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Prendre du paracétamol pendant la grossesse augmente le risque d’autisme chez l’enfant, vraiment ?

Les données scientifiques disponibles à ce jour ne permettent pas de confirmer l’existence d’un lien avéré entre la prise de paracétamol pendant la grossesse et le risque d’autisme.

Le 10 Oct 2025 | Par Inserm (Salle de presse)

cachets de paracétamol© Photo James Yarema sur Unsplash

De quoi parle-t-on ?

Du risque de développer un trouble du spectre autistique chez les enfants nés de mères ayant pris du paracétamol au cours de la grossesse.

D’où vient cette idée reçue ?

Des allégations récentes ont soulevé le fait que la prise de paracétamol au cours de la grossesse pourrait être la cause un trouble du spectre autistique chez l’enfant à naître.

De nombreuses études observationnelles ont exploré un possible lien entre la prise de paracétamol au cours de la grossesse et la survenue d’un trouble du neurodéveloppement, notamment les troubles du spectre autistique et les troubles de l’attention. Bien que quelques études aient montré une faible association statistique entre la consommation de paracétamol au cours de la grossesse et le diagnostic d’autisme, leur interprétation est complexe. Dans ces études, la présence de facteurs non mesurés, tels que des facteurs génétiques qui sont au premier plan dans les troubles autistiques, est de nature à biaiser les résultats. Ainsi, lorsque ces études sont restreintes à l’étude de fratries, ces associations statistiques sont largement diminuées voire rendues nulles.

Que dit la science ?

À ce jour, aucun argument scientifique ne permet d’établir un lien de causalité entre la consommation de paracétamol au cours de la grossesse et la survenue d’un trouble autistique chez l’enfant à naître. Le paracétamol demeure le médicament de première intention pour soulager la fièvre ou la douleur au cours de la grossesse. À  l’inverse, les alternatives telles que l’aspirine, l’ibuprofène et plus largement les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) présentent des risques bien documentés pendant la grossesse et comportent des contre-indications.

Comme pour tout traitement autorisé pendant la grossesse, le paracétamol doit être pris à la plus petite dose efficace nécessaire et sur la durée la plus courte possible. Cette position fait consensus parmi les sociétés savantes et autorités de régulation nationales et internationales [1–7].

Pour approfondir

Le paracétamol (ou acétaminophène dans les pays anglo-saxons) est un médicament commercialisé dans la plupart des pays du monde depuis les années 1950. Il est indiqué dans le traitement symptomatique des douleurs légères à modérées et/ou de la fièvre. Il est ainsi utilisé dans de très nombreuses situations cliniques en médecine ambulatoire ou hospitalière, dans toutes les classes d’âge, du nouveau-né au sujet âgé.

Le paracétamol n’est pas un médicament tératogène ou fœtotoxique. Depuis plus d’une décennie, plusieurs études ont exploré l’association entre exposition maternelle au paracétamol en cours de grossesse et survenue de troubles du neurodéveloppement, tels que les troubles du spectre autistique. Quelques études anciennes ont trouvé une association statistique qui, bien que largement débattue a entraîné certains auteurs à exprimer un consensus statement dans la revue Nature Reviews Endocrinology en 2021 [8]. Cet article avait déjà amené à des sociétés savantes à prendre position ou à rappeler leur position antérieure, telles que l’European Network of Teratology Information Services (ENTIS) [9], l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) [10] ou la Society for Maternal-Fetal Medicine (SMFM) [11]. Toutes ces prises de position ont été dans le même sens : les données disponibles ne permettent pas d’établir une relation causale entre la consommation de paracétamol au cours de la grossesse et les troubles de neurodéveloppement chez l’enfant à naître. À noter que ces prises de positions sont inchangées en 2025 (cf. plus haut).

