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Les enfants de la cohorte Elfe ont 3 ans et demi : première rencontre avec l’enfant, premiers résultats

À l’occasion des 3 ans et demi des enfants Elfe1, une nouvelle enquête est lancée ce 21 octobre, pour approfondir le recueil d’informations sur la petite enfance, par téléphone mais également au domicile des familles pour la première fois. La réussite de cette nouvelle étape résulte de l’investissement de toutes les familles convaincues de l’intérêt de cette recherche, qui va se poursuivre jusqu’aux 20 ans de leur enfant. Pilotée par l’Ined, l’Inserm et en partenariat avec l’EFS, cette étude nécessite de nombreuses étapes depuis la collecte des données jusqu’à la publication des résultats par les chercheurs. Certains viennent de paraître, dans les trois domaines de la santé, de l’environnement et des sciences sociales.



Éclairage sur les premiers résultats de l’étude Elfe, par Marie-Aline Charles,
Directrice de recherche Inserm au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP),
Directrice de l’étude Elfe (unité mixte Ined-Inserm-EFS)

Dans le domaine de la santé, l’enquête a permis d’apprendre que 70 % de mères allaitent à la maternité, un chiffre en forte progression depuis les années 19702:

Bien que les préparations pour nourrissons représentent aujourd’hui une alternative tout à fait acceptable pour les mères ne souhaitant ou ne pouvant pas allaiter, de nombreuses recherches scientifiques concluent à un effet positif de l’allaitement sur la santé de la mère et de l’enfant. Les résultats de cette étude Elfe confirment la tendance à l’augmentation de l’initiation de l’allaitement maternel en maternité, documentée depuis plusieurs années, en parallèle des nombreuses actions de santé publique qui ont été initiées pour promouvoir l’allaitement maternel.

À la maternité, 59 % des mères allaitent exclusivement et 11 % donnent un biberon en plus du lait maternel. Les mères qui allaitent plus fréquemment sont plus âgées, de corpulence normale et appartiennent à une catégorie socioprofessionnelle supérieure. Les mamans nées à l’étranger allaitent plus souvent, de même que les mères qui ont suivi des séances de préparation à la naissance et qui ne fument pas pendant leur grossesse. Il apparaît aussi que l’allaitement est plus fréquent lorsque les pères sont impliqués, présents à la naissance et que les couples sont mariés.

Pour poursuivre les efforts en matière de promotion de l’allaitement, les chercheurs proposent donc d’impliquer davantage les pères tout en permettant à plus de femmes d’assister aux séances de préparation à l’accouchement (par exemple, 70 % des ouvrières n’y ont pas assisté en 2011, contre 27 % des cadres).

Pour en savoir plus: BEH n°27 du 07 octobre 2014, Prévalence de l’allaitement à la maternité selon les caractéristiques des parents et les conditions de l’accouchement. Résultats de l’enquête Elfe maternité, France métropolitaine, 2011, par Claire Kersuzan et coll., Institut national de la recherche agronomique (Inra)

Dans le domaine de la santé-environnement, les premiers résultats sur la contamination des logements par des micro-organismes vont être publiés3

Grâce aux 3 000 capteurs à poussières qui ont été déposés dans les chambres des enfants au cours des 2 premiers mois de leur vie, les micro-organismes recueillis (acariens, moisissures) ont été analysés afin d’évaluer leur influence sur la santé ultérieure, notamment respiratoire. Six profils différents de contamination des logements ont été identifiés, dont deux sont assez fréquents dans l’Ouest de la France (l’un étant riche en acariens et bactéries, l’autre en acariens, bactéries et moisissures). Un plus fort taux d’humidité et des températures plus favorables au développement de ces micro-organismes pourraient expliquer ces résultats. La répartition géographique de ces profils se superpose avec celle issue d’une étude récente menée dans les crèches sur la fréquence de l’asthme des jeunes enfants4. Les données de suivi des enfants Elfe vont permettre de confirmer ou non l’existence d’une relation entre ces profils de contamination et la santé respiratoire des enfants. L’objectif, dans le cadre de l’étude Elfe, est d’observer plus attentivement les maladies respiratoires dans ces régions en corrélation avec la qualité du logement, la ventilation, l’isolation…

Dans le domaine des sciences sociales, les prochaines publications renseigneront sur la façon dont les parents se préparent à la naissance d’un enfant et en particulier sur leur désir de connaître son sexe5

Les résultats d’Elfe montrent que près de 9 futurs parents sur 10 souhaitent connaître le sexe de leur enfant avant sa naissance. Pour leur premier enfant, 60 % des parents n’expriment pas de préférence. Lorsqu’ils en ont une, elle est équilibrée chez les mères (20 % pour une fille et 20 % pour un garçon) alors que les pères privilégient davantage les garçons (25 % préfèrent un garçon et 14 % une fille). Lorsqu’il s’agit du deuxième enfant, la proportion de parents qui n’ont pas de préférence diminue légèrement. Et quand elle est exprimée, elle est très dépendante du sexe de l’aîné, les parents souhaitant souvent des fratries mixtes. Un objectif de ce projet de recherche est de mesurer si cette préférence influence le début de la parentalité…


Une nouvelle enquête aux 3 ans ½ de l’enfant, au moment de l’entrée à l’école maternelle

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2 contacts sont prévus lors de cette étape importante de la vie des jeunes enfants :

  • Une interview téléphonique auprès de l’un des parents portera notamment sur l’actualisation des informations concernant l’environnement de l’enfant (familial, social, économique, culturel, alimentaire, etc.), les pratiques éducatives des parents, le développement psychomoteur de l’enfant et les évènements de santé… De nouveaux thèmes dont l’entrée à l’école maternelle seront également abordés.
  • Une visite à domicile chez environ 10 000 familles permettra un contact direct avec l’enfant. La réalisation d’un dessin, quelques jeux visuels et d’association d’images renseigneront les chercheurs sur le développement cognitif et les apprentissages de l’enfant.

