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Prendre du paracétamol pendant la grossesse augmente le risque d’autisme chez l’enfant, vraiment ?

cachets de paracétamol© Photo James Yarema sur Unsplash

De quoi parle-t-on ?

Du risque de développer un trouble du spectre autistique chez les enfants nés de mères ayant pris du paracétamol au cours de la grossesse.

D’où vient cette idée reçue ?

Des allégations récentes ont soulevé le fait que la prise de paracétamol au cours de la grossesse pourrait être la cause un trouble du spectre autistique chez l’enfant à naître.

De nombreuses études observationnelles ont exploré un possible lien entre la prise de paracétamol au cours de la grossesse et la survenue d’un trouble du neurodéveloppement, notamment les troubles du spectre autistique et les troubles de l’attention. Bien que quelques études aient montré une faible association statistique entre la consommation de paracétamol au cours de la grossesse et le diagnostic d’autisme, leur interprétation est complexe. Dans ces études, la présence de facteurs non mesurés, tels que des facteurs génétiques qui sont au premier plan dans les troubles autistiques, est de nature à biaiser les résultats. Ainsi, lorsque ces études sont restreintes à l’étude de fratries, ces associations statistiques sont largement diminuées voire rendues nulles.

Que dit la science ?

À ce jour, aucun argument scientifique ne permet d’établir un lien de causalité entre la consommation de paracétamol au cours de la grossesse et la survenue d’un trouble autistique chez l’enfant à naître. Le paracétamol demeure le médicament de première intention pour soulager la fièvre ou la douleur au cours de la grossesse. À  l’inverse, les alternatives telles que l’aspirine, l’ibuprofène et plus largement les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) présentent des risques bien documentés pendant la grossesse et comportent des contre-indications.

Comme pour tout traitement autorisé pendant la grossesse, le paracétamol doit être pris à la plus petite dose efficace nécessaire et sur la durée la plus courte possible. Cette position fait consensus parmi les sociétés savantes et autorités de régulation nationales et internationales [1–7].

Pour approfondir

Le paracétamol (ou acétaminophène dans les pays anglo-saxons) est un médicament commercialisé dans la plupart des pays du monde depuis les années 1950. Il est indiqué dans le traitement symptomatique des douleurs légères à modérées et/ou de la fièvre. Il est ainsi utilisé dans de très nombreuses situations cliniques en médecine ambulatoire ou hospitalière, dans toutes les classes d’âge, du nouveau-né au sujet âgé.

Le paracétamol n’est pas un médicament tératogène ou fœtotoxique. Depuis plus d’une décennie, plusieurs études ont exploré l’association entre exposition maternelle au paracétamol en cours de grossesse et survenue de troubles du neurodéveloppement, tels que les troubles du spectre autistique. Quelques études anciennes ont trouvé une association statistique qui, bien que largement débattue a entraîné certains auteurs à exprimer un consensus statement dans la revue Nature Reviews Endocrinology en 2021 [8]. Cet article avait déjà amené à des sociétés savantes à prendre position ou à rappeler leur position antérieure, telles que l’European Network of Teratology Information Services (ENTIS) [9], l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) [10] ou la Society for Maternal-Fetal Medicine (SMFM) [11]. Toutes ces prises de position ont été dans le même sens : les données disponibles ne permettent pas d’établir une relation causale entre la consommation de paracétamol au cours de la grossesse et les troubles de neurodéveloppement chez l’enfant à naître. À noter que ces prises de positions sont inchangées en 2025 (cf. plus haut).

En 2024, une des plus vastes études sur le sujet a été publiée dans le JAMA par une équipe académique suédoise, incluant plus de 2 millions d’enfants nés entre 1995 et 2019 [12]. Il s’agissait d’une étude de cohorte croisant des données d’exposition au paracétamol, obtenues via des registres de prescriptions et de diagnostics d’autisme, de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et de retard intellectuel. Un peu plus de 7 % des enfants avaient été considérés comme exposés de manière prénatale au paracétamol. Des associations de faible ampleur, à la limite de la significativité statistique, avaient été retrouvées avec l’autisme (hazard ratio [HR], 1.05 [95 % CI, 1.02-1.08]); le TDAH (HR, 1.07 [95 % CI, 1.05-1.10]) ; et le retard intellectuel (HR, 1.05 [95 % CI, 1.00-1.10]). De manière à prendre en compte certains facteurs confondants (état de santé de la mère, facteurs génétiques ou d’environnement) à l’origine de biais possibles dans cette étude observationnelle, les auteurs ont également effectué des analyses en comparant les enfants exposés à des enfants non-exposés au sein de leur fratrie, ce qui a entraîné une disparition des associations observées. De même, ils n’ont pas observé de profil dose-réponse (qui aurait pu être en faveur d’un effet causal), concluant à l’absence d’association.

En 2025, une revue des études disponibles a été effectuée, concluant que le paracétamol n’était pas susceptible d’entraîner une augmentation cliniquement significative du risque de TDAH ou d’autisme chez l’enfant [13].

Parmi les limites méthodologiques des études observationnelles établissant un lien entre la prise de paracétamol pendant la grossesse et les troubles du neurodéveloppement, on peut citer :

  • difficulté de mesurer de manière précise l’exposition au paracétamol via les données de remboursement de soins (disponible sans prescription) ou via les études sur questionnaires auprès des mères (risque de biais de mémoire) ;
  • biais d’indication : la prise d’un médicament n’est jamais due au hasard, notamment au cours de la grossesse ; les femmes enceintes prenant du paracétamol sont plus à même de présenter de la fièvre, des douleurs chroniques, des infections qui peuvent être elles-mêmes à l’origine d’un risque pour le développement fœtal ;
  • manque de données détaillées sur la posologie, la durée et le moment de l’exposition au cours de la grossesse ;
  • évaluation hétérogène du trouble du neurodéveloppement des enfants, dont les critères diagnostics ne sont pas simples, ont évolué au cours de la dernière décennie, et sont parfois fondés sur des sources non médicalement validées (p. ex. enquêtes menées auprès de parents ou d’enseignants) ;
  • absence de contrôle des facteurs de confusion génétiques et familiaux.

Par ailleurs, une prise en charge efficace de la douleur et de la fièvre pendant la grossesse est nécessaire. En effet, elles peuvent également avoir dans certains cas des effets néfastes sur le fœtus en développement et augmenter le risque de complications telles que fausse couche, malformations congénitales, retard de croissance et accouchement prématuré [14–16].

