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Les régimes intermittents, plus efficaces pour la perte de poids, vraiment ?

fruits légumes

Des études cherchent à déterminer si les régimes intermittents améliorent l’équilibre alimentaires des personnes. Crédits Julia Zolotova sur Unsplash 

 

Dans les magazines et sur les réseaux sociaux, les régimes intermittents ont le vent en poupe. Des influenceurs qui racontent leur expérience aux pseudo-experts qui alimentent leurs blogs de conseils pour permettre à chacun de s’y mettre, Internet se fait le relai, depuis plusieurs années, de cette tendance. Cependant, le terme « régime intermittent » recouvre plusieurs réalités, avec des pratiques variées (voir encadré). Leur point commun est toujours d’alterner des périodes plus ou moins longues de restrictions alimentaires avec des périodes où l’on peut manger normalement.   

Ce type de régime est souvent présenté comme plus efficace pour favoriser la perte de poids. Certains estiment notamment qu’il permet d’éviter les contraintes et les frustrations éventuelles liées à une restriction alimentaire continue, et donc qu’il conduit à une meilleure adhésion. D’autres mettent en avant des effets bénéfiques sur des paramètres métaboliques (pression artérielle, glycémie, cholestérol…), voire pour la prévention de certaines maladies (cancers, maladies inflammatoires, métaboliques, cardiovasculaires…).

Il faut toutefois noter que des études scientifiques bien construites, avec des méthodologies solides, manquent encore pour évaluer correctement ces régimes et leurs effets au sein de différentes populations. De plus, même lorsque des résultats intéressants sont obtenus, il peut être difficile de les généraliser à l’ensemble des régimes intermittents étant donné l’hétérogénéité des pratiques.

Alors, que peut-on dire concernant l’effet des régimes intermittents sur la perte de poids ? Sont-ils plus efficaces que d’autres régimes à long terme ? Et quel est leur impact sur le comportement alimentaire ?  Canal Détox se penche sur ces questions.

Les régimes intermittents les plus pratiqués

  • Le régime 5 : 2 consiste à manger normalement pendant 5 jours puis à diminuer le nombre de calories de manière importante les 2 jours qui suivent (500 calories/jour pour les femmes et 600 calories/jour pour les hommes).

 

  • Le régime 16/8 consiste à jeûner au cours de la journée pendant une période de 14 à 16 heures et à prendre ses repas sur les 8 à 10 heures restantes (on peut par exemple prendre un goûter à 16 h et ne plus rien consommer jusqu’au matin suivant).

 

  • L’alternate day fasting est le fait de jeûner un jour sur deux.

Les régimes intermittents ne sont pas plus efficaces que d’autres régimes

La promesse principale des régimes intermittents serait de faciliter la perte de poids tout en allégeant les contraintes par rapport à d’autres régimes restrictifs. Or lorsqu’on se penche sur les études les plus rigoureuses ou sur les revues de littérature scientifique (méta-analyses), on s’aperçoit que les résultats sont variables. La plupart des publications ne montrent pas de supériorité du régime intermittent (quelles que soient ses modalités) par rapport à d’autres régimes en matière de perte de poids.

Parmi les études publiées sur le sujet avec une méthodologie rigoureuse, citons-en quelques-unes, qui se sont notamment intéressées au régime 5 : 2 (5 jours libres et 2 jours avec une consommation très réduite de calories).

Un travail publié dans l’International Journal of Obesity a été mené auprès de 332 personnes en situation d’obésité divisées en trois groupes (restriction continue avec réduction du nombre de calories consommées chaque jour ; restriction alternée une semaine sur deux et restriction intermittente classique 5 : 2). Après 12 mois, seuls 146 sujets ont été au terme de l’étude, avec une perte de poids modérée similaire dans les trois groupes (respectivement 6,6 kg, 5,1 kg et 5 kg en moyenne).

Des résultats semblables ont été constatés dans une étude portant sur 109 sujets suivis pendant 24 mois, avec une perte de poids similaire la première année pour les trois types de régimes et une stabilisation de ce poids entre 12 et 24 mois. Il n’est toutefois pas possible à partir de ces données d’apporter des conclusions sur d’autres types de régimes intermittents.