Vidéo ELFE enquêteur

Vidéo – La visite de l’enquêteur à domicile

Pour les familles qui ont déjà participé au volet biologique en maternité, de nouveaux recueils non invasifs, comme les urines de l’enfant, sont prévus. Une collecte de poussières sera également réalisée dans quelques foyers afin de mesurer différentes substances présentes dans l’environnement des enfants. Enfin, des familles volontaires pourront faire porter à leur enfant un « compteur de mouvements », ou accéléromètre, pour mesurer son activité physique et la qualité de son sommeil.

L’évolution de cette étude sans précédent, qui compte 1 enfant sur 50 parmi les naissances de 2011 en France, repose sur l’implication des familles qui, dès la maternité, ont accepté le principe d’un entretien initial puis d’un suivi régulier. Les familles de l’étude Elfe sont des acteurs essentiels de la recherche, mobilisées sur… 20 ans.

À propos de l’étude Elfe
L’étude Elfe mobilise un grand nombre de chercheurs français appartenant à diverses disciplines scientifiques. Pilotée par l’Institut national d’études démographiques (Ined), l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), en partenariat avec l’Établissement Français du Sang (EFS), l’étude Elfe est soutenue par les ministères chargés de la Recherche, du Développement durable, des Affaires sociales et de la Santé, et par des institutions publiques : Institut de Veille Sanitaire (InVS), Caisse nationale des Allocations familiales (Cnaf) et Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). L’étude Elfe bénéficie d’une aide de l’Etat gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme « Investissements d’avenir » portant la référence ANR-11-EQPX-0038.

1 Elfe est la première étude longitudinale française consacrée au suivi des enfants, de la naissance à l’âge adulte. Elle aborde les multiples aspects de la vie de l’enfant sous l’angle des sciences sociales, de la santé et de la santé-environnement, pour mieux comprendre leurs interactions. Au cours de 4 périodes d’inclusion en 2011, plus de 18 000 familles ont accepté de rejoindre l’aventure Elfe en France métropolitaine.
2 BEH n°27 du 07 octobre 2014, Prévalence de l’allaitement à la maternité selon les caractéristiques des parents et les conditions de l’accouchement. Résultats de l’enquête Elfe maternité, France métropolitaine, 2011, par Claire Kersuzan et coll., Institut national de la recherche agronomique (Inra)
3 Steffi Rocchi, Gabriel Reboux et coll., Université de Franche Comté, UMR 6249 Chrono-environnement, publication à paraître dans Sciences of total Environment sous le titre : Microbiological characterization of 3193 French dwellings of Elfe cohort children.
4 Etude menée auprès de 20 000 enfants en crèche, qui présentaient des sifflements et de l’asthme : Delmas MC, Prévalence et contrôle de l’asthme chez le jeune enfant, Revue des maladies respiratoires, 2012.
5 XVIIIe colloque international de l’Aidelf, Université de Bari, 26-30 mai 2014, Olivia SAMUEL et coll., Université Versailles St Quentin, Printemps/Ined-IPOPs

Benzodiazépine et Alzheimer : le risque augmente avec la durée de l’exposition

Les chercheurs de l’Unité Inserm 657 « Pharmaco épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de sante sur les populations » rendent compte de nouveaux résultats concernant l’association entre les benzodiazépines et la démence. Dans une étude publiée dans le British Medical Journal (BMJ), ils confirment que l’utilisation de benzodiazépines pendant trois mois ou plus était associée à un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer après 65 ans. L’étude cas-témoins révèle que la force de l’association augmente avec la durée de l’exposition. C’est pourquoi les chercheurs recommandent de contrôler la bonne utilisation de ces molécules en limitant les prises aux périodes pour lesquelles elles sont recommandées.

Les benzodiazépines sont prescrites par les médecins dans le cadre de symptômes anxieux et de troubles du sommeil pour une durée recommandée de quelques semaines. En 2012, une étude de l’Unité Inserm 657 « Pharmaco épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de sante sur les populations » avait montré, sur une cohorte française, que les sujets consommant des benzodiazépines présentaient environ 50% plus de risque de développer une démence comparés à ceux qui n’en ont jamais consommé. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs se sont attachés à confirmer l’association dans une nouvelle cohorte en étudiant en particulier la potentielle relation dose-effet.

Les chercheurs ont étudié la base de données de la Régie d’Assurance Maladie du Québec (RAMQ) pour analyser le développement de la maladie d’Alzheimer chez un échantillon de patients âgés de plus de 66 ans résidant au Québec (Canada) et ayant eu une prescription de benzodiazépines. 1 796 cas de maladie d’Alzheimer ont été identifiés sur une période d’au moins 6 ans. Pour réaliser l’étude cas-témoins, ils ont ensuite comparé chacun de ces cas avec 7 184 personnes en bonne santé dont l’âge, le sexe et la durée de suivi correspondaient.

Les résultats montrent que l’utilisation de benzodiazépines pendant trois mois ou plus était associée à un risque accru (jusqu’à 51 %) de développer ultérieurement la maladie d’Alzheimer. 

« La force de l’association augmente avec la durée de l’exposition et avec l’utilisation de benzodiazépines à longue durée d’action, par opposition aux benzodiazépines à courte durée d’action » explique Sophie Billioti de Gage, chercheur à l’Inserm.

En conclusion, les chercheurs rappellent que même si le lien de cause à effet n’est pas prouvé, l’association plus forte observée avec des expositions à long terme « renforce la suspicion d’un lien direct possible, même si l’usage des benzodiazépines peut également être un marqueur précoce d’un état associé à un risque accru de démence. »

Le recours aux benzodiazépines est fréquent et préférentiellement chronique au sein de la population âgée. Pourtant les benzodiazépines sont des molécules utiles pour la prise en charge des troubles anxieux et de l’insomnie transitoires. Les auteurs incitent donc à la sensibilisation et au respect des bonnes pratiques associées à leur utilisation telles que des prescriptions justifiées et de courte durée.

« Cela permettrait de veiller à limiter l’utilisation de ces molécules à quelques semaines, une durée pour laquelle les chercheurs n’ont pas observé d’effets délétères sur le risque de démence ultérieur » souligne Sophie Billioti de Gage.

