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L’huître est-elle un superaliment ?

Les huîtres fournissent une quantité appréciable de protéines, sans être trop caloriques (image d’illustration).© Pexels

Riches en iodes, en protéines, faibles en calories… Sur le plan nutritif, les huîtres qui ornent chaque année les tables des fêtes présentent de nombreux atouts, au point d’être parfois décrites comme des « superaliments » favorisant une « détox » de notre corps.

Quels bénéfices peut-on en attendre pour la santé ?  Peut-on en manger à volonté ? Comment limiter les éventuels risques de contamination ? Est-ce vraiment un « superaliment » ? Canal Détox, la cellule de l’Inserm qui démêle le vrai du faux sur la santé, fait le tour de la question.

Quels sont les bénéfices des huîtres pour la santé ?

D’un point de vue nutritionnel, les huîtres présentent plusieurs atouts intéressants. Elles fournissent une quantité appréciable de protéines, sans être trop caloriques. Par exemple, consommer une douzaine d’huîtres apporte environ 8 grammes, soit un apport comparable à un yaourt grec.

Les huîtres sont aussi riches en micronutriments essentiels, des vitamines et minéraux dont l’organisme a besoin en très petites quantités :

  • l’iode, indispensable au bon fonctionnement de la thyroïde, qui régule notamment le métabolisme énergétique. Dix à 12 huîtres contiennent environ 90 microgrammes (μg), soit presque deux tiers des besoins quotidiens d’un adulte, qui est d’environ 150 μg, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)[1] ;
  • le phosphore, utile pour avoir des os et des dents solides. Une douzaine d’huîtres apporte environ 85 milligrammes, soit autour de 10 % des apports journaliers recommandés ;
  • la vitamine B12, nécessaire au bon fonctionnement du cerveau et à la production des globules rouges. Une douzaine d’huîtres fournit environ 25 μg, soit plus de six fois les apports les apports journaliers recommandés (environ 4 μg par jour).

Autre avantage : la qualité de leurs graisses. Les huîtres apportent également des oméga-3, bénéfiques pour le cœur et la circulation sanguine, et très pauvres en acides gras saturés, connus pour favoriser l’élévation du cholestérol sanguin.

Peut-on en manger à volonté ?

Les huîtres sont naturellement salées. Une douzaine de grosses huîtres apporte environ 520 milligrammes de sodium, soit l’équivalent d’environ deux grosses pincées de sel.

Les personnes souffrant d’hypertension, de maladies cardiaques ou sujettes à la rétention d’eau ont tout intérêt à limiter leur consommation, surtout lorsqu’elle s’accompagne de tartines de beurre salé et d’autres plats en sauce riches en sel. Pour les autres, consommer une douzaine d’huîtres (ou un peu plus) chaque année à Noël ou au Nouvel An ne pose a priori aucun problème !

Au passage, le cocktail « huîtres et Red Bull », très tendance sur les réseaux sociaux, comme le rapporte TF1[2], n’est pas le meilleur allié de votre santé : l’Anses rappelle que la consommation excessive de boissons dites « énergisantes » peut entraîner des effets indésirables, tels que des palpitations, une élévation de la pression artérielle ou des troubles du sommeil. Ces risques peuvent être accrus lorsqu’on consomme de l’alcool en parallèle, comme c’est souvent le cas pendant les fêtes [3].

Bien sûr, avec une toute petite quantité (par exemple une coquille d’huître remplie de Red Bull au nouvel an), le risque est quasi nul. En revanche, le danger réside dans la banalisation de la consommation d’une boisson dont les effets sur la santé sont loin d’être anodin.

Quels sont les risques de contamination éventuels et comment les limiter ?

Les huîtres peuvent contenir des virus ou des bactéries pouvant provoquer des gastro‑entérites, surtout lorsqu’elles sont consommées crues.

Fin 2023, la vente d’huîtres du bassin d’Arcachon a été interdite à la suite de plusieurs cas de gastro‑entérite liés à un norovirus. Des mesures similaires ont également été prises dans certaines zones de la Manche, du Calvados et de la Loire‑Atlantique[4].

Ces infections sont en général bénignes pour les personnes en bonne santé, mais peuvent être plus graves pour les personnes immunodéprimées, âgées ou malades.  Pour limiter les risques, celles-ci peuvent privilégier les recettes gratinées, poêlées ou à la vapeur, la cuisson détruisant la plupart des virus et bactéries.

Comme d’autres mollusques, les huîtres peuvent contenir des métaux lourds (cadmium, mercure, plomb) potentiellement toxiques, issus notamment des activités agricoles, industrielles ou urbaines. Cette contamination est surveillée de près par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer)[5][6] afin de s’assurer qu’elle ne dépasse pas les limites fixées par la Commission européenne[7]. Il est donc essentiel de consommer des huîtres provenant de zones contrôlées pour s’assurer que ces seuils ne sont pas dépassés.

Les huîtres peuvent aussi contenir des microplastiques et d’autres particules issues de la pollution. Une revue de la littérature scientifique de novembre 2022 a montré que la plupart contiennent des microplastiques, en moyenne 1,4 particule par gramme de chair, avec des niveaux plus élevés dans les huîtres sauvages que dans celles d’élevage[8]. À ce jour, on ignore l’impact sanitaire exact de ces microplastiques sur l’humain, comme le souligne l’Anses[9].

Les « superaliments » existent-ils vraiment ?

L’huître est souvent décrite comme un « superaliment », un terme largement utilisé dans les médias et par l’industrie agroalimentaire pour mettre en avant certains produits en leur attribuant des vertus nutritionnelles jugées exceptionnelles.

Mais attention : ce mot n’a aucune définition scientifique officielle, et les promesses des superaliments sont souvent exagérées, comme le souligne un article publié sur The Nutrition source, un site d’information de l’école de santé publique de Harvard[10].

La vraie clé pour la santé reste une alimentation variée et équilibrée, riche en fruits et légumes, en protéines de qualité et en graisses saines.

En bref, que faut-il retenir ?

En résumé, les huîtres apportent protéines, iode, phosphore, vitamine B12 et oméga‑3.

Quelques précautions s’imposent : les huîtres sont riches en sel, c’est pourquoi les personnes souffrant d’hypertension, de maladies cardiaques ou de rétention d’eau ont tout intérêt à modérer leur consommation.

Pour limiter les risques de bactéries ou virus, mieux vaut choisir des huîtres issues de filières contrôlées. Les personnes les plus fragiles (immunodéprimées, âgées ou malades) peuvent les cuire à la poêle, à la vapeur ou en gratin : la cuisson élimine la plupart des microbes.

Quant aux termes « superaliment » et « detox », c’est surtout un argument marketing : aucun aliment seul ne remplace une alimentation variée et équilibrée, véritable clé d’une bonne santé !

Cet article a été écrit avec le soutien de Robert Barouki, médecin biochimiste et toxicologue, directeur de l’institut thématique Santé publique de l’Inserm, et de Cédric Agaësse, responsable du pôle diététique de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (Eren-Cress, Inserm/INRAE/Cnam/Université Sorbonne Paris Nord/ Université Paris Cité).

Sources

[1] Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux | Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[2] Réseaux sociaux : mais pourquoi les internautes mangent des huîtres avec du Red Bull ? | TF1 Info

[3] Boissons énergisantes : quels effets sur la santé ? | Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[4] Académie Vétérinaire de France – Contamination des huîtres par un Norovirus : un exemple de la nécessité de l’approche Une seule santé

[5] Legislation – Food Safety – European Commission

[6] ROCCH : Réseau d’Observation de la Contamination CHimique du littoral – Unité COAST

[7] Legislation – Food Safety – European Commission

[8] Microplastic in oysters: A review of global trends and comparison to southern Australia – ScienceDirect

[9] Un cocktail de microplastiques dans notre alimentation | Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[10] Superfoods or Superhype? • The Nutrition Source

Des cures de vitamines indispensables pour garder la forme l’hiver, vraiment ?

Considérés souvent comme anodins, les compléments alimentaires à base de vitamines peuvent avoir des effets néfastes pour la santé, lorsqu’ils sont pris sans encadrement médical (image d’illustration). © Adobe Stock

Les vitamines sont essentielles au bon fonctionnement de l’organisme, et certaines d’entre elles aident le système immunitaire à rester efficace face aux infections. Pour autant, elles ne sont pas un remède miracle contre les maladies, et leur consommation sous forme de compléments alimentaires en automédication ou en perfusion peut même s’avérer nocive dans certains cas.

La cellule Canal Détox de l’Inserm, qui lutte contre les fake-news en santé, fait le point sur ce que les vitamines apportent réellement, les cas particuliers où leur supplémentation est justifiée, et les risques liés à leur surconsommation.

À quoi servent les vitamines ?

Au nombre de treize, les vitamines sont essentielles au bon fonctionnement de notre organisme. Elles participent à de nombreuses réactions chimiques qui permettent à nos cellules de se régénérer, de produire de l’énergie, et de se défendre contre les agressions extérieures.

Chaque vitamine joue un rôle bien précis : certaines renforcent notre système immunitaire, d’autres favorisent la santé de la peau, des os ou des yeux. Certaines sont aussi indispensables à la formation des globules rouges ou à l’absorption de nutriments essentiels comme le fer.

On distingue deux grandes catégories : les vitamines dites « liposolubles » (A, D, E, K), qui se dissolvent dans les graisses et peuvent rester stockées dans les tissus adipeux de l’organisme et le foie, parfois pendant plusieurs semaines, et les vitamines dites « hydrosolubles » (comme la vitamine C et les vitamines du groupe B), qui se dissolvent dans l’eau et sont, pour la plupart, éliminées rapidement par notre organisme – c’est pourquoi des apports réguliers, par le biais de notre alimentation sont nécessaires.

Puisque notre corps ne peut pas fabriquer la plupart de ces vitamines, il est important de satisfaire nos besoins grâce à une alimentation variée et équilibrée. Par exemple, l’apport recommandé pour la vitamine C est d’environ 110 mg par jour chez l’adulte, tandis que celui de la vitamine D est d’environ 15 µg par jour, avec des variations selon l’âge, la santé ou la condition physique.

Quels sont les risques en cas de carence en vitamine C ?

La vitamine C bénéficie d’une excellente réputation, et à juste titre ! Elle contribue à la bonne santé des vaisseaux sanguins, facilite l’absorption du fer et protège nos cellules d’un vieillissement prématuré, grâce à son pouvoir antioxydant.

Une carence en vitamine C peut entraîner une baisse de tonus, un affaiblissement du système immunitaire, ou, dans les cas les plus graves, causer le scorbut, une maladie rare mais sérieuse qui se manifeste, entre autres, par une grande fatigue et des hémorragies aux gencives. En France, bien que cette pathologie reste exceptionnelle, quelques cas ont été récemment rapportés, notamment chez des enfants en situation de grande précarité alimentaire. [1]

Toutefois, une alimentation variée, riche en fruits et légumes frais, couvre largement les besoins en vitamine C, ce qui rend le risque de carence quasiment inexistant en population générale. Des idées de recettes sont disponibles sur le site mangerbouger.fr.[2]

Est-ce que les compléments à base de vitamine C sont utiles pour ne pas tomber malade en hiver ?