Ces différentes études se sont aussi intéressées à des paramètres métaboliques cruciaux pour la santé, notamment cardiovasculaires, sans parvenir à montrer la supériorité d’un régime sur les autres. Dans les travaux comparant le régime 5 : 2 aux régimes restrictifs plus classiques par exemple, si le cholestérol global a diminué, le taux de glucose dans le sang et les triglycérides[1] sont restés inchangés dans tous les groupes. De même, dans l’étude comparant ces régimes à une alimentation sans restriction, aucune différence n’a été relevée en ce qui concerne les paramètres métaboliques.

Si les régimes intermittents ne seraient donc pas moins efficaces que d’autres pour la perte de poids, ils ne peuvent toutefois être considérés comme des « régimes miracles ». D’autant que d’autres facteurs sont à prendre en compte, par exemple leur impact sur l’appétit et l’équilibre alimentaire.

Là encore les données issues de la recherche sont assez hétérogènes. On peut néanmoins citer des résultats qui suggèrent qu’un régime restrictif en continu pourrait être associé à une plus grande amélioration de l’équilibre alimentaire, avec une consommation de repas plus variés et des habitudes plus saines, que les régimes intermittents.

Quant à la question de savoir si les personnes qui pratiquent un régime intermittent « surcompensent » en mangeant plus dans les périodes où cela leur est autorisée, elle n’est pas encore entièrement tranchée.

Et enfin, il faut souligner que l’adhésion à long terme à des régimes, qu’ils soient intermittents ou non, est souvent faible. Dans plusieurs études, on observe que les participants abandonnent le régime en cours de route, avec un risque de reprendre les kilos perdus. Favoriser une alimentation équilibrée avec un soutien médical, mettant aussi l’accent sur des rythmes réguliers pour les repas et une activité physique reste une approche efficace pour de nombreux individus.

 

Pour aller plus loin : une sélection d’études sur le poids, l’appétit et les paramètres métaboliques 

Sundfør T.M., Tonstad S., Svendsen M. Effects of intermittent versus continuous energy restriction for weight loss on diet quality and eating behavior. A randomized trial. Eur J Clin Nutr. 2019; 73 (7): 1006-1014

Jospe M.R., Roy M., Brown R.C., et al. Intermittent fasting Paleolithic, or Mediterranean diets in the real world: exploratory secondary analyses of a weight-loss trial that included choice of diet and exercise. Am J Clin Nutr. 2020; 111 (3): 503-514

Roman Y.M., Dominguez M.C., Easow T.M., et al. Effects of intermittent versus continuous dieting on weight and body composition in obese and overweight people: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Int J Obes (Lond). 2019; 43 (10): 2017-2027

Coutinho S.R., Halset E.H., Gåsbakk S., et al. Compensatory mechanisms activated with intermittent energy restriction: A randomized control trial. Clin Nutr. 2018; 37(3):815-823. doi: 10.1016/j.clnu.2017.04.002

Trepanowski J.F., Kroeger C.M., Barnosky A., et al. Effect of alternate-day fasting on weight loss, weight maintenance, and cardioprotection among metabolically healthy obese adults: a randomized clinical trial. JAMA Intern Med. 2017

 

Régime intermittent, effet sur d’autres pathologies : l’exemple du cancer  

Tout un pan de la recherche scientifique a également commencé à s’intéresser au lien entre régime intermittent et développement de maladies, en particulier le cancer. Néanmoins, les résultats sont à prendre avec prudence car ils ont été obtenus dans des modèles animaux. Par exemple, un régime intermittent a eu des effets bénéfiques dans un modèle de souris obèses avec cancer du sein, ralentissant la croissance tumorale et réduisant les métastases pulmonaires sans que les animaux n’aient perdu du poids par ailleurs. Il n’est toutefois pas possible de généraliser ces conclusions chez l’humain à l’heure actuelle en l’absence d’essai clinique rigoureux.

Soulignons enfin que pour les patients atteints de cancer, comme le rappelle un article relayé par l’American Cancer Society, si des études précliniques suggèrent que les régimes intermittents pourraient réduire la toxicité de la chimiothérapie, leurs risques – notamment en matière de dénutrition – sont bien plus importants.

