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VIH : la circoncision masculine bénéficie aussi aux femmes

Efficace dans la réduction du nombre de nouvelles infections chez les hommes, la circoncision apparaît également jouer un rôle dans la réduction de l’incidence du VIH chez les femmes. Ces résultats sont issus de l’étude ANRS 12126 coordonnée par le Pr Bertran Auvert (Inserm U1018, Université de Versailles-Saint Quentin, Hôpital Ambroise Paré) et conduite dans le bidonville d’Orange Farm en Afrique du Sud. Ils feront l’objet d’une présentation orale par Kévin Jean (Inserm U1018) lors de la 20e Conférence internationale sur le Sida de l’IAS qui se déroule à Melbourne du 20 au 25 juillet 2014.



Depuis 2007, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/Sida (ONUSIDA) recommandent de considérer la circoncision comme une stratégie complémentaire de prévention de l’infection à VIH chez l’homme. Ces recommandations sont basées sur l’étude ANRS 12165, menée dès 2002 à Orange Farm en Afrique du sud par le Pr Bertran Auvert (Inserm U1018, Université de Versailles-Saint Quentin, Hôpital Ambroise Paré) et dont les résultats ont été confortés par deux autres essais menés au Kenya et en Ouganda. Cette stratégie prévaut dans les régions où le taux d’infection à VIH par transmission hétérosexuelle est élevé et le taux de circoncision faible, à savoir principalement l’Afrique Australe et de l’Est.

Dans le cadre d’une étude menée ultérieurement (ANRS 12126), l’équipe du Pr Bertran Auvert a montré que la circoncision semble bien acceptée par la population masculine lorsqu’elle est proposée en situation réelle. En effet, à Orange Farm, de nombreux hommes se portent volontaires pour être circoncis (le taux d’hommes circoncis est passé de 12% à 53%) et le nombre de nouvelles contaminations chez les hommes circoncis diminuent (deux fois moins de nouvelles infections que chez les hommes non circoncis). Mais qu’en est-il chez les femmes ?

Kévin Jean  et Bertran Auvert avec leurs collègues du NICD/NHLS de Johannesburg présentent, pour la première fois, à l’occasion de la 20e Conférence internationale sur le Sida de l’IAS, les premières données sur l’effet indirect de la circoncision masculine auprès des femmes.

La circoncision permettrait, chez les femmes n’ayant des rapports sexuels qu’avec des hommes circoncis, de diminuer la prévalence (proportion de personnes infectées) et l’incidence de l’infection à VIH (taux de nouvelles infections) et ne favoriserait pas les comportements à risques (augmentation du nombre de partenaires sexuels, non-utilisation du préservatif).


Les données proviennent de la combinaison de trois études transversales menées en 2007, 2010 et 2012 auprès de 2452 femmes âgées de 15 à 29 ans. Prélèvements sanguins, données sur les comportements sexuels, statut de circoncision des partenaires sexuels masculins ont été collectés. Il s’agit dans un premier temps de comparer le taux de prévalence du VIH chez les femmes n’ayant que des partenaires sexuels circoncis avec le taux de prévalence du VIH chez les femmes ayant des partenaires sexuels non circoncis. Plus de 30% des femmes étudiées affirment n’avoir eu des relations sexuelles qu’avec des hommes circoncis. Le taux de prévalence du VIH chez ces femmes est de 17.8% alors qu’il est presque deux fois plus élevé chez celles ayant des relations sexuelles avec des hommes non circoncis (30.4%).

A l’aide d’un modèle mathématique, on estime, dans un second temps, le taux d’incidence du VIH chez ces deux groupes de femmes pour la même période. On constate que le taux de nouvelles infections chez les femmes n’ayant que des partenaires sexuels circoncis est 20% inférieur au taux de nouvelles infections chez les autres femmes.


Ces résultats viennent conforter la place importante des programmes de circoncision volontaire au sein des plans nationaux de lutte contre le VIH. 

 
L’étude ne s’arrête pas là et va se poursuivre avec une nouvelle enquête réalisée auprès de 3000 hommes adultes séronégatifs et circoncis.  Seize mois après leur intégration dans la cohorte ANRS 12285, on examinera leurs comportements sexuels (utilisation du préservatif, comportements à risques…) et on mesurera le nombre de séroconversions. Cette nouvelle étude permettra de mesurer l’effet, en situation réelle, d’un programme de circoncision à large échelle sur l’incidence du VIH chez les hommes et par extension de prévoir les effets des programmes de généralisation de la circoncision qui ont lieu actuellement en Afrique Australe et dans quelques pays de l’Afrique de l’Est.

Usagers de drogues : Une nouvelle stratégie pour réduire les risques infectieux

Proposer des sessions d’éducation délivrées par des pairs aux consommateurs de drogues par voie intraveineuse permet de réduire significativement les pratiques à risque de transmission du VIH et du virus de l’hépatite C (VHC).
Ce type d’intervention communautaire, facilement transposable, a été évalué dans le cadre de l’étude ANRS AERLI (Accompagnement et Education aux Risques Liés à l’Injection), réalisée conjointement par l’association AIDES, Médecins du Monde et l’Inserm U912 (Marseille). Les résultats sont présentés en communication orale lors de la 20e conférence internationale sur le sida organisée par l’International Aids Society à Melbourne (Australie) du 20 au 25 juillet 2014.


La réduction des risques infectieux du VIH et du virus de l’hépatite C chez les consommateurs de drogues par voie intraveineuse est une priorité de santé publique. L’étude ANRS AERLI (Accompagnement et Education aux Risques Liés à l’Injection) a évalué une intervention innovante : proposer aux usagers de drogues des sessions individuelles d’accompagnement et d’éducation à l’injection sur les pratiques à risque liées à l’injection. Délivrées par des pairs formés et selon un protocole standardisé, les sessions ont reposé sur une intervention pédagogique individualisée en fonction des pratiques de chaque consommateur et des questions qu’il se pose.

Au total, 288 sessions ont été réalisées auprès de 113 consommateurs. Ceux-ci ont été recrutés dans 8 centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues (CAARUD). Un groupe témoin de 127 usagers, comparable en termes d’histoire d’injection de drogues, d’âge et de sexe, a été constitué dans 9 autres centres. Tous les participants ont été interrogés au moment de leur inclusion, puis 6 et 12 mois plus tard, sur leurs pratiques d’injection à risque pour la transmission du VHC et sur les complications au site d’injection.

