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Le vaccin contre les papillomavirus humains (HPV) a-t-il un effet sur la fertilité ?

Une rumeur affirme que la vaccination contre le papillomavirus nuirait à la fertilité, mais elle ne résiste pas à l’examen des données scientifiques. Au contraire,ce sont les pathologies liées au virus qui peuvent compromettre la capacité à concevoir.

Le calendrier vaccinal recommande la vaccination contre les HPV pour toutes les filles et tous les garçons de 11 à 14 ans, afin de leur assurer une protection avant le début de leur vie sexuelle (image d’illustration). Crédit : Adobe Stock

Les papillomavirus humains (HPV) sont transmis lors des relations sexuelles. Très fréquente, cette infection passe le plus souvent inaperçue, mais elle est à l’origine de 99% des cancers du col de l’utérus et peut aussi provoquer d’autres cancers génitaux (vulve, vagin, pénis), de l’anus et de la sphère ORL (bouche et gorge). Cela fait près de vingt ans (première autorisation en 2006(i))  qu’il existe un vaccin capable de prévenir ces cancers en préparant le système immunitaire à se défendre contre les HPV. Depuis 2018, ce vaccin a vu sa protection s’élargir à jusqu’à offrir de protéger aujourd’hui contre 97% des lésions précancéreuses et verrues génitales liées au HPV. Pourtant, si de plus en plus de jeunes collégiens se font vacciner(ii), ce nombre doit encore progresser pour permettre de diminuer massivement les cancers associés.

Une désinformation circule selon laquelle la vaccination des adolescents contre les infections à papillomavirus humains (HPV) pourrait nuire à leur fertilité future. Les études scientifiques les plus récentes démontrent non seulement l’absence d’impact négatif du vaccin sur la fertilité, mais soulignent au contraire que les diverses pathologies génitales liées virus lui-même menacent la capacité à concevoir.

Les infections liées aux HPV, un risque pour la fertilité

Pour comprendre les effets de ce vaccin sur la fertilité, il faut d’abord s’intéresser aux effets des HPV sur celle-ci. La menace la plus grave est bien sûr celle des cancers induits par l’HPV car leur traitement par chirurgie ou radiothérapie ne peut préserver la fertilité qu’en cas de diagnostic très précoce. Même hors de toute complication cancéreuse, la plupart des études indiquent que l’infection latente (pré-cancéreuse) par les HPV a plutôt un impact négatif sur la fertilité, en particulier masculine.

Chez les femmes

Bien que toutes les études menées ne s’accordent pas sur l’existence d’un lien direct des HPV avec l’infertilité féminine, certaines études semblent suggérer une possible aggravation du risque de fausse couche chez les femmes infectées par des HPV (1,2,3).
Toutefois d’autres études ne retrouvent pas de lien entre infection par les HPV et diminution de la fertilité féminine (2,4,5).

Chez les hommes

L’altération de la fertilité masculine par l’infection HPV est en outre bien démontrée. En effet, ces virus présentent la particularité d’adhérer à la surface des spermatozoïdes. Ce phénomène est observé dans la totalité des spermes infectés. Selon plusieurs études (résumées dans 6), l’infection par le HPV chez l’homme est associée à :

  • une baisse significative du volume de l’éjaculat et du nombre de spermatozoïdes ;
  • une faible mobilité de leur part (asthénozoospermie) ;
  • une augmentation de la fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes ;
  • des variations de pH ;
  • l’apparition d’anticorps dirigés contre les spermatozoïdes, ce qui réduirait leur mobilité et, donc, la fertilité.

Cet effet des HPV sur les spermatozoïdes se traduit par une diminution avérée de la fertilité des couples  : une étude (4) a montré qu’une infection par les HPV chez le partenaire masculin augmente significativement le risque de fausse couche et diminue la probabilité de grossesse ainsi que de grossesse menée à terme. Parce que des HPV sont retrouvés dans le sperme d’un homme infertile sur 5 (6), leur rôle dans l’infertilité est donc probablement significatif.

La vaccination contre les HPV en pratique
Le calendrier vaccinal recommande la vaccination contre les HPV avec le vaccin GARDASIL pour toutes les filles et tous les garçons de 11 à 14 ans, afin de leur assurer une protection avant le début de leur vie sexuelle. Un rattrapage est possible pour tous les adolescents de 15 à 19 ans révolus (voire 26 ans pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes). Cette vaccination est plus efficace chez les adolescents qui n’ont pas encore eu de rapports sexuels ayant pu les exposer au virus.

Le vaccin contre les HPV a-t-il un effet sur la fertilité ?

Lors des phases de recherche qui ont précédé sa commercialisation, le vaccin contre les HPV (GARDASIL 9) a été étudié chez des rats, notamment pour évaluer en un éventuel effet sur la fertilité.

Aucun tel effet n’a été observé ni chez les rats mâles (7), ni chez les femelles (8), ni chez leurs descendantes (éliminant tout impact à long terme sur les générations nées d’animaux vaccinés) (8).

Chez les femmes

Au moment de la commercialisation de GARDASIL, aucune donnée sur la fertilité (féminine ou masculine) n’était disponible dans l’espèce humaine. Son dossier d’enregistrement ne mentionne que l’absence d’effet chez les rats (9).

Aucun vaccin n’a jamais montré d’effet négatif sur la fertilité et rien ne peut laisser penser que le vaccin contre les HPV soit différent à ce niveau.

Deux études, l’une américaine et l’autre arménienne, ont suivi la fertilité de groupes de femmes vaccinées en les comparant avec celle de femmes non vaccinées. L’étude américaine (10), portant sur 1 100 femmes, n’a révélé aucun lien entre la vaccination contre le HPV à tout âge et l’infertilité (telle que signalée par ces femmes). L’étude arménienne (11), portant sur 98 femmes vaccinées, a conclu à l’absence d’impact négatif du vaccin sur les indicateurs de la fertilité dans la cohorte vaccinée.

En novembre 2025, l’Institut Cochrane a publié les résultats de l’analyse croisée des données scientifiques disponibles (225 études, 132 millions de personnes vaccinées). Dans ses conclusions, cet institut indique que : « Les parents s’inquiètent souvent de savoir si le vaccin contre le HPV provoque l’infertilité. Notre étude a démontré avec un haut degré de certitude que le vaccin contre le HPV ne provoque pas de problèmes de fertilité. »

Chez les hommes

Parce que l’infection par les HPV augmente clairement le risque d’infertilité chez les hommes, les scientifiques ont cherché à savoir si les hommes vaccinés étaient plus fertiles que ceux non vaccinés.

En raison d’une étude préliminaire montrant que le vaccin contre le HPV diminuait la présence d’HPV dans le sperme et en améliorait la qualité (12) , une étude intéressante (13) a été menée sur 151 couples infertiles chez lesquels le HPV avait été détecté dans le sperme.  On avait conseillé à ces couples  une vaccination contre le HPV, pour essayer de diminuer la quantité d’HPV dans le sperme. Environ la moitié d’entre eux ont refusé la vaccination ce qui a ainsi constitué un groupe témoin.

Les résultats ont montré une amélioration significative de la mobilité des spermatozoïdes dans le groupe vacciné. Cela s’est traduit concrètement :

  • 30 grossesses ont été obtenues dans le groupe vacciné (39 % des couples), contre seulement 11 dans le groupe témoin (15 %), ce qui est une différence statistiquement significative ;
  • Le groupe vacciné a enregistré 29 naissances pour une seule fausse couche, alors que le groupe témoin n’a comptabilisé que 4 naissances pour 7 fausses couches, une différence également significative sur le plan statistique.

En bref, que faut-il retenir ?

En conclusion, tout indique que la vaccination contre les HPV, chez les adolescentes et les adolescents, n’affecte pas leur fertilité future et contribue même à la préserver. En empêchant l’infection chez les hommes, elle réduit le risque d’infertilité liée aux effets du HPV sur les spermatozoïdes. Ainsi, au-delà d’une efficacité confirmée pour prévenir les nombreux cancers dus à ces virus et leur impact dramatique sur la morbidité, la mortalité et, de ce fait la fertilité, le vaccin contre les HPV apparaît comme un outil supplémentaire pour lutter contre l’une des causes d’infertilité.

Cet article a été publié initialement par le Service Public d’Information en Santé (SPIS), qui met à la disposition du grand public des informations pertinentes, solides et utiles sur sante.fr. Il a bénéficié de l’expertise et de la relecture d’Eric Tartour, responsable de l’équipe « Immunothérapie et traitement anti-angiogénique en cancérologie » à l’Inserm, et Michel Cogné directeur d’équipe Inserm, membre du Conseil d’Administration de la Société Française d’Immunologie (SFI) .

Sources

i – Le 1er vaccin sur le marché (Gardasil) a obtenu sa première autorisation de mise sur le marché par la Food and Drug Administration () et L’Agence européenne des médicaments (EMA) en 2006, et son autorisation de mise sur le marché en France en 2007.

ii –  Vaccination en France. Bilan de la couverture vaccinale en 2024, Santé publique France

1 – Xiong YQ, Mo Y, Luo QM et al. The Risk of Human Papillomavirus Infection for Spontaneous Abortion, Spontaneous Preterm Birth, and Pregnancy Rate of Assisted Reproductive Technologies: A Systematic Review and Meta-Analysis. Gynecol Obstet Invest 2018;83(5):417-427. doi: 10.1159/000482008
https://karger.com/goi/article-abstract/83/5/417/154120/The-Risk-of-Human-Papillomavirus-Infection-for?redirectedFrom=fulltext

2 – Yuan S, Qiu Y, Xu Y & Wang H. Human papillomavirus infection and female infertility: a systematic review and meta-analysis. Reprod Biomed Online. 2020;40(2):229-237. doi: 10.1016/j.rbmo.2019.10.019
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31987733/

3 – Boussetta-Charfi O, Pillet S & Bourlet T. Impact of Human Papillomavirus (HPV) on Male and Female Fertility. Pathogens 2024;13(12) 1076. doi: 10.3390/pathogens13121076
https://www.mdpi.com/2076-0817/13/12/1076

4 – Siristaditis C, Vaidakis D, Serdetaki E & Martins WP. Effect of human papilloma virus infection on in-vitro fertilization outcome: systematic review and meta-analysis. Ultrasound Obstet Gynecol. 2018;51(1):87-93. doi: 10.1002/uog.17550
https://obgyn.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/uog.17550

5 – Nøhr  B, Krüger Kjaer S, Soylu L & Jensen A. High-risk human papillomavirus infection in female and subsequent risk of infertility: a population-based cohort study. Fertil Steril. 2019;111(6):1236-1242. doi: 10.1016/j.fertnstert.2019.02.001
https://www.fertstert.org/article/S0015-0282(19)30079-2/fulltext

6 – Bourlet T. Papillomavirus : quel impact sur la procréation ? Médecine de la Reproduction 2021/2;23,144-151
https://stm.cairn.info/revue-medecine-de-la-reproduction-2021-2-page-144?lang=fr#s1n4

7 – Wise LD, Pauley CJ, Michael B & Wolf JJ. Lack of effects on male fertility from a quadrivalent HPV vaccine in Sprague-Dawley rats. Birth Defects Res B Dev Reprod Toxicol. 2010;89(5):376-81. doi: 10.1002/bdrb.20259
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20836123/

8 – Wise LD, Wolf JJ, Kaplanski CV et al. Lack of effects on fertility and developmental toxicity of a quadrivalent HPV vaccine in Sprague-Dawley rats. Birth Defects Res B Dev Reprod Toxicol. 2008;83(6):561-72. doi: 10.1002/bdrb.20174
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19025783/

9 – GARDASIL 9. Résumé des caractéristiques du produit, 2017

https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/65017887/extrait#tab-rcp-et-notice

10 – Schmuhl NB, Mooney KE, Zhang X et al. No association between HPV vaccination and infertility in U.S. females 18-33 years old. Vaccine. 2020;38(24):4038-4043. doi: 10.1016/j.vaccine.2020.03.035
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/pmid/32253100/

11 – Ter-Minasyan V. Fertility functions in 4vHPV vaccinated Armenian cohort. Georgian Med News. 2024 Jun:(351):33-37.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39230217/
12 – Foresta C et al Ebiomedicine 2015

13 – Garolla A, De Toni L, Bottacin A et al. Human Papillomavirus Prophylactic Vaccination improves reproductive outcome in infertile patients with HPV semen infection: a retrospective study. Sci Rep. 2018;8(1):912. doi: 10.1038/s41598-018-19369-z
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/pmid/29343824/

Non, une étude récente ne montre pas que le vaccin contre la Covid-19 provoque des caillots sanguins

Dans de précédentes recherches, les scientifiques avaient déjà montré la présence de ces caillots chez des patients atteints de Covid long, avant le développement des premiers vaccins contre la Covid-19 (image d’illustration). © Adobe stock

Une étude récente publiée dans la revue Journal of Medical Virology fait l’objet de rumeurs erronées. [1] D’après les conclusions des scientifiques, les personnes souffrant de Covid long présentent dans le sang une quantité importante de microcaillots amyloïdes, des petits caillots sanguins composés notamment de protéines que l’organisme a du mal à éliminer naturellement.

