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Un additif alimentaire couramment utilisé altèrerait le microbiote et l’environnement intestinal humain

microbiote intestinal humain (rouge) au sein de la couche de mucus (verte) située à la surface de l’intestin.

Visualisation du microbiote intestinal humain (rouge) au sein de la couche de mucus (verte) située à la surface de l’intestin. © Benoit Chassaing/Institut Cochin

Face à la prévalence importante des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la maladie de Crohn, la recherche avance pour mieux identifier les facteurs de risque de ces pathologies et ainsi améliorer la prise en charge des patients. Des scientifiques à l’Institut Cochin (Inserm/CNRS/Université de Paris), dirigés par le chercheur Inserm Benoît Chassaing, avaient montré chez la souris que la présence d’émulsifiants alimentaires dans de nombreux plats transformés pouvait favoriser l’inflammation au niveau intestinal. Dans une nouvelle étude, publiée dans Gastroenterology, la même équipe montre aujourd’hui chez des volontaires sains, que le carboxyméthylcellulose (CMC)[1], un émulsifiant alimentaire largement utilisé, impacte l’environnement intestinal en altérant la composition du microbiote. L’équipe souligne la nécessité de travaux complémentaires pour caractériser l’impact à long terme de cet additif alimentaire, ainsi que l’étude chez des individus souffrant de maladie inflammatoire chronique de l’intestin.

Près de 20 millions de personnes dans le monde seraient touchées par les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, parmi lesquelles on compte la maladie de Crohn et les rectocolites hémorragiques. Des facteurs génétiques ont été identifiés pour expliquer l’inflammation de l’intestin qui caractérise ces pathologies, mais ces prédispositions ne sont pas suffisantes pour expliquer à elles seules la survenue de ces maladies. Ainsi, depuis plusieurs années, de nombreuses équipes de recherche se sont penchées sur les facteurs environnementaux.

C’est le cas du chercheur Inserm Benoît Chassaing et de son équipe à l’Institut Cochin (Inserm/CNRS/Université de Paris) qui s’intéressent à l’impact de l’alimentation – et plus spécifiquement au rôle de certains additifs alimentaires, comme les émulsifiants – sur le microbiote intestinal.

L’équipe a notamment étudié l’impact du carboxyméthylcellulose (CMC), un émulsifiant synthétique ajouté à de nombreux aliments transformés pour en améliorer la texture et prolonger leur durée de conservation. Des travaux menés sur des souris ont précédemment révélé que le CMC, ainsi que certains autres agents émulsifiants, altèrent la composition du microbiote intestinal et entraînent ainsi l’aggravation de nombreuses pathologies inflammatoires chroniques, telles que la colite, le syndrome métabolique et le cancer du côlon.

Dans de nouveaux travaux, les scientifiques ont donc cherché à vérifier si le CMC pouvait avoir le même impact chez l’humain car, bien qu’elle n’ait jamais fait l’objet de tests cliniques approfondis, cette molécule est de plus en plus utilisée dans les aliments transformés depuis les années 1960.

 

Étude clinique sur volontaires sains

Pour mener à bien cette étude clinique, les scientifiques ont recruté un petit groupe de volontaires sains. Les participants, logés sur le site de l’étude pendant toute sa durée, ont été divisés en deux groupes. L’un consommait un régime alimentaire strictement contrôlé et sans aucun additif, et l’autre un régime identique mais supplémenté par du CMC.

Au bout de deux semaines, les chercheurs et chercheuses ont observé que, chez les participants consommant du CMC, la composition en bactéries présentes dans l’intestin était modifiée, avec une diminution nette de la quantité de certaines espèces connues pour jouer un rôle bénéfique en santé humaine, tel que Faecalibacterium prausnitzii. De plus, les échantillons fécaux des participants recevant du CMC étaient très fortement appauvris pour de nombreux métabolites bénéfiques. Enfin, sur le plan clinique, ces participants étaient plus sujets à des douleurs abdominales et à des ballonnements intestinaux.

Des coloscopies réalisées chez ces volontaires au début et à la fin de l’étude ont également mis en évidence que chez un sous-groupe de sujets dans le groupe qui consommait du CMC les bactéries intestinales se trouvaient localisées plus proches des parois de l’intestin. Il s’agit d’une caractéristique observée dans des maladies inflammatoires de l’intestin et le diabète de type 2.

Si la consommation de CMC n’a entraîné aucune pathologie inflammatoire dans cette étude relativement courte, ces résultats confirment les données issues des études animales et suggèrent que la consommation à long terme de cet additif pourrait impacter négativement le microbiote intestinal et par conséquent favoriser les maladies inflammatoires chroniques ainsi que des dérégulations métaboliques chez l’humain.

« Nos résultats soulignent la nécessité d’études complémentaires sur cette classe d’additifs alimentaires, sur des échantillons plus larges et à plus long terme. Par ailleurs, nous souhaitons désormais mieux comprendre l’hétérogénéité des réponses au CMC entre les sujets. Pourquoi seulement certains individus développent des marqueurs inflammatoires à la suite de la consommation de ces additifs ? Certaines personnes sont-elles plus sensibles à certains additifs que d’autres ? Voici les questions auxquelles nous voulons répondre et pour lesquelles nous sommes en train de concevoir diverses approches », précise Benoît Chassaing.

L’équipe prévoit de nouvelles études cliniques et précliniques qui devraient permettre d’identifier des marqueurs moléculaires de sensibilité au CMC afin de mieux expliquer cette hétérogénéité. Des essais sur des groupes plus larges de volontaires atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin sont en cours pour identifier l’impact de l’additif chez ces patients.

[1] Le CMC est aussi désigné par E466 dans la liste des additifs notés sur les produits transformés.

Bronchopneumopathie chronique obstructive : une mutation génétique confirmée comme facteur de prédisposition

Cellules basales des voies aériennes d’un modèle animal en culture marquées par la cytokératine 14 en rouge (marqueur spécifique), les noyaux sont colorés en bleu par une molécule fluorescente, le DAPI. © Unité Neurobiologie intégrative des systèmes cholinergiques _ Institut Pasteur

 

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), troisième cause de mortalité dans le monde en 2019 selon l’OMS, est une maladie respiratoire chronique invalidante dont tous les mécanismes n’ont pas encore été identifiés à ce jour. Dans ce contexte, des chercheuses et des chercheurs de l’Institut Pasteur, d’Université de Paris, du CNRS, de l’Inserm, de l’université de Reims Champagne-Ardenne, du CHU de Reims et de l’Institut Pasteur de Lille, ont montré que la substitution d’un seul nucléotide dans le gène qui code pour le récepteur nicotinique de l’acétylcholine[1] peut entrainer des modifications fonctionnelles des cellules des voies aériennes et conduire à des symptômes similaires à ceux de la BPCO, indépendamment du tabagisme. Les scientifiques ont par ailleurs identifié les mécanismes moléculaires impliqués dans ce phénomène pathologique. Les résultats de cette étude ont été publiés dans le journal Nature Communications, le 4 novembre 2021.

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie respiratoire chronique évolutive définie par une obstruction permanente des voies aériennes. Elle touche, dans la population française, 5 à 10% des plus de 45 ans selon Santé publique France. Toux chronique, expectorations et essoufflement s’aggravent au fil des ans et deviennent invalidants.

