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Des aliments « magiques » contre l’infertilité, vraiment ?

AnanasPhoto de Brooke Lark sur Unsplash

C’est un sujet encore tabou, alors qu’il concerne un grand nombre de personnes : en France, un couple sur quatre qui essaye d’avoir un enfant est touché par l’infertilité. En parallèle, les chiffres du recours à différentes méthodes d’assistance médicale à la procréation (AMP) ne cessent d’augmenter. Désormais, 3,9 % des enfants français sont conçus par insémination artificielle, fécondation in vitro ou accueil d’embryon, soit un enfant sur 30.

Il s’agit donc d’un problème de santé publique majeur, et les autorités commencent petit à petit à prendre conscience de l’ampleur du phénomène et à mettre en place des mesures pour y répondre, tel que le recommande le rapport sur les causes de l’infertilité de Hamamah et Berlioux remis au gouvernement en février 2022 pour poser les bases d’une stratégie nationale de lutte contre l’infertilité.

Malgré cette prise de conscience, les informations fiables et claires à destination des couples qui souhaitent concevoir demeurent encore insuffisantes. D’autant que les discours scientifiques sur l’infertilité sont bien souvent éclipsés par la prolifération d’idées reçues, voire de fake news sur internet et dans certains médias.  Vitamine B9, ananas… Des pseudo « aliments miracles » aux régimes alimentaires censés « booster » la fertilité, les couples sont assaillis de propositions en tous genre supposées les aider. Canal Détox passe en revue plusieurs de ces prétendus remèdes, au mieux coûteux et inutiles, au pire risqués pour la santé.

Quelles sont les principales causes de l’infertilité ?

Pour accompagner les couples touchés par l’infertilité, encore faut-il bien en diagnostiquer les causes. Celles-ci sont en fait multiples et pas encore toujours bien connues, mêlant des facteurs sociétaux, environnementaux et médicaux.

Le recul de l’âge de la maternité, lié à de multiples évolutions sociales et culturelles, est considéré comme un facteur important de la hausse de l’infertilité. En effet, on sait que la fertilité est optimale à l’âge de 25 ans et décline progressivement à partir de 30 ans, or l’âge moyen des Françaises à l’accouchement est aujourd’hui de 30,7 ans.

Des facteurs environnementaux sont aussi à l’origine de la hausse de l’infertilité. Après avoir passé en revue les résultats de plusieurs grandes études, une méta-analyse de 2017 a fait apparaître un déclin de plus de 50 % de la concentration spermatique chez les hommes des pays industrialisés entre 1973 et 2011. Ce phénomène pourrait en partie être lié à une exposition régulière aux perturbateurs endocriniens. En outre, des travaux ont montré que certains comportements, comme la consommation régulière d’alcool, de tabac ou de cannabis pendant les six mois précédents la grossesse, ou encore le fait d’être en situation d’obésité ou de souffrir de troubles alimentaires, sont des facteurs de risque d’infertilité.

On sait aussi que certaines pathologies peuvent être à l’origine de problèmes de fertilité. Chez les hommes, des troubles d’origine endocrinienne ou des lésions des voies génitales peuvent être en cause, tandis que chez les femmes, des maladies comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) peuvent avoir un impact.

Et la cause de l’infertilité n’est pas toujours clairement identifiée. On estime que dans les trois quarts des cas, elle est d’origine masculine, féminine, ou qu’elle elle associe les deux sexes. Dans 10 à 15 %, elle reste inexpliquée : elle n’est pas attribuable à un « défaut » spécifique d’un des deux partenaires.

Les femmes plus ciblées

Quand on prend conscience de cette multiplicité de causes, et de leurs interactions parfois complexes, il est difficile d’imaginer qu’il existerait un régime miracle qui résoudrait tous les problèmes d’infertilité.

C’est pourtant ce que promettent certains magazines féminins, certaines discussions sur des forums en ligne, ou des vidéos sur Tik Tok et Instagram. Comme on l’a déjà évoqué, l’infertilité n’est pas forcément d’origine féminine, mais les messages diffusés sur ces plateformes, qui recommandent tout un tas d’aliments ou de remèdes « magiques », ciblent prioritairement les femmes.

Petit aparté : plusieurs études ont montré que les problèmes de santé considérés comme « féminins » ne sont pas toujours pris au sérieux par la médecine ou encore que les perceptions qu’ont les médecins de la gravité des symptômes de leurs patients peuvent varier en fonction du sexe de ces derniers. Des enquêtes montrent régulièrement que les femmes ont plus tendance que les hommes à ne pas se sentir suffisamment écoutées et considérées par les professionnels de santé.  C’est d’autant plus vrai quand il s’agit d’un problème de santé considéré comme intime et tabou, comme l’infertilité.

Dans ce contexte, certaines peuvent être tentées de « résoudre » le problème de leur côté, sans se tourner vers des médecins, surtout si elles sont par ailleurs régulièrement la cible de contenus diffusés en ligne proposant des solutions « faciles », toutes faites.