L’exposition des femmes enceintes à certains phénols pourrait perturber la croissance des garçons durant la période fœtale et les premières années de vie

Un consortium de recherche associant des équipes Inserm, les Centres Hospitalo-Universitaires de Nancy et Poitiers, le Center for Disease Controls and Prevention (CDC, Atlanta, USA), et coordonné par l’équipe d’épidémiologie environnementale de l’Inserm et de l’Université de Grenoble (Unité 823), vient de publier une étude épidémiologique montrant que l’exposition pendant la grossesse à certains phénols, notamment les parabènes et le triclosan, pourrait perturber la croissance des petits garçons durant la vie fœtale et les premières années de vie. Le bisphénol A n’était pas associé à une modification nette de la croissance. Ces résultats sont parus dans la revue Epidemiology datée de ce mois de septembre 2014.

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Les femmes enceintes sont exposées à plusieurs composés très largement produits et présents dans notre environnement. C’est le cas des parabènes (utilisés comme conservateurs dans les cosmétiques et produits de soin), le triclosan (un pesticide antibactérien retrouvé dans certains dentifrices et savons), la benzophénone-3( utilisée dans les produits de protection solaire comme filtre anti ultra-violet), les dichlorophénols (dont les précurseurs entrent dans la composition de désodorisants d’intérieur) ainsi que le bisphénol A (utilisé, entre autres, pour la fabrication de plastiques de type polycarbonate (bouteilles plastiques, CD…) et des résines époxy (revêtement intérieur des boîtes de conserve, amalgames dentaires)[1].Ces composés appartiennent à la famille des phénols et sont des perturbateurs endocriniens.

Des études expérimentales in vitro et chez l’animal ont mis en évidence que ces composés interagissent avec des systèmes hormonaux impliqués dans la croissance et le gain de poids.

L’étude s’est appuyée sur 520 petits garçons de la cohorte mère-enfant EDEN

 mise en place par l’Inserm et soutenue, pour ce projet précis, par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Les femmes enceintes participant à cette cohorte ont été recrutées entre 2003 et 2006 dans les Centres Hospitalo-Universitaires de Nancy et Poitiers, avant la mise en place de la réglementation actuelle sur le bisphénol A. La croissance de leur enfant a été évaluée à l’aide des échographies pendant la grossesse ainsi que des mesures de poids et de tailles réalisées depuis la naissance jusqu’aux 3 ans de l’enfant. Un échantillon d’urine prélevé durant la grossesse a permis le dosage de biomarqueurs d’exposition aux phénols dans le Laboratoire de Santé Environnementale des CDC d’Atlanta en charge des campagnes de biosurveillance américaines.

Les résultats obtenus par Rémy Slama, Claire Philippat et leurs collègues montrent que plus de 95% des femmes enceintes étaient exposées à ces substances et que l’exposition maternelle à certains phénols pourrait perturber la croissance des petits garçons. En particulier, les chercheurs relèvent que les niveaux de triclosan étaient négativement associés aux paramètres de croissance mesurés à l’examen échographique du troisième trimestre de la grossesse et que les parabènes étaient associés à une augmentation du poids à la naissance et à trois ans.

 On sait qu’une croissance accélérée dans les premières années de vie peut augmenter le risque d’obésité plus tard durant l’enfance. L’étude n’a pas identifié d’association claire entre les concentrations urinaires des autres phénols et la croissance pré- et post-natale des garçons. Le BPA, du fait de sa très grande variabilité dans les urines, n’a pas été quantifié avec précision dans cette étude reposant sur un unique prélèvement urinaire par femme.

Pour les chercheurs, « il s’agit de la première étude concernant ces contaminants environnementaux, qui s’appuie sur des données de croissance recueillies durant la grossesse, à la naissance et jusqu’à trois ans. Les études précédentes se concentraient sur une seule de ces périodes et étaient en général restreintes à l’étude du bisphénol A, sans inclure les autres phénols ».

Les équipes de recherche vont maintenant s’attacher à répliquer ces résultats au sein d’une nouvelle cohorte couple-enfant (la cohorte SEPAGES) pour laquelle de nombreux échantillons d’urine par participante (mère et nouveau-né) sont recueillis durant la grossesse et les premières années de vie de l’enfant. Cette approche permettra de limiter les erreurs de mesure de l’exposition et d’identifier de potentielles périodes de plus grande influence des phénols sur la croissance des enfants durant leur enfance. Les petites filles, dont la sensibilité aux phénols pourrait différer de celle des garçons, seront aussi considérées dans cette nouvelle cohorte couple-enfants.


[1] L’utilisation du bisphenol A dans les conditionnements à usage alimentaire pour les nourrissons et enfants en bas âge, a été interdite en 2013. Cette interdiction devrait s’appliquer à tous les conditionnements à usage alimentaire au 1er janvier 2015.

Après un accident, quels sont les risques de syndrome de stress post-traumatique?

Plusieurs mois après un accident, de nombreux patients souffrent encore de symptômes (maux de tête, douleurs) qui peuvent constituer un véritable handicap. L’équipe d’Emmanuel Lagarde, directeur de recherche Inserm au centre de recherche « épidémiologie et biostatistique » (Inserm/université de Bordeaux) a étudié le devenir de 1300 personnes admises aux urgences entre 2007 et 2009 pour un traumatisme. Les chercheurs montrent qu’il est possible de détecter les personnes qui développeront un syndrome de stress post-traumatique, survenant généralement lorsque la vie de l’individu a été mise danger. Cela permettra d’adapter leur prise en charge. Leurs travaux révèlent également que le syndrome post-commotionnel, défini à tort comme la conséquence des traumatismes crâniens, ne serait qu’une partie de ce syndrome de stress post-traumatique.

Les résultats de l’étude sont publiés dans la revue JAMA Psychiatry.