Malgré ses nombreux bienfaits, la vitamine C n’est pas un remède miracle contre les maladies en hiver. Les études sont formelles : à ce jour, aucune preuve solide ne montre qu’une forte dose de vitamine C permet de prévenir ou de raccourcir la durée un rhume, ni d’en atténuer les symptômes, selon une méta-analyse Cochrane (une organisation internationale indépendante reconnue comme une référence en matière d’évaluation des preuves en santé) publiée en janvier 2013. [3]

Quant aux perfusions de vitamines, très en vogue sur les réseaux sociaux, elles ne sont pas plus convaincantes. Une revue de la littérature scientifique publiée en 2022 dans la revue scientifique NEJM Evidence a analysé plus de 40 études : elle conclut que les perfusions de vitamine C n’apportent pas de bénéfice clair pour les patients atteints d’infections graves comme la Covid-19, la pneumonie ou la septicémie. [4]

Inutile donc de se jeter sur les compléments alimentaires ou sur des perfusions vitaminées à la moindre toux. Mieux vaut privilégier une alimentation équilibrée, riche en vitamine C naturelle (agrumes, kiwis, poivrons…). Une orange et un kiwi permettent déjà de couvrir les 110 mg par jour recommandés… donc avec les 5 portions de fruits et légumes préconisés par le Programme national nutrition santé, nos besoins sont largement couverts !

D’autant que les nutriments isolés en gélules ou en comprimés ne reproduisent pas toujours les bienfaits observés dans les aliments entiers, qui apportent également des minéraux, des fibres… De plus, les effets des compléments alimentaires peuvent varier selon les personnes (fumeurs ou non-fumeurs, personnes en bonne santé ou malades, personnes sous traitements…).

Quels sont les risques en cas de carence en vitamine D ?

Stockée dans le foie et les graisses, la vitamine D joue aussi un rôle essentiel pour notre organisme. Elle favorise l’absorption du calcium, indispensable au bon fonctionnement du système immunitaire, à la solidité des os et à la production de certaines hormones, entre autres. Elle peut à la fois être apportée par notre alimentation (poissons gras, certains champignons et huiles, produits laitiers enrichis) et synthétisée par la peau lors de l’exposition au soleil.

Une carence en vitamine D peut avoir des conséquences sérieuses :

  • chez l’enfant : elle peut provoquer un rachitisme : une maladie qui peut entraîner de graves troubles de la croissance osseuse si elle n’est pas traitée ;
  • chez l’adulte, une carence peut provoquer de l’ostéomalacie (fragilité osseuse), une faiblesse musculaire, voire des troubles neuromusculaires comme la tétanie. Elle peut aussi contribuer à l’ostéoporose, une maladie caractérisée par une fragilité excessive du squelette, due à une diminution de la masse osseuse.

Quels sont les signes de carences en vitamine D ?

En été et au printemps, 10 à 15 minutes d’exposition quotidienne au soleil suffisent à couvrir les besoins en vitamine D, en faisant attention à ne pas se surexposer, pour éviter les risques de cancers de la peau.

Mais en hiver, sous nos latitudes, le manque de soleil ne permet pas toujours de synthétiser suffisamment de vitamine D. Par ailleurs, chez certaines personnes (âgées, malades, avec une peau foncée ou noire, très pigmentée…), la synthèse naturelle de vitamine D est plus faible. Dans ces cas, une supplémentation peut être nécessaire – mais uniquement sur avis médical.

Les signes d’une carence incluent souvent de la fatigue, des douleurs musculaires, des crampes, des troubles nerveux (tétanie, convulsions), voire des douleurs osseuses et un risque accru de fractures.

On parle de déficit ou d’insuffisance en vitamine D en dessous de 20 nanogrammes par millilitre (ng/ml) pour la population générale, ou 30 ng/ml chez les personnes à risque, telles que celles atteintes de maladies osseuses ou de pathologies chroniques. En dessous de 10 ng/ml, les médecins considèrent qu’il s’agit d’une carence. Seuls ces cas justifient une supplémentation.

Le taux de vitamine D peut être mesuré par une simple prise de sang, mais celle-ci n’est remboursée que dans certains cas bien précis : chutes à répétition, chirurgie de l’obésité, transplantation, rachitisme, ostéomalacie, ou maladie chronique reconnue.

Existe-t-il des risques si on prend trop de vitamines ?

Considérés à tort comme anodins, les compléments alimentaires à base de vitamines ne sont pas sans risques. Un apport excessif peut provoquer des maux de tête, des problèmes digestifs bénins et des nausées, et dans certains cas, les conséquences peuvent être plus graves.

Les vitamines liposolubles (A, D, E et K), qui s’accumulent dans les tissus adipeux et le foie, sont particulièrement concernées. Un excès de vitamine A, par exemple, peut entraîner des atteintes hépatiques, et chez la femme enceinte, des malformations du fœtus. De même, un apport trop important en vitamine D peut conduire à une hypercalcémie (un taux de calcium dans le sang trop élevé) susceptible de provoquer des calculs rénaux, des arythmies cardiaques, voire, dans les cas extrêmes, un arrêt cardiaque.

Ces risques doivent être pris très au sérieux, pour prendre soin de sa santé et de celle de ses enfants, en ce qui concerne les parents. En 2022, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a enregistré trois signalements d’hypercalcémie sévère (excès de calcium dans le sang) survenue chez des bébés, résultant d’un mésusage de compléments alimentaires contenant de la vitamine D. [5]

Cures de vitamines et médicaments : quels risques pour la santé ?

Les compléments alimentaires peuvent parfois interagir avec des médicaments, même ceux qui peuvent être achetés sans ordonnance. Par exemple, le calcium peut gêner l’action de certains traitements pour le cœur, de quelques diurétiques ou d’antibiotiques comme les cyclines et les quinolones, comme le rappelle un article sur le site du dictionnaire Vidal des médicaments.[6]

Dans d’autres cas, leurs effets peuvent se cumuler. C’est pourquoi il vaut mieux éviter de prendre en même temps du ginkgo, de la vitamine E ou des oméga-3 avec de l’aspirine ou des anticoagulants.

Si vous consommez des compléments vitaminiques sans prescription, il est essentiel d’en informer votre médecin.

En bref, que faut-il retenir ?

Bien que les vitamines soient indispensables à notre organisme, prendre des compléments alimentaires est souvent inutile, et un surdosage peut présenter des risques pour la santé, comme des maux de tête, des troubles digestifs, des nausées, voire des problèmes plus sérieux, notamment pour les vitamines liposolubles (A, D, E, K). Par ailleurs, certains compléments alimentaires à base de vitamines peuvent interagir avec des traitements médicamenteux, c’est pourquoi il est impératif de consulter un professionnel de santé avant d’en prendre !

Seules quelques situations spécifiques justifient une supplémentation, sous encadrement médical : une carence confirmée par un dosage, une grossesse ou certains troubles liés à l’âge, à des opérations chirurgicales ou à la malnutrition par exemple.

Une alimentation équilibrée, riche en fruits, légumes et produits frais, couvre largement nos besoins en vitamines, sans risque de carence ou d’excès. Pas besoin donc de se tourner vers les gélules ou les perfusions « coup de boost » pour passer l’hiver : mieux vaut faire confiance à son assiette !

Cet article a été écrit avec le soutien de Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm, et Cédric Agaësse, responsable du pôle diététique de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (Eren-Cress, Inserm/INRAE/Cnam/Université Sorbonne Paris Nord/ Université Paris Cité).

Sources

[1] Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Augmentation des cas de scorbut chez les enfants en France depuis la pandémie de Covid

[2] Santé Publique France, Mangerbouger.fr

[3] Hemilä H, Chalker E. Vitamin C for preventing and treating the common cold Cochrane Database Syst Rev. 2013 Jan 31;2013(1):CD000980. doi: 10.1002/14651858.CD000980.pub4. PMID: 23440782; PMCID: PMC8078152

[4]  Agarwal A, Basmaji J, Fernando SM, Ge FZ, Xiao Y, Faisal H, Honarmand K, Hylands M, Lau V, Lewis K, Couban R, Lamontagne F, Adhikari NKJ. Parenteral Vitamin C in Patients with Severe Infection: A Systematic Review. NEJM Evid. 2022; 1(9):EVIDoa2200105. doi:10.1056/EVIDoa2200105

[5] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), Vitamine D : privilégier les médicaments pour éviter le surdosage chez les nourrissons

[6] Vidal, Compléments alimentaires et médicaments

Un défi « sans sucre », vraiment ?

image décorative © Suzy Hazelwood/Pexels

Une peau resplendissante, des kilos en moins, un regain d’énergie… les défis « sans sucre » font des miracles, à en croire les réseaux sociaux. Sur l’application chinoise Tiktok, le hashtag  #NoSugar réunit 1,5 milliard de vues, et le #NoSugarChallenge, pas moins de 155 millions. Une tendance relayée dans certains médias : en janvier 2025, le magazine Elle a ainsi consacré un article au No sugar January, un défi pour arrêter les sucres libres (les sucres ajoutés, et ceux naturellement présents dans le miel,  les jus de fruits ou les sirops) pendant un mois, à l’image du Dry January qui encourage l’abstinence d’alcool.

Pourtant, les glucides apportent de l’énergie et, en quantité raisonnable, sont indispensables pour être en bonne santé. Alors, faut-il vraiment faire la chasse au sucre ? Et que dit la science à ce sujet ? Canal Détox fait le point.

Les sucres ajoutés sont partout dans les produits industriels

Les défis « sans sucre » proposent d’éviter, voire d’éliminer totalement, les sucres libres de notre alimentation. Sodas, gâteaux, biscuits, certains plats préparés… La liste des aliments à bannir est longue. Les sources naturelles de sucre, comme les fruits, les légumes et les produits laitiers sans sucres ajoutés restent généralement autorisées.

Suivre un tel régime implique de revoir ses achats et ses habitudes alimentaires, car les sucres ajoutés sont omniprésents. En mars 2024, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a publié une étude qui passe au crible plus de 54 000 produits sur le marché français. Résultat : plus des trois des quarts (77 %) des aliments étudiés comportent au moins un ingrédient « sucrant ou vecteur de goût sucré ». De façon contre-intuitive, des produits au goût salé, comme le saucisson sec, peuvent également contenir du sucre.

💡Sucres libres, sucres ajoutés, de quoi parle-t-on ?

Notre alimentation comprend plusieurs types de sucres :

– les sucres ajoutés, qui désignent les sucres raffinés qui sont ajoutés aux aliments pendant la transformation, la cuisson…, ainsi que le sucre de table ;

– les sucres libres qui incluent les sucres ajoutés, mais aussi ceux naturellement présents dans le miel, les sirops, ainsi que les sucres libérés lors de l’extraction de fruits et de légumes (par exemple, dans les jus et les nectars) ;

– les sucres naturellement présents dans le lait, les fruits et les légumes.

Les sucres totaux englobent l’ensemble des sucres présents dans l’alimentation, y compris ceux naturellement présents dans les fruits, les légumes ou le lait. L’autorité européenne de sécurité des aliments recommande des apports en sucres ajoutés et en sucres libres « aussi faibles que possible », dans le cadre d’un régime alimentaire équilibré. Ainsi, il est recommandé d’éviter les jus de fruits, tandis que la consommation de fruits est bénéfique.

Caries, diabète et obésité… L’excès de sucres libres dangereux pour notre santé

Contrôle du poids, réduction du risque de développer un diabète, une maladie cardiovasculaire, ou des caries… Les arguments en faveur des régimes sans sucres libres sont nombreux.