Mais sur les réseaux sociaux, certains internautes ont aussitôt déformé ces résultats. Selon eux, ces microcaillots ne seraient pas liés à l’infection mais aux vaccins contre la Covid-19, au motif qu’une grande partie (95,5 %) des 98 participants inclus dans l’étude étaient vaccinés.

La rumeur établit aussi un lien entre les résultats de cette étude et une autre idée fausse très répandue dans les milieux anti-vaccins, selon laquelle des caillots blancs observés lors d’autopsies seraient causés par les vaccins à ARN messager. Cependant, ces interprétations sont infondées et ne reposent sur aucun élément scientifique.

Pourquoi c’est faux

Tout d’abord, il faut savoir que même chez les personnes en bonne santé, on trouve en petite quantité les microcaillots amyloïdes décrits dans l’étude. De plus, lors de précédentes recherches, les scientifiques avaient déjà montré la présence de ces caillots chez des patients atteints de formes prolongées de la Covid-19, avant l’autorisation des premiers vaccins. [2] Leur présence n’a donc aucun lien avec la vaccination.

L’étude ne permet pas de comparer l’état de santé des personnes vaccinées et non vaccinées. Les chercheurs n’ont pas analysé le statut vaccinal des participants et n’ont donc jamais cherché à établir un lien entre vaccination et microcaillots.

Le fait que tous les participants, ou presque, soient vaccinés, à la fois dans le groupe de personnes atteintes de Covid long (45 sur 50) et dans le groupe de patients en bonne santé (38 sur 38), s’explique simplement par le contexte. L’étude a été menée en 2024, quand la majorité de la population était déjà vaccinée dans les pays où les participants de l’étude ont été recrutés, la France et l’Afrique du Sud.

En France métropolitaine, 83 % des adultes déclaraient disposer d’un schéma vaccinal complet contre la Covid-19 dès la fin de l’année 2022, selon une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). [3] En Afrique du Sud, 51,5 % des adultes avaient reçu au moins une dose en avril 2023, d’après le ministère de la Santé de ce pays. [4]

Cette proportion reflète donc uniquement la réalité du terrain au moment du recrutement et ne permet de tirer aucune conclusion sur les vaccins.

Ce que l’étude montre vraiment

L’objectif des scientifiques n’était pas d’établir un lien entre la vaccination et la présence de ces microcaillots, mais simplement de mieux comprendre ce qu’il se passe dans le corps des personnes souffrant de Covid long.

Ils ont découvert que les personnes souffrant dans cette maladie ont dans le sang beaucoup plus de microcaillots amyloïdes. Dans leur expérience, chez les malades, ces caillots étaient en moyenne 19 fois plus nombreux et souvent plus gros que chez les personnes en bonne santé.

Ces microcaillots sont problématiques car l’organisme a du mal à les éliminer. Ils peuvent bloquer la circulation sanguine dans les petits vaisseaux et réduire l’apport en oxygène aux tissus, ce qui pourrait expliquer certains symptômes du Covid long, comme des microthromboses, la fatigue, les douleurs ou les troubles de la concentration.

L’étude montre aussi que ces microcaillots sont renforcés par des structures appelées « pièges extracellulaires de neutrophiles », un mélange d’ADN et d’enzymes qui servent normalement à neutraliser les microbes. Mais lorsqu’ils se forment en trop grande quantité, en réaction à l’inflammation, ces pièges se fixent aux microcaillots et les rendent plus résistants, ce qui entretient une inflammation chronique.

En revanche, l’étude ne montre aucun lien entre vaccination et microcaillots. Les caillots plus nombreux et plus volumineux décrits par les chercheurs ont été observés chez des personnes atteintes de Covid long, dont les symptômes peuvent aussi bien toucher des individus vaccinés que non vaccinés.

De plus, une étude publiée dès juillet 2020, bien avant l’arrivée des premiers vaccins, suggérait déjà que certaines personnes présentaient des symptômes persistants plusieurs semaines ou mois après l’infection par le SARS‑CoV‑2, le virus responsable de la Covid‑19 et de ses manifestations prolongées.

Pourquoi la rumeur selon laquelle des caillots blancs observés lors d’autopsies seraient causés par les vaccins à ARN est-elle aussi fausse ?

La rumeur relie les résultats de cette étude à une autre idée fausse très répandue dans les milieux anti-vaccins : selon elle, des caillots blancs observés lors d’autopsies, dont les images ont largement circulé sur les réseaux sociaux, notamment en Thaïlande, seraient causés par les vaccins à ARN messager.

En réalité, les « caillots blancs » visibles sur ces vidéos et captures d’écran virales sont des agrégats de fibrine post-mortem, que l’on retrouve sur tous les cadavres et qui n’ont aucun lien avec les vaccins contre la Covid-19, selon les autorités sanitaires thaïlandaises et les experts légistes interrogés par l’Agence France Presse. Ces formations sont considérées comme normales en autopsie et ne constituent pas un nouveau type de thrombose causé par la vaccination. [5]

Pour rappel, il n’existe aucune donnée scientifique sérieuse établissant un lien entre les vaccins à ARN messager et un risque significatif de caillots sanguins. Les agences sanitaires, comme l’Agence européenne des médicaments (EMA), reconnaissent un risque très rare de thromboses, mais surtout pour des vaccins à vecteur viral (comme AstraZeneca), et pas pour les vaccins à ARN messager.[6]

Enfin, une étude suggère que la Covid-19 elle-même entraîne un risque de caillots bien plus élevé que celui des vaccins à ARN. [7] 

En bref, que faut-il retenir ?

L’étude publiée en octobre 2025 dans le Journal of Medical Virology ne permet d’affirmer que les microcaillots amyloïdes observés chez les participants sont causés par les vaccins. Ils sont naturellement présents dans l’organisme, y compris chez les personnes en bonne santé, et peuvent devenir plus nombreux en cas d’inflammation, notamment après une infection par le SARS-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19.

L’étude citée s’intéresse uniquement au Covid long et n’analyse pas l’effet des vaccins. Les rumeurs qui circulent en ligne proviennent d’une lecture erronée et déformée du travail scientifique.

Ce texte a été écrit avec le soutien d’Alain Thierry, directeur de recherche à l’Inserm et premier auteur de l’étude Circulating Microclots Are Structurally Associated With Neutrophil Extracellular Traps and Their Amounts Are Elevated in Long COVID Patients, publiée en octobre 2025 dans le Journal of Medical Virology.

Sources 

[1] Thierry AR, Usher T, Sanchez C, Turner S, Venter C, Pastor B, Waters M, Thompson A, Mirandola A, Pisareva E, Prevostel C, Laubscher GJ, Kell DB, Pretorius E. Circulating Microclots Are Structurally Associated With Neutrophil Extracellular Traps and Their Amounts Are Elevated in Long COVID Patients. J Med Virol. 2025 Oct;97(10):e70613. doi: 10.1002/jmv.70613. PMID: 41036702; PMCID: PMC12489976.

[2] Pretorius, E., Vlok, M., Venter, C. et al. Persistent clotting protein pathology in Long COVID/Post-Acute Sequelae of COVID-19 (PASC) is accompanied by increased levels of antiplasminCardiovasc Diabetol 20, 172 (2021). https://doi.org/10.1186/s12933-021-01359-7

[3] Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), Couverture vaccinale contre le Covid-19 : des inégalités sociales toujours marquées à la fin de la campagne vaccinale

[4] Health Department, Republic of South Africa, Annual Report 2022-2023

[5] Agence France Presse, False claims linking ‘white clots’ to mRNA vaccines resurface online in Thailand

[6] Agence européenne des médicaments, AstraZeneca’s COVID-19 vaccine: EMA finds possible link to very rare cases of unusual blood clots with low blood platelets

[7] Taquet M, Husain M, Geddes JR, Luciano S, Harrison PJ. Cerebral venous thrombosis and portal vein thrombosis: A retrospective cohort study of 537,913 COVID-19 cases. EClinicalMedicine. 2021 Sep;39:101061. doi: 10.1016/j.eclinm.2021.101061. Epub 2021 Jul 31. PMID: 34368663; PMCID: PMC8324974.

Sept fausses idées sur les vaccins

Alors que la nouvelle campagne de vaccination contre la grippe et la Covid-19 débute le 14 octobre en France, l’Inserm revient sur sept fausses idées courantes sur les vaccins.

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C’est un rendez-vous important pour les personnes les plus à risque de développer une forme sévère d’infection virale à influenza (virus de la grippe) ou SARS-COV2 (virus de la Covid-19). La campagne de vaccination contre la grippe, ainsi que contre la Covid‑19 (dont les cas repartent à la hausse depuis la rentrée), débute le 14 octobre pour la saison hivernale 2025-2026 dans l’Hexagone, aux Antilles et en Guyane. À Mayotte, elle a déjà commencé depuis le 9 septembre 2024. Comme le virus SARS-Cov2, qui a connu plusieurs formes depuis le début de la pandémie, le virus de la grippe évolue chaque année rendant la vaccination annuelle indispensable pour se protéger.

Pourtant, de nombreux Français hésitent encore à se faire vacciner. En 2018, un sondage de l’Institut Gallup pour l’ONG Wellcome révélait qu’un tiers d’entre eux doutaient de la sécurité des vaccins, plaçant la France en tête des pays les plus vaccino‑sceptiques parmi 144 étudiés.

Cette méfiance repose souvent sur des idées reçues qui persistent malgré des preuves scientifiques solides. Voici sept fausses idées sur les vaccins, et ce que dit la science.

  •  “Les vaccins qui ne sont pas obligatoires ne sont pas vraiment utiles”

Certains vaccins sont fortement recommandés, comme ceux contre les papillomavirus (HPV), le rotavirus ou la grippe, en particulier pour les personnes fragiles (déficits immunitaires, traitements immunosuppresseurs, personnes âgées,). Ils sont plus récents que les vaccins obligatoires, mais ils visent également à prévenir des maladies graves ou mortelles.

Par exemple, le vaccin contre les papillomavirus protège contre des infections sexuellement transmissibles qui sont le plus souvent bénignes, mais qui peuvent provoquer certains cancers. Chaque année, plus de 6 000 nouveaux cas de cancers liés aux HPV sont diagnostiqués en France, dont la moitié concerne le col de l’utérus.

Pourtant, face au papillomavirus, la vaccination a fait ses preuves. En Australie, où un programme de vaccination systématique a été lancé en 2007, les cas de condylomes génitaux (des verrues bénignes causées par certains types de HPV) ont chuté de 90 à 95 % chez les personnes vaccinées, selon Santé publique France.

