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Conduites addictives chez les adolescents – Une expertise collective de l’Inserm

Télécharger la synthèse de l’expertise collective.

En France, les niveaux de consommation de certaines substances psychoactives, en particulier l’alcool, le tabac et le cannabis, demeurent élevés chez les adolescents, en dépit des évolutions de la réglementation visant à limiter l’accès des mineurs à ces produits et des campagnes de prévention répétées.

Dans le contexte de l’élaboration du Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017[1], la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) a sollicité l’Inserm pour établir un bilan des connaissances scientifiques sur les vulnérabilités des adolescents (âgés de 10 à 18 ans) à l’usage de substances psychoactives dont la consommation est notable chez les jeunes et pour lesquelles un risque de comportement addictif est avéré (alcool, tabac, cannabis), mais aussi aux pratiques identifiées comme pouvant devenir problématiques (jeux vidéo/Internet, jeux de hasard et d’argent). La commande de la MILDT portait également sur l’analyse des stratégies de prévention et d’intervention efficaces pour cette tranche d’âge.

conduite addictive chez les ados

©Fotolia

Pour répondre à cette demande, l’Inserm a réuni un groupe pluridisciplinaire d’experts en épidémiologie, santé publique, sciences humaines et sociales, addictologie, neurosciences et communication.

L’analyse par les experts des données issues des principales enquêtes de consommations en France[2] et de la littérature scientifique internationale des dix dernières années permet de mieux évaluer l’ampleur du phénomène chez les jeunes âgés de 10 à 18 ans, d’identifier les principaux produits concernés et l’évolution des modes de consommation, les facteurs de risque, les principaux effets sur la santé ainsi que les dommages sociaux associés, et enfin de décrire les stratégies d’intervention ayant fait l’objet d’une évaluation, dans le but de proposer des recommandations utiles à la prévention des consommations à risque et à la prise en charge des adolescents concernés.

Les experts ont notamment constaté une modification des usages et des modes de consommation de certaines substances psychoactives, comme par exemple l’alcoolisation ponctuelle importante qui tend à se développer chez les adolescents. Par ailleurs, ils soulignent la plus forte sensibilité de cette population aux effets neurotoxiques de l’alcool et du cannabis par rapport aux adultes, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux conséquences de la consommation de ces substances.

L’adolescence, période de vulnérabilité

L’adolescence s’accompagne de nombreux changements physiologiques et physiques, mais c’est également une étape de maturation et d’évolution psychologique complexe. Le jeune s’affranchit progressivement du lien de dépendance aux parents et développe un niveau élevé d’interactions sociales ; il recherche de nouvelles expériences associant souvent une certaine résistance aux règles établies. L’adolescence constitue également une phase de curiosité, de prises de risque et de défi.

C’est principalement à cette période que se fait l’initiation à la consommation de substances psychoactives licites (alcool/tabac) mais aussi de certaines substances illicites (cannabis…) : seuls 6,6 % des adolescents de 17 ans n’ont expérimenté aucun de ces 3 produits. Les adolescents manifestent des attentes/motivations très variées, le plus souvent en fonction du genre et socialement différenciées. Ils se révèlent peu sensibles à la mise en garde vis-à-vis des risques sanitaires à long terme car ils ne les perçoivent que comme un risque très lointain ne les concernant pas vraiment.

La plupart des travaux soulignent que chez les adolescents, une première expérience positive avec des substances psychoactives peut influencer l’évolution de la consommation, favorisant des consommations régulières puis, potentiellement la survenue d’une dépendance.

Le cerveau de l’adolescent est plus vulnérable aux substances psychoactives que le cerveau de l’adulte. Il présente la particularité d’être dans un état de transition vers l’état adulte. Les processus de maturation cérébrale (qui se poursuivent jusqu’à environ 25 ans) entraînent une vulnérabilité exacerbée de l’adolescent vis-à-vis de la neurotoxicité des substances psychoactives en général. Une zone du cerveau, le cortex préfrontal, qui permet la prise de décision, l’adaptation du comportement à la situation, est plus particulièrement concernée par cette maturation à l’adolescence.

Quel que soit le produit considéré, la précocité de l’expérimentation et de l’entrée dans la consommation accroît les risques de dépendance ultérieure et plus généralement de dommages subséquents.

Consommations de substances psychoactives[3] et dommages associés

On distingue l’usage à risque (mise en danger) de l’abus ou usage nocif (préjudiciable à la santé) et de la dépendance. Quant à l’addiction, ce terme recouvre généralement celui de dépendance, mais ce point demeure discuté. Pour certains auteurs, l’addiction se caractérise par l’impossibilité répétée de contrôler un comportement et la poursuite de celui-ci en dépit de la connaissance et de la présence de ses conséquences néfastes.

  • Alcool

En France, l’alcool est la première substance psychoactive consommée en termes de niveau d’expérimentation, d’usage occasionnel et de précocité d’expérimentation. En 2011, à la fin de l’adolescence, l’expérimentation concerne 91 % des garçons et des filles. Parmi les élèves âgés de 11 ans, 58 % ont déclaré en 2010 avoir déjà expérimenté une boisson alcoolisée.

Des usages réguliers d’alcool (au moins dix fois dans le mois) apparaissent dès la fin du collège : en 2010, 7 % des élèves de 3ème ont déclaré avoir consommé une boisson alcoolisée au moins 10 fois dans le mois précédant l’enquête. En 2011, ces usages réguliers d’alcool concernaient 15 % des garçons et 6 % des filles de 17 ans ; toutefois, la consommation quotidienne d’alcool concernait moins de 1 % des jeunes de 17 ans. Il est à noter une diminution de l’écart entre les garçons et les filles ainsi qu’une légère augmentation des usages réguliers entre 2008 et 2011.

L’ivresse alcoolique est une expérience vécue par certains dès le collège. Parmi les collégiens de 3ème, 34 % déclarent avoir déjà connu ce type d’ivresse. À 17 ans, 59 % des garçons et des filles rapportent avoir déjà été ivres au cours de leur vie et 53 % déclarent avoir vécu au cours du mois précédant l’enquête, une alcoolisation ponctuelle importante (API, à savoir la consommation d’au moins 5 verres d’alcool en une même occasion). Les API au cours du mois sont en hausse continue : 46 % en 2005, 53 % en 2011.

En 2011, si la France occupe une position médiane en Europe pour les alcoolisations ponctuelles importantes à 16 ans, elle se situe au-dessus de la moyenne pour la consommation régulière d’alcool.

Dommages & vulnérabilité des adolescents

Comparé à l’adulte, la consommation d’alcool chez l’adolescent, et notamment l’intoxication massive, exerce des effets neurotoxiques plus prononcés sur le cerveau, aussi bien au niveau structural (par exemple sur la génération de nouveaux neurones/neurogenèse) que fonctionnel, ce qui se traduit par une plus grande interférence avec les fonctions cognitives (apprentissage/mémoire). Il a été documenté que les atteintes morphologiques et fonctionnelles sont plus importantes chez les filles que chez les garçons du même âge. Les déficits observés à moyen terme sont proportionnels à la quantité d’alcool consommée.

Les jeunes sont moins sensibles aux effets « négatifs » de l’alcool (hypnose, hypothermie, incoordination motrice…) mais plus réceptifs aux effets ressentis comme « positifs » (désinhibition, facilitation des interactions sociales…).

  • Tabac

En 2011, en France, plus de 2 jeunes sur 3 âgés de 17 ans (68 %) ont expérimenté le tabac.

Le tabac est le premier produit psychoactif consommé quotidiennement à l’adolescence : à 17 ans, 30 % des filles et 33 % des garçons sont fumeurs quotidiens. Selon les données de 2011, on observe des usages quotidiens dès le collège (8 % parmi les élèves de 4ème et 16 % parmi ceux de 3ème). Il est observé une légère augmentation du tabagisme quotidien entre 2008 et 2011.

La France se situe en 2011 parmi les pays européens où la prévalence du tabagisme chez les jeunes âgés de 16 ans est la plus élevée.

Dommages associés

Outre le risque élevé de dépendance, le tabac entraîne de nombreuses conséquences sanitaires à long terme bien connues (pathologies respiratoires, cardiovasculaires, cancers…).

  • Cannabis

En France, le cannabis est le premier produit psychoactif illicite consommé à l’adolescence. En 2011, 42 % des adolescents de 17 ans ont déjà fumé du cannabis au moins une fois (39 % des filles et 44 % des garçons). Les garçons sont plus consommateurs que les filles qui expérimentent plus tardivement le produit.

Les premières expérimentations, encore très rares à l’entrée au collège, sont observées dès les dernières années de collège (11 % des élèves de 4ème, 24 % des élèves de 3ème) et concernent près d’un lycéen sur 2 en 2011.

Les usages réguliers de cannabis (au moins dix fois dans le mois) concernent 2 % des élèves de 3ème en 2010-2011, 6 % des élèves de 2nde, 7 % des élèves de terminale. Parmi les adolescents âgés de 17 ans, 5 % présenteraient en 2011 un risque d’usage problématique voire de dépendance : 7 % des garçons et 3 % des filles.

La France, avec le Canada, la République tchèque, la Suisse, les États-Unis et l’Espagne, se situe en 2011 parmi les pays où la prévalence de consommation de cannabis chez les adolescents est la plus élevée.

Dommages & vulnérabilité des adolescents

Dans les heures qui suivent l’usage de cannabis, les troubles cognitifs observés concernent l’attention, le temps de réaction, la mémoire de travail, et les fonctions exécutives. Il existe par ailleurs une corrélation significative entre l’usage et divers « passages à l’acte » (tentatives de suicide, boulimie, comportements sexuels à risque…) dus à la levée de l’inhibition comportementale.

Ces troubles cognitifs ont tendance à disparaître dans le mois suivant l’arrêt de la consommation.  Chez l’adolescent, certains de ces troubles peuvent persister, y compris après sevrage, en particulier si la consommation a débuté avant l’âge de 15 ans. Les troubles cognitifs observés à long terme sont corrélés à la dose, la fréquence, la durée d’exposition et à l’âge de la première consommation de cannabis.

