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EpiCov : 4 % de la population a développé des anticorps contre le SARS entre mai et novembre 2020

cellule infectée par le SARS-CoV-2

Microscopie électronique d’une cellule infectée par le SARS-CoV-2 ©Philippe Roingeard, Anne Bull-Maurer, Sonia Georgeault, unité Inserm U1259 MAVIVH & Université de Tours, France.

 

Les jeunes entre 15 et 24 ans, les immigrés et les descendants d’immigrés hors Europe davantage touchés par le virus durant la deuxième vague

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) et l’Inserm publient une nouvelle étude, à partir des données issues du deuxième volet de l’enquête nationale Epidémiologie et Conditions de vie (EpiCov), réalisée entre le 26 octobre et le 14 décembre 2020. Cette étude analyse la proportion de personnes qui ont des anticorps contre le virus de la Covid-19 dans le sang (séroprévalence). Elle révèle notamment que l’épidémie s’est davantage diffusée chez les jeunes entre 15 et 24 ans et les immigrés et les descendants d’immigrés hors Europe durant l’été et l’automne 2020. L’Île-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes sont les deux régions avec la séroprévalence la plus élevée.

 

La séroprévalence augmente fortement chez les jeunes adultes et en Auvergne-Rhône-Alpes

En novembre 2020, la proportion de personnes de 15 ans ou plus vivant en France métropolitaine (exceptée celles résidant en Ehpad et en prisons) ayant des anticorps contre le SARS-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19, est de 6,2%. Cette proportion appelée séroprévalence était de 4,5%, six mois plus tôt, en mai 2020. L’évolution de la séroprévalence entre mai et novembre 2020 traduit, d’une part, la propagation de l’épidémie après la première vague et, d’autre part, la séroréversion d’une partie des personnes contaminées en début d’épidémie, c’est-à-dire la disparition des anticorps avec le temps, pour certaines personnes qui ont été infectées par le virus. Pour autant, la séroréversion, ne s’accompagne pas nécessairement d’une perte d’immunité contre l’infection. À partir des personnes participant à l’enquête EpiCov ayant effectué deux prélèvements sanguins, en mai et en novembre 2020, on estime que 4 % des personnes de 15 ans ou plus ont développé des anticorps pendant cette période. Au total, 8,5% ont présenté des anticorps détectables en mai ou en novembre.

 

Une séroprévalence qui décroit avec l’âge, de 10 % chez les moins de 25 ans à 4 % chez les plus de 64 ans

La séroprévalence décroît avec l’âge puisque 10,1 % des personnes de 15 à 24 ans présentent des anticorps contre le SARS-CoV-2 en novembre 2020 contre 6,8% de celles qui ont entre 30 et 49 ans et 4,0 % de celles de plus de 64 ans.

De fait, les adolescents et jeunes adultes ont été les plus touchés par la propagation de l’épidémie lors de la deuxième vague. Par ailleurs, l’épidémie ne s’est pas diffusée uniformément sur le territoire. L’Île-de-France reste la région la plus touchée avec une séroprévalence de 11,0 %, suivie par Auvergne-Rhône-Alpes (8,4%), les Hauts-de-France (6,8%) et le Grand-Est (6,7%).

Les régions de la partie ouest de la France sont les moins impactées. La Guadeloupe et la Martinique sont à des niveaux globalement similaires à celui observé en métropole alors que la Réunion présente un niveau plus faible (2%).

 

Les zones densément peuplées ainsi que les métiers du soin sont toujours les plus exposés

Comme lors de la première vague épidémique, certaines caractéristiques restent associées à un plus grand risque d’avoir été infecté par le virus (sans avoir perdu ses anticorps). Ainsi, en ce qui concerne les conditions de logement, habiter dans une commune densément peuplée ou vivre dans un quartier prioritaire de la politique de la ville est associé à un risque plus élevé d’avoir des anticorps contre le virus.

Chez les actifs, les métiers du soin exposent également à un risque plus élevé. En particulier les professions hospitalières telles que les médecins, internes, cadres de santé, infirmiers et aides-soignants présentent la séroprévalence la plus élevée.

En revanche, certaines professions dont l’activité ne s’est pas interrompue et en contact avec du public telles que les pharmaciens, ceux qui travaillent dans un commerce essentiel ou bien les enseignants ne présentent pas une séroprévalence plus élevée que la moyenne.

Par ailleurs, les immigrés d’origine non européenne et les descendants d’immigrés non européens présentent des niveaux de séroprévalence significativement plus élevés que les autres personnes résidant en France, sans que cela puisse être expliqué entièrement par leurs conditions de vie et de travail étudiées dans l’enquête. L’enquête EpiCov montre par ailleurs que les comportements de prévention sont les mêmes dans ces populations.

 

Près de trois personnes contaminées sur quatre ont ressenti des symptômes

Près de trois personnes sur quatre testées positives dans le cadre de l’enquête EpiCov (selon le taux d’anticorps dans le sang) en novembre 2020 ont déclaré avoir ressenti, depuis le début de l’épidémie, au moins un symptôme possiblement associé à la maladie, contre moins de la moitié de ceux dont la sérologie est négative. Ces proportions sont de 36,4% et 2,7 % respectivement pour les seuls troubles du goût et de l’odorat.

Les personnes présentant des symptômes évocateurs de la maladie ont plus souvent que les autres eu recours au dépistage virologique (test PCR ou antigénique par prélèvement nasopharyngé) : 45 % d’entre elles avaient réalisés au moins un test de dépistage entre le début de l’épidémie et novembre 2020 contre 25 % pour les autres. Par ailleurs, qu’elles aient eu des symptômes ou non, les personnes ayant effectivement été en contact avec le virus ont eu plus tendance à faire un test de dépistage, ce qui peut en partie s’expliquer par le fait que les « cas contacts » ont été incités à s’isoler et à se faire dépister.

En France, les prescriptions médicamenteuses chez les enfants se maintiennent à des niveaux élevés

 

médicaments

Les enfants de moins de 6 ans sont la catégorie des enfants la plus exposée aux prescriptions médicamenteuses. © Myriam Zilles – Unsplash

 

La France figure parmi les pays les plus consommateurs de médicaments en Europe. En l’absence de données actualisées depuis dix ans sur les prescriptions médicamenteuses pédiatriques, des chercheurs de l’Inserm et enseignants-chercheurs d’Université de Paris au Centre de Recherche en Épidémiologie et Statistiques (CRESS), avec des chercheurs de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines / Université Paris-Saclay et de l’AP-HP, du groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare, ont quantifié les prescriptions médicamenteuses pédiatriques en France et étudié leur évolution entre 2010 et 2019. Les résultats de cette étude font l’objet d’une publication dans la revue The Lancet Regional Health Europe.

La population pédiatrique, et notamment les enfants les plus jeunes, sont particulièrement vulnérables aux effets indésirables à court et à long terme des médicaments en raison de leur immaturité. De plus, le profil de sécurité de nombreux médicaments utilisés en pédiatrie n’est que partiellement connu. Ces éléments devraient inciter à des prescriptions raisonnées dans la population pédiatrique.

La première étude nationale française portant sur les prescriptions médicamenteuses en pédiatrie ambulatoire, réalisée à partir des données de l’Echantillon Généraliste des Bénéficiaires de l’assurance maladie (EGB) en 2011[1], montrait des résultats préoccupants avec une fréquence de prescriptions la plus élevée au monde. Cependant, depuis 2011, de nouvelles recommandations ont été émises sur le bon usage de certains médicaments et des politiques de déremboursement ont été mises en place, ce qui devait conduire à modifier ces prescriptions.

La nouvelle étude, réalisée par des chercheurs et enseignants-chercheurs de l’Inserm, d’Université de Paris, de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines / Université Paris-Saclay, de l’AP-HP et du GIS Epi-Phare, avait pour objectif de décrire les fréquences des prescriptions médicamenteuses en pédiatrie ambulatoire en 2018-2019 en France et de les comparer à celles de 2010-2011, au niveau national, grâce aux données fournies par le Système national de données de santé (SNDS)[2].

L’analyse a été réalisée sur les dispensations remboursées de médicaments prescrits en ambulatoire, c’est-à-dire hors médicaments prescrits durant une hospitalisation, par un médecin, une sage-femme ou un dentiste, et destinées l’ensemble des enfants de moins de 18 ans vivant en France. Afin de tenir compte de l’influence des épidémies infectieuses sur les prescriptions médicamenteuses ambulatoires, une moyenne des fréquences de prescriptions médicamenteuses annuelle a été calculée sur deux ans pour les deux périodes étudiées. Sur la période 2018-2019, plus de 230 millions de dispensations ont été analysées.

Les enfants de moins de 6 ans sont la catégorie des enfants la plus exposée aux prescriptions médicamenteuses

L’étude révèle que sur la période récente (2018-2019), en moyenne, 86 enfants de moins de 18 ans sur 100 ont été exposés à au moins une prescription médicamenteuse au cours d’une année, ce qui correspond à une augmentation de 4% par rapport à 2010-2011. Les enfants de moins de six ans représentaient la catégorie des enfants la plus exposée aux médicaments avec plus de 97 enfants sur 100 concernés sur une année.