En conclusion, si les régimes intermittents semblent globalement sûrs pour des individus sains et peuvent contribuer à réduire le poids chez certaines personnes en surpoids, leur supériorité par rapport à d’autres régimes n’est pas confirmée. De plus, des questions subsistent quant à leurs effets sur d’autres paramètres en lien avec la santé cardiovasculaire. Une alimentation équilibrée, s’appuyant sur le Programme national nutrition santé (PNNS), couplée à une activité physique régulière, est à privilégier pour favoriser la perte de poids et la santé.

[1] Des lipides sanguins dont une concentration trop élevée augmente le risque cardiovasculaire

 

Lire le communiqué de presse : La consommation d’aliments moins bien classés au moyen du Nutri-Score associée à une mortalité accrue

Lire la synthèse de l’expertise collective de l’Inserm : Activité physique : Prévention et traitement des maladies chroniques

Texte écrit avec l’aide de la chercheuse Karine Clément, unité 1269 Inserm/Sorbonne Université, Nutrition et obésités : approches systémiques (Nutriomique)

Objectif summer body : tous égaux face à la perte de poids, vraiment ?

Adobe Stock

Avec l’arrivée des beaux jours, les « objectifs bikini » ou summer body font la couverture des magazines. Les gros titres promettent aux lecteurs et lectrices des méthodes infaillibles pour une perte de poids rapide et efficace, pour un corps sculpté, plus esthétique ou plus athlétique, alliant à la fois ventre plat et tablettes de chocolat. Incontournable pour passer « l’épreuve » du maillot de bain cet été.

Mais que penser de ces formules « miracles » ? Les méthodes fréquemment proposées fonctionnent-elles ? Et sommes-nous tous égaux face à la perte de poids ?

Canal Détox fait le point sur les recherches scientifiques qui ont tenté de mieux comprendre comment notre poids est finement régulé.

La formule d’une perte de poids miracle, efficace, vraiment ?

Le surpoids et l’obésité sont communément liés à un déséquilibre entre l’apport énergétique (les calories consommées) et la dépense énergétique (activité physique) : l’apport énergétique dépasse la dépense sur une longue période. Les stratégies de perte de poids relayées dans les médias suivent le plus souvent cette logique, conseillant à la fois une augmentation de l’activité physique et une restriction de la prise alimentaire.

Un très grand nombre d’études s’est déjà penché sur l’efficacité des régimes alimentaires reposant sur une restriction des calories consommées qui promettent un maximum de résultats en très peu de temps. Pour les scientifiques, leur efficacité reste pourtant limitée sur le long terme. Si une perte de poids dans les six premiers mois peut parfois être constatée, entre un et deux tiers du poids perdu serait regagné dans les cinq années.

Les études s’accordent toutefois à dire qu’une perte de poids, même de 5 %, entraînerait des bénéfices métaboliques importants : baisse du glucose, baisse du niveau des triglycérides dans le sang, réduction des risques cardiovasculaires.

L’existence d’une « susceptibilité individuelle »

Outre l’efficacité limitée des régimes, les scientifiques ont constaté une très grande variation interindividuelle dans la façon dont notre corps régule le poids, y compris lorsque le suivi des apports alimentaires est très contrôlé dans le cadre de la recherche. Des résultats qui soulignent l’importance de s’intéresser aux trajectoires individuelles pour comprendre les mécanismes de la perte de poids et élaborer des solutions personnalisées, adaptées à chacun.

Cette variabilité que l’on peut désigner sous le terme de « susceptibilité individuelle » a été mise en évidence grâce à plusieurs études épidémiologiques. Par exemple, dans le cadre d’une étude menée au début des années 1990 au Québec, des chercheurs ont convié des jumeaux monozygotes à tous consommer 1 000 calories de plus par jour, par rapport à leur consommation habituelle, pendant environ 100 jours. À l’issue de l’étude, des inégalités dans la prise de poids et de masse grasse ont été constatées, mais la variabilité était plus faible au sein d’une même paire de jumeaux (qui partageait donc le même patrimoine génétique) qu’entre différentes paires. Des résultats semblables ont été obtenus vis-à-vis de la perte de poids, en étudiant des jumeaux soumis à un régime calorique restrictif.