La consommation régulière de cannabis a des effets à long terme qui peuvent altérer les résultats scolaires, et les relations interpersonnelles.

Enfin, l’usage de cannabis peut également précipiter la survenue de troubles psychiatriques (troubles anxieux, troubles dépressifs, symptômes psychotiques et schizophrénie) chez l’adolescent. Concernant les troubles psychotiques, ce risque peut être modulé par certains facteurs génétiques, l’âge d’exposition et l’existence préalable d’une vulnérabilité à la psychose (antécédents familiaux).

  • Autres substances et polyconsommations

==> Médicaments psychotropes et autres produits illicites

En 2011, 41 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir pris au cours de leur vie au moins un médicament psychotrope. Les médicaments psychotropes les plus fréquemment expérimentés sont : les anxiolytiques (15 %), les somnifères (11 %), puis les antidépresseurs (6 %).

Les expérimentations de produits illicites autres que le cannabis, comme les amphétamines (dont l’ecstasy), les champignons hallucinogènes, le LSD, la cocaïne ou encore l’héroïne, n’apparaissent qu’à la fin de l’adolescence, dans des proportions comprises entre 3 % pour les champignons hallucinogènes et la cocaine, et 0,8 % pour l’héroïne. La plupart de ces expérimentations sont en baisse sur la période 2008-2011, en particulier celle de l’ecstasy.

À 17 ans, on n’observe quasiment pas d’usage répété dans le mois de substances illicites autres que le cannabis. Seuls les produits à inhaler comme les colles, les solvants ou les poppers présentent des niveaux d’expérimentation relativement élevés à cet âge (9 % disent avoir expérimenté ces derniers).

==> Boissons énergisantes et prémix

Les boissons énergisantes sont consommées seules ou mélangées à de l’alcool, à l’instar des prémix (ou alcopops), mélange de sodas et d’alcools forts titrant de 5 à 8 degrés. À tous les âges de l’adolescence, les garçons sont plus souvent consommateurs de boissons énergisantes que les filles. En France, la consommation de boissons énergisantes est passée de 20 % en 6ème à 36 % en 2nde.

L’usage des prémix reste relativement moins fréquent que celui des autres grandes catégories de boissons alcoolisées. L’engouement des jeunes, notamment des filles pour ce type de boissons très sucrées et au goût masquant largement le degré d’alcool a été freiné par la mise en place en France d’une taxe très élevée spécifique à ces produits.

L’association des boissons énergisantes à des boissons alcoolisées a été identifiée comme présentant des risques : elle augmente les conséquences de l’alcool et notamment le risque de rapports sexuels non protégés. Par ailleurs, il pourrait y avoir un lien entre la consommation de boissons énergisantes associées à l’alcool et la survenue ultérieure d’une dépendance à l’alcool.

==> Polyconsommations

À 17 ans, 4 % des adolescents se déclarent à la fois fumeurs quotidiens de tabac et consommateurs réguliers (au moins 10 fois par mois) de boissons alcoolisées ou à la fois fumeurs quotidiens de tabac et réguliers de cannabis. Enfin, 2 % sont polyconsommateurs réguliers de tabac, alcool et cannabis.

Pratiques des jeux vidéo/Internet et des jeux de hasard et d’argent[4] et dommages associés

Dans le cas des jeux vidéo/Internet et des jeux de hasard et d’argent, on parle de pratique sociale ou récréative (c’est-à-dire d’usage simple), de pratique à risque ou problématique (c’est-à-dire d’abus) et de jeu pathologique ou excessif (c’est-à-dire la dépendance).

  • Pratique des jeux vidéo /Internet

En 2011, parmi les 80 % des 17 ans déclarant avoir utilisé Internet durant les sept derniers jours, environ 1/4 l’utilise entre 2 et 5 heures par jour ; moins d’1/5 entre 5 et 10 heures et 1/10 plus de 10 heures par jour.

Selon les outils de mesure utilisés et les pays, la prévalence d’utilisation problématique d’Internet par les adolescents varierait de 2 à 12 %. En France, en 2011, des premières estimations révèlent que 3 à 5 % des adolescents de 17 ans seraient concernés.

Par ailleurs, 5 % des adolescents de 17 ans joueraient aux jeux vidéo entre 5 et 10 heures par jour. Si les garçons totalisent des durées moyennes de pratique des jeux plus élevées que les filles, le temps passé devant l’écran est identique, les filles utilisant davantage les réseaux sociaux.

Alors que les jeux vidéo peuvent présenter des aspects positifs, notamment sur le développement des fonctions cognitives et spatiales, ils peuvent entraîner une perte de contrôle et un comportement problématique. Parmi les différents types de jeux, les MMORPG (Massive Multiplayer Online Role Playing Games) auxquels les garçons jouent le plus souvent, sont décrits comme potentiellement très addictogènes.

Parmi les joueurs (tous types de jeux vidéo) de 17 ans, 26 % disent avoir rencontré au cours de l’année écoulée, à cause de leur pratique de jeu, des problèmes à l’école ou au travail et environ 4 % des problèmes d’argent.

Dommages associés

Au-delà du temps passé qui s’avère parfois très long, des problèmes d’ordres psychique et somatique peuvent survenir en cas d’usage excessif : troubles du sommeil, irritabilité, tristesse, anxiété, isolement, baisse des performances scolaires, difficultés rencontrées avec les parents… Une pratique problématique des jeux vidéo peut favoriser l’usage de substances (tabac, cannabis, alcool, boissons énergisantes…) et augmenter le risque de sédentarité et de surpoids.

  • Pratique des jeux de hasard et d’argent

En France comme dans la plupart des pays occidentaux, la pratique des jeux de hasard et d’argent est illégale avant 18 ans. Pourtant, selon les études internationales, les mineurs pratiquent les jeux de hasard et d’argent : 80 % ont déjà joué au cours de la vie et 10-20 % ont une pratique hebdomadaire.

L’initiation a lieu le plus souvent à l’adolescence (voire même au début de l’adolescence selon certains auteurs), généralement dans le cercle familial ; les garçons jouent plus que les filles, quel que soit le pays étudié ou la période de référence.

En France, la pratique des jeux de hasard et d’argent chez les adolescents de 17 ans a été explorée pour la première fois en 2011 : 44 % ont déjà joué au cours de leur vie et 10 % ont joué au cours de la semaine. Parmi les jeunes de 17 ans ayant joué dans la semaine écoulée, 14 % seraient des joueurs à risque modéré et 3 % des joueurs excessifs. On peut donc considérer que 1,7 % des adolescents de 17 ans pourraient présenter une pratique des jeux à risque modéré ou excessive.

En France, les adolescents jouent principalement à des jeux de grattage et de tirage achetés dans un bureau de tabac. La possibilité de jouer en ligne est particulièrement attractive pour les jeunes, même mineurs. Près de 14 % des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir joué à un jeu de hasard et d’argent sur Internet au moins une fois dans l’année écoulée.

Dommages associés

Si la dérive addictive liée à la pratique des jeux n’entraîne pas directement de dommages physiques, elle peut avoir des conséquences négatives (usage de substances psychoactives, symptômes dépressifs et anxieux, risque suicidaire, pertes financières, diminution des performances scolaires, activités délictueuses…). Les travaux évaluant les dommages du jeu problématique/pathologique à l’adolescence sont encore rares même si l’on constate que la prévalence du jeu problématique/pathologique est plus élevée chez les adolescents que chez les adultes.

Facteurs associés aux usages problématiques

Les facteurs psychologiques (mauvaise estime de soi, manque de confiance en soi…), socioéconomiques, scolaires (parcours scolaire perturbé) et familiaux (transmission intergénérationnelle des conduites addictives) concourent aux usages problématiques des substances ou aux pratiques aboutissant à des conduites addictives.

Alors que les adolescents issus de milieux favorisés ont des niveaux d’expérimentation plus élevés, les jeunes issus de milieux sociaux défavorisés ou qui ont des difficultés scolaires ont un risque plus élevé de s’engager dans une consommation régulière excessive de tabac, alcool ou cannabis. De même, les jeunes dont les parents présentent des conduites addictives ont un risque majoré de consommation régulière ou excessive : les enfants de fumeurs sont 2 fois plus souvent eux-mêmes fumeurs, les enfants de consommateurs excessifs d’alcool sont 2 fois plus souvent eux-mêmes consommateurs réguliers d’alcool. Il en est de même au sujet de la pratique des jeux de hasard et d’argent.

La cohésion familiale (entente entre parents et enfants, connaissance qu’ont les parents de l’entourage et des activités de leurs enfants) réduit le risque de conduites addictives des adolescents.

Les experts notent également le rôle influent du cercle amical et de l’ensemble des produits marketing et des informations publicitaires déployés par les industriels qui incitent les jeunes à acheter les produits addictifs licites (tabac, alcool, jeux dans leur globalité). Ces publicités et outils marketing peuvent par ailleurs limiter l’efficacité des programmes de prévention destinés aux jeunes.

Enfin, il faut souligner le rôle des facteurs génétiques dans le risque de dépendance. Selon les études, une part non négligeable du risque de développer une addiction serait attribuable à des facteurs génétiques, parmi lesquels de nombreux gènes candidats ont été identifiés en fonction des produits.

Accompagnement des adolescents et stratégies de prévention

  • Accompagnement des adolescents

L’accompagnement sur les lieux de vie de l’adolescent repose sur une intervention précoce et des stratégies de réduction des risques. L’intervention précoce consiste à agir le plus tôt possible afin de ne pas laisser s’installer les comportements à risque ; les stratégies de réduction des risques visent à réduire les dommages sans rechercher l’abstinence. L’accompagnement dans les lieux de consultation et les traitements en milieu hospitalier/résidentiel a pour objectif  la réduction des consommations, voire un sevrage.