Les classes thérapeutiques les plus prescrites sur la période 2018-2019 étaient les analgésiques (64%[3]), les antibiotiques (40%), les corticoïdes par voie nasale (33%), la vitamine D (30%), les anti-inflammatoires non stéroïdiens (24%), les antihistaminiques (25%) et les corticoïdes par voie orale (21%).

« Après la publication des données de 2011, nous nous attendions à une évolution importante pour certaines classes thérapeutiques compte tenu des régulations mises en place ou des recommandations émises depuis 2011. Une diminution de 12% de la fréquence de prescriptions d’antibiotiques sur les dix dernières années a été relevée dans notre étude, mais cela reste insuffisant car plus d’un enfant de moins de 6 ans sur deux a reçu une prescription d’antibiotique dans l’année », explique le Dr Marion Taine, co-auteure de l’étude.

Par ailleurs, l’étude révèle qu’un enfant de moins de 6 ans sur trois a reçu une prescription de corticoïdes oraux au cours de l’année 2018-2019. Un niveau qui reste stable depuis 2010-2011, et ce malgré les effets indésirables connus de cette classe thérapeutique.

Enfin, 2% des nourrissons de moins de 6 semaines ont reçu une prescription d’inhibiteurs de la pompe à proton[4] au cours de l’année 2018-2018, et ce, « bien que la fréquence des affections pour lesquelles ce traitement est recommandé est bien inférieur à cet âge », explique le Dr Marion Taine.

 

La France, un des pays les plus prescripteurs de médicaments en pédiatrie ambulatoire

La France est un des pays les plus prescripteurs de médicaments en pédiatrie ambulatoire, mais les comparaisons internationales nécessitent d’être conduites avec prudence car les systèmes de santé et les politiques de remboursement des médicaments (notamment ceux accessibles en vente libre) diffèrent entre les pays.

Les comparaisons effectuées entre quelques pays à économie avancée révèlent par exemple que les fréquences de prescriptions de corticoïdes par voie orale pour les enfants français étaient 5 et 20 fois plus élevées que celles observées pour des enfants américains et norvégiens dans d’autres études récentes. Pour les antibiotiques, la fréquence de prescriptions aux enfants français était 5 fois supérieure à celle observée aux Pays-Bas. La prescription inadaptée d’antibiotiques augmente les résistances bactériennes. Les corticoïdes par voie générale sont quant à eux responsables d’effets indésirables bien établis.

Pour les chercheurs, ces niveaux élevés de prescriptions pourraient s’expliquer notamment par l’image positive qui est associée aux médicaments en France, tant dans la population que parmi les prescripteurs. Dans les autres pays à économie avancée, il existerait un rapport plus conscient de la balance bénéfice-risque des médicaments.

« Ces résultats préoccupants nécessitent des analyses détaillées pour mieux cibler les futures campagnes de formation pour optimiser l’usage des médicaments en pédiatrie. Une meilleure information de la population et des prescripteurs vis à vis de l’usage des médicaments chez l’enfant est indispensable.», conclut le Dr Marion Taine.

 

[1] Benard-Laribiere A, Jove J, Lassalle R, Robinson P, Droz-Perroteau C, Noize P. Drug use in French children: a population-based study. Arch Dis Child 2015;100 (10):960–5.

[2] Le SDNS couvre 98,8% de la population française et compile les données de remboursement des soins ambulatoires de tous les enfants couverts par l’assurance maladie universelle.

[3] 643enfants sur cent ont reçu au moins une prescription d’analgésiques sur une année en moyenne sur la période 2018-2019.

[4] Médicaments recommandés uniquement pour les complications du reflux gastro-œsophagien acide.

Publication de l’expertise collective Inserm – « Pesticides et effets sur la santé : Nouvelles données »

pesticides

L’expertise collective de 2021 dresse un bilan des connaissances sur les liens entre exposition aux pesticides et santé humaine au travers d’une analyse critique de la littérature scientifique internationale.©Adobe Stock

 

Les pesticides regroupent l’ensemble des produits utilisés pour lutter contre les espèces végétales indésirables et les organismes jugés nuisibles. Ils suscitent de nombreuses inquiétudes concernant leurs effets possibles sur la santé humaine, et plus largement sur l’environnement. En 2013, à la demande de la DGS, l’Inserm avait publié une expertise collective « Pesticides : effets sur la santé ». En 2018, cinq directions générales ministérielles[1] ont saisi l’Institut afin qu’il réactualise cette expertise et y inclue de nouvelles thématiques.

Le groupe d’experts réuni par l’Inserm a analysé la littérature scientifique récente afin d’examiner le lien entre une vingtaine de pathologies et les pesticides. Il analyse aussi les effets sanitaires de deux substances actives et d’une famille de pesticides : le chlordécone, le glyphosate et les fongicides inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHi).

Lexpertise collective de 2021 dresse un bilan des connaissances sur les liens entre exposition aux pesticides et santé humaine au travers d’une analyse critique de la littérature scientifique internationale. Elle aborde les troubles du développement neuropsychologique et moteur de l’enfant, les troubles cognitifs et anxio-dépressifs de l’adulte, les maladies neurodégénératives, et les cancers de l’enfant et de l’adulte. La santé respiratoire et les pathologies de la thyroïde et l’endométriose ont également été abordées et viennent enrichir cette expertise. Au total, ce sont plus de 5 300 documents qui ont été analysés par un groupe de chercheurs multidisciplinaire.

Pour chaque thématique, les experts ont étudié les nouvelles données épidémiologiques disponibles afin d’évaluer s’il y avait une présomption de lien entre l’exposition de différentes populations aux pesticides et la survenue d’une pathologie. Comme en 2013, cette présomption d’un lien a ensuite été qualifiée de forte (++), moyenne (+) ou faible (±). Ces résultats ont ensuite été mis en perspective avec ceux des études toxicologiques, afin d’évaluer la plausibilité biologique des liens observés.

Des liens établis entre l’exposition aux pesticides et certaines maladies

Les premières études épidémiologiques menées sur le sujet caractérisaient le plus souvent l’exposition aux pesticides sans distinguer avec précision la famille de pesticides ou la substance active. Elles concernaient souvent des personnes a priori les plus exposées car manipulant régulièrement ces produits dans le cadre de leur activité professionnelle. Les études plus récentes ont cherché à préciser les sous-types de pathologies (par exemple, différents types de leucémies), à identifier les substances actives impliquées ou encore à investiguer le lien avec des populations supposées moins exposées que les professionnels comme les populations riveraines des zones agricoles, la population générale ou des populations plus sensibles comme les enfants.

  • Chez l’adulte

L’expertise confirme la présomption forte d’un lien entre l’exposition professionnelle aux pesticides et quatre pathologies : les lymphomes non hodgkiniens (LNH), le myélome multiple, le cancer de la prostate et la maladie de Parkinson. Elle met aussi en évidence une présomption forte de lien entre l’exposition professionnelle aux pesticides et deux autres pathologies : les troubles cognitifs et la bronchopneumopathie chronique obstructive/bronchite chronique (voir encadré).

Une présomption de lien moyenne a été également mise en évidence entre l’exposition aux pesticides, principalement chez les professionnels, et la maladie d’Alzheimer, les troubles anxio-dépressifs, certains cancers (leucémies, système nerveux central, vessie, rein, sarcomes des tissus mous), l’asthme et des pathologies thyroïdiennes.

Pour aller plus loin sur les six pathologies de l’adulte pour lequel un lien de présomption forte a été établi avec l’exposition professionnelle aux pesticides

Lymphome non hodgkinien : des liens entre l’exposition au malathion, au lindane, au DDT et aux organophosphorés (++) avait été identifiés en 2013. Les données récentes permettent de conclure à une présomption de lien plus forte en 2021 pour le diazinon (++) et le chlordane (+). Pour le glyphosate, la présomption de lien est renforcée pour l’exposition professionnelle (+). Un niveau de présomption faible est rapporté pour la première fois pour le dicamba (±). Les données suggèrent également des liens entre des sous-types de LNH et certains pesticides.

Myélome multiple :  pour la première fois, des liens avec des substances actives sont mis en évidence pour la perméthrine (+) et pour le carbaryl, le captane, le DDT et le glyphosate (±).

Cancer de la prostate : cette analyse renforce le rôle évoqué en 2013 de l’exposition professionnelle à certains insecticides organophosphorés comme le fonofos (+) et mettent en évidence celui du terbufos (+) et du malathion (+) ainsi que d’un insecticide organochloré (aldrine, +). Elle souligne un risque plus élevé de développer une forme agressive de la maladie, suggérant ainsi un rôle possible sur la progression de la maladie et pas uniquement sur la survenue. Pour le chlordécone, l’expertise conclu à un niveau de présomption fort (++) et estime qu’une relation causale est vraisemblable.

La maladie de Parkinson : les données confirment le lien avec le paraquat (+) et de nouvelles études évoquent des liens avec une présomption faible (±) avec des matières actives de la famille des fongicides dithiocarbamates (zinèbe, zirame et mancopper). Les nouvelles études sur l’exposition des riverains des terres agricoles suggèrent une présomption faible du lien avec les pesticides en général.

