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Le changement climatique a-t-il vraiment un impact différent sur la santé des femmes ?

Le dérèglement climatique est l’une des plus graves menaces qui pèse sur la planète. Si des recherches supplémentaires sont nécessaires pour bien décrire tous les risques associés à ce phénomène, l’impact sur la santé de différentes populations commence à être bien documenté.

On sait par exemple aujourd’hui que la hausse des températures modifie la répartition géographique de certaines maladies à transmission vectorielle. Les températures plus élevées et l’exposition aux UV constituent aussi une menace directe pour la physiologie et la santé humaine. Citons notamment les conséquences délétères des canicules, plus fréquentes du fait du changement climatique : en Europe la chaleur record de l’été 2022 a par exemple entraîné plus de 61 000 décès.

Par ailleurs, les catastrophes naturelles liées au changement climatique, telles que les épisodes de sécheresse et les inondations, s’accélèrent avec des impacts directs et indirects sur la santé. Ces catastrophes entraînent en effet des problèmes de sécurité alimentaire ainsi que d’accès à l’eau potable, d’assainissement et d’hygiène, et limitent l’accès aux services de santé et à l’information médicale. Le changement climatique est aussi associé à un risque pandémique futur dans la mesure où il pourrait accélérer les déplacements d’espèces sauvages qui constituent de potentiels réservoirs viraux ainsi que les mouvements de populations, augmentant ainsi la diffusion des maladies.

Tous ces phénomènes sont de plus en plus médiatisés et expliqués au public. Néanmoins, il faut se rendre à l’évidence : les conséquences du dérèglement climatique ne touchent pas toutes les populations de la même manière.

Des facteurs de risque liés au pays de résidence, à l’âge, au sexe et au genre ou encore au milieu socio-économique peuvent rendre les individus plus vulnérables au changement climatique. Parmi ces différents facteurs, de nombreuses études ont été publiées pour examiner le poids du sexe et du genre et décrire la manière dont ces inégalités s’entrecroisent avec les inégalités de santé face aux phénomènes climatiques.

Alors les femmes sont-elles plus à risque de voir leur santé se dégrader à cause du changement climatique ? L’impact du changement climatique sur la santé des femmes est-il seulement physique ? Comment s’intéresser, dans ce contexte, à la santé mentale ? Canal Détox fait le point dans ce nouvel article de son hors-série sur la santé des femmes.

Des problèmes pour la santé maternelle bien documentés

C’est souvent sous l’angle de la santé maternelle que la question du sexe, du genre et du changement climatique a été étudiée.

Soulignons tout d’abord que les chaleurs extrêmes augmentent l’aire de répartition géographique de certains vecteurs de maladies notamment les tiques ou les moustiques, et donc la propagation des maladies à transmission vectorielle telles que le paludisme ou le virus Zika. Or ces maladies ont des impacts particulièrement délétères sur la santé des femmes enceintes et des nouveau-nés.

Des études ont montré que les femmes enceintes étaient particulièrement à risque d’être piquées par des moustiques, du fait de plusieurs changements physiologiques et comportementaux qui se produisent pendant la grossesse. Une étude menée en Gambie a par exemple montré que la température corporelle des femmes enceintes attire plus facilement les moustiques. Par ailleurs, les femmes enceintes vont plus souvent quitter la protection des moustiquaires pour uriner la nuit et se font ainsi piquer par des moustiques, plus actifs aux heures nocturnes. Ceci a des conséquences à la fois sur la santé des mères, qui vont développer plus fréquemment des maladies portées par les moustiques, mais aussi sur celle des enfants qu’elles portent. Le paludisme maternel augmenterait en effet le risque d’avortement spontané, d’accouchement prématuré, de mortinatalité et d’insuffisance pondérale à la naissance. Quant au virus Zika, il est aujourd’hui bien établi que si la mère est infectée pendant la grossesse, le risque de malformations congénitales, dont la microcéphalie, est accru.

Les résultats de travaux qui s’intéressent aux effets de la chaleur et de la pollution atmosphérique sur la santé maternelle et infantile sont plus contrastés. Mais dans l’ensemble, les données disponibles suggèrent une augmentation de plusieurs problèmes, dont le risque de prééclampsie, de mortinatalité (enfants nés sans vie après 6 mois de grossesse) et de fausses couches.