Si la science ne permet pas encore entièrement de distinguer les effets des sucres ajoutés de ceux naturellement présents dans les aliments, il est aujourd’hui clairement avéré qu’une consommation excessive est dangereuse pour la santé.

De nombreuses études ont en effet révélé que leur consommation en excès favorise le surpoids, l’obésité, les caries,  le diabète de type 2,  la mortalité cardiovasculaire, et les maladies hépatiques comme la maladie du foie gras (en anglais MAFLD, pour metabolic dysfunction-associated steatotic liver disease). Concernant les cancers, si le lien direct est encore à l’étude, l’impact délétère des boissons sucrées sur le risque d’obésité, elle-même facteur de risque d’une douzaine de localisations de cancer, est lui, avéré.

Pas plus de 100 grammes de sucres par jour

C’est pourquoi l’Anses conseille de ne pas dépasser 100 grammes (g) de sucres par jour pour les adultes et les adolescents de 13 à 17 ans, qu’ils soient naturellement présents dans l’alimentation ou ajoutés – en excluant le lactose et le galactose naturellement présents dans les produits laitiers. Pour les enfants de 8 à 12 ans, la limite est fixée à 75 g, et de 4 à 7 ans, à 60 g.

Ces recommandations sont cohérentes avec celles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui préconise de limiter la consommation de sucres libres à 25 g par jour, soit environ 6 cuillères à café.

Pour avoir un ordre de grandeur, un verre du jus d’orange, c’est déjà 20 g, une portion de moelleux au chocolat industriel, environ 40, une pomme équivaut à 12 g de sucre et un cheeseburger dans un fast-food, à 6 g[1].

Mais comme le sucre est partout, les excès sont fréquents : en France, 20 à 30 % des adultes et des adolescents consomment des quantités supérieures à celles recommandées par l’Anses, un pourcentage qui grimpe à 60 % chez les enfants de 8 à 12 ans, et atteint même 75 % chez ceux de 4 à 7 ans.

Des défis aux promesses parfois exagérées 

Grâce à leurs conseils de bon sens, les challenges proposant de limiter ou d’arrêter les sucres libres dans l’alimentation sont donc en accord avec les recommandations de santé publique et peuvent avoir des effets positifs, tant qu’on ne se prive pas de fruits, de yaourts sans sucre ajoutés, de légumes, et de produits céréaliers complets. Ces aliments apportent suffisamment de glucose pour permettre à l’organisme de bien fonctionner (le cerveau est l’organe le plus demandeur), et sont pourvoyeurs d’autres nutriments essentiels (protéines, fibres, vitamines…).

En revanche, certaines promesses de ces défis « sans sucre » sont parfois exagérées. Par exemple, arrêter le sucre ne garantit pas de perdre du poids. L’excès de sucre (boissons sucrées notamment) n’est pas le seul facteur de risque nutritionnel reconnu en matière d’obésité : les mauvaises graisses que l’on trouve dans les fast-foods jouent aussi un rôle délétère, tout comme la sédentarité. À l’inverse, un régime de type méditerranéen, riche en fibres et aliments complets, et une activité physique régulière sont des facteurs protecteurs contre la prise de poids.

Par ailleurs, comme le rappelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’obésité est une pathologie complexe. Au-delà de la nutrition, de multiples facteurs entrent en jeu : la génétique, les traitements médicaux (par exemple, certains antidépresseurs), les troubles des conduites alimentaires, les polluants, les perturbateurs endocriniens…

Lire aussi : Surveiller sa glycémie en l’absence de diabète, vraiment ? – Salle de presse de l’Inserm

Réguler ses pics de glycémie, une tendance qui fait débat…

Les défis sans sucre sont parfois associés à des conseils pour surveiller la glycémie et de tenter de réduire les pics, ces élévations du taux de glucose dans le sang. L’objectif affiché est de « maintenir une énergie stable » et d’ « éviter la fatigue post-repas ». Les recommandations les plus populaires ? Éviter de manger du sucre au petit-déjeuner, commencer ses repas par des légumes ou bien faire de la marche tout de suite après manger.

Bien sûr, de manière générale, manger des légumes et faire de l’exercice physique est recommandé pour être en bonne santé. Et sur le plan scientifique, une récente méta-analyse regroupant les résultats de plusieurs grandes études réalisées en Europe, aux États-Unis et en Asie, suggère un lien entre la charge glycémique de l’alimentation et des risques de maladies chroniques comme le diabète de type 2, certains cancers, et les maladies cardiovasculaires.

Toutefois, surveiller sa glycémie au quotidien n’a pas de sens ni d’utilité pour l’ensemble de la population. Les capteurs de glycémie, qui servent à suivre le taux de sucre dans le sang tout au long de la journée, sont très à la mode. Pourtant, ils ne sont utiles que pour les personnes vivant avec un diabète. En effet, il est tout à fait normal d’avoir un pic de glycémie après les repas, il s’agit d’un phénomène physiologique élémentaire.

En outre, ces « astuces » pour réguler la glycémie ne s’appuient pas sur des preuves solides. Par exemple, les études citées pour prôner l’arrêt du sucre au petit déjeuner ont été menées uniquement auprès de personnes souffrant de diabète, d’obésité, ou en situation de surpoids. Il n’y a donc pas de raison scientifique de conseiller cela à tout le monde.

Lire aussi : Une vie sans sucre… Vraiment ? – Salle de presse de l’Inserm

… et des arguments marketing douteux

Les compléments alimentaires censés faciliter la « detox anti-sucres » ou « réguler la glycémie » ne sont pas plus utiles. Par exemple, ceux à base de chrome sont extrêmement populaires. Pourtant, ils sont loin d’être recommandés pour l’ensemble de la population. Bien que le chrome puisse contribuer au métabolisme des macronutriments tels que les protéines, les glucides et les lipides, ainsi qu’au maintien d’un taux normal de glucose dans le sang, il n’a pas d’effet reconnu sur le contrôle du poids ou sur la réduction de la fatigue, selon les autorités sanitaires européennes. De plus, l’American Diabetes Association (l’association américaine du diabète) déconseille son utilisation pour réduire la glycémie, car ses effets bénéfiques sont jugés trop faibles lorsque mis en balance avec les risques d’effets secondaires (problèmes rénaux, maux d’estomac, nausée…).

Et de manière générale, les autorités sanitaires comme l’Anses et l’Institut national du cancer (INCa) considèrent qu’il n’est pas nécessaire de recourir aux compléments alimentaires, sauf en cas de carences liées à des facteurs spécifiques comme l’âge, la grossesse ou certaines pathologies, et sous contrôle médical.

💡Et les édulcorants ?

Les études pointant des risques potentiels liés à la consommation régulière d’édulcorants s’accumulent. Le Centre international de recherche contre le cancer de l’OMS a récemment classé l’aspartame comme « cancérigène possible pour l’humain ». Dans l’étude NutriNet-Santé portant sur plus de 100 000 adultes français, l’exposition aux édulcorants était associée à un risque plus élevé de cancers, maladies cardiovasculaires et de diabète de type 2. Les autorités sanitaires ne les considèrent donc pas comme une alternative sûre au sucre.

La vraie bonne idée : regarder le Nutri-Score, éviter les aliments ultra-transformés et avoir une activité physique régulière 

Modérer sa consommation de sucre est bénéfique pour la santé, mais ce n’est pas une solution miracle pour perdre du poids, avoir une belle peau ou se sentir mieux. L’essentiel est de privilégier un équilibre alimentaire global.

Fondé sur les données scientifiques des dix dernières années, le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande de privilégier les aliments mieux classés (A ou B) au Nutri-Score[2] et d’éviter les aliments ultra-transformés, souvent trop gras, sucrés et salés. Ce programme met également l’accent sur l’importance d’une activité physique régulière et sur le plaisir de manger, essentiel pour adopter des habitudes durables. Il soutient des mesures telles que la taxe sur les boissons sucrées pour réguler le marketing et l’offre alimentaire. Des recettes et des astuces pour manger mieux et bouger petit à petit sont disponibles sur le site mangerbouger.fr

Cet article a été écrit avec le soutien de Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm et Emmanuel Cosson, endocrinologue, Hôpital Jean-Verdier (AP-HP).

[1] Ces données sont issues de la table de composition nutritionnelle Ciqual 2020 réalisée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), disponibles sur ciqual.anses.fr.

[2] La notation au Nutri-Score s’appuie sur les conclusions d’une des plus grandes bases de données épidémiologiques nutritionnelles françaises, NutriNet-Santé (etude-nutrinet-sante.fr/) et sur plus de 130 publications scientifiques dans le monde (https://nutriscore.blog/2022/09/23/bibliography-references/).

Surveiller sa glycémie en l’absence de diabète, vraiment ?

testeur de glycémie, crédits : Fotalia © Fotalia

C’est une tendance qui revient de temps à autres sur les réseaux sociaux, notamment via des comptes très suivis : de nombreux influenceurs parlent régulièrement à leurs abonnés de glycémie et évoquent l’impact du sucre sur la santé. Certains vont même jusqu’à se procurer des capteurs de glycémie, en vente libre sur internet, afin de suivre leur taux de sucre dans le sang tout au long de la journée, arguant qu’il s’agit d’un bon moyen pour mieux connaître son métabolisme et adapter son alimentation. Normalement réservés aux personnes vivant avec un diabète, ces capteurs ont-ils vraiment une utilité pour le reste de la population ? Et que penser des arguments avancés par certaines personnalités qui, sur les réseaux sociaux, font la « chasse » au glucose à tout prix ? Est-ce une méthode miracle pour être en bonne santé et perdre du poids ? Canal Détox se penche sur ce sujet.

La glycémie est le taux de glucose dans le sang. Avant tout chose, il est utile de rappeler que le glucose issu de notre alimentation est nécessaire au bon fonctionnement de l’organisme. Il sert en effet de substrat énergétique à un grand nombre de cellules, qui l’utilisent pour produire de l’énergie. Tout l’enjeu est d’adapter son alimentation pour apporter cette source d’énergie au corps sans dépasser des doses qui pourraient être délétères pour la santé.

Valeurs de la glycémie

Chez une personne à jeun, les valeurs « normales » de la glycémie se situent entre 0,70g/L et 1,10g/L. Plus globalement, on peut dire qu’en l’absence de diabète, la glycémie varie naturellement au cours de la journée autour de 1 g/L, en fonction des repas ou de l’activité physique. Elle est d’environ 0,8 g/L avant les repas ou après la pratique d’une activité physique et augmente tout de suite après un repas, pour rediminuer progressivement ensuite. Ce « pic » après la prise de nourriture est donc tout à fait adapté.

Le diabète, qu’il soit de type 1 ou de type 2 (même si les mécanismes en cause sont différents), se caractérise par un excès de glucose dans le sang. Pour les personnes touchées par la maladie, la surveillance de la glycémie plusieurs fois par jour, au moyen d’un lecteur ou d’un capteur, est souvent nécessaire.

En effet, les mesures obtenues permettent de confirmer les épisodes d’hyperglycémie ou d’hypoglycémie qui peuvent survenir chez les patients au cours de la journée, d’adapter les traitements par insuline pour ceux qui en prennent ou de mieux comprendre les effets de l’alimentation, du stress, de l’activité physique ou de la prise de médicaments sur la glycémie.