Des études génétiques précédemment menées chez l’Homme ont associé, dans un premier temps, cette pathologie à des gènes situés sur le chromosome 15, qui codent pour des sous-unités du récepteur nicotinique de l’acétylcholine (nAChR). Dans une nouvelle étude, des scientifiques de l’Institut Pasteur, d’Université de Paris, du CNRS, de l’Inserm, de l’université de Reims Champagne-Ardenne, du CHU de Reims et de l’Institut Pasteur de Lille, ont concentré leur recherche sur la variabilité d’un seul nucléotide (une base Adénine au lieu d’une base Guanine), dans le gène appelé CHRNA5, qui code pour la sous-unité alpha5 du récepteur nAChR, sur le chromosome 15. Cette version du gène est retrouvée dans le génome de 37% de la population européenne. Les scientifiques ont étudié l’effet de cette variation sur les cellules des voies aériennes.

Chez le modèle animal porteur de cette version du gène, l’étude a notamment mis en évidence l’apparition d’un emphysème, c’est-à-dire la destruction de la paroi des alvéoles pulmonaires, un phénomène retrouvé chez les patients atteints de BPCO. « Nous mettons en évidence les conséquences biologiques d’une mutation dans un gène associé à la BPCO » indique Valérian Dormoy, enseignant-chercheur au laboratoire Inserm Pathologies Pulmonaires et Plasticité Cellulaire à l’université de Reims Champagne-Ardenne, et co-dernier auteur de l’étude. Les scientifiques ont associé l’expression de cette version du gène avec une inflammation et un remodelage de l’épithélium des voies aériennes. En effet, les cellules progénitrices basales des voies respiratoires, situées sur la couche profonde de l’épithélium et responsables de son renouvellement, ont un fonctionnement altéré. Ce dysfonctionnement a notamment été observé par les chercheuses et chercheurs au cours du processus de cicatrisation de l’épithélium bronchique.

Les résultats de l’étude ont ensuite pu être confirmés chez l’Homme.

En effet, l’analyse histologique de cellules issues de polypes nasaux prélevés chez 123 patients non-fumeurs du CHU de Reims a également montré une association entre le remodelage de l’épithélium et cette mutation du gène.

« Cette version du gène constituerait un facteur de prédisposition génétique à la maladie, indépendamment du tabagisme. La BPCO survenant à la suite de lésions répétées des tissus des voies aériennes, provoquées par d’autres molécules tels que des polluants atmosphériques », commente Philippe Birembaut, (ancien) chef de service au CHU de Reims (Université de Reims Champagne-Ardenne, Inserm), et co-dernier auteur de l’étude.

Par ailleurs, l’analyse in vitro des cellules animales exprimant la version modifiée du récepteur nicotinique, a permis d’identifier les voies de signalisation impliquées. Cette identification pourrait constituer une cible pharmacologique pour le développement d’un futur traitement. « L’un de nos objectifs est de définir les caractéristiques des patients atteints de BPCO et porteurs de cette mutation afin de développer une médecine personnalisée », conclut Uwe Maskos, directeur de l’unité de Neurobiologie intégrative des systèmes cholinergiques à l’Institut Pasteur (Université de Paris, CNRS[2]) et co-dernier auteur de l’étude.

 

[1] Le récepteur nicotinique de l’acétylcholine est situé dans la membrane des cellules. Il est activé par l’acétylcholine ou la nicotine et contrôle l’entrée de différents ions dans la cellule : calcium, sodium.

[2] Laboratoire « Gènes, synapses et cognition » (CNRS/Institut Pasteur).

Maltraitance physique infantile : homogénéiser les recommandations pour optimiser le diagnostic

La maltraitance physique concerne 4% à 16% des enfants âgés de moins de 18 ans dans les pays développés. © Adobe Stock

 

Le diagnostic de maltraitance physique chez le nourrisson peut être difficile à établir. Pour guider les professionnels de santé, des recommandations définissant les pratiques à adopter lors d’une suspicion de maltraitance physique sont produites par des sociétés savantes, des autorités publiques ou par des groupes d’experts indépendants. Malgré ce cadre, les prises en charge observées sont différentes en fonction des praticiens, en France comme dans d’autres pays avec des économies développées. Pour tenter de comprendre cette variabilité, des chercheurs de l’Inserm et enseignants-chercheurs d’Université de Paris au Centre de Recherche en Épidémiologie et Statistiques (CRESS), de l’AP-HP et du CHU de Nantes, ont analysé et comparé différentes recommandations cliniques publiées dans quinze pays. Ils ont découvert une grande hétérogénéité entre les différents pays et même au sein d’un même pays où plusieurs documents de référence coexistent parfois. Les résultats de cette revue systématique soulignent la nécessité d’un processus de consensus international afin de produire des recommandations claires et standardisées pour optimiser les pratiques des professionnels de santé. Ils font l’objet d’une publication dans JAMA Network Open.

La maltraitance physique concerne 4% à 16% des enfants âgés de moins de 18 ans dans les pays développés et environ un tiers des diagnostics de maltraitance physique sont posés avec retard. Les nourrissons âgés de moins de deux ans sont les plus concernés, ce qui ajoute aux difficultés d’un diagnostic rapide reposant sur une combinaison d’évaluations cliniques et sociales, d’examens d’imagerie et de laboratoire.

Plusieurs études antérieures ont révélé des pratiques divergentes de la part des praticiens lors d’une suspicion de maltraitance physique. Une étude française publiée en 2015[1] a par exemple montré que dans le cas théorique d’un nourrisson de 9 mois présentant une fracture du fémur, de nombreuses ecchymoses et un traumatisme crânien, seuls 28% des pédiatres interrogés auraient demandé une IRM du crâne, un examen pourtant recommandé après le scanner dans ce cadre de potentiels traumatismes infligés.

Face à ce constat, et pour essayer de comprendre ces différences entre les pratiques, l’étude s’est intéressée aux recommandations destinées à guider les professionnels de santé dans le diagnostic de la maltraitance physique infantile. Ces dernières, accessibles en ligne, sont émises par des sociétés savantes, des agences sanitaires ou par des groupes d’experts de pédiatrie. Il s’agit notamment de documents rédigés par la Haute Autorité de Santé en France, le Royal College of Paediatrics and Child Health au Royaume-Uni ou encore l’American Academy of Pediatrics aux Etats-Unis.

Les scientifiques ont pu extraire les données contenues dans 20 documents de référence publiés entre 2010 et 2020, issus de 15 des 24 pays les plus développés selon les Nations-Unies. Ils ont comparé les recommandations d’examens diagnostiques préconisés en cas de suspicion de maltraitance physique infantile. Ils ont ensuite déterminé pour chaque examen si celui-ci était recommandé de façon systématique, conditionnelle (au cas par cas en fonction du contexte clinique), n’était pas recommandé ou n’était même pas mentionné.

Des divergences entre les documents de référence qui créent le flou

Selon les résultats de l’étude, il existe une grande hétérogénéité entre les recommandations internationales qui pourrait expliquer une partie des différences entre les pratiques cliniques observées pour le diagnostic de maltraitance physique infantile.

Quand certains examens sont recommandés de façon homogène, comme les radiographies du squelette, d’autres ne le sont qu’au cas par cas, voire jamais selon les pays. Par exemple, la réalisation d’une scintigraphie osseuse, un examen d’imagerie destiné à la recherche de fractures en complément de radiographies du squelette, est recommandée par la Haute Autorité de Santé et l’American Academy of Pediatrics alors qu’elle n’est pas recommandée par le Royal College of Radiologists. Au sein même du Royaume-Uni, le Royal College of Radiologists et le Royal College of Paediatrics and Child Health diffèrent quant à la recommandation d’un recours à cette scintigraphie.

