminée.

Quels sont les traitements actuels ?

Les traitements par antibiotiques sont très efficaces. Le facteur temps est toutefois déterminant puisque le traitement curatif doit être administré très précocement pour être efficace avant même l’apparition des symptômes lorsque c’est possible. Parmi les antibiotiques de référence, on peut citer les fluoroquinolones, streptomycines et tétracyclines.

Ces antibiotiques peuvent également être utilisés en traitements préventifs (dit de prophylaxie) chez les personnes qui auraient été exposées ou potentiellement exposées.

Meurt-on encore de la peste ?

Oui, des décès surviennent encore, notamment lorsque le diagnostic et le traitement sont tardifs. Ils ne sont pas nécessairement liés à une résistance aux antibiotiques.

À ce jour, la plupart des souches sont sensibles aux antibiotiques existants. Même s’il est faible, le risque de résistance aux antibiotiques reste néanmoins un sujet préoccupant. Il existe deux cas identifiés par le passé de souches naturelles multi-résistantes : l’une en Mongolie ; et l’autre à Madagascar isolée en 1997 mais pour lesquelles aucune épidémie n’a été déclarée.

Ces premières observations montrent pourquoi la surveillance demeure nécessaire, même pour une maladie devenue rare dans de nombreux pays.

Y a-t-il des cas régulièrement dans le monde ?

Le bacille de la peste réémerge régulièrement en Afrique, Asie et Amérique. L’Europe et l’Océanie sont actuellement épargnés. Il n’est donc pas surprenant que des cas de peste humaine soient régulièrement décrits chaque année, notamment en République Démocratique du Congo et à Madagascar qui rapportent la majorité des cas recensés. Des pays comme les États-Unis ne sont pas épargnés, mais le nombre de cas est limité et plus ou moins sporadiques.

Et la recherche ?

Certains contenus en ligne s’étonnent qu’une vingtaine de candidats vaccins contre la peste soient déjà en développement et y voient le signe que l’épidémie aurait été anticipée. En réalité, la recherche vaccinale sur la peste est ancienne et publique, Y. pestis étant classé parmi les agents prioritaires en biodéfense.

Pour les chercheurs, l’enjeu est triple : comprendre les mécanismes biologiques, environnementaux et sociétaux qui permettent à la bactérie de persister dans la nature et de se propager dans les populations humaines, et conserver les moyens de détecter et de contenir rapidement les infections humaines.

À l’Inserm, un programme ERC Synergie-Plague dont Florent Sebbane, directeur de recherche Inserm, est l’un des investigateurs principaux, vise à comprendre pourquoi et comment la peste a émergé de nouveau, circulé puis disparu dans différentes régions d’Eurasie entre le XIVᵉ et le XIXᵉ siècle. Il croise les dimensions environnementales, biologiques et sociétales pour expliquer sa propagation ainsi que les variations de ses manifestations cliniques et de ses conséquences démographiques dans l’espace et le temps.

Un autre projet, financé dans le cadre du PEPR Maladies infectieuses émergentes de France 2030, piloté par l’ANRS-MIE, vise à comprendre les conditions environnementales et biologiques qui permettraient l’implantation durable et la réémergence de foyers de peste en France métropolitaine et en outremer, afin d’identifier les territoires à risque et les mécanismes favorisant le maintien et la propagation du bacille. « Nous ne pouvons pas comprendre les épidémies humaines de peste si nous ne comprenons pas ce qui se passe dans la nature », explique Florent Sebbane.

Les chercheurs ambitionnent aussi de mieux comprendre les mécanismes moléculaires de l’infection tant chez le rongeur que chez la puce. L’objectif ultime de ces recherches est d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques et de développer des stratégies innovantes visant à éliminer la bactérie chez les rongeurs et chez la puce.

La recherche de nouveaux antibiotiques contre la peste peut aussi ouvrir des perspectives contre d’autres bactéries, notamment lorsqu’elle cible des mécanismes communs à plusieurs agents pathogènes.

Enfin la recherche vise à trouver de nouvelles cibles thérapeutiques et développer des nouvelles classes d’antibiotiques. L’avantage de trouver un antibiotique efficace sur une bactérie aussi dangereuse que celle à l’origine de la peste, c’est qu’on peut fortement imaginer qu’il sera efficace pour des maladies plus courantes pour lesquelles l’antibiorésistance est un réel sujet de préoccupation.

Quel est le niveau de sécurité d’un laboratoire de recherche qui manipule la bactérie Y pestis ?

La bactérie Y pestis appartient à la famille des pathogènes de risque 3 et doit être manipulée dans un laboratoire de niveau de sécurité biologique 3 (NSB3). Les pathogènes de risque 3 sont des agents pathogènes qui peuvent provoquer une maladie grave chez l’humain, mais pour lesquels il existe des contremesures médicales efficaces. Les laboratoires confinés NSB3 sont conçus pour limiter l’exposition des manipulateurs à la bactérie et empêcher toute propagation dans l’environnement.

Ils doivent disposer d’un poste de sécurité microbiologique de type 2. C’est-à-dire que les manipulations doivent se tenir sous une hotte filtrante empêchant l’exposition du manipulateur et la dispersion du pathogène dans la pièce. Les personnes formées et habilités à manipuler les pathogènes doivent porter deux paires de gants, une combinaison ainsi qu’une surblouse, une charlotte et des surchaussures.

La ventilation du lieu et sa pressurisation sont également spécifiques ainsi que les conditions d’entrée (sas munis de portes asservies ne pouvant pas s’ouvrir simultanément) pour empêcher la dispersion des agents pathogènes vers l’extérieur. Ces infrastructures où sont manipulés de tels pathogènes sont également soumises au contrôle des autorités compétentes.

Texte rédigé avec le soutien de Hervé Raoul, directeur de recherche Inserm et directeur adjoint de l’ANRS-MIE, et Florent Sebbane, directeur de recherche Inserm à l’Institut Pasteur de Lille.

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