Chaque année, un Français sur dix se rend aux urgences avec un traumatisme à la suite d’un accident. L’immense majorité des victimes n’ont que des blessures légères et quittent l’hôpital rapidement. Cependant, une partie d’entre elles souffre bien après que les blessures directes sont guéries : maux de tête, peurs incontrôlables ou encore douleurs diverses, troubles de la vision, de l’équilibre ou irritabilité. Lorsque des symptômes surviennent conjointement dans un même contexte, ils constituent ce que l’on appelle un syndrome.

À la suite d’un traumatisme, deux syndromes sont décrits : le syndrome post-commotionnel (SPC), qui survient après un traumatisme crânien léger, et le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), rencontré chez les personnes exposées à une situation stressante au cours de laquelle leur vie, ou celle d’une autre personne, est mise en danger. Le syndrome de stress post-traumatique a d’abord été décrit chez les militaires qui, après une exposition aux combats ou à une explosion, se plaignent de cauchemars, ou de pensées obsédantes, dont ils ne parviennent pas à se défaire. Les deux syndromes sont décrits depuis plusieurs années dans les éditions successives du « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux » (DSM) de l’association américaine de psychiatrie, qui fait aujourd’hui référence dans le domaine du diagnostic en santé mentale.

Dans cette étude, 1 300 personnes admises aux urgences du centre hospitalier de Bordeaux entre 2007 et 2009 ont été contactées 3 mois après leur accident. Plus de 500 souffraient d’un traumatisme crânien léger lors de leur admission à l’hôpital, les autres de blessures diverses, toutes avec une gravité légère ou modérée. Les chercheurs ont mesuré la survenue de 36 symptômes qui entrent dans les définitions du SPC ou du SSPT.

« Le syndrome post-commotionnel (SPC) ne mérite pas son nom puisque, d’une part, les symptômes qui le composent ne sont pas spécifiques au traumatisme crânien et que, d’autre part, ils ne surviennent pas de manière concomitante. Il semble que le SPC ne soit en réalité qu’une partie du syndrome de stress post-traumatique. »

explique Emmanuel Lagarde, directeur de recherche à l’Inserm.

Le syndrome de stress post-traumatique en population générale

Les résultats obtenus permettent également de mieux comprendre le syndrome de stress post-traumatique, encore mal décrits dans le domaine non militaire. En population générale, ce syndrome survient chez 2 % des personnes blessées, mais ce chiffre passe à 9 % lorsque le traumatisme est crânien. Par ailleurs, il est plus fréquent chez les femmes et chez les personnes ayant eu un accident de la route ou subi une agression. L’apparition du SSPT est aussi influencée par l’état de santé physique et mental de la victime avant l’accident. Toutes ces informations peuvent permettre au médecin de déterminer si une prise en charge précoce doit être mise en œuvre.

Cette étude bouleverse la classification des plaintes post-traumatiques car elle remet également en question l’existence même du syndrome post-commotionnel. Celui-ci ne serait qu’une partie du syndrome de stress post-traumatique. Mais ces résultats ne remettent pas en question la réalité de la souffrance d’un nombre important de personnes touchées par ces syndromes, pour lesquelles les symptômes persistent et ont un impact conséquent sur leur qualité de vie.

« C’est pourquoi il importe de mieux décrire ces syndromes et leur origine d’autant que leur identification a aussi des conséquences importantes en matière d’assurance, de compensation, mais aussi de politiques de prise en charge et de réinsertion des patients »,

souligne Emmanuel Lagarde, le principal auteur de ces travaux.

100 000 femmes porteuses d’implants mammaires suivies pendant 10 ans

En 2013 en France, on estimait à 346 000 le nombre de femmes porteuses d’implants mammaires. On évalue à environ 30 000 celles qui ont porté une prothèse fabriquée par la société PIP (dont une partie a été retirée depuis). Au-delà du caractère défectueux de ces prothèses mammaires, seule une vaste étude épidémiologique permettrait de documenter leurs effets indésirables potentiels. A la demande de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), un groupe de chercheurs de l’Inserm dirigé par Florent de Vathaire au sein de l’Unité Inserm 1018 « Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations » basé à Gustave Roussy lance une étude baptisée LUCIE. Cette enquête qui se déroulera sur 10 ans a pour objectif de suivre près de 100 000 femmes portant ou ayant porté des implants mammaires de toutes marques. Les résultats permettront ainsi de conclure quant à la potentielle survenue d’effets indésirables à moyen et long terme chez les femmes porteuses de prothèses PIP.

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En 2013, l’ANSM a estimé à 346 000 le nombre de femmes porteuses d’implants mammaires en silicone en France (que ce soit pour des raisons esthétiques ou médicales) dont 30 000 de marque PIP. Au cours des explantations réalisées de 2001 à 2013, une prothèse PIP explantée sur quatre a été considérée comme défectueuse.

Des incertitudes subsistent quant aux effets à long terme de ces prothèses.


Pour étudier les risques potentiels que présentent ces prothèses pour la santé des femmes porteuses, l’Inserm, soutenu par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), lance la cohorte épidémiologique nationale LUCIE réalisée auprès des femmes porteuses ou ayant porté des implants mammaires et opérées en France. L’équipe Inserm dirigée par Florent de Vathaire au sein de l’Unité 1018 « Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations » pilotera cette étude.

La mise en place de cette cohorte vise à évaluer et décrire l’incidence des effets indésirables liés au port d’implants mammaires en gel de silicone du fabricant PIP. Les données recueillies vont permettre de connaitre l’état de santé des femmes ayant porté des implants mammaires en gel de silicone et d’étudier s’il existe un lien éventuel entre les événements de santé déclarés (cancer du sein ou autres événements indésirables comme des réactions allergiques cutanées ou des ruptures de prothèses) et le port des prothèses mammaires PIP.

L’objectif est d’inclure environ 100 000 femmes ayant subi une opération d’implant mammaire, dont 30000 portant ou ayant porté un implant PIP (les autres prothèses provenant d’autres fabricants).