L’analyse des données recueillies met en évidence un bénéfice significatif des sessions d’éducation. Ainsi, il est constaté dans le groupe « Intervention » :

une diminution de 43% des pratiques à risque de transmission du VHC (44% des consommateurs déclarant au moins une pratique à risque avant l’intervention contre 25% 6 mois après) ;

une diminution de 41% des complications au site d’injection (66% des consommateurs déclarant des complications avant l’intervention contre 39% 12 mois après).

« En comparaison avec le groupe témoin, nous observons un effet majeur de l’éducation par les pairs sur les pratiques à risque de transmission infectieuse, commente Patrizia Carrieri (Inserm U912). C’est d’autant plus intéressant qu’une grande partie de ces injecteurs de drogues reste en marge du système de soins. »

Ce type d’intervention présente deux autres intérêts : son coût est peu élevé et il est facile à mettre en place dans les structures d’accueil et de soins des consommateurs de drogues par voie intraveineuse.

« Cet essai démontre aussi la pertinence des démarches de santé communautaire, y compris dans le domaine de la recherche, car le modèle d’intervention testé ici est directement issu des pratiques d’accompagnement par les pairs propres aux associations comme AIDES et Médecins du Monde » déclarent Jean-Marie Le Gall, AIDES et Marie Debrus, Médecins du Monde.

« Compte tenu des bénéfices observés, indique le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites), il est désormais envisageable d’implanter à plus grande échelle l’intervention communautaire et ainsi de renforcer la réduction des risques parmi les usagers de drogues. 

 Ce type d’intervention pourrait également être très utile dans les pays où la population des usagers de drogues est importante et très concernée par le risque de contamination par le VIH et l’hépatite C. »




Dépistages répétés du VIH à domicile en Afrique du Sud : une stratégie bien acceptée à large échelle

Les premiers résultats de la phase pilote de l’essai ANRS 12249 TasP montrent qu’une proposition répétée de dépistage du VIH à domicile suivie d’une proposition de mise sous traitement précoce en cas de séropositivité est bien acceptée par une population rurale d’Afrique du Sud. Ces résultats sont présentés en communication orale à la 20e conférence internationale sur le sida organisée par l’International Aids Society à Melbourne (Australie) du 20 au 25 juillet 2014. 


La  mise sous trithérapie antirétrovirale dès le diagnostic de séropositivité permet-elle de diminuer la transmission du VIH dans la population et par conséquent l’acquisition de nouvelles infections (l’incidence) ? C’est une question cruciale pour lutter efficacement contre le VIH.

Lancé en mars 2012, l’essai ANRS 12249 TasP (Treatment as Prevention) est l’un des quatre essais randomisés internationaux visant à évaluer l’efficacité de la stratégie TasP au sein d’une large population. Il est conduit en Afrique du Sud dans la province du KwaZulu-Natal, une des régions présentant l’une des plus fortes prévalences du VIH au monde et la plus élevée de toute l’Afrique du Sud (16,9% en 2012 d’après la toute dernière enquête nationale en population générale).

Dans cet essai, 22 zones géographiques (« clusters ») d’environ 1,000 habitants chacune ont été définies. Les clusters sont répartis de façon aléatoire en deux groupes (un groupe intervention et un groupe contrôle composé chacun de 11 clusters). L’intervention testée consiste tout d’abord à proposer systématiquement aux habitants, de façon répétée (tous les six mois) et à leur domicile, un dépistage rapide du VIH. Au sein du groupe intervention, les personnes identifiées comme séropositives se voient proposer une mise sous antirétroviraux immédiate, quel que soit leur niveau de lymphocytes CD4. Dans le groupe de comparaison, la mise sous traitement est conseillée selon les indications actuellement recommandées par le Département sud-africain de la santé. Des cliniques mobiles ont été implantées dans chaque cluster pour faciliter l’accès aux soins.

Les résultats présentés à la conférence de Melbourne portent sur la phase pilote de l’essai qui a été réalisé dans 10 clusters et a concerné plus de 12,000 personnes âgées de plus de 16 ans, suivies entre un an et 18 mois. Le statut sérologique a pu être établi sur près de 9,000 personnes, soit parce qu’elles déclaraient qu’elles étaient séropositives, soit parce qu’elles acceptaient le test de dépistage rapide.

Les premiers résultats sont les suivants :

Le dépistage à domicile est bien accepté puisque le statut VIH a pu être identifié pour 82% des personnes contactées. Parmi les personnes testées séronégatives au premier contact à domicile, 85% ont accepté un second test VIH lors de la seconde visite à domicile.

– La prévalence de l’infection par le VIH est aussi bien plus importante que celle estimée initialement: 31%.

– Environ 25% des 2,570 personnes identifiées séropositives l’ont appris grâce à l’étude.

– En ce qui concerne les personnes identifiées séropositives et qui n’étaient pas prises en charge dans une filière de soins lors du passage à domicile, seules 48% se sont présentées en clinique dans les six mois (63% dans l’année).

– Dans le groupe intervention, 80% des personnes ayant un taux de CD4>350 cellules/mm3 recevaient un traitement.

« Ces premiers résultats sont très importants, indique le Pr François Dabis (Institut de Santé Publique, Epidémiologie et Développement, Inserm U897, Bordeaux), un des co-investigateurs de l’essai, car ils valident la première étape de la démarche TasP qui vise à tester et traiter l’ensemble d’une population adulte afin d’enrayer la transmission.

 
Le dépistage rapide à domicile est très bien accepté et nous n’avons observé aucun frein majeur susceptible de remettre en question l’intervention. Nous constatons simplement que les personnes nouvellement diagnostiquées séropositives ont besoin de temps pour entrer dans une démarche de soins, notamment quand elles se sentent en bonne santé. Cependant, une fois dans le système de soins, la prise d’antiretroviraux est bénéfique. Nous améliorons notre stratégie afin d’encourager l’entrée et le maintien dans les structures de soins de tous les participants de l’essai. 
»

« La validation de la première phase de cet essai est une étape essentielle, explique le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites). Nous pouvons donc continuer l’essai.» L’essai est entré dans sa seconde phase en juin 2014. Les premiers résultats en termes d’efficacité de la TasP sur la réduction attendue de l’incidence du VIH en population devraient être connus fin 2016.