Des facteurs génétiques pourraient donc être impliqués dans le développement de l’obésité. Un individu a deux à huit fois plus de chances d’être obèse si des membres de sa famille le sont eux-mêmes. Plusieurs équipes ont identifié de nombreux gènes impliqués dans la prise de poids, l’obésité sévère et/ou les complications de l’obésité. Une autre étude a montré par ailleurs que la minceur serait en partie expliquée par les gènes.  À noter que si chaque gène pris individuellement n’exerce qu’un faible rôle sur la masse et la composition corporelle, la contribution de ces gènes devient significative lorsqu’ils interagissent avec des facteurs externes tels que le déséquilibre énergétique.

Lire le dossier sur l’obésité : Obésité, une maladie des tissus adipeux

Outre la génétique, l’âge, le stress, les hormones ou encore le sommeil et les rythmes biologiques, sont autant de facteurs qui peuvent influer sur la régulation du poids et qui interviennent de façon différente d’une personne à l’autre. Des études scientifiques ont par exemple révélé que la durée du sommeil avait une incidence sur la prise ou la perte de poids. Récemment, les résultats d’une étude menée aux États-Unis montraient que dormir plus longtemps facilitait la perte de poids. Le manque de sommeil étant considéré comme un facteur de risque reconnu d’obésité, ces résultats soulignent une nouvelle fois l’importance d’explorer aussi les relations entre poids et sommeil pour favoriser la perte de poids à titre individuel.

Le rôle du cerveau dans la régulation du poids

Pour mieux comprendre les mécanismes associés à la prise et la perte de poids, les scientifiques ne peuvent faire l’impasse sur le rôle clé du cerveau. Des équipes de recherche s’intéressent plus spécifiquement à l’étude des mécanismes qui sont impliqués au niveau cérébral et à l’action clé de « senseurs énergétiques » dans la régulation de la prise alimentaire et du poids corporel. Ces molécules agissent tels les indicateurs de carburant dans nos voitures, elles signalent à notre cerveau nos besoins en fonction du niveau de nos réserves énergétiques.

Parmi ces molécules étudiées depuis plus de 20 ans, on retrouve la leptine ou « hormone de satiété » : elle est sécrétée par le tissu adipeux, proportionnellement aux réserves de graisses dans l’organisme, et régule l’appétit en contrôlant la sensation de satiété. De nombreuses études ont révélé que le transport de la leptine et sa signalisation était altéré chez les sujets obèses et en surpoids, expliquant en partie des dysfonctionnements dans la régulation de l’appétit, puisque l’information de satiété parvient plus difficilement à atteindre le cerveau.

Si la recherche s’accorde sur le fait qu’il n’existe pas de solution « miracle » pour garantir une perte de poids efficace, qui convienne à tous les individus, les bienfaits d’une activité physique régulière sur la santé ont par ailleurs été démontrés.

Les scientifiques recommandent également d’accompagner l’activité physique d’une alimentation moins riche en sucres, graisses saturées, sel et calories et plus riche en fibres et fruits et légumes. C’est ainsi qu’est né le logo Nutri-Score, développé pour aider les consommateurs à choisir des produits de meilleure qualité nutritionnelle dans les rayons, et encourager les industriels à améliorer la qualité nutritionnelle de leurs produits.

Lire le communiqué de presse : La consommation d’aliments moins bien classés au moyen du Nutri-Score associée à une mortalité accrue

Lire la synthèse de l’expertise collective de l’Inserm : Activité physique : Prévention et traitement des maladies chroniques

Texte écrit avec l’aide de la chercheuse Karine Clément, unité 1269 Inserm/Sorbonne Université, Nutrition et obésités : approches systémiques (Nutriomique)

Éliminer le gluten pour un intestin plus zen, vraiment ?

L’industrie alimentaire rajoute massivement du gluten dans ses préparations pour améliorer la texture, donner du volume ou du moelleux à ses produits. © Unsplash

Depuis plusieurs années, les rayonnages regorgent de produits estampillés « sans gluten », offrant aux consommateurs la promesse d’une digestion facile et d’un regain d’énergie. Ce marché connaîtrait une croissance constante de l’ordre de 20 % depuis cinq ans et toucherait près de 12 millions de consommateurs réguliers en France, alors que de plus en plus de personnes disent éprouver des difficultés digestives associées à la consommation de gluten.