Pour atteindre cet objectif le recrutement dans cette cohorte se fera de deux façons :

1) grâce au transfert de fichiers aux chercheurs de l’Inserm, en provenance des hôpitaux et cliniques ayant implanté ou explanté un implant mammaire, quel qu’en soit le fabricant, depuis 2001.
2) par l’enregistrement volontaire des femmes, après signature en ligne d’un consentement, sur un site « actif », sur lequel elles seront amenées à remplir un questionnaire en ligne.

Les personnes ayant donné leur accord de participation seront contactées par mail, tous les deux à cinq ans pour répondre à un nouveau questionnaire en ligne (principaux évènements de santé survenus depuis le dernier contact, habitudes de vie…). Le suivi des femmes est prévu pour un minimum de dix ans.

Ensemble, l’Inserm et l’ANSM se mobilisent pour améliorer la connaissance scientifique sur les problématiques associées aux prothèses mammaires et permettre ainsi de veiller à la sécurité d’emploi de ces produits.

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Pour faciliter le recrutement et la fidélisation des participantes, les chercheurs de l’Inserm ont mis en place un dispositif de promotion de l’étude :
alarecherchedelucie.fr

– Un site internet pour informer le public du déroulement de l’étude et diffuser ses résultats. Pour les participantes, ce site renverra au questionnaire médical en ligne


– La mise en place d’une campagne sur les médias sociaux (Twitter,Facebook,LinkedIn)
Compte twitter @EtudeLucie
Page Facebook
Sur LinkedIn

Toute personne porteuse ou ayant porté des prothèses mammaires peut participer à cette étude même si elle n’a pas eu de problèmes de santé. Ceci est important pour que l’étude soit représentative des personnes porteuses de prothèses mammaires en gel de silicone  et permette de répondre aux questions posées sur les prothèses mammaires.Les femmes souhaitant des informations complémentaires, peuvent écrire à ten.eicul-etrohoc@tcatnoc  ou contacter le numéro suivant à partir du 15 juillet :

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Cancer : la vie deux ans après le diagnostic

L’Institut national du cancer (INCa) et l’Inserm présentent, lors d’un colloque de restitution le 10 juin, les résultats d’une enquête de grande envergure interrogeant 4349 personnes atteintes d’un cancer deux ans après le diagnostic. Appelée VICAN2 pour « Vie après le Cancer à deux ans du diagnostic », cette enquête menée en 2012 constitue l’unique travail national qui rend compte des conditions de vie des personnes atteintes de cancer.Fotolia_37438608_XS

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Contexte de l’enquête « Cancer : la vie deux ans après le diagnostic »

L’incidence des cancers est en augmentation depuis plusieurs décennies, mais les progrès thérapeutiques ont significativement contribué à réduire la mortalité liée à cette maladie. Si le pronostic demeure mauvais pour certaines localisations, les perspectives de guérison et de survie à long terme évoluent favorablement en France pour nombre de cancers. Ce sont ainsi aujourd’hui 3 millions de personnes qui en France sont ou ont été concernées par un cancer. Le cancer reste une épreuve difficile au plan physique et psychologique. Les personnes doivent plusieurs années après leur diagnostic, composer avec le risque de rechute, les effets secondaires de la maladie et de ses traitements, mais aussi la reprise de leur vie quotidienne.

C’est pour mieux connaître et comprendre les difficultés de ce quotidien que l’Institut national du cancer (INCa) a souhaité renouveler l’enquête, réalisée une première fois en 2004 sous l’égide de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, sur la vie des personnes deux ans après leur diagnostic de cancer. L’Institut national du cancer en a confié la réalisation à l’unité Inserm 912 SESSTIM[1] de l’Inserm. Ce travail a été mené grâce à un partenariat avec la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts), la Mutualité sociale agricole (MSA) et le Régime social des indépendants (RSI).

Principaux résultats de l’enquête « Cancer : la vie deux ans après le diagnostic »

L’enquête VICAN2 aborde les différentes facettes de la vie des personnes atteintes d’un cancer depuis la prise en charge de leur maladie et leur relation avec le système de soins, jusqu’à l’état de santé deux ans après le diagnostic, l’impact de la maladie sur les ressources et l’emploi, les difficultés rencontrées dans la vie quotidienne et sociale. Elle souligne :

Le poids des inégalités

Les résultats de cette enquête illustrent l’ampleur de l’impact du cancer sur l’existence des personnes atteintes, et mettent en évidence le poids des inégalités de santé, tout au long de la trajectoire de la personne. Ces inégalités renvoient parfois aux pertes de chances dont souffrent les plus jeunes ou les plus âgés dans l’accès aux soins mais, elles sont liées surtout à des difficultés socio-économiques, qui pèsent parfois autant, voire plus, que la localisation du cancer, les traitements reçus ou les séquelles perçues. Le cancer apparaît alors comme un facteur d’aggravation des inégalités sociales qui lui préexistaient.

Une annonce du diagnostic qui s’est faite majoritairement dans de bonnes conditions

L’enquête explore les circonstances du diagnostic.  Si les conditions de cette annonce ont progressé depuis 2004, elle est jugée encore trop brutale par 18 % des enquêtés. Les personnes les moins diplômées et disposant des plus faibles revenus portent encore plus souvent ce jugement. Les variations les plus nettes sont cependant observées en lien avec l’âge et le sexe des personnes interrogées : ce sont les femmes et les plus jeunes qui jugent le plus souvent brutale l’annonce de leur diagnostic (c’est le cas de 28 % des femmes âgées de 18 à 40 ans).

Des échanges d’informations avec les soignants qui semblent progresser.

La proportion de personnes satisfaites de leur implication dans le choix des traitements,  est en progression.


Par ailleurs, les proportions d’enquêtés estimant que l’information donnée par les soignants était trop importante ou trop compliquée, ou qu’eux-mêmes arrivaient mal à formuler leurs questions, ont toutes notablement baissé dans cette nouvelle enquête par rapport à 2004.

Un impact de la maladie sur la qualité de vie très lié à la localisation de cancer

Les résultats illustrent la dégradation générale de la qualité de vie induite par un cancer : cette dégradation dépend toutefois beaucoup de sa localisation (plus fréquente pour le cancer du poumon, elle est plus rare pour le cancer de la prostate), des traitements reçus et des séquelles perçues.