Les « Consultations jeunes consommateurs » (CJC), gratuites, anonymes et mises en place depuis 2004, sont des lieux d’accueil et de prise en charge dédiés aux jeunes consommateurs de substances psychoactives. Ces consultations proposent des prises en charge validées au niveau scientifique. Les « entretiens motivationnels » réalisés en consultation externe se fondent sur la nécessité de mettre en lumière et d’appuyer la motivation de l’adolescent pour qu’il puisse changer le(s) comportement(s) addictif(s). Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) fournissent aux jeunes des stratégies alternatives pour gérer des situations qui concourent au passage à l’acte addictif et les thérapies familiales mobilisent les parents et leur environnement pour encadrer et accompagner le jeune. Elles ont montré leur efficacité dans le contexte des CJC en France et en Europe. Elles s’avèrent davantage efficaces pour les situations sévères, les moins de 16 ans et lorsque les troubles du comportement sont importants.

D’autres approches existent comme les approches psychodynamiques, centrées sur l’individu et le renforcement « du moi ». Elles servent le plus souvent de modèle de compréhension que de base d’action.

En cas d’échec des soins ambulatoires, les soins résidentiels qui incluent les hospitalisations longues et les postcures, permettent une évaluation et un suivi global de l’adolescent (addictions et insertion/scolarisation).

  • Stratégies de prévention efficaces 

Plusieurs stratégies d’interventions ont montré des effets bénéfiques sur la prévention ou la diminution de la consommation de substances psychoactives. En particulier, trois types d’intervention sont le plus souvent présents dans les programmes validés comme efficaces : le développement des compétences psychosociales[5] des jeunes (gestion des émotions, prise de décisions, estime de soi) et de leurs parents (amélioration de la communication, gestion des conflits) ; les stratégies à composantes multiples (intégrant au niveau local d’autres acteurs que l’école et les parents en plus du développement des compétences des jeunes et des parents).

Il existe également d’autres types d’interventions : les interventions d’aide à distance (ordinateur ou téléphone mobile); les campagnes dans les médias (notamment pour la réduction du tabac) ou encore les actions législatives et réglementaires visant à limiter l’accès aux produits addictifs.

Recommandations

Les experts soulignent que les actions à développer doivent cibler en priorité l’alcool et le tabac, voire le cannabis, en raison des niveaux d’usage et des dommages associés qui prédominent sur les autres substances et les jeux.

Les recommandations d’actions préconisées par le groupe d’experts ont trois objectifs principaux :

==> Prévenir l’initiation ou en retarder l’âge 

Le groupe d’experts recommande de sensibiliser le public et les différents acteurs (jeunes, parents, intervenants du secteur scolaire, parascolaire ou médical…) à la vulnérabilité de l’adolescent et aux dangers associés à une initiation précoce. Il s’agirait de renforcer, sans dramatiser, les messages décrivant l’impact durable sur la santé, et en particulier sur le cerveau, d’une consommation massive et rapide d’alcool ainsi que d’une consommation régulière de cannabis pendant l’adolescence. Pour modifier les motivations, les attentes et les représentations existantes de ces produits, les campagnes média doivent être accompagnées de mesures éducatives et législatives.

Pour prévenir l’initiation, les experts soulignent également l’importance du développement des compétences psychosociales des adolescents. Cela pourrait s’inscrire dans des activités de groupe, notamment en milieu scolaire, et être en adéquation avec l’entrée dans la consommation des différents produits (10-12 ans par exemple pour le tabac).

Les adolescents demeurent très sensibles aux messages véhiculés par les parents. C’est pourquoi le groupe d’experts recommande d’informer régulièrement les parents sur les dommages liés aux consommations précoces, sur l’évolution des modes de consommation chez les jeunes et sur les codes marketing qui leur sont destinés et qui visent à promouvoir la consommation. Il s’agit d’aider les parents à avoir l’attitude la mieux adaptée à la situation.

En renforçant la formation des intervenants en milieu scolaire, sportif ou de loisir, l’ensemble des acteurs en contact avec les adolescents seraient informés des problématiques addictives et formés au repérage précoce des adolescents et aux interventions qui peuvent être réalisées.

Afin de mieux encadrer la vente du tabac et de l’alcool, les experts préconisent que l’achat de ces produits soit systématiquement assorti de la présentation d’un document officiel indiquant l’âge. Ils mettent l’accent sur le respect et le renforcement des lois réglementant la publicité qui favorise également la pratique précoce des jeux de hasard et d’argent. Il conviendrait également d’assurer une meilleure visibilité du contenu des jeux vidéo grâce à la présence et l’amélioration des logos définissant les classifications d’âge et de contenus.

==> Eviter les usages réguliers et les dommages sanitaires et sociaux

Pour éviter l’installation d’une conduite addictive, le groupe d’experts préconise d’améliorer le repérage des usages à risque et les interventions précoces, de renforcer les actions de première ligne telles que les « Consultations Jeunes Consommateurs » en formant le personnel aux méthodes de prise en charge précoce et de former un certain nombre aux thérapies ayant fait preuve de leur efficacité (TCC, thérapie familiale type MDFT[6]). En cas d’échec des soins en ambulatoire, une prise en charge des adolescents présentant des conduites addictives devrait être proposée dans les centres spécialisés et en milieu résidentiel.

L’existence de souffrances ou de troubles psychiques associés à une consommation excessive ou à des pratiques addictives exige de renforcer les liens entre les dispositifs d’addictologie et les services de pédopsychiatrie/psychiatrie, notamment ceux spécialisés dans l’évaluation et l’intervention précoce chez le jeune adulte ainsi qu’avec les maisons des adolescents.

Enfin, le groupe d’experts recommande d’améliorer la coopération des professionnels de l’éducation, de la santé et de la justice (lien avec les juges pour enfants et la protection judiciaire de la jeunesse) pour optimiser l’orientation et la prise en charge.

==> Assurer une coordination nationale et régionale des acteurs territoriaux

Le groupe d’experts souligne la nécessité de soutenir et développer au niveau local des structures publiques transversales d’animation dédiées aux addictions afin d’assurer une coordination régionale des acteurs territoriaux. Le recensement des actions de prévention à l’échelle régionale en France, permettrait de connaître et de diffuser les stratégies de prévention validées et de proposer des recommandations à l’intention des établissements scolaires et collectivités territoriales. Pour assurer cette coordination, les experts recommandent la mise en place d’une commission d’évaluation des programmes de prévention, qui sont actuellement rarement évalués.

Des recommandations de recherche ont également été formulées :

Des recherches multidisciplinaires, cliniques et fondamentales associées à des études longitudinales doivent être soutenues afin de suivre les trajectoires de consommations et de vie afin de mieux connaître les usages, les facteurs de risque, de résilience et les effets sanitaires et sociaux (conséquences sur la scolarité par exemple) de la consommation de substances psychoactives ou la pratique de jeux menant à des conduites addictives.

Les recherches en sciences humaines et sociales, notamment sur les motivations des adolescents et leurs pratiques sociales, apparaissent nécessaires pour des interventions de prévention plus efficaces.

Les experts insistent sur l’intérêt de développer, évaluer et valider les outils de dépistage et les stratégies de prise en charge des jeunes présentant des conduites addictives.
Ils recommandent également de conduire des recherches sur les moyens de prévenir les pratiques addictives des jeunes (rôle des technologies numériques par exemple).

Sensibiliser les jeunes aux addictions par la recherche : le pari du programme Apprentis-Chercheurs MAAD (Mécanismes des Addictions à l’Alcool et aux Drogues)

« On a cherché à voir s’il y avait une différence entre les individus addicts et ceux n’ayant jamais touché à la drogue » ; « on a coloré des coupes de cerveaux pour voir quels sont les différents neurones impliqués dans l’addiction » ; « on a calculé le taux d’expression des gènes après consommation ». Voilà quelques propos tenus par les adolescents qui ont été sélectionnés pour le programme MAAD et ont travaillé tout au long de l’année scolaire, à raison de 1 ou 2 mercredi après-midi par mois, dans un des 5 laboratoires de recherche sur les addictions participant au programme, à Amiens, Bordeaux, Marseille, Paris et Poitiers.

Piloté par l’Inserm et financé par la Mildt, le projet MAAD s’appuie sur le dispositif Apprentis-Chercheurs mis en place par l’association Arbre des connaissances créée en 2004 par des chercheurs de l’Institut d’Hématologie de l’hôpital St Louis et dont l’objectif principal est d’intéresser les jeunes aux questions de science par la pratique de la recherche expérimentale.

Encadrés par un chercheur senior de l’équipe d’accueil, les jeunes, en binôme constitué par un collégien en classe de 3ème et un lycéen en classe de 1èreS, sont engagés dans une vraie démarche expérimentale : question scientifique, planification et  réalisation des expériences, analyse des résultats. Dix binômes ont pu être accueillis. Plasticité synaptique, expression génomique, immuno-histochimie, méthodes d’analyse comportementale, électrophysiologie… n’ont plus de secrets pour eux.

Après le laboratoire vient le temps de la communication. A l’occasion des congrès qui se sont tenus dans chaque ville, les apprentis-chercheurs MAAD, comme des scientifiques chevronnés, présentent leurs travaux au public, élèves de leur établissement scolaire, parents, enseignants…. , devenant ainsi des médiateurs scientifiques ; les 5 congrès organisés ont réuni environ 500 personnes.

Le regard des apprentis-chercheurs MAAD sur les drogues a changé : « c’est intéressant de savoir pourquoi on devient addict » ; « j’ai compris que l’addiction ne relève pas seulement de la volonté de l’individu » ; «  ce n’est pas seulement une faiblesse de l’esprit »…

Autant de messages et d’autres encore qui seront relayés par la génération suivante d’apprentis-chercheurs MAAD, car l’aventure continue. En effet, la deuxième édition du programme, 2013-2014, s’appuie sur 9 laboratoires et s’est élargie au tabac et au cannabis.

Pour plus d’informations et assister à une séance MAAD le mercredi après-midi et/ou aux congrès de fin d’année qui auront lieu du 2 au 10 Juin 2014 dans toute la France: rf.mresni@esserp


[1]  Plan adopté le 19 Septembre 2013. https://www.drogues.gouv.fr/site-professionnel/la-mildt/plan-gouvernemental/plan-gouvernemental-2013-2017/

[2] Depuis la fin des années 1990, trois enquêtes documentent les usages de produits psychoactifs en population adolescente : HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), Espad (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs) et Escapad (Enquête sur la santé et les consommations réalisée lors de la Journée Défense et Citoyenneté) permettant de couvrir l’ensemble de la période 11-17 ans.