Mais qu’en est-il réellement ? Le gluten est-il vraiment si difficile à digérer ? De quoi parle-t-on quand on parle d’intolérance ? Qui a réellement besoin de l’exclure entièrement de son alimentation ? Et fait-on face à une épidémie d’intolérance au gluten ?

Première chose à savoir : le gluten n’est pas directement présent dans les céréales mais apparaît au moment de la fabrication de la pâte à pain. Certaines céréales (blé, orge, seigle et hybrides de ces variétés) contiennent en effet des protéines qui vont se lier entre elles en présence d’eau pour former le gluten. C’est ainsi lorsque l’on ajoute de l’eau à la farine que le gluten apparaît.

Cette association de protéines forme alors un réseau qui donne sa texture élastique à la pâte à pain et rentre dans la composition d’environ 70 % des produits alimentaires « classiques » (pains, gâteaux, plats préparés, etc.). Une fois ingéré, le gluten est dégradé par des enzymes puis digéré chez la grande majorité des gens.

Intolérants, allergiques, hypersensibles…

Il arrive toutefois que ces enzymes fassent défaut et ne permettent donc pas de dégrader correctement le gluten lors de la digestion. C’est ce qui se passe chez les personnes atteintes de la maladie de cœliaque et qui sont totalement intolérantes au gluten. Les éléments issus de la mauvaise dégradation du gluten vont alors déclencher la production d’anticorps qui vont s’attaquer à la paroi de l’intestin et perturber l’absorption des nutriments. Cette maladie auto-immune, qui touche entre 0,7 et 2 % de la population, provoque une inflammation de l’intestin, des douleurs abdominales, des diarrhées, peut conduire à un amaigrissement et prédispose à certains cancers. Le seul traitement possible à l’heure actuelle consiste à suivre à vie un régime strict sans gluten.

A ne pas confondre avec ces intolérants au gluten, il existe des allergiques au blé, plus rares (entre 0,1 et 0,5 % de la population). Chez eux, le système immunitaire réagit de manière excessive aux protéines de blé, comme c’est le cas chez les personnes qui souffrent d’allergies saisonnières ou autres. Dans le cas présent c’est le blé, et par extension le gluten, qui est à exclure de l’alimentation au risque de déclencher une réaction allergique immédiate (éruption cutanée, œdème de Quincke, etc.). Si l’on additionne donc ces populations intolérantes et allergiques, qui peuvent être diagnostiquées, cela ne représente tout au plus que 2,5 % de la population qui doit éliminer totalement le gluten de son alimentation.

Nous arrivons à la troisième catégorie, les « hypersensibles » qui présentent des troubles digestifs lors de la consommation de gluten mais qui ne sont pas 100 % intolérants au gluten comme les personnes atteintes de la maladie de cœliaque. Si le nombre de personnes se déclarant hypersensibles semble en augmentation – il concernerait entre 0,5 et 15 % de la population –, il est impossible d’en évaluer la prévalence exacte. Et pour cause, à l’heure actuelle, il n’existe aucun outil pour diagnostiquer précisément ce trouble. Plusieurs études tentent aujourd’hui de comprendre les causes de cette hypersensibilité, en identifiant par exemple les variétés de blés donnant des produits plus ou moins riches en « gluten » ou les types de pain les mieux digérés par les personnes sensibles.

En attendant leurs conclusions, il faut noter que l’industrie alimentaire rajoute massivement du gluten dans ses préparations pour améliorer la texture, donner du volume ou du moelleux à ses produits. Il s’agit aujourd’hui d’étudier de plus près ce phénomène, mais il n’est pas à exclure que ces pratiques aient un lien avec l’augmentation des problèmes intestinaux de la population générale. Les mécanismes sous-jacents sont également à l’étude, notamment ceux impliquant notre microbiote intestinal.

Avant de s’astreindre à un régime sans gluten draconien, qui finalement n’est adapté que pour une partie très restreinte de la population, mieux vaut se tourner vers un médecin, diététicien.ne, ou autre professionnel de santé qualifié. En effet, on risquerait de se priver de sources intéressantes de glucides complexes et notamment de fibres, qui elles, sont importantes pour l’équilibre alimentaire, le transit, et la prévention des maladies chroniques comme le cancer colorectal ou les maladies cardiovasculaires.