L’essai ANRS 12249 TasP est coordonné par le Pr François Dabis (Institut de Santé Publique, Epidémiologie et Développement, Inserm U897, Bordeaux), le Pr Marie-Louise Newell (Université de Southampton, Royaume Uni) et le Pr Deenan Pillay (Directeur de l’Africa Centre for Health and Population Studies, Mtubatuba, Afrique du Sud et University College London, Royaume-Uni). L’essai est mené en partenariat avec le Ministère de la Santé du KwaZulu Natal, Afrique du sud, la GTZ (société allemande pour la coopération internationale) et le Wellcome Trust anglais. L’International Initiative for Impact Evaluation (3ie) apporte un soutien financier au projet pour sa seconde phase.

 



Comment une cellule souche voit rouge

De nombreuses situations médicales nécessitent un apport en globules rouges: anémies, accidents de la route ou chimiothérapie. Mais la pénurie de sang est réelle. Des chercheurs du monde entier s’attèlent donc à trouver des solutions pour pallier ces manques avec en ligne de mire l’espoir de pouvoir créer à l’infini globules rouges, plaquettes, etc., à partir de cellules souches et selon les besoins. Naomi Taylor, directrice de recherche Inserm, et son équipe à l’Institut de Génétique Moléculaire de Montpellier (CNRS/Université de Montpellier) viennent de franchir un pas dans cette étape. Ils montrent que deux substances : le glucose et la glutamine dictent le chemin pour qu’une cellule souche sanguine devienne un globule rouge ou au contraire donne d’autres types de cellules sanguines.
Ces travaux sont publiés dans la revue Cell Stem Cell.

La durée de vie d’une cellule sanguine peut être très variable : de plusieurs décennies pour certains lymphocytes à 120 jours pour un globule rouge, 8 jours pour les plaquettes, voire seulement 1 jour pour les neutrophiles. Il faut donc que l’organisme renouvelle quotidiennement et spécifiquement certaines de ces cellules pour assurer les besoins en sang « frais » tout en maintenant l’équilibre entre les différents types de cellules sanguines.

De nombreuses recherches ces dernières décennies se sont concentrées sur l’élucidation du rôle de certaines cytokines pour favoriser la multiplication des cellules souches sanguines et leur différenciation soit en globule rouge, soit en « globules blancs » ou en cellules productrices de plaquettes. C’est ainsi que l’EPO est désormais bien connue pour stimuler et favoriser la multiplication des globules rouges tandis que le GM-CSF, par exemple, stimule la multiplication des cellules du type monocytes/macrophages, les fameuses cellules « nettoyeuses » circulantes. Les cytokines comme l’EPO ou le GM-CSF sont utilisées pour aider à la reconstitution hématopoïétique, après chirurgie, pendant une chimiothérapie anticancéreuse, après une greffe de moelle osseuse ou encore lors d’une infection par le VIH, le virus du SIDA par exemple.

Mais il semble que ces cytokines, pourtant déterminantes, ne suffisent pas à assurer l’aiguillage vers les différentes lignées sanguines. La question se pose alors des paramètres et facteurs complémentaires qui vont orienter plus efficacement les cellules souches hématopoïétiques vers un type cellulaire plutôt qu’un autre.

Au cours de la différenciation, de nombreuses divisions cellulaires ont lieu au fur et à mesure que les cellules filles acquièrent leurs caractéristiques propres. Ce processus nécessite non seulement de l’énergie mais aussi des molécules telles que les acides aminés, des nucléotides et des lipides pour synthétiser respectivement les protéines, les ADN, les ARN et les membranes des nouvelles cellules.

Dans cette étude, Leal Oburoglu, étudiante du laboratoire en dernière année de thèse, a montré que la glutamine, l’acide aminé le plus abondant dans le sang, est indispensable pour qu’une cellule souche sanguine devienne un globule rouge, notamment car elle permet la production des nucléotides. Des tests menés en laboratoire in vitro puis in vivo chez la souris ont montré que le blocage de l’utilisation de la glutamine ou de son transporteur empêche les cellules souches sanguines de devenir des globules rouges. Dans ces conditions, les cellules souches sanguines vont alors se différencier en cellules du type monocyte/macrophage.

A l’inverse, si on empêche le glucose d’être dégradé pour fournir de l’énergie sous forme d’ATP (glycolyse), il permettra alors la synthèse des nucléotides. Ceci aura pour effet global d’augmenter la fabrication de globules rouges à partir des cellules souches hématopoïétiques (érythropoïèse).

Image stem cell

En d’autres termes, l’utilisation coordonnée et ciblée de la glutamine et du glucose vers la synthèse des nucléotides permettrait à la cellule souche de fournir plus de globules rouges.
Pour la première fois, une étude met en lumière que les ressources métaboliques extérieures à la cellule déterminent le devenir de la cellule souche sanguine.
Pour Naomi Taylor et Sandrina Kinet qui ont coordonné cette étude : Il est passionnant de penser qu’on puisse un jour faire une différenciation « à la demande » des cellules du sang en influençant l’état métabolique de la cellule ».

Des blessures cutanées peuvent-elles être indolores?

Lorsque l’organisme présente des lésions cutanées, les terminaisons nerveuses envoient un message au cerveau qui génère la sensation de douleur. Les équipes de Priscille Brodin à Lille[1] et Laurent Marsollier à Angers[2], ont étudié les lésions de patients atteints d’ulcère de Buruli, une maladie tropicale. Dans un article publié dans la revue Cell, ils révèlent que, malgré l’étendue et la gravité des blessures, celles-ci sont moins douloureuses que d’autres qui paraissent plus bénignes (ex: égratignures, brûlures légères). Ils ont découvert un mécanisme analgésique qui limite la transmission du message douloureux au cerveau. La connaissance de ce mécanisme pourrait être utile pour le développement de nouvelles molécules antidouleur.

L’ulcère de Buruli ou infection à Mycobacterium ulcerans est la troisième mycobactériose après la tuberculose et la lèpre dans le monde. Cette maladie tropicale, qui touche principalement les enfants provoque des lésions ulcératives cutanées. La destruction du tissu cutané est causée par la mycolactone, une toxine secrétée par le bacille. Malgré leur étendue, les lésions sont peu douloureuses aux premiers stades de la maladie expliquant les consultations tardives des patients. Les chercheurs se sont penchés sur le mécanisme qui rend ces lésions indolores.

schéma ulcère buruli

© Inserm / Conception Clerc-com – Simar Thibault

Jusqu’alors, on pensait que l’absence de douleurs dans les premiers stades de la maladie était liée à la destruction des tissus nerveux. Dans cette étude, les chercheurs montrent chez des souris infectées que cette hypothèse est contradictoire avec la dégénérescence des nerfs qui survient uniquement à des stades avancés de la maladie. Ils ont aussi injecté la toxine aux souris pour observer ses effets sur la sensibilité des animaux. Les chercheurs révèlent que la présence de la toxine suffit à inhiber la douleur sans que les nerfs soient touchés.