Pour en savoir plus sur le diabète de type 1 et 2 et les traitements, lire nos articles :

https://www.inserm.fr/dossier/diabete-type-1/

https://www.inserm.fr/dossier/diabete-type-2/

En revanche, ces mesures n’ont pas d’utilité démontrée pour les personnes non malades. Or certains influenceurs continuent à préconiser l’usage de capteurs de glycémie à leurs abonnés même en l’absence de diabète, ce qui conduit des professionnels de santé à s’inquiéter.

Tandis que les personnes vivant avec un diabète respectent des indications de prescription précises et sont bien suivies par leurs médecins, le risque pour celles qui utilisent ces dispositifs sans être malade est de surinterpréter les résultats. Adopter cette pratique peut dès lors susciter des inquiétudes non fondées vis-à-vis de sa santé et conduire à « pathologiser » une réaction physiologique naturelle, comme celle d’un pic de glycémie après la prise de nourriture. Cela constitue un terreau qui peut pousser certaines personnes vers des comportements obsessionnels pouvant évoluer vers des troubles du comportement alimentaire.

Des conseils nutritionnels pour contrôler sa glycémie ?

Au-delà de l’usage des capteurs de glycémie, certains conseils nutritionnels pour « limiter le sucre » ont grandement été relayés par des comptes très populaires sur les réseaux sociaux. Le problème est qu’il peut être difficile de faire la part des choses entre des conseils qui peuvent avoir une certaine légitimité, et des informations erronées ou trompeuses.

Prenons par exemple l’idée très relayée selon laquelle il faudrait commencer ses repas par de fruits et de légumes ou bien faire de la marche tout de suite après manger pour limiter les pics de glycémie. Il n’y a pas en soi de données scientifiques solides qui viennent appuyer ces idées permettant d’affirmer que l’on doit assigner un ordre aux aliments que l’on mange ou que faire de l’activité physique à un moment précis est beaucoup plus bénéfique qu’à un autre.

Néanmoins, ces conseils peuvent tout de même avoir des avantages indirects pour la santé des personnes, dans la mesure où cela les incite à consommer plus de fruits et légumes ou à lutter contre la sédentarité. Cela peut expliquer pourquoi certains peuvent se sentir « mieux » en appliquant cette méthode.

Le problème, c’est que ces conseils de bons sens sont souvent justifiés au moyen de théories farfelues et d’une diabolisation à l’extrême du glucose. Surtout, cela met en avant l’idée qu’il y aurait une approche « miracle » pour rester en bonne santé ou pour perdre du poids. On sait pourtant que ce n’est pas le cas : la santé métabolique et la perte de poids dépendent de nombreux facteurs, à la fois génétique et environnementaux, et il ne suffit pas de faire la « chasse au glucose ». Les recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS) ont été élaborées, elles, sur des bases scientifiques solides. Elles regroupent l’ensemble des conseils à appliquer pour contribuer à limiter la prise de poids et l’obésité, et à prévenir les maladies chroniques (cardiovasculaire, diabète de type 2, cancer…). Des déclinaisons existent selon l’âge ou la situation de chacun (grossesse, sportifs…).

Si de plus en plus d’études portant sur des dizaines de milliers de participants semblent pointer vers un lien entre index glycémique des aliments et risque accru de diabète, maladies cardiovasculaires, cancers liés au diabète et mortalité, ce n’est pas en surveillant les fluctuations naturelles de notre glycémie à longueur de journée que l’on améliorera la prévention. Les clés résident dans l’adoption d’une alimentation en adéquation avec les recommandations du PNNS et le fait de privilégier les aliments mieux classés au Nutri-Score (qui sont notamment moins riches en sucre et en gras).

Il est aussi important de se méfier des sites qui vendent des compléments alimentaires « miracles » pour « réguler sa glycémie ». Aucune instance de santé publique ne les recommande à l’heure actuelle pour la population générale en bonne santé.

En matière de glycémie, de nutrition, comme en matière de santé en général, les  » fake news  » sont nombreuses sur les réseaux sociaux et sur internet. Il est fondamental de s’assurer de la fiabilité des sources d’information consultées…  et de se rappeler que si une méthode conseillée pour prendre soin de sa santé ou pour perdre du poids semble « miraculeuse », c’est qu’elle est sûrement trop belle pour être vraie !

Consulter aussi notre vidéo Canal Détox : Une vie sans sucre vraiment ?

Texte rédigé avec le soutien de Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm et Emmanuel Cosson, endocrinologue, Hôpital Jean-Verdier (AP-HP).

Faire du sport pour perdre du poids, vraiment ?

Canal Détox JO© Flore Avram/Inserm

 

« Le sport est votre meilleur allié pour perdre du poids » : voilà une phrase souvent rabâchée dans les pages bien-être et nutrition des magazines, qui définissent souvent par ailleurs la minceur comme un idéal esthétique à atteindre.

Si l’activité physique, couplée à un régime alimentaire adapté, est certes indiquée lorsque l’on est en surpoids, la relation sport = perte de poids est plus complexe qu’elle n’y parait. De plus, lorsque l’on se penche sur ce lien, il est un peu réducteur de s’intéresser seulement aux aspects « esthétiques ». En effet, l’activité physique, ainsi que le montrent de très nombreuses études scientifiques, est avant tout bénéfique pour la santé physique – notamment pour la prévention des maladies chroniques – et mentale. On vous en dit plus dans ce premier Canal Détox de la série « JO2024 : sport et santé ».

La perte de poids se caractérise par un déséquilibre de la balance énergétique. Sur le papier, il serait donc simple de perdre du poids : si les apports caloriques via l’alimentation sont inférieurs à notre dépense en énergie, ce déséquilibre conduit à une perte de masse corporelle.

Mais que « perd-t-on » exactement ? En fonction de l’activité physique pratiquée et/ou du régime choisi, une personne va perdre plutôt en masse graisseuse (tissu adipeux), en masse musculaire, voir en eau. Par exemple, un individu qui jeûne pendant une semaine va perdre de la masse grasse, mais il va aussi perdre en masse musculaire.

Or tout l’enjeu pour la santé est de parvenir à perdre en masse grasse – surtout de la graisse viscérale associée à des problèmes cardiovasculaires – tout en préservant la masse musculaire.

 

Différents types d’activité physique

Les glucides et les lipides sont la principale source d’énergie pour l’organisme. Schématiquement, on peut dire qu’au début d’une session de sport – surtout si fournit un effort intense – le corps va d’abord consommer (« brûler ») des glucides, notamment parce que ceux-ci sont plus rapidement mobilisables par le corps que les lipides.

En revanche, plus l’effort physique est long et d’intensité modérée, plus l’on va brûler des lipides, pour épargner les réserves de glucides et maintenir une glycémie constante. On parle alors d’oxydation des lipides consécutive à la mobilisation des lipides (lipolyse).

Par ailleurs, plus on est entraîné, plus le corps est capable d’aller « brûler » les lipides lorsque l’on fait du sport. On sait en effet que l’exercice physique induit des adaptations facilitant la mobilisation des graisses par le tissu adipeux et leur oxydation par les muscles locomoteurs. Des études ont montré une augmentation de l’oxydation des lipides chez des individus entraînés en endurance par rapport à des contrôles sédentaires, lorsque les deux groupes effectuaient un même exercice. En outre, il a été montré que proposer un entraînement régulier en endurance – avec des exercices d’intensité légère à modérée effectués sur de longues durées – à des personnes en surpoids ou en situation d’obésité permettait en partie de restaurer les défauts de lipolyse qui sont habituellement constatés chez ces sujets.

De manière générale, lorsque l’on parle d’exercice physique pour perdre du poids, il faut distinguer les exercices d’endurance des exercices de renforcement musculaire. Si les premiers sont donc plutôt proposés pour mobiliser les réserves lipidiques et brûler les graisses, il est important également de pratiquer des exercices de renforcement musculaire pour préserver sa masse et sa force musculaire. Pour les personnes en situation de surpoids et d’obésité, les recommandations visent des programmes d’entrainement composés de une à trois séances d’endurance et une à deux séances de renforcement musculaire afin non seulement de diminuer la masse grasse viscérale (diminution du tour de taille) mais aussi de préserver la masse musculaire.

Les exercices de renforcement présentent aussi un intérêt quand on sait que le principal déterminant de cette dépense calorique au repos est la masse musculaire. Plus on est musclé, plus on dépense de d’énergie au repos, ce qui peut s’avérer bénéfique pour la perte de poids.

II faut toutefois noter que tous les individus ne sont pas égaux face à la perte de poids. Il existe une certaine hétérogénéité liée à des susceptibilités génétiques, qui sont documentées mais pas encore bien comprises. A terme néanmoins, l’idée est de poursuivre les recherches pour comprendre pourquoi certaines personnes répondent mieux à certains types d’exercices physiques et/ou perdent plus facilement du poids. A l’Inserm, les équipes planchent sur cette question, et participent à un projet européen qui vise le développement d’une médecine de précision prenant en compte l’hétérogénéité des individus dans la prise en charge de l’obésité. Des études de médecine de précision ont déjà montré l’intérêt d’individualiser les programmes nutritionnels pour la prise en charge de l’obésité et de ses complications.

 

C’est avant tout une affaire de santé

Au-delà du simple objectif de perte de poids, il faut surtout rappeler que l’activité physique est une affaire de santé. De nombreuses études ont bien montré que les personnes actives vivent plus longtemps en bonne santé. L’activité physique, couplée à un régime équilibré, a des effets bénéfiques sur les paramètres cardiovasculaires, le profil métabolique, la prévention des maladies chroniques et des cancers etc… Des travaux indiquent même des bénéfices pour prévenir les maladies neurodégénératives – comme la maladie de Parkinson – ainsi que les troubles anxio-dépressifs.

Pour en savoir plus, consultez notre expertise collective : « Activité physique, prévention et traitement des maladies chroniques »

D’ailleurs, chez les personnes en situation d’obésité, l’activité physique seule induit souvent une perte de poids modérée, mais on observe en revanche très rapidement une amélioration significative des paramètres métaboliques (glycémie, cholestérol…) ou du tour de taille (un bon indicateur de la graisse viscérale), ce qui participe efficacement à la prévention des complications cardiovasculaires et métaboliques de l’obésité.  Il est donc possible de réduire le risque cardiovasculaire et de mortalité totale par l’activité physique indépendamment d’une perte de poids très marquée.

On peut aussi mentionner l’intérêt de l’activité physique en prévention secondaire et tertiaire des maladies chroniques, pour prévenir les complications et rechutes. Ainsi, une récente étude suédoise a par exemple montré que les personnes qui font du sport après un accident vasculaire cérébral récupèrent plus vite, améliorent leur autonomie et diminuent le risque d’une récidive.

Les intérêts de l’activité sont donc multiples, à tous les âges et tout au long de la vie, pour la prévention et le traitement des maladies chroniques qu’elles soient ou non accompagnées d’obésité ou de surpoids.

 

Pour aller plus loin, consultez notre article sur le sujet en partenariat avec The Conversation

 

Texte écrit avec le soutien de Cédric Moro, directeur de recherche à l’Inserm à l’Institut de maladies métaboliques et cardiovasculaires (Toulouse).