Au-delà de ces facteurs médicaux, la qualité de vie mesurée dépend aussi des éventuelles situations de précarité sociale (faibles revenus, chômage).

Un impact également très marqué sur la situation professionnelle

Le cancer a un impact sur la situation professionnelle : au moment du diagnostic, huit personnes sur dix avaient un emploi, contre six sur dix, deux ans plus tard.

La perte d’emploi touche davantage les moins diplômés, les plus jeunes et les plus âgés, ceux qui exercent un métier d’exécution (ouvriers, employés), qui ont un contrat de travail précaire ou sont employés dans des PME.

En outre, la gravité du cancer accentue les inégalités : plus le pronostic initial est mauvais, plus l’écart observé entre métiers d’exécution et métiers d’encadrement s’accroît. Ainsi pour un cancer « de bon pronostic », le taux de maintien en emploi deux ans après le diagnostic est de 89 % pour les métiers d’encadrement et de 74 % pour les métiers d’exécution, contre respectivement 48 % et 28 % pour les cancers de mauvais pronostic.

Des discriminations peu fréquentes mais encore présentes

Un enquêté sur dix déclare que, dans son entourage, il lui est déjà arrivé d’être l’objet d’attitudes de rejet ou de discrimination liées directement à sa maladie. Les femmes et les enquêtés les plus jeunes sont les plus enclins à rapporter de telles expériences.

La fréquence des expériences de discrimination atteint 25 % parmi les personnes qui déclarent que leur ménage connaît des difficultés financières (contre 4 % parmi celles qui se disent « à l’aise »). Les inégalités sociales se répercutent ainsi sur les expériences de discrimination de la part de l’entourage.

Ces résultats seront discutés au cours d’un colloque organisé le mardi 10 juin par l’Institut national du cancer associant l’ensemble des parties prenantes et notamment les personnes malades et leurs représentants associatifs. Cette réflexion engagée permettra de nourrir les actions du Plan cancer 2014-2019 qui s’attache notamment à limiter les conséquences sociales et économiques de la maladie, à faciliter la prise en compte du cancer dans le monde du travail, la poursuite de la scolarité et des études et autorise un « droit à l’oubli » dans l’accès à l’emprunt.


[1] Sciences Économiques et Sociales de la Santé et Traitement de l’Information Médicale

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Inégalités sociales de santé en lien avec l’alimentation et l’activité physique

Une expertise collective de l’Inserm

En France, comme dans d’autres pays, il existe de fortes inégalités sociales en santé comme le montrent les différences de morbidité et de mortalité selon la position d’un individu sur l’échelle socioéconomique. Par exemple, à 35 ans, les cadres supérieurs ont une espérance de vie supérieure de 6 ans par rapport aux ouvriers. Les habitudes de vie, comme la consommation d’alcool et de tabac, l’alimentation et l’activité physique sont reconnues comme des déterminants majeurs de la santé. Il existe un gradient social des comportements de santé qui se manifeste dès l’enfance et se prolonge jusqu’à la vieillesse.

L’un des nouveaux axes de la 3ème période du Programme national nutrition-santé (PNNS) (2011-2015) vise à réduire les inégalités sociales de santé en lien avec la nutrition (alimentation et activité physique). Dans ce cadre, la Direction générale de la santé (DGS) a sollicité l’Inserm pour établir un bilan des connaissances scientifiques sur les déterminants de la différenciation sociale dans le champ de la nutrition et sur les différentes stratégies d’interventions qui pourraient être utilisées pour réduire ces inégalités.

Pour répondre à cette demande, l’Inserm a réuni un groupe pluridisciplinaire d’experts en épidémiologie, santé publique, sciences humaines et sociales, économie de la santé, recherche clinique et géographie.

L’analyse par les experts des données issues de la littérature scientifique internationale récente a permis d’évaluer les disparités nutritionnelles selon la position socioéconomique des individus. Les facteurs sociaux, culturels, économiques et environnementaux qui participent à la construction des inégalités sociales de nutrition ont été analysés. Les experts ont également étudié l’impact des interventions et des politiques de prévention en fonction de la position socioéconomique et identifié les stratégies les plus à même de réduire les inégalités sociales dans le domaine de l’alimentation et de l’activité physique.

En conclusion, les experts proposent de concevoir et promouvoir des programmes qui apportent des bénéfices à la fois à l’ensemble de la population mais aussi des actions qui s’adressent aux différents groupes sociaux en fonction des risques et besoins auxquels ils sont confrontés.

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La crise de la pilule en France : vers un nouveau modèle contraceptif ?

Les pilules de 3e et 4e génération ont fait l’objet d’une controverse importante fin 2012 – début 2013 à propos du risque de thrombose veineuse associé à leur utilisation. Quelles en ont été les conséquences sur la contraception en France ? Analysant l’enquête Fecond menée quelques mois après par l’Inserm et l’Ined, Nathalie Bajos, Mylène Rouzaud-Cornabas, Henri Panjo, Aline Bohet et Caroline Moreau ont examiné les évolutions récentes en matière de pratiques contraceptives et la contribution du débat médiatique à ces changements.

moyens contraceptifs

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Le débat médiatique de fin 2012 – début 2013 sur les pilules n’a pas entraîné de désaffection vis-à-vis de la contraception : parmi les femmes concernées – ni stériles, ni enceintes, ayant des rapports hétérosexuels et ne voulant pas d’enfant – seules 3 % n’utilisaient aucun moyen contraceptif en 2013, soit la même proportion qu’en 2010.

Près d’une femme sur cinq déclare toutefois avoir changé de méthode depuis le débat médiatique.

Le recours à la contraception orale a fortement baissé, passant de 50 % en 2010 à 41 % en 2013, une baisse qui concerne uniquement les pilules de 3ème et 4ème générations. Certaines femmes, notamment les plus jeunes, se sont reportées sur les pilules de seconde génération. Tandis que d’autres ont opté pour le stérilet (pour les plus diplômées), le préservatif ou des méthodes dites naturelles – abstinence périodique, retrait – (pour les plus précaires).