« Le bacille, plus précisément sa toxine, la mycolactone, est capable d’interagir avec les neurones et d’empêcher la transmission de l’information nerveuse expliquant le caractère indolore des lésions », explique Laurent Marsollier, chargé de recherche à l’Inserm.

Une technique d’imagerie de pointe a permis d’identifier que la mycolactone interagit avec un récepteur neuronal (le récepteur 2 de l’angiotensine) entrainant une fuite de potassium. La sortie de potassium provoque une hyperpolarisation des neurones limitant la transmission de l’influx nerveux – qui véhicule le message douloureux – au niveau local.

Les chercheurs ont ensuite bloqué l’expression de ce récepteur neuronal chez les souris infectées par le bacille. Le blocage du récepteur empêche son interaction avec la toxine mycolactone ce qui rétablit la sensibilité à la douleur des animaux, confirmant ainsi le mécanisme identifié in vivo.

Le bacille Mycobacterium ulcerans utilise une stratégie d’infection inédite en utilisant la toxine qu’il sécrète pour annuler la douleur associée aux lésions qu’il cause.

« La découverte de ce mécanisme, qui limite la douleur des lésions cutanées aux premiers stades de la maladie, ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche de nouvelles molécules antidouleur » souligne Priscille Brodin, directrice de recherche Inserm et co-auteur de ces travaux.

En effet, la molécule capable de bloquer l’action du récepteur n’appartient pas aux classes d’analgésiques utilisées aujourd’hui comme le paracétamol, les opiacés tels que la morphine. De manière générale, dans la lutte contre la douleur, de nouvelles molécules sont attendues par les cliniciens car les molécules existantes ont toutes des limitations plus ou moins importantes dans un contexte de médecine personnalisée.

Enfin, d’après les chercheurs, le récepteur identifié pourrait notamment constituer une cible de choix car une autre étude[3] a montré que son blocage entraînait la diminution des douleurs chez des patients atteints d’herpès.

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© OMS / Dr A. Chauty, AFRF, Benin


[1] Unité mixte de recherche 1019 « Centre d’infection et immunité de Lille » (Inserm – CNRS – Institut Pasteur de Lille – Université Lille Nord de France) et anciennement Equipe Inserm Avenir Institut Pasteur Korea

[2] Unité Inserm 892 – Equipe Inserm Avenir « ATOMycA » (Inserm – CNRS – Université d’Angers)

[3] Rice, A.S., Dworkin, R.H., McCarthy, T.D., Anand, P., Bountra, C., McCloud, P.I., Hill, J., Cutter, G., Kitson, G., Desem, N., et al. (2014). EMA401, an orally administered highly selective angiotensin II type 2 receptor antagonist, as a novel treatment for postherpetic neuralgia: a randomised, double-blind, placebo-controlled phase 2 clinical trial. Lancet.

Grippe H1N1 : la vaccination déclenche une mémoire immunitaire comparable à celle d’une infection modérée

Combien de temps perdure la mémoire immunitaire d’un vaccin ? Est-elle similaire à celle induite par l’infection ? Des réponses viennent d’être apportées sur la grippe pandémique A(H1N1) par des chercheurs de l’unité mixte de recherche 1135-Cimi-Paris : Centre d’Immunologie et de Maladies Infectieuses (Inserm – Université Pierre et Marie Curie). Ils ont montré que la réponse immunitaire induite par la vaccination restait forte un an après et du même type qu’une infection modérée. Les résultats de ce travail sont publiés dans Journal of Clinical Investigation.

grippe©Fotolia

Le virus de la grippe A sous-type H1N1, d’origine porcine, aviaire et humaine s’est propagé à travers le monde de juin 2009 à août 2010. Bien que cette pandémie de grippe n’ait pas eu l’ampleur et la gravité de celle de 1918, elle a touché des personnes jeunes et en bonne santé, parfois gravement et fatalement. Ces personnes n’étaient pas immunisées naturellement contre ce nouveau type de virus, différent de ceux à l’origine des épidémies de grippe saisonnière chaque hiver. Mais pour les personnes qui ont pu être protégées par un vaccin, on peut se demander combien de temps a perduré la mémoire immunitaire induite contre la souche pandémique A(H1N1) et si elle est comparable à celle induite par l’infection.

Les chercheurs ont répondu à ces deux questions en menant

« la première étude à avoir comparé des personnes vaccinées et des patients infectées sur autant de paramètres de réponse immunitaire »

, indique le principal auteur, Béhazine Combadière, directrice de recherche Inserm au Cimi-Paris. Actuellement, il n’existe qu’un seul critère de référence pour évaluer l’efficacité d’un vaccin antigrippal : le taux d’anticorps dans le sang, qui est corrélé à la protection. « Nous avons poussé l’évaluation scientifique à son maximum, en nous intéressant à pas moins de huit paramètres », ajoute Béhazine Combadière. Ces huit paramètres témoignent à la fois de l’immunité humorale (c’est-à-dire les anticorps qui se lient au virus et le neutralisent) que de l’immunité cellulaire (c’est-à-dire les globules blancs ou lymphocytes T qui tuent les cellules infectées par le virus). Ainsi par exemple, sur l’immunité humorale, les chercheurs se sont intéressés non seulement au taux sanguin d’anticorps, mais aussi à l’avidité du sérum, c’est-à-dire à l’affinité des anticorps à se lier aux antigènes du virus.

L’autre particularité de cette étude réside dans le fait que les chercheurs ont comparé des personnes ayant été vaccinées à des patients ayant été infectés. Leur étude a inclus 50 volontaires ayant reçu un vaccin monovalent (ne ciblant que la souche pandémique H1N1) et comprenant un adjuvant (pour booster l’effet du vaccin avec peu de souche virale vaccinale). Les personnes vaccinées ont été comparées à 61 patients ayant contracté une grippe A(H1N1), l’infection ayant été légère à modérée pour 48 d’entre eux et sévère pour les 13 autres. Ces derniers ont dû être hospitalisés et prendre un traitement antiviral après avoir développé un syndrome aigu de détresse respiratoire. L’évaluation a été faite un an après l’exposition au virus ou un an après la vaccination.