En 2024, une des plus vastes études sur le sujet a été publiée dans le JAMA par une équipe académique suédoise, incluant plus de 2 millions d’enfants nés entre 1995 et 2019 [12]. Il s’agissait d’une étude de cohorte croisant des données d’exposition au paracétamol, obtenues via des registres de prescriptions et de diagnostics d’autisme, de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et de retard intellectuel. Un peu plus de 7 % des enfants avaient été considérés comme exposés de manière prénatale au paracétamol. Des associations de faible ampleur, à la limite de la significativité statistique, avaient été retrouvées avec l’autisme (hazard ratio [HR], 1.05 [95 % CI, 1.02-1.08]); le TDAH (HR, 1.07 [95 % CI, 1.05-1.10]) ; et le retard intellectuel (HR, 1.05 [95 % CI, 1.00-1.10]). De manière à prendre en compte certains facteurs confondants (état de santé de la mère, facteurs génétiques ou d’environnement) à l’origine de biais possibles dans cette étude observationnelle, les auteurs ont également effectué des analyses en comparant les enfants exposés à des enfants non-exposés au sein de leur fratrie, ce qui a entraîné une disparition des associations observées. De même, ils n’ont pas observé de profil dose-réponse (qui aurait pu être en faveur d’un effet causal), concluant à l’absence d’association.

En 2025, une revue des études disponibles a été effectuée, concluant que le paracétamol n’était pas susceptible d’entraîner une augmentation cliniquement significative du risque de TDAH ou d’autisme chez l’enfant [13].

Parmi les limites méthodologiques des études observationnelles établissant un lien entre la prise de paracétamol pendant la grossesse et les troubles du neurodéveloppement, on peut citer :

  • difficulté de mesurer de manière précise l’exposition au paracétamol via les données de remboursement de soins (disponible sans prescription) ou via les études sur questionnaires auprès des mères (risque de biais de mémoire) ;
  • biais d’indication : la prise d’un médicament n’est jamais due au hasard, notamment au cours de la grossesse ; les femmes enceintes prenant du paracétamol sont plus à même de présenter de la fièvre, des douleurs chroniques, des infections qui peuvent être elles-mêmes à l’origine d’un risque pour le développement fœtal ;
  • manque de données détaillées sur la posologie, la durée et le moment de l’exposition au cours de la grossesse ;
  • évaluation hétérogène du trouble du neurodéveloppement des enfants, dont les critères diagnostics ne sont pas simples, ont évolué au cours de la dernière décennie, et sont parfois fondés sur des sources non médicalement validées (p. ex. enquêtes menées auprès de parents ou d’enseignants) ;
  • absence de contrôle des facteurs de confusion génétiques et familiaux.

Par ailleurs, une prise en charge efficace de la douleur et de la fièvre pendant la grossesse est nécessaire. En effet, elles peuvent également avoir dans certains cas des effets néfastes sur le fœtus en développement et augmenter le risque de complications telles que fausse couche, malformations congénitales, retard de croissance et accouchement prématuré [14–16].

Le paracétamol reste le traitement de première intention pour la douleur et la fièvre pendant la grossesse. Les autres options thérapeutiques, tels que par exemple les AINS peuvent entraîner un risque de mortinatalité et de prématurité s’ils sont utilisés à partir de la 20e semaine de grossesse.

 

Cet article est issu du site PharmacoFact, un site d’analyse factuelle de l’actualité en pharmacologie et thérapeutique de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT). PharmacoFact et Canal Détox, le média de l’Inserm dédié à la vérification scientifique des informations en santé, unissent leurs forces pour renforcer la lutte contre la désinformation médicale.