Le paracétamol reste le traitement de première intention pour la douleur et la fièvre pendant la grossesse. Les autres options thérapeutiques, tels que par exemple les AINS peuvent entraîner un risque de mortinatalité et de prématurité s’ils sont utilisés à partir de la 20e semaine de grossesse.

 

Cet article est issu du site PharmacoFact, un site d’analyse factuelle de l’actualité en pharmacologie et thérapeutique de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT). PharmacoFact et Canal Détox, le média de l’Inserm dédié à la vérification scientifique des informations en santé, unissent leurs forces pour renforcer la lutte contre la désinformation médicale.

Les contenus Pharmaco Fact sont sous la responsabilité scientifique et éditoriale de Dominique Deplanque, président de la SFPT, professeur de pharmacologie médicale au CHU de Lille, et chercheur au sein du CIC 1403 Inserm et Mathieu Molimard, vice-président de la SFPT et président du groupe Communication, professeur de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux et chercheur au sein du Bordeaux population health research center BPH (unité Inserm 1219)

Sources :

  1. EMA. Use of paracetamol during pregnancy unchanged in the EU | European Medicines Agency (EMA) [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.ema.europa.eu/en/news/use-paracetamol-during-pregnancy-unchanged-eu
  2. ENTIS. ENTIS Position Statement: Paracetamol in Pregnancy and Autism Spectrum Disorder [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.entis-org.eu/entis-news/entis-position-statement-paracetamol-in-pregnancy-and-autism-spectrum-disorder
  3. ISoP. ISoP Statement on the Use of Paracetamol During Pregnancy [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://isoponline.org/news/isop-statement-on-the-use-of-paracetamol-during-pregnancy/
  4. ACOG. Acetaminophen Use in Pregnancy and Neurodevelopmental Outcomes [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.acog.org/clinical/clinical-guidance/practice-advisory/articles/2025/09/acetaminophen-use-in-pregnancy-and-neurodevelopmental-outcomes
  5. WHO. WHO statement on autism-related issues [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.who.int/news/item/24-09-2025-who-statement-on-autism-related-issues
  6. SMFM. SMFM Response to Administration Announcement on Acetaminophen Use During Pregnancy and Autism – Society for Maternal-Fetal Medicine [Internet]. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.smfm.org/news/smfm-response-to-administration-announcement-on-acetaminophen-use-during-pregnancy-and-autism
  7. MHRA. MHRA confirms taking paracetamol during pregnancy remains safe and there is no evidence it causes autism in children [Internet]. GOV.UK. 2025 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.gov.uk/government/news/mhra-confirms-taking-paracetamol-during-pregnancy-remains-safe-and-there-is-no-evidence-it-causes-autism-in-children
  8. Bauer AZ, Swan SH, Kriebel D, Liew Z, Taylor HS, Bornehag CG, et al. Paracetamol use during pregnancy — a call for precautionary action. Nat Rev Endocrinol. déc 2021;17(12):757‑66.
  9. ENTIS. OFFICIAL ENTIS POSITION STATEMENT: Paracetamol (acetaminophen, APAP) use in pregnancy [Internet]. 2021 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.entis-org.eu/entis-news/official-entis-position-statement-paracetamol-acetaminophen-apap-use-in-pregnancy
  10. ACOG. ACOG Response to Consensus Statement on Paracetamol Use During Pregnancy [Internet]. 2021 [cité 30 sept 2025]. Disponible sur: https://www.acog.org/news/news-articles/2021/09/response-to-consensus-statement-on-paracetamol-use-during-pregnancy
  11. SMFM. Prenatal acetaminophen use and outcomes in children. Am J Obstet Gynecol. 1 mars 2017;216(3):B14‑5.
  12. Ahlqvist VH, Sjöqvist H, Dalman C, Karlsson H, Stephansson O, Johansson S, et al. Acetaminophen Use During Pregnancy and Children’s Risk of Autism, ADHD, and Intellectual Disability. JAMA. 9 avr 2024;331(14):1205‑14.
  13. Damkier P, Gram EB, Ceulemans M, Panchaud A, Cleary B, Chambers C, et al. Acetaminophen in Pregnancy and Attention-Deficit and Hyperactivity Disorder and Autism Spectrum Disorder. Obstet Gynecol. févr 2025;145(2):168.
  14. Fieldhouse R. What happens if pregnant women stop taking Tylenol? Nature [Internet]. 26 sept 2025 [cité 30 sept 2025]; Disponible sur: https://www.nature.com/articles/d41586-025-03138-w
  15. Dreier JW, Andersen AMN, Berg-Beckhoff G. Systematic Review and Meta-analyses: Fever in Pregnancy and Health Impacts in the Offspring. Pediatrics. 1 mars 2014;133(3):e674‑88.
  16. Kerr SM, Parker SE, Mitchell AA, Tinker SC, Werler MM. Periconceptional maternal fever, folic acid intake, and the risk for neural tube defects. Ann Epidemiol. 1 déc 2017;27(12):777-782.e1.

Les femmes ont le cœur plus fragile que les hommes, vraiment ?

image décorativeC’est un stéréotype véhiculé depuis longtemps :  le cœur des femmes serait plus « fragile » que celui des hommes. Alors que le cœur est souvent décrit comme le siège des « émotions », ce cliché sous-entend aussi que les femmes seraient plus émotives que les hommes.  Mais au-delà de la symbolique, le cœur est surtout l’organe le plus important de l’organisme, moteur de la circulation sanguine.

Longtemps considérés comme des maladies « masculines », on sait aujourd’hui que les problèmes cardiaques touchent aussi les femmes, et que certaines maladies cardiovasculaires seraient presque essentiellement féminines. Alors, si on délaisse le champ stéréotypé des émotions et qu’on s’intéresse spécifiquement à la santé, peut-on dire que le cœur des femmes est plus fragile que celui des hommes ? Quelles sont les différences entre les sexes en matière de santé cardiovasculaire ?

Canal Détox s’est penché sur la question.

Une anatomie et des symptômes qui diffèrent

D’un point de vue anatomique, il existe des différences entre le cœur des hommes et celui des femmes car en moyenne, les femmes possèdent un cœur plus petit et des artères plus fines que les hommes.