[3] D’après les enquêtes HBSC, Espad et Escapad

[4] D’après l’enquête Escapad

[5] Capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne (OMS)

[6] Thérapie familiale multidimensionnelle

Une forte consommation d’alcool à l’âge adulte accélère le déclin cognitif chez les hommes

D’après les résultats d’une étude épidémiologique conduite par des chercheurs franco-anglais associant l’Inserm et l’University College London, les hommes buvant plus de 36 grammes (3.5 verres) d’alcool par jour présenteraient un déclin de mémoire accéléré qui se traduit notamment par une diminution de leurs capacités d’attention et de raisonnement. Cette étude est publiée en ligne le 15 janvier 2014 dans le journal Neurology.

Dans cette nouvelle étude, la consommation d’alcool habituelle a été rapportée à 3 reprises sur une période de 10 ans chez 5054 hommes et 2099 femmes. Les consommations d’alcool comprenaient du vin, de la bière et des spiritueux. Des premiers tests cognitifs ont ensuite eu lieu lorsque les participants étaient âgés en moyenne de 56 ans. Ces tests ont été répétés à 2 reprises à 5 et 10 ans d’intervalle.

Les chercheurs ont étudié leurs capacités de mémorisation et leurs fonctions exécutives, c’est-à-dire les capacités d’attention et de raisonnement utilisées afin d’atteindre un objectif. Le test de mémoire consistait à se rappeler en une minute du plus de mots possibles parmi la liste des 20 mots qui étaient énoncés juste auparavant. Les fonctions exécutives étaient évaluées à partir de 3 tests : un test de raisonnement logique constitué de 65 questions et de 2 tests de fluence verbale durant lesquels les participants devaient écrire respectivement le plus de mots commençant par S et de mots d’animaux, en une minute.

La plupart des études sur l’association de la consommation d’alcool avec la mémoire et les fonctions exécutives ont été mené chez des personnes âgées. « Notre étude est basée sur des personnes âgées en moyenne de 56 ans lors des premiers tests cognitifs, ce qui est relativement jeune par rapport aux études précédentes sur ce sujet. Elle suggère qu’une forte consommation d’alcool serait associée à un déclin cognitif plus rapide dans tous les domaines cognitifs étudiés.» rapporte l’auteur de l’étude Séverine Sabia, PhD, de l’University College London au Royaume-Uni.

Chez les hommes, alors qu’aucune différence dans le déclin de la mémoire et des fonctions exécutives n’a été observée entre ceux qui ne boivent pas, les anciens buveurs, et les buveurs légers à modérés[1], les gros buveurs quant à eux montrent un déclin de la mémoire et des fonctions exécutives plus rapide que les buveurs modérés.

Cette différence est selon les tests cognitifs, comprise entre 1.5 et 6 années supplémentaires de déclin cognitif. Par exemple, un gros buveur de 55 ans aurait un déclin de mémoire comparable à celui d’une personne de 61 ans.
Dans cette étude, il n’a pas été possible d’étudier de fortes consommations d’alcool chez les femmes qui buvaient des quantités comparables aux hommes car trop peu d’entre elles consommaient de telles quantités. Toutefois, un déclin plus rapide des fonctions exécutives est suggéré chez les femmes qui buvaient plus de 2 verres d’alcool.
Les mécanismes impliqués dans l’association entre une forte consommation d’alcool et un déclin cognitif accéléré ne sont pas simples. Une des principales hypothèses concerne les mécanismes cérébraux et cardiovasculaires qui pourraient impliquer des effets sur de longues périodes dans le temps. En effet, une forte consommation d’alcool est un facteur de risque reconnu de maladies vasculaires et il existe de nombreux arguments en faveur d’une contribution de différents facteurs vasculaires au déclin cognitif. De plus, une forte consommation d’alcool aurait un effet délétère à court et long termes sur le cerveau, via des effets neurotoxiques et pro-inflammatoires, et des effets indirects via les maladies cerobro-vasculaires et la déficience en vitamines.

Pour les auteurs de cette publication, « il serait intéressant de pouvoir répéter ce genre d’étude afin d’évaluer plus en détails l’impact d’une forte consommation d’alcool sur le déclin cognitif chez les femmes. De plus, de nouvelles mesures de fonctions cognitives seront bientôt disponibles chez les mêmes participants. Elles permettront d’étudier si l’effet de la consommation d’alcool en milieu de vie (40 à 60 ans) sur le déclin cognitif est d’autant plus évident lorsque les personnes vieillissent. »

En termes de santé publique, cette étude est en accord avec les précédentes et suggère qu’il est peu probable qu’une consommation d’alcool modérée soit délétère pour le vieillissement cognitif. Toutefois, ces résultats suggèrent également qu’une forte consommation d’alcool en milieu de vie pourrait entraîner un déclin cognitif plus rapide au cours de la vieillesse.

[1] C’est-à-dire ceux qui boivent moins de 20 grammes, ou moins de 2 verres d’alcool par jour.

Exposition au Chlordécone et prématurité : nouvelles données

Des chercheurs de l’Institut de recherche, santé, environnement et travail (Unité Inserm 1085), basés à Rennes et Pointe-à-Pitre, en collaboration avec le Service de Gynécologie-Obstétrique du CHU de Pointe à Pitre/Abymes et le Center for Analytical Research and Technology de l’Université de Liège, publient cette semaine sur l’impact de l’exposition maternelle au chlordécone sur la durée de la grossesse et le risque de prématurité (accouchement avant la 37ème semaine d’aménorrhée).

Les données relevées et analysées sont issues de la cohorte mère-enfant TIMOUN en Guadeloupe. Ces résultats sont publiés dans la revue American Journal of Epidemiology datée du 8 janvier 2014.

Le chlordécone est un insecticide organochloré employé aux Antilles de 1973 jusqu’en 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Sa présence persistante dans les sols, les eaux de rivières et les sédiments est à l’origine de la contamination de certaines denrées alimentaires. La contamination des populations antillaises par ce pesticide a été montrée par des travaux antérieurs. Le chlordécone est considéré comme perturbateur endocrinien.

Pour évaluer l’impact de l’exposition au chlordécone sur le déroulement de la grossesse, l’équipe dirigée par Sylvaine Cordier à Rennes et Luc Multigner à Pointe à Pitre a mis en place, en Guadeloupe, une grande cohorte mère-enfant baptisée TIMOUN (enfant en créole, cf. encadré page suivante).

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Plus de 1000 femmes ont été incluses au cours de leur troisième trimestre de grossesse entre 2005 et 2007, principalement au CHU de Pointe à Pitre/Abymes et au CH de Basse Terre. L’exposition au chlordécone a été estimée par son dosage dans le sang maternel prélevé lors de l’accouchement. Ont été pris en compte l’âge, la parité, l’indice de masse corporelle avant le début de la grossesse, le lieu d’inclusion, le lieu de naissance des mamans, le statut marital, le niveau de scolarité, l’hypertension gestationnelle, le diabète gestationnel et d’autres polluants comme les PCB.

L’exposition maternelle au chlordécone a été retrouvée associée de manière significative à une durée raccourcie de grossesse ainsi qu’à un risque augmenté de prématurité, quel que soit le mode d’entrée au travail d’accouchement, spontané ou induit. Ces associations pourraient être expliquées par les propriétés hormonales, oestrogéniques et progestagéniques, du chlordécone.

La consommation d’aliments contaminés constitue de nos jours la source principale d’exposition au chlordécone de la population antillaise. Si on connait avec une certaine précision les types d’aliments contributeurs à l’exposition, les chercheurs estiment que les sources d’approvisionnement, production, distribution et vente hors circuits réglementés et jardins familiaux sur sols pollués conditionnent de nos jours l’intensité de l’exposition.

De ce fait, les chercheurs précisent que « toute mesure adaptée et permettant la réduction des expositions des femmes au cours de leurs grossesses est souhaitable » et incitent à la mise en place de moyens d’informations destinés aux femmes enceintes portant sur les types d’aliments (en lien avec les circuits d’approvisionnement à risque) à éviter pendant leurs grossesses.

La prématurité peut entrainer des effets sur le développement de l’enfant. Le suivi des enfants nés dans le cadre de la cohorte mère-enfant TIMOUN, actuellement en cours, permettra de mieux apprécier ces conséquences tout comme celles consécutives à l’exposition prénatale au chlordécone.

L’étude TIMOUN est une étude de cohorte (cf.définition dans le document Repères en épidémiologie) menée conjointement par l’Unité 1085 de l’Inserm (anciennement U 625) et les Services de Gynécologie-Obstétrique et de Pédiatrie du CHU de Pointe à Pitre et en collaboration avec le Centre de Recherche du CHUQ à Québec (Canada), l’Ecole de Psychologie de l’Université de Laval (Québec, le CART de l’Université de Liège (Belgique). L’objectif général de cette étude est d’évaluer l’impact sanitaire des expositions au chlordécone sur le déroulement de la grossesse et le développement pré et postnatal. Cette cohorte est constituée d’un millier de femmes suivies avec leurs enfants depuis leur grossesse qui a eu lieu au cours de la période 2005-2007.

Le projet EUCelLEX, pour évaluer les enjeux sociétaux soulevés par l’utilisation de la médecine régénérative en Europe

Le projet de recherche européen EUCelLEX (Cell-based regenerative medicine: new challenges for EU legislation and governance), coordonné par l’Inserm, vient d’obtenir un financement de 500 000 € de l’Union européenne, pour une durée de 3 ans. Le projet consiste à dresser l’état des lieux de l’application des règles européennes en matière de banques de cellules ainsi que des pratiques actuelles concernant l’utilisation thérapeutique des cellules humaines selon les pays. L’objectif est de fournir des éléments factuels à la Commission européenne pour permettre l’élaboration de mesures législatives qui soient en adéquation avec les progrès médicaux dans ce domaine. Les 9 équipes de chercheurs réparties en Europe et au Canada se sont réunies à Paris dans les locaux du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), le 04 décembre pour le lancement du projet. 