Texte réalisé avec le soutien de Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm et directrice de l’équipe Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle EREN (Inserm/Inrae /Cnam /Université Sorbonne Paris Nord).

Les régimes gras, bons pour la santé, vraiment ?

Les acides gras polyinsaturés (oméga 3 notamment) des huiles de colza, de certains poissons gras, des noix et autres fruits à coques ont plutôt des effets bénéfiques sur le système cardiovasculaire. Crédits : Adobe Stock

La prévalence de l’obésité au niveau mondial a atteint des proportions inédites ces dernières années, avec plus de 13 % de la population adulte considérée comme obèse. Un coupable est régulièrement mis en avant : il s’agit des aliments riches en graisses. Couplée à la sédentarité et au manque d’activité physique, une consommation trop importante d’aliments de type « fast-food », riches en graisses saturées, serait néfaste pour notre santé et associée à de nombreuses maladies, notamment cardiovasculaires.

A rebours de ces messages, certains articles en ligne vantent les bienfaits des aliments gras, encensant tout particulièrement la fameuse huile d’olive du régime méditerranéen ou encore le régime « cétogène ».

Alors comment s’y retrouver ? Tous les types de gras ont-ils le même impact sur la santé ? Que penser des régimes qui font la part belle au gras ? Et, à choisir, faut-il privilégier les aliments gras ou s’en passer ?

 

La famille des lipides

Le gras correspond à la grande famille des lipides. Et cette famille de macronutriments, comme celle des glucides, est essentielle à l’organisme. Les lipides servent de matériau de base aux cellules, en entrant notamment dans la composition de leurs membranes, mais aussi de source d’énergie. Il s’agit même d’une source d’énergie très importante, puisque chaque gramme de lipide apporte à l’organisme environ 9 kilocalories, soit plus du double de ce qui est fourni par les protéines ou les glucides.

Les lipides, apportés par l’alimentation ou synthétisés pour certains par l’organisme, permettent enfin la synthèse de certaines hormones (œstrogènes, testostérone, etc.). Pas étonnant alors qu’on recommande une alimentation composée de 35 à 40 % de l’apport énergétique en lipides.

Bien sûr, dans cette grande famille, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Certains acides gras saturés (qu’on trouve dans le beurre par exemple) auraient tendance à augmenter le « mauvais » cholestérol et à obstruer les artères. On conseille donc de limiter ces « mauvaises graisses ». À l’inverse, les acides gras polyinsaturés (oméga 3 notamment) des huiles de colza, de certains poissons gras, des noix et autres fruits à coques ont plutôt des effets bénéfiques sur le système cardiovasculaire. Il s’agit du « bon gras ». De même pour les acides gras monoinsaturés (oméga-9), présents dans l’huile d’olive et l’avocat qui aident au contrôle de la glycémie.

Le NutriScore peut aider à y voir plus clair : les huiles végétales de bonne qualité lipidique (huiles de noix, de colza et d’olive) sont mieux classées (« C ») que les autres huiles végétales (« D »), elles-mêmes mieux classées que le beurre (« E ») et autres matières grasses animales.

 

Que penser des régimes « gras » ?  

On comprend dès lors pourquoi le régime méditerranéen, aussi appelée « régime crétois », a si bonne presse : il donne la part belle aux fruits et légumes frais, au poisson, aux céréales, aux fruits à coque et à l’huile d’olive. Autrement dit au « bon gras ». Ainsi, exception faite du vin rouge, il colle parfaitement aux recommandations officielles du Programme national nutrition santé et a été associé à une diminution de risques de surpoids et maladies cardiovasculaires. D’autres publications ont aussi suggéré les bénéfices de ce régime pour réduire les problèmes de santé psychiatrique ou encore le risque de cancer.

Le régime cétogène, riche en graisse (de toutes sortes) et pauvre en sucre, fait beaucoup moins l’unanimité. Le principe est de réduire considérablement la consommation de glucides au profit des lipides pour parvenir à un état de cétose de l’organisme. Concrètement, lorsque les quantités de glucides sont très restreintes, le foie fabrique des substances appelées « corps cétoniques » à partir des réserves de graisses. Cela permettrait donc de « brûler » les graisses.  Cependant, les effets bénéfiques de ce régime contre le surpoids, le diabète ou le cancer sont largement remis en cause par un certain nombre d’études. D’autant plus qu’il ne permet pas d’apports suffisants de plein d’autres nutriments et est très difficile à suivre.