Une grande analyse de littérature scientifique publiée dans le journal JAMA Network s’est intéressée à 32 798 152 naissances aux États-Unis et a montré une association significative entre exposition à de fortes températures et complications lors de l’accouchement. En France, l’exposition des mères à la chaleur au cours de la grossesse a été associée à un risque accru de prématurité et à une diminution du poids de naissance. De moindres performances pulmonaires étaient également observées chez les nouveau-nés filles, suggérant ainsi que des inégalités liées au sexe sont présentent dès le début de la vie. L’exposition aux particules fines ou à l’ozone a aussi été associée à un risque accru de naissance prématurée et à un faible poids de naissance dans la plupart des études considérées.

Par ailleurs, le dérèglement climatique affecte la santé sexuelle et reproductive des femmes et leur capacité à recevoir un accompagnement gynécologique adapté. Comme le souligne un rapport du Fonds des Nations Unies pour la population, des données montrent que les catastrophes climatiques entraînent notamment des perturbations majeures dans l’accès à la contraception et que les décès maternels liés à des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses sont susceptibles d’être beaucoup plus nombreux dans ces situations d’urgence.

Une équipe Inserm étudie l’impact de la pollution atmosphérique sur le placenta

Comment l’exposition à la pollution de l’air pendant la grossesse impacte-t-elle son bon déroulement et le développement de l’enfant à naître ?

C’est ce qu’une étude de l’Inserm et de l’université de Grenoble tente de comprendre. En comparant les données obtenues chez près de 1 500 femmes enceintes, elle a ainsi pu observer que l’exposition à ces polluants durant la grossesse était associée à des modifications épigénétiques susceptibles d’altérer le développement du fœtus, en particulier au niveau métabolique, immunitaire et neurologique. Les résultats obtenus par les scientifiques montrent en outre que les périodes de susceptibilité aux polluants de l’air seraient différentes en fonction du sexe du fœtus, impactant ainsi le développement de façon différenciée entre les filles et les garçons.

Pour aller plus loin, consultez nos communiqués :

https://presse.inserm.fr/vulnerabilite-du-placenta-a-la-pollution-de-lair-quels-effets-sur-le-developpement-de-lenfant-a-naitre/68392/

https://presse.inserm.fr/quel-impact-de-la-pollution-atmospherique-sur-le-placenta/31777/

La répartition genrée des rôles augmente la vulnérabilité aux catastrophes climatiques et aux maladies

La santé maternelle n’est toutefois pas la seule problématique à prendre en compte quand on s’intéresse aux intersections entre sexe, genre, santé et changement climatique. Certains travaux soulignent ainsi que dans de nombreuses sociétés, les inégalités de genre, le rôle attribué aux femmes et le poids des normes culturelles peuvent accroître leurs vulnérabilités face au changement climatique, avec des effets directs et indirects sur leur santé.

Une analyse portant sur les effets des catastrophes climatiques dans 141 pays a ainsi montré que, si ces évènements créent des difficultés pour tout le monde, ils tuent en moyenne plus de femmes que d’hommes, ou du moins ils tuent les femmes à un âge plus jeune que les hommes.

Il faut néanmoins noter que cet effet est beaucoup plus marqué dans les pays où les femmes ont un statut social, économique et politique particulièrement bas. Quand les inégalités entre les genres sont moindres, hommes et femmes sont touchés par les catastrophes climatiques de manière moins différenciée.

La même étude a souligné que les différences physiques entre les hommes et les femmes n’expliquent probablement pas toutes les inégalités qui peuvent parfois être constatées lors de catastrophes climatiques. Les normes sociales et culturelles jouent quant à elles un grand rôle. Comme le rappelle un rapport de l’OMS intitulé Gender, Climate Change and Health, dans les sociétés où les femmes ont peu d’indépendance et jouent un rôle principalement au sein de leur foyer, s’occupant des enfants et des personnes âgées, elles ont souvent moins la possibilité de s’enfuir et d’aller chercher du secours et des aides alimentaires, notamment parce qu’elles ont plus tendance à rester sur les lieux de la catastrophe pour aider leurs proches. D’autres facteurs comme les normes vestimentaires ou comportementales (interdiction d’apprendre à nager par exemple) peuvent avoir un impact sur la mobilité des femmes et leur capacité à fuir.

Enfin, sans même parler de survie face à des catastrophes, les femmes sont aussi plus vulnérables face à certaines maladies du fait des tâches quotidiennes qu’elles sont amenées à effectuer. Prenons l’exemple de l’eau, aussi décrit dans le rapport de l’OMS : les femmes sont chargées dans de nombreux pays d’aller chercher l’eau utilisée par le foyer.