Les chercheurs ont d’abord montré que la réponse immunitaire induite par le vaccin restait forte un an après l’injection. Ils ont aussi mis en évidence des ressemblances et des divergences entre les trois groupes de personnes en fonction des paramètres de réponse immunitaire. Ainsi, la vaccination ressemble à l’infection modérée sur plusieurs paramètres immunologiques.


Toutes deux entraînent ainsi notamment une plus forte migration des lymphocytes T vers les muqueuses.

Les chercheurs ont ensuite décidé de rechercher s’il existait différents profils de réponse immunitaire indépendamment du statut de vacciné ou d’infecté. Ils en ont identifié trois, le premier profil regroupant une majorité de vaccinés et d’infectés modérés. Ces travaux montrent donc l’hétérogénéité entre les individus au niveau de leur capacité de réponse immunitaire. Et ils confirment que la vaccination antigrippale est capable d’induire des réponses immunitaires mémoire d’intensité et de qualité similaires à celles générée par une infection modérée.

Cette étude pourrait avoir des implications sur l’ajustement ou l’optimisation des stratégies vaccinales. Elle pourrait faire évoluer les protocoles d’évaluation de l’efficacité vaccinale. Ainsi deux paramètres pourraient s’ajouter au taux d’anticorps : les marqueurs de migration des lymphocytes T vers les muqueuses et le potentiel d’activité cytotoxique d’une catégorie de lymphocytes T (les CD8).

Méningites à méningocoque: un pas décisif dans la compréhension du mécanisme pathogène de cette bactérie

Neisseria meningitidis, ou méningocoque, est une bactérie responsable de méningites et de septicémies[1], dont la forme la plus grave, purpura fulminans, est souvent fatale. Cette bactérie, qui réside naturellement dans le rhinopharynx de l’Homme, est pathogène lorsqu’elle atteint la circulation sanguine. Les équipes du Dr Sandrine Bourdoulous, directrice de recherche CNRS à l’Institut Cochin (CNRS/Inserm/Université Paris Descartes), et du Pr Xavier Nassif de l’Institut Necker Enfants Malades (CNRS/Inserm/Université Paris Descartes/AP-HP) ont décrypté les événements moléculaires par lesquels les méningocoques ciblent les vaisseaux sanguins et les colonisent. Ces travaux ouvrent la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques pour le traitement des troubles vasculaires provoqués par ce type d’infection invasive. Leur étude est publiée le 1er juin 2014 dans Nature Medicine.

Lorsque Neisseria meningitidis se multiplie dans le sang, cette bactérie interagit avec les cellules endothéliales qui tapissent l’intérieur des vaisseaux sanguins et adhère aux parois de ces derniers. Au niveau de la peau et des muqueuses, l’infection des vaisseaux par le méningocoque crée des lésions hémorragiques (dites purpuriques), dues à des saignements dans les tissus, qui peuvent rapidement évoluer vers une forme grave et souvent mortelle de la maladie (le purpura fulminans). Au niveau du cerveau, l’adhérence des méningocoques aux vaisseaux leur permet de franchir la barrière hémato-encéphalique[2] et d’entraîner une méningite lorsqu’ils envahissent les méninges[3].

Les équipes de chercheurs ont décrypté le mécanisme d’adhérence de Neisseria meningitidis aux vaisseaux sanguins, étape au cœur de la pathogénicité de la bactérie. Du côté des vaisseaux sanguins, ils ont identifié le récepteur[4] CD147, dont l’expression est essentielle à l’adhérence initiale du méningocoque aux cellules endothéliales. Si ce récepteur est absent, N. meningitidis ne peut pas s’implanter et coloniser les vaisseaux sanguins.

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Colonisation des vaisseaux cérébraux par N. meningitidis
Analyse en immunofluorescence d’une coupe de cerveau humain infectée par N. meningitidis. Les bactéries (en rouge) ont colonisé les cellules endothéliales cérébrales qui expriment CD147 (en vert). (En bleu, marquage des noyaux cellulaires) © Nature Medicine

Du côté bactérien, il est connu que les processus d’adhérence du méningocoque aux cellules humaines reposent sur les pili, de longs appendices filamenteux exprimés par la bactérie, composés de différentes sous-unités (les pilines). Cependant, les pilines spécifiquement impliquées dans l’adhérence de N. meningitidis aux vaisseaux sanguins n’avaient jamais été identifiées. Les chercheurs ont ainsi déterminé que deux pilines, PilE et PilV, interagissent directement avec le récepteur CD147. Sans elles, les méningocoques ne peuvent pas adhérer aux cellules endothéliales.

L’Homme est la seule espèce pouvant être infectée par les méningocoques. Pour montrer in vivo que les pilines PilE et PilV sont essentielles à la colonisation du réseau vasculaire par N. meningitidis, les chercheurs ont utilisé un modèle de souris immunodéficientes greffées avec de la peau humaine, conservant des vaisseaux humains fonctionnels au sein de la greffe et permettant ainsi de reproduire chez la souris les phases cutanées de l’infection observée chez l’Homme. Ces souris ont alors été infectées par des méningocoques possédant naturellement les pilines PilE et PilV, ou des méningocoques dans lesquels l’expression de ces pilines a été artificiellement supprimée. Les vaisseaux sanguins humains ne sont infectés que par les méningocoques possédant PilE et PilV ce qui confirme que ces deux pilines sont essentielles au processus de colonisation de la bactérie.

Les chercheurs ont également montré, avec un modèle d’infection ex vivo[5], que les vaisseaux cérébraux et les méninges, particulièrement riches en récepteurs CD147, sont permissifs à la colonisation par les méningocoques à la différence d’autres parties du cerveau.

Les chercheurs souhaitent désormais développer un nouveau type de vaccin (en complément de ceux qui existent déjà) qui bloquerait l’interaction entre N. meningitidis et les récepteurs CD147 et empêcherait ainsi la colonisation des vaisseaux par la bactérie.

Cette étude a été réalisée grâce au soutien des équipes du Dr Frank Lafont, du Centre d’infection et d’immunité de Lille (CNRS/Inserm/Institut Pasteur de Lille/Université Lille 1/Université Lille 2), du Pr Fabrice Chrétien, de l’unité Histopathologie humaine et modèles animaux de l’Institut Pasteur de Paris et du Dr Eric Chevet du Groupe de recherches pour l’étude du foie (Inserm/Université de Bordeaux).


[1] Infections généralisées.