Aucune recette miracle, aucun aliment magique

Rappelons donc qu’aucune étude n’a jamais démontré les propriétés d’un régime particulier ou d’un aliment spécifique pour prévenir l’infertilité ou augmenter les chances d’une grossesse.

Certaines affirmations diffusées massivement sur les réseaux sociaux sont ainsi clairement erronées ou exagérées. Par exemple, l’idée que manger des fruits contenant des antioxydants permettrait de prévenir l’infertilité. Manger des fruits, en accord avec les quantités journalières recommandées, est certes bénéfique pour la santé, mais il serait illusoire de croire que cela serait la solution pour éviter tout problème d’infertilité, et que les antioxydants qu’ils contiennent auraient des vertus miraculeuses. De même que l’ananas ou les œufs ne sont pas les aliments « magiques » qui ont parfois été décrits.

Enfin, certains sites diffusent des messages confus autour de la vitamine B9 (acide folique), suggérant qu’elle serait utile pour stimuler la fertilité. Or si la supplémentation en vitamine B9 avant et en début de grossesse est effectivement utile pour prévenir une malformation du fœtus (le spina bifida), aucune étude solide ne montre que cela aurait un impact sur la fertilité. La seule chose que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’une hygiène de vie satisfaisante est recommandée aux couples souhaitant concevoir.

Cet article a été relu par Samir Hamamah, chercheur au sein de l’unité Inserm 1203 “Développement embryonnaire précoce humain et pluripotence”, chef de service au CHU de Montpellier, auteur d’un rapport sur les causes d’infertilité pour le ministère de la Santé ainsi que du livre “Idées reçues sur l’infertilité” parues en 2024 aux éditions du Cavalier bleu; et par Stéphanie Chauvin, chargée de recherche Inserm au sein du laboratoire “Physiologie de l’axe gonadotrope”.

 

FIV : des interrogations sur la santé à long terme, vraiment ?

Embryon humain à huit cellules observé 72 heures après fécondation © Inserm/Lassalle, Bruno

L’assistance médicale à la procréation (AMP) concerne environ une naissance sur 30 en France, selon les données les plus récentes publiées sur le sujet. Parmi les techniques proposées (voir à la fin de l’article), la fécondation in vitro (FIV) est la plus utilisée, représentant 70 % des enfants conçus par AMP. Au cours des quarante dernières années, depuis les premiers succès de la FIV, ces chiffres n’ont cessé de croître.

En parallèle, de nombreux travaux ont été menés afin d’explorer les questionnements médicaux, scientifiques et éthiques suscités par ces techniques. L’une des interrogations centrales, régulièrement évoquée par les médias de manière plutôt pessimiste, concerne la santé à moyen et long terme des enfants nés par FIV.

Ces individus sont-ils vraiment plus à risque de développer certains problèmes de santé en grandissant – par exemple des altérations de la croissance, des troubles cardiovasculaires ou neuro-développementaux, ou même des cancers ? À l’âge adulte, sont-ils plus concernés par des problèmes de fertilité ? Quels travaux de recherche seraient aujourd’hui nécessaires afin de mieux appréhender ce sujet complexe ? Canal Détox fait le point.

Cet article a été préparé en s’appuyant sur le rapport très complet de l’Académie nationale de médecine sur le sujet : “ “Santé à moyen et à long terme des enfants conçus par fécondation in vitro (FIV)” Jouannet P., Claris O., Le Bouc Y. au nom d’un groupe de travail de l’Académie nationale de médecine

 

Des résultats globalement rassurants

La première chose à noter c’est que la période qui correspond à la fécondation et au développement embryonnaire avant l’implantation dans l’utérus est particulièrement fragile. Elle est marquée par des évènements majeurs au niveau génétique et épigénétique, qui jouent un rôle clé pour le développement de l’embryon mais aussi après la naissance. Lors de la FIV, cette période correspond aux phases où gamètes et embryons sont manipulés in vitro.

Il est donc logique que les scientifiques se soient intéressés de près aux conséquences de la FIV pour le développement et pour la santé des enfants et des jeunes adultes conçus de cette manière. Les études publiées sur le sujet tentent d’évaluer notamment s’ils sont plus fréquemment atteints de certains troubles – et si c’est le cas, dans quelle mesure un lien de causalité peut être établi avec les manipulations effectuées pendant la FIV.

Les données disponibles issues de ces travaux de recherche sont encore assez hétérogènes. Le message principal est que si les enfants conçus par FIV peuvent parfois être atteints de troubles de la santé, aucun problème particulier ne domine et leur prévalence est relativement modérée. Cette prévalence n’est pas beaucoup plus importante que chez les enfants conçus naturellement.

Prenons quelques exemples de pathologies qui ont souvent fait l’objet d’investigations. Dans un contexte où il a parfois été rapporté dans les médias que les enfants conçus par FIV présentent des retards de croissance, plusieurs études se sont intéressées à ce sujet, mettant en lumière des résultats plutôt rassurants. Si certains travaux soulignent bien des indices de masses corporels (IMC) plus faibles chez les enfants conçus par FIV, surtout en dessous de l’âge de 3 ans, des données ont ensuite montré que les éventuelles différences de croissance s’estompent à l’adolescence.