Or alors que les épisodes de sécheresse deviennent de plus en plus fréquents sur la planète, on constate une réduction de la disponibilité et de la fiabilité de l’approvisionnement en eau douce. Les trajets pour la collecte de l’eau se font parfois plus longs provoquent de l’épuisement, des douleurs et des lésions osseuses pour les femmes qui en sont responsables.

En outre, lorsque l’eau est rare, les pratiques hygiéniques sont souvent sacrifiées à des besoins en eau plus pressants, tels que la boisson et la cuisine. Le manque d’hygiène peut être à l’origine de maladies telles que le trachome[1] et la gale, également appelées « maladies de l’eau », qui touchent d’autant plus les femmes qu’elles font souvent passer les besoins en eau du reste du foyer avant les leurs.

Un mot sur le sexe et le genre

 Si l’on synthétise, on peut définir ces deux concepts de la manière suivante :

  • le « sexe » fait référence aux caractéristiques biologiques et physiologiquesqui différencient les hommes des femmes (comme les gonades, les organes reproductifs, les chromosomes, les hormones) ;
  • le genre est une construction sociale, psychologique et culturelle qui s’effectue dans le cadre du processus de socialisation. Différentes sociétés et cultures peuvent donc avoir des conceptions différentes de ce qui est « masculin » ou « féminin ».

La littérature scientifique porte le plus souvent sur les interactions entre sexe et changement climatique, ou étudie le sexe et le genre de manière indifférenciée, mais de plus en plus de publications s’intéressent spécifiquement au genre en tant que construction sociale et à son lien avec les inégalités climatiques.

Dans ce texte, qui n’est pas exhaustif, nous avons choisi d’employer les deux concepts et de proposer au lecteur des références bibliographiques qui s’intéressent à la fois au sexe et au genre.

Et la santé mentale ?

La question de la santé mentale commence plus récemment à être abordée. Si les hommes et les femmes voient leur santé mentale se dégrader face aux effets du changement climatique, les manifestations diffèrent souvent selon le genre.

Dans le contexte de catastrophes climatiques, les femmes sont plus souvent exposées à la violence sexiste, à des migrations forcées et à d’autres facteurs de stress socio-économiques qui ont des effets néfastes sur la santé mentale, avec notamment un risque plus élevé d’anxiété et de dépression.

Le stress lié à la perte de revenus et à l’endettement qui découle de certaines situations liées au changement climatique, par exemple les sécheresses ou les inondations, peuvent néanmoins aussi se répercuter sur la santé mentale des hommes, avec un risque de suicide plus élevé. Certaines données établissent par exemple un lien entre la sécheresse et le suicide chez les hommes en Australie.

Enfin, l’éco-anxiété est un phénomène de plus en plus étudié. Si les résultats varient d’une étude à l’autre, et que la question du genre n’est pas encore tranchée, plusieurs travaux suggèrent tout de même que les femmes, surtout jeunes, sont plus sujettes à l’éco-anxiété que les hommes. Toutefois, la plupart des données sur l’éco-anxiété proviennent des pays occidentaux, et des recherches futures seront donc nécessaires dans d’autres pays.

En conclusion, les effets du changement climatique sur la santé affectent différemment les hommes et les femmes principalement en raison de facteurs socio-économiques et culturels sous-jacents. Des facteurs physiologiques entrent aussi en jeu dans ces inégalités de genre, mais ils ont encore été insuffisamment étudiés. Le changement climatique menace d’aggraver les inégalités de santé existantes entre les hommes et les femmes dans tous les pays, avec toutefois des différences plus marquées dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Pour la recherche, un enjeu est de continuer à intégrer la perspective du sexe et du genre dans les travaux sur les effets sanitaires du changement climatique, et ce afin de mieux orienter les politiques publiques existantes en matière de climat, de développement et d’accès aux soins pour réduire les inégalités.

Texte rédigé avec le soutien de Johanna Lepeule, épidémiologiste, chargée de recherche dans l’équipe Inserm d’épidémiologie environnementale appliquée au développement et à la santé respiratoire à l’Institut pour l’Avancée des biosciences.

[1]Le trachome est une maladie infectieuse de l’œil due à la bactérie Chlamydia trachomatis.