Les événements médiatiques et politiques semblent donc avoir contribué à une diversification des pratiques contraceptives mais aussi à une recomposition des inégalités socio-économiques autour de l’accès à la contraception.

Des retraités gardent des troubles cognitifs longtemps après une forte exposition professionnelle aux solvants

L’exposition aux solvants durant la vie professionnelle peut avoir un impact négatif sur les performances cognitives. Mais ces effets s’atténuent-ils lorsque l’exposition a cessé ? Des chercheurs français, notamment de l’Unité Inserm 1061 « Neuropsychiatrie : recherche épidémiologique et clinique », et leurs collègues américains de Harvard, viennent de montrer que les retraités gardaient les traces de leur travail au contact des solvants en cas d’exposition forte. Les résultats sont publiés dans Neurology.

solvants

©Inserm M Depardieu

Les solvants sont fréquemment utilisés dans le milieu professionnel. Ils servent à nettoyer les métaux, diluer les peintures, décaper les vernis, purifier les parfums lors de leur fabrication… Mais une exposition répétée (ou chronique) à ces liquides peut provoquer des cancers et être néfaste pour la fertilité. Elle peut aussi être à l’origine de troubles de la motricité, de dépression et de troubles cognitifs (intellectuels). « Peu d’études ont jusqu’à présent évalué si cet impact sur les troubles cognitifs se prolongeait après la retraite, c’est-à-dire après l’arrêt de l’exposition professionnelle à ces solvants, et très peu d’études ont bien documenté les expositions», indique le Dr Claudine Berr, directeur de recherche dans l’unité Inserm 1061 « Neuropsychiatrie: recherche épidémiologique et clinique » à Montpellier. La chercheuse et ses collègues français et américains se sont donc penchés sur la question à travers la cohorte Gazel (20.000 salariés d’EDF-GDF suivis depuis 25 ans et dont les étapes de la vie professionnelle sont bien répertoriées). Leur étude publiée dans Neurology a porté sur 2.143 hommes âgés de plus de 55 ans, retraités en moyenne depuis 10 ans. Au total, 33% des participants avaient été exposés durant leur vie professionnelle à des solvants chlorés, 26% au benzène et 25% à des solvants pétroliers. Ces retraités ont fait l’objet d’une batterie de 8 tests cognitifs. Ils devaient par exemple citer en une minute le maximum de noms d’animaux ou de mots commençant par la lettre P.

Les chercheurs ont montré qu’une exposition élevée aux solvants était associée à de moins bonnes performances cognitives. Ainsi, rien que pour les doses élevées de solvants chlorés, les retraités avaient un risque supérieur de 20% à 50% de moins bonnes performances cognitives.

Cela montre que « ces salariés gardent les traces de leur exposition au travail, même s’ils sont à la retraite et même si cette exposition n’est plus présente depuis longtemps», conclut le Dr Berr. « Les médecins traitants doivent faire plus attention à ces patients, par exemple en prenant en charge les autres facteurs de risque de déclin cognitif sur lesquels on peut agir : les facteurs de risque vasculaire. Ils doivent aussi les encourager à avoir plus de loisirs stimulant leurs fonctions cognitives ».

Les résultats de cette étude seront à confirmer dans la cohorte Constances qui doit suivre 200.000 personnes de 18 à 70 ans dans la population générale. « Dans cette cohorte, 20 à 25% des personnes déclarent être exposées professionnellement à des solvants », indique Claudine Berr.

Faire consommer des légumes aux enfants, c’est possible!

Dans le cadre du projet européen HabEat (2010-2014), coordonné par l’Inra de Dijon et réunissant 10 partenaires scientifiques dont l’Inserm, les chercheurs ont fait un pas en avant supplémentaire dans la compréhension de la façon dont les comportements et les préférences alimentaires se forment durant les premières années de la vie. Un colloque fait le point sur les résultats obtenus ainsi que sur les recommandations à destination des professionnels de la petite enfance et des parents, les 31 mars et 1er avril 2014 à Dijon.

Food pyramid isolated on white

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Même si tout n’est pas joué à la fin de la petite enfance, les deux premières années revêtent une grande importance dans le développement des comportements alimentaires chez l’enfant, avec notamment une période charnière au moment de la diversification. Le projet collaboratif HabEat visait à mieux comprendre les déterminants de la formation des habitudes alimentaires à travers deux approches, épidémiologique d’une part et expérimentale d’autre part.

18 000 couples mères-enfants suivis de la naissance jusqu’à 4 ans au moins

Quatre grandes cohortes européennes ont permis de fournir de nouveaux éclairages sur les pratiques alimentaires précoces des mères. Les facteurs associés à la fréquence de consommation de fruits et légumes à diverses périodes de la mise en place du répertoire alimentaire ont été plus particulièrement étudiés.

18 études ayant impliqué au total près de 2000 enfants entre 6 mois et 6 ans
La partie expérimentale a comporté deux volets. Le premier, axé sur les mécanismes clés de l’apprentissage de l’appréciation d’un nouvel aliment, concernait les enfants du début de la diversification (autour de 6 mois) à l’âge de trois ans. Le second axe visait à étudier différentes stratégies afin de tester s’il est possible, au-delà de trois ans et jusqu’à six ans, d’augmenter la consommation de légumes.

Les principaux résultats

Un allaitement maternel plus long est associé à une fréquence de consommation de fruits et légumes plus élevée lors de l’enfance.

L’introduction d’une variété de légumes (sous forme de purée) au début de la période de diversification est associée à une meilleure acceptation de nouveaux légumes à court ou moyen terme.

Le fait de présenter plusieurs fois (exposition répétée) un légume nouveau est suffisant pour en augmenter sa consommation même chez les enfants décrits comme ‘difficiles’ par leurs mères.

Il est difficile d’augmenter la consommation d’un légume déjà familier pour des enfants entre 3 et 6 ans. Une stratégie qui pourrait augmenter la consommation de légumes serait de leur laisser le choix parmi deux légumes.