En revanche, hommes et femmes sont à égalité en ce qui concerne la prévalence des maladies cardiovasculaires. Les maladies cardiovasculaires et leurs complications sont la première cause de décès dans le monde, et  sont la deuxième cause de mortalité en France, après les cancers, chez les hommes comme chez les femmes (données 2022).

Depuis une vingtaine d’années, on observe toutefois une inquiétante progression des taux d’hospitalisation pour le syndrome coronarien aigu[1] particulièrement chez les femmes de moins de 65 ans. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tendance :  une hausse de l’exposition à des facteurs de risque bien connus comme le tabagisme, qui est en augmentation de manière notable chez les femmes de 35 à 64 ans ; l’association tabac et contraception oestroprogestative ; une activité physique en baisse et une sédentarité élevée ;  la consommation d’alcool, ou encore l’augmentation de la prévalence de l’obésité et du diabète de type 2. Le taux d’hospitalisation en augmentation chez les femmes pourrait aussi être dû à une plus grande prise de conscience du risque qu’elles encourent face à des maladies cardiovasculaires longtemps considérées comme masculines.

Toutefois, c’est surtout quand on s’intéresse aux symptômes des accidents cardiovasculaires que les différences entre les hommes et les femmes sont les plus visibles.

Reprenons le cas du syndrome coronarien aigu. Des études mettent en avant, par exemple, le risque supplémentaire pour les femmes de ressentir des douleurs entre les omoplates, d’avoir des nausées ou des vomissements, et un essoufflement. Contrairement aux hommes, elles auraient moins de risque de ressentir des douleurs thoraciques ou de présenter une transpiration.

Dans une revue de la littérature, les auteurs ont d’ailleurs soulevé la question de l’inégalité de catégorisation des symptômes des femmes, présentés dans le cadre du syndrome coronarien aigu comme des symptômes « atypiques » ; tandis que les symptômes masculins sont considérés « typiques ». Cette symptomatologie considérée comme « atypique » jointe à la plus grande capacité en moyenne des femmes à ignorer  la douleur explique en partie le caractère souvent tardif de la consultation et, de ce fait, le retard dans la prise en charge qui peut pénaliser le pronostic.

Enfin, on peut aussi souligner que les femmes sont plus sensibles que les hommes aux effets secondaires de la radiothérapie et de la chimiothérapie. Après avoir eu un cancer, notamment du sein, et après avoir pris des traitements anticancéreux, elles ont un risque accru d’accident cardiovasculaire. Ces données soulignent l’importance de mettre en place un parcours de soins incluant un suivi cardiologique des femmes après le traitement d’un cancer.

Un risque cardiovasculaire sous-estimé depuis de nombreuses années

Jusqu’à la fin des années 1980, peu d’essais cliniques d’envergure recrutaient des femmes. Il en a résulté un manque de données pour documenter la relation entre les facteurs de risque connus et le sexe, mais aussi un manque de communication des professionnels de santé sur les risques cardiovasculaires encourus par les femmes. Le risque cardiovasculaire des femmes est donc sous-estimé depuis de nombreuses années. Ce manque de données a également eu pour conséquence, comme mentionné plus haut, une moindre réactivité des femmes face aux alertes de leur corps.

Depuis, si des directives ont été lancées pour inclure plus de femmes dans les essais cliniques[2], la parité n’a pas encore été atteinte. Une étude publiée en 2020 dans le Journal of American Heart Association, portant sur l’analyse de dix ans d’essais cliniques ne montrait pas beaucoup d’amélioration :  les essais cliniques menés entre 2008 et 2017 ont révélé la participation de 36 % de femmes.

Pourtant, alors que les maladies cardiovasculaires continuent de représenter un fléau de santé publique mondial, il semble plus que jamais essentiel de mieux comprendre les spécificités de ces pathologies chez les femmes, pour améliorer le diagnostic et la prévention, ou encore afin d’adapter les traitements à leur physiologie.

Des maladies du cœur 100 % féminines, vraiment ?

Le syndrome du cœur brisé ou syndrome de takotsubo a été décrit pour la première fois au Japon en 1990. Cette défaillance cardiaque survient dans la grande majorité des cas après un choc émotionnel intense, entraînant une faiblesse soudaine du muscle cardiaque après la libération massive d’hormones du stress (de la famille des catécholamines : adrénaline, noradrénaline et dopamine qui « resserrent » les artères du cœur qui, brutalement privé d’un apport sanguin suffisant, voit sa contractilité sévèrement altérée). Dans 9 cas sur 10, cette affection touche les femmes, et plus spécifiquement les femmes ménopausées. En revanche, si les femmes sont effectivement les principales touchées, les hommes peuvent aussi connaître le syndrome du cœur brisé et le risque de décès liés à la maladie est d’ailleurs plus élevé que chez les femmes.

Autre exemple : la SCAD (dissection spontanée de l’artère coronaire) qui touche plus particulièrement les femmes est une déchirure spontanée dans les parois des artères coronaires, qui peut entraîner un infarctus du myocarde. Elle touche majoritairement les jeunes femmes (9 femmes sur 10 également), souvent en bonne santé et sans présence des facteurs de risque cardiovasculaire habituels.

Bien que ces maladies ne soient pas exclusivement féminines, elles dépendent pour autant des facteurs hormonaux et physiologiques spécifiques qui augmentent le risque pour les femmes.

En attendant que les connaissances de la recherche progressent, la prévention reste le meilleur moyen de diminuer le risque cardiovasculaire chez les femmes comme chez les hommes.

[2]En 1993, la Food and Drug Administration (FDA) a par exemple établi des lignes directrices visant à accroître la diversité des participants aux essais cliniques.

Texte rédigé avec le soutien de Nabila Bouatia-Naji, directrice de recherche Inserm, responsable de l’équipe Approches génétiques pour comprendre la maladie artérielle au Centre de recherche cardiovasculaire de Paris (PARCC), unité 970 ; et Philippe Menasché, chirurgien cardiaque au service de chirurgie cardiovasculaire à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou et chercheur au PARCC

« Descente d’organes » : les femmes après la grossesse sont les seules concernées, vraiment ?

Le prolapsus est un problème de santé souvent tabou, alors qu’une femme sur trois pourrait être concernée à un moment de sa vie, et qu’une femme sur dix pourrait avoir besoin d’une chirurgie. Communément appelé « descente d’organes », ce problème survient quand l’un des organes présents dans le bassin (la vessie, le rectum ou l’utérus)[1] n’est plus maintenu par les muscles et les ligaments constituant le plancher pelvien.

