Double hélice d’ADN © National Human Genome Research Institute, National Institutes of Health.
Pourquoi, après une infection virale apparemment bénigne, certains patients développent-ils malgré tout des formes sévères ? Des chercheurs de l’UPEC, de l’Inserm, de l’AP-HP, de l’Institut Pasteur, de Sorbonne Université, montrent que la présence, chez certains patients, d’un type particulier d’anticorps perturbe la réponse antivirale. Cette étude, publiée dans la revue Cell, s’inscrit dans le cadre d’une collaboration internationale regroupant au total 60 médecins ou chercheurs , et a permis d’identifier les cellules immunitaires responsables de la production des anticorps anti-interféron de type I chez ces patients.
Les interférons de type I sont des protéines essentielles à la défense antivirale. Certains patients atteints de formes graves de maladies infectieuses présentent des taux sanguins élevés d’anticorps dirigés contre les interférons de type I. Ces auto-anticorps sont retrouvés chez plus de 10 % des patients développant une pneumonie grave par infection au SARS-CoV2 (Covid-19).
Grâce au travail conjoint d’un consortium regroupant la combinaison unique d’expertises en biologie structurale, modélisation d’interaction protéines-protéines et analyse fine des lymphocytes B, les chercheurs ont mis en évidence que ces cellules immunitaires produisant ces autoanticorps ne sont pas induites dans le contexte de la Covid-19 mais sont déjà présentes avant l’infection par le SARS-CoV-2. Ces cellules présentent également des caractéristiques similaires à celles observées dans certaines maladies d’origine génétique affectant la tolérance immunitaire, notamment dans leurs cibles moléculaires sur les interférons de type I et leur capacité à perturber la réponse antivirale.
« Ces résultats suggèrent l’existence, chez des individus par ailleurs sains, d’une anomalie du système immunitaire pouvant favoriser l’apparition de formes graves de certaines infections virales. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies de dépistage et de prévention pour mieux identifier les personnes à risque et adapter leur prise en charge », explique Matthieu Mahévas, dernier auteur de cette étude et chercheur à l’Institut Necker-Enfants Malades.
Ces travaux ont bénéficié de financements de l’agence national de la recherche (ANR), et notamment du projet RHU COVIFERON, de la chaire d’excellence en santé (DIPP-IMMUE), et d’un financement européen H2020 (Undine).
[1] L’équipe dirigée par le Pr Matthieu Mahévas (Université Paris-Est Créteil) et le Dr Pascal Chappert (Inserm) au sein de l’Institut Necker-Enfants Malades (Inserm/CNRS/Université Paris Cité), et les équipes de recherche du Pr Casanova à l’Institut Imagine (AP-HP/Inserm/Université Paris Cité), du Pr Rey (Institut Pasteur/CNRS) et du Pr Gorochov (Inserm/CNRS/Sorbonne Université), ont étudié dans le cadre d’une collaboration internationale regroupant au total 60 médecins ou chercheurs, les cellules immunitaires responsables de la sécrétion des anticorps anti-interféron de type I.
Affinity-matured B cell responses neutralizing type-I interferons underlie severe viral infections
Cell, 6 mai 2026