Mincir grâce aux médicaments « coupe-faim », vraiment ?

balance© Photo i yunmai/Unsplash

Des vidéos sur TikTok qui vantent les mérites d’un médicament contre le diabète de type 2 « détourné » pour perdre du poids, des unes de journaux qui s’interrogent pour savoir si nous pourrions tous devenir « minces » grâce à une nouvelle génération de traitements de l’obésité… Ce n’est pas une nouveauté : la perte de poids est fréquemment présentée comme une préoccupation majeure dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Sur ces plateformes, des messages de prévention pour lutter contre l’obésité, qui constitue une priorité de santé publique, fondés sur des bases scientifiques solides, sont véhiculés aux côtés de nombreux stéréotypes associant beauté et minceur ainsi que de recettes « miraculeuses » pour perdre du poids. Dans ce contexte où la confusion règne et où le public se retrouve exposé à des injonctions contradictoires, le sujet des « coupe-faim », des molécules présentées comme efficaces pour perdre du poids, trouve régulièrement un écho important.

Mais à quoi renvoie réellement ce terme de « coupe-faim » et est-il vraiment adapté ? Au-delà des tendances et des soi-disant remèdes pour perdre du poids qui s’affichent sur les réseaux sociaux, quelles approches thérapeutiques sont réellement pertinentes pour les personnes en situation d’obésité ? Canal Détox fait le point.

De plus en plus de personnes en situation d’obésité

À l’échelle de la planète, le surpoids et l’obésité sont en augmentation depuis 1990 dans la plupart des pays, comme l’indique un récent article dans The Lancet, et touchent plus d’une personne sur huit dans le monde. Il s’agit d’un problème de santé publique très important, d’autant que cette maladie chronique est associée à de nombreuses comorbidités (diabète, cancers, maladies cardiovasculaires, du foie, des articulations…). Toutes les données scientifiques et cliniques actuellement disponibles soulignent que, pour être efficace, la prise en charge de l’obésité doit être multidisciplinaire et tenir compte du contexte et de l’environnement propre à chaque personne.

Ainsi, des interventions pour transformer les habitudes alimentaires et lutter contre la sédentarité sont nécessaires. Elles doivent néanmoins être combinées à un accompagnement personnalisé qui tienne compte des freins psychologiques, du mode de vie et de l’histoire personnelle de chacun, de la nécessité de traiter les comorbidités, mais aussi du fait que la perte de poids est conditionnée par une grande variabilité interindividuelle. En bref, la médecine de l’obésité doit être globale et holistique.

Dans certains cas, quand l’obésité est installée de manière durable et particulièrement complexe à prendre en charge, il peut être nécessaire d’avoir recours à des outils médicamenteux ou à la chirurgie bariatrique. Toutefois, cette dernière est réservée uniquement aux cas les plus sévères, c’est-à-dire à des personnes avec un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 35 kg/m² avec une complication associée ou avec un indice de masse corporelle supérieur à 40 kg/m².

Liraglutide et sémaglutide

Sur le plan des médicaments, un traitement de première génération, l’orlistat, a longtemps été prescrit aux patients souffrant d’obésité (IMC > 30 kg/m²). Cette molécule fonctionne en bloquant l’action d’une enzyme qui permet l’absorption des graisses. Néanmoins, bien qu’une réduction du risque de diabète ait été observée, son efficacité demeure assez limitée, la perte de poids moyenne constatée avec ce traitement étant relativement modérée

Ces dernières années, d’autres avancées thérapeutiques se sont matérialisées grâce au développement d’une nouvelle classe de médicaments qui imitent l’hormone glucagon-like peptide 1 (GLP-1) : les analogues du GLP-1. Ces médicaments contiennent généralement soit du liraglutide, soit du sémaglutide. Ces deux molécules analogues du GLP-1 ont notamment pour effet d’augmenter la sensation de satiété, et donc de permettre aux personnes de mieux contrôler leurs apports alimentaires.

À l’heure actuelle, le liraglutide peut être prescrit à raison d’une injection par jour, mais il n’est pas remboursé par la Sécurité sociale. Quant au sémaglutide, il n’est aujourd’hui autorisé en France que pour le traitement du diabète de type 2 et commercialisé sous le nom de marque Ozempic.

Le sémaglutide sous une forme plus dosée que l’Ozempic a par ailleurs été développé pour le traitement de l’obésité (il s’agit d’un médicament appelé Wegowy). Déjà autorisé aux États-Unis, il a pu être proposé à près de 10 000 personnes avec une obésité sévère avec au moins une comorbidité (IMC > 40 kg/m²) en France dans le cadre d’une expérimentation qui doit se poursuivre jusqu’à l’automne 2024. Cependant, des retours des agences réglementaires sont désormais attendus pour étendre sa prescription à un plus grand nombre de patients.

Les « coupe-faim », un terme inadapté ?

Dans les médias, les analogues du GLP-1 sont souvent désignés comme des « coupe- faim ». Un terme que certains médecins estiment être inadapté. En effet, ces médicaments régulent l’appétit et augmentent la sensation de satiété. Résultat : l’envie de manger n’est plus une préoccupation centrale et permanente, et les patients reprennent le contrôle de leur appétit, sans pour autant que toute sensation de faim disparaisse.

 

La folie de l’Ozempic

Ces bases étant posées, revenons sur la popularité qu’a connue l’une de ces molécules, l’Ozempic, sur les réseaux sociaux. Au cours de l’année écoulée, dans des vidéos ou des articles partagés de nombreuses fois, certains créateurs de contenus ont conseillé aux personnes qui les suivent d’utiliser ce médicament (indiqué, rappelons-le, pour le traitement du diabète de type 2), comme un « coupe-faim », afin de perdre quelques kilos. Cette tendance, qui consiste à détourner un médicament prescrit dans des circonstances bien spécifiques pour favoriser la perte de poids, est problématique à plusieurs égards.

Premièrement, parce que prendre un médicament pour une autre indication que celle pour laquelle il a été mis sur le marché, ici simplement pour perdre quelques kilos, comporte des risques pour la santé. Parmi les effets secondaires associés à l’Ozempic, on retrouve par exemple fréquemment des problèmes digestifs qui peuvent avoir un impact sur la qualité de vie.

On peut aussi citer une étude parue en octobre dans la revue JAMA, qui suggère que la prise d’analogues du GLP-1 pour perdre du poids peut entraîner des affections gastro-intestinales rares mais sévères (pancréatite, obstruction intestinale, pathologies biliaires ainsi qu’un retard dans le passage des aliments de l’estomac vers l’intestin grêle). S’exposer à ce type d’effets alors que l’on n’est pas malade et qu’on souhaite juste perdre quelques kilos n’est pas anodin. Enfin, ce médicament peut entraîner une perte de poids importante qui peut être dangereuse sans contrôle médical.

Il faut bien avoir en tête qu’il n’y a pas de solution « miracle » pour perdre du poids. Cela repose toujours sur une combinaison de facteurs individuels (adapter son mode de vie et son alimentation, avoir une activité physique régulière, changer son rythme de sommeil, agir sur le stress…) et non sur la prise d’un médicament unique qui résoudrait d’un coup tous les problèmes. Les facteurs impliqués dans l’obésité sont différents d’une personne à l’autre et doivent être analysés. Du fait, en fonction de notre patrimoine génétique, nous prenons (et perdons !) du poids différemment en réponse à l’environnement.

Deuxièmement, on sait qu’il existe déjà des tensions d’approvisionnement sur l’Ozempic : même les personnes diabétiques qui en ont vraiment besoin peuvent avoir du mal à s’en procurer. Soulignons que le mésusage et le détournement de ce médicament existe en France mais ne correspondrait qu’à 1,5 % des prescriptions selon les données de la Caisse nationale d’assurance maladie. Il n’est donc pas directement en cause dans ces tensions d’approvisionnement. Néanmoins, il s’agit d’une tendance à surveiller et à ne pas prendre la légère, ne serait-ce que pour assurer l’accès à long terme du médicament aux patients qui en ont besoin.

 

Que disent les essais pour le traitement de l’obésité ?

Au-delà de ces considérations, les scientifiques s’accordent pour dire que les analogues du GLP-1 s’avèrent prometteurs pour les personnes en situation d’obésité et pour qui la perte de poids est un impératif de santé.

Plusieurs essais cliniques (notamment les essais STEP) ont montré que chez des participants en situation d’obésité, sans diabète, la prise d’un médicament comme le Wegovy à une dose de 2,4 mg par semaine entraîne une perte de poids allant de 10 à 20 % sur un an. Par ailleurs, plusieurs études ont aussi indiqué une amélioration notable des paramètres métaboliques chez les participants (glycémie, cholestérol, inflammation…). Un suivi sur plus de trois ans a également permis de montrer une diminution de la mortalité cardiovasculaire chez des personnes obèses ou en surpoids ayant un historique de maladie cardiovasculaire.

Toutefois, là encore, la prise de ces médicaments doit se faire avec l’accompagnement d’un médecin, dans le cadre d’une prise en charge globale et en tenant bien entendu compte des éventuels effets secondaires. Ces options thérapeutiques ouvrent également de nouvelles questions sur la durée du traitement dans cette maladie chronique, avec un risque de reprise de poids en cas d’arrêt, sur lesquelles la recherche doit se pencher.

Une chose est sûre : si ces médicaments peuvent aboutir à une perte de poids importante et soutenue sur le long terme chez les patients obèses et s’ils représentent donc un outil très important à ajouter à l’arsenal thérapeutique, il faut aussi rappeler qu’aucune molécule « miracle » ne pourra à elle seule mettre fin à l’obésité.

Ces progrès ne doivent pas non plus faire oublier que l’obésité est un problème de santé publique global, majeur et qui prend un peu plus d’ampleur chaque année. Il est donc nécessaire de continuer à proposer une prise en charge complète, interdisciplinaire et, à mesure que les connaissances progressent sur la biologie de l’obésité, de plus en plus personnalisée, pour répondre aux problématiques spécifiques à chaque individu.  Mais aussi d’insister sur les mesures de prévention et politiques de santé publique, tout aussi essentielles pour agir sur les comportements et les modes de vie. Soutenir la recherche est primordial pour continuer à faire progresser les connaissances sur cette maladie complexe, et notamment tous ses mécanismes biologiques sous-jacents.

 Texte rédigé avec le soutien de Karine Clément, médecin, professeure de nutrition, directrice du laboratoire NutriOmique (Inserm/Sorbonne Université/APHP) et présidente de l’Association française d’étude et de recherche sur l’obésité – AFERO (afero.fr)

Jeûner pour lutter contre le cancer, vraiment ?

© Canva/Inserm

« Il faut éviter de manger pour “affamer” les tumeurs » : cette image assez parlante est souvent relayée sur des forums en ligne et pousse certains patients atteints de cancer à se tourner vers le jeûne et les régimes restrictifs.

Le terme « jeûne » englobe plusieurs types de pratique : jeûne complet (seule l’eau est permise), jeûne partiel (apport calorique très modeste, autour de 300 kcal/jour), jeûne continu ou jeûne intermittent. Quelle que soit la forme qu’il prend, sa pratique existe depuis des millénaires dans de nombreuses religions et cultures dans un but de purification du corps et de l’esprit ou en signe de pénitence.