Les biobanques : l’avenir de la médecine régénérative

Les échantillons biologiques humains sont considérés aujourd’hui comme des éléments essentiels à l’avancement des sciences du vivant et de la médecine. Les données issues de l’analyse de ces échantillons permettent de mieux comprendre les maladies et ainsi de proposer des pistes thérapeutiques, notamment dans le champ de la médecine régénérative[1]. Leur collecte, leur stockage, leur transformation et leur distribution sont assurés par les biobanques, acteurs clés du transfert des connaissances scientifiques vers la pratique médicale. Grâce à ces banques de données biologiques, les chercheurs vont pouvoir identifier de nouveaux biomarqueurs cliniques et développer de nouvelles approches thérapeutiques telles que la médecine régénérative. Dans ce domaine, la recherche sur les cellules souches continue d’être prometteuse car elle a pour vocation de stimuler la capacité d’auto-guérison du corps.

Nécessité d’encadrer juridiquement l’utilisation des échantillons biologiques humains au niveau européen

Entre 2004 et 2006, l’Union européenne a adopté trois directives relatives aux cellules et tissus humains afin d’harmoniser leur acquisition, leur stockage et leur emploi à visée thérapeutique. Ces directives s’appliquent spécifiquement aux banques de tissus et de cellules, y compris de cellules souches et de cellules de sang de cordon, utilisées pour la médecine régénérative. Néanmoins, elles ont été mises en œuvre d’une façon très hétérogène d’un pays à l’autre. « Actuellement, les instruments juridiques européens sur l’utilisation des cellules souches adultes et embryonnaires à des fins de recherche par les acteurs publics et privés ne permettent pas un partage efficient de ces ressources au sein de l’Europe, ce qui peut être un obstacle à l’avancée de la recherche. » explique Emmanuelle Rial-Sebbag, coordinatrice du projet EUCelLEX.

De plus, les évolutions scientifiques de l’utilisation des cellules humaines s’articulent autour de nouveaux enjeux légaux et institutionnels. Notamment, le développement des infrastructures de recherches au niveau européen (BBMRI-ERIC, FCrin[2]) réinterroge la pertinence de ce cadre face à une pratique médicale en pleine évolution devant également tenir comptes des enjeux de santé publique. On constate donc aujourd’hui un élargissement des champs de questionnement posés et par voie de conséquence, une inadéquation de la législation européenne au regard de la recherche sur ces cellules. Il faut ajouter que certaines parties du processus de translation de la connaissance fondamentale jusqu’à la mise sur le marché de nouveaux produits sont inégalement régulées soit par les législations nationales des Etats membres, soit par l’Europe.

Les objectifs du projet EUCelLEX

C’est dans ce contexte que le projet EUCelLEX s’est donné pour objectif principal de dresser un état des lieux de la législation actuelle concernant l’usage thérapeutique des cellules somatiques, tant dans le secteur public que dans le privé et dans plusieurs pays européens.

Pour ce faire, le projet se propose d’évaluer la pertinence des instruments juridiques européens actuels afin de fournir des éléments pour l’élaboration d’un cadre juridique européen pour l’utilisation des cellules souches de toute nature (embryonnaires, adultes, IPS, issues du sang de cordon), à la lumière des récents développements scientifiques, juridiques et institutionnels qui ont eu lieu au sein de l’Europe. Afin de donner une image complète de la situation européenne cette étude juridique se complètera d’analyses de pratiques professionnelles ainsi que des recommandations éthiques prodiguées en Europe. Partant du constat que l’ensemble du processus translationnel, de la recherche à la mise sur le marché d’un produit, n’est que partiellement couvert par les règles de l’Union européenne, les équipes devront explorer l’hétérogénéité induite dès lors par la large marge de manœuvre laissée aux Etats.

Dans un premier temps les partenaires du projet vont chacun dans leur pays analyser les instruments juridiques et les politiques quant à l’utilisation des cellules souches au niveau national et européen.

Puis, ils compareront la réglementation en vigueur avec les pratiques qui permettront de développer des cellules souches dans un proche avenir, en particulier dans les infrastructures de recherche, afin de mettre en évidence les lacunes et proposer des solutions durables. Un intérêt particulier sera également porté aux pratiques émergentes telles que le « tourisme cellulaire » ou encore l’utilisation de thérapies non-éprouvées. Par exemple, dans certains pays d’Europe des médecins proposent de mettre en œuvre des techniques de médecine régénérative, techniques qui ne sont pas encore validées scientifiquement et qui ne répondent pas aux critères de sécurité imposés par la législation européenne et française.

L’objectif final est de fournir des recommandations à la Commission européenne afin de faciliter l’utilisation de cellules souches pour la santé dans un environnement juridique stabilisé.

Les résultats du projet pourront ainsi favoriser l’innovation dans la recherche et aider la Commission européenne à élaborer des mesures législatives spécifiques à ce domaine.

Les 4 phases du projet EUCelLEX :

1. Recueillir des informations sur la mise en œuvre juridique de la directive sur les tissus et les cellules, en se focalisant sur ​​ce qui est réglementé au niveau européen et ce qui est encore réglementé au niveau national.

2. Intégrer ces connaissances dans un cadre d’analyse plus large couvrant l’ensemble du domaine, allant de la recherche jusqu’aux soins, avec un focus sur les cellules souches et les banques de sang de cordon.

3. Faire une analyse de fond incluant la législation, la littérature, la jurisprudence et la collecte des opinions sur les aspects éthiques.

4. Créer des outils pour la participation des professionnels et des acteurs clés aux questionnements soulevés par l’utilisation des cellules souches.

Les chercheurs partenaires du consortium EUCelLEX répartis dans toute l’Europe et au Canada, vont mettre à profit leurs expertises scientifique, juridique et éthique au service de la mise en lumière des enjeux soulevés par l’utilisation des cellules souches pour la médecine de demain.

EUCelLEX – Cell-based regenerative medicine: new challenges for EU legislation and governance

Médecine régénérative à base de cellules : nouveaux défis pour la législation européenne et la gouvernance. (Référence : 601806)

Le projet EUCelLEX débute le 04 décembre 2013 et est soutenu par l’Union européenne (FP7) pendant 3 ans. Il est coordonné par l’Inserm et implique 9 partenaires, basés dans 7 pays européens, et au Canada :

Inserm (coordinateur), France : https://www.inserm.fr/
Leibniz Universitaet Hannover, Allemagne : https://www.uni-hannover.de/en/index.php
Central European University, Budapest, Hongrie : https://www.ceu.hu/
Legal pathway, Pays-Bas
Oxford University, Royaume-Uni : https://www.ox.ac.uk/
Medical University of Graz, Autriche : https://www.meduni-graz.at/en/
Fondation Nationale des Sciences Politiques, France : https://www.sciencespo.fr/
KU Leuven, Belgique : https://www.kuleuven.be/english/
McGill University, Canada : https://www.mcgill.ca/fr


[1] La médecine régénérative est un champ de recherche interdisciplinaire dont les applications cliniques sont axées sur la réparation, le remplacement ou la régénération des cellules, tissus ou organes pour restaurer une fonction altérée, quelle qu’en soit la cause, y compris les anomalies congénitales, les maladies, les traumatismes et le vieillissement. Elle utilise une combinaison de plusieurs approches technologiques visant à remplacer les greffes traditionnelles.

[2] Biobanking and Biomolecular Resources Research Infrastructure – European Research Infrastructure Consortium, French Clinical Research Infrastructure Network

Mortalité maternelle : diminution de la mortalité par hémorragies

Le nouveau rapport « Mortalité maternelle en France », coordonné par l’unité Inserm U953 « Recherche épidémiologique en santé périnatale et santé des femmes et des enfants », annonce une baisse du taux de mortalité par hémorragie du postpartum – première cause de mortalité maternelle en France – sur les données de 2007-2009 par rapport à 2004-2006.
Vingt recommandations ont été formulées par le Comité National d’Experts sur la Mortalité Maternelle dans le but de sensibiliser les professionnels de santé et les futurs parents en concertation avec le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français, la Société Française des Anesthésistes-Réanimateurs/Club d’Anesthésie-Réanimation en Obstétrique, ainsi que le Collège National des Sages-femmes de France.
Les résultats épidémiologiques de ces travaux ont été publiés dans le Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction, de Novembre 2013.

La mort maternelle est devenue un événement très rare mais reste un indicateur reconnu et fondamental de santé d’un pays et un signal à l’attention des professionnels de la santé et des décideurs, témoignant d’éventuels dysfonctionnements du système de soins. La mort maternelle est le décès d’une femme survenu au cours de la grossesse ou dans un délai de 42 jours, ou 1 an, après sa terminaison, pour une cause quelconque déterminée ou aggravée par la grossesse ou les soins qu’elle a motivés, mais ni accidentelle, ni fortuite.

De 2007 à 2009, 254 décès maternels ont été identifiés, ce qui représente 85 femmes décédées par an en France, d’une cause liée à la grossesse, à l’accouchement ou à leurs suites, donnant un taux de mortalité maternelle de 10,3 pour 100 000 naissances vivantes.

La France a un taux comparable à celui des pays européens voisins disposant d’un système renforcé d’étude et présente une situation favorable par rapport aux Pays-Bas et aux Etats-Unis où le taux est en hausse.

La nouveauté encourageante est que la mortalité maternelle par hémorragie du postpartum – première cause  de mortalité maternelle en France – a diminué pendant la période 2007-2009 par rapport à 2004-2006.

Selon la méthodologie améliorée de mesure, qu’il faut pérenniser, la fréquence de la mortalité maternelle est globalement stable. Il semble encore possible de la faire diminuer puisque des progrès ont été obtenus : baisse de décès liés aux hémorragies et diminution des soins non optimaux.