Les troubles cognitifs : la présomption d’un lien est passée de moyenne à forte (++) avec l’exposition aux pesticide, principalement des organophosphorés, chez les agriculteurs. Les études les plus récentes se sont élargies aux riverains de zones agricoles ou à la population générale et ont permis de conclure à une présomption moyenne (+).

La santé respiratoire (non traitée en 2013) : une présomption forte entre l’exposition professionnelle aux pesticides et la survenue de BPCO et de bronchite chronique est établie. Un lien est identifié entre dix-sept substances actives et une pathologie ou une atteinte d’un paramètre de la fonction respiratoire avec en majorité un niveau de présomption faible (±). Pour évaluer la plausibilité biologique de ce lien, trois effets ont été étudiés en toxicologie (stress oxydant, mitotoxicité et immunomodulation) et parmi ces 17 pesticides, 11 sont associés à au moins deux effets toxicologiques et deux, la perméthrine et le chlorpyrifos, aux 3 effets.

  • Chez l’enfant

Certaines périodes de la vie telles que la grossesse et la petite enfance sont d’une plus grande vulnérabilité face à la présence d’un évènement ou agent toxique.

Les résultats récents permettent de préciser le type de leucémies de l’enfant concernées lors d’une exposition de la mère pendant la grossesse : leucémies aiguës et usages domestiques (présomption de lien forte) et leucémie aiguë myéloïde et exposition professionnelle. Un nouveau lien a été mis en évidence entre le risque de leucémie aiguë lymphoblastique en cas d’exposition professionnelle paternelle en période préconceptionnelle (présomption moyenne).

Concernant les tumeurs du système nerveux central, l’expertise confirme la présomption forte d’un lien entre l’exposition professionnelle des parents aux pesticides (sans distinction) pendant la période prénatale. D’autre part, les résultats récents conduisent à une présomption forte d’un lien entre les tumeurs du système nerveux central et l’exposition domestique aux pesticides (sans distinction) pendant la grossesse ou pendant l’enfance.

D’autres travaux portent sur les liens entre l’exposition professionnelle ou environnementale des mères pendant la grossesse et les troubles du développement neuropsychologique et moteur de l’enfant. Ils confirment l’existence d’un lien avec un niveau de présomption fort, notamment pour certaines familles de pesticides, comme les organophosphorés. Concernant les pyréthrinoïdes, dont l’usage a augmenté en substitution aux insecticides organophosphorés, les résultats des nouvelles études sont concordants et mettent en évidence un lien entre l’exposition aux pyréthrinoïdes pendant la grossesse et l’augmentation des troubles du comportement de type internalisé tels que l’anxiété (présomption forte). Les données toxicologiques soutiennent une plausibilité biologique d’un effet à partir des modes d’action de ces pesticides.

Prendre en compte les données scientifiques les plus récentes pour mieux protéger les populations

La confirmation et la mise en évidence de présomptions fortes de liens entre certaines pathologies et l’exposition aux pesticides doit inciter à une meilleure prise en compte de ces enjeux par les autorités. Par ailleurs, la littérature scientifique sur le sujet fait émerger de nouvelles préoccupations, concernant notamment les effets indirects de certains pesticides sur la santé humaine par le biais des effets sur les écosystèmes qui mériterait d’être d’avantage pris en considération par les chercheurs et les décideurs.

Que peut-on dire du chlordécone, du glyphosate et des SDHi ?

  • Le chlordécone, un insecticide qui a été utilisé aux Antilles françaises de 1973 à 1993, persiste dans ces milieux naturels insulaires. La consommation des denrées alimentaires contaminées a entraîné une contamination importante de l’ensemble de la population. La causalité de la relation entre l’exposition au chlordécone et le risque de survenue de cancer de la prostate est jugée vraisemblable.
  • Le glyphosate est un herbicide pour lequel l’expertise conclut à une présomption moyenne de lien avec les lymphomes non hodgkiniens. D’autres liens ont été évoqués dans la littérature scientifique pour le myélome multiple et les leucémies, mais les résultats sont moins solides. Les études expérimentales de cancérogenèse chez les rongeurs montrent des excès de cas, mais ne sont pas convergentes. On y observe des tumeurs différentes, pour les mâles ou les femelles, mais qui ne se produisent qu’à des doses de glyphosate très élevées et uniquement sur certaines souches de rongeurs.
  • Enfin, les SDHi sont une famille de fongicides à large spectre, utilisée depuis 30 ans qui inhibent la respiration cellulaire chez les espèces cibles. Il n’existe à ce jour pratiquement aucune donnée épidémiologique portant sur les effets de ces substances sur la santé des agriculteurs ou de la population générale. Les études expérimentales sur des poissons suggèrent que certains SDHi peuvent avoir des effets perturbateurs endocriniens, au moins dans le modèle utilisé. Certains montrent des effets cancérogènes sur les rats ou les souris mais ces résultats sont discutés sur la base d’un mécanisme non extrapolable à l’être humain. Les experts soulignent le besoin de poursuivre des recherches pour améliorer l’évaluation du potentiel cancérogène des SDHi et combler le manque de données chez l’humain.

 

[1] Il s’agit de Direction générale de la prévention des risques, la Direction générale de la santé, la Direction générale du travail, la Direction générale de la recherche et de l’innovation, ainsi que le secrétariat général du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Consultez l’expertise collective : « Pesticides et santé – Nouvelles données (2021)« 

Consommer une alimentation riche en caroténoïdes diminue les risques de développer une DMLA

Fruits et légumes, dont certains contiennent des caroténoïdes ©Engin Akyurt/ Unsplash photos

 

Un régime alimentaire de type méditerranéen – riche en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, huile d’olive et poissons gras – permettrait de prévenir le développement de la DMLA, maladie dégénérative qui est la première cause de handicap visuel chez les plus de 50 ans. Une nouvelle étude publiée par des chercheurs de l’Inserm et de l’université de Bordeaux au Centre de recherche Bordeaux Population Health met en évidence de façon inédite une association entre les caroténoïdes circulants – des pigments végétaux protecteurs pour la rétine – et une réduction du risque de développer une forme avancée de DMLA. Ces travaux, fondés sur le suivi de 609 personnes sur huit ans, constituent la première étude longitudinale à identifier cette association et font l’objet d’une publication dans la revue Nutrients.

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est la première cause de perte de la vision dans les pays industrialisés. Il s’agit d’une maladie dégénérative qui affecte la partie centrale de la rétine, cruciale pour les tâches quotidiennes (lire, conduire, reconnaître les visages…). À un stade avancé, la maladie prend deux formes : la forme néovasculaire, ou humide, que l’on soigne par injection d’anti-VEGF[1] directement dans l’œil, et la forme atrophique, ou sèche, pour laquelle il n’existe pas encore de traitements.

Néanmoins, à défaut de soigner complètement la maladie, il est possible de la prévenir ou de ralentir sa progression. On connaît déjà bien les facteurs de risque de la DMLA, qui sont liés à l’âge et au terrain génétique. Cependant, il s’agit de facteurs non modifiables, sur lesquels nous n’avons pas les moyens d’agir.

Depuis vingt ans, les chercheurs s’intéressent au lien entre nutrition et DMLA. Nous savons aujourd’hui que de nombreux aliments permettent de ralentir la dégénérescence : acide gras (oméga 3), antioxydants (vitamines C, zinc…). Ils protègent en effet la macula, la zone de l’œil affectée par la DMLA qui se situe au centre de la rétine.

À travers une étude prospective réalisée à partir du suivi sur 8 ans de la cohorte ALIENOR, l’objectif des chercheurs était d’étudier le lien entre la présence de lutéine et de zéaxanthine dans le plasma et l’apparition de la DMLA.

La lutéine et la zéaxanthine font partie de la grande famille des caroténoïdes. On les retrouve notamment dans les fruits jaune orangé comme les agrumes ou les tomates, ainsi que dans les légumes à feuilles vertes, tels que les épinards, les choux et les blettes. Ce sont des pigments qui jouent un rôle très spécifique pour l’œil puisqu’ils sont présents en grande concentration dans la macula. Ils ne sont pas synthétisés par notre corps, c’est pourquoi nous devons les absorber à travers notre alimentation.

Là où les précédentes études se fondaient uniquement sur les informations renseignées par les participants concernant leur régime alimentaire, l’équipe de la chercheuse Inserm Bénédicte Merle a analysé des prélèvements sanguins et a ainsi pu démontrer une association objective entre des niveaux circulants de lutéine et de zéaxanthine et une diminution du risque de la DMLA.

Ces travaux révèlent qu’une concentration plus importante de caroténoïdes dans le plasma, en particulier de lutéine et de zéaxanthine, réduit de 37 % le risque de développer une forme avancée de DMLA.

Ce résultat est similaire pour les formes atrophique et néovasculaire de la maladie. Toutefois, au-delà de la lutéine et la zéaxanthine, aucun autre caroténoïde n’a été associé à une telle diminution des risques.