Les chercheurs ont également observé des différences significatives dans la définition de « lésions sentinelles », des lésions traumatiques retrouvées chez des nourrissons qui n’ont pas acquis la capacité de se déplacer seuls et qui doivent conduire à évaluer le risque de maltraitance physique. Si tous les documents analysés proposent une description de ces lésions, les contenus diffèrent : six en donnent une brève caractérisation et se concentrent uniquement sur les lésions cutanées, dix ajoutent la notion de fractures, de lésions intra-buccales, intracrâniennes ou abdominales.

Enfin, les chercheurs ont constaté que certains éléments cités fréquemment parmi les recommandations n’apparaissaient pas dans tous les documents de référence. Pour les chercheurs, même les examens qui ne sont pas recommandés devraient être cités dans l’ensemble des documents, ne serait-ce que pour expliquer au praticien pourquoi ils ne sont pas recommandés.

« Notre objectif était d’examiner systématiquement l’exhaustivité, la clarté et la cohérence des recommandations cliniques pour la détection précoce et le bilan diagnostique de la maltraitance physique infantile. Nous avons estimé que, dans les pays dits développés, les rédacteurs de recommandations ont théoriquement tous accès aux mêmes connaissances et les praticiens ont tous accès à la prescription des mêmes examens. Les examens recommandés en cas de suspicion de maltraitance physique infantile et ceux réalisés en pratique devraient donc peu varier. Nous ne nous attendions pas à identifier de si grandes disparités entre les recommandations. Nous pensons que ces différences peuvent expliquer une partie de l’absence de standardisation des pratiques », explique Flora Blangis, première auteure de l’étude et doctorante à l’Inserm.

Selon les chercheurs à l’origine de cette revue systématique, les résultats soulignent la nécessité d’un processus de consensus international afin de produire des recommandations claires et standardisées pour optimiser les pratiques des professionnels de santé dans le diagnostic de la maltraitance physique infantile. Une telle démarche a été conduite dans beaucoup d’autres domaines de la médecine, notamment pour le dépistage de l’hypertension artérielle.

 « Les médecins généralistes et les pédiatres sont les acteurs clés pour la détection précoce et le diagnostic de la maltraitance physique des nourrissons. Leurs décisions devraient pouvoir s’appuyer sur des recommandations complètes, claires et cohérentes comme c’est le cas dans d’autres pathologies », conclut Flora Blangis.

Uniformiser les pratiques[2] est un enjeu d’autant plus important qu’un diagnostic erroné peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant. En particulier, des résultats faussement négatifs exposent les nourrissons à un risque de récidive de maltraitance estimé entre 35% et 50%.

 

[1] Ledoyen A, Bresson V, Dubus J-C, et al. Explorations complémentaires face à une situation d’enfant en danger : état des lieux des pratiques en France en 2015. Arch Ped. 2016

[2] Le déploiement sur tout le territoire des Unités d’accueil pédiatriques des enfants en danger (UAPED) devrait contribuer à une uniformisation des pratiques dans le dépistage des maltraitances et le parcours de soins des mineurs victimes. Il s’agit d’un axe fort du plan de lutte contre les violences faites aux enfants décidé par le ministère des Solidarités et de la Santé, et soutenu par la Société française de pédiatrie médico-légale.

Lancement du Groupement d’intérêt scientifique Obépine sur les eaux usées

 

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Le 19 octobre, les représentants de dix établissements  ̶  CNRS, Eau de Paris, EPHE, Ifremer, Inserm, IRBA, Sorbonne Université, Université Clermont Auvergne, Université de Lorraine et Université de Paris  ̶ membres du Groupement d’intérêt scientifique (GIS) de l’Observatoire épidémiologique dans les eaux usées (Obépine), se sont réunis pour la première fois. Sorbonne Université, qui assure la gestion de ce GIS, en préside le Comité des membres.

Le consortium Obépine, créé au printemps 2020, réunit des chercheurs et des chercheuses en virologie médicale, microbiologie de l’environnement, mathématiques appliquées, hydrologie et infectiologie ayant pour ambition de suivre l’état sanitaire des populations par l’analyse des eaux usées.

Soutenu par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ce consortium a démontré qu’il est possible de suivre l’évolution de l’épidémie de Covid-19 en quantifiant le génome du SARS-CoV-2 et ses variants dans les eaux usées des stations d’épuration.

Obépine a en effet produit de nombreux résultats portant sur l’évaluation du risque sanitaire à partir de l’analyse de selles, de boues résiduaires et de coquillages. Le consortium a également construit et validé des modèles mathématiques qui ont mis en évidence une excellente corrélation entre les indicateurs individuels (taux d’incidence) et les niveaux de circulation du virus dans les eaux usées.

Depuis janvier 2021, l’activité de recherche du réseau Obépine a permis de proposer de façon opérationnelle un indicateur des eaux usées reposant sur des prélèvements effectués dans quelque 200 stations de traitement des eaux usées en France métropolitaine et d’outre-mer. Le réseau permet, aujourd’hui, de donner des informations sur la circulation du virus SARS-CoV-2 dans des bassins versants couvrant plus de 33 % de la population. Le consortium assure ainsi, via son réseau, une activité opérationnelle du suivi de circulation du virus. Celle-ci a été aujourd’hui financée jusqu’au 31 octobre 2021 par le ministère des Solidarités et de la Santé qui prépare la mise en place sous sa responsabilité, d’un réseau national opérationnel agrégeant l’ensemble des acteurs.

Dans le cadre du GIS, le consortium Obépine a pour objectif de poursuivre le développement des activités de recherche appliquées dans le domaine des eaux usées sur le SARS-CoV-2 et ses variants.

En tirant parti du réseau opérationnel qu’il a mis en place, comme d’un réseau Sentinelles, il a vocation à traiter des questions sur l’état sanitaire des populations en étendant ses recherches à d’autres pathogènes ou agents chimiques détectés dans les eaux usées.

Pour le premier mandat, la direction sera assurée par Vincent Maréchal, professeur de virologie à Sorbonne Université et virologue au Centre de recherche Saint-Antoine (Inserm/Sorbonne Université), associé à deux co-directeurs : Christophe Gantzer, professeur de virologie à l’université de Lorraine, directeur du Laboratoire de chimie physique et microbiologie pour les matériaux et l’environnement (CNRS/Université de Lorraine) et Laurent Moulin, responsable du laboratoire R&D d’Eau de Paris.

Pour plus d’information sur le réseau Obépine : https://www.reseau-obepine.fr

Covid-19 : Le lourd impact de l’épidémie sur la santé mentale des étudiants, notamment pendant les périodes de confinements

 

santé mentale étudiants Covid

Les étudiants sont un groupe particulièrement vulnérable en ce qui concerne la santé mentale suite à la pandémie de Covid-19. © Adobe Stock

 

La pandémie de Covid-19 s’est accompagnée d’une dégradation de l’état de santé mentale d’une grande partie de la population française. Afin de mettre en place des dispositifs de soutien adaptés, il est nécessaire de mesurer l’impact de l’épidémie et d’identifier les populations les plus exposées. Dans une nouvelle étude, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm et de l’Université de Bordeaux au Bordeaux Population Health Center montrent que les étudiants sont particulièrement vulnérables. Pendant les deux premiers confinements, les prévalences des troubles anxieux et dépressifs, ainsi que des pensées suicidaires, étaient plus élevées dans cette population en comparaison à des non étudiants. Ces résultats, publiés dans la revue Scientific Reports mettent en lumière la nécessité d’une grande vigilance en ce qui concerne la santé mentale des étudiants en contexte épidémique ainsi que l’importance de mettre en place rapidement des interventions spécifiques pour les aider à surmonter les effets délétères de cette crise sanitaire.