Néanmoins, depuis les années 2000, le jeûne est de plus en plus pratiqué en France  – et dans d’autres pays occidentaux – par des personnes qui y voient une manière de perdre du poids (voir notre Canal Détox sur le régime intermittent) mais aussi de prévenir ou guérir un certain nombre de maladies, dont le cancer.

Mais au-delà de témoignages et d’anecdotes sur le sujet maintes fois relayés sur internet, y-a-t-il des fondements scientifiques à cette idée ? Priver son corps de sucre et d’autres nutriments peut-il l’aider à lutter contre les tumeurs ? L’appauvrir en énergie va-t-il vraiment l’aider à mieux supporter les chimiothérapies comme certains le disent, voire à augmenter leur efficacité ? Canal Détox fait le point.

Priver les cellules cancéreuses de nourriture

Les cellules cancéreuses ont la capacité de se multiplier à l’infini et ont pour cela besoin d’une très grande quantité d’énergie. La plupart des cellules cancéreuses, comme l’avait supposé le médecin allemand Alfred Braunstein en 1921 puis démontré Otto Warburg dans les années 1930, consomment beaucoup plus de sucre que les cellules saines.

C’est d’ailleurs cette très forte consommation de glucose, visualisable par imagerie, qui permet aujourd’hui de repérer la majorité des tumeurs dans l’organisme. Néanmoins, le sucre n’est pas la seule source d’énergie des cellules tumorales. Ces dernières peuvent également puiser leur énergie dans les protéines et les graisses apportées par notre alimentation.

Rien d’étonnant dès lors à ce que l’idée de priver les tumeurs de carburant pour ralentir leur évolution fasse l’objet de nombreuses recherches depuis les années 1940. Plusieurs équipes tentent ainsi de mettre au point des médicaments capables d’empêcher les cellules tumorales de capturer et d’utiliser les ressources énergétiques de leur environnement.

D’autres travaux de recherche explorent quant à eux la piste de la restriction calorique, par la baisse des apports en glucides, en lipides ou en protéines dans différentes proportions.

Cependant, l’équation est loin d’être simple car en voulant « affamer » les tumeurs, c’est l’ensemble de l’organisme que l’on risque d’affaiblir. Les cellules tumorales ne sont pas les seules à avoir besoin de glucides ; les cellules musculaires, cardiaques, hépatiques ou cérébrales aussi.

Par ailleurs, les cellules tumorales ont de très grandes capacités d’adaptation, en fonction de leur environnement immédiat, de leur stade de développement et des ressources à leur disposition. Des études ont mis en évidence que si le sucre vient à manquer, les cellules tumorales vont puiser leur énergie ailleurs, notamment dans les lipides ou les protéines. Par ailleurs, en grossissant, les tumeurs auraient tendance à privilégier davantage les acides gras et auraient même la capacité de fabriquer leurs propres lipides. En d’autres termes, les cellules tumorales ont de la ressource.

Alors que penser du jeûne ou des restrictions alimentaires pour les patients atteints de cancer ? Pour en savoir plus, on peut se tourner vers le rapport de 2017 très complet du réseau Nutrition Activité physique Cancer Recherche  (NACRe), qui a décidé de passer en revue l’ensemble des études publiées sur le sujet depuis la fin des années 1940.

Conclusion : les résultats chez l’animal sont très hétérogènes, avec des résultats qui suggèrent tour à tour des effets bénéfiques, neutres voire délétères tant au niveau de la croissance tumorale, du taux de survie ou encore de l’efficacité ou de la capacité à supporter des traitements anticancéreux. Et ce, dans des circonstances expérimentales éminemment variables et très éloignées des situations que vivent les patients atteints de cancer dans leur quotidien.

En outre, même lorsque l’on s’intéresse à des études menées chez l’humain, nous sommes face à des études en faible nombre, avec de faibles effectifs et des qualités méthodologiques discutables, ainsi que l’a aussi souligné un rapport de l’Inserm datant de 2014.

Des études cliniques ont-elles apportées plus de preuve depuis le rapport du réseau NACRe ? Le point positif est que de nombreuses études cliniques ont été lancées ces dernières années. Cependant, les travers soulignés par le rapport de 2017 persistent : faible effectif, paramètres subjectifs (bien-être par exemple)…

Les preuves accumulées sont donc clairement insuffisantes aujourd’hui pour affirmer que le jeûne ou même simplement la restriction en sucre sont bénéfiques pour lutter contre le cancer ou mieux supporter la chimiothérapie.

À l’inverse, ces pratiques exposent, de façon certaine, les patients à une aggravation de la perte de poids et de la fonte musculaire, deux facteurs qui diminuent clairement les chances de succès des traitements et de la survie.

Si le jeûne à visée thérapeutique est à la mode, les experts sont donc formels : il s’agit d’une pratique dont les bienfaits ne sont pas aujourd’hui scientifiquement prouvés chez les patients atteints de cancer, et qui comporte des risques. Pour rappel, la dénutrition serait directement responsable de 5 à 25 % des décès chez les personnes atteintes d’un cancer.

Sachant que chaque cancer a ses spécificités et que chaque patient est unique, il faudra de nombreux travaux pour confirmer ou infirmer les bienfaits d’un régime restrictif ou du jeûne.

Texte repris et adapté du livre « Fake News Santé » de l’Inserm. Il a été rédigé avec le soutien de Stéphane Servais, professeur des universités, chercheur au sein de l’unité 1069 Inserm/Université de Tours, Nutrition, croissance et cancer

La « malbouffe » est-elle une cause de dépression ?

aliments ultra-transformésAliments ultra-transformés © Photo de No Revisions sur Unsplash

La « malbouffe » augmenterait le risque de dépression. C’est avec ce titre qu’une étude a récemment été reprise très largement dans les médias. Mais au-delà des raccourcis médiatiques, que montrent précisément ces travaux scientifiques et quelles sont les implications en matière de santé publique ? Plus généralement, que sait-on aujourd’hui des associations entre alimentation et santé mentale ? Canal Détox revient sur ce sujet aussi complexe que passionnant.

L’étude en question, qui a beaucoup été médiatisée, a été publiée dans la revue Nutritional Neurosciences en mars 2023. Si c’est le terme « malbouffe » qui a été retenu pour communiquer auprès du public, il faut souligner que l’équipe de recherche s’est en fait spécifiquement intéressée à la consommation d’aliments dits « ultra-transformés ». Il s’agit des aliments qui nécessitent l’utilisation de plusieurs procédés de transformation et d’additifs qui vont modifier leur texture, leur saveur, leur durée de conservation.

Aliments ultra-transformés et récurrence de symptômes dépressifs 

Les scientifiques ont étudié l’association entre des apports élevés de ces aliments ultra-transformés et la récurrence de symptômes dépressifs au sein d’une population britannique. Ils ont examiné le poids de ces aliments dans les relations entre alimentation et symptômes dépressifs.

Les analyses des chercheurs suggèrent qu’il existe bien une association significative entre une consommation élevée d’aliments ultra-transformés et le risque de récurrence de symptômes dépressifs au cours du suivi de la cohorte. Ainsi, les participants qui consommaient le plus d’aliments ultra-transformés (soit un tiers de leurs apports totaux) avaient 30 % de risque supplémentaire de présenter des épisodes de symptômes dépressifs récurrents, en comparaison avec les participants consommant moins d’aliments ultra-transformés.

Cette étude menée au sein d’une cohorte britannique conforte des résultats observés auparavant dans des populations méditerranéennes, dont la consommation d’aliments ultra-transformés est pourtant plus modérée. Ce type d’étude nécessiterait cependant d’être reproduite afin de pouvoir généraliser les conclusions.

Par ailleurs, il est important de souligner que dans les études observationnelles comme celle-ci, la mesure des symptômes dépressifs repose souvent sur des échelles auto-remplies par les participants à propos de leurs symptômes, et ne constitue donc pas un diagnostic de dépression.

Ajoutons aussi que si l’association ente aliments ultra-transformés et symptômes dépressifs mise en lumière dans cette étude semble robuste, et que de potentiels facteurs environnementaux et socioéconomiques confondants ont bien été pris en compte pour estimer les associations, le lien de causalité ne peut toutefois pas être établi.  On ne peut pas affirmer que le fait de manger des aliments ultra-transformés en grande quantité va automatiquement causer le développement de symptômes dépressifs.

Quelle est la différence entre lien de causalité et association statistique ?

Attention, les études observationnelles en épidémiologie permettent d’établir des associations statistiques mais pas des relations causales. Prenons un exemple : les ventes de glaces et les attaques de requins augmentent quand il fait chaud – il y a donc une association statistique entre les deux phénomènes – mais on ne peut pas parler de relation causale. En effet, les ventes de glaces ne poussent pas plus les requins à attaquer les humains et les attaques de requins n’incitent pas les humains à consommer des glaces !

En revanche, les deux phénomènes arrivent plus fréquemment par beau temps, quand les températures sont élevées et que les gens sont à la plage.

 

Il est enfin utile à ce stade de rappeler que la dépression est une maladie psychiatrique multifactorielle et complexe. Certains types de régimes alimentaires pourraient peut-être constituer un facteur de risque d’en développer certains symptômes, et font à ce titre l’objet de recherches, comme en témoigne cette étude. En revanche, l’alimentation ne peut seule être mise en cause dans le développement de symptômes dépressifs et de la dépression.

 

L’importance de poursuivre les recherches

Revenir sur cette étude permet aussi de souligner à quel point il s’agit d’un domaine de recherche en plein essor. Un nombre croissant de scientifiques s’intéressent au lien entre alimentation et santé mentale.

Un axe de recherche récent a par exemple consisté à s’interroger sur le sens de la relation entre alimentation et épisode dépressif caractérisé : est-ce vraiment le fait de mal manger qui augmente le risque de dépression ou est-ce plutôt le fait d’être déprimé qui inciterait à la malbouffe ? Le lien est bidirectionnel, mais les analyses d’études prospectives évaluant le risque de dépression à partir du régime renseigné par des participants ont permis de montrer qu’au-delà de la détérioration des habitudes alimentaires constatée lors d’épisodes dépressifs, l’alimentation joue bien un rôle dans le développement de la maladie.

De nombreuses études se sont aussi intéressées à l’impact du régime méditerranéen sur le risque de développer des symptômes dépressifs. La qualité des méthodologies varie avec des différences dans le vocabulaire employé (certaines parlent d’épisode dépressif caractérisé alors que d’autres se concentrent simplement sur les symptômes dépressifs). Néanmoins, dans leur grande majorité, ces travaux concluent que le fait d’adopter un régime de type méditerranéen permettrait de prévenir le développement de symptômes dépressifs mais aussi les troubles de l’anxiété. Des travaux complémentaires devront être réalisés pour parvenir à expliquer ces associations sur le plan biologique et métabolique.

Symptômes dépressifs et dépression – quelques repères

La dépression, ou « épisode dépressif caractérisé », touche tous les âges de la vie.  Elle est définie par la présence de trois symptômes dépressifs (tristesse/humeur dépressive, perte d’intérêt et abattement, perte d’énergie) associés sur la même période à au moins deux autres symptômes secondaires. Ces symptômes doivent être présents durant une période minimum de deux semaines, presque tous les jours, induire une détresse significative et avoir un retentissement sur les activités habituelles.