Les contenus Pharmaco Fact sont sous la responsabilité scientifique et éditoriale de Dominique Deplanque, président de la SFPT, professeur de pharmacologie médicale au CHU de Lille, et chercheur au sein du CIC 1403 Inserm et Mathieu Molimard, vice-président de la SFPT et président du groupe Communication, professeur de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux et chercheur au sein du Bordeaux population health research center BPH (unité Inserm 1219)

Sources :

  1. EMA. Use of paracetamol during pregnancy unchanged in the EU | European Medicines Agency (EMA) [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.ema.europa.eu/en/news/use-paracetamol-during-pregnancy-unchanged-eu
  2. ENTIS. ENTIS Position Statement: Paracetamol in Pregnancy and Autism Spectrum Disorder [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.entis-org.eu/entis-news/entis-position-statement-paracetamol-in-pregnancy-and-autism-spectrum-disorder
  3. ISoP. ISoP Statement on the Use of Paracetamol During Pregnancy [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://isoponline.org/news/isop-statement-on-the-use-of-paracetamol-during-pregnancy/
  4. ACOG. Acetaminophen Use in Pregnancy and Neurodevelopmental Outcomes [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.acog.org/clinical/clinical-guidance/practice-advisory/articles/2025/09/acetaminophen-use-in-pregnancy-and-neurodevelopmental-outcomes
  5. WHO. WHO statement on autism-related issues [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.who.int/news/item/24-09-2025-who-statement-on-autism-related-issues
  6. SMFM. SMFM Response to Administration Announcement on Acetaminophen Use During Pregnancy and Autism – Society for Maternal-Fetal Medicine [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.smfm.org/news/smfm-response-to-administration-announcement-on-acetaminophen-use-during-pregnancy-and-autism
  7. MHRA. MHRA confirms taking paracetamol during pregnancy remains safe and there is no evidence it causes autism in children [Internet]. GOV.UK. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.gov.uk/government/news/mhra-confirms-taking-paracetamol-during-pregnancy-remains-safe-and-there-is-no-evidence-it-causes-autism-in-children
  8. Bauer AZ, Swan SH, Kriebel D, Liew Z, Taylor HS, Bornehag CG, et al. Paracetamol use during pregnancy — a call for precautionary action. Nat Rev Endocrinol. déc 2021;17(12):757‑66.
  9. ENTIS. OFFICIAL ENTIS POSITION STATEMENT: Paracetamol (acetaminophen, APAP) use in pregnancy [Internet]. 2021 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.entis-org.eu/entis-news/official-entis-position-statement-paracetamol-acetaminophen-apap-use-in-pregnancy
  10. ACOG. ACOG Response to Consensus Statement on Paracetamol Use During Pregnancy [Internet]. 2021 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.acog.org/news/news-articles/2021/09/response-to-consensus-statement-on-paracetamol-use-during-pregnancy
  11. SMFM. Prenatal acetaminophen use and outcomes in children. Am J Obstet Gynecol. 1 mars 2017;216(3):B14‑5.
  12. Ahlqvist VH, Sjöqvist H, Dalman C, Karlsson H, Stephansson O, Johansson S, et al. Acetaminophen Use During Pregnancy and Children’s Risk of Autism, ADHD, and Intellectual Disability. JAMA. 9 avr 2024;331(14):1205‑14.
  13. Damkier P, Gram EB, Ceulemans M, Panchaud A, Cleary B, Chambers C, et al. Acetaminophen in Pregnancy and Attention-Deficit and Hyperactivity Disorder and Autism Spectrum Disorder. Obstet Gynecol. févr 2025;145(2):168.
  14. Fieldhouse R. What happens if pregnant women stop taking Tylenol? Nature [Internet]. 26 sept 2025 [cité 30 sept 2025]; Disponible sur: https://www.nature.com/articles/d41586-025-03138-w
  15. Dreier JW, Andersen AMN, Berg-Beckhoff G. Systematic Review and Meta-analyses: Fever in Pregnancy and Health Impacts in the Offspring. Pediatrics. 1 mars 2014;133(3):e674‑88.
  16. Kerr SM, Parker SE, Mitchell AA, Tinker SC, Werler MM. Periconceptional maternal fever, folic acid intake, and the risk for neural tube defects. Ann Epidemiol. 1 déc 2017;27(12):777-782.e1.
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