Et si la grippe peut sembler être une maladie bénigne, elle présente aussi des formes graves : chaque année, entre 290 000 to 650 000 décèdent de la grippe dans le monde, selon l’organisation mondiale de la Santé (OMS).

  •  “Il vaut mieux être immunisé par la maladie que par le vaccin”

Cette idée est ancienne mais dangereuse. Si le corps peut parfois se défendre seul contre certaines infections, les maladies les plus meurtrières de l’histoire, telles que peste, variole, grippe espagnole, sida ou Covid-19, ont tué des millions de personnes. La réponse d’un système immunitaire « non entrainé » n’est donc pas suffisante pour prévenir toutes les maladies graves. Le vaccin est un entrainement du système immunitaire qui lui permet d’avoir ensuite une réponse immunitaire suffisamment efficace.

  •  “Le vaccin contre le ROR donne l’autisme”

Cette idée reçue persiste malgré de nombreuses études de grande ampleur qui l’ont clairement démentie, dont une datant de 2002 portant sur plus de 650 000 enfants danois.

Elle trouve son origine dans une étude frauduleuse publiée en 1998 dans The Lancet, qui prétendait établir un lien entre le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) et l’autisme. Basée sur seulement 12 cas, cette recherche présentait de graves problèmes méthodologiques. Une enquête a révélé que certaines données avaient été falsifiées et que le premier auteur, Andrew Wakefield, avait des conflits d’intérêts : il avait été rémunéré par des avocats préparant un recours en justice contre les laboratoires ayant commercialisé le vaccin et projetait de commercialiser un test pour une prétendue « entérocolite autistique », une forme d’inflammation intestinale associée d’après lui au vaccin ROR, dont l’existence réelle n’a jamais été prouvée.

En 2010, l’article a été rétracté et Andrew Wakefield radié de l’ordre des médecins. Cependant, la désinformation avait déjà semé la panique, poussant de nombreux parents à ne pas vacciner leurs enfants et à les exposer inutilement aux maladies.

  • “Le vaccin contre l’hépatite B donne la sclérose en plaques”

Cette rumeur a été contredite par plusieurs études indépendantes, européennes ou américaines. De fait, les coïncidences parfois observées sont strictement temporelles : la sclérose en plaques se déclare le plus souvent chez les jeunes adultes (au moment de la vaccination contre cette maladie), mais il n’y a pas plus de cas de sclérose en plaques après avoir été vacciné contre l’hépatite B qu’avant (ni chez les vaccinés par rapport aux non-vaccinés).

  • “Les sels d’aluminium contenus dans les vaccins sont dangereux”

Cette idée a été répandue après la publication d’une étude qui a fait le lien entre l’aluminium contenu dans les vaccins pour stimuler la réponse immunitaire et l’apparition d’une lésion, un peu comme une cicatrice sur les muscles, appelée la « Myofasciite à macrophages ».  Ce constat est réel et reconnu par la communauté scientifique.

En revanche, l’équipe de recherche qui a publié cette étude avance également l’idée que cette lésion serait responsable de symptômes tels que fatigue chronique, faiblesse musculaire ou troubles de l’attention, une hypothèse qui n’a jamais été prouvée. Les données existantes proviennent d’une seule équipe de recherche et ne permettent pas de confirmer un lien de cause à effet.

Plusieurs grandes institutions, comme l’Académie de médecine, celle de pharmacie et le Haut conseil de la Santé publique  ont passé en revue l’ensemble des études disponibles et concluent que l’aluminium des vaccins n’est pas toxique et que la myofasciite à macrophages n’entraîne pas ces symptômes.

Entre 2002 et 2017 (au 15 septembre), le centre régional de pharmacovigilance (CRPV) en charge de ce dossier a reçu seulement 515 notifications de MFM-maladie, selon le site vaccinationinfoservice.fr.

  • “Les vaccins à ARNm modifient notre ADN”

Non, c’est impossible. Pendant la pandémie de SARS-CoV2, certains ont affirmé à tort que les vaccins à ARNm (acide ribonucléique messager) pouvaient altérer notre ADN ou provoquer des effets transmis à nos descendants. En réalité, l’ARN messager ne pénètre pas dans le noyau des cellules, où se trouve le matériel génétique.

Il reste dans le cytoplasme, où il est simplement utilisé pour produire la protéine vaccinale, avant d’être dégradé en quelques heures à quelques jours. Toutes nos cellules produisent des milliers d’ARNm à chaque instant pour fabriquer les protéines nécessaires à nos cellules. Si ces ARNm s’intégraient dans notre ADN, il y a bien longtemps qu’il serait altéré.

  • “Certains vaccins sont commercialisés avant même d’être testés sur des humains”

C’est faux. Avant d’être autorisés sur le marché européen, les vaccins sont soumis à des essais cliniques rigoureux sur des humains. Les essais de phase II incluent généralement des centaines de volontaires, tandis que les essais de phase III rassemblent des milliers, voire des dizaines de milliers de participants, afin d’observer que les bénéfices l’emportent sur les risques, en comparaison avec un placebo ou un autre vaccin déjà existant.

Cette surveillance continue après la mise sur le marché pour détecter d’éventuels effets indésirables très rares qui n’auraient pas été observés pendant les essais. C’est aussi la raison pour laquelle certaines recommandations peuvent évoluer, comme cela a récemment été le cas pour le vaccin contre le chikungunya.

En bref, que faut-il retenir ?

Avec du recul, les données scientifiques montrent que les bénéfices des campagnes de vaccination surpassent très largement leurs risques. Entre 1974 et 2024, les campagnes mondiales de vaccination ont permis de sauver au moins 154 millions de vies, selon une estimation publiée dans la revue scientifique The Lancet. Face aux rumeurs et aux idées reçues, il est crucial de s’appuyer sur des preuves scientifiques : se vacciner reste le meilleur moyen de protéger sa santé et celle de ses proches.

Cet article a été écrit avec le soutien de Marie-Ghislaine de Goër de Herve, ingénieure de recherche à l’Inserm spécialisée en immunologie au sein de l’unité mixte de recherche Immunologie intégrative des tumeurs et immunothérapie des cancers (U1186), et Frédéric Rieux-Laucat, directeur du laboratoire d’Immunogénétique des maladies auto-immunes pédiatriques à l’institut Imagine.

Chikungunya : sept questions sur la suspension de la recommandation du vaccin pour les plus de 65 ans 

Les autorités sanitaires ont suspendu la recommandation de vaccination pour les plus de 65 ans après avoir identifié des effets secondaires graves, dont un décès. La vaccination reste toutefois recommandée pour les plus jeunes présentant des facteurs de risques, compte tenu de l’ampleur de l’épidémie.

 La Réunion fait face à une épidémie importante de chikungunya, causée par un virus transmis par le moustique tigre. Les indications concernant le vaccin contre le chikungunya ont été mises à jour par les autorités sanitaires. © AdobeStock

Les indications concernant le vaccin contre le chikungunya évoluent. Ce samedi, les autorités sanitaires ont suspendu sa recommandation pour les plus de 65 ans, après avoir identifié des effets secondaires importants.

Cette décision intervient après la survenue de « trois événements indésirables graves », dont un décès, concernant des personnes de plus de 80 ans ayant été récemment vaccinées, selon les autorités sanitaires. Et ce, alors que La Réunion fait face à une épidémie importante de cette maladie infectieuse, causée par un virus transmis par le moustique tigre, et qui entraîne une forte fièvre ainsi que des douleurs articulaires pouvant durer plusieurs semaines.

Alors, est-il certain que le vaccin est à l’origine des événements qui ont motivé la décision des autorités sanitaires ? La sécurité et l’efficacité du vaccin sont-elles remises en cause pour l’ensemble de la population ? Où en est la progression de l’épidémie ? Canal Détox fait le point.

1) Pourquoi la recommandation de la vaccination a-t-elle été suspendue chez les plus de 65 ans ?

Mercredi 23 avril, le ministère de la Santé a été informé par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de la survenue de plusieurs « événements indésirables graves » à la suite de vaccinations à La Réunion, dont un décès, selon un communiqué de presse du ministère.

Ces événements concernent des personnes âgées de plus de 80 ans, présentant des symptômes similaires à ceux d’une forme grave de chikungunya quelques jours après la vaccination, et qui souffraient déjà, par ailleurs, d’autres maladies graves.

Dès jeudi, la Direction générale de la santé (DGS) a donc saisi en urgence la Haute Autorité de santé (HAS) pour réévaluer les recommandations de vaccination. Le lendemain, cette dernière s’est prononcée en faveur d’une révision de la cible. C’est pourquoi les autorités sanitaires ont décidé d’arrêter immédiatement la vaccination des personnes de 65 ans et plus présentant ou non des symptômes, en attendant d’en savoir plus.

À noter que La Réunion n’est pas le seul endroit où des effets secondaires indésirables graves ont été constatés chez des personnes âgées. Aux États-Unis, le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a pris connaissance de cinq cas d’hospitalisations pour des événements cardiaques ou neurologiques survenus après la vaccination de personnes âgées de 65 ans et plus, selon un point d’information du 3 mars dernier.

2) Sommes-nous sûrs que le vaccin est à l’origine de ces événements graves, notamment du décès d’une personne âgée de plus de 80 ans à La Réunion ?

Les événements graves observés à La Réunion présentent une relation temporelle forte avec la vaccination, sans autre cause alternative évidente.

D’après l’analyse rendue par le Centre régional de pharmacovigilance de Bordeaux (CRPV), en charge de la pharmacovigilance dans les Outre-mer en lien avec l’ANSM pour ces trois événements indésirables graves, « le lien de causalité avec le vaccin semble très vraisemblable considérant les symptômes et leur délai d’apparition après la vaccination, ainsi que le résultat des examens biologiques », comme le précise le communiqué de presse du ministère.

3) Ces événements remettent-ils en cause la sécurité et l’efficacité du vaccin pour l’ensemble de la population ?

Le vaccin reste recommandé pour les adultes entre 18 et 64 ans présentant des comorbidités (hypertension artérielle, diabète, maladies cardiovasculaires, respiratoires, rénales, hépatiques et neurovasculaires), compte tenu de l’ampleur de l’épidémie, qui a déjà fait neuf morts à La Réunion, et du fait qu’aucune alerte n’a été remontée aux autorités sanitaires chez les personnes de cet âge.

4) Quelles sont les autres contre-indications au vaccin contre le chikungunya ?

Depuis le début de la campagne de vaccination, le vaccin Ixchiq est déconseillé aux femmes enceintes et aux personnes dont le système immunitaire présente une efficacité réduite.

Il s’agit en effet d’un vaccin vivant atténué, constitué de germes du virus modifiés afin qu’ils perdent leur pouvoir infectieux, tout en gardant leur capacité à induire une protection chez la personne vaccinée. Ces vaccins sont très efficaces, mais généralement déconseillés par précaution pour les personnes immunodéprimées, afin de limiter les risques d’infection.

5) Comment l’efficacité et la sécurité du vaccin contre le chikungunya sont-elles évaluées ?

Le 17 avril, l’ANSM a annoncé une surveillance renforcée d’éventuels effets secondaires post-vaccination avec le vaccin Ixchiq.

En juin 2024, ce vaccin contre le chikungunya efficace en une seule dose, issu du laboratoire Valneva, est le premier à avoir obtenu une autorisation de mise sur le marché en Europe. Son évaluation repose principalement sur quatre études de phase I et III (sur IV) réalisées auprès d’un total de 3 610 adultes qui ont reçu une dose de 0,5 mL du vaccin alors qu’ils n’étaient pas infectés par le virus. Les données sérologiques recueillies ont permis de mesurer des taux d’anticorps neutralisants « au-dessus de seuil prédictif de protection jusqu’à deux ans après la vaccination », comme le précise un avis de la HAS du 19 mars 2025.