La lutéine et la zéaxanthine apportent en effet une vraie protection à la rétine : d’une part elles absorbent la lumière bleue, qui est connue pour endommager la rétine sur le long terme. D’autre part, elles jouent le rôle d’antioxydant afin de protéger la rétine du stress oxydatif[1], qui est justement un facteur de la DMLA.

L’étude ALIENOR est une étude en population qui vise à évaluer le lien entre les maladies de l’œil et les facteurs nutritionnels. Dans le cadre de ces travaux, 609 participants âgés de 73 ans en moyenne ont été recrutés entre 2006 et 2008. Les participants ont réalisé dès leur intégration un dosage sanguin pour mesurer leur concentration plasmatique en lutéine et en zéaxanthine. Ils ont ensuite effectué une consultation ophtalmologique afin de diagnostiquer la DMLA. Parmi eux, 54 ont développé une DMLA sur la période de suivi, qui a duré 8 ans.

Que faut-il manger pour prévenir l’apparition ou ralentir la progression de la DMLA ?

Pour avoir des concentrations plasmatiques suffisantes en lutéine et en zéaxanthine dans l’organisme, il convient de privilégier les fruits et les légumes jaune orangé (tomates, carottes, agrumes), ainsi que les légumes à feuilles vertes (chou, épinards). « Si on veut aller un peu plus loin, l’alimentation la plus bénéfique pour prévenir la DMLA serait un régime de type méditerranéen, riche en fruits et légumes et qui apporte assez d’oméga 3 grâce aux poissons gras », souligne Bénédicte Merle, auteure de l’étude.

Au-delà des recommandations nutritionnelles, la découverte du rôle de ces caroténoïdes ouvre des pistes pour repérer des groupes de population plus à risque de développer la DMLA en fonction de leur régime alimentaire. Cette étude offre donc des stratégies de prévention mais aussi d’identification des facteurs de risque qui seront utiles pour l’avenir de la recherche.

 

[1] Le stress oxydatif est l’ensemble des agressions causées par des molécules dérivant de l’oxygène sur les cellules de notre corps. Les plus connues de ces substances néfastes sont les radicaux libres.

[1] Les anti-VEGF sont des nouvelles thérapeutiques qui agissent sur la membrane même des cellules et sont souvent utilisés pour empêcher la survie des tumeurs.

Comment prédire le risque suicidaire chez les étudiants grâce à l’intelligence artificielle ?

risque suicidaire

Alors même que le nombre d’étudiants vulnérables augmente sous l’effet de la crise sanitaire, détecter les individus en grande détresse et à risque suicidaire est essentiel pour permettre d’intervenir le plus précocement possible. © Ben Blennerhassett – Unsplash

Comment prédire le risque suicidaire chez les étudiants ? C’est une question d’actualité, alors que les effets délétères de la crise sanitaire sur la santé mentale des étudiants sont de plus en plus visibles, et que l’on connait l’importance d’une détection et d’une prise en charge précoce de ce risque. Une équipe de chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Bordeaux, en collaboration avec les universités de Montréal et McGill au Québec, ont identifié, grâce à l’intelligence artificielle, un ensemble restreint d’indicateurs de santé mentale qui prédisent avec précision les comportements suicidaires des étudiants. Les résultats sont publiés dans la revue Scientific Reports.

Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans et les étudiants sont particulièrement exposés au risque de comportements suicidaires. Plusieurs facteurs connus peuvent contribuer à l’augmentation des risques chez cette population : le passage du lycée à l’université, l’augmentation de la charge de travail, l’augmentation du stress psychosocial et des pressions scolaires, et l’adaptation à un nouvel environnement. Ces risques ont par ailleurs été exacerbés par la situation de crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.

Une détection précoce des comportements suicidaires (les pensées suicidaires et les tentatives de suicide) est primordiale afin de permettre l’accès à une prise en charge adéquate. Grâce à une méthode d’apprentissage automatique[1], ou « machine learning method » en anglais, les chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Bordeaux ont développé un algorithme permettant d’identifier de façon précise les principaux facteurs prédictifs des comportements suicidaires parmi une population étudiante.

Suivi sur un an de plus de 5 000 étudiants français

Les résultats de cette étude portent sur l’analyse de données recueillies auprès de 5 066 étudiants qui ont été suivis sur une période supérieure ou égale à un an, entre 2013 et 2019. Tous appartiennent à la cohorte i-Share qui porte sur la santé des étudiants, dirigée par Christophe Tzourio, professeur d’épidémiologie à l’université de Bordeaux, praticien au CHU de Bordeaux et directeur du centre de recherche Bordeaux Population Health.   

Les participants sont âgés de plus de 18 ans, francophones et inscrits dans une université française. Ils ont rempli deux questionnaires en ligne détaillés : un au moment de leur inscription, l’autre un an plus tard. Les informations recueillies par ce biais renseignent les chercheurs à la fois sur la santé des participants, leurs consommations de drogue et d’alcool, leurs antécédents médicaux et psychiatriques ainsi que sur leur état psychique.

Ce suivi a révélé qu’environ 17% des étudiants participants, filles (17,4%) comme garçons (16,8%), ont présenté des comportements suicidaires au cours de l’année qui s’est écoulée entre les deux questionnaires.

Avant d’initier le travail de modélisation s’appuyant sur l’intelligence artificielle, les chercheurs ont d’abord identifié 70 facteurs prédictifs potentiels, recueillis dans le questionnaire d’inclusion, ayant une influence sur les comportements suicidaires selon les données de la littérature scientifique. Il s’agit notamment des données sociodémographiques, de certains paramètres de santé physique et mentale, des antécédents personnels et familiaux de comportements suicidaires, des conditions et habitudes de vie, de la consommation de substances et des traumatismes liés à l’enfance.

La méthode d’apprentissage automatique, qui consiste à analyser simultanément de nombreux facteurs associés au risque suicidaire, a ensuite permis de dresser un classement de ces 70 facteurs prédictifs potentiels, selon leur importance dans la prédiction des comportements suicidaires des étudiants.

Les résultats de l’étude révèlent que parmi ces 70 prédicteurs potentiels mesurés à l’inclusion, quatre permettent de détecter environ 80% des comportements suicidaires lors du suivi. Il s’agit des pensées suicidaires, de l’anxiété, des symptômes de dépression et de l’estime de soi.

Pour les chercheurs, ces résultats suggèrent que des échelles psychologiques validées et couramment utilisées comme l’échelle de Rosenberg qui mesure l’estime de soi, l’échelle STAI-YB de Spielberger pour l’anxiété et la PHQ-9 pour la dépression, seraient suffisamment informatives pour identifier les étudiants susceptibles de présenter des comportements suicidaires.

« Ces travaux demandent confirmation mais ils ouvrent la possibilité de dépistage à grande échelle en identifiant, grâce à des questionnaires courts et simples, les étudiants à risque de suicide pour les orienter vers une prise en charge adéquate », explique Christophe Tzourio, coordinateur de l’étude.

L’estime de soi : un marqueur important et jusqu’alors méconnu

Dans des analyses secondaires effectuées sur un sous-échantillon incluant uniquement les participants qui ne présentaient pas de comportements suicidaires à leur entrée dans la cohorte, soit 3946 étudiants, les principales variables prédictives qui se sont démarquées dans l’analyse statistique étaient les symptômes dépressifs, l’estime de soi et le stress académique chez les filles et majoritairement l’estime de soi chez les garçons. L’estime de soi représenterait donc un marqueur prédictif indépendant et important du risque suicidaire.

« Les spécialistes de santé mentale dans nos équipes ne s’attendaient pas à ce que l’estime de soi fasse partie des quatre facteurs prédictifs majeurs des comportements suicidaires », souligne Mélissa Macalli, doctorante en épidémiologie et auteure de l’étude. « Ce résultat, qui n’aurait pas été obtenu sans l’utilisation de techniques d’intelligence artificielle, qui ont permis de croiser un grand nombre de données de façon simultanée, ouvre des nouvelles perspectives aussi bien de recherche que de prévention », conclut-elle.

L’impact de l’épidémie de COVID-19 chez les étudiants

L’épidémie de COVID-19 a eu un impact considérable sur la santé mentale des étudiants, une population déjà connue pour ses hauts niveaux de stress, d’anxiété, de symptômes dépressifs et de conduites suicidaires. Les causes ont été identifiées : l’isolement social, en lien avec la fermeture des universités, l’effondrement des ressources financières avec la disparition des jobs étudiants, les inquiétudes sur le déroulement des études et les perspectives d’avenir. L’étude CONFINS (www.confins.org, équipe i-Share et Kappa Santé) lancée en Avril 2020 pour mesurer l’impact de l’épidémie sur le bien-être et la santé mentale, a montré que 33% des étudiants présentaient des symptômes dépressifs contre 16% chez les non étudiants. Alors même que le nombre d’étudiants vulnérables augmente sous l’effet de la crise sanitaire, détecter les individus en grande détresse et à risque suicidaire est essentiel pour permettre d’intervenir le plus précocement possible.

[1]L’apprentissage automatique, également appelé apprentissage machine ou apprentissage artificiel et en anglais machine learning, est une forme d’intelligence artificielle (IA) qui permet à un système d’apprendre à partir des données et non à l’aide d’une programmation explicite.