Enfin attention, il existe encore une subtilité concernant les différents types de gras. Certains « bon gras » peuvent en effet se transformer en « mauvais gras » dans certaines conditions. C’est le cas par exemple des acides gras insaturés des huiles végétales qui se métamorphosent en acides gras trans lors de certains procédés industriels comme l’hydrogénation des huiles. Or, ces acides gras trans – qui ont été produits en grandes quantités par la transformation industrielle des huiles alimentaires au début du XXe siècle pour en faire de la margarine, des snacks, des aliments précuits et frits – ont des effets néfastes avérés sur notre système cardiovasculaire et sont suspectés d’être impliqués dans certains cancers. L’OMS vise à éliminer les acides gras trans industriels d’ici 2023.

Gare aussi à la formation de composés toxiques lorsque les « bons » acides gras polyinsaturés sont oxydés, si le régime alimentaire est trop pauvre en vitamines et minéraux antioxydants.

La maladie du foie gras, aussi appelée la maladie du soda ou NASH, est une très grave maladie du foie qui concernerait plus de 200 000 personnes en France. En cause, les sodas et autres boissons sucrées – puisque le sucre en excès est stocké sous forme de graisse – mais plus généralement la malbouffe et sa complice, la sédentarité.

 

Texte réalisé avec le soutien de Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm. Directrice de l’équipe Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle EREN (Inserm/Inrae /Cnam /Université Sorbonne Paris Nord)

Une cure de détox pour être au top après les fêtes, vraiment ?

Après les fêtes, les conseils détox sont de légion sur internet et dans la presse « féminine ». © Michele Purin on Unsplash 

 

Entre Noël, le jour de l’an et les repas à répétition, les fêtes de fin d’année sont une période intense pour notre organisme. Celui-ci carbure à plein régime et produit, nous dit-on, une multitude de « toxines ». Pas de panique… les conseils « détox » pour lendemain de fête sont légion sur internet. Il existerait mille et une astuces pour débarrasser notre organisme de toutes les « toxines » ou déchets que l’on aurait accumulé. Peut-on vraiment compter sur des aliments miracles pour nous décrasser ? Les tisanes de millepertuis fonctionnent-elles pour éliminer les « toxines » de notre organisme ? Et jeûner quelques jours après un excès permet-il réellement de remettre les compteurs à zéro ? Notre dernier texte Canal Détox de l’année coupe court aux fausses infos. 

C’est un fait. L’organisme produit des déchets en permanence et se retrouve, via l’alimentation, contaminé par un certain nombre de substances toxiques. Mais notre organisme est très bien équipé pour s’autonettoyer au quotidien. Il possède notamment des organes de détoxication très efficaces : le foie et les reins. Le premier est une usine d’épuration qui transforme certains déchets comme l’ammoniac et de nombreuses substances toxiques et cancérigènes. Les reins de leur côté éliminent les déchets via les urines. En parallèle, la peau participe à l’excrétion de certains déchets, comme l’acide lactique, par le biais de la transpiration, tandis que les poumons rejettent le CO2.

Bien sûr, certains aliments ou extraits de plantes accélèrent l’élimination ou la dégradation des toxines, qu’il s’agisse de polluants ou de médicaments. C’est d’ailleurs de cette façon que l’on a parfois découvert leurs effets. Au Canada par exemple, on s’est rendu compte que des femmes sous pilules, qui buvaient un grand nombre de tisanes au millepertuis, tombaient enceintes. On a alors découvert dans cette plante une substance qui accélère la dégradation de la pilule.

Toutefois, l’idée de renforcer le processus naturel de détoxication mené par l’organisme en consommant des aliments « détox » ne repose sur aucune donnée scientifique. En 2012, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a ainsi examiné et rejeté les prétendues vertus détoxifiantes d’une soixantaine d’aliments populaires inclus dans les régimes détox. De plus, ces extraits de plantes « détox » soi-disant miracles, utilisés sans contrôle médical sous forme de compléments alimentaires, peuvent s’avérer parfois dangereux. Outre les contraceptifs, le millepertuis interagit par exemple avec de très nombreux traitements (antirétroviraux, antiépileptiques) en diminuant leur efficacité.