Dès l’âge de 3 ans, si on propose un encas avant le repas ou des aliments appréciés après le repas, on observe chez certains enfants une augmentation de la prise énergétique totale. Ces situations d’incitation pourraient favoriser le développement du surpoids chez ces enfants.

Des recommandations aux professionnels de la petite enfance et aux parents

Les résultats scientifiques obtenus ont été traduits en recommandations qui seront adressées notamment aux professionnels de la petite enfance, aux pédiatres, aux décideurs politiques chargés de définir la politique nutritionnelle, mais aussi aux industriels de l’agro-alimentaire. Ces recommandations seront discutées pendant le colloque lors de différentes tables rondes.

De plus, un guide à destination des parents a été préparé sur la base des résultats du projet et de précédentes données de la littérature.

HabEat était financé par la commission européenne dans le cadre du 7ème PCRDT via le contrat n°FP7-245012.

Les cohortes :

ALSPAC (UK), 14 000 dyades mère-enfant, femmes enceintes recrutées  entre 1991 et 1992, enfants suivis jusqu’à l’âge de 13 ans

EDEN (FR), 2 000 dyades mère-enfant, femmes enceintes recrutées entre 2003 et 2006, enfants  suivis jusqu’à 5 ans par les chercheurs de l’Inserm

Generation XXI (Portugal), environ 8647 dyades mère-enfant,  femmes enceintes recrutées entre 2005 et 2006, enfants  suivis jusqu’à 4 ans

Europrevall (Grèce), environ 1 000 dyades mère-enfant recrutées entre 2005 et 2007, enfants suivis jusqu’à 4 ans.

Lait maternel et alimentation jusqu’à 2 ans: un moyen de prévenir le risque d’obésité de l’enfant

De nombreuses études se sont intéressées à l’influence de l’allaitement maternel sur la santé de l’enfant. A partir de l’analyse des données de la cohorte ELANCE, Marie Françoise Rolland-Cachera, ancienne chercheuse à l’Inserm et ses collaborateurs de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (EREN)[1] ont montré que l’allaitement a un effet protecteur sur le risque d’obésité à 20 ans. Les chercheurs soulignent également que les apports nutritionnels à l’âge de deux ans sont déterminants pour assurer cet effet bénéfique. Les résultats de l’étude sont publiés dans The Journal of Pediatrics le 27 mars 2014.

Des études récentes se sont intéressées à l’influence de l’allaitement sur le risque pour l’enfant de développer une obésité : les résultats montraient des tendances bénéfiques, mais pas toujours concluantes. Elles ajustaient leurs résultats en prenant en compte différents facteurs tels que les catégories sociales, le poids des parents, l’âge de la diversification… mais jusqu’à présent aucune étude n’effectuait l’ajustement sur les apports nutritionnels après l’allaitement. Or, il a été montré que la nutrition des deux premières années de vie avait des conséquences à long terme sur la santé pouvant persister jusqu’à l’âge adulte.

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Les chercheurs ont donc étudié les relations entre l’allaitement et le risque de surpoids à l’âge adulte en tenant compte de l’alimentation à 10 mois et 2 ans des enfants inclus dans la cohorte ELANCE.

La Cohorte ELANCE a débuté auprès d’enfants en bonne santé, nés entre 1984 et 1985, recrutés dans les Centres de Bilans de Santé de l’Enfant. Les informations sur l’allaitement ont été recueillies et les apports nutritionnels ont été évalués aux âges de 10 mois et  2 ans, puis tous les deux ans jusqu’à l’âge de 20 ans. A 20 ans, plusieurs mesures ont été relevées dont la taille, le poids, et la composition corporelle (mesures de la masse maigre et de la masse grasse évaluées par impédancemétrie).

Les résultats montrent que l’effet bénéfique de l’allaitement apparait nettement lorsque l’on prend en compte les apports nutritionnels jusqu’à 2 ans et est significativement associé à une diminution de la graisse corporelle à 20 ans. Par ailleurs, dans le modèle statistique, les apports élevés en lipides à 2 ans sont associés à une diminution de la masse grasse à 20 ans.

« Notre étude a donc montré pour la 1ère fois que si l’on prend en compte l’alimentation après la période d’allaitement, le rôle protecteur du lait maternel sur le risque de surpoids apparait clairement, » explique Marie Françoise Rolland-Cachera, ancienne chercheuse à l’Inserm.

L’alimentation des jeunes enfants est souvent caractérisée par des apports élevés en protéines et faibles en lipides, or le lait maternel est riche en graisse et contient une faible proportion de protéines. D’après les recommandations officielles, les lipides ne doivent pas être restreints chez les jeunes enfants afin de répondre à leurs besoins élevés en énergie pour la croissance et pour le développement rapide de leur système nerveux. En particulier, les laitages allégés qui comportent peu de lipides et une proportion élevée de protéines ne sont pas indiqués avant l’âge de 2-3 ans. Une restriction des lipides peut programmer le métabolisme de l’enfant pour faire face au déficit, mais cette adaptation  le rendra plus susceptible de développer un surpoids lorsque les apports lipidiques augmenteront plus tard.

« L’effet bénéfique du lait maternel peut être masqué par une alimentation restreinte en lipides après l’allaitement, tandis qu’une alimentation conforme aux recommandations officielles (pas de restriction des lipides avant l’âge de 2-3 ans) laisse apparaitre son effet bénéfique » souligne Sandrine Péneau, coauteur de ces travaux.  

Les chercheurs s’accordent sur le bénéfice de l’allaitement maternel réduisant le risque d’obésité future et soulignent l’importance d’une alimentation conforme aux recommandations officielles destinées aux jeunes enfants. Un mauvais équilibre des nutriments après l’allaitement peut compromettre le bénéfice apporté par le lait maternel et expliquer les controverses sur son rôle protecteur vis-à-vis du risque d’obésité.


[1] Unité mixte de recherche 1153 « Epidémiologie et Biostatistique »

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