La télévision allumée pendant les repas associée à un plus faible développement du langage chez les jeunes enfants

repas devant la TV

Les enfants âgés de 3 à 6 ans passent en moyenne près de 2 heures par jour devant les écrans. © iStock – skynesher

 

Les enfants âgés de 3 à 6 ans passent en moyenne près de 2 heures par jour devant les écrans[1]. Si de nombreux chercheurs ont mis en évidence des liens entre le temps passé à les regarder et le développement cognitif de l’enfant, peu ont orienté leurs recherches sur le contexte des usages. Des chercheurs Inserm au Centre de Recherche en Épidémiologie et Statistiques – Université de Paris (CRESS), ont identifié une association entre le fait que la télévision soit allumée en permanence au moment des repas familiaux et un plus faible développement du langage. Les résultats de l’étude font l’objet d’une publication dans la revue Scientific Reports.

Le langage est une pratique sociale, et l’interaction humaine joue un rôle important dans son acquisition. Le développement du langage des enfants est ainsi grandement influencé par leur environnement immédiat, c’est-à-dire par les interactions qu’ils ont avec leurs parents, leurs frères et sœurs, ainsi qu’avec les autres enfants. Au cours des dernières décennies, les écrans sont devenus incontournables dans cet environnement. Même les enfants d’âge préscolaire passent un temps considérable à les regarder.

Grâce au suivi sur plusieurs années d’enfants issus de la cohorte française EDEN[2], des chercheurs de l’Inserm et d’Université de Paris ont pu mesurer les temps d’exposition aux écrans et plus spécifiquement la fréquence d’exposition pendant les repas de famille, moments clés d’échanges verbaux entre adultes et enfants. Des évaluations du langage ont été menées en parallèle afin d’identifier la manière dont le contexte de l’exposition aux écrans peut influencer le développement du langage chez l’enfant.

1 562 enfants suivis à 2, 3 et 5 ans et demi

Pour mesurer ces temps et contextes d’usage des écrans, des questionnaires ont été remplis par les parents des 1 562 enfants de la cohorte suivis à l’âge de 2, 3 et 5 ans et demi. Dans le cadre de l’étude, les parents ont notamment renseigné la fréquence à laquelle la télévision était allumée pendant les repas. Pour le temps d’écran des enfants, seuls les temps passés devant la télévision, l’ordinateur et les jeux vidéo ont été considérés.

L’évaluation du langage des enfants a été effectuée grâce à des questionnaires remplis par les parents lorsque les enfants étaient âgés de 2 ans[3], puis par des psychologues lorsqu’ils ont atteint 3 ans et 5 ans et demi. Afin de tenir compte du rôle potentiel joué par d’autres facteurs, plusieurs autres variables ont été incluses dans l’analyse statistique, comme des caractéristiques socioéconomiques de la famille (revenus, niveau d’étude des parents…) ou liées à l’enfant (sexe, mode de garde, activités avec les parents…).

Le croisement de ces données a révélé qu’une fréquence plus élevée de télévision allumée (regardée ou allumée en fond sonore ou visuel) pendant les repas de famille était associée à de moins bons résultats en matière de langage. En revanche, le langage de l’enfant ne semblait pas directement lié au temps qu’il passe devant les écrans.

Dans une approche analysant ces relations à chaque âge, le niveau de langage à 2 ans était plus faible chez les enfants « toujours » exposés à la télévision pendant les repas de famille par rapport aux enfants qui ne l’étaient « jamais »[4]. À 3 et 5 ans et demi, les évaluations de langage et le quotient intellectuel verbal étaient plus élevés chez les enfants « jamais » exposés à la télévision pendant les repas de famille, par rapport à ceux qui l’étaient « parfois » ou plus fréquemment.

Dans une approche s’intéressant à la temporalité entre l’exposition aux écrans et le développement du langage, le quotient intellectuel verbal évalué à l’âge de 5 ans et demi s’est révélé inférieur chez les enfants qui ont toujours été exposés à la télévision pendant les repas de famille à l’âge de 2 ans comparé à ceux qui ne l’étaient jamais (différence moyenne de 3 points de QI). Ces résultats encouragent donc à mieux prendre en compte le contexte dans lequel s’inscrit l’exposition aux écrans, et pas seulement sa durée.

« Bien que les enfants soient exposés au langage par l’intermédiaire des dessins animés et d’autres programmes vus sur des écrans, l’interaction verbale entre l’adulte et l’enfant est fortement associée à un meilleur développement du langage de l’enfant. La télévision pendant les repas peut donc constituer un frein aux interactions verbales de l’enfant, diminuant à la fois la qualité et la quantité des échanges entre enfants et adultes », explique Jonathan Bernard, chercheur Inserm et co-auteur de l’étude.

La télévision allumée au cours des repas familiaux peut avoir à la fois un effet sur l’enfant, en le distrayant, et sur les parents en détournant les conversations avec leurs enfants.

Les stimulations auditives et visuelles peuvent augmenter les distractions des enfants et des parents dans leur environnement familial et accroître les difficultés pour un enfant d’extraire d’un fond sonore les distinctions phonologiques et caractéristiques syntaxiques propres à la langue et nécessaires à la qualité de son apprentissage.

 

[1] Chiffres enquête INCA 3 (Anses), 2014-2015

[2] La cohorte Eden est née du recrutement de 2 002 femmes enceintes effectué entre 2003 et 2006 dans les maternités publiques de Poitiers et Nancy. EDEN est la première Etude de cohorte généraliste, menée en France sur les déterminants pré et post natals précoces du développement psychomoteur et de la santé de l’enfant.

[3] A 2 ans, l’évaluation des compétences du langage des enfants a été réalisée par le biais des inventaires français du développement communicatif (IFDC). A 3 ans, les compétences du langage ont été mesurées par les batteries d’évaluation du langage oral NEPSY et ELOLA. A 5-6 ans, par une évaluation du quotient intellectuel.

[4] L’exposition à la télévision pendant les repas familiaux a été évaluée à plusieurs reprises aux trois âges avec la question suivante : « À quelle fréquence la télévision est-elle allumée dans la salle à manger pendant que l’enfant mange à la maison ? » avec quatre éléments de réponse : jamais, parfois, souvent ou toujours.

Publication de l’expertise collective de l’Inserm : « Réduction des dommages associés à la consommation d’alcool »

alcool

L’alcool était la 7ème cause de perte d’années de vie en bonne santé dans le monde en 2016, et aussi la première cause d’hospitalisation en France. © Adobe stock

La consommation d’alcool est un facteur de risque majeur pour la santé. Cette consommation est impliquée directement ou indirectement dans la survenue d’une soixantaine de maladies. En France, on compte près de 43 millions de consommateurs d’alcool. Face aux conséquences sanitaires, sociales et financières que cela implique, la Direction Générale de la Santé et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives ont sollicité l’Inserm pour dresser un état des lieux des dommages liés à l’alcool et formuler les pistes de recherche et d’actions pour les réduire. Un groupe d’experts réunis par l’Inserm dans le cadre de la procédure d’expertise collective, publie un rapport concernant la réduction des dommages associés à la consommation d’alcool. Il y est notamment question des stratégies de prévention au niveau de la société. Il s’appuie sur les données issues de la littérature scientifique disponibles au premier semestre 2020.

L’Inserm a coordonné une expertise collective afin d’établir dans un premier temps une analyse critique des dernières connaissances scientifiques en la matière et dresser des constats. Dans un second temps, le groupe d’experts a émis des recommandations visant à réduire les risques et les dommages sur la santé liés à la consommation d’alcool. Près de 3 600 documents ont été rassemblés et concernent un éventail de disciplines variées telles que la recherche clinique, marketing social ou encore la sociologie.

La consommation d’alcool, première cause d’hospitalisation en France

En France, des niveaux élevés de consommation touchent à la fois les jeunes et les séniors. Expérimentée pour la première fois à l’adolescence, la consommation d’alcool devient régulière (10 fois ou plus/mois) pour 8 % des jeunes de 17 ans, tandis que 40 à 50 % d’entre eux déclarent avoir au moins une alcoolisation ponctuelle importante (5 verres ou plus en une seule occasion) mensuelle. Chez les adultes, la consommation moyenne par jour est de 27 g d’alcool pur par personne (soit près de 3 verres).

L’alcool était la 7ème cause de perte d’années de vie en bonne santé dans le monde en 2016, et aussi la première cause d’hospitalisation en France. La mortalité attribuable à l’alcool, plus élevée en France qu’ailleurs en Europe, est de 11 % des décès pour les hommes et 4% pour les femmes chez les 15 ans et plus, soit 41 000 décès (30 000 chez les hommes et 11 000 chez les femmes derniers chiffres datant de 2015).

L’expertise souligne que le prix de l’alcool, sa disponibilité ou encore les normes relatives à sa consommation, sont associés à des perceptions positives et donc incitent à boire. Elle montre que, au-delà de facteurs individuels, le marketing de l’alcool (produit, prix, publicité, accès au produit) influence les niveaux et modes de consommation et joue un rôle primordial dans les comportements d’alcoolisation des jeunes. Internet et les réseaux sociaux où la publicité est peu régulée sont particulièrement investis par les producteurs d’alcool.