Les épidémies sont connues pour exacerber les problèmes de santé mentale de la population. Ainsi, des travaux antérieurs, réalisés lors de l’épidémie de SRAS au début des années 2000, ont montré que l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique étaient plus fréquents pendant et plusieurs années après la fin de l’épidémie.

Par ailleurs, les données de la littérature scientifique montrent que les étudiants constituent une population particulièrement vulnérable aux problèmes de santé mentale, même hors contexte d’épidémie. En France par exemple, le suicide est la deuxième cause de décès chez les 15-25 ans et des résultats portant sur une cohorte nationale, la cohorte i-Share, ont montré un taux élevé d’anxiété et de dépression dans cette population.

Face à ces différents constats, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm et de l’université de Bordeaux ont étudié de plus près la santé mentale des étudiants durant la pandémie de Covid-19 et lors des différents confinements. Les étudiants sont-ils plus à risque de développer des problèmes psychologiques dans ce contexte que les non-étudiants ?

 

Dépression, anxiété et pensées suicidaires

Les scientifiques ont recruté via les réseaux sociaux 3783 participants entre mars 2020 et janvier 2021, une période couvrant le premier et deuxième confinement, ainsi que la période intermédiaire de relâchement des restrictions à l’été 2020. Cette étude, désignée sous le nom de cohorte CONFINS, a permis de comparer deux groupes lors des analyses : les étudiants d’un côté et les adultes non-étudiants de l’autre. Au-delà de cette différence de statut et d’âge moyen, les deux groupes étaient très proches, avec des pourcentages similaires de femmes, de personnes ayant eu des antécédents de maladie mentale ou encore de personnes travaillant (ou étudiant) dans le domaine de la santé.

Chaque participant a été invité à remplir en ligne des échelles de référence pour l’évaluation de l’anxiété et de la dépression (le GAD-7, une échelle qui évalue les symptômes de l’anxiété et le PHQ-9, qui évalue la sévérité de la dépression) ainsi qu’à répondre à des questions sur la fréquence des pensées suicidaires au cours des 7 derniers jours.

Les analyses montrent que sur toute la période considérée, les étudiants sont plus touchés que les non étudiants par les problèmes de santé mentale. Ils sont ainsi 36,6 % à déclarer des symptômes dépressifs (contre 20,1 % des non étudiants) et 27,5 % des symptômes d’anxiété (contre 16,9 %). De plus, 12,7 % des étudiants ont rapporté des pensées suicidaires (contre 7,9 % des non étudiants).

 

Des inégalités importantes et qui se creusent

Les scientifiques se sont aussi penchés plus précisément sur chaque étape de la période considérée (premier confinement, déconfinement et deuxième confinement). Alors que la prévalence des troubles mentaux reste globalement stable dans le groupe des non-étudiants tout au long de la période, de grandes variations sont observées pour le groupe étudiant.

Ainsi, on observe que les fréquences des troubles de santé mentale sont beaucoup plus élevées en période de confinement que pendant le déconfinement dans ce groupe, et particulièrement lors du deuxième confinement. En effet, plus de la moitié des étudiants rapportaient des symptômes dépressifs lors du deuxième confinement (contre un quart des non étudiants), alors que cette proportion était de 36 % lors du premier confinement. 

« La comparaison entre étudiants et non étudiants a rarement été étudiée jusqu’ici. Nous démontrons dans notre étude qu’il existe d’importantes inégalités de santé mentale entre ces deux groupes, et que l’écart s’est encore plus creusé avec le deuxième confinement. La vulnérabilité des étudiants n’a probablement pas une cause unique mais l’isolement et la solitude ont certainement beaucoup pesé. Les conditions matérielles et la difficulté de suivre les études sont également des facteurs importants. », explique Mélissa Macalli, première autrice de l’étude.

 

De l’observation à l’intervention

Ce travail de comparaison directe montre donc que, même si toute la population française a été affectée par la crise sanitaire et les restrictions associées, les étudiants sont une population particulièrement vulnérable. Ces chiffres devraient permettre d’orienter les stratégies de prévention et de renforcer les dispositifs d’accompagnement psychologique.

 « Il est aussi important de réaliser que ce problème ne sera pas résolu simplement parce que les confinements ont cessé. La détresse d’un grand nombre d’étudiants est toujours très présente et beaucoup plus forte qu’avant l’épidémie. Il faut réaliser que les problèmes de santé mentale des étudiants ne sont pas derrière nous mais devant nous et qu’ils sont très diffus. Tous n’ont pas de maladie mentale sévère mais tous sont affectés, ont du mal à « fonctionner » correctement, et certains risquent de s’aggraver au cours du temps avec les risques de décrochage des études, de dépression, voire des comportements suicidaires dans le pire des cas », souligne le chercheur Christophe Tzourio, dernier auteur de l’étude.

Les scientifiques ont donc décidé d’aller au-delà du constat et du plaidoyer et ils travaillent désormais sur une intervention afin d’aider les étudiants sur ces questions complexes. Dans les mois qui viennent, l’équipe va développer une application mobile qui sera testée dans le cadre de la cohorte CONFINS, afin d’évaluer son impact réel lors d’une intervention contrôlée.

« Le but est que l’application, qui sera co-créée avec étudiants et professionnels de santé, apporte au plus grand nombre des connaissances sur les troubles mentaux et sur les dispositifs de soutien existants (professionnel de santé, numéros d’aide). D’autre part, pour ceux qui le souhaitent, elle leur permettra de mieux évaluer leur propre niveau de stress, d’anxiété et de dépression au cours du temps. Le plus souvent cela permettra de les rassurer et d’aider ceux qui en ont besoin à franchir le pas en sollicitant de l’aide de professionnels de la santé mentale dans une période de détresse », explique Mélissa Macalli.

Confirmation de l’intérêt d’un schéma vaccinal à deux doses contre Ebola

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En réponse à l’épidémie d’Ebola qui a sévi de 2014 à 2016, le développement clinique d’un schéma vaccinal à deux doses comprenant les vaccins Ad26.ZEBOV et MVA-BN-Filo a été accéléré. Ce schéma approuvé dès 2020 par la commission européenne pour une utilisation en situation d’urgence épidémique continue à démontrer son intérêt. Une étude de l’Inserm menée sous la direction de Rodolphe Thiébaut (Inserm, INRIA, Université de bordeaux, Vaccine Research Institute) a ainsi contribué à l’évaluation de l’innocuité et l’immunogénicité de ce vaccin chez des adultes sains ou infectés par le VIH. L’étude a aussi permis de comparer différents intervalles de temps entre les deux doses. Cette étude a confirmé la bonne tolérance de ce schéma vaccinal et l’acquisition d’anticorps persistants au moins un an et facilement réactivables par une nouvelle injection de rappel. Les résultats de cet essai sont parus dans Plos Medicine.