« Ces résultats sont à mettre en rapport avec l’importante mobilisation, depuis dix ans, des chercheurs et des cliniciens, dont l’attention fut attirée par les premiers résultats de cette enquête, pour évaluer et améliorer les soins dans le contexte de l’hémorragie obstétricale. Toutefois, l’amélioration doit encore se poursuivre puisqu’environ 50% de ces décès sont considérés comme « évitables » en France, dans les conditions actuelles et l’accès généralisé des femmes enceintes à la surveillance prénatale et à des soins de qualité. » commente Marie-Hélène Bouvier-Colle, Directeur de recherche émérite Inserm au sein de l’unité Inserm U953 « Recherche épidémiologique en santé périnatale et santé des femmes et des enfants ».

Les facteurs de risque maternels

L’âge et la nationalité maternels et la région de décès sont les principaux facteurs individuels identifiés comme liés à la mortalité maternelle.

L’âge est un des facteurs déterminants de la mortalité maternelle : plus de 50% des décès concernent des femmes entre 30 et 39 ans, ce qui s’explique par le fait que les grossesses en général se déroulent à des âges de plus en plus élevés et surtout par le risque nettement augmenté de mortalité maternelle après 35 ans.

Des différences significatives sont observées entre les nationalités : les femmes de nationalité subsaharienne ont le taux de mortalité maternelle le plus élevé : 22,4 pour 100 000, soit plus de deux fois supérieur à celui des femmes françaises.

Selon les régions de France, les taux varient : le taux de mortalité maternelle est plus élevé que la moyenne nationale dans les départements d’outre-mer (32,2 pour 100 000) et en Ile-de-France (12,5).

Les autres facteurs de risque de la mort maternelle sont l’obésité et les grossesses multiples.

Les causes obstétricales de décès

Les premières causes directes de mortalité maternelle sont les hémorragies obstétricales qui représentent 18% des décès, puis, ce qui est relativement nouveau, les embolies pulmonaires (11%), et les complications de l’hypertension (9%).

Le grand changement concerne le pourcentage des hémorragies du post-partum qui a diminué de moitié depuis le dernier rapport (8% (1,9/100 000) contre 16% (2,5/100 000) en 2004-2006). Ce résultat encourageant est probablement dû à la mobilisation des professionnels depuis plusieurs années.

Adéquation des soins et évitabilité

Les soins ont été jugés « non-optimaux », c’est-à-dire non conformes aux recommandations de pratiques et aux connaissances actuelles, pour 60% des décès expertisés contre 72% entre 1998 et 2000, ce qui représente une baisse significative. Les décès par hémorragies présentent la plus grande proportion de soins non optimaux (81%).

54% des décès maternels ont été jugés « évitables », c’est-à-dire pour lesquels une modification des soins ou de l’attitude de la patiente vis-à-vis de l’avis médical aurait pu changer l’issue fatale (erreur ou retard de diagnostic, retard ou premiers secours inadaptés, traitement inadéquat, retard au traitement ou à l’intervention, et négligence de la patiente). Ce taux, stable dans le temps, reste principalement dû à une inadéquation de la thérapeutique et un retard au traitement, ce qui sous entend qu’une marge d’amélioration est possible.

Ces résultats ont permis aux auteurs du rapport d’émettre 20 recommandations, parmi lesquels on peut mentionner :

l’importance de l’implication des soignants dans la déclaration et la revue des morts maternelles pour assurer une meilleure connaissance du profil national de ces cas,

– l’évaluation des risques avant la conception et en début de grossesse, via la prévention : vaccination contre la grippe pour les femmes prévoyant une grossesse ou enceintes, évaluation des risques d’une grossesse quand une pathologie est préexistante,

– l’examen médical de la femme enceinte en dehors de la sphère obstétricale (examen cardiaque par exemple),

– le maintien de la vigilance après l’accouchement quand la mère rentre à son domicile, c’est-à-dire l’informer sur les signes d’accidents thromboemboliques veineux et ischémiques artériels.  Mesure, dont le Professeur Gérard Lévy, Président du Comité National d’Experts, souligne l’importance d’autant que ce retour à domicile est de plus en plus précoce.

– l’importance des examens post mortem des décès maternels,

– d’autres messages concernent la prise en charge médicale des hémorragies obstétricales, des infections, des maladies hypertensives, des embolies amniotiques, et des thrombo-embolies veineuses.

Méthodologie

Ce nouveau rapport a analysé les données datant de 2007 à 2009. Le précédent rapport publié en 2010 portait sur des données de 2001 à 2006.

Actuellement, la France a une méthodologie spécifique pour l’identification des décès associés à la grossesse s’appuyant sur plusieurs bases de données, celles : des causes de décès, de l’état civil pour les naissances et des séjours hospitaliers.

La mission du Comité National d’Experts sur la Mortalité Maternelle est d’identifier les causes des décès maternels grâce à l’information détaillée recueillie par l’enquête confidentielle menée par l’équipe Inserm 953 « Recherche épidémiologique en santé périnatale et santé des femmes et des enfants ». La procédure actuelle se déroule en 3 étapes :

– premièrement, il s’agit d’identifier le lien temporel de tous les décès de femmes survenus pendant la grossesse et jusqu’à un an après sa fin.

– puis, une enquête est réalisée par des cliniciens bénévoles, les assesseurs, auprès de l’équipe médicale qui a suivi la grossesse, réalisé l’accouchement et pris en charge la complication.

– enfin, le décès est classé par le Comité National d’Experts qui jugera, au vu des éléments de l’enquête, si le décès a un lien causal direct ou indirect avec la grossesse, si les soins prodigués ont été optimaux ou non, et s’il était « non évitable », « peut-être évitable » ou « certainement évitable » par des soins plus adéquats ou une meilleure observance de la patiente.

Démarrage de la troisième saison de GrippeNet.fr

crédit photo : ©Fotolia 

Participation de la population à la surveillance de la grippe via Internet

Lancé il y a 2 ans par l’équipe du réseau Sentinelles (unité mixte de recherche Inserm – Université Pierre et Marie Curie) et l’Institut de Veille Sanitaire, le site GrippeNet.fr revient pour une troisième année consécutive.

GrippeNet.fr complète les systèmes de surveillance traditionnels de la grippe, alimentés par des informations collectées dans les cabinets de médecins libéraux et les hôpitaux.

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Ces données permettent d’entreprendre des travaux de recherche (au niveau national mais aussi au niveau européen) pour tenter de mieux comprendre la grippe : recherche de facteurs de risque, rôle de l’âge, impact de la vaccination, diffusion de la maladie à l’échelle européenne, etc

Le principe du site GrippeNet.fr est de permettre à toute personne qui le souhaite, malade ou non malade, et résidant en France métropolitaine, de participer à la surveillance de la grippe, de façon anonyme et volontaire.

L’an passé, GrippeNet.fr a réuni plus de 6 000 participants.

Bilan de la dernière saison

Lors de la précédente saison hivernale, entre le 15 novembre 2012 et le 21 avril 2013, GrippeNet.fr a permis de collecter une grande quantité de données liées à la grippe. Un peu plus de 6 000 internautes ont participé, et près de 85 000 questionnaires ont été remplis. Tous les départements de France métropolitaine sont représentés et comme pour la première saison, les femmes et les personnes âgées de 60 à 69 ans ont été plus nombreuses à participer. La représentativité des participants de l’étude GrippeNet.fr vient de faire l’objet d’une publication scientifique (M.Debin et al. Evaluating the feasibility and participants’ representativeness of an online nationwide surveillance system for influenza in france. PLoS One. 2013 Sep 11;8(9):e73675).

La collecte hebdomadaire des symptômes présentés par les participants a permis de suivre l’évolution de l’épidémie de grippe dans la population. Au cours de la saison, 29% des participants ont déclaré des symptômes compatibles avec un syndrome grippal, contre 23% lors de la première saison. Ces chiffres peuvent s’expliquer par le fait que l’épidémie de grippe saisonnière de l’hiver 2012-2013 a été particulièrement longue, comme l’ont montré les données de surveillance du réseau Sentinelles et de l’Institut de veille sanitaire (InVS). Les participants déclarant des symptômes compatibles avec un syndrome grippal ont été 38% à consulter un professionnel de santé, (ces chiffres étaient similaires à ceux observés lors de la première saison). Parmi les participants réguliers de GrippeNet.fr, 34% étaient vaccinés contre la grippe saisonnière contre 20% dans la population générale.

Objectifs de la nouvelle saison 2013 – 2014

Si le nombre de participants a été très encourageant l’année dernière (et même supérieur à celui observé dans d’autres pays européens qui avaient lancé leur dispositif de surveillance de la grippe en population avant la France), il reste pour le moment insuffisant pour pouvoir étudier l’évolution de l’épidémie de grippe selon différents sous-groupes de population, notamment auprès des hommes et des jeunes participants.

Pour que les estimations de GrippeNet.fr soient les plus fiables possibles, il est important que le plus grand nombre y participe, quel que soit son état de santé (peu sensible aux infections hivernales ou souvent malade en hiver), son âge, son métier, etc. 


Pour cette troisième saison, plusieurs nouveautés sont à noter :

  • Amélioration du « retour d’information » fait aux participants dans leur espace personnel

Après avoir rempli des questionnaires hebdomadaires, le participant aura désormais accès à un retour personnalisé de ses résultats, avec des nouveautés graphiques et stylistiques. Ce système lui permettra aussi de comparer ses propres résultats (niveau de participation, symptômes présentés, etc.) à ceux d’autres groupes de participants (par exemple ceux du même groupe d’âge, ou du même sexe).

  • Parrainage

Chaque participant pourra via son compte parrainer de nouveaux participants. Il suffira pour cela de renseigner l’adresse e-mail des personnes invitées à participer à GrippeNet.fr. Un mail d’invitation expliquant l’étude leur sera envoyé.

  • De nouvelles fonctionnalités à découvrir au fil de la saison…

Les nouvelles fonctionnalités introduites au cours de la saison 2013-2014 permettront de rendre la participation à GrippeNet.fr plus ludique, pour stimuler davantage l’adhésion d’un plus grand nombre de personnes au projet.