Le manque de communication autour de la descente d’organes implique que de nombreuses fausses informations circulent toujours, entravant la capacité des femmes touchées à prendre des décisions éclairées sur leur santé. Récemment par exemple, une étude publiée dans le Journal of Obstetrics and gynaecology Canada soulignait les dangers d’une pratique appelée « sauna vaginal », qui consiste à s’assoir au-dessus d’un récipient contenant de l’eau brûlante et des plantes, et qui a parfois été vantée comme permettant d’atténuer les symptômes du prolapsus.

Pourtant, il s’agit d’une approche risquée, qui n’est absolument pas fondée sur des données scientifiques rigoureuses, et qui peut entraîner des brûlures au deuxième degré. De plus, certains sites d’information véhiculent parfois des idées reçues, comme par exemple que le prolapsus concernerait exclusivement les femmes après la grossesse.

Quels sont réellement les facteurs de risque qui prédisposent au prolapsus ? Quelles sont les options thérapeutiques aujourd’hui disponibles pour les personnes qui en souffrent ? Canal Détox revient sur ces questions dans ce nouvel article de sa série « Santé des femmes ».

 

Le prolapsus touche de nombreuses personnes

Souvent considérée comme taboue, la descente d’organe est souvent reléguée, dans l’imaginaire collectif à un trouble peu fréquent, qui ne toucherait que les femmes après l’accouchement.

Il est vrai que la grossesse est un facteur de risque et que la probabilité de développer un prolapsus augmente si la patiente a eu plusieurs accouchement et/ou a accouché par voie basse, notamment avec l’utilisation de forceps.  Cependant, les femmes n’ayant pas eu d’enfant peuvent aussi être concernées, d’autres facteurs pouvant en effet augmenter la probabilité de développer un prolapsus. Parmi les autres facteurs de risque, l’âge est, jusqu’à 50 ans significativement associé à une augmentation de la prévalence.

Après la ménopause, la prévalence demeure stable mais la sévérité du prolapsus, elle, augmente. La constipation chronique, l’obésité, certaines malformations congénitales au niveau vaginal, certaines maladies rares des tissus conjonctifs (comme les syndromes d’Ehlers-Danlos) ou encore la pratique de certaines activités physiques très intenses et régulières ont aussi été mises en cause. 

Enfin, si le prolapsus rectal – lorsque le rectum n’est plus soutenu par le plancher pelvien – touche toujours plus les femmes que les hommes, ces derniers peuvent aussi être concernés.  Quand c’est le cas, le prolapsus survient plus précocement que chez les femmes, avant l’âge de 40 ans. De manière général, le prolapsus rectal est moins fréquent dans la population adulte que les autres formes, avec une prévalence de 0,5 % environ selon certaines sources (même si les données sur le sujet restent rares et la détection difficile).

 

Développer de nouveaux traitements

Dans le cas du prolapsus génital qui touche les femmes, les options thérapeutiques proposées vont dépendre de l’âge de la patiente et de la sévérité des symptômes. Pour un cas modéré, il est possible de proposer des mesures de prévention (perte de poids si nécessaire, adaptation de l’activité physique…) visant à contrôler l’évolution des symptômes, des mesures de rééducation périnéale, ou le port d’un pessaire (un dispositif intravaginal en silicone).

La chirurgie est proposée si les autres mesures ne sont pas suffisantes et si les symptômes deviennent handicapants au quotidien. Plusieurs techniques (chirurgie par voie abdominale et chirurgie par voie vaginale) sont possibles en fonction du profil de la patiente, mais toutes comportent des limites.

Le problème principal est qu’actuellement, les prothèses synthétiques qui étaient utilisées pour soutenir les organes dans le cadre de la chirurgie par voie vaginale – plus rapide que la chirurgie abdominale et ne nécessitant pas d’anesthésie générale – ne sont plus autorisées.

En effet, elles provoquent parfois des complications sévères, des douleurs extrêmes, voire des handicaps. En France, elles seraient responsables de complications graves dans 2,8 % des cas à court terme après la chirurgie. Il est par ailleurs très difficile de les retirer une fois posées.

Des équipes de recherche, notamment à l’Inserm, travaillent donc pour proposer de alternatives, par exemple des prothèses en matière biologique, ne cisaillant pas les organes et limitant les réactions inflammatoires. Cependant, ces travaux majeurs nécessiteront encore du temps et des financements pour être menés à terme.

En attendant, le nombre limité de solutions pour certaines femmes peut les conduire à se tourner vers des thérapies alternatives, parfois présentées comme « miraculeuses », alors qu’elles peuvent comporter des risques.

Rappelons donc encore une fois que ni les « saunas vaginaux » évoqués plus haut, ni la consommation d’Aloe vera, ni les techniques comme l’acupression ou la réflexologie plantaire n’ont fait leurs preuves dans la prévention ou dans le traitement du prolapsus. Leur utilité pour accompagner la rééducation du périnée ne repose pas non plus sur des bases scientifiques solides. 

Le prolapsus constitue un problème de santé publique auquel vont devoir faire face les médecins. Proposer une médecine centrée sur l’écoute des patientes afin de mettre en place les bonnes mesures de prévention au bon moment et diagnostiquer rapidement, mais aussi continuer les recherches au bénéfice des femmes, constituent des priorités pour le système de santé dans les années à venir.

Texte rédigé avec le soutien de Diane Potart et Yoann Torres, chercheurs au sein du laboratoire Biotis de l’Inserm à Bordeaux.

 

[1] On parlera de prolapsus génital lorsque le vagin s’extériorise par la vulve. On parlera de prolapsus rectal lorsque le rectum s’extériorise par l’anus, les hommes aussi peuvent être touchés.

Le « Féminin Sacré » pour lutter contre l’endométriose, vraiment ?

« Je propose des soins énergétiques du Féminin sacré pour renouer avec soi-même, retrouver sa véritable nature sensuelle, puissante, sauvage et libre… Des soins pour soulager l’endométriose et le syndrome polykystique. » ; « Je vous guide vers la guérison de votre féminin blessé (endométriose, cancer du sein, de l’utérus, troubles gynécologiques …) »… De telles propositions fleurissent sur certains sites de thérapeutes auto-proclamés ou encore sur des comptes Instagram. Au cœur des discours qui sont relayés, on retrouve bien souvent le concept de Féminin sacré, qui se situe à l’intersection entre la spiritualité et le développement personnel.