Depuis sa découverte en 1976 le virus Ebola a été retrouvé dans plusieurs pays d’Afrique équatoriale avec des épidémies de plus en plus fréquentes (plus de 30 comptabilisées à ce jour). L’infection se déclare sous forme d’état grippal mais se complique souvent entrainant des défaillance d’organes et des hémorragies potentiellement mortelles. Lors de la plus importante épidémie en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, 28 616 cas ont été recensés entrainant 11.310 décès. Au cours de cette épidémie, un premier vaccin à dose unique a obtenu une autorisation et a été utilisé sur le terrain (Ervebo). En parallèle, le laboratoire Janssen a lancé le développement accéléré d’un autre schéma vaccinal[1]. Il s’agit d’administrer deux doses différentes ; la première avec le vaccin Janssen Ad26.ZEBOV composé d’un vecteur adénoviral renfermant la protéine d’enveloppe du virus Ebola Zaire déclenchant la production d’anticorps, et la seconde avec le vaccin MVA-BN-Filo de la société Bavarian Nordic utilisant un autre vecteur viral et renfermant quatre antigènes différents de virus de la famille du virus Ebola, dont la glycoprotéine du virus Ebola Zaire.

« L’utilisation du vecteur viral permet de faire pénétrer l’antigène du virus Ebola (la glycoprotéine) dans les cellules immunitaires tel un cheval de Troie, pour déclencher la réponse immunitaire. Avec cette stratégie de double administration, nous supposions que la réponse immunitaire serait plus durable qu’avec un vaccin à dose unique », précise Rodolphe Thiébaut, directeur d’équipe Inserm et Professeur de Santé Publique à l’Université de Bordeaux, qui participe à ce programme de développement accéléré EBOVAC.

Cette hypothèse vient d’être validée par la publication des résultats d’un essai clinique de phase II (EBOVAC 2) destiné à évaluer la sécurité d’utilisation et l’immunogénicité de ce vaccin chez des personnes saines ou porteuses du VIH vivant en Afrique. Entre temps, ce schéma vaccinal avait été approuvé en juillet 2020 par l’agence européenne du médicament chez l’adulte et l’enfant de plus d’un an, sur la base des données déjà disponibles.

Néanmoins le développement de ce schéma vaccinal se poursuit sur différentes populations (adultes, enfants, femmes enceintes, soignants), dans différentes régions du monde (pour confirmer le profil de tolérance et de réponse immunitaire robuste dans différentes population) et avec des durées de suivi différentes, pour confirmer les données préliminaires et évaluer la pertinence d’une utilisation en prévention chez des populations potentiellement exposées au virus, notamment les populations rurales dans les pays d’Afrique équatoriale. Le but étant de prévenir l’apparition d’une nouvelle épidémie. « Les épidémies sont générées par le passage du virus de la chauve-souris à l’homme mais leur progression est facilitée par la mobilité des individus qui augmente grâce aux progrès des infrastructures » prévient Rodolphe Thiébaut et « disposer de vaccins testés en Afrique avec la  collaboration  des équipes de recherche des pays africains pour protéger les populations est un enjeu majeur de développement pour nos pays aux ressources hospitalières et aux moyens limités» renchérit Houreratou Barry, médecin investigateur responsable de l’essai au Centre Muraz à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso.

Cet essai de phase 2 va dans ce sens. Il a inclus 668 adultes de 18 à 70 ans en bonne santé et 142 personnes de 18 à 50 ans infectées par le VIH (une affection répandue dans les populations africaines susceptible d’influencer la réponse immunitaire au vaccin) mais avec une charge virale contrôlée par une thérapie anti-virale. Les participants ont été recrutés au Kenya, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en Ouganda. Ils ont reçu le vaccin ou une solution placébo selon le schéma suivant : une dose d’Ad26.ZEBOV ou placébo, suivi 28, 56 ou 84 jours après du MVA-BN-Filo ou d’un placébo. Dans la cohorte de sujets sains, 90 personnes ont par ailleurs reçu une dose supplémentaire de rappel d’Ad26.ZEBOV un an plus tard.

Les chercheurs ont analysé les déclarations d’événements indésirables sur l’année de suivi ainsi que l’évolution des taux d’anticorps dirigés contre la glycoprotéine du virus Ebola. Aucun événement indésirable grave imputable au vaccin n’a été constaté, seulement des évènements légers à modérés fréquents en cas de vaccination ; douleur au site d’injection, fatigue, maux de tête ou douleurs musculaires.

L’augmentation de l’intervalle entre les vaccinations de 28 à 56 jours a amélioré la réponse immunitaire et les anticorps ont persisté jusqu’à au moins un an chez les sujets sains et ceux porteurs du VIH. Ces anticorps ont été retrouvés chez 78 à 88 % des participants. Prolonger l’intervalle à 84 jours n’a pas apporté de bénéfice supplémentaire, prolongeant inutilement le calendrier de vaccination, ce qui a confirmé l’intervalle de 56 jours comme optimal pour ce schéma vaccinal.

En outre, le rappel un an plus tard a largement stimulé la production d’anticorps avec des taux multipliés par 55, indiquant que la première vaccination a déclenché une réponse immunitaire mémoire facilement réactivable, « ce qui est très important dans le contexte des épidémies récurrentes observées en Afrique », conclut Rodolphe Thiébaut.

 

[1] Soutenu par le programme européen EBOLA+ d’IMI (une initiative conjointe de la Commission Européenne et de l’EFPIA) dans le cadre d’un consortium avec les équipes académiques de l’Inserm, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, de l’université de Oxford et du Centre Muraz au Burkina Faso. Ce projet a été financé par l’initiative conjointe Innovative Medicines Initiative 2 (www.imi.europa.eu) dans le cadre de la convention de subvention EBOVAC2 n° 115861. Cette initiative conjointe bénéficie du soutien du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne et de la Fédération européenne d’associations et d’industries pharmaceutiques (EFPIA).

Covid-19 : un chatbot pour répondre à l’hésitation vaccinale

ordinateurDes chercheurs ont créé un agent conversationnel (chatbot) capable de répondre à 51 questions parmi les plus répandues sur les vaccins contre la  Covid-19 © seth schwiet on Unsplash

 

  • Une part non négligeable de la population est réticente à se faire vacciner contre la Covid-19.
  • Des scientifiques ont conçu un chatbot permettant de répondre de manière personnalisée aux questions des personnes curieuses ou hésitantes, et démontré son efficacité.


Et si interagir quelques minutes avec un chatbot permettait de répondre efficacement aux doutes sur les vaccins ? Dans une étude publiée le 28 octobre 2021 par la revue Journal of Experimental Psychology: Applied, des scientifiques du CNRS, de l’Inserm et de l’ENS-PSL montrent que ce type d’outil peut inciter les personnes hésitantes à vouloir se faire vacciner.

L’hésitation vaccinale est l’un des défis majeurs pour circonscrire la pandémie de Covid-19. Selon de précédentes études, la communication de masse, par des messages courts diffusés à la télévision ou la radio, est d’une efficacité limitée pour convaincre les hésitants. En revanche, une discussion avec une personne experte et de confiance permet d’aborder les préoccupations propres à chacun, de manière plus ciblée et donc plus convaincante. Il est cependant compliqué de faire en sorte que chaque personne hésitante ait accès à ce type d’échange individuel.

Pour surmonter ce problème, des chercheurs et chercheuses en sciences cognitives de l’Institut Jean- Nicod (CNRS/ENS-PSL) et du Laboratoire de neurosciences cognitives et computationnelles (Inserm/ ENS-PSL) ont créé un agent conversationnel (chatbot) capable de répondre à 51 questions parmi les plus répandues sur les vaccins contre la  Covid-191.

L’avantage des chatbots est qu’ils permettent un échange de questions-réponses rapide et personnalisé, tout en étant accessibles à un public large.