Une nouvelle étude dite « de phase IV » (c’est-à-dire réalisée après la mise sur le marché du vaccin) promue par le CHU de La Réunion et financée par le ministère de la Santé avec le soutien de ANRS Maladies infectieuses émergentes (MIE) et de la Région de La Réunion est en cours, afin d’identifier l’efficacité du vaccin en contexte épidémique et tout effet secondaire grave et/ou inattendu dû à son administration. « Au total, 1 800 personnes seront recrutées dans près d’une quarantaine d’hôpitaux et de cabinets médicaux de l’île, explique à l’Inserm Émilie Mosnier, infectiologue et chercheuse en épidémiologie au CHU de La Réunion. Les résultats de cette étude sont attendus « d’ici la fin de l’année, avec un premier bilan intermédiaire qui devrait être rendu public dès mi-juillet ».

6) Quels sont les effets secondaires reconnus du vaccin contre le chikungunya, et dans quel cas faut-il s’en inquiéter ?

Comme tous les médicaments, le vaccin peut provoquer des effets indésirables tels que des maux de tête, des sensations de malaise, des nausées, de la fatigue, des douleurs musculaires ou articulaires, de la fièvre ou encore des démangeaisons au point d’injection.

Ces effets indésirables « ne surviennent pas systématiquement chez toutes les personnes vaccinées, ne sont pas graves dans la très grande majorité des cas et disparaissent spontanément en quelques jours », précise le ministère de la Santé. En revanche, s’ils s’avèrent particulièrement intenses, il est conseillé de contacter rapidement un médecin.

Par ailleurs, dans de très rares cas, des symptômes de réaction allergique grave peuvent apparaître jusqu’à 72 heures après une vaccination : des difficultés à respirer, une respiration rauque ou sifflante, l’apparition des boutons ou plaques rouges sur la peau, parfois avec des démangeaisons, un gonflement des lèvres, du visage ou de la gorge, des étourdissements, de la fatigue, une accélération du rythme cardiaque… Dans ce cas, il est nécessaire d’appeler rapidement le 15.

7) Où en est la progression de l’épidémie ?

Le bilan provisoire de l’épidémie de chikungunya à La Réunion est de neuf morts, selon les autorités sanitaires, qui soulignent que l’épidémie se « stabilise à un haut niveau », selon des chiffres du mercredi 16 avril 2025.

Du 7 au 13 avril, la dernière semaine pour laquelle les données sont connues, quelque 350 passages aux urgences ont été enregistrés, contre 289 la semaine précédente – soit une hausse de 21 %. Le nombre de cas confirmés comptabilisés sur la même période est lui en baisse, de 6 237 à 4 304, mais Santé publique France précise que ce nombre n’est pas consolidé. Le bilan final pourrait donc s’avérer plus élevé.

Cet article a été relu par Emilie Mosnier, infectiologue et chercheuse en épidémiologie santé publique au CHU de la Réunion, avec Eric d’Ortenzio, médecin et épidémiologiste, ANRS-Maladies infectieuses émergentes/Inserm.

Le vaccin contre le papillomavirus seulement pour les filles, vraiment ?

papillomavirus humains (HPV)

Les papillomavirus humains (HPV) sont un groupe de virus à ADN qui infectent spécifiquement les épithelia de la peau ou des muqueuses. Ils induisent des lésions bénignes telles que verrues, papillomes ou condylomes. © Inserm/U190

Afin de mieux lutter contre les papillomavirus humains (HPV), une campagne de vaccination généralisée va être menée dans les collèges pour les élèves de 5e. Cette initiative doit permettre d’augmenter la couverture vaccinale et de prévenir l’infection par ce virus, responsable de 6 000 nouveaux cas de cancers et de 30 000 lésions précancéreuses du col de l’utérus chaque année.

Les papillomavirus humains sont habituellement associés aux femmes. D’ailleurs, un vaccin est proposé aux jeunes filles depuis 2006 dans plus de 80 pays dans le monde, afin de limiter la transmission de ce virus, et par conséquent le développement de lésions précancéreuses qui lui sont consécutives et qui peuvent éventuellement évoluer vers un cancer.

Néanmoins, les garçons peuvent eux aussi être infectés. La transmission de ce virus se fait lors des rapports sexuels, avec ou sans pénétration. Un simple contact de peau à peau suffit à la transmission, notamment par les doigts lors de caresses intimes.

Et si les cancers de l’utérus sont les plus fréquents, ce virus est aussi responsable de cancers de l’anus, de la bouche et de la gorge, qui, eux, touchent aussi bien les hommes que les femmes. Parmi les nouveaux cas de cancers identifiés chaque année, liés aux papillomavirus humains, un tiers concernent les hommes. C’est pourquoi la Haute Autorité de santé (HAS) avait ouvert la vaccination aux garçons dès janvier 2021. C’était déjà le cas dans plusieurs pays.

Mais alors que les données concernant l’efficacité du vaccin continuent à s’accumuler, la couverture vaccinale reste faible en France (moins de 30 % des adolescents de 16 ans sont vaccinés). Canal Détox fait le point sur les données scientifiques qui existent sur le sujet et sur les effets bénéfiques du vaccin anti-HPV, chez les garçons comme chez les filles.

 

Un recul suffisant

Le papillomavirus humain – il en existe de nombreux types plus ou moins virulents[1] – a une particularité : il est très contagieux. Ainsi, environ 80 % de la population sexuellement active rencontrera un virus de cette famille au moins une fois dans sa vie, notamment au cours de sa jeunesse. Dans 90 % cas, le papillomavirus humain sera naturellement éliminé de l’organisme. Cependant, dans 10 % des cas, le virus aura tendance à s’installer, à proliférer dans les cellules de la muqueuse, et pourra, pour les souches les plus virulentes, aboutir à des lésions précancéreuses puis à un cancer.

Un vaccin contre le papillomavirus existe depuis 2006 en France, et pourrait conduire à l’éradication de ce virus. Mais face à la défiance du pays vis-à-vis des vaccins en général et de celui-ci en particulier, il n’a pas remporté l’adhésion des jeunes ni de leurs parents. Ainsi, en 2021, moins de la moitié des adolescentes françaises sont vaccinées. L’une des raisons évoquées pour expliquer ce rejet concerne le manque de certitude vis-à-vis de l’efficacité du vaccin car il peut s’écouler jusqu’à 30 ans entre l’infection par le papillomavirus et la déclaration d’un cancer.

couverture vaccinale HPV par département _ 2018

Toutefois, le recul commence à être suffisant – les vaccins ayant été introduits dans plus de 80 pays à partir de 2006 – et les preuves à s’accumuler. Par exemple, en Australie, l’un des premiers pays à avoir introduit un programme de vaccination, le nombre de personnes infectées par le papillomavirus à l’origine de cancers du col de l’utérus a diminué grâce à la vaccination. La prévalence des HPV de type 6, 11, 16 et 18 est passée de 28 % en 2005 à 2,3 % en 2012 chez les jeunes femmes de 18-24 ans. Une étude récente a même estimé que le cancer du col de l’utérus pourrait être éliminé dans ce pays d’ici vingt ans.

De même en Suède, où la couverture vaccinale est de 80 %, on observe entre 2006 et 2017 une réduction des lésions précancéreuses de 75 % ainsi que du nombre de cancers invasifs du col de l’utérus de 88 % chez les jeunes filles vaccinées avant 17 ans.

Des résultats encourageants qui laissent à penser qu’une plus ample couverture vaccinale contre le papillomavirus, combinée à une forte participation au dépistage et à des traitements appropriés, pourrait permettre l’élimination du cancer du col de l’utérus. La campagne future à destination des collégiens et l’ouverture de la vaccination aux garçons visent à enrayer la chaîne de transmission pour atteindre cet objectif.

Quelques points clés

  • Il existe près de 200 types de papillomavirus dont une quarantaine peuvent infecter l’appareil génital. Parmi eux, 12 ont été définis comme étant à haut risque ou potentiellement oncogènes et d’autres à bas risque, responsables de verrues anogénitales.
  • Les HPV à haut risque oncogènes 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58 sont responsables de 90 % des cancers du col de l’utérus, 70 % des cancers du vagin, 40 % des cancers de la vulve, 85 % des cancers de l’anus, 60 % des cancers du pénis et de 80 % des lésions précancéreuses.
  • Le vaccin Gardasil 9 protège contre les HPV 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52 et 58. Il est administré en 3 doses.
  • Les hommes peuvent aussi développer des cancers associés aux HPV : cancer du pénis, de l’anus, de l’oropharynx ou des amygdales. Le vaccin Gardasil 9 protège contre HPV16, le principal sous-type cancérigène pour l’homme.

L’ARN, nouvelle star des labos, vraiment ?

Depuis le début de la pandémie de Covid, tous les yeux sont braqués sur le « vaccin à ARN ». L’ARN messager, copie de l’ADN, fournit les plans de construction des protéines de nos cellules. Et dans le cas précis du vaccin, il sert à fabriquer la protéine Spike du coronavirus afin que notre système immunitaire apprenne à le reconnaître. Mais si certains envisagent ce type de vaccin comme une révolution, d’autres se montrent très méfiants vis-à-vis de cette nouvelle technologie. Alors le vaccin à ARN peut-il mettre le bazar dans notre ADN ? Depuis quand cette technologie est-elle étudiée dans les labos ? Et va-t-on pouvoir l’utiliser pour prévenir ou soigner toutes les maladies ? Canal détox, sans paillettes, coupe court aux fausses infos.

Pour aller plus loin, nous vous proposons de consulter la bibliographie suivante, non exhaustive, qui retrace les grandes étapes de l’histoire des vaccins à ARNm :

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de février 2022. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article. 

Publications scientifiques

Wolff JA, Malone RW, Williams P, Chong W, Acsadi G, Jani A, Felgner PL. Direct gene transfer into mouse muscle in vivo. Science. 1990 Mar 23; 247(4949 Pt 1):1465-8. doi: 10.1126/science.1690918. PMID: 1690918.

L’histoire des vaccins ARNm a commencé dans les années 1990 lorsque John Wolff de l’université du Wisconsin a montré dans ce papier publié dans science la fabrication chez la souris d’une protéine en quelques jours après injection intramusculaire de l’ARNm.

 

 Karikó K, Buckstein M, Ni H, Weissman D. Suppression of RNA recognition by Toll-like receptors: the impact of nucleoside modification and the evolutionary origin of RNA. Immunity. 2005 Aug;23(2):165-75. doi: 10.1016/j.immuni.2005.06.008. PMID: 16111635.

C’est grâce aux avancées de ces 15 dernières années en particulier celles de Katalin Kariko et Drew Weissman de l’université de Pennsylvanie que les vaccins covid ont pu voir le jour. Leurs travaux publiés en 2005 dans la revue immunity ont mis au point des solutions technologiques innovantes, en incorporant des nucléotides modifiés et en retirant les contaminants qui ont permis d’éliminer les réponses immunitaires parasites provoquant les réactions inflammatoires.

 

Martinon F, Krishnan S, Lenzen G, Magné R, Gomard E, Guillet JG, Lévy JP, Meulien P. Induction of virus-specific cytotoxic T lymphocytes in vivo by liposome-entrapped mRNA. Eur J Immunol. 1993 Jul;23(7):1719-22. doi: 10.1002/eji.1830230749. PMID: 8325342.

 Les chercheurs français Frédéric Martinon et Pierre Meulien ont été les premiers à utiliser un liposome renfermant un ARNm codant pour le virus de la grippe.

 

Conry RM, LoBuglio AF, Wright M, Sumerel L, Pike MJ, Johanning F, Benjamin R, Lu D, Curiel DT. Characterization of a messenger RNA polynucleotide vaccine vector. Cancer Res. 1995 Apr 1;55(7):1397-400. PMID: 7882341.