Les recommandations des experts touchent les questions de loi et de réglementation de la vente, de communication et d’interventions à considérer.

Pour le durcissement de la loi Évin sur la régulation de la publicité et l’encadrement de la vente d’alcool

En France, la loi Évin de 1991 encadre la lutte contre les dommages liés à la consommation d’alcool (et de tabac) mais, les experts constatent que, dans sa version actuelle, en plus de n’être pas toujours respectée, elle a été considérablement modifiée et affaiblie sous l’effet du lobbying des producteurs d’alcool.

Le groupe d’experts recommande notamment de réduire l’attractivité de l’alcool et les messages positifs diffusés, de limiter son accès :

  • renforcer la loi Évin pour interdire la publicité sur internet, dans l’espace public et contrer les effets du marketing par une meilleure visibilité des avertissements sanitaires.
  • augmenter le prix (taxation par gramme d’alcool comme pour la taxe soda, ou prix minimum comme en Écosse), le vin est par exemple très peu taxé
  • contrôler mieux et automatiquement son accès aux mineurs
  • réduire sa disponibilité (plage horaire de vente et nombre de commerces ou de licences)

Pour une communication renforcée des autorités et une éducation à la santé à destination du grand public

Le groupe d’experts recommande l’utilisation de messages de prévention, destinés à l’ensemble de la population, compréhensibles, spécifiques et faciles à mettre en application et déclinés pour permettre leur diffusion numérique. Ces messages doivent également être adaptés lorsqu’ils sont créés à destination des groupes les plus vulnérables.

Selon l’expertise collective, il convient de rappeler :

  • les repères de consommation à risque faible[2],
  • le zéro alcool, particulièrement pendant la grossesse et la période pré-conceptionnelle,
  • la plus grande vulnérabilité biologique des femmes vis-à-vis de l’alcool,

L’expertise souligne un enjeu prioritaire pour la prévention est le renforcement :

  • des facteurs de protection dès le début du parcours de vie des individus. Des interventions de prévention de la consommation visant à renforcer les connaissances et les « compétences » des usagers sont à développer, en particulier par une communication digitale.
  • des facteurs génériques de protection telles que les compétences parentales et les compétences psychosociales : des interventions de ce type sont efficaces en milieu scolaire, auprès des parents ou des familles, et en milieu du travail.
  • des avertissements sanitaires et favoriser les campagnes d’arrêt de la consommation, à l’image de l’opération « Dry January » (mois sans alcool), dont les bénéfices (et le faible coût) ont été démontrés.

Pour des interventions d’amélioration et d’adaptation du diagnostic et de la prise en charge

Les experts suggèrent que ces actions de prévention soient complétées par une stratégie de dépistage systématique d’une consommation d’alcool à risque afin de permettre si nécessaire, une prise en charge adaptée. L’expertise propose alors que soit mise en place une meilleure formation des professionnels de soins primaires aux stratégies de dépistage et aux différentes méthodes d’intervention efficaces.

Ainsi le groupe d’experts préconise :

  • des « interventions brèves » dispensées par un personnel formé, qui consistent en un conseil personnalisé minimal et s’adressent à des personnes qui ont un usage à risque ou sont en difficulté avec leur consommation. Elles sont souvent associées de façon bénéfique au dépistage et ont un rapport coût-efficacité positif clairement établi. Ces interventions peuvent être utilisées sur des supports électroniques adaptés aux interventions en collectivité (écoles, armée…).
  • un renforcement de la qualité du suivi sur le long terme des patients dépendants à l’alcool pour éviter la rechute, favorisant des stratégies thérapeutiques efficaces (psychothérapeutiques, médicamenteuses, de remédiation cognitive, de réhabilitation sociale et de prise en charge des comorbidités).

L’expertise collective conclut que les conséquences sanitaires, sociales et financières très importantes de la consommation d’alcool même à de faibles niveaux, représentent un fardeau pour la société française sans pour autant que les moyens alloués pour les contrer soient à la hauteur des enjeux. Les mesures préconisées dans  cette expertise, destinées à la population et aux pouvoirs publics devraient pouvoir s’inscrire au cœur d’une politique de réduction des risques et des dommages basée sur une réduction des consommations.

 

[1] En établissant l’association entre des variations génétiques associées spécifiquement à un trait biologique d’intérêt et en mesurant leurs effets sur le risque de maladies, la randomisation mendélienne permet d’établir une relation de cause à effet entre des traits biologiques et le risque de maladies.

[2] Santé publique France : pas plus de 2 verres/j et pas tous les jours

Un composé d’origine bactérienne associé à la diversité du microbiote intestinal et à une meilleure santé cardiovasculaire et métabolique

 

Microbiote

Les cellules bêta des îlots de Langerhans du pancréas sont celles qui produisent l’insuline. Lors d’un diabète de type 1 les cellules ß sont détruites par le système immunitaire. Dans cette étude, l’administration d’hippurate améliore l’équilibre glycémique et stimule la sécrétion d’insuline dans des modèles animaux. © Inserm/U845/UMRS975/EndoCells SARL

Le bon fonctionnement de notre microbiote intestinal a un impact sur notre santé générale, physique et psychologique. Comprendre comment l’architecture du microbiote et la fonction des bactéries qui l’habitent influent sur l’organisme est devenu un axe de recherche essentiel ces dernières années. Dans ce contexte, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm, du CNRS et d’Université de Paris, en collaboration avec des équipes d’INRAE, de l’Imperial College à Londres et de l’université de Copenhague au Danemark ont montré qu’un métabolite issu des bactéries intestinales, l’hippurate, est associé à la diversité du microbiote. Il jouerait un rôle important pour notre santé cardiovasculaire et métabolique, notamment en participant à la régulation de la glycémie. Ces travaux sont parus dans la revue Gut.

Depuis plusieurs années, on prête un rôle déterminant au microbiote intestinal pour notre santé. De nombreux travaux scientifiques ont souligné qu’il existe un lien entre la diversité des souches de bactéries qui y sont présentes et certains paramètres de santé, notamment cardiovasculaire et métabolique.

Les scientifiques se sont intéressés à l’hippurate, un métabolite produit par les bactéries intestinales que l’on retrouve dans les urines. Les scientifiques ont combiné deux méthodes, le séquençage ADN (analyse du profil génétique) des bactéries du microbiote intestinal et le profilage métabolomique urinaire (analyse de petits métabolites présents dans les urines), chez 271 personnes d’une cohorte danoise (l’étude MetaHIT).

A partir des données obtenues, les scientifiques montrent que des niveaux élevés d’hippurate dans les urines sont associés à une plus grande diversité de la flore intestinale et une augmentation de la richesse en gènes du microbiote, qui sont deux paramètres protecteurs du risque cardiométabolique (risque de développer des maladies cardiovasculaires et/ou du diabète).

Les chercheurs disposaient par ailleurs d’informations relatives aux habitudes alimentaires des participants, ainsi qu’à leur indice de masse corporelle (IMC). Ils ont constaté que chez les personnes obèses ayant une alimentation riche en graisses saturées, et un risque de développer des problèmes cardiovasculaires et métaboliques, des niveaux élevés d’hippurate avaient des effets bénéfiques sur le poids et sur la santé métabolique.

schéma CP Gauguier

Ces résultats ont été complétés par une étude de validation chez des souris obèses, nourries avec un régime gras. Dans ces modèles animaux, l’administration d’hippurate améliorait l’équilibre glycémique et stimulait la sécrétion d’insuline. « Ces travaux confirment l’importance de l’architecture et de la fonction de la flore intestinale en santé humaine, en démontrant le rôle bénéfique d’un métabolite produit par des bactéries intestinales, comme nous l’avions déjà démontré précédemment avec un autre métabolite, le cresol », souligne Dominique Gauguier, chercheur Inserm au laboratoire T3S (Inserm/Université de Paris).

L’intérêt de ces résultats est à la fois diagnostique, l’hippurate pouvant être considéré comme un biomarqueur de la diversité du microbiote, mais aussi thérapeutique.

En effet, on pourrait par exemple envisager de modifier le microbiote avec des systèmes probiotiques produisant en plus grande quantité les bactéries intestinales qui synthétisent les précurseurs de l’hippurate. Cela permettrait ensuite d’augmenter les niveaux d’hippurate avec des effets protecteurs sur le risque cardiométabolique.

Pour les chercheurs, la prochaine étape serait de poursuivre des travaux en étudiant les mécanismes cellulaires permettant d’expliquer comment l’hippurate favorise la sécrétion de l’insuline et la régulation de la glycémie.

