Dans de précédentes recherches, les scientifiques avaient déjà montré la présence de ces caillots chez des patients atteints de Covid long, avant le développement des premiers vaccins contre la Covid-19 (image d’illustration). © Adobe stock
Une étude récente publiée dans la revue Journal of Medical Virology fait l’objet de rumeurs erronées. [1] D’après les conclusions des scientifiques, les personnes souffrant de Covid long présentent dans le sang une quantité importante de microcaillots amyloïdes, des petits caillots sanguins composés notamment de protéines que l’organisme a du mal à éliminer naturellement.
Mais sur les réseaux sociaux, certains internautes ont aussitôt déformé ces résultats. Selon eux, ces microcaillots ne seraient pas liés à l’infection mais aux vaccins contre la Covid-19, au motif qu’une grande partie (95,5 %) des 98 participants inclus dans l’étude étaient vaccinés.
La rumeur établit aussi un lien entre les résultats de cette étude et une autre idée fausse très répandue dans les milieux anti-vaccins, selon laquelle des caillots blancs observés lors d’autopsies seraient causés par les vaccins à ARN messager. Cependant, ces interprétations sont infondées et ne reposent sur aucun élément scientifique.
Pourquoi c’est faux
Tout d’abord, il faut savoir que même chez les personnes en bonne santé, on trouve en petite quantité les microcaillots amyloïdes décrits dans l’étude. De plus, lors de précédentes recherches, les scientifiques avaient déjà montré la présence de ces caillots chez des patients atteints de formes prolongées de la Covid-19, avant l’autorisation des premiers vaccins. [2] Leur présence n’a donc aucun lien avec la vaccination.
L’étude ne permet pas de comparer l’état de santé des personnes vaccinées et non vaccinées. Les chercheurs n’ont pas analysé le statut vaccinal des participants et n’ont donc jamais cherché à établir un lien entre vaccination et microcaillots.
Le fait que tous les participants, ou presque, soient vaccinés, à la fois dans le groupe de personnes atteintes de Covid long (45 sur 50) et dans le groupe de patients en bonne santé (38 sur 38), s’explique simplement par le contexte. L’étude a été menée en 2024, quand la majorité de la population était déjà vaccinée dans les pays où les participants de l’étude ont été recrutés, la France et l’Afrique du Sud.
En France métropolitaine, 83 % des adultes déclaraient disposer d’un schéma vaccinal complet contre la Covid-19 dès la fin de l’année 2022, selon une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). [3] En Afrique du Sud, 51,5 % des adultes avaient reçu au moins une dose en avril 2023, d’après le ministère de la Santé de ce pays. [4]
Cette proportion reflète donc uniquement la réalité du terrain au moment du recrutement et ne permet de tirer aucune conclusion sur les vaccins.
Ce que l’étude montre vraiment
L’objectif des scientifiques n’était pas d’établir un lien entre la vaccination et la présence de ces microcaillots, mais simplement de mieux comprendre ce qu’il se passe dans le corps des personnes souffrant de Covid long.
Ils ont découvert que les personnes souffrant dans cette maladie ont dans le sang beaucoup plus de microcaillots amyloïdes. Dans leur expérience, chez les malades, ces caillots étaient en moyenne 19 fois plus nombreux et souvent plus gros que chez les personnes en bonne santé.
Ces microcaillots sont problématiques car l’organisme a du mal à les éliminer. Ils peuvent bloquer la circulation sanguine dans les petits vaisseaux et réduire l’apport en oxygène aux tissus, ce qui pourrait expliquer certains symptômes du Covid long, comme des microthromboses, la fatigue, les douleurs ou les troubles de la concentration.
L’étude montre aussi que ces microcaillots sont renforcés par des structures appelées « pièges extracellulaires de neutrophiles », un mélange d’ADN et d’enzymes qui servent normalement à neutraliser les microbes. Mais lorsqu’ils se forment en trop grande quantité, en réaction à l’inflammation, ces pièges se fixent aux microcaillots et les rendent plus résistants, ce qui entretient une inflammation chronique.
En revanche, l’étude ne montre aucun lien entre vaccination et microcaillots. Les caillots plus nombreux et plus volumineux décrits par les chercheurs ont été observés chez des personnes atteintes de Covid long, dont les symptômes peuvent aussi bien toucher des individus vaccinés que non vaccinés.