Deux articles publiés en 1995 et 1996 montrent que l’injection d’ARNm codant pour l’antigène carcino embryonnaire induisait une réponse immunitaire et une inhibition tumorale. Les travaux s’accélèrent alors dans le domaine.

 

 Burch PA, Breen JK, Buckner JC, Gastineau DA, Kaur JA, Laus RL, Padley DJ, Peshwa MV, Pitot HC, Richardson RL, Smits BJ, Sopapan P, Strang G, Valone FH, Vuk-Pavlović S. Priming tissue-specific cellular immunity in a phase I trial of autologous dendritic cells for prostate cancer. Clin Cancer Res. 2000 Jun;6(6):2175-82. PMID: 10873066.

Le premier essai clinique a lieu au début des années 2000 chez l’Homme avec injection par électroporation d’ARN messager codant l’antigène PSA dans des cellules dendritiques. Les résultats sont encourageants chez trois participants (élimination transitoire des cellules tumorales circulantes).

 

 Weide, Benjamin*; Pascolo, Steve; Scheel, Birgit; Derhovanessian, Evelyna§; Pflugfelder, Annette*; Eigentler, Thomas K.*; Pawelec, Graham§; Hoerr, Ingmar; Rammensee, Hans-Georg; Garbe, Claus* Direct Injection of Protamine-protected mRNA: Results of a Phase 1/2 Vaccination Trial in Metastatic Melanoma Patients, Journal of Immunotherapy: June 2009 – Volume 32 – Issue 5 – p 498-507 doi: 10.1097/CJI.0b013e3181a00068

En 2009 a lieu un essai clinique d’un vaccin à base d’ARN dans le mélanome malin. Les participants reçoivent un cocktail de trois ARNm pour optimiser la fonction des cellules dendritiques et les rendre plus efficaces à stimuler les lymphocytes. Ces cellules ont été administrées à des patients souffrant d’une forme avancée de mélanome, entraînant une régression de la tumeur d’environ 27 %.

 

Sahin U, Derhovanessian E, Miller M, Kloke BP, Simon P, Löwer M, Bukur V, Tadmor AD, Luxemburger U, Schrörs B, Omokoko T, Vormehr M, Albrecht C, Paruzynski A, Kuhn AN, Buck J, Heesch S, Schreeb KH, Müller F, Ortseifer I, Vogler I, Godehardt E, Attig S, Rae R, Breitkreuz A, Tolliver C, Suchan M, Martic G, Hohberger A, Sorn P, Diekmann J, Ciesla J, Waksmann O, Brück AK, Witt M, Zillgen M, Rothermel A, Kasemann B, Langer D, Bolte S, Diken M, Kreiter S, Nemecek R, Gebhardt C, Grabbe S, Höller C, Utikal J, Huber C, Loquai C, Türeci Ö. Personalized RNA mutanome vaccines mobilize poly-specific therapeutic immunity against cancer. Nature. 2017 Jul 13;547(7662):222-226. doi: 10.1038/nature23003. Epub 2017 Jul 5. PMID: 28678784.

En 2017, Biontech développe le vaccin pentatope, une plateforme de production d’ARN messagers codant les antigènes tumoraux fréquemment rencontrés dans le cancer, avec des premiers résultats en encourageants chez l’Homme.

 

Sahin, U., Oehm, P., Derhovanessian, E. et al. An RNA vaccine drives immunity in checkpoint-inhibitor-treated melanoma. Nature 585, 107–112 (2020). https://doi.org/10.1038/s41586-020-2537-9

En 2020, un essai clinique de vaccin ARN messager encapsulé dans les liposomes contre le mélanome est organisé. L’ARNm code quatre antigènes tumoraux. Les résultats cliniques encourageants (réponse partielle). Le vaccin peut être administré seul ou avec une autre immunothérapie.

 

Shyu AB, Wilkinson MF, van Hoof A. Messenger RNA regulation: to translate or to degrade. EMBO J. 2008;27(3):471-481. doi:10.1038/sj.emboj.7601977

 

 

Ressources complémentaires

Article The Conversation: « No, Covid Vaccines don’t stay in your body for years”

https://theconversation.com/no-covid-vaccines-dont-stay-in-your-body-for-years-169247

 

Article The Conversation: “What is mRNA?”

https://theconversation.com/what-is-mrna-the-messenger-molecule-thats-been-in-every-living-cell-for-billions-of-years-is-the-key-ingredient-in-some-covid-19-vaccines-158511

 

Article Canal Détox : La Covid-19, un impact sur la fertilité vraiment ?

https://presse.inserm.fr/la-covid-19-a-un-impact-sur-la-fertilite-vraiment/43403/

 

Article Canal Détox : Les vaccins à ARNm susceptibles de modifier notre génome vraiment ?

https://presse.inserm.fr/les-vaccins-a-arnm-susceptibles-de-modifier-notre-genome-vraiment/41781/

Article : L’ARN est il l’avenir des vaccins ?

Troisième dose de vaccin anti-Covid, quelles sont les données ?

anticorps « attaquant » un virus

Modélisation 3D d’anticorps « attaquant » un virus. ©Adobe Stock

Le 11 octobre 2021, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé qu’elle recommandait une troisième dose de vaccin contre la Covid-19 pour les personnes immunodéprimées, tout en insistant sur le fait que cette décision ne concerne pas le reste de la population. Une annonce qui intervient alors que l’organisation s’opposait depuis plusieurs mois au principe d’une troisième dose, préférant plutôt insister sur l’importance de rendre la vaccination accessible à tous les pays.

En France, une troisième dose de rappel avait déjà proposée aux personnes les plus fragiles et à celles âgées de plus de 65 ans depuis septembre. La reprise épidémique a conduit les autorités à généraliser cette troisième dose à toute la population adulte. 

En creux, la question qui se pose est celle de la durée de la réponse immunitaire suite à la vaccination. Est-on toujours protégé contre l’infection par le SARS-CoV-2, et surtout contre le risque de développer une forme grave de la maladie, plusieurs mois après avoir été vacciné ? Chez quelles personnes l’immunité est-elle particulièrement affaiblie ? Et pour qui une troisième dose s’avère-t-elle vraiment nécessaire ?

Depuis le début de la pandémie, de nombreuses équipes de recherche se sont penchées sur la réponse immunitaire induite par l’infection ou par la vaccination, ainsi que sur sa durée. Si des interrogations demeurent, des données solides ont déjà émergé, permettant d’y voir un peu plus clair. Canal Détox fait le point.

 

Texte mis à jour le 9 décembre 2021 pour refléter les données disponibles les plus récentes. Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de décembre 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article. 

La réponse immunitaire ne se résume pas aux anticorps

Avant toute chose, bien que les quantités d’anticorps dans le sang constituent un marqueur important de l’immunité, il est important de rappeler que la réponse immunitaire ne se résume pas seulement à cela.

Après avoir été infecté par un virus ou après vaccination, l’organisme garde en mémoire sa rencontre avec le pathogène. Le système immunitaire peut alors reconnaitre ce dernier et l’éliminer en cas d’une nouvelle exposition, protégeant la personne contre la maladie. Cette réponse immunitaire fait intervenir différents éléments, dont les anticorps neutralisants produits lors de la première exposition au pathogène qui subsistent encore dans l’organisme, mais aussi les lymphocytes T ou encore les lymphocytes B qui coordonnent la production de nouveaux anticorps (voir encadré).

Quelques rappels sur la réponse immunitaire

L’immunité innée est une réponse immédiate qui survient chez tout individu en l’absence d’immunisation préalable. Il s’agit de la première barrière de défense vis-à-vis des agents pathogènes. Elle fait principalement intervenir des anticorps préformés (naturels) et des lymphocytes qui ne présentent pas de récepteurs spécifiques à l’antigène.

L’immunité adaptative se met en place au bout de quelques jours après le contact avec l’agent pathogène et constitue la deuxième ligne de défense de l’organisme. Contrairement à l’immunité innée, l’immunité adaptative est spécifique d’un antigène donné.

On peut distinguer deux grandes catégories de réponse immunitaire adaptative. Les réponses dites humorales sont fondées sur la production d’anticorps par les lymphocytes B. Ces anticorps reconnaissent le pathogène et le neutralisent pour l’empêcher d’infecter les cellules cibles. Les réponses dites cellulaires sont fondées sur la reconnaissance et la destruction par les lymphocytes T des cellules infectées.

Les anticorps produits lors de l’infection ou de la vaccination diminuent au cours du temps, mais nous conservons des lymphocytes T et des lymphocyte B dits « mémoires », capables de générer de nouveaux anticorps en cas de nouveau contact avec le pathogène.

Il est cependant plus difficile d’étudier ces cellules mémoires et de s’assurer qu’elles sont bien présentes dans l’organisme. En effet, pour voir si un individu en dispose, il convient de réaliser une ponction au niveau des ganglions lymphatiques. Une procédure bien plus invasive que la prise de sang effectuée pour déterminer nos taux d’anticorps.

Une quantité réduite d’anticorps dans le sang, plusieurs mois après avoir été infecté ou vacciné, ne signifie donc pas que l’on n’est plus du tout protégé contre le virus. Les lymphocytes B et T qui restent en mémoire sont en mesure de prendre le relais.

 

Quelle immunité après l’infection ?

Plusieurs études soulignent que six à douze mois après l’infection, la plupart des anciens malades de la Covid-19 sont encore partiellement immunisés contre le virus.

Ainsi dans une étude publiée dans le journal Science, menée auprès de 200 patients convalescents, les scientifiques ont montré que 95 % d’entre eux présentaient encore une réponse immunitaire durable contre le virus dans les huit mois suivant l’infection. Les niveaux d’anticorps demeuraient stables, déclinant seulement légèrement six à huit mois après l’infection. La quantité de lymphocytes B spécifiques du virus augmentait quant à elle progressivement pour atteindre un pic six mois après infection, puis elle se stabilisait.

Enfin, les niveaux de lymphocytes T spécifiques du virus demeuraient aussi élevés. Six mois après l’infection, 92 % des individus présentaient des lymphocytes T CD4+ impliqués dans la coordination de la réponse immunitaire, tandis que la moitié d’entre eux présentaient des lymphocytes T CD8+, qui tuent les cellules infectées par le virus. La quantité de ces cellules variait beaucoup d’un individu à l’autre sans qu’aucun facteur explicatif (sexe ou âge des personnes par exemple) ne se détache particulièrement.

Ces données sont corroborées par des publications plus récentes dans le journal Nature, qui montrent que six à douze mois après infection, des patients convalescents présentent des niveaux d’anticorps stables mais également des lymphocytes B qui restent en mémoire au niveau de la moelle osseuse et peuvent réactiver la réponse immunitaire en cas de nouvelle infection.

 

Et après la vaccination ?

Les scientifiques ont aussi étudié la durée de l’immunité chez des milliers de patients vaccinés. Si nous avons un peu moins de recul sur ce sujet, les campagnes de vaccination ayant commencé il y a moins d’un an, on peut toutefois déjà souligner que les données disponibles suggèrent une efficacité toujours élevée des vaccins au cours du temps.

Une étude parue en septembre 2021 dans le New England Journal of Medicine rapporte le suivi d’environ 40 000 personnes vaccinées par le vaccin à ARN Pfizer (BNT162b2) aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Afrique et en Europe, et montre que six mois après vaccination, une protection contre l’infection atteignant 91,3 %, est toujours constatée.

Plus récemment, deux études publiées dans la même revue sont venues compléter le tableau. La première, portant sur plus de 900 000 personnes vaccinées au Qatar, s’est intéressée à l’efficacité du même vaccin à ARN pour prévenir l’infection, mais également pour éviter les formes sévères de la maladie et les décès, dans un contexte où le variant delta était devenu dominant. Les données suggèrent là aussi un haut niveau de protection contre les formes graves de la maladie induites par le variant delta, atteignant 96 % d’efficacité deux mois après la seconde dose, et se maintenant à ce niveau jusqu’à six mois après. Toutefois, l’efficacité du vaccin pour prévenir l’infection et les formes asymptomatiques était plus faible, atteignant 77,5 % d’efficacité un mois après la première dose, mais déclinant après.