Cancer du sein : la pollution atmosphérique associée à un risque accru

cancer pollution

Les chercheurs ont identifié un lien entre le dioxyde d’azote (NO2) et la survenue de cancer du sein dans des études réalisées chez des femmes en Amérique du Nord et en Europe. Crédits : Unsplash

Les polluants atmosphériques augmentent non seulement le risque de cancer du poumon, mais ils pourraient aussi être un facteur de risque du cancer du sein. C’est ce que révèle une synthèse de la littérature internationale menée par des chercheurs de l’Inserm, du CNRS, et de l’Université Grenoble Alpes. Parmi les trois principaux polluants étudiés, c’est pour le dioxyde d’azote que le niveau de preuve est le plus élevé. Selon les données disponibles, environ 1700 cas de cancers du sein seraient attribuables chaque année en France à l’exposition aux polluants atmosphériques. Ces résultats font l’objet d’une publication dans la revue Environmental Health Perspectives.

Certains polluants atmosphériques, et notamment les particules en suspension et la pollution atmosphériques dans son ensemble, sont reconnus comme cancérigènes par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) ; cette reconnaissance est liée à leurs effets démontrés sur le cancer du poumon. Or depuis quelques années, des travaux épidémiologiques suggèrent que les polluants atmosphériques pourraient aussi influencer la survenue de cancer du sein, qui constitue le cancer le plus fréquent en Europe.

Le cancer du sein est un des cancers dont les facteurs de risque sont les mieux connus, avec une contribution de facteurs liés à la vie reproductive (par exemple l’âge des premières règles), la consommation d’alcool et probablement l’exposition à des facteurs environnementaux et notamment ceux perturbant l’axe œstrogénique, ainsi que de polymorphismes génétiques tels que ceux liés aux gènes BRCA.

Dans cette étude, menée par l’équipe du directeur de recherche Inserm Rémy Slama à l’Institut pour l’avancée des biosciences (IAB, Inserm/CNRS/UniversitéGrenoble Alpes), les scientifiques se sont intéressés au rôle de certains polluants atmosphériques sur la survenue du cancer du sein.

L’objectif était de synthétiser les résultats concernant la relation dose-réponse entre pollution et survenue du cancer du sein, issus de toutes les publications disponibles (ce qu’on appelle une méta-analyse, qui fournit une moyenne des relations décrites par chaque étude en tenant compte de leur précision). Par ailleurs, pour les polluants pour lesquels l’association était la plus nette, les scientifiques souhaitaient aussi fournir une estimation du nombre de cas de cancers du sein qui pourraient y être attribuables en France, ainsi qu’une estimation des couts économiques associés.  

 

Effet plus net pour le dioxyde d’azote

 L’étude a permis d’identifier pour les trois polluants considérés, à savoir les particules en suspension avec un diamètre inférieur à 10 microns (PM10), les particules en suspension avec un diamètre inférieur à 2,5 microns (PM2,5) et le dioxyde d’azote (NO2), respectivement 27, 32 et 36 associations en lien avec la survenue de cancer du sein, toutes rapportées chez des femmes en Amérique du Nord et en Europe. C’est pour le dioxyde d’azote que la synthèse des études était le plus nettement en faveur d’un effet néfaste sur la survenue de cancer du sein.

Le dioxyde d’azote est principalement émis par des processus de combustion des combustibles fossiles, tels que ceux des moteurs thermiques des véhicules et du chauffage urbain.

L’effet estimé du dioxyde d’azote était plus élevé pour les cancers du sein hormono-dépendants (dont les tumeurs expriment des récepteurs de l’œstrogène et de la progestérone), bien que toutes les études n’aient pas pu considérer ce critère. Les chercheurs estiment qu’environ 1700 cas de cancer du sein, soit environ 3 % des cas survenant annuellement en France pourraient être attribués à cette exposition et aux autres polluants associés au dioxyde d’azote. Le coût économique associé, cumulant coûts tangibles (ceux liés aux traitements) et intangibles (ceux liés aux décès, à la perte de qualité de vie et la souffrance des patients) est de l’ordre de 600 millions à un milliard d’Euros par an.

Pour les deux autres polluants considérés (PM10 et PM2.5), le niveau de preuve était moins élevé, sans qu’il soit possible d’exclure un effet néfaste. « Réaliser une large méta-analyse comme celle-ci est une approche qui a l’avantage de synthétiser toute la littérature scientifique sur la question, et donc d’obtenir des résultats particulièrement robustes. En l’occurrence pour le dioxyde d’azote l’analyse a porté sur un ensemble de 36 études totalisant plus de 120 000 cas sur 3,9 millions de sujets », souligne Rémy Slama.

Les approches observationnelles utilisées dans ces travaux ne permettent néanmoins pas d’exclure la contribution d’autres polluants dont les concentrations atmosphériques sont étroitement corrélées à celles du dioxyde d’azote. Au sein du mélange complexe qu’est la pollution atmosphérique, certains composants sont connus pour leur activité cancérigène ou de perturbation œstrogénique, comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Ceux-ci pourraient donc être également pertinents du point de vue du développement du cancer du sein, étant donné l’implication de la voie œstrogénique dans certains cancers du sein.

Des biais méthodologiques à prendre en compte

 L’étude des liens entre pollution atmosphérique et cancer du sein pose de nombreux enjeux méthodologiques. Les principaux sont ceux de la qualité de la caractérisation des expositions, des biais de confusion et des biais de publication – le biais lié au fait qu’une étude qui met en évidence une association a plus de chance d’être publiée qu’une étude ne mettant en évidence d’association.

Cette méta-analyse les prend en compte en pratiquant des analyses restreintes aux études présentant la mesure la plus précise des expositions, à celles prenant en compte les principaux facteurs de risque de cancer du sein (dont certains sont des facteurs de confusion potentiels). Une analyse dite « trim-and-fill » est également pratiquée : en décrivant la distribution des estimations issues des études publiées, elle permet d’identifier si celles-ci surreprésentent les études en faveur d’un lien et corrige le biais de publication éventuel. L’effet observé dans les études réalisées en Europe ne semblait pas plus faible qu’en Amérique du Nord.

La thérapie optogénétique peut partiellement restaurer la vision chez un patient aveugle atteint de rétinopathie pigmentaire.

 

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© v2osk on Unsplash

Une équipe de recherche internationale dirigée par les professeurs José-Alain Sahel et Botond Roska, et associant l’Institut de la Vision (Sorbonne Université/Inserm/CNRS), l’hôpital d’ophtalmologie des Quinze-Vingts, l’université de Pittsburgh, l’Institut d’ophtalmologie moléculaire et clinique de Bâle (IOB) ainsi que les sociétés Streetlab et GenSight Biologics, a mis en évidence que la thérapie optogénétique peut partiellement restaurer la vision chez un patient aveugle atteint de rétinopathie pigmentaire à un stade avancé. Les résultats de cette étude, une première mondiale, ont été publiés dans la revue Nature Medicine le 24 mai 2021.

Jusqu’alors inédit, cet essai clinique marque une étape importante dans le développement de thérapies géniques indépendantes des mutations pour traiter les dégénérescences rétiniennes héréditaires.

« Permettre à une personne de retrouver une vision partielle par l’optogénétique n’aurait pu se faire sans l’engagement du patient, les efforts de notre équipe multidisciplinaire à l’Institut de la Vision et GenSight, et la collaboration de longue date avec Botond Roska qui est à l’origine et au cœur de ce projet », explique José-Alain Sahel, professeur à Sorbonne Université, chef de service à l’hôpital des Quinze-Vingts, fondateur de l’Institut de la Vision (Sorbonne Université/Inserm/CNRS), et professeur et directeur du département d’ophtalmologie à l’université de Pittsburgh.

« Les résultats fournissent la preuve de concept que l’utilisation de la thérapie optogénétique pour restaurer partiellement la vision est possible », déclare Botond Roska, dernier auteur correspondant, directeur fondateur de l’IOB et professeur à l’Université de Bâle.

L’optogénétique consiste à modifier génétiquement les cellules afin qu’elles produisent des protéines sensibles à la lumière appelées « channelrhodopsines » (rhodopsine canal). Si cette technique existe depuis près de 20 ans en neurosciences, ses bénéfices cliniques n’avaient, jusqu’alors, pas encore été démontrés. Une collaboration entre les équipes de José-Alain Sahel et Botond Roska a abouti aux résultats rapportés aujourd’hui qui reflètent 13 ans d’efforts multidisciplinaires.

Le but de cette recherche est de traiter les maladies héréditaires des photorécepteurs, qui sont des causes très répandues de cécité. Les photorécepteurs sont des cellules de détection de la lumière dans la rétine qui utilisent des protéines appelées opsines pour fournir des informations visuelles au cerveau via le nerf optique. Les photorécepteurs dégénèrent progressivement entraînant l’apparition de la cécité.

Afin de restaurer la sensibilité à la lumière, l’équipe de recherche a tiré parti des méthodes de thérapie génique pour exprimer des channelrhodopsines dans les cellules ganglionnaires de la rétine. Pour cette étude, elle a introduit le gène codant pour une channelrhodopsine appelée ChrimsonR. Cette opsine détecte la lumière ambrée, plus sûre pour les cellules rétiniennes que la lumière bleue utilisée pour d’autres types de recherche optogénétique. En complément, des lunettes dédiées équipées d’une caméra ont été conçues par les chercheurs. Elles permettent de produire des images visuelles projetées en images de couleur ambre sur la rétine.