  • Mise à disposition d’un flux RSS sur le site www.grippenet.fr avec des cartes et graphiques de l’étude
  • De nouvelles actions prévues en Corse (grâce au soutien de la Collectivité Territoriale Corse)

 

Rappel du projet GrippeNet.fr

Ce système de surveillance a été lancé fin janvier 2012 par l’équipe du réseau Sentinelles (unité mixte de recherche Inserm – Université Pierre et Marie Curie) et l’Institut de Veille Sanitaire.

Le système GrippeNet.fr permet de recueillir directement auprès de la population métropolitaine des données épidémiologiques sur la grippe, grâce à Internet. Les données recueillies par GrippeNet.fr n’ont pas vocation à remplacer les informations validées par des professionnels de santé, mais apportent des informations complémentaires, notamment sur les personnes malades qui ne consultent pas de structure de santé.

Pour participer à GrippeNet.fr,  quelques minutes suffisent. Lors de l’inscription sur le site, seule une adresse email est requise. Après avoir rempli un questionnaire, le participant est invité chaque semaine à remplir un bref questionnaire récapitulant les symptômes qu’il a eus ou non depuis sa dernière connexion (fièvre, toux…). Ces données anonymes sont immédiatement analysées et contribuent en temps réel à la surveillance de la grippe en France. La participation à ce programme ne se substitue évidemment pas à une visite chez son médecin généraliste.

GrippeNet.fr est un projet financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du projet HARMS-flu (approches multi-échelles pour la modélisation de la propagation de la grippe en France). GrippeNet.fr s’intègre dans une démarche européenne de surveillance du syndrome grippal en population, Influenzanet. Pour cette nouvelle saison, 9 autres pays européens sont dotés d’un système comparable à GrippeNet.fr, et plus de 40 000 européens ont participé à cette surveillance durant la saison 2012-2013.

Faire de l’exercice pour prévenir les conséquences des chutes chez les personnes âgées

Des programmes d’exercices physiques bien conçus peuvent limiter le risque de blessures consécutives aux chutes chez les personnes âgées. Selon un article publié ce jour par l’équipe de Patricia Dargent directrice de recherche Inserm (Unité Inserm 1018  » Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations »), non seulement la pratique d’un tel exercice peut réduire les chutes mais également leur gravité. Ces programmes permettraient d’éviter par exemple les fractures  (col du fémur) qui nécessitent des soins médicaux et entrainent une perte d’autonomie parfois importante chez les personnes âgées.
Ces résultats obtenus à partir d’une revue de la littérature sont publiés dans le British Medical journal.

photo exercice vieux 

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A partir d’un certain âge, certaines activités qui semblaient banales peuvent vite provoquer un accident (glisser sur un tapis, monter sur un escabeau pour remplacer une ampoule, etc.). De plus, tandis qu’une chute peut être sans réelle gravité chez une personne en bonne santé (qui s’en tire avec un gros bleu), elle peut se révéler grave et handicapante pour une personne âgée. Ces blessures sont très communes et représentent une cause majeure de douleur à long terme et une diminution de certaines capacités fonctionnelles. Elles augmentent aussi le risque de perte d’autonomie et la nécessité d’avoir recours à une maison de repos ce qui représente un fort coût économique.

Si l’effet de l’exercice sur la prévention des chutes avait déjà été démontré, leur impact sur la survenue de blessures graves n’avait pas été pris en compte. Il a été analysé par des chercheurs de l’Inserm qui ont passé en revue tous les programmes existants pour voir s’ils étaient associés à un risque significativement inférieur de fractures ou d’autres blessures graves.

Leur étude a inclus 17 essais menés dans le monde entier; soit un total de 2195 participants faisant de l’exercice et 2110 n’en faisant pas (groupes témoins). L’âge moyen des participants à ces programmes était de 76 ans et 77 % d’entre eux étaient des femmes.

Parmi les programmes recensés, deux d’entre eux consistaient à faire du Tai-chi tandis que les autres consistaient à faire des exercices simples d’entraînement de l’équilibre, le plus souvent associés à des exercices de renforcement musculaire.

Les résultats de la méta-analyse suggèrent que ce type de programme permet de réduire significativement le taux de chutes entraînant un traumatisme grave, une fracture et/ou nécessitants des soins médicaux.

Cette étude, la première de sa sorte, suggère que réduire le risque de tomber et améliorer les réflexes de protection lors d’une chute (comme mettre les mains devant soi ) en faisant régulièrement des exercices ciblés pourrait être un  moyen simple et faisable pour empêcher les fractures et d’autres blessures graves chez les personnes âgées. II s’agit pour les chercheurs d’une « preuve supplémentaire pour encourager des patients à participer aux programmes d’exercices de prévention des chutes ».

Pour aller plus loin

L’équipe de Patricia Dargent mène en ce moment en France un programme de recherche baptisé ‘Ossébo. Il s’agit d’un essai contrôlé randomisé de préservation de l’équilibre et de prévention des chutes et des fractures par l’exercice physique, réalisé chez des femmes âgées de plus de 75 ans vivant à leur domicile.  Les premiers résultats de ce programme devraient être publiés en 2014.

Le profil des consommateurs de produits Bio en France

Le style de vie, les consommations alimentaires, les apports nutritionnels et l’état de santé des consommateurs de produits de l’agriculture biologique (Bio) n’ont fait l’objet que de peu d’études scientifiques au plan international, ainsi qu’en France, malgré l’intérêt et le nombre croissant des consommateurs de produits Bio. Dans ce protocole spécifique réalisé dans le cadre de l’étude NutriNet-Santé, l’attitude et la fréquence de consommation de 18 produits Bio, dont 16 aliments, ont été évalués dans un sous-échantillon de 54 311 nutrinautes adultes. Les résultats sont publiés dans la revue PlosOne

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Globalement, les produits Bio sont perçus comme étant meilleurs pour la santé (69,9 %) et pour l’environnement (83,7 %). 51% des répondants les considèrent comme « trop chers ».


Une analyse statistique par “cluster” (groupes) a permis d’identifier des « comportements types » vis à vis de la consommation Bio.

Les non-consommateurs (NC) =19 193. Ils se répartissent en 3 groupes différents en fonction de la raison de non-consommation de produits Bio : a) manque d’intérêt pour ces produits, b) attitude d’évitement (évitent de consommer ces produits) ou c) coût trop cher (ne consomment pas ces produits car considèrent que prix est trop élevé).

Les consommateurs de produits Bio : consommateurs occasionnels (OC = 27 512) ou réguliers (RC = 7 606).

Les consommateurs réguliers de produits Bio présentent des caractéristiques différentes, par rapport aux non consommateurs :

  • Ils ont un niveau plus élevé d’éducation et sont physiquement plus actifs, mais ont un niveau de revenus comparables aux non-consommateurs Bio (excepté pour le groupe des non consommateurs qui invoquent un coût trop cher pour ne pas consommer les produits Bio).
  • Leurs choix alimentaires tendent plus vers des produits végétaux et peu raffinés chez les hommes (H) et les femmes (F) : plus de fruits (H+20% et F+31%), de légumes (HF+ 27 %), de légumes secs (H+49% et F+85%), de fruits à coque (noix, amandes, noisettes : H+239% et F+381 %), d’huiles végétales (HF+37%), de céréales complètes (H+247% et F+153%), avec moins de boissons sucrées (H-34% et F-46%) ou alcoolisées (H-18% et F-8%), de charcuteries (HF-31%),  de lait (HF-43%) et de fastfoods (H-22% et F-25%).  Leur alimentation globale (mesurée à l’aide d’un score validé) est plus proche des recommandations du PNNS.
  • Leurs apports caloriques moyens journaliers sont identiques, mais leurs apports sont plus élevés pour les vitamines et minéraux (+10 à 20%), les acides gras oméga-3 (+20%) et les  fibres (+27 %).

Enfin, après ajustement (prise en compte des différences observées par ailleurs entre non consommateurs et consommateurs réguliers), ils ont une moindre probabilité d’être en surpoids (H-36% et F-42%) ou d’être obèse (H-62% et -48%).
Il est observé que les consommateurs occasionnels ont des données intermédiaires entre les non consommateurs et les consommateurs réguliers pour les paramètres étudiés.

En conclusion, les consommateurs réguliers de produits Bio ont des caractéristiques socio-démographiques particulières et globalement un profil plus en accord avec le concept d’alimentation durable, et plus bénéfique pour la santé. Les effets à long terme sur l’état nutritionnel et le risque ou la protection de maladies chroniques seront étudiés plus en détails durant le suivi de cette cohorte qui devrait durer encore au moins 5 ans.

L’exposition à la pollution atmosphérique augmente le risque de donner naissance à des bébés de petit poids

L’exposition de la femme enceinte aux polluants atmosphériques et au trafic routier augmente de manière significative le risque de retard de croissance fœtale, même à des niveaux bien inférieurs aux niveaux stipulés dans les directives actuelles de l’Union européenne (UE) sur la qualité de l’air. Ces conclusions publiées aujourd’hui dans The Lancet Respiratory Medicine sont les résultats d’une des plus vastes études de cohorte de ce type coordonnée en France par Remy Slama (Unité Inserm 823 « Institut Albert Bonniot, Grenoble) en lien avec plusieurs équipes de chercheurs dans toute l’Europe (projet Escape).

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En s’appuyant sur les données de la European Study of Cohorts for Air Pollution Effects (ESCAPE – Étude européenne de cohortes sur les effets de la pollution atmosphérique), les investigateurs ont réuni les données de 14 études de cohorte menées dans 12 pays européens et impliquant 74 000 femmes ayant accouché (hors grossesses multiples) entre 1994 et 2011.

Les concentrations de polluants atmosphériques (dioxyde d’azote et particules fines en suspension, ou PM2,5) ont été évaluées durant la grossesse à l’adresse du domicile de chaque femme. La densité du trafic sur la route la plus proche et le volume total de trafic sur toutes les routes principales dans un rayon de 100 m autour du lieu de résidence ont également été enregistrés.