Attention, l’épisode dépressif caractérisé doit être distingué d’un sentiment de tristesse, d’un état réactionnel, d’un deuil… Il n’est pas à confondre avec le terme « déprime » utilisé dans le langage courant, qui correspond à un moment de vie passager où l’on peut ressentir des symptômes dépressifs isolés ou transitoires. Son diagnostic nécessite une démarche clinique approfondie – parfois sur plusieurs consultations – avec un professionnel de santé.

On peut aussi dire que la « déprime » se distingue de l’épisode dépressif caractérisé par la non-persistance des symptômes et le fait qu’elle n’a pas ou peu d’impact sur les activités quotidiennes des individus. L’épisode dépressif caractérisé affecte en revanche en profondeur la vie sociale, familiale et professionnelle des patients, augmente le risque de mortalité prématurée et, dans les cas les plus graves, mène au suicide : il est la première cause de mortalité chez les jeunes. Il est associé à un dysfonctionnement social et à une souffrance personnelle majeurs, avec des conséquences parfois lourdes en matière de fonctionnement social, de santé et même de décès, le risque de passage de suicide étant particulièrement élevé.

La crise sanitaire de la Covid-19 a engendré une augmentation importante d’épisodes dépressifs caractérisés.

Lire le dossier complet sur notre site : https://www.inserm.fr/dossier/depression/

Des travaux suggèrent déjà que le régime méditerranéen a des propriétés anti-inflammatoires, neuroprotectrices, immunomodulatrices et antioxydantes qui sont associées à un risque plus faible de développer de tels symptômes. À l’inverse, un régime alimentaire caractérisé par une forte consommation d’aliments sucrés et d’aliments riches en acides gras saturés et transformés pourrait exercer un effet délétère sur les voies physiopathologiques liées à la dépression, notamment l’inflammation, le stress oxydatif, le microbiome intestinal, les altérations épigénétiques et la neuroplasticité. De nouvelles études sont attendues pour décrire plus précisément ces mécanismes, ce qui permettrait de mieux accompagner les patients et d’apporter des conseils plus ciblés sur les régimes alimentaires à adopter.

En attendant les résultats de tels travaux, la nécessité d’avoir une alimentation équilibrée, s’inspirant du régime méditerranéen, couplée à une activité physique et à une durée de sommeil suffisante, reste un message de santé publique pertinent, qui ne peut qu’être bénéfique pour la santé physique comme mentale.

Des régimes miracles contre la migraine, vraiment ?

légumes

L’alimentation a fait l’objet de travaux de recherche pour comprendre si certains aliments déclenchent les crises de migraine. © Unsplash

La migraine est un trouble neurologique chronique courant qui se caractérise par des crises récurrentes d’intenses céphalées. Deux à trois fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, cette maladie a une prévalence mondiale de près de 15 % pour les deux sexes. Selon l’OMS, il s’agit de la septième maladie la plus incapacitante au monde, avec un retentissement important et documenté depuis longtemps sur plusieurs aspects de la vie quotidienne dont les relations professionnelles, sociales et familiales. Le coût économique et sociétal de la migraine est également important.

La migraine est un trouble complexe, dont tous les mécanismes ne sont pas encore bien connus, mais pour lequel des facteurs génétiques ainsi que des facteurs environnementaux (l’activité physique, sommeil, le climat ou encore le comportement alimentaire par exemple) jouent un rôle. À ce jour, il n’existe pas de traitement curatif de la migraine. La prise en charge de la maladie repose sur le traitement des crises et, chez certains migraineux, et dans certains cas, par leur prévention par un traitement de fond. Agir sur les facteurs de risque environnementaux peut également aider certains patients et réduire la fréquence et/ou la sévérité des crises : c’est dans ce contexte que nombre d’entre eux engagent une réflexion sur leurs comportements alimentaires pour tenter de limiter l’impact de la migraine et améliorer leur qualité de vie.

Depuis plusieurs années, l’alimentation a fait l’objet de travaux de recherche pour comprendre si certains aliments déclenchent les crises de migraine – ou au contraire permettent de limiter leur fréquence, durée et/ou sévérité. Les réseaux sociaux se sont parfois faits le relai de certaines publications scientifiques, mettant en avant de manière souvent exagérée les bienfaits de régimes ou aliments spécifiques. Les forums de patients regorgent aussi d’anecdotes plus ou moins scientifiques, que les internautes s’échangent à propos de leur alimentation. Au risque d’alimenter la confusion. Pour y voir plus clair, Canal Détox fait le point sur ce que l’on sait des liens entre alimentation et migraine.

 

Supprimer certains aliments de son régime, fausse bonne idée ?

Lorsque l’on tombe sur des discussions sur le web évoquant le lien entre alimentation et migraines, la plupart évoquent la nécessité d’éviter certains aliments identifiés comme problématiques.

Même si l’on sait que certains comportements alimentaires, comme par exemple le fait de faire un repas lourd ou de manger à des horaires irréguliers influencent le déclenchement de la migraine, les mécanismes sous-jacents restent peu explorés.

Par ailleurs, si certains patients ont remarqué que, pour eux, le fait de manger un aliment spécifique est souvent suivi d’une crise de migraine et décident donc de le retirer de leur alimentation, des données scientifiques suggèrent qu’en fait l’aliment incriminé ne serait pas le déclencheur de la migraine – mais plutôt un signe annonciateur. En effet, il est possible que le début d’une crise de migraine, avant l’apparition de la douleur, s’accompagne d’une modification des comportements alimentaires ou encore d’une préférence ou d’une envie de manger un aliment, par exemple du chocolat. Autrement dit, l’envie de consommer certains aliments pourrait chez certains patients représenter des manifestations cérébrales précoces de la phase prémonitoire de la crise migraineuse.

En outre, les régimes fondés sur l’évitement de certains aliments, surtout s’ils sont faits sans contrôle médical, comportent des risques. Le fait de retirer entièrement certains aliments (par exemple, les régimes sans gluten, sans tyramine[1]…) est très contraignant et peut entraîner des déséquilibres alimentaires voire des carences. Ni le régime sans gluten, chez les patients ne souffrant pas de maladie cœliaque, ni les autres régimes de ce type, ne s’appuient sur des données scientifiques suffisamment robustes pour être considérés comme efficaces et généralisés en clinique.

Il peut être d’autant plus problématique d’opter pour ces approches qu’il a été rapporté dans la littérature scientifique que l’évitement strict de certaines nourritures peut parfois entraîner du stress, des problèmes psychologiques et une mauvaise qualité de vie.

Il est donc avant tout recommandé aux patients migraineux de se tourner vers un professionnel de santé pour obtenir conseils diététiques adéquats et surtout de privilégier au maximum une régularité dans les heures de repas, avec des apports suffisants et sans grignotage (comme pour le sommeil, la régularité des comportements alimentaires est clé lorsque l’on est sujet à migraines).

 

Des régimes ou des aliments miracles à privilégier ?

 Aujourd’hui, le seul régime pour lequel des données solides commencent à émerger est le régime cétogène. Ce régime caractérisé par une alimentation riche en graisses et pauvre en glucides a montré des résultats prometteurs contre la migraine. Il influencerait potentiellement plusieurs mécanismes impliqués dans le développement du trouble (par exemple, le transport du glucose, la fonction mitochondriale, le stress oxydatif, l’excitabilité cérébrale, l’inflammation ou encore le microbiome intestinal).

Cependant, il faut souligner que la plupart des études sur le sujet présentent un certain nombre de limites, notamment le fait qu’il s’agit très rarement d’études randomisées portant sur de larges échantillons de patients. Les résultats doivent donc être pris avec prudence.

Des travaux récents se sont intéressés aux bénéfices des régimes anti-inflammatoires – ce qui a poussé certains médias à vanter les mérites d’aliments « anti-inflammatoires » qui seraient potentiellement efficaces contre la migraine, par exemple le gingembre ou les myrtilles. Si des publications ont montré que le fait d’avoir un régime varié, intégrant des aliments aux propriétés anti-inflammatoires, pouvait effectivement avoir des effets bénéfiques, il n’y a aucune preuve qu’un aliment dit « anti-inflammatoire » serait à lui seul capable de réduire la fréquence, la durée ou la sévérité des crises. Dans tous les cas, des études rigoureuses pour consolider les données scientifiques déjà obtenues sur le sujet sont nécessaires.

Un message clé serait donc que, s’il est important de continuer à étudier le rôle du comportement alimentaire et plus généralement de l’alimentation sur la migraine afin de répondre aux interrogations des patients, une chose est certaine à l’heure actuelle : une régularité dans les repas et le fait de manger en quantité suffisante en respectant un certain équilibre alimentaire est primordial pour les patients sujets aux migraines chroniques.

[1] Un acide aminé qui aide à réguler la pression artérielle

 

Caféine et migraine : quel lien ?

Faut-il consommer du café ou non lorsque l’on est migraineux ? Cette question revient souvent dans les cabinets médicaux mais aussi sur les forums en ligne.

Et la réponse n’est pas si évidente. Des études ont suggéré qu’une consommation élevée de caféine pourrait être un élément déclencheur de migraine, comme cette publication dans The American Journal of Medicine. Il s’agissait d’une étude prospective examinant le lien entre consommation de café et migraines chez 101 adultes migraineux, à partir d’un journal quotidien qu’ils remplissaient concernant leur consommation de boissons caféinées ainsi que d’autres éléments concernant leurs comportements et leur style de vie.

Cependant, des données ont aussi indiqué qu’un effet protecteur de la caféine en tant que traitement des crises ou chez les patients gravement atteints ne pouvait être exclu.

Enfin, il est également connu que, chez les grands consommateurs de café, une réduction brutale de la consommation de caféine s’accompagne de « symptômes de sevrage », dont des migraines.

 

Texte rédigé avec le soutien de Xavier Moisset, neurologue au CHU de Clermont-Ferrand, membre du laboratoire Neuro-Dol – Inserm unité 1107

La vitamine C, traitement miracle contre le rhume vraiment ?

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C’est par l’intermédiaire de l’alimentation que nous nous procurons la vitamine C. © Unsplash

 

C’est le marronnier de l’hiver : lorsque le mois de décembre approche, tous les magazines santé font la part belle à la vitamine C. Sous forme de jus de citron ou de compléments alimentaires, les conseils pleuvent pour inciter chacun à absorber sa dose quotidienne de vitamines. Pour certains, il est nécessaire de prendre de la vitamine C sous forme de compléments alimentaires pour lutter contre les maladies hivernales, dont le rhume…

Mais quels sont vraiment les effets de la vitamine C sur l’organisme ? Et les compléments alimentaires à base de vitamine C peuvent-ils  nous protéger du rhume ? Canal Détox fait le point.

C’est un fait scientifiquement avéré : la vitamine C remplie de nombreuses fonctions dans l’organisme. Elle intervient par exemple dans la protection de la paroi des vaisseaux sanguins et l’assimilation du fer. Par ailleurs, les effets antioxydants de cette vitamine, qui empêche la dégradation des cellules, ne sont plus à démontrer.

Et comme notre organisme n’est pas capable de la synthétiser, c’est par l’intermédiaire de l’alimentation que nous devons nous en procurer. D’ailleurs, il est préconisé d’en absorber en moyenne 110 mg/jour pour un adulte.

 

Consommer encore plus de vitamine C pour lutter plus efficacement contre le rhume ?