L’équipe a ensuite testé ce chatbot sur 338 personnes et comparé leurs réponses à celles d’un groupe contrôle de 305 personnes ne lisant qu’un court paragraphe d’information sur les vaccins contre la Covid-19. Le nombre de participants ayant une opinion positive des vaccins a augmenté de 37 % parmi ceux qui ont échangé quelques minutes avec le chatbot. Ils étaient aussi plus enclins à se faire vacciner, le refus vaccinal déclaré ayant diminué de 20 % dans ce groupe. Ces deux effets étaient négligeables chez les participants exposés au paragraphe informatif.

Il resterait à démontrer si l’effet du chatbot est durable, s’il est perçu de la même manière dans toutes les tranches d’âge, ou chez les personnes les plus réfractaires aux vaccins2.

D’ores et déjà, cette étude montre qu’il pourrait bénéficier à un large public puisque la moitié des personnes ayant dialogué avec le chatbot a ensuite essayé de convaincre des proches de se faire vacciner ; et parmi ces participants, les trois-quarts ont déclaré avoir utilisé des informations fournies par le chatbot.

Ces résultats suggèrent donc qu’un chatbot régulièrement mis à jour pour refléter les dernières connaissances scientifiques sur les vaccins pourrait être un outil efficace pour contribuer à réduire l’hésitation vaccinale.

 

Notes

1 Les questions ont été définies à partir de sondages sur les raisons de l’hésitation vaccinale et d’articles de presse traitant de certaines idées reçues ; les réponses ont été rédigées à partir de sources scientifiques et validées par des spécialistes des vaccins contre le Covid-19.

2 L’échantillon de participants est en moyenne plus jeune et plus diplômé que la population générale.

Copie d’écran du chatbot utilisé dans l’étude, en décembre 2020 – janvier 2021.

Insuffisance rénale : Un nouveau modèle intégratif et dynamique de prédiction de la perte du greffon

Dans les traitements des maladies rénales, le rejet et la perte du greffon rénal représentent un fardeau considérable. © Adobe Stock.

 

Pour les individus en insuffisance rénale terminale, la greffe du rein est le meilleur traitement. Compte tenu de la pénurie d’organes dans le monde, le rejet et la perte du greffon sont considérés comme de véritables échecs. Dans une étude publiée le 27 octobre 2021 dans la revue The Lancet Digital Health, une équipe de recherche présente ses travaux qui ont permis de mettre au point un nouveau modèle de prédiction de la perte du greffon avec des performances de prédiction encore jamais atteintes.

Ce modèle a abouti au développement d’un logiciel qui dotera les cliniciens d’un nouvel outil prédictif, intégratif et dynamique, pour orienter au mieux le choix thérapeutique pour leur patient. Cette étude a été conduite par le Professeur Alexandre Loupy, PU-PH Université de Paris et le Docteur Marc Raynaud, chercheur Inserm, au sein du centre de recherche translationnelle sur la transplantation d’organes de Paris (Université de Paris, Inserm, Sorbonne Université, Hôpital Necker-enfants malades AP-HP).

Dans les traitements des maladies rénales, le rejet et la perte du greffon rénal représentent un fardeau considérable et contribuent au nombre grandissant des 7 millions de personnes en insuffisance rénale terminale.

Pour cette raison, des agences de santé majeures telles que la Food and Drug Administration aux États-Unis, ou l’Agence Européenne du Médicament, ont souligné qu’il était crucial de développer un modèle de prédiction du risque de perte du greffon, ce qui permettrait aux cliniciens de prendre des décisions en fonction des prédictions du modèle, d’adapter les traitements des receveurs de reins, et ainsi assurer que ces derniers conservent leurs reins le plus longtemps possible.

Le développement d’un tel modèle se heurtait à une difficulté majeure : les profils très différents des patients et les nombreux paramètres pouvant provoquer la perte du greffon.

Les auteurs de l’étude ont donc abordé ce travail en constituant des bases de données comprenant des milliers de patients, avec pour chacun d’entre eux un grand nombre d’informations, afin d’appliquer à ces données des méthodes statistiques robustes et ainsi développer un puissant modèle de prédiction.

Face à la nécessité de gérer des données très diverses et d’utiliser des méthodes statistiques parfois complexes, un consortium international a été créé avec des experts aux profils variés, incluant des néphrologues, des épidémiologistes, des immunologistes mais aussi des statisticiens et des mathématiciens.

 « L’expertise générale de notre consortium tient aux compétences variées et complémentaires des chercheurs, médecins et statisticiens qui le composent » indique le professeur Alexandre Loupy, principal auteur de l’étude, « Cette multisciplinarité, inhabituelle en recherche, est pourtant d’un grand avantage, car nous pouvons facilement solliciter tous les interlocuteurs nécessaires aux différentes étapes du projet. Grâce à cela, nous sommes dans une effervescence intellectuelle constante, propice à la recherche médicale. »

Alors que les précédents modèles prédictifs s’appuyaient sur des paramètres ponctuels, pour la première fois, cette étude conduite sur plus de 13 000 patients en Europe, aux États-Unis et en Amérique du Sud, a intégré, sur une dizaine d’années, pour chaque patient plus de 80 paramètres mesurés, dont des paramètres répétés dans le temps. Ces derniers, bien que difficiles à intégrer statistiquement, permettent de prendre en compte la trajectoire de chaque patient et ainsi de mieux traduire son pronostique, assurant l’utilité du modèle en pratique clinique. En conséquence, le consortium a opté pour une approche dite intégrative et dynamique, considérant une grande diversité de paramètres.

Ce sont donc plus de 400 000 mesures de paramètres répétés dans le temps qui ont été collectées, et qui ont permis au consortium de tester de nombreux modèles intégratifs et dynamiques afin d’obtenir les meilleures performances de prédiction, à savoir le modèle prédisant de la manière la plus précise possible le risque qu’un patient perde son greffon et doive retourner en dialyse.

Après des mois de recherche, leur verdict est sans équivoque : les performances de prédiction de leur modèle final, intitulé DISPO (dynamic, integrative system for predicting outcomes in kidney transplantation), sont les plus hautes jamais atteintes en transplantation rénale.

Parallèlement, cette cohorte de patients transplantés, unique dans le monde, a permis d’inclure dans le modèle les différences de pratiques cliniques et de populations entre les hôpitaux et les pays, ce qui est un atout majeur que les précédents modèles n’intégraient pas, freinant alors leur validation et leur utilisation à large échelle.

« Les méthodes computationnelles que nous avons utilisées étaient très complexes et gourmandes en termes de temps de calcul, ce qui nous a obligé à nous doter d’ordinateurs puissants adaptés » souligne le docteur Marc Raynaud, épidémiologiste et premier auteur de l’étude « d’autant plus que la prochaine étape est d’intégrer de nouveaux paramètres au modèle, notamment des paramètres liés aux anticorps du receveur qui attaquent le greffon, afin d’augmenter les performances de prédiction. »

Le modèle de prédiction mis au point, est aujourd’hui validé dans un grand nombre de scénarios cliniques, ce qui le rend particulièrement pertinent dans la plupart des situations cliniques auxquelles patients et cliniciens sont confrontés. Il devrait donc permettre aux cliniciens d’améliorer et de faciliter leurs prises de décisions, et ainsi de mieux suivre et traiter les patients transplantés. Ce modèle, universel puisque validé dans plusieurs pays et continents, sera, à terme, déployé, via un logiciel dans les hôpitaux de plusieurs pays.