Définir le Féminin sacré n’est pas aisé, car il s’agit d’un mouvement pluriel, qui ne fait ni référence à une communauté homogène ni à des pratiques ou des idées toujours bien définies. Néanmoins, un aspect semble être central : la notion que les femmes possèderaient un « pouvoir », une puissance intérieure particulière, à explorer et à célébrer.

« Reconnexion » du corps et de l’esprit

Comme la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) le souligne dans un rapport datant de 2022, le Féminin sacré est d’ailleurs souvent présenté comme un travail de « reconnexion » du corps et de l’esprit, enseigné lors de stages et de rituels ou encore auprès de personnes qui se définissent comme « thérapeutes ».

Si l’émancipation des femmes, la sororité et la quête de sens sont au cœur de la théorie du Féminin sacré, certains observateurs, dont la Miviludes, s’inquiètent toutefois de potentielles dérives. Parmi les critiques qui sont soulevées : une tendance à essentialiser les femmes en les réduisant à des fonctions biologiques ou des facultés reproductives, ou encore le fait que le Féminin sacré s’apparente souvent à un business, reposant sur une offre de stages et de pratiques non réglementées aux coûts élevés.

Ces dernières années, des craintes ont également été évoquées en lien avec de potentielles répercussions sur la santé des femmes, notamment celles qui souffrent d’endométriose. Canal Détox revient ici plus spécifiquement sur cette problématique.

Des patientes à la recherche de solutions

L’endométriose est une maladie gynécologique qui concerne environ une femme sur dix en âge de procréer. Causée par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus, elle peut provoquer des douleurs parfois invalidantes, notamment au moment des règles. D’autres symptômes peuvent être observés, variables d’une femme à l’autre : troubles digestifs, fatigue chronique, douleurs pendant les rapports sexuels, en allant aux toilettes… Enfin, pour les femmes en âge de procréer, la maladie peut dans certains cas être associée à une infertilité.

Ces dernières années ont été marquées par un renouveau d’intérêt pour l’endométriose dans la communauté scientifique et médicale, renforcé en 2022 par le lancement de la stratégie nationale de lutte contre l’endométriose.

Aucune solution n’existe à ce jour pour guérir de l’endométriose. Des traitements visant à réduire les symptômes sont disponibles, mais ils ne sont pas efficaces pour toutes les patientes. En cas d’échec de ces médicaments, une chirurgie peut être proposée pour éliminer les lésions associées à la maladie, ce qui peut entraîner une disparition des symptômes à plus ou moins long terme.

Néanmoins, cette stratégie n’est là encore pas toujours efficace, puisqu’il y a un risque de récidive. Des travaux ont ainsi estimé qu’environ la moitié des patientes présentaient des symptômes récurrents dans les cinq ans, quelle que soit l’approche thérapeutique utilisée.

Par ailleurs, des retards de diagnostic peuvent aussi compliquer la prise en charge. Il n’existe aujourd’hui pas de technique de dépistage spécifique de la maladie, que ce soit pour les femmes à risque ou en population générale. Les patientes qui présentent des symptômes peuvent se voir proposer un examen clinique (examen gynécologique) qui permet ensuite d’orienter la prescription d’une échographie endovaginale ou d’une IRM pelvienne. Seuls ces examens couplés à une biopsie (lorsque celle-ci est possible) sont capables de donner des réponses fiables aux patientes.

Cette situation, associée à une connaissance insuffisante de l’endométriose par les professionnels de santé, engendre des retards de diagnostic importants, et explique qu’à l’heure actuelle, il s’écoule en moyenne un délai de 7 à 12 ans, selon les études, avant que le diagnostic ne soit définitivement posé.

Confrontées à une large palette de symptômes qui impactent directement leur qualité de vie, à des traitements pas toujours efficaces et à des retards de diagnostic qui peuvent partiellement être dus à une minimisation, une normalisation ou une psychologisation des symptômes par certains professionnels de santé, une forme de découragement et de défiance des patientes envers la médecine peut s’installer. 

Certaines patientes peuvent être amenées à se détourner d’une prise en charge médicale « conventionnelle » pour chercher d’autres solutions.

Des approches non médicamenteuses utiles ?

Les premiers résultats issus de la cohorte ComPaRe Endométriose coordonnée par la chercheuse Marina Kvaskoff, Prix Inserm Science et société-Opecst 2023, ont ainsi souligné que 80 % des participantes atteintes d’endométriose ont eu recours au moins une fois à une pratique alternative comme l’ostéopathie, l’acupuncture, la méditation ou la sophrologie…

Il faut noter qu’à l’heure actuelle, la plupart de ces pratiques n’ont pas démontré d’efficacité propre, supérieure à un placebo. Si certaines études démontrent une efficacité pour certaines pratiques, leur méthodologie peut comporter des limites. Et à l’inverse, d’autres travaux n’ont pas démontré l’efficacité de ces pratiques. Aucun consensus clair n’est donc en mesure de se dégager à leur sujet.

Néanmoins, il semblerait que l’efficacité perçue de certaines approches non conventionnelles serait principalement liée au contexte de ces consultations : les praticiens qui proposent ces approches prennent généralement le temps de recevoir les patientes, et ont une écoute attentionnée et bienveillante qui peut parfois manquer dans les consultations de médecine conventionnelle.

En ce sens, les effets contextuels, présents dans ces approches comme dans tout acte thérapeutique, peuvent aider les patientes dans la gestion de leurs symptômes. Toutefois, le recours à ces pratiques ne doit en aucun cas se substituer entièrement aux traitements médicaux, et il est important d’en faire part à l’équipe médicale qui suit la patiente.

« Culpabilisation » des femmes

Or c’est justement ce point qui inquiète certains soignants. Ils craignent que des « thérapeutes » autoproclamés qui proposent des approches non médicamenteuse – tout particulièrement des approches peu documentées s’appuyant sur une rhétorique propre au Féminin sacré – conduisent certaines patientes à renoncer entièrement aux soins et aux traitements médicamenteux.

Nuançons : nous ne disposons pas de données solides concernant le nombre de patientes qui ont recours à de telles approches pour « soigner leur féminin blessé » ou qui participent à des cérémonies de bénédiction de l’utérus – des rituels s’appuyant sur une « technique énergétique cherchant à harmoniser les énergies des femmes » – dans l’espoir d’apaiser leurs symptômes. Il est néanmoins utile, alors que les mouvements fondés sur le Féminin sacré prennent de l’ampleur, de rappeler que toutes les approches « thérapeutiques » qui en découlent ne s’appuient en aucun cas sur des preuves scientifiques solides, qu’elles sont souvent coûteuses pour les patientes et qu’elles peuvent conduire à une culpabilisation des femmes.