La seconde étude a été menée en Israël sur 4 868 soignants, testés mensuellement au moyen d’un test sérologique sur une durée de six mois, afin de déterminer leur taux d’anticorps neutralisants dans le sang. L’étude montre que ce taux diminue rapidement au bout de trois mois, mais qu’il reste ensuite relativement stable jusqu’au sixième mois. Des différences notables ont cependant été identifiées entre les individus. Ainsi, les personnes âgées avaient un taux d’anticorps plus faible que les plus jeunes, et les hommes un taux plus faible que les femmes. De manière générale, les personnes immunodéprimées étaient également plus susceptibles de présenter des taux réduits d’anticorps. À noter encore une fois que la diminution des anticorps dans le sang ne signifiait pas absence d’immunité. Les auteurs de cette publication n’ont pas étudié ici les autres paramètres de la réponse immunitaire, comme les lymphocytes.

 

Un risque d’émergence de nouveaux variants

À ce jour, les données disponibles concordent donc pour montrer que si la réponse immunitaire diminue au cours du temps, les individus continuent à être partiellement immunisés. D’autres cellules que les anticorps neutralisants peuvent prendre le relais en cas de nouvelle rencontre avec le virus. Par ailleurs, les vaccins continuent à être efficaces pour lutter contre les formes graves de Covid-19 et les décès, jusqu’à six mois après avoir reçu un schéma vaccinal complet. Le risque d’être infecté existe néanmoins, surtout suite à l’émergence de variants plus contagieux, comme le variant delta.

Par principe de précaution, notamment pour protéger les personnes ayant un système immunitaire plus fragile (en particulier les personnes âgées et immunodéprimées), qui ont potentiellement développé une réponse immunitaire moins forte suite aux premières doses de vaccins, certains pays ont donc introduit le principe d’une dose de rappel.

Avant de généraliser cette pratique, de nombreux scientifiques estiment cependant que la priorité reste de rendre la vaccination accessible à toutes les populations, dans tous les pays. Ne pas le faire implique de prendre le risque de laisser le virus circuler activement dans certaines régions du monde, ce qui pourrait aboutir à l’émergence de nouveaux variants potentiellement résistants aux vaccins.

Efficacité de la 3e dose, vaccination contre le variant omicron : les premières données disponibles

 Une troisième dose de vaccin (dose de rappel ou ‘booster’) est privilégiée par les autorités sanitaires de nombreux pays pour compléter le schéma vaccinal des individus et lutter contre la reprise épidémique. Des données solides concernant l’efficacité de cette mesure sont désormais disponibles. Ainsi une large étude a été publiée le 8 décembre 2021 dans le New England Journal of Medicine portant sur plus de 850 000 personnes âgées de plus de 50 ans en Israël. La grande majorité (760 000 d’entre elles) avait reçu une troisième dose au moins cinq mois après leur deuxième dose. Les chercheurs se sont intéressés à l’efficacité de cette dose de rappel sur le risque de mortalité. Ils montrent que cette efficacité est de 90 % pour prévenir la mortalité liée au variant delta (65 décès dans le groupe ayant reçu la 3e dose vs 137 dans le groupe ne l’ayant pas reçu). Les facteurs de risque de mortalité étaient toujours l’âge ou le fait d’être atteint d’une pathologie affectant la réponse immunitaire. Ces données viennent confirmer que la dose booster renforce la qualité et l’intensité de la réponse immunitaire.

Face à l’émergence du variant omicron, la question de l’échappement immunitaire et de l’efficacité des vaccins disponibles s’est aussi très rapidement posée. Les premières données transmises par les laboratoires et issues de préprints, qui sont donc très préliminaires, suggèrent que les vaccins dont nous disposons seraient moins efficaces contre ce variant. Une perte du pouvoir neutralisant des anticorps induits par la vaccination est constatée face à omicron. Toutefois, la troisième dose de vaccin permettrait aux anticorps de regagner une capacité de neutralisation du virus plus importante. A long terme, adapter les vaccins au variant omicron est une stratégie envisagée.

Texte réalisé avec le soutien de Frédéric Altare, directeur de recherche Inserm au Centre de recherche en cancérologie et immunologie Nantes-Angers

Les vaccins à ARNm susceptibles de modifier notre génome, vraiment ?

 

Cette photo représente le coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la maladie COVID-19 observé en gros plan à la surface d’une cellule épithéliale respiratoire humaine. Sa double membrane et sa couronne de glycoprotéines sont bien visibles. © M.Rosa-Calatrava/O.Terrier/A.Pizzorno/E.Errazuriz-cerda

Les premiers vaccins autorisés contre la Covid-19 sont des « vaccins à acides nucléiques » qui reposent sur la technologie de l’ARN messager. Arrivés sur le marché en seulement un an, ces nouveaux vaccins, qui ouvrent des pistes pour la vaccination dans d’autres domaines de la médecine, ont aussi suscité des craintes et des questions au sein de la population.

Sur quoi se fonde cette technique ? Comment expliquer la rapidité de développement de ces vaccins ? Quels sont leurs avantages et leurs limites ? Pour couper court aux fausses infos et répondre aux interrogations, Canal Détox fait le tour de la question.

 

Le principe de la vaccination est simple : il consiste à injecter une forme atténuée ou inactivée d’un agent infectieux ou certains de ses composants dans l’organisme pour le préparer à un contact ultérieur avec un virus. La rencontre de l’organisme avec l’agent pathogène lors de la vaccination permet en effet de développer des cellules immunitaires « mémoires », capables de reconnaître à nouveau immédiatement cet agent si l’individu venait à y être exposé « naturellement ». L’objectif est de déclencher une réaction immunitaire permettant d’éviter une possible contamination dans le futur.

Rigoureusement testés pour valider leur efficacité et leur sûreté, les vaccins sont développés dans le but de protéger les personnes contre certaines maladies virales tout en leur évitant au maximum les effets indésirables liés à l’administration de ces produits.

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de décembre 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

Un « leurre » pour le système immunitaire

Le principe des vaccins à acides nucléiques (vaccins à ARN ou à ADN)[1] est un peu différent de celui expliqué précédemment, même si l’idée de base est bien également de confronter le système immunitaire à un « leurre » pour le pousser à développer des anticorps et des cellules immunitaires mémoires contre le virus.

Néanmoins, dans le cas de ces nouveaux vaccins, il s’agit de faire produire les fragments d’agents infectieux directement par les cellules de l’individu vacciné. Pour cela, ce n’est pas le virus dans sa forme atténuée qui est injecté mais seulement l’information, sous la forme de molécules d’ADN ou d’ARN, permettant de produire les antigènes (protéines) de l’agent pathogène.

Les cellules de la personne vaccinée localisées au niveau du site d’injection (principalement les cellules du système immunitaire) sont alors en mesure de fabriquer elles-mêmes lesdites protéines, choisies en amont pour leur capacité à déclencher une réponse immunitaire protective capable de neutraliser le virus.

Le candidat vaccin de Pfizer/BioNTech comme celui de Moderna sont des vaccins à ARN. Ils reposent sur l’injection d’un ARN messager codant la protéine Spike présente à la surface du coronavirus SARS-CoV-2 (qui constitue la « clé » permettant au virus de s’accrocher aux cellules puis d’y pénétrer et de les infecter).

Des avantages en période pandémique

Parmi les avantages associés aux vaccins à ARN, on compte notamment leur rapidité de développement. En effet, une grande partie du processus de développement et de manufacture des vaccins traditionnels se trouve éliminée. Il est par exemple possible d’éviter tout le travail de production des virus vivants atténués, inactivés ou recombinants à injecter aux patients ou encore de purification des protéines virales. En outre, les molécules d’ARN sont produites synthétiquement de manière très contrôlée et très rapide.

Par ailleurs, la vitesse de circulation du virus dans la population pendant la pandémie et les efforts fournis par les agences réglementaires pour raccourcir les délais lors des essais cliniques ont permis d’obtenir plus rapidement des résultats d’efficacité, contribuant à expliquer ce délai de mise au point extraordinairement court des vaccins anti-Covid.

Enfin, jamais les fonds attribués à ce type de recherche vaccinale n’avaient été aussi élevés, et ces financements ont donné à la communauté scientifique des moyens qu’ils n’avaient pas jusqu’alors pour mener des essais cliniques aussi rapidement et efficacement.

Au-delà de la rapidité de développement, les vaccins à ARN présentent un intérêt certain car il est très facile et rapide de les modifier et de les adapter pour d’autres maladies, ou pour des variants du SARS-CoV-2. Il suffit en effet de modifier la séquence génétique codée par l’ARN.

Cette nouvelle technologie vaccinale devrait désormais permettre de réagir plus vite en période pandémique et pourra facilement être adaptée lors de futures éventuelles épidémies.

Pas de risque pour notre matériel génétique

Il est néanmoins légitime que cette technologie vaccinale, du fait de sa relative nouveauté pour le grand public, suscite des questions. Il faut cependant déjà souligner que les vaccins à acides nucléiques sont étudiés depuis trente ans dans les laboratoires de recherche et que la technologie est bien connue et bien maîtrisée par les scientifiques. Si aucun vaccin de ce type n’était encore arrivé sur le marché jusqu’ici, des études précliniques et des essais cliniques de phases précoces avaient déjà été menés pour d’autres maladies, comme Zika, avec des résultats prometteurs. La plateforme vaccinale[2] était donc déjà développée, et prête à être adaptée au SARS-CoV-2 et déployée dans le cadre d’un essai clinique.

Des inquiétudes ont été soulevées concernant les effets secondaires à long terme encore mal documentés de ces vaccins. Il faut dans un premier temps souligner que les personnes qui ont été vaccinées dès le début des campagnes vaccinales ont été suivies de près par les médecins pour répertorier tout effet indésirable qui pouvait se produire.

Aujourd’hui la plupart des effets indésirables graves documentés concernent des allergies et des cas de myocardites qui peuvent être bien pris en charge par les médecins. Si pour le moment il n’y a pas de recul au-delà d’un an et demi, il faut aussi savoir que les effets secondaires des vaccins apparaissent généralement dans les semaines qui suivent l’injection, et qu’il n’y a pas à craindre le développement d’effets secondaires à plus long terme.

Par ailleurs, il est important de préciser que l’ARN injecté via le vaccin contre la Covid n’a aucun risque de transformer notre génome ou d’être transmis à notre descendance, dans la mesure où il pénètre dans le cytoplasme des cellules, mais pas dans le noyau. Cette donnée est confirmée par 30 ans de recherche plus générale en laboratoire sur les vaccins à acides nucléiques, qui confirment que les molécules d’ARN du vaccin ne se retrouvent jamais dans le noyau. Or, c’est dans ce noyau cellulaire que se situe notre matériel génétique. Même après l’injection du vaccin, lors de la division cellulaire, les noyaux continuent à ne contenir que notre ADN humain naturel.

Par ailleurs, l’injection est locale et les cellules qui reçoivent l’ARN codant la protéine Spike sont principalement des cellules immunitaires: en aucun cas l’ARN ne va jusqu’aux cellules des organes reproducteurs (les gonades). Il ne peut donc pas être transmis d’une génération à l’autre.

Enfin, l’ARN étranger injecté est instable et ne reste donc pas longtemps dans l’organisme : il produit juste ce qu’il faut de protéine Spike pour entraîner le système immunitaire à réagir en cas d’infection « naturelle » par le virus, avant d’être éliminé.