Vers l’élimination du choléra en Haïti

robinet eau

Favorisée par un mauvais accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène, la transmission de la maladie a persisté par vagues épidémiques © Unsplash

 

En 2013, une équipe médicale de l’AP-HP, de Sorbonne Université, de l’Inserm, de l’hôpital Européen de Marseille, de l’IRD, d’Aix-Marseille Université (SESSTIM) et de l’AP-HM a proposé au gouvernement haïtien et à l’Unicef une stratégie coordonnée de lutte contre le choléra, visant à casser les chaines de transmission. 

Cette stratégie et ses résultats, qui montrent l’arrêt apparent de la transmission du choléra en Haïti depuis 2019, viennent de faire l’objet d’une publication au sein de la revue Emerging Infectious Diseases.

Malencontreusement importé en Haïti en 2010 à l’occasion d’un mouvement de troupes en provenance d’Asie, le choléra a occasionné dans ce pays des Caraïbes l’une des plus violentes épidémies de ces dernières décennies. Favorisée par un mauvais accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène, la transmission de la maladie a persisté par vagues épidémiques à tel point que l’élimination du choléra dans le pays a été considérée comme impossible par beaucoup.

En 2013, une équipe médicale de l’AP-HP, de Sorbonne Université, de l’Inserm, de l’hôpital Européen de Marseille, de l’IRD, d’Aix-Marseille Université (SESSTIM) et de l’AP-HM a proposé au gouvernement haïtien et à l’Unicef une stratégie coordonnée de lutte contre le choléra, visant à casser les chaines de transmission.

Des équipes mobiles de réponse rapide ont ainsi mené plus de 50 000 interventions dans tout le pays afin de sensibiliser, distribuer des kits de traitement de l’eau et d’hygiène, et souvent une antibioprophylaxie « minute » aux sujets contacts des patients accueillis dans les centres de soins.

En collaboration avec le Ministère de la Santé Haïtien, cette équipe médicale vient de montrer, dans un article intitulé « Towards cholera elimination in Haiti » qu’il n’y a plus le moindre signe d’activité de l’épidémie depuis février 2019 malgré une recherche microbiologique intense.

Ces résultats spectaculaires suggèrent que les interventions ciblées par zone de cas menées par des équipes de réponse rapide ont joué un rôle clé. Ils remettent également en question la théorie selon laquelle la bactérie responsable de la maladie allait persister dans les environnements aquatiques du pays, empêchant son élimination.

Covid-19 : identification de cellules immunitaires associées à la survie dans les formes sévères de la maladie

 

lymphocyte immunité

La réponse immunitaire cellulaire est fondée sur la reconnaissance par les lymphocytes T de cellules infectées par le virus. © Adobe Sock

 

Mieux appréhender les mécanismes précis de la réponse immunitaire face au SARS-CoV-2 est essentiel afin d’améliorer la prise en charge des patients et de continuer à développer de nouveaux vaccins efficaces. Depuis le début de la pandémie, de nombreux travaux ont notamment tenté d’expliquer ce qui différencie la réponse immunitaire des personnes atteintes de formes graves et qui décèdent de la Covid-19 de celle des autres patients. Dans une nouvelle étude, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm et de Sorbonne Université au Centre d’immunologie et de maladies infectieuses, en collaboration avec des médecins chercheurs de l’AP-HP, se sont intéressés à un type de réponse immunitaire dite cellulaire. Ils montrent que certaines cellules impliquées dans cette réponse, des lymphocytes T CD8+, sont présents en moindre quantité chez des patients décédés de la Covid-19. Certains de ces lymphocytes constitueraient des marqueurs prédictifs de la survie. Ces travaux sont publiés dans la revue JCI Insight.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la réponse immunitaire déclenchée suite à une infection par le virus SARS-CoV-2 a fait l’objet de nombreux travaux de recherche. Alors que le variant Delta s’est propagé à travers le monde, comprendre les mécanismes précis de la réponse immunitaire adaptative[1] face au virus apparait essentiel pour continuer à développer des vaccins efficaces et moins sensibles à l’émergence de nouveaux variants.

Dans la plupart des cas, l’infection par le SARS-CoV-2 n’entraine que des symptômes relativement bénins (voire même des formes asymptomatiques). Toutefois, dans certains cas, des formes graves se développent, associées à des symptômes sévères qui menacent la vie du patient et nécessitent parfois une prise en charge dans un service de réanimation.

De nombreuses publications ont déjà montré que différents profils de réponses immunitaires sont associés à la gravité des symptômes. Cependant, il manque encore des données pour mieux comprendre le rôle des réponses humorales et cellulaires qui constituent la réponse immunitaire adaptative (voir encadré), ainsi que leur implication dans la survie ou le décès des patients présentant les symptômes les plus graves.

Dans leur étude, les scientifiques de l’Inserm, de Sorbonne Université et de l’AP-HP se sont intéressés au profil des réponses immunitaires de 56 patients hospitalisés en réanimation, dont un tiers sont décédés de la Covid-19, avec une attention particulière portée aux réponses de type cellulaire, médiées par les lymphocytes T.  

 

Les réponses immunitaires adaptatives sont classées en deux grandes catégories : les réponses dites humorales, fondées sur la production d’anticorps reconnaissant le virus et capables de l’empêcher d’infecter ses cellules cibles et les réponses dites cellulaires, fondées sur la reconnaissance par les lymphocytes T de cellules infectées par le virus. Ces lymphocytes T vont, via divers mécanismes, contribuer à la destruction des cellules infectées par le virus pour ainsi contrôler l’infection virale et contribuer à l’élimination du virus de l’organisme. Dans le cadre de cette étude, c’est cette réponse cellulaire qui a été au cœur du travail des chercheurs.

Les lymphocytes T sont une population de cellules hétérogènes pouvant être subdivisés en différentes sous populations selon leur phénotype (les molécules qu’ils expriment à leur surface) et leur fonction (destruction de cellules infectées, production de messagers moléculaires, soutient et activation d’autre cellules…). On compte deux grandes familles de lymphocytes : les lymphocytes CD4+ qui soutiennent la production des anticorps et les lymphocytes CD8+, spécialisés dans la destruction de cellules infectées par la production de molécules cytotoxiques.

De nombreuses publications au cours des dernières décennies ont montré le rôle essentiel des réponses de type cellulaire notamment celui des « cellules CD8 effectrices cytotoxiques » (CD8+) dans le cadre d’infections virales comme la grippe chez les personnes âgées ou le VIH.

Des marqueurs de la survie

Dans l’étude, l’équipe a pu observer des différences significatives en ce qui concerne les quantités de certaines sous populations de lymphocytes T, entre les individus ayant survécu et ceux décédés de la Covid-19.

Tout d’abord, les chercheurs ont constaté une perte importante des lymphocytes CD8+ capables de reconnaître la nucléocapside du SARS-CoV-2 chez les individus décédés, par rapport aux individus ayant survécu à l’infection.

La nucléocapside est une molécule interne du virus, très immunogène (c’est-à-dire capable d’induire une réponse immunitaire) et bien conservée d’un variant du SARS-CoV-2 à l’autre.

Par ailleurs, les individus décédés de la Covid-19 présentaient une très faible proportion de lymphocytes CD8+ exprimant deux molécules à leur surface (les molécules PDL1 et CXCR3), par rapport aux individus ayant survécu. Le fait de posséder des lymphocytes CD8+ présentant ces molécules PDL1 et CXCR3 pourrait donc être une signature moléculaire prédictive de la survie.