De plus, une étude publiée dès juillet 2020, bien avant l’arrivée des premiers vaccins, suggérait déjà que certaines personnes présentaient des symptômes persistants plusieurs semaines ou mois après l’infection par le SARS‑CoV‑2, le virus responsable de la Covid‑19 et de ses manifestations prolongées.
Pourquoi la rumeur selon laquelle des caillots blancs observés lors d’autopsies seraient causés par les vaccins à ARN est-elle aussi fausse ?
La rumeur relie les résultats de cette étude à une autre idée fausse très répandue dans les milieux anti-vaccins : selon elle, des caillots blancs observés lors d’autopsies, dont les images ont largement circulé sur les réseaux sociaux, notamment en Thaïlande, seraient causés par les vaccins à ARN messager.
En réalité, les « caillots blancs » visibles sur ces vidéos et captures d’écran virales sont des agrégats de fibrine post-mortem, que l’on retrouve sur tous les cadavres et qui n’ont aucun lien avec les vaccins contre la Covid-19, selon les autorités sanitaires thaïlandaises et les experts légistes interrogés par l’Agence France Presse. Ces formations sont considérées comme normales en autopsie et ne constituent pas un nouveau type de thrombose causé par la vaccination. [5]
Pour rappel, il n’existe aucune donnée scientifique sérieuse établissant un lien entre les vaccins à ARN messager et un risque significatif de caillots sanguins. Les agences sanitaires, comme l’Agence européenne des médicaments (EMA), reconnaissent un risque très rare de thromboses, mais surtout pour des vaccins à vecteur viral (comme AstraZeneca), et pas pour les vaccins à ARN messager.[6]
Enfin, une étude suggère que la Covid-19 elle-même entraîne un risque de caillots bien plus élevé que celui des vaccins à ARN. [7]
En bref, que faut-il retenir ?
L’étude publiée en octobre 2025 dans le Journal of Medical Virology ne permet d’affirmer que les microcaillots amyloïdes observés chez les participants sont causés par les vaccins. Ils sont naturellement présents dans l’organisme, y compris chez les personnes en bonne santé, et peuvent devenir plus nombreux en cas d’inflammation, notamment après une infection par le SARS-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19.
L’étude citée s’intéresse uniquement au Covid long et n’analyse pas l’effet des vaccins. Les rumeurs qui circulent en ligne proviennent d’une lecture erronée et déformée du travail scientifique.
Ce texte a été écrit avec le soutien d’Alain Thierry, directeur de recherche à l’Inserm et premier auteur de l’étude Circulating Microclots Are Structurally Associated With Neutrophil Extracellular Traps and Their Amounts Are Elevated in Long COVID Patients, publiée en octobre 2025 dans le Journal of Medical Virology.
Sources
[1] Thierry AR, Usher T, Sanchez C, Turner S, Venter C, Pastor B, Waters M, Thompson A, Mirandola A, Pisareva E, Prevostel C, Laubscher GJ, Kell DB, Pretorius E. Circulating Microclots Are Structurally Associated With Neutrophil Extracellular Traps and Their Amounts Are Elevated in Long COVID Patients. J Med Virol. 2025 Oct;97(10):e70613. doi: 10.1002/jmv.70613. PMID: 41036702; PMCID: PMC12489976.
[2] Pretorius, E., Vlok, M., Venter, C. et al. Persistent clotting protein pathology in Long COVID/Post-Acute Sequelae of COVID-19 (PASC) is accompanied by increased levels of antiplasmin. Cardiovasc Diabetol 20, 172 (2021). https://doi.org/10.1186/s12933-021-01359-7
[3] Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), Couverture vaccinale contre le Covid-19 : des inégalités sociales toujours marquées à la fin de la campagne vaccinale
[4] Health Department, Republic of South Africa, Annual Report 2022-2023
[5] Agence France Presse, False claims linking ‘white clots’ to mRNA vaccines resurface online in Thailand
[6] Agence européenne des médicaments, AstraZeneca’s COVID-19 vaccine: EMA finds possible link to very rare cases of unusual blood clots with low blood platelets
[7] Taquet M, Husain M, Geddes JR, Luciano S, Harrison PJ. Cerebral venous thrombosis and portal vein thrombosis: A retrospective cohort study of 537,913 COVID-19 cases. EClinicalMedicine. 2021 Sep;39:101061. doi: 10.1016/j.eclinm.2021.101061. Epub 2021 Jul 31. PMID: 34368663; PMCID: PMC8324974.