[2]Les cellules endothéliales des capillaires cérébraux constituent une barrière physiologique à l’interface entre le sang et le cerveau (la barrière hémato-encéphalique). Ces cellules, pourvues de propriétés uniques, agissent comme un filtre sélectif à travers lequel les aliments nécessaires sont transmis au cerveau et les déchets éliminés. Elles protègent ainsi le cerveau de l’environnement extérieur, y compris des agents pathogènes.

[3] Enveloppes qui protègent le système nerveux central.

[4] Un récepteur est une protéine de la membrane cellulaire sur laquelle peut se lier un facteur spécifique (un ligand), déclenchant ainsi une réponse dans la cellule.

[5] L’expression est utilisée pour des cultures de tissus ou de cellules vivantes effectuées au laboratoire, hors de l’organisme dont ils proviennent.

L’Inserm et l’Institut Pasteur identifient une nouvelle variante du virus Ebola en Guinée

Dans un article paru le 16 avril dans The New England journal of Medicine, des chercheurs de l’Inserm (Laboratoire  P4 de Lyon) et de l’Institut Pasteur publient leurs premières conclusions sur les caractéristiques du virus Ebola découvert en Guinée. Les premières investigations virologiques ont permis d’identifier le Virus Ebola Zaïre comme étant l’agent pathogène responsable de cette épidémie. Menés en moins d’un mois, le séquençage entier du génome et son analyse phylogénétique montrent que le virus présent en Guinée forme un clade (variant) distinct des souches identifiées par le passé en République démocratique du Congo et au Gabon. Leurs investigations épidémiologiques ont également fait le lien entre les cas confirmés en laboratoire et les premiers décès recensés lors de l’épisode de décembre 2013.

Laboratoire P4 Jean Mérieux/Inserm.  ©Inserm/ Guénet François

Le Virus Ebola est un virus mortel très contagieux pour lequel il n’existe aucun traitement à ce jour. Les symptômes sont peu spécifiques puisqu’il s’agit de fièvre, de diarrhée sévère et de vomissements. 30 à 90 % des personnes infectées meurent des suites de cette infection.

Le 2 avril 2014, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquait, dans un communiqué publié par l’agence de l’ONU, avoir dénombré 5 nouveaux cas de fièvre Ebola en Guinée. Le bilan de cas suspects et confirmés de la flambée de fièvre Ebola en cours depuis janvier en Guinée est de 127 cas, dont 83 décès, selon l’OMS qui précise que 35 cas ont été confirmés par des tests de laboratoire.

Les premiers échantillons ont été analysés à Lyon dans le laboratoire P4 Jean Mérieux-Inserm dirigé par Hervé Raoul, directeur de recherche Inserm,  par le Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales (rattaché à l’unité de biologie des infections virales émergentes de l’Institut Pasteur, dirigée par Sylvain Baize). Un diagnostic positif a été établi.

Un laboratoire P4 mobile a été déployé en Guinée pour apporter sur le terrain une aide à la réalisation du diagnostic. Ce laboratoire mobile a été développé dans le cadre d’un projet européen “EMP4″ coordonné par des chercheurs allemands et dont le laboratoire P4 Jean Mérieux-Inserm est le partenaire français.

Des échantillons sanguins prélevés chez 20 patients ont pu être analysés par les chercheurs. Divers tests ont été menés par les scientifiques afin d’établir une carte d’identité spécifique du virus.

L’ARN viral a été extrait des échantillons sanguins, amplifié puis séquencé. Ces séquences ont enfin été comparées à 48 génomes entiers déjà connus de virus Ebola. D’après les résultats, l’analyse a montré 97 % de similitudes avec les souches identifiées en république démocratique du Congo en 1976  et 2007 et au Gabon en 1994 et 1996.

« Ces résultats démontrent que nous sommes face à l’émergence d’une nouvelle « forme » de ce virus en Guinée » explique Hervé Raoul directeur du laboratoire P4.  Celle-ci est commune aux cas découverts depuis le mois de décembre.

Il semblerait qu’une seule introduction de l’animal à l’homme soit à l’origine de cette épidémie.

Au-delà de l’épidémie en cours, ces résultats démontrent que la zone de circulation du virus Ebola est plus large que ce qui était connu auparavant, avec comme conséquence que l’Afrique de l’Ouest doit être dorénavant considérée comme une zone à risque pour le virus Ebola. Des mesures visant à prévenir la transmission de la faune sauvage à l’homme et à identifier rapidement de tels évènements s’ils venaient à se reproduire devront être mis en place en Guinée, mais aussi dans les pays limitrophes.

carte guinée Cartographie du foyer initial de l’épidémie.

Pour en savoir plus sur le laboratoire P4

Le laboratoire P4 Jean Mérieux est un laboratoire de haut confinement dédié à l’étude des agents pathogène de classe 4. Le niveau de sécurité biologique qui y est appliqué est de 4, niveau le plus élevé. Les chercheurs y travaillent équipés d’un scaphandre maintenu en surpression pour les protéger de toute contamination. Le laboratoire est lui-même maintenu en dépression afin de protéger l’environnement. De plus, tous les déchets produits sont totalement inactivés et l’air extrait est purifié par un système de double filtration absolue. Ce laboratoire est encore aujourd’hui la structure de ce niveau de confinement offrant la plus grande capacité d’expérimentation en Europe.
Pour obtenir des photos du laboratoire P4

Des agents hautement pathogènes :

Les agents pathogènes de classe 4 (ou de groupe de risque 4) sont des microorganismes hautement pathogènes caractérisés par un taux de mortalité très élevé, l’absence d’outils prophylactiques ou thérapeutiques pour s’en protéger et leur facilité de transmission. Les agents pathogènes de classe 4 connus à ce jour sont tous des virus responsables notamment de fièvres hémorragiques ou d’encéphalites. On compte parmi eux les virus Ebola, Marburg, Lassa, Junin, Machupo, Guanarito, Sabia, Crimée-Congo, Nipah et Hendra.

La Ribavirine, un traitement efficace et sûr contre l’hépatite E

L’hépatite E est responsable d’une inflammation aiguë ou chronique du foie. Il s’agit d’une maladie émergente parfois mortelle et sans traitement connu. Vincent Mallet, Stanislas Pol et leur équipe de l’Institut Cochin (Université Paris Descartes, Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, CNRS, Inserm) et des équipes hospitalières françaises* prouvent l’efficacité d’un traitement chez des patients souffrant d’une infection chronique par le virus de l’hépatite E. La Ribavirine, utilisée en monothérapie pendant 3 mois permet de guérir la majorité des patients.

Ces travaux ont fait l’objet d’une publication le 20 mars 2014 dans la revue The New England Journal of Medicine.