Texte rédigé avec le soutien de Frédéric Martinon, chercheur Inserm, U1184 IMMUNOLOGIE DES MALADIES VIRALES, AUTO-IMMUNES, HEMATOLOGIQUES ET BACTERIENNES (IMVA-HB)

[1] L’ADN et l’ARN sont des molécules présentes dans toutes les cellules des êtres vivants. Les molécules d’ADN sont porteuses du patrimoine génétique, situé à l’intérieur du noyau. Les molécules d’ARN sont synthétisées à partir de fragments d’ADN et sont ensuite utilisées comme patron par une machinerie complexe pour fabriquer, à l’extérieur du noyau, les protéines nécessaires au fonctionnement de l’organisme.

[2] Par plateforme vaccinale, on entend une stratégie particulière de production et de présentation d’un antigène (la protéine Spike dans le cas du SARS-CoV-2) au système immunitaire.

La vaccination dangereuse pour les femmes enceintes, vraiment ?

Vaccination anti Covid

Vaccination Anti Covid © Photo by Mufid Majnun on Unsplash

Cet article a été mis à jour le 24/08/2021 suite à la publication de nouvelles données. 

Faut-il se faire vacciner lorsqu’on attend un enfant ? A en croire les discussions sur les forums et les réseaux sociaux, de nombreuses futures mères se posent la question et s’inquiètent d’éventuelles répercussions sur le déroulement de leur grossesse et sur la santé de l’enfant.

En France, depuis le mois d’avril 2021, les femmes enceintes peuvent accéder aux vaccins à ARNm (Pfizer et Moderna) à partir du 2ème trimestre de grossesse. Toutes n’ont cependant pas été convaincues par cette idée, arguant un manque de données sur le sujet. Il faut dire que, bien que sa position ait changé depuis, l’OMS déconseillait en janvier 2021 la vaccination aux femmes enceintes, exceptées pour celles qui étaient les plus à risque de développer des formes graves de Covid-19. Par ailleurs, comme pour tous les essais thérapeutiques, ces dernières étaient exclues des premiers essais par principe de précaution.

Alors comment les connaissances ont-elles évolué depuis ? Que sait-on aujourd’hui des bénéfices et des risques de la vaccination chez les femmes enceintes ? La vulnérabilité de ce public face à l’infection justifie-t-il de se faire vacciner ? Canal Détox se penche sur cette question importante.

 

Les femmes enceintes infectées par la Covid-19 risquent davantage de développer des complications

Une étude publiée dans le journal BJOG  en Novembre 2020 s’est appuyée sur les données de 675 femmes. Parmi les 71 participantes positives à la Covid-19 au moment de leur accouchement, 13% présentaient des complications post-partum courantes (fièvre, faible taux d’oxygène dans le sang…) nécessitant parfois une hospitalisation. Ce pourcentage était le même, que les femmes souffrent de formes symptomatiques ou asymptomatiques de l’infection. A titre de comparaison, cette proportion n’était que de 4,5% chez les participantes non infectées au moment de l’accouchement.

De plus, une récente étude internationale menée sur 2130 femmes enceintes souligne que le risque de décès pendant la grossesse et post-partum est 22 fois plus élevé chez les patientes ayant été infectées par le coronavirus, bien qu’il reste très bas dans l’absolu. Elle précise par ailleurs que ces risques augmentent lorsque la patiente présente des comorbidités (obésité, diabète, hypertension…). Cependant, dans cette étude, ces chiffres ne concernaient que les femmes ayant été diagnostiquées avec un test Covid positif au troisième trimestre. Ils ne sont donc pas représentatifs pour les femmes diagnostiquées plus tôt. Ce risque avait néanmoins déjà été souligné par une étude publiée en Août 2020 dans le BMJ et actualisée en mars 2021, qui montrait que les femmes enceintes ont plus de risque de développer des formes graves de la maladie et d’être admises en réanimation, en comparaison des femmes du même âge non enceintes.

Ces risques peuvent se répercuter sur la santé de l’enfant. D’après un article de synthèse publié en Février 2021, le risque d’une naissance prématurée pendant ou après l’infection se situe en moyenne entre 10 et 25% pour une femme enceinte positive à la Covid, et monte jusqu’à 60% si celle-ci contracte une forme sévère de la maladie. Il s’agit le plus souvent d’accouchements prématurés déclenchés artificiellement afin de pouvoir mieux soigner la mère.   Par ailleurs, en Novembre 2020 une étude internationale menée sur 2130 femmes enceintes a observé que les nourrissons des femmes positives à la Covid-19 avaient plus de risques de développer des complications nécessitant parfois une hospitalisation.

En revanche, les cas de transmission de la mère au fœtus pendant la grossesse à travers le placenta sont exceptionnels. Le plus souvent, il s’agit de contamination pendant l’accouchement ou juste après la naissance. En outre, aucune malformation liée au virus n’a été décrite.

 

Les femmes enceintes sont tout autant protégées par le vaccin que les autres femmes

Dans une étude publiée en Mars 2021 dans l’American Journal of Obstetric and Gynecology, les chercheurs ont évalué la réponse immunitaire des femmes enceintes à la suite de la vaccination, par rapport à celle de femmes vaccinées, mais non enceintes. Ils ont observé que les taux d’anticorps générés par le vaccin étaient similaires chez les deux types de patientes.

Les chercheurs ont ensuite comparé ces résultats avec ceux de patientes infectées par le SARS-CoV-2 mais non vaccinées : ils ont montré que le taux d’anticorps neutralisants le virus chez toutes les femmes (enceintes et non-enceintes) était plus élevé après la vaccination qu’après une infection « naturelle ». Il a également été observé que les anticorps issus de la vaccination passaient à travers le placenta, offrant potentiellement une protection au nouveau-né. Un phénomène que l’on retrouve aussi chez les femmes vaccinées contre la coqueluche ou la grippe au cours de la grossesse.

Ces résultats montrent que la vaccination permet à la future mère de développer une réponse immunitaire robuste contre la maladie, et que la grossesse n’est pas un obstacle à l’efficacité de cette protection.

Par ailleurs, une étude de cohorte publiée en juillet 2021 a comparé sur un an deux groupes de femmes enceintes (au 2ème et 3ème trimestre de grossesse) l’un vacciné, l’autre non. Les résultats confirment que la vaccination à ARN réduit significativement le risque d’infection, et aucun effet secondaire sévère n’a été observé.

Des effets secondaires très modérés après l’injection

D’après les données préliminaires analysées par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains sur des femmes enceintes vaccinées avec un vaccin ARNm entre décembre 2020 et février 2021, les effets secondaires les plus communs après l’injection (maux de têtes, fatigue, douleurs musculaires…) sont similaires à ceux rencontrés par les femmes qui ne sont pas enceintes.

Dans cette étude, parmi les enfants nés de femmes vaccinées contre la Covid-19, 9% étaient prématurés et 2% présentaient une anomalie congénitale. Ces résultats sont similaires chez les femmes non vaccinées, et il n’a pas été établi de lien entre ces complications et le vaccin. Il faut néanmoins préciser que, dans les données du CDC, les femmes de l’échantillon ont toutes été vaccinées au troisième trimestre de grossesse.

Une autre étude publiée dans NEJM en Avril 2021 confirme ces résultats, Elle souligne également que les complications de la grossesse (prématurité, fausses couches…) ne sont pas plus fréquentes chez les femmes vaccinées.

Dans tous les cas, avant toute vaccination, les professionnels de santé doivent informer les futures mères des données connues à ce jour afin de leur permettre de faire un choix éclairé. A noter que les chercheurs et les médecins recommandent aussi aux futures mères de se faire vacciner avant la conception, de façon à réduire le risque de contamination à la Covid-19 pendant la grossesse.

En conclusion, les données concernant les bénéfices et les risques de la vaccination pour les femmes enceintes et leur enfant à naître sont donc rassurantes à ce jour. L’OMS, ainsi que les sociétés savantes d’obstétrique et de gynécologie estiment que les bénéfices dépassent les risques potentiels. Elles recommandent aux femmes enceintes les plus susceptibles d’être exposées au virus, ainsi qu’à celles ayant des comorbidités, de se faire vacciner en priorité. De plus, il n’y aurait pas de contre-indications pour les femmes enceintes en bonne santé à se faire vacciner. En France, la DGS a d’ailleurs ouvert la vaccination à toutes les femmes enceintes, avec ou sans comorbidités. Enfin, aujourd’hui, aucun risque pour l’enfant n’a été détecté dans le cas d’une mère vaccinée souhaitant allaiter.

Pour consolider les données concernant femmes enceintes, l’ANSM (agence nationale de sécurité du médicament) a fait appel à des volontaires, enceintes et vaccinées contre la Covid-19, afin de réaliser une étude de cohorte. Ainsi, toutes les femmes majeures et enceintes au moment de la vaccination, quel que soit le stade de leur grossesse, peuvent participer à l’étude.

Texte rédigé avec le soutien du Professeur Olivier Picone (U 1137 – IAME Infection antimicrobiens, modélisation, évolution – Université Paris Diderot)

Variants « britannique », « indien », « sud-africain » : Un impact sur l’efficacité de la vaccination, vraiment ?

© Philippe Roingeard et Sébastien Eymieux, unité Inserm U1259, Morphogenèse et antigénicité du VIH et des virus des hépatites, Université de Tours, France

 

Depuis la fin de l’année 2020, le terme de variant est rapidement devenu courant dans les médias et dans le langage commun, alors que le variant dit « britannique » touchait très durement le Royaume-Uni, et se propageait rapidement dans le reste du monde.

Plus récemment, c’est le variant « indien » qui a fait la une de l’actualité. Que sait-on aujourd’hui de ces différents variants et de leur impact sur la trajectoire de la pandémie ? Pourquoi certains ont-ils été classés « variants d’inquiétude » (variant of concerns) par l’OMS ? Et peuvent-ils limiter le succès des campagnes de vaccination ? On fait le point dans notre nouveau Canal Détox.

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de mai 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

Tous les virus mutent

Rappelons d’abord ce qu’est un variant. Tous les virus mutent (surtout les virus à ARN comme le SARS-CoV-2). Après avoir infecté nos cellules, ils se multiplient en réalisant des copies d’eux-mêmes. Ce processus n’est pas parfait et les copies peuvent comporter des « erreurs » – les « mutations ». Le matériel génétique des copies virales, les fameux variants, diffère alors du matériel génétique du virus de départ (souche historique).

La grande majorité des mutations n’ont aucune conséquence, certaines ont même un effet négatif sur le virus. D’autres en revanche, par un phénomène de sélection naturelle peuvent augmenter la transmissibilité du virus ou la gravité de la maladie. C’est en quelque sorte, un réflexe de survie du « virus ». Si les mutations favorisent la circulation du virus (on dit que ces mutations sont sélectionnées positivement), elles entraînent alors l’implantation du nouveau variant, qui peut en quelques mois seulement devenir le variant dominant. C’est ce qui s’est passé avec le variant dit « britannique » (variant B. 1.1.7), qui représente aujourd’hui en France plus de 80 % des infections.

Depuis le début de la pandémie, le SARS-CoV-2 a déjà muté de nombreuses fois et il existe des milliers de lignages du virus. Cependant, toutes ces mutations n’ont pas eu d’impact majeur sur la sévérité de la maladie ou sur la dynamique épidémique.

Plus transmissible que la souche historique du SARS-CoV-2  (de 43 à 90 % selon différents modèles mathématiques récents publiés   dans le journal Science sur la base de données publiées au Royaume-Uni) le variant britannique est caractérisé par plusieurs mutations, dont certaines localisées sur la protéine Spike (qui constitue la clé d’entrée du virus dans nos cellules). Plusieurs études ont suggéré qu’il n’était pas associé à un risque accru de mortalité (même si la transmissibilité accrue augmente mécaniquement le nombre de cas et donc le nombre de personnes hospitalisées), mais de récentes données au Royaume-Uni sont venues nuancer ce résultat.

Ce variant semble toutefois être neutralisé de manière efficace par la réponse immunitaire induite par la vaccination, écartant donc le risque de réinfection par ce variant pour les personnes ayant déjà rencontré la souche historique.