Sur ce dernier point, la Miviludes alertait notamment sur le fait que certaines femmes peuvent être confrontées à un discours hasardeux et culpabilisant, qui les ferait se sentir responsables de leurs symptômes : « Il est affirmé que si une femme a des règles douloureuses, c’est qu’elle n’est pas en accord avec sa nature profonde de femme. En d’autres termes, elle serait responsable de cette souffrance. »

L’endométriose est une maladie qui est longtemps restée dans l’ombre, ce qui explique le désarroi des patientes et leur volonté de se tourner parfois vers des solutions non médicamenteuses et des alternatives à la médecine conventionnelle.

De nouvelles connaissances sur l’endométriose, et un accompagnement plus bienveillant des patientes, émergent peu à peu, ouvrant la voie à un meilleur repérage ainsi qu’une meilleure prise en charge.

Il est maintenant nécessaire de continuer les efforts de recherche et de communication auprès des patientes et d’apprendre à mieux les écouter.

Améliorer les parcours de soin, notamment en matière de relation de soin, est une voie qu’il faut poursuivre si l’on veut réellement accompagner les patientes et si l’on souhaite éviter toute dérive et tout renoncement à une prise en charge médicale.

Il pourrait également être intéressant que les soignants soient eux-mêmes formés sur les fondements des « thérapies » ou des pratiques qui n’ont pas de base scientifique solide, ainsi que sur leurs dérives, afin qu’ils puissent mieux informer les patientes de manière transparente, et que celles-ci puissent faire un choix parfaitement éclairé sur les soins complémentaires auxquels elles souhaitent avoir recours.

Cet article a été rédigé avec le soutien de Marina Kvaskoff, directrice de recherche Inserm, épidémiologiste au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP) à Villejuif et d’Hélèna Schoefs, doctorante en sociologie au Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (Lapsco), université Clermont-Auvergne – Unité de recherche Adaptation, résilience et changement (ARCh), université de Liège (Belgique)

Changement climatique : un impact différent sur la santé des femmes, vraiment ?

Le dérèglement climatique est l’une des plus graves menaces qui pèse sur la planète. Si des recherches supplémentaires sont nécessaires pour bien décrire tous les risques associés à ce phénomène, l’impact sur la santé de différentes populations commence à être bien documenté.

On sait par exemple aujourd’hui que la hausse des températures modifie la répartition géographique de certaines maladies à transmission vectorielle. Les températures plus élevées et l’exposition aux UV constituent aussi une menace directe pour la physiologie et la santé humaine. Citons notamment les conséquences délétères des canicules, plus fréquentes du fait du changement climatique : en Europe la chaleur record de l’été 2022 a par exemple entraîné plus de 61 000 décès.

Par ailleurs, les catastrophes naturelles liées au changement climatique, telles que les épisodes de sécheresse et les inondations, s’accélèrent avec des impacts directs et indirects sur la santé. Ces catastrophes entraînent en effet des problèmes de sécurité alimentaire ainsi que d’accès à l’eau potable, d’assainissement et d’hygiène, et limitent l’accès aux services de santé et à l’information médicale. Le changement climatique est aussi associé à un risque pandémique futur dans la mesure où il pourrait accélérer les déplacements d’espèces sauvages qui constituent de potentiels réservoirs viraux ainsi que les mouvements de populations, augmentant ainsi la diffusion des maladies.

Tous ces phénomènes sont de plus en plus médiatisés et expliqués au public. Néanmoins, il faut se rendre à l’évidence : les conséquences du dérèglement climatique ne touchent pas toutes les populations de la même manière.

Des facteurs de risque liés au pays de résidence, à l’âge, au sexe et au genre ou encore au milieu socio-économique peuvent rendre les individus plus vulnérables au changement climatique. Parmi ces différents facteurs, de nombreuses études ont été publiées pour examiner le poids du sexe et du genre et décrire la manière dont ces inégalités s’entrecroisent avec les inégalités de santé face aux phénomènes climatiques.

Alors les femmes sont-elles plus à risque de voir leur santé se dégrader à cause du changement climatique ? L’impact du changement climatique sur la santé des femmes est-il seulement physique ? Comment s’intéresser, dans ce contexte, à la santé mentale ? Canal Détox fait le point dans ce nouvel article de son hors-série sur la santé des femmes.

Des problèmes pour la santé maternelle bien documentés

C’est souvent sous l’angle de la santé maternelle que la question du sexe, du genre et du changement climatique a été étudiée.

Soulignons tout d’abord que les chaleurs extrêmes augmentent l’aire de répartition géographique de certains vecteurs de maladies notamment les tiques ou les moustiques, et donc la propagation des maladies à transmission vectorielle telles que le paludisme ou le virus Zika. Or ces maladies ont des impacts particulièrement délétères sur la santé des femmes enceintes et des nouveau-nés.

Des études ont montré que les femmes enceintes étaient particulièrement à risque d’être piquées par des moustiques, du fait de plusieurs changements physiologiques et comportementaux qui se produisent pendant la grossesse. Une étude menée en Gambie a par exemple montré que la température corporelle des femmes enceintes attire plus facilement les moustiques. Par ailleurs, les femmes enceintes vont plus souvent quitter la protection des moustiquaires pour uriner la nuit et se font ainsi piquer par des moustiques, plus actifs aux heures nocturnes. Ceci a des conséquences à la fois sur la santé des mères, qui vont développer plus fréquemment des maladies portées par les moustiques, mais aussi sur celle des enfants qu’elles portent. Le paludisme maternel augmenterait en effet le risque d’avortement spontané, d’accouchement prématuré, de mortinatalité et d’insuffisance pondérale à la naissance. Quant au virus Zika, il est aujourd’hui bien établi que si la mère est infectée pendant la grossesse, le risque de malformations congénitales, dont la microcéphalie, est accru.

Les résultats de travaux qui s’intéressent aux effets de la chaleur et de la pollution atmosphérique sur la santé maternelle et infantile sont plus contrastés. Mais dans l’ensemble, les données disponibles suggèrent une augmentation de plusieurs problèmes, dont le risque de prééclampsie, de mortinatalité (enfants nés sans vie après 6 mois de grossesse) et de fausses couches.