Le virus de l’hépatite E est la première cause d’hépatite virale dans le monde et on estime que le tiers de la population mondiale est à risque d’infection par ce virus. Si la majorité des cas survient dans les pays en voie de développement, on assiste à une augmentation du nombre de cas rapportés en France et dans les autres pays industrialisés où le virus se transmet à l’homme par la consommation d’aliments contaminés insuffisamment cuits et par le sang. Jusqu’à présent, aucune thérapie n’est établie pour traiter les patients atteints d’hépatite E.

Le virus de l’hépatite E, comme les autres virus des hépatites, provoque une inflammation du foie. Dans sa forme aiguë, l’infection peut être mortelle chez les personnes âgées, les femmes enceintes et chez les personnes malades du foie. Chez les personnes immunodéprimées (patients greffés, patients sous chimiothérapie ou personnes vivant avec le VIH), l’infection par le virus de l’hépatite E peut évoluer vers une hépatite chronique et entraîner une cirrhose.

Vers un traitement contre l’hépatite E

La Ribavirine est un médicament prescrit pour traiter certaines infections virales respiratoires chez l’enfant et certaines fièvres hémorragiques. Cette molécule est également utilisée dans le traitement de l’hépatite C. Vincent Mallet, professeur à l’Université Paris Descartes et praticien hospitalier au sein centre hospitalier universitaire Cochin (AP-HP) et Nassim Kamar professeur à l’Université Paul Sabatier et praticien hospitalier au sein du centre hospitalier universitaire Rangueil avaient précédemment prouvé son efficacité chez des patients immunodéprimés souffrant d’une infection chronique par le virus de l’hépatite E**

Dans cette nouvelle étude, les données de 59 patients greffés atteints d’hépatite E et traités par Ribavirine ont été recueillies dans 13 centres de transplantation français par Nassim Kamar (du CHU Rangueil de Toulouse) et Vincent Mallet.

Les chercheurs confirment que « la Ribavirine prescrite en monothérapie pendant 3 mois est un traitement efficace de l’infection chronique par le virus de l’hépatite E ».

Pour la majorité des patients (46 patients sur 59), le virus restait indétectable 6 mois après l’arrêt du traitement. Une durée plus longue de traitement semble préférable chez les patients fortement immunodéprimés ou ceux chez lesquels le virus est détectable dans le sang après un mois de traitement. Le seul effet secondaire identifié et prévisible de la Ribavirine était l’anémie qui a été gérée sans difficulté chez la plupart des patients.

« Ce travail est le fruit d’une véritable collaboration entre de nombreux centres français. Il s’agit d’une grande avancée dans le domaine déclare Vincent Mallet. Nous espérons que nos résultats ouvriront une porte vers d’autres études prospectives dessinées pour évaluer l’efficacité de la ribavirine dans le cas  de formes graves d’infection par le virus de l’hépatite E, notamment dans les pays du Sud, où il est un véritable fléau  ».

* CHU Rangueil et CHU Purpan  Toulouse –  Hôpital Cochin, AP-HP), Pitié Salpêtrière (AP-HP) – Hôpital Saint Eloi de Montpellier – Hôpital Foch de Suresnes – CHU Lyon et CHU de la Croix Rousse de Lyon – Hôpital Paul Brousse (Villejuif, AP-HP) – Hôpital Lapeyronie de Montpellier – Hôpital Bretonneau et CHU Trousseau de Tours – CHU Bordeaux – Hôpital Claude Huriez et CHU de Lille – CHU Le Bocage de Dijon – CHU de Nantes

** Mallet V, Nicand E, Sultanik P, Chakvetadze C, Tesse S, Thervet E, Mouthon L, Sogni P, Pol S. Brief communication: case reports of ribavirin treatment for chronic hepatitis E. Ann Intern Med. 2010 Jul 20;153(2):85-9 et Kamar N, Rostaing L, Abravanel F, Garrouste C, Lhomme S, Esposito L, Basse G, Cointault O, Ribes D, Nogier MB, Alric L, Peron JM, Izopet J. Ribavirin Therapy Inhibits Viral Replication on Patients With Chronic Hepatitis E Virus Infection. Gastroenterology. 2010 Nov;139(5):1612-8).

Définir les paramètres d’un système immunitaire sain : vers une médecine personnalisée

Les efforts visant à réintroduire la dimension « individuelle » dans les décisions médicales sont l’enjeu et le fil conducteur du projet Labex Milieu Intérieur porté par l’Institut Pasteur. Afin de réussir cette orientation vers une médecine personnalisée, une compréhension approfondie des déterminants responsables de l’hétérogénéité de la réponse d’un individu aux stimuli est nécessaire. La première publication du projet Milieu Intérieur coordonné par le Pr Matthew Albert, directeur de recherche Inserm, directeur du département d’Immunologie de l’Institut Pasteur et le Dr Lluis Quintana-Murci, directeur de recherche CNRS et chef d’unité à l’Institut Pasteur, vient de paraître dans le journal Immunity. Elle valide un modèle in vitro développé en partenariat avec la société Myriad-RBM. Cet outil permet d’identifier les caractéristiques (phénotypes) immunitaires de donneurs en réaction à une trentaine de stimulants du système immunitaire : bactéries, virus, champignons, vaccins, traitements …

Le projet Milieu intérieur est l’un des lauréats de la première vague d’appel d’offres “Laboratoire d’Excellence”. L’Institut Pasteur, porteur du projet, a réuni autour de lui des partenaires académiques dont l’Inserm, le CNRS, l’Institut Curie, l’Université Paris Diderot – Paris 7, l’Université Paris 13 et des hôpitaux parisiens.

 Lymphocytes en amas

Lymphocytes en amas © Inserm/Dantchev, Dimitri

Le projet Milieu Intérieur a pour objectif de comprendre et de définir la variabilité de la réponse du système immunitaire dans la population générale, et de déterminer les facteurs génétiques et environnementaux contribuant à l’hétérogénéité des phénotypes immunitaires.

La prédisposition aux infections, la sévérité des maladies et la réponse aux médicaments ainsi qu’aux vaccins sont très variables d’un individu à l’autre. Les pratiques médicales et les politiques de santé publique reposent en général sur un modèle unique de prise en charge des maladies et de développement des médicaments. En raison de la complexité des réponses immunitaires chez chaque individu et dans la population, il n’a jusqu’à présent pas été possible de définir les paramètres – génétiques ou environnementaux – qui définissent un système immunitaire sain et sa variabilité naturelle.