Est-ce à dire qu’en allant au-delà des doses recommandées et en consommant encore plus de vitamine C, on augmenterait ses effets bénéfiques, notamment pour se protéger de l’attaque des virus responsables des inévitables rhumes ou rhinites de l’hiver ?

La réponse est non. De nombreuses études se sont penchées sur la question, et aucune d’entre elles n’a pu démontrer clairement des effets bénéfiques significatifs de la vitamine C à haute dose sur la fréquence, la durée ou encore la sévérité des rhumes. Pour la population générale, l’adage populaire selon lequel « Un rhume non soigné dure 7 jours, soigné il dure une semaine » semble donc bel et bien vérifié. Par ailleurs, la vitamine C donnée en tant que traitement contre des infections sévères, n’a qu’un impact minime sur la santé des patients, comme l’a confirmé une récente revue de littérature.

Pour aller plus loin, consultez aussi un article sur le sujet sur la plateforme Cochrane 

Au lieu de recourir à une supplémentation, il vaut mieux consommer des fruits et légumes riches en vitamine C comme les agrumes et les poivrons pour couvrir ses besoins. Et non seulement il ne sert à rien d’ingérer de fortes doses de vitamines C au-delà des apports recommandés pour lutter contre le rhume ou d’autres infections, mais les scientifiques découvrent aujourd’hui que, dans certaines conditions, la vitamine C peut avoir des propriétés oxydantes (et non plus antioxydantes). Par ailleurs, un apport excessif de vitamine C  peut provoquer des problèmes digestifs et des nausées.

Mieux vaut donc se montrer prudents avec la surconsommation de vitamine C sous forme de compléments alimentaires, d’autant que rien ne garantit que les nutriments conservent leurs effets bénéfiques une fois extraits de leur matrice originelle, ni qu’ils aient les mêmes effets chez tout le monde (fumeurs ou non, personnes malades ou saines, etc.).

Près de 30 % des adultes consomment des compléments alimentaires en France. La vitamine C fait partie, avec le magnésium et la vitamine B6, des trois nutriments les plus consommés pendant l’hiver sous forme de compléments alimentaires.

Texte publié pour la première fois dans le livre Fake News Santé de l’Inserm, aux éditions du Cherche-Midi

Les régimes intermittents, plus efficaces pour la perte de poids, vraiment ?

fruits légumes

Des études cherchent à déterminer si les régimes intermittents améliorent l’équilibre alimentaires des personnes. Crédits Julia Zolotova sur Unsplash 

 

Dans les magazines et sur les réseaux sociaux, les régimes intermittents ont le vent en poupe. Des influenceurs qui racontent leur expérience aux pseudo-experts qui alimentent leurs blogs de conseils pour permettre à chacun de s’y mettre, Internet se fait le relai, depuis plusieurs années, de cette tendance. Cependant, le terme « régime intermittent » recouvre plusieurs réalités, avec des pratiques variées (voir encadré). Leur point commun est toujours d’alterner des périodes plus ou moins longues de restrictions alimentaires avec des périodes où l’on peut manger normalement.   

Ce type de régime est souvent présenté comme plus efficace pour favoriser la perte de poids. Certains estiment notamment qu’il permet d’éviter les contraintes et les frustrations éventuelles liées à une restriction alimentaire continue, et donc qu’il conduit à une meilleure adhésion. D’autres mettent en avant des effets bénéfiques sur des paramètres métaboliques (pression artérielle, glycémie, cholestérol…), voire pour la prévention de certaines maladies (cancers, maladies inflammatoires, métaboliques, cardiovasculaires…).

Il faut toutefois noter que des études scientifiques bien construites, avec des méthodologies solides, manquent encore pour évaluer correctement ces régimes et leurs effets au sein de différentes populations. De plus, même lorsque des résultats intéressants sont obtenus, il peut être difficile de les généraliser à l’ensemble des régimes intermittents étant donné l’hétérogénéité des pratiques.

Alors, que peut-on dire concernant l’effet des régimes intermittents sur la perte de poids ? Sont-ils plus efficaces que d’autres régimes à long terme ? Et quel est leur impact sur le comportement alimentaire ?  Canal Détox se penche sur ces questions.

Les régimes intermittents les plus pratiqués

  • Le régime 5 : 2 consiste à manger normalement pendant 5 jours puis à diminuer le nombre de calories de manière importante les 2 jours qui suivent (500 calories/jour pour les femmes et 600 calories/jour pour les hommes).

 

  • Le régime 16/8 consiste à jeûner au cours de la journée pendant une période de 14 à 16 heures et à prendre ses repas sur les 8 à 10 heures restantes (on peut par exemple prendre un goûter à 16 h et ne plus rien consommer jusqu’au matin suivant).

 

  • L’alternate day fasting est le fait de jeûner un jour sur deux.

Les régimes intermittents ne sont pas plus efficaces que d’autres régimes

La promesse principale des régimes intermittents serait de faciliter la perte de poids tout en allégeant les contraintes par rapport à d’autres régimes restrictifs. Or lorsqu’on se penche sur les études les plus rigoureuses ou sur les revues de littérature scientifique (méta-analyses), on s’aperçoit que les résultats sont variables. La plupart des publications ne montrent pas de supériorité du régime intermittent (quelles que soient ses modalités) par rapport à d’autres régimes en matière de perte de poids.

Parmi les études publiées sur le sujet avec une méthodologie rigoureuse, citons-en quelques-unes, qui se sont notamment intéressées au régime 5 : 2 (5 jours libres et 2 jours avec une consommation très réduite de calories).

Un travail publié dans l’International Journal of Obesity a été mené auprès de 332 personnes en situation d’obésité divisées en trois groupes (restriction continue avec réduction du nombre de calories consommées chaque jour ; restriction alternée une semaine sur deux et restriction intermittente classique 5 : 2). Après 12 mois, seuls 146 sujets ont été au terme de l’étude, avec une perte de poids modérée similaire dans les trois groupes (respectivement 6,6 kg, 5,1 kg et 5 kg en moyenne).

Des résultats semblables ont été constatés dans une étude portant sur 109 sujets suivis pendant 24 mois, avec une perte de poids similaire la première année pour les trois types de régimes et une stabilisation de ce poids entre 12 et 24 mois. Il n’est toutefois pas possible à partir de ces données d’apporter des conclusions sur d’autres types de régimes intermittents.

Ces différentes études se sont aussi intéressées à des paramètres métaboliques cruciaux pour la santé, notamment cardiovasculaires, sans parvenir à montrer la supériorité d’un régime sur les autres. Dans les travaux comparant le régime 5 : 2 aux régimes restrictifs plus classiques par exemple, si le cholestérol global a diminué, le taux de glucose dans le sang et les triglycérides[1] sont restés inchangés dans tous les groupes. De même, dans l’étude comparant ces régimes à une alimentation sans restriction, aucune différence n’a été relevée en ce qui concerne les paramètres métaboliques.

Si les régimes intermittents ne seraient donc pas moins efficaces que d’autres pour la perte de poids, ils ne peuvent toutefois être considérés comme des « régimes miracles ». D’autant que d’autres facteurs sont à prendre en compte, par exemple leur impact sur l’appétit et l’équilibre alimentaire.

Là encore les données issues de la recherche sont assez hétérogènes. On peut néanmoins citer des résultats qui suggèrent qu’un régime restrictif en continu pourrait être associé à une plus grande amélioration de l’équilibre alimentaire, avec une consommation de repas plus variés et des habitudes plus saines, que les régimes intermittents.

Quant à la question de savoir si les personnes qui pratiquent un régime intermittent « surcompensent » en mangeant plus dans les périodes où cela leur est autorisée, elle n’est pas encore entièrement tranchée.

Et enfin, il faut souligner que l’adhésion à long terme à des régimes, qu’ils soient intermittents ou non, est souvent faible. Dans plusieurs études, on observe que les participants abandonnent le régime en cours de route, avec un risque de reprendre les kilos perdus. Favoriser une alimentation équilibrée avec un soutien médical, mettant aussi l’accent sur des rythmes réguliers pour les repas et une activité physique reste une approche efficace pour de nombreux individus.

 

Pour aller plus loin : une sélection d’études sur le poids, l’appétit et les paramètres métaboliques 

Sundfør T.M., Tonstad S., Svendsen M. Effects of intermittent versus continuous energy restriction for weight loss on diet quality and eating behavior. A randomized trial. Eur J Clin Nutr. 2019; 73 (7): 1006-1014

Jospe M.R., Roy M., Brown R.C., et al. Intermittent fasting Paleolithic, or Mediterranean diets in the real world: exploratory secondary analyses of a weight-loss trial that included choice of diet and exercise. Am J Clin Nutr. 2020; 111 (3): 503-514

Roman Y.M., Dominguez M.C., Easow T.M., et al. Effects of intermittent versus continuous dieting on weight and body composition in obese and overweight people: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Int J Obes (Lond). 2019; 43 (10): 2017-2027

Coutinho S.R., Halset E.H., Gåsbakk S., et al. Compensatory mechanisms activated with intermittent energy restriction: A randomized control trial. Clin Nutr. 2018; 37(3):815-823. doi: 10.1016/j.clnu.2017.04.002

Trepanowski J.F., Kroeger C.M., Barnosky A., et al. Effect of alternate-day fasting on weight loss, weight maintenance, and cardioprotection among metabolically healthy obese adults: a randomized clinical trial. JAMA Intern Med. 2017

 

Régime intermittent, effet sur d’autres pathologies : l’exemple du cancer  

Tout un pan de la recherche scientifique a également commencé à s’intéresser au lien entre régime intermittent et développement de maladies, en particulier le cancer. Néanmoins, les résultats sont à prendre avec prudence car ils ont été obtenus dans des modèles animaux. Par exemple, un régime intermittent a eu des effets bénéfiques dans un modèle de souris obèses avec cancer du sein, ralentissant la croissance tumorale et réduisant les métastases pulmonaires sans que les animaux n’aient perdu du poids par ailleurs. Il n’est toutefois pas possible de généraliser ces conclusions chez l’humain à l’heure actuelle en l’absence d’essai clinique rigoureux.

Soulignons enfin que pour les patients atteints de cancer, comme le rappelle un article relayé par l’American Cancer Society, si des études précliniques suggèrent que les régimes intermittents pourraient réduire la toxicité de la chimiothérapie, leurs risques – notamment en matière de dénutrition – sont bien plus importants.

En conclusion, si les régimes intermittents semblent globalement sûrs pour des individus sains et peuvent contribuer à réduire le poids chez certaines personnes en surpoids, leur supériorité par rapport à d’autres régimes n’est pas confirmée. De plus, des questions subsistent quant à leurs effets sur d’autres paramètres en lien avec la santé cardiovasculaire. Une alimentation équilibrée, s’appuyant sur le Programme national nutrition santé (PNNS), couplée à une activité physique régulière, est à privilégier pour favoriser la perte de poids et la santé.

[1] Des lipides sanguins dont une concentration trop élevée augmente le risque cardiovasculaire

 

Lire le communiqué de presse : La consommation d’aliments moins bien classés au moyen du Nutri-Score associée à une mortalité accrue

Lire la synthèse de l’expertise collective de l’Inserm : Activité physique : Prévention et traitement des maladies chroniques

Texte écrit avec l’aide de la chercheuse Karine Clément, unité 1269 Inserm/Sorbonne Université, Nutrition et obésités : approches systémiques (Nutriomique)

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