 

Références utiles

Bekkar B, Pacheco S, Basu R et al. Association of air pollution and heat exposure with preterm birth, low birth weight, and stillbirth in the US: a systematic review. JAMA Network Open. 2020;3(6):e208243 doi: 10.1001/jamanetworkopen.2020.8243.

Beltran AJ, Wu J, Laurent O. Associations of meteorology with adverse pregnancy outcomes: A systematic review of preeclampsia, preterm birth and birth weight. Int J Environ Res Public Health. 2014;11(1):91-172 doi: 10.3390/ijerph110100091.

Kuehn L, McCormick S. Heat exposure and maternal health in the face of climate change. Int J Environ Res Public Health 2017;14(8):853 doi: 10.3390/ijerph14080853.

Rothschild J, Haase E. Women’s mental health and climate change Part II: Socioeconomic stresses of climate change and eco-anxiety for women and their children. Int J Gynaecol Obstet. 2023;160(2):414-420 doi: 10.1002/ijgo.14514.

Sorensen C, Saunik S, Sehgal M, Tewary A, Govindan M, Lemery J, Balbus J. Climate Change and Women’s Health: Impacts and Opportunities in India. Geohealth. 2018 Oct 17;2(10):283-297. doi: 10.1029/2018GH000163. PMID: 32159002; PMCID: PMC7007102.

https://www.unwomen.org/en/news-stories/explainer/2022/02/explainer-how-gender-inequality-and-climate-change-are-interconnected

https://iris.who.int/bitstream/handle/10665/144781/9789241508186_eng.pdf

Les crises environnementales sont-elles responsables de l’émergence de nouvelles épidémies ?

Dans certaines régions du monde, l’extension des terres agricoles associée à la déforestation signifie que des espèces animales sauvages sont plus à risque d’entrer en contact avec le bétail et avec les humains, et donc de transmettre d’éventuels virus. © Adobe Stock

Inconnue il y a encore un an, la Covid-19 a touché en quelques mois l’ensemble des régions du monde. En Europe, la deuxième vague de la pandémie s’accélère. Et les scientifiques sont inquiets : si la recherche pour développer de nouveaux traitements et des vaccins sûrs et efficaces contre cette maladie progresse rapidement, ils n’excluent pas que d’autres virus encore non documentés émergent dans les années à venir et se diffusent à travers le monde.

Un nombre croissant de travaux souligne que les activités humaines à l’origine de la dégradation de la biodiversité et du changement climatique constitueraient un facteur majeur dans l’accélération des épidémies. Un constat partagé par un rapport de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) publié au mois d’octobre 2020. Pour mieux comprendre le lien entre crises écologiques, maladies émergentes et pandémies, Canal Détox fait le point sur l’état des connaissances.

Origine des pandémies

La grande majorité des maladies émergentes ayant donné lieu à des épidémies sont des zoonoses, c’est-à-dire que des pathogènes d’origine animale en sont à l’origine. C’est le cas par exemple de Zika ou encore de la maladie d’Ebola pour laquelle plusieurs études ont confirmé que les chauves-souris étaient des réservoirs du virus.

Dans les précédentes épidémies de coronavirus, il a été montré que la chauve-souris constitue également le réservoir du virus comme par exemple pour l’épidémie de SRAS au début des années 2000. Un hôte intermédiaire, lui-même infecté par ces chauves-souris, est nécessaire à la transmission de ces virus chez l’humain. C’est le cas de la civette palmiste masquée pour le SRAS-CoV, vendue sur les marchés et consommée en Chine, et du dromadaire pour le MERS-CoV. Dans le cas de la pandémie de Covid-19, si l’on est bien certain qu’il s’agit d’une zoonose, le réservoir viral n’a pas encore été clairement identifié. Dans la publication Emerging Infectious Diseases, des chercheurs viennent de montrer le potentiel pour les chiens viverrins d’être infectés par les SARS-CoV-2, émettant ainsi l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’un hôte intermédiaire.