« Nous avons démontré que la simple combinaison du taux de lymphocytes CD8 spécifiques de la nucléocapside et du taux global de lymphocytes CD8+ exprimant les molécules CXCR3 et PDL1 pouvait prédire la survie ou le décès des patients Covid-19 critiques avec une précision de plus de 90%. Ces deux facteurs sont significativement importants comptes tenus des autres facteurs potentiellement importants dans la gravité, comme par exemple l’âge ou l’obésité, et prédisent de manière plus précise le risque de décès chez les patients atteints de formes graves », souligne la chercheuse Inserm Béhazine Combadière, qui a coordonné l’étude.

Ces résultats ont par ailleurs des implications importantes en ce qui concerne le développement de futurs vaccins. En effet, des vaccins capables de cibler la nucléocapside – une protéine très conservée communes aux coronavirus –  et de produire un taux élevé de lymphocytes CD8+ spécifiques contre cette molécule pourraient être utiles en vaccination préventive mais probablement aussi en vaccination thérapeutique afin de favoriser la survie des patients atteints de formes graves, quel que soit le variant avec lequel ils ont été infectés.

Pour l’équipe, la prochaine étape est de travailler avec des personnes déjà vaccinées, afin de vérifier si elles produisent les cellules immunitaires qui étaient prédictives de la survie chez les patients étudiés dans le cadre de ces travaux.

 

[1] L’immunité innée est une réponse immédiate qui survient chez tout individu en l’absence d’immunisation préalable. Il s’agit de la première barrière de défense vis-à-vis de divers agents pathogènes. Elle fait principalement intervenir des anticorps préformés (naturels) et des lymphocytes ne présentant pas de récepteurs spécifiques à l’antigène.  L’immunité adaptative se met en place au bout de quelques jours après le contact avec l’agent pathogène et constitue la deuxième ligne de défense de l’organisme. Contrairement à l’immunité innée, l’immunité adaptative est spécifique d’un antigène donné.

Suivi des survivants d’Ebola après cinq ans : de nouvelles données sur la durée de l’immunité et la persistance du virus

L’épidémie d’Ebola, qui a sévi en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016, causée par l’espèce Zaïre du virus, a provoqué 11 000 décès. Crédits : NIH

Les résultats de l’étude sur les survivants d’Ebola, obtenus grâce au suivi sur 60 mois de la cohorte PostEbogui, montrent que le taux d’anticorps dirigés contre le virus tend à diminuer, mais reste élevé pour deux tiers des survivants. Il augmente même chez certains d’entre eux, suggérant la persistance de réservoirs du virus dans l’organisme et interrogeant sur la mise en place d’un suivi adapté pour les survivants de la maladie d’Ebola.

Ces résultats font l’objet d’une publication dans la revue The Lancet Microbe journal le 3 septembre 2021.

La cohorte PostEboGui a été financée par la Task Force Ebola France, l’Inserm, REACTing (devenu ANRS | Maladies infectieuses émergentes le 1er janvier 2021) et l’IRD. Il s’agit de la plus grande étude de suivi des survivants d’Ebola, menée en Guinée entre 2015 et 2018 par des chercheurs du CERFIG (Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée), de l’Institut national de Santé publique de Guinée, de l’IRD, de l’Inserm, de l’université de Montpellier et du CHU de Montpellier, coordonnée par Eric Delaporte et Abdoulaye Touré.

 

L’épidémie d’Ebola, qui a sévi en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016, causée par l’espèce Zaïre du virus, a provoqué 11 000 décès. Plus de 17 000 personnes y ont toutefois survécu. C’est pendant ce grave épisode que la cohorte PostEboGui a été initiée. Plus de 800 personnes infectées par le virus ont été recrutées dans trois sites en Guinée à partir de mars 2015. Ces patients ont bénéficié de consultations régulières jusqu’à 60 mois après leur sortie du centre de traitement Ebola. Des précédents résultats de l’étude PostEboGui avaient montré la présence de séquelles quatre ans après l’infection aiguë chez trois survivants sur quatre.

Pour cette nouvelle étude, les chercheurs se sont intéressés à la durée de l’immunité en suivant les variations au cours du temps des taux d’anticorps dans les échantillons sanguins prélevés chez 687 patients de la cohorte PostEboGui.

Il s’agit de la première étude à évaluer ces variations sur un nombre aussi élevé de patients et sur un temps aussi long (60 mois). Parmi ces patients, 45 % étaient des hommes, 55 % des femmes et l’âge médian était de 27,3 ans (21 % avaient moins de 18 ans).

Les analyses ont montré que, cinq ans après leur sortie du centre de traitement Ebola, 76 % des survivants possédaient des anticorps contre un antigène[1] particulier du virus (la glycoprotéine), 60 % contre deux autres antigènes (la nucléoprotéine et la protéine virale 40-kDa). Pour Abdoulaye Touré, co-investigateur principal de l’étude, ces résultats sont utiles : « Les anticorps dirigés contre la glycoprotéine persistent davantage dans le temps que les autres. Ce sont des données précieuses pour la conception de vaccins contre Ebola dans la mesure où les anticorps neutralisants, et donc protecteurs, sont dirigés contre cette glycoprotéine ».

Néanmoins, les chercheurs ont noté une diminution globale de la concentration en anticorps avec le temps : dans l’ensemble près d’un quart des sujets n’ont plus d’anticorps détectables après 60 mois. « Il sera intéressant de comparer la diminution de la concentration en anticorps chez les personnes ayant contracté la maladie à celle induite par la vaccination contre Ebola dans la population. Si un tel phénomène était observé cela pourrait poser des questions de santé publique sur l’efficacité de la vaccination sur le long terme en cas de nouvelle épidémie », rapporte Eric Delaporte, co-investigateur principal.

Chez certaines personnes, l’équipe de recherche a constaté des variations irrégulières des taux d’anticorps au fil des mois, voire qui augmentaient. De plus, la présence d’ARN viral dans le sperme des survivants était associée à des concentrations élevées d’anticorps dans le sang.

Ces résultats viennent appuyer l’hypothèse de l’existence de réservoirs viraux dans l’organisme : ces virus internes pourraient être responsables de la re-stimulation immunitaire des patients sans qu’ils n’aient été réinfectés ou ré-exposés au virus dans le milieu extérieur. « Le risque est de voir de nouveaux cas d’Ebola provenir de survivants. C’est probablement ce qui s’est passé lors de la résurgence de la maladie en Guinée en janvier dernier, 5 ans après la fin de l’épidémie », ajoute Abdoulaye Touré.

Les chercheurs ont également observé des réactions croisées[2] des anticorps des survivants de PostEboGui, exposés à l’espèce Zaïre, à d’autres souches (Bundibuyo et Soudan). Ces résultats ne permettent pas de savoir si ces patients sont protégés contre les autres espèces testées, mais ils pourraient guider le développement des candidats vaccins capables de protéger contre les différentes espèces de virus Ebola.

Les deux investigateurs concluent leurs travaux en alertant sur la nécessité d’un suivi adapté pour les survivants d’Ebola : « En l’absence de médicaments capables d’éradiquer les réservoirs viraux que l’on suppose, un suivi régulier et approprié et une éventuelle vaccination des survivants doivent être envisagés pour prévenir toute récurrence ou recrudescence de nouvelles épidémies d’Ebola ».

 

[1] Antigène : molécule provenant du virus capable de déclencher une réponse immunitaire, notamment la production d’anticorps.

[2] Réaction croisée : réaction immunitaire qui a lieu lorsque des anticorps dirigés contre un antigène spécifique (du virus Ebola Zaïre dans ce cas précis) sont capables de réagir avec un antigène d’un autre pathogène (ceux des virus Ebola Bundiyo ou Soudan dans cet exemple).

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