Une grande analyse de littérature scientifique publiée dans le journal JAMA Network s’est intéressée à 32 798 152 naissances aux États-Unis et a montré une association significative entre exposition à de fortes températures et complications lors de l’accouchement. En France, l’exposition des mères à la chaleur au cours de la grossesse a été associée à un risque accru de prématurité et à une diminution du poids de naissance. De moindres performances pulmonaires étaient également observées chez les nouveau-nés filles, suggérant ainsi que des inégalités liées au sexe sont présentent dès le début de la vie. L’exposition aux particules fines ou à l’ozone a aussi été associée à un risque accru de naissance prématurée et à un faible poids de naissance dans la plupart des études considérées.

Par ailleurs, le dérèglement climatique affecte la santé sexuelle et reproductive des femmes et leur capacité à recevoir un accompagnement gynécologique adapté. Comme le souligne un rapport du Fonds des Nations Unies pour la population, des données montrent que les catastrophes climatiques entraînent notamment des perturbations majeures dans l’accès à la contraception et que les décès maternels liés à des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses sont susceptibles d’être beaucoup plus nombreux dans ces situations d’urgence.

Une équipe Inserm étudie l’impact de la pollution atmosphérique sur le placenta

Comment l’exposition à la pollution de l’air pendant la grossesse impacte-t-elle son bon déroulement et le développement de l’enfant à naître ?

C’est ce qu’une étude de l’Inserm et de l’université de Grenoble tente de comprendre. En comparant les données obtenues chez près de 1 500 femmes enceintes, elle a ainsi pu observer que l’exposition à ces polluants durant la grossesse était associée à des modifications épigénétiques susceptibles d’altérer le développement du fœtus, en particulier au niveau métabolique, immunitaire et neurologique. Les résultats obtenus par les scientifiques montrent en outre que les périodes de susceptibilité aux polluants de l’air seraient différentes en fonction du sexe du fœtus, impactant ainsi le développement de façon différenciée entre les filles et les garçons.

Pour aller plus loin, consultez nos communiqués :

https://presse.inserm.fr/vulnerabilite-du-placenta-a-la-pollution-de-lair-quels-effets-sur-le-developpement-de-lenfant-a-naitre/68392/

https://presse.inserm.fr/quel-impact-de-la-pollution-atmospherique-sur-le-placenta/31777/

La répartition genrée des rôles augmente la vulnérabilité aux catastrophes climatiques et aux maladies

La santé maternelle n’est toutefois pas la seule problématique à prendre en compte quand on s’intéresse aux intersections entre sexe, genre, santé et changement climatique. Certains travaux soulignent ainsi que dans de nombreuses sociétés, les inégalités de genre, le rôle attribué aux femmes et le poids des normes culturelles peuvent accroître leurs vulnérabilités face au changement climatique, avec des effets directs et indirects sur leur santé.

Une analyse portant sur les effets des catastrophes climatiques dans 141 pays a ainsi montré que, si ces évènements créent des difficultés pour tout le monde, ils tuent en moyenne plus de femmes que d’hommes, ou du moins ils tuent les femmes à un âge plus jeune que les hommes.

Il faut néanmoins noter que cet effet est beaucoup plus marqué dans les pays où les femmes ont un statut social, économique et politique particulièrement bas. Quand les inégalités entre les genres sont moindres, hommes et femmes sont touchés par les catastrophes climatiques de manière moins différenciée.

La même étude a souligné que les différences physiques entre les hommes et les femmes n’expliquent probablement pas toutes les inégalités qui peuvent parfois être constatées lors de catastrophes climatiques. Les normes sociales et culturelles jouent quant à elles un grand rôle. Comme le rappelle un rapport de l’OMS intitulé Gender, Climate Change and Health, dans les sociétés où les femmes ont peu d’indépendance et jouent un rôle principalement au sein de leur foyer, s’occupant des enfants et des personnes âgées, elles ont souvent moins la possibilité de s’enfuir et d’aller chercher du secours et des aides alimentaires, notamment parce qu’elles ont plus tendance à rester sur les lieux de la catastrophe pour aider leurs proches. D’autres facteurs comme les normes vestimentaires ou comportementales (interdiction d’apprendre à nager par exemple) peuvent avoir un impact sur la mobilité des femmes et leur capacité à fuir.

Enfin, sans même parler de survie face à des catastrophes, les femmes sont aussi plus vulnérables face à certaines maladies du fait des tâches quotidiennes qu’elles sont amenées à effectuer. Prenons l’exemple de l’eau, aussi décrit dans le rapport de l’OMS : les femmes sont chargées dans de nombreux pays d’aller chercher l’eau utilisée par le foyer.

Or alors que les épisodes de sécheresse deviennent de plus en plus fréquents sur la planète, on constate une réduction de la disponibilité et de la fiabilité de l’approvisionnement en eau douce. Les trajets pour la collecte de l’eau se font parfois plus longs provoquent de l’épuisement, des douleurs et des lésions osseuses pour les femmes qui en sont responsables.

En outre, lorsque l’eau est rare, les pratiques hygiéniques sont souvent sacrifiées à des besoins en eau plus pressants, tels que la boisson et la cuisine. Le manque d’hygiène peut être à l’origine de maladies telles que le trachome[1] et la gale, également appelées « maladies de l’eau », qui touchent d’autant plus les femmes qu’elles font souvent passer les besoins en eau du reste du foyer avant les leurs.

Et la santé mentale ?

La question de la santé mentale commence plus récemment à être abordée. Si les hommes et les femmes voient leur santé mentale se dégrader face aux effets du changement climatique, les manifestations diffèrent souvent selon le genre.

Dans le contexte de catastrophes climatiques, les femmes sont plus souvent exposées à la violence sexiste, à des migrations forcées et à d’autres facteurs de stress socio-économiques qui ont des effets néfastes sur la santé mentale, avec notamment un risque plus élevé d’anxiété et de dépression.

Le stress lié à la perte de revenus et à l’endettement qui découle de certaines situations liées au changement climatique, par exemple les sécheresses ou les inondations, peuvent néanmoins aussi se répercuter sur la santé mentale des hommes, avec un risque de suicide plus élevé. Certaines données établissent par exemple un lien entre la sécheresse et le suicide chez les hommes en Australie.