Le Global Virome Project, ambitieuse initiative portée par plusieurs équipes de scientifiques sur 10 ans, estime que près de 1,7 million de virus encore inconnus existent chez les mammifères et les oiseaux, dont plus de 500 000 seraient en capacité d’infecter l’espèce humaine. Or, depuis plusieurs décennies, les épidémies de maladies infectieuses émergentes touchant l’humain s’accélèrent. Une étude de référence sur le sujet, publiée dans le journal Nature en 2008, montrait déjà la fréquence accrue de l’émergence de ces pathologies et leur potentiel épidémique depuis la deuxième moitié du xxe siècle, identifiant 335 nouvelles maladies infectieuses survenues entre 1940 et 2004. Parmi elles, plus de 60 % étaient des zoonoses. Une tendance qui n’a cessé de se renforcer ces 20 dernières années avec des épidémies plus nombreuses et plus fréquentes comme l’indique le graphique ci-dessous, issu de l’étude Climate variability and outbreaks of infectious diseases in Europe parue en 2013. Ces travaux ont illustré l’évolution du nombre de maladies ayant connu des dynamiques épidémiques entre 1950 et 2010.

Évolution du nombre de maladies ayant enregistré au moins un épisode épidémique entre 1950 et 2009 (d’après GIDEON, dans M&M)

Activités humaines et biodiversité

Cette accélération de la fréquence des épidémies pourrait être en partie due aux activités humaines qui modifient l’environnement et augmentent la probabilité d’une rencontre entre humains et pathogènes. Le récent rapport de l’IPBES suggère ainsi que 30 % des maladies émergentes identifiées depuis 1960 ont été causées par des modifications dans l’aménagement du territoire au détriment de zones sauvages et par l’exploitation des terres à des fins agricoles. Des travaux parus dans Biological Conservation en août 2020 renforcent cette idée : l’augmentation de la quantité de bétail sur la planète est positivement corrélée à un nombre accru d’espèces en voie de disparition ainsi qu’à une augmentation du nombre d’épidémies humaines au cours des dernières décennies.

Dans certaines régions du monde, l’extension des terres agricoles associée à la déforestation signifie que des espèces animales sauvages sont plus à risque d’entrer en contact avec le bétail et avec les humains, et donc de transmettre d’éventuels virus. La transmission du virus Nipah en Malaisie à la fin du siècle dernier en est un bon exemple : l’habitat naturel des chauves-souris du genre Pteropus porteuses du virus y a été détruit par la déforestation, poussant ces animaux à s’installer dans les vergers à proximité d’espèces domestiquées. Le bétail a été infecté en consommant des fruits exposés aux chauves-souris et contenant le virus, puis a à son tour infecté l’humain.

Des données supplémentaires suggèrent aussi un lien entre fréquence accrue des épidémies entre 1990 et 2016, déforestation dans les zones tropicales et expansion de zones agricoles, notamment pour les plantations de palmiers à huile.

De même, le trafic et la vente d’animaux sauvages semblent aussi avoir accéléré l’exposition humaine à ces pathogènes. L’interdiction de la vente d’animaux exotiques pourrait s’avérer nécessaire pour prévenir de futures pandémies similaires à celle que nous vivons actuellement.

Réchauffement climatique

Le réchauffement climatique pourrait aussi se révéler problématique dans certains cas. Pour illustrer ce point, on peut notamment souligner que la hausse des températures a été impliquée dans l’émergence et la diffusion de l’encéphalite à tiques dans plusieurs pays européens. Certains travaux soulignent aussi que le changement climatique est associé à un risque pandémique futur dans la mesure où il pourrait accélérer les déplacements d’espèces sauvages qui constituent de potentiels réservoirs viraux ainsi que les mouvements de populations, augmentant ainsi la diffusion des maladies.

Pour de nombreux chercheurs, la surveillance et la prévention de futures épidémies sont donc étroitement liées à une action plus robuste pour mieux protéger l’environnement des activités humaines et réduire les effets les plus délétères du réchauffement climatique.

Le constat d’un lien entre crise écologique, changement climatique et épidémies constitue par ailleurs un argument pour continuer à promouvoir l’approche One Health qui aborde de façon systémique et unifiée la santé publique humaine ainsi que la santé animale et environnementale aux échelles locale, nationale et planétaire. La création du Haut Conseil Une seule santé, sur le modèle du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) répond à cet impératif. Elle a été annoncée en novembre 2020 à l’occasion de l’ouverture du Forum de Paris sur la paix.

Texte rédigé avec le soutien de Claire Lajaunie, chercheuse Inserm au sein du Laboratoire population environnement développement (LPED – UMR 151)

Pour plus d’informations : voir la conférence en ligne sur le sujet https://www.arb-idf.fr/article/webinaire-sante-et-biodiversite ainsi que le chapitre 14 du livre « Biodiversity Conservation in Southeast Asia » (Routledge, 2017).

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