L’étude publiée aujourd’hui présente les résultats obtenus sur 25 des 1 000 individus sains constituant la cohorte Milieu Intérieur. Les données permettent d’avoir un premier aperçu de la variabilité de la réponse immunitaire chez les individus sains et démontrent comment chaque stimulation induit une réponse immunitaire unique.

Dans cette étude, 27 stimulants du système immunitaire ont été incorporés dans une technologie développée avec la société Myriad afin de déterminer comment le système immunitaire de sujets sains réagit à des bactéries, des champignons, des virus, des agents thérapeutiques et des vaccins. Grâce à cette technologie, les interactions cellulaires physiologiques sont préservées afin de mieux décrire la complexité des réponses immunitaires innées et adaptatives.

Les réponses immunitaires ont été mesurées et l’analyse des données révèle un modèle unique de réponses du système immunitaire pour chaque stimulant. Les chercheurs ont par exemple rapporté que deux des 25 premiers sujets évalués étaient incapables de produire de l’interleukine 1 alpha, (IL1α), une protéine produite par les cellules du système immunitaire – sous stimulation bactérienne. Ce type d’information peut aider à expliquer la sensibilité d’un individu à une maladie spécifique ou à prédire la réponse à des  traitements immunomodulateurs.

Individualiser les approches et les interventions thérapeutiques, développer des médicaments et des tests de diagnostic adaptés au profil génétique et immunitaire de chaque patient implique de mieux comprendre et de définir les interactions entre gènes, système immunitaire et environnement. Cet objectif constitue l’essence même du projet porté par l’Institut Pasteur.

L’Europe unit ses forces pour lutter contre les maladies parasitaires négligées

Le consortium international A-PARADDISE (Anti-Parasitic Drug Discovery in Epigenetics), coordonné par l’Inserm, vient d’obtenir un financement de 6 millions d’euros de la Commission européenne pour tester à grande échelle des traitements innovants contre quatre maladies parasitaires négligées : la bilharziose, la leishmaniose, la maladie de Chagas et le paludisme. Les chercheurs ont pour objectif commun de développer des nouveaux traitements contre les parasites responsables de ces maladies. Le projet rassemble 10 partenaires européens, ainsi que 5 brésiliens (présents dans la région où les maladies sont endémiques) et 2 australiens. L’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (Unité mixte Inserm / CNRS / Université de Strasbourg) accueillera l’ensemble des partenaires le 17 et 18 mars pour le lancement du projet. 

La bilharziose, la leishmaniose, la maladie de Chagas et le paludisme sont considérés comme des maladies négligées car l’effort et l’investissement consentis pour développer de nouvelles méthodes de traitement et de contrôle ont été sans commune mesure avec l’impact désastreux qu’elles ont sur les populations concernées. Elles touchent les populations des pays en voie de développement, principalement en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud et dans l’Est de l’Asie, dans les zones tropicales et subtropicales. Environ un milliard de personnes y sont régulièrement exposées et près d’un million de personnes meurent des conséquences de ces maladies chaque année.

Actuellement, il n’existe pas encore de vaccin disponible pour se protéger de ces parasites. De plus, les traitements existants sont limités, soit par leurs effets secondaires, soit par le développement actuel ou potentiel de la résistance. Par conséquent, le consortium A-PARADDISE, coordonné par l’Inserm et piloté par Raymond Pierce, directeur de recherche au sein du Centre d’Infection et d’Immunité de Lille, se concentre sur la recherche de nouveaux médicaments contre ces parasitoses.

Le projet A-PARADDISE s’appuie sur la méthodologie approuvée dans un précédent projet d’envergure similaire (SEtTReND) pour développer des médicaments contre la bilharziose. Les chercheurs se sont intéressés à des enzymes de modification des histones (HME) – histones, qui sont responsables de la structure des chromosomes du parasite. En effet, il a été démontré que des inhibiteurs de différentes HME induisent une mort cellulaire, ce qui les rend donc toxiques pour ce parasite. Ce travail a fourni la preuve de concept de l’action de ces enzymes (HME) sur le parasite et a permis la constitution d’une banque de composés candidats qui peuvent maintenant rapidement être testés contre d’autres parasites humains.

Grâce au nouveau projet A-PARADDISE, les chercheurs vont pouvoir exploiter le principe de base et l’étendre en créant une plate-forme unique de tests de médicaments antiparasitaires ciblant les HME, afin de les intégrer dans un développement clinique.

 La méthode expérimentale consiste à tester physiquement et virtuellement l’efficacité et la toxicité des composants in vitro et in vivo.

L’objectif final du projet A-PARADDISE est de fournir un certain nombre de traitements candidats pour lutter contre ces quatre parasites et de rendre possible de prochains essais cliniques.

Pour accomplir ce travail, les participants au projet ont été sélectionnés pour leur expertise de haut niveau, chacun dans leur domaine : le criblage à haut débit, le criblage informatique, la production de protéines recombinantes, le séquençage à haut débit, les tests phénotypiques, la toxicologie et la pharmacologie.

A-PARADDISE: Anti-Parasitic Drug Discovery in Epigenetics

Le projet A-PARADDISE a débuté le 1er février 2014 et est soutenu par l’Union européenne (FP7, convention de subvention no. 602080) pendant 3 ans. Il est coordonné par l’Inserm et implique 17 partenaires, basés dans 5 pays européens, au Brésil et en Australie :

Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm), France
Centre Européen de Recherche en Biologie et Médecine (CERBM*), France
Martin Luther Universität Halle- Wittenberg (MLU), Allemagne
Universidade Federal do Rio de Janeiro (UFRJ), Brésil
Universidade de Sao Paulo (USP), Brésil
Albert Ludwigs Universität Freiburg  (ALU-FR), Allemagne
Fundação Oswaldo Cruz, Centro de Pesquisas René Rachou (Fiocruz), Brésil
Fundação Oswaldo Cruz, Instituto Carlos Chagas (Fiocruz), Brésil
Inserm Transfert SA (IT), France
KANCERA AB (KAN), Suède
Adlego Biomedical AB (Adlego), Suède
Griffith University (GU), Australie
University of Queensland (UQ), Australie
Università degli Studi di Roma La Sapienza  (UNIROMA1), Italie
University of East Anglia (UEA), Grande Bretagne
Fundação Arthur Bernardes – Universidade Federal de Viçosa (UFV), Brésil
Institut Pasteur Paris (IPP), France

* Le CERBM est l’entité européenne de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC, Inserm/CNRS/Université de Strasbourg)

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