Autre inquiétude souvent relayée, celle d’une prévalence accrue des cancers pédiatriques chez les enfants nés par FIV. Si les résultats divergent d’une étude à l’autre, des travaux solides menés à partir des données de milliers d’enfants, notamment en Scandinavie, se sont montrés rassurants puisque les résultats n’indiquent pas de différence significative du taux de cancer chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement.

Enfin, un point sur les anomalies cardiovasculaires, qui ont été centrales dans les débats scientifiques et médiatiques. Le consensus qui se dégage pour le moment est que les enfants et jeunes adultes nés par FIV présentent un risque modéré de troubles cardiovasculaires. Une augmentation légère de la pression artérielle est observée dans certaines études chez ces enfants et pourrait être associée à l’âge adulte à l’hypertension artérielle et à des maladies cardiovasculaires. Il est donc nécessaire de bien informer les parents à propos de ce risque et des stratégies de prévention pour le réduire, tout en y consacrant une attention particulière dans le suivi médical des enfants.

 

Des mécanismes imputables à la FIV ?

Un autre point intéresse les scientifiques et médecins qui travaillent dans le domaine : comment expliquer les incertitudes qui persistent sur certains troubles et les données contradictoires qui se dégagent parfois d’une étude à l’autre ?

Cela peut être en partie dû à des variations méthodologiques. En effet, les effectifs étudiés sont très variables, souvent avec un nombre faible de sujets et les groupes contrôles ne sont pas toujours pertinents. Les résultats peuvent aussi varier en fonction des catégories d’âge considérées, et les perturbations observées à un âge donné peuvent disparaitre à un âge plus avancé. Enfin, il n’est pas à exclure que le diagnostic des différents troubles puisse en partie être lié à une plus grande attention portée par les parents au développement et à la santé de leurs enfants nés par FIV par rapport au reste de la population.

Par ailleurs, les altérations observées chez les enfants ne sont pas forcément toutes directement imputables à la FIV. D’autres facteurs de risque propres à cette population pourraient aussi expliquer certains des troubles décrits.

Par exemple, dans le cas des troubles neuro-développementaux, la FIV ne semble globalement pas avoir d’effet délétère. Lorsque certains troubles sont diagnostiqués (troubles du spectre de l’autisme, de l’apprentissage, hyperactivité, anxiété…), ils pourraient plutôt être dus à d’autres facteurs de risque comme la prématurité. En outre, le contexte socio-familial doit mieux être pris en compte dans ce type d’étude.

Les couples infertiles peuvent aussi être plus à risque de transmettre à leurs enfants des facteurs responsables de perturbations de santé. Par exemple, certains garçons nés à la suite d’une FIV avec micro-injection de spermatozoïde dans l’ovocyte (ICSI), une technique proposée en cas d’infertilité masculine d’origine génétique, ont un risque accru d’être stériles comme leur père.

Priorités de recherche

Enfin, il est important de continuer les travaux pour mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la survenue des troubles, notamment au niveau épigénétique, ainsi que les étapes de la FIV qui peuvent potentiellement augmenter certains des risques décrits.

Des études s’intéressent donc actuellement aux procédures utilisées pour réaliser une FIV, et suggèrent que dans ce cadre, ce sont les traitements hormonaux de stimulation ovarienne, les conditions de la culture embryonnaire et la congélation des embryons qui sont le plus souvent suspectés d’être à l’origine des troubles observés.

À l’heure actuelle, la priorité est aussi de poursuivre les études scientifiques dans des populations mieux caractérisées, notamment à des âges plus avancés de la vie, pour étudier la santé à long terme des individus nés par FIV. Il convient de mener des travaux à la fois cliniques et fondamentaux, pour comprendre d’où proviennent les altérations éventuelles et comment les éviter.

Malgré certaines incertitudes qui persistent, il faut enfin surtout continuer à informer, de manière aussi claire, objective et précise que possible, les personnes ayant recours à la FIV en les rassurant face aux messages pessimistes auxquels elles peuvent être confrontées mais aussi en leur donnant tous les éléments sur les risques potentiels à moyen et à long terme pour les enfants qui naitront.

 

L’AMP en pratique

Il existe différentes techniques pouvant être proposées aux couples infertiles candidats à l’AMP : insémination artificielle, FIV, FIV-ICSI…

Retrouvez toutes les informations sur ces différentes approches dans notre dossier dédié : https://www.inserm.fr/dossier/assistance-medicale-procreation-amp/

 

Texte rédigé avec le soutien de Thierry Galli (directeur de recherche Inserm et directeur de l’Institut Biologie cellulaire, développement et évolution), Jean Rosenbaum (directeur de recherche Inserm, Institut Biologie cellulaire, développement et évolution) et Christine Lemaitre (Institut Biologie cellulaire, développement et évolution et secrétaire générale du comité d’éthique de l’Inserm).

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