Les chercheurs estiment que pour toute augmentation de 5 microgrammes par mètre cube (5µg/m³) de l’exposition aux particules fines pendant la grossesse, (particules que l’on trouve par exemple dans les gaz d’échappement et les émissions liées au chauffage et aux activités industrielles), le risque de donner naissance à un bébé de petit poids (inférieur à 2500 g pour un enfant né après 37 semaines de grossesse) à terme augmente de 18 %. Il est important de noter que ce risque accru persiste à des taux inférieurs à la limite annuelle actuelle fixée par les directives de l’UE sur la qualité de l’air, qui est de 25 µg/m³ pour les particules fines.

Plusieurs polluants atmosphériques, et plus particulièrement les particules fines (PM2,5 – avec un diamètre de 2,5 micromètres ou moins), ainsi que la densité du trafic, sont associés avec une augmentation du risque de petit poids de naissance à terme et avec une réduction de la circonférence crânienne moyenne à la naissance, après prise en compte des autres facteurs tels que le tabagisme maternel, l’âge, le poids et le niveau d’éducation de la mère.

« Un faible poids de naissance est associé à des problèmes de santé dans l’enfance, ainsi qu’à l’âge adulte. » explique Rémy Slama, directeur de recherche Inserm et principal auteur de cette étude.

Les taux d’exposition moyens aux PM2,5 pendant la grossesse dans la population étudiée allaient, selon la zone, de moins de 10 μg/m³ à près de 30 μg/m³. Les chercheurs ont estimé que si les niveaux de PM2,5 étaient réduits à 10 µg/m³ (la valeur cible annuelle de l’OMS), 22 % (intervalle de confiance, 8 à 33%) des cas de petits poids de naissance à terme pourraient être évités.

« Ces résultats suggèrent qu’une proportion importante des cas de petit poids de naissance à terme pourrait être évitée en Europe si la pollution de l’air urbain, et en particulier les particules fines, diminuait », conclut Remy Slama, directeur de recherche Inserm

Etre déprimé n’expose pas à un risque de cancer accru

L’impact de la dépression sur la survenue d’un cancer a longtemps été suspecté sans pour autant qu’aucune étude ne vienne confirmer ou infirmer cette hypothèse de manière certaine. Ces liens ont été explorés par Cédric Lemogne dans l’équipe de Marie Zins (Unité mixte de recherche 1018 « Centre de recherche en Épidémiologie et santé des populations» Inserm, AP-HP, Université Versailles Saint-Quentin) sur 14 203 personnes suivies entre 1994 et 2009 parmi lesquelles 1119 ont développé un cancer diagnostiqué par un médecin. Toutes les absences pour dépression certifiées par des médecins ont été collectées ainsi que plusieurs questionnaires mesurant l’humeur dépressive. Les résultats à paraitre dans The American Journal of Epidemiology ne montrent aucune association significative entre le fait d’avoir connu des symptômes dépressifs au cours de sa vie et la survenue ultérieure d’un cancer.

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L’augmentation toujours plus importante du nombre de cancers en France préoccupe à la fois les personnels de santé, les patients et leurs familles. Alors que le monde de la recherche n’a pas encore résolu toutes les énigmes du fonctionnement du cancer, certaines personnes attribuent parfois l’apparition d’un cancer à une histoire personnelle douloureuse. « Les idées reçues ont parfois la vie dure » explique Cédric Lemogne, psychiatre à l’Hôpital Européen Georges Pompidou (AP-HP) dans l’unité du Pr. Consoli (Université Paris Descartes) et principal auteur d’une nouvelle étude sur les liens entre ces deux pathologies. 

« Dès Hippocrate et les débuts de la médecine, on associait déjà la présence de « bile noire », qui a donné le terme mélancolie, au développement des tumeurs malignes. Aujourd’hui, certains arguments circulent sur le fait que la dépression pourrait être un facteur de risque de cancer. »

Ils sont étayés par plusieurs études scientifiques mais concrètement, aucune des méta-analyses existantes n’a jamais réussi à affirmer ou infirmer ces hypothèses.

Les chercheurs de l’Inserm ont donc exploré ces liens en menant l’étude épidémiologique la plus solide possible. De ce point de vue, il était important de disposer, sur une cohorte assez grande, de données valides à la fois concernant l’apparition d’un cancer (cas de cancer validés, dates de diagnostic précises, données d’incidence et non de mortalité) et sur les évènements dépressifs.

L’ensemble des données médicales de 14 203 personnes participant depuis 1989 à la cohorte GAZEL des anciens employés d’EDF-GDF ont été recueillies de 1994 à 2009. La survenue d’évènements dépressifs a été mesurée d’après les réponses apportées par les participants à un questionnaire spécifique tous les 3 ans pendant 15 ans et par les diagnostics de dépression faits par des médecins à l’occasion d’un arrêt de travail entre 1989 et 1993.

Sur la base de tous ces éléments, aucune association significative n’a été retrouvée entre la survenue d’une dépression et la survenue ultérieure des 5 types de cancer suivis dans cette étude (prostate, sein, côlon, cancer associé au tabac, et cancer des organes lymphoïdes ou hématopoïétiques). Etre déprimé n’expose donc pas à un risque accru de cancer.

En revanche, l’annonce d’un cancer peut susciter des symptômes dépressifs. Au-delà des résultats de cette étude, les chercheurs soulignent qu’il est nécessaire de rassurer les patients. « Combien de fois peut-on entendre l’entourage leur dire « il faut te battre, être fort pour vaincre le cancer ». Comme s’il était anormal voire dangereux de se sentir abattu. Je crois que les patients ne doivent pas s’inquiéter s’ils se sentent déprimés. Ce qui est important, c’est de bien suivre tous les traitements : contre le cancer d’une part et contre la dépression d’autre part ».

Pour aller plus loin

Même si elles ne sont pas responsables de la survenue d’un cancer, les maladies mentales sont toutefois associées à un risque plus important de mortalité par cancer. Les personnes en situation dépressive pourraient avoir tendance à négliger leur santé ou avoir du mal à être prises au sérieux. Si cela aboutit à un retard au diagnostic, ces personnes pourraient, à risque égal, arriver trop tard dans la prise en charge d’un cancer. Dans l’avenir, il sera aussi important de redéfinir l’accompagnement médical des personnes souffrant de troubles mentaux.

Ces travaux ont bénéficié du soutien de l’Institut de Recherche en santé publique et de la fondation d’entreprise du groupe Pasteur Mutualité.

Les cyclistes du Tour de France vivent 6 ans de plus que la population française

De Tom Simpson à Marco Pantani et Laurent Fignon, de nombreux cyclistes professionnels ont perdu la vie prématurément. Ces décès dramatiques ont amené à s’interroger sur les risques à long terme liés à la pratique du haut niveau, et du cyclisme sur route en particulier, et constituent l’une des demandes fortes de la récente commission sénatoriale de lutte contre le dopage. Pour autant, depuis plus de 20 ans et dans de nombreuses disciplines, plusieurs études ont montré que les sportifs présentaient une durée de vie supérieure à la moyenne.

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Pour mieux comprendre ce paradoxe, l’IRMES (Institut de Recherche bioMédicale et d’Épidémiologie du Sport, INSEP, Université Paris Descartes, AP-HP, Inserm), le Centre d’Expertise de la mort subite (Inserm, AP-HP, Université Paris Descartes), l’Institut Imagine (Hôpital Necker, AP-HP, Université Paris Descartes, Inserm), le labex GrEX (Université Paris Descartes, Inserm, CNRS, Hôpital Necker, AP-HP) et le Centre d’Épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC, INSERM) ont étudié la longévité des cyclistes français ayant terminé au moins une fois le Tour de France depuis 1947.

Menées par Eloi Marijon, ces équipes ont en effet mesuré la durée de vie de tous les cyclistes français (786) engagés sur le Tour de France depuis la fin de la seconde guerre mondiale (ils représentent 30% de tous les engagés). Elles ont analysé les causes de mortalité sur cette période (la totalité des causes est accessible depuis 1968) : 208 cyclistes (26% du total) étaient décédés au 1er septembre 2012, dont près des deux tiers de cause cancéreuse ou cardiovasculaire.

La mortalité de ces sportifs est 41% plus faible que celle de la population générale.

 Dans l’analyse des causes spécifiques, ce résultat reste valable tant pour la mortalité par cancer (inférieure de 44%) que pour la mortalité respiratoire (inférieure de 72%) ou cardio-vasculaire (inférieure de 33%). Ces réductions de mortalité sont associées à une augmentation de leur durée de vie, calculée à 6,3 ans de plus que celle de la population générale.

Les décès traumatiques (accidents de la route liés à la pratique du cyclisme) ne diffèrent pas de la population générale masculine. Ces causes externes prédominent chez les coureurs décédés jeunes, expliquant la tendance observée (mais non significative) à une mortalité plus importante chez les cyclistes de moins de 30 ans.

Pour expliquer les résultats épidémiologiques très importants de ces sportifs de haut niveau, il faudra maintenant chercher du côté des prédispositions (en particulier génétiques), des relations désormais bien établies entre performance physique et durée de vie, des avantages sociétaux qu’ils ont pu retirer par la suite ainsi que des modes de vie sains qu’ils maintiennent après leur carrière. Nombre d’entre eux poursuivent en effet une pratique sportive longtemps après leur activité professionnelle et très peu fument. Par ailleurs, les effets potentiels du dopage ont été analysés par la mesure des taux de mortalité sur trois périodes. Des années 1950-1960 (époque des amphétamines) aux années 1970-1980 (stéroïdes anabolisants), le taux de mortalité n’a pas changé. Et malgré les circonstances singulières des vingt dernières années (recours fréquent à l’EPO et aux hormones de croissance, de 1991 à nos jours), la longévité des athlètes français ne s’est pas non plus réduite récemment. Il n’est toutefois pas encore possible d’estimer la longévité à long terme des athlètes de cette dernière période, les résultats présentés ici ne constituant qu’une analyse préliminaire à suivre avec attention.

Il sera également intéressant de réaliser une comparaison à terme avec les équipiers d’autres nations et d’évaluer les modes de prise en charge spécifiques et le suivi longitudinal organisés par les fédérations et institutions françaises ainsi que leur effet sur la performance.

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