Par ailleurs, chaque type de toxine suit un circuit de dégradation et d’élimination bien particulier au sein de l’organisme, auxquels les chercheurs qui étudient les mécanismes de détoxication s’intéressent de près. Par conséquent, aucun remède ne peut prétendre « nettoyer l’organisme » de façon globale.

Alors à quoi servent les recettes détox vantées par les magazines ? À pas grand-chose, il faut bien le reconnaître. Croire que l’on peut faire tous les excès et qu’il suffit ensuite de prendre une tisane, un jus de citron, de jeûner pendant 24h ou de suer dans un sauna pour faire disparaître toutes les toxines et déchets accumulés est illusoire. Certains régimes détox très restrictifs à base de choux par exemple, risquent même de fatiguer votre organisme, d’entrainer des carences et d’altérer ses capacités naturelles de détoxication…

Le foie est l’organe roi de la détoxication, capable de transformer des milliers de substances étrangères différentes avec quelques dizaines d’enzymes. Les reins filtrent chaque jour environ 180 litres de sang et produisent en moyenne 1,5 litre d’urine. Plus de 99 % de l’eau et des sels filtrés sont réabsorbés.

Le microbiote, un deuxième cerveau, vraiment ?

Hier, la « flore intestinale » s’occupait de notre digestion, en toute discrétion. Aujourd’hui, on lui a donné un autre nom, le « microbiote intestinal », et on lui prête un rôle déterminant dans notre santé physique et mentale. Le microbiote et ses milliards de microorganismes entretiendrait même avec notre cerveau des conversations de la plus haute importance.

Mais qu’en est-il réellement ? Le microbiote fait-il la pluie et le beau temps sur notre poids et notre humeur ? Est-il responsable de toutes nos maladies ? Et peut-on vraiment le considérer comme notre deuxième cerveau ? Sans querelle intestine, Canal Détox coupe court aux fausses infos.

Le chocolat, c’est bon pour la santé, vraiment ?

Hummm… le chocolat. Tout le monde craque ou fond de plaisir devant cette douceur. Surtout les Français, qui sont parmi les 6 plus gros consommateurs de chocolat au monde, avec 3 millions de tablettes avalées chaque jour… entre autres.

Et puis, si l’on se fie à la presse, le chocolat est bourré de vertus : anti-stress, antivieillissement, anti-déprime et même anti-cheveux blancs ! Mais qu’en est-il réellement ? Le chocolat est-il une arme efficace pour lutter contre le stress ? Le chocolat noir est-il meilleur que le chocolat au lait ? Et fait-il vraiment grossir ? Canal Détox, avec gourmandise, coupe court aux fausses infos.

Une vie sans sucre… Vraiment ?

Le sucre fait du bien. Il donne de l’énergie, réconforte, remonte le moral… Mais, d’un autre côté, le sucre est accusé de tous les maux : caries, surpoids, diabète et même cancer. Il est même tellement critiqué que certaines personnes n’hésitent pas à le supprimer définitivement de leur alimentation.

Ce qui est loin d’être simple car le sucre se cache partout : dans les biscuits et les sodas, bien sûr, mais aussi dans 80 % des aliments emballés ! Alors que doit-on en penser. Le sucre est-il si mauvais que ça ? N’est-il pas préférable de boire un jus de fruit plutôt qu’une limonade ? Et doit-on obligatoirement arrêter le sucre pour rester en bonne santé ? Canal Détox coupe court aux fausses infos.

Une cure détox pour être au top…vraiment ?

Notre organisme produit ses propres déchets, surtout lors des périodes de fêtes où il carbure à plein régime. Et puis, il y a les substances étrangères qui viennent de notre environnement : pesticides, métaux lourds et autres composés plastiques. Mais pas de panique. Si l’on en croit les médias et les magazines, une bonne cure détox devrait nous aider à nettoyer tout ça. Mais au fait, peut-on compter sur les bains de pieds ioniques pour nous décrasser ? Et les cures d’artichaut, de millepertuis… ça fonctionne ? Canal détox coupe court aux fausses infos… sur la détox !

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