Le patient ayant participé à cette étude clinique avait reçu un diagnostic de rétinopathie pigmentaire à un stade tellement avancé qu’il ne pouvait plus que percevoir la présence de lumière. Près de cinq mois après avoir reçu l’injection de ChrimsonR, laissant ainsi le temps à son expression de se stabiliser dans les cellules ganglionnaires, les tests avec les lunettes ont pu débuter. Sept mois plus tard, le patient a commencé à rapporter des signes d’amélioration visuelle. Les résultats des tests montrent qu’avec l’aide des lunettes, il peut désormais localiser, compter et toucher des objets.

« Les personnes aveugles atteintes de différents types de maladies neurodégénératives des photorécepteurs et d’un nerf optique fonctionnel seront potentiellement éligibles pour le traitement, mais il faudra du temps avant que cette thérapie puisse être proposée. La société GenSight Biologics compte lancer prochainement un essai de phase 3 pour confirmer l’efficacité de cette approche thérapeutique », conclut le Pr José-Alain Sahel.

Le déroulement des tests

Le premier test consistait à percevoir, localiser et toucher un grand cahier ou une petite boîte d’agrafes. Le patient a touché le cahier pendant 36 des 39 tests distincts (en d’autres termes, 92% des cas), mais ne put saisir la boite d’agrafes que dans 36 % des tests.  Dans un second test, il était question de compter des gobelets sur une table. Le patient a réussi 63 % du temps.

Enfin, pour le troisième test, l’activité cérébrale du patient a été mesurée avec un casque d’électrodes d’électroencéphalographie (EEG). Un gobelet était alternativement posé ou enlevé de la table ; le sujet devait appuyer sur un bouton indiquant s’il était présent ou absent. Les lectures d’EEG ont montré que les changements corrélés de l’activité au cours de ces tests étaient concentrés dans le cortex visuel.

En parallèle, un logiciel de décodage a été installé pour interpréter les enregistrements d’EEG. En analysant l’activité neuronale, le décodeur pouvait dire avec une précision de 78 % si le gobelet était présent ou non dans un essai. « Cette dernière évaluation, pointe le Pr Roska, a permis de confirmer que l’activité cérébrale est bien liée à la présence d’un objet, et donc que la rétine n’est plus aveugle. »

De nombreuses études scientifiques ont montré l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé.

Pollution atmosphérique en Île-de-France

Si les émissions de PM10 ont diminué en région parisienne ces dernières années, Paris présente toujours les concentrations de PM10 les plus élevées parmi les villes de l’Union Européenne © Louis Paulin – Unsplash 

De nombreuses études scientifiques ont montré l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé. En Île-de-France, des procédures d’information et d’alerte contre les pics de pollution ont été mises en place depuis 2007 pour mieux protéger la population contre l’exposition à des concentrations journalières élevées de polluants atmosphériques. Grâce à des méthodes statistiques dites quasi-expérimentales, des chercheurs de l’Inserm et de Sorbonne Université à l’Institut Pierre Louis d’Épidémiologie et de Santé Publique (IPLESP, équipe Nemesis), en collaboration avec l’Université de Californie à San Diego, ont évalué l’efficacité de ces mesures prises en région parisienne d’un point de vue de santé publique, c’est-à-dire leurs effets préventifs sur la mortalité de la population générale et plus spécifiquement sur les plus de 75 ans. Les résultats de l’étude font l’objet d’une publication dans la revue Environment International.

La pollution de l’air peut avoir divers effets à court et à long terme sur la santé. D’une part, une exposition à la pollution constante, sur plusieurs années, accroît le risque de maladies chroniques (cancer du poumon, par exemple). D’autre part, une exposition aiguë, à des concentrations journalières élevées de polluants atmosphériques, peut aggraver les symptômes de maladies respiratoires ou déclencher un infarctus du myocarde.

Une politique d’alertes, associée à des mesures d’urgence telles que la limitation du trafic automobile (par exemple, l’abaissement des limites de vitesse autorisées en circulation) a été mise en place à Paris comme dans plusieurs autres grandes villes dans le monde pour protéger les populations les jours où l’exposition aux polluants atmosphériques est particulièrement importante. Pour cela, des épisodes ou « pics » de pollution de l’air sont identifiés lorsqu’est dépassé, ou risque d’être dépassé, le seuil d’information et de recommandation ou le seuil d’alerte définis par la réglementation nationale pour les quatre polluants atmosphériques suivants : particules de taille inférieure à 10 micromètres (PM10), ozone (O3), dioxyde d’azote (NO2) et dioxyde de soufre (SO2).

Pour la première fois depuis 2007, année de la mise en place des procédures d’alerte contre les pics de pollution dû aux particules PM10 en Île-de-France, une équipe de chercheurs de l’Inserm et de Sorbonne Université à l’Institut Pierre Louis d’Épidémiologie et de Santé Publique (IPLESP) a mesuré leurs effets sur la mortalité de la population générale et plus spécifiquement des adultes âgés de plus de 75 ans. Les chercheurs se sont intéressés plus particulièrement aux polluants atmosphériques PM10 et aux impacts des mesures d’urgences actionnées pendant les pics de pollution sur la santé des franciliens.

« Si les émissions de PM10 ont diminué en région parisienne ces dernières années, Paris présente toujours les concentrations de PM10 les plus élevées parmi les villes de l’Union Européenne et 60 000 de ses habitants sont régulièrement exposés à des concentrations de PM10 supérieures aux seuils réglementaires de l’UE », souligne Anna Alari, chercheuse Inserm et auteure de l’étude.

Une méthodologie quasi-expérimentale à partir de données de la période 2000-2015

Les résultats de la recherche sont basés sur l’étude de données collectées entre les années 2000 et 2015, fournies par AirParif (l’observatoire de la qualité de l’air en Île de France), ainsi que par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC) de l’Inserm. Sur cette période, les chercheurs ont identifié deux dates clés : l’année 2007 qui correspond à la mise en place d’un premier seuil d’information de pics de pollution impliquant des interventions, lorsque la présence de PM10 dépasse 80 µg/m3 dans l’air ; l’année 2011, lorsque ce seuil a été corrigé et abaissé à 50 µg/m3.

L’analyse a ainsi porté sur la comparaison des données collectées sur trois phases distinctes :

  • la période de pré-intervention, alors qu’aucune mesure de lutte contre les pics de pollution n’avait été encore prise (période allant du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2007) ;
  • la première période d’intervention avec les valeurs seuils initiales en vigueur (période allant du 1er janvier 2008 au 29 novembre 2011) ;
  • et la dernière période d’intervention caractérisée par des valeurs seuils révisées (période allant du 30 novembre 2011 au 31 décembre 2015).

Des effets sur la mortalité cardiovasculaire

Les résultats de l’étude n’ont pas démontré un effet des procédures d’information et d’alerte contre les pics de pollution sur la mortalité telles qu’implémentées sous leur première forme en 2007 avec des seuils d’information relativement élevés. En revanche, les chercheurs ont identifié un bénéfice sur la mortalité cardiovasculaire suite à l’application de seuils plus stricts mis en place à la fin de l’année 2011, avec une réduction allant de 7% à 25% de la mortalité journalière dans la population générale (cela correspond à une estimation de 386 décès évités grâce à ces mesures sur la période allant de 2011 à 2015) et une réduction allant de 9% à 28% de la mortalité journalière pour les adultes plus âgés (348 décès évités estimés). L’étude n’a pas mis en évidence d’effet sur la mortalité respiratoire.

L’utilisation de méthodes dites « quasi-expérimentales » a permis d’inférer des relations de nature causale (et non des corrélations) entre la mise en place des interventions et les effets observés sur la santé de la population.

Au total, les résultats suggèrent que ce type de politique basé sur un seuil et concernant uniquement des épisodes d’exposition aigus n’a pas d’effet sur la mortalité lorsque les seuils réglementaires sont fixés à des niveaux excessivement élevés, comme c’était le cas en 2007. Avec des seuils plus bas, comme à partir de 2011, des effets protecteurs sur la mortalité peuvent néanmoins être constatés.

« La mise en place de politiques publiques axées sur des changements structuraux (piétonisation de certaines zones urbaines, renforcement du réseau de transports en commun pour limiter les déplacements automobile), ou visant à réduire les émissions liées aux industries sont des mesures qui pourraient s’avérer particulièrement bénéfiques, avec un impact potentiellement plus fort que des actions de court terme comme la restriction du trafic automobile par exemple », conclut Anna Alari.

En France, un arrêté interministériel définit la procédure d’information et d’alerte en cas d’épisode de pollution et organise les mesures d’urgence visant à informer les populations et réduire et/ou limiter l’émission des polluants dans l’atmosphère afin de limiter les effets sur la santé. Une mise à jour plus stricte de cet arrêté a été effectuée en avril 2016 (mis à jour le 26 août 2016), avec un renforcement des mesures concernant la circulation différentiée, et en 2019, avec une application automatique de la circulation différentiée et la mise en place du stationnement résidentiel gratuit lors des épisodes de pollution[1].

 

[1] Les mesures actualisées prises en cas de pics de pollution en Île-de-France se trouvent sur le site de la ville de Paris

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