 

Le variant indien, source d’inquiétude ?

Le variant dit « indien », de son nom technique B.1.617 a d’abord été identifié en Inde en décembre 2020 et a récemment été classé variant d’inquiétude par l’OMS, le 12 mai 2021. Ce variant est en fait constitué de trois sous lignages différents : B.1.617.1, B.1.617.2 et B.1.617.3. Ceux-ci sont caractérisés par des mutations différentes mais ils partagent en commun la mutation L452R sur le domaine de liaison au récepteur d’entrée, au niveau de la protéine Spike.

Cette mutation L452R serait associée à un risque d’augmentation de la transmissibilité du virus (transmissibilité accrue de 18 à 24 % par rapport au virus historique) sans que pour le moment il n’y ait en Europe de signes d’accélération de la circulation de ce variant.

Elle est aussi associée à un possible échappement immunitaire (c’est-à-dire qui échappe à la réponse immunitaire induite par une précédente infection ou par un vaccin), selon des premières  données non encore publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture. Néanmoins, cet impact sur l’échappement immunitaire serait modeste.

Les travaux sont encore en cours pour en apprendre plus. Il apparaît pour le moment qu’en Inde, le nombre de cas a augmenté fortement surtout du fait de grands rassemblements politiques et religieux en fin d’année et d’une diminution des mesures barrières. Toutefois, la propagation du variant pourrait aussi avoir favorisé l’augmentation du nombre de cas.

S’il est encore difficile de se prononcer sur l’échappement immunitaire et l’efficacité des vaccins contre ce variant, puisqu’il n’y a pas encore de données disponibles dans le cadre d’essais cliniques ou dans la vie réelle, des travaux visant à estimer in vitro, en laboratoire, la quantité d’anticorps qui neutralisent le variant chez des personnes vaccinées ou convalescentes (ayant déjà été infectées) sont plutôt rassurants.

En effet, si une réduction de l’activité neutralisante des anticorps a été constatée in vitro contre ce variant, les chercheurs estiment qu’elle reste suffisante pour permettre de lutter contre le virus. Les vaccins conservent donc une efficacité contre le variant « indien », qui serait similaire à celle observée contre le variant « britannique ».

A lire : Un point très complet sur le variant indien rédigé par Thibault Fiolet, doctorant en santé publique à l’Université Paris-Saclay, UVSQ, Inserm, Gustave Roussy, Equipe Exposome Hérédité, CESP UMR1018.

 

Et les autres variants ?

Par ailleurs, les vaccins développés contre la Covid-19 sembleraient plus efficaces contre le variant « indien » que contre le variant dit « sud-africain » (variant B.1.351), qui a beaucoup inquiété la communauté scientifique en raison de données qui suggéraient une capacité à échapper à la réponse immunitaire.

Plusieurs travaux, dont une étude parue dans le New England Journal of Medicine, avaient en effet montré que le vaccin d’Astrazeneca/Université d’Oxford protégeait très mal de l’infection par le variant sud-africain et des formes modérées à sévères de la maladie. Toutefois, il est désormais démontré que les vaccins à ARNm conserveraient une très bonne efficacité, de 75 % selon une récente étude, contre l’infection avec le variant sud-africain.

Quant au variant dit « brésilien » (P.1) (qui circule peu en Europe mais a eu des conséquences particulièrement importantes en Amérique Latine), il serait également plus transmissible, mais bien neutralisé par tous les vaccins disponibles.

Un mot pour conclure : malgré certaines affirmations largement relayées sur les réseaux sociaux, les variants ne sont pas créés par les vaccins. Il suffit d’ailleurs de prendre l’exemple du variant britannique qui s’est propagé bien avant que la campagne de vaccination au Royaume-Uni ne commence.

A ce sujet, lire l’article rédigé avec nos partenaires Les Vérificateurs de TF1/LCI 

 

Variants d’inquiétude et variants d’intérêts

Les variants d’inquiétude et les variants d’intérêts sont étudiés de près par les autorités sanitaires et notamment par l’OMS. Les scientifiques cherchent notamment à savoir s’ils sont plus transmissibles, s’ils ont un impact sur la sévérité de la maladie ou encore s’ils échappent à la réponse immunitaire, avec un potentiel impact sur l’efficacité de la vaccination.

Les dernières informations sur ces variants et leurs impacts cliniques, datant du 24 mai 2021, sont disponibles sur le site : https://www.ecdc.europa.eu/en/covid-19/variants-concern

Texte rédigé avec le soutien de Sandrine Sarrazin, chercheuse Inserm au Centre d’Immunologie de Marseille – Luminy (CIML) 

Un test PCR positif après avoir été vacciné, vraiment ?

Vaccination © Inserm/Depardieu, Michel 

Le cas de personnes obtenant un résultat positif à un test PCR quelques jours après avoir été vaccinées a fait le tour des réseaux sociaux. Certains y voient une preuve que les vaccins disponibles pour lutter contre la Covid-19 ne sont pas efficaces. Mais est-ce si simple que cela ? Peut-on être infecté par le SARS-CoV-2 dans les jours qui suivent la vaccination ? Et à plus long terme ?

Notre nouveau Canal Détox fait le point en s’appuyant sur les données issues des essais cliniques vaccinaux et sur les connaissances acquises jusqu’ici sur le virus.

Prendre en compte le délai d’incubation

Lorsque l’on est infecté par le SARS-CoV-2, les symptômes éventuels n’apparaissent pas tout de suite. Le délai d’incubation médian est de 4 à 5 jours, pouvant aller dans les cas les plus extrêmes jusqu’à 14 jours. Dès le mois de mai 2020, une étude avait montré que plus de 90 % des personnes qui développent des symptômes le font dans les 11,5 jours qui suivent l’exposition au virus.

Il est donc théoriquement possible qu’une personne soit vaccinée relativement peu de temps après avoir été infectée par le virus sans le savoir, pendant la période d’incubation. Dans ce cas, il se peut qu’elle ne manifeste des signes cliniques de la maladie et qu’elle ne soit testée positive qu’après avoir reçu sa dose de vaccin (c’est ce qui s’est par exemple passé dans le cas de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot).Les vaccins ne peuvent en revanche pas entraîner de PCR positive, mais ils permettent d’activer le système immunitaire et de faire produire des anticorps dirigés contre le virus. Un test sérologique peut donc revenir positif suite à la vaccination (voir encadré ci-dessous).

Les tests RT-PCR sont les tests de référence pour le diagnostic de la phase aiguë de la Covid-19. Fondés sur des méthodes de biologie moléculaire, ils permettent de détecter la présence du SARS-CoV-2 dans l’organisme d’un individu à un instant T et donc de confirmer un diagnostic de Covid-19 posé par un médecin. Concrètement, des échantillons nasopharyngés sont recueillis chez les personnes qui présentent des symptômes de la maladie par le biais d’un écouvillon introduit dans la narine jusqu’au rhinopharynx. À l’heure actuelle, la période idéale pour détecter l’ARN viral est de 1 à 7 jours après l’apparition des symptômes. Ce sont ces tests qui permettent de dire que l’on est infecté par le SARS-CoV-2 à un temps T.

Les tests sérologiques quant à eux permettent de déterminer si une personne a été exposée au SARS-CoV-2, en identifiant la présence dans l’organisme d’anticorps ayant été produits suite à une infection. Un test positif ne signifie pas qu’une personne est infectée à l’heure actuelle, mais que son organisme a déjà rencontré le virus. Le test sérologique d’une personne vaccinée contre la Covid-19 peut être positif, révélant la présence d’anticorps contre le virus, dans la mesure où le vaccin est allé déclencher une réponse immunitaire.

Prendre en compte le temps nécessaire pour développer une protection

Les vaccins contre la Covid-19 aujourd’hui sur le marché sont caractérisés par une efficacité très élevée. Si l’on se penche notamment sur les deux vaccins à ARNm, les données des essais cliniques de phase 3 qui étaient disponibles en novembre 2020 faisaient état d’une efficacité de 94 % pour protéger les personnes d’une infection symptomatique pour le vaccin Moderna et de 95 % pour le vaccin Pfizer.

Il est également important de souligner la grande efficacité de ces vaccins pour prévenir les formes graves nécessitant une prise en charge hospitalière : dans les essais cliniques de phase 3 évaluant les vaccins Pfizer, Moderna ou AstraZeneca, il était exceptionnel qu’un patient présente une Covid-19 sévère après les deux doses de vaccin. Malgré la vaccination, un petit pourcentage d’individus peut être infecté par le virus SARS-CoV-2 sans présenter de symptômes (forme dite « asymptomatique ») ou avoir une Covid-19 bénigne.

Les études « en vie réelle » dans des pays où la vaccination a été massive (Israël, Royaume-Uni) montrent toutefois que la vaccination permet également de protéger contre les infections asymptomatiques, avec une efficacité variable entre les études mais généralement entre 80 et 95 %. Ces données sont très encourageantes pour espérer tarir l’épidémie.

Il est enfin nécessaire de noter qu’aucun vaccin n’atteint jamais une efficacité de 100 %. À titre de comparaison, le vaccin contre la grippe saisonnière prévient environ 60 % des infections chez les adultes en bonne santé âgés de 18 à 64 ans, et il atteint ce niveau d’efficacité environ 14 jours après la vaccination. La vaccination BCG présente quant à lui une efficacité de 75 à 85 % pour éviter de développer l’infection et prévenir les formes graves de la tuberculose chez les jeunes enfants.

 

Des cas très rares d’infection après une vaccination complète : les cas de « percée vaccinale »

Un très faible pourcentage de personnes complètement vaccinées développera la Covid-19 si elles sont exposées au virus qui le cause. C’est ce qu’on appelle « un cas de percée vaccinale » (vaccine breakthrough), définie comme une infection ≥ 14 jours après avoir terminé l’immunisation complète vaccinale. Cela s’explique par le fait que les vaccins ne sont pas efficaces à 100%.

Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC aux Etats-Unis) ont identifié au 20 Avril 2021, 7,157 cas d’infections au SRAS-CoV-2 chez plus de 87 millions de personnes entièrement vaccinées, soit 0,0082%. Il s’agit donc d’un risque très faible, même s’il est important de souligner que ces cas déclarés sont probablement sous-estimés puisque cela repose sur une surveillance passive et volontaire. Pour le moment, il n’y a pas de profils particuliers prédisposant à ces percées vaccinales, qui demeurent extrêmement rares. Il est recommandé de continuer de porter un masque, d’éviter les rassemblements et les espaces ventilés même quand on est complètement vacciné.

 

Enfin, à l’heure actuelle, le recul reste encore insuffisant pour savoir combien de temps dure la protection conférée par les vaccins contre la Covid-19. Une Correspondance dans le journal NEJM a constaté que chez 33 participants de l’essai de Phase I du vaccin de Moderna, une activité neutralisante contre le virus a été détectée 6 mois après la seconde dose. Le manque de données avec un temps de suivi plus long ne permet pas d’en savoir plus pour le moment.

Des études scientifiques se poursuivent afin d’en savoir plus sur ce sujet et de déterminer si une dose supplémentaire de vaccin sera nécessaire pour prévenir à plus long terme l’infection chez les personnes vaccinées, voire si une vaccination annuelle comme pour la grippe doit être envisagée. Les chercheurs étudient également de manière plus fine la réponse immunitaire des personnes vaccinées, afin de mieux la comprendre et de voir comment elle varie en fonction de l’âge ou du sexe de ces individus.

Texte rédigé avec le soutien de Nathan Peiffer-Smadja, chercheur dans le laboratoire IAME : infection, antimicrobiens, modélisation, évolution (unité 1137 Inserm/Université de Paris) et Thibault Fiolet, doctorant en santé publique à l’Université Paris-Saclay, UVSQ, Inserm, Gustave Roussy, Equipe Exposome Hérédité, CESP UMR1018.

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