Enfin, l’éco-anxiété est un phénomène de plus en plus étudié. Si les résultats varient d’une étude à l’autre, et que la question du genre n’est pas encore tranchée, plusieurs travaux suggèrent tout de même que les femmes, surtout jeunes, sont plus sujettes à l’éco-anxiété que les hommes. Toutefois, la plupart des données sur l’éco-anxiété proviennent des pays occidentaux, et des recherches futures seront donc nécessaires dans d’autres pays.

En conclusion, les effets du changement climatique sur la santé affectent différemment les hommes et les femmes principalement en raison de facteurs socio-économiques et culturels sous-jacents. Des facteurs physiologiques entrent aussi en jeu dans ces inégalités de genre, mais ils ont encore été insuffisamment étudiés. Le changement climatique menace d’aggraver les inégalités de santé existantes entre les hommes et les femmes dans tous les pays, avec toutefois des différences plus marquées dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Pour la recherche, un enjeu est de continuer à intégrer la perspective du sexe et du genre dans les travaux sur les effets sanitaires du changement climatique, et ce afin de mieux orienter les politiques publiques existantes en matière de climat, de développement et d’accès aux soins pour réduire les inégalités.

Un mot sur le sexe et le genre

 Si l’on synthétise, on peut définir ces deux concepts de la manière suivante :

  • le « sexe » fait référence aux caractéristiques biologiques et physiologiquesqui différencient les hommes des femmes (comme les gonades, les organes reproductifs, les chromosomes, les hormones) ;
  • le genre est une construction sociale, psychologique et culturelle qui s’effectue dans le cadre du processus de socialisation. Différentes sociétés et cultures peuvent donc avoir des conceptions différentes de ce qui est « masculin » ou « féminin ».

La littérature scientifique porte le plus souvent sur les interactions entre sexe et changement climatique, ou étudie le sexe et le genre de manière indifférenciée, mais de plus en plus de publications s’intéressent spécifiquement au genre en tant que construction sociale et à son lien avec les inégalités climatiques.

Dans ce texte, qui n’est pas exhaustif, nous avons choisi d’employer les deux concepts et de proposer au lecteur des références bibliographiques qui s’intéressent à la fois au sexe et au genre.

Texte rédigé avec le soutien de Johanna Lepeule, épidémiologiste, chargée de recherche dans l’équipe Inserm d’épidémiologie environnementale appliquée au développement et à la santé respiratoire à l’Institut pour l’Avancée des biosciences

[1]Le trachome est une maladie infectieuse de l’œil due à la bactérie Chlamydia trachomatis.

 

Références utiles

Bekkar B, Pacheco S, Basu R et al. Association of air pollution and heat exposure with preterm birth, low birth weight, and stillbirth in the US: a systematic review. JAMA Network Open. 2020;3(6):e208243 doi: 10.1001/jamanetworkopen.2020.8243.

Beltran AJ, Wu J, Laurent O. Associations of meteorology with adverse pregnancy outcomes: A systematic review of preeclampsia, preterm birth and birth weight. Int J Environ Res Public Health. 2014;11(1):91-172 doi: 10.3390/ijerph110100091.

Kuehn L, McCormick S. Heat exposure and maternal health in the face of climate change. Int J Environ Res Public Health 2017;14(8):853 doi: 10.3390/ijerph14080853.

Rothschild J, Haase E. Women’s mental health and climate change Part II: Socioeconomic stresses of climate change and eco-anxiety for women and their children. Int J Gynaecol Obstet. 2023;160(2):414-420 doi: 10.1002/ijgo.14514.

Sorensen C, Saunik S, Sehgal M, Tewary A, Govindan M, Lemery J, Balbus J. Climate Change and Women’s Health: Impacts and Opportunities in India. Geohealth. 2018 Oct 17;2(10):283-297. doi: 10.1029/2018GH000163. PMID: 32159002; PMCID: PMC7007102.

https://www.unwomen.org/en/news-stories/explainer/2022/02/explainer-how-gender-inequality-and-climate-change-are-interconnected

https://iris.who.int/bitstream/handle/10665/144781/9789241508186_eng.pdf

Les femmes vivent plus longtemps et en meilleure santé que les hommes, vraiment ?

Au cours des deux derniers siècles, la population mondiale a, dans son ensemble, connu un accroissement de sa durée de vie. Avec une constante : dans la plupart des pays, l’espérance de vie des femmes est plus longue que celle des hommes. Les chiffres de 2019, avant la pandémie de Covid-19, suggèrent que, dans les pays les plus développés, les femmes vivent en moyenne 5 à 7 années de plus que les hommes.  Cette différence est moins marquée dans les pays à plus faibles revenus, mais elle existe tout de même. Mais si l’on veut mieux comprendre les inégalités de sexe et de genre en matière de santé et de mortalité, il est important d’aller plus loin dans la réflexion et de ne pas s’intéresser uniquement aux chiffres de l’espérance de vie.

Quelles sont les raisons de cet écart entre les hommes et les femmes : sont-elles biologiques, résultent-elles de différences comportementales ou sociétales ? Les hommes sont-ils prédisposés à certaines maladies et, à l’inverse, existe-t-il des maladies pour lesquelles le fait d’être un homme serait « protecteur » ? Comment réduire les écarts de morbidité et de mortalité entre les hommes et les femmes ?

Répondre à ces questions est utile pour tenter d’évaluer la pertinence de mesures de santé publique visant à réduire les inégalités, mais aussi pour prédire les tendances futures en matière de mortalité et d’espérance de vie. Ce nouveau Canal Détox propose donc une réflexion plus approfondie sur ce sujet.   

 

Un écart qui se réduit ?

On l’a souligné, les femmes vivent globalement plus longtemps que les hommes. L’ampleur de cet écart a néanmoins évolué au cours du temps. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il a ainsi augmenté au cours de la période 1950-1970, puis il s’est réduit dans les décennies suivantes. Des travaux avaient suggéré que cela pouvait s’expliquer par une diminution plus rapide de la mortalité due aux maladies cardiovasculaires chez les hommes que chez les femmes, en particulier chez les personnes âgées de 70 à 74 ans, et par une consommation tabagique croissante chez les femmes, de plus en plus similaire à celle des hommes.

L’écart entre les hommes et les femmes pourrait toutefois se creuser à nouveau. Une étude récemment publiée dans la revue JAMA Internal Medicine a ainsi montré qu’aux États-Unis, l’écart entre les femmes et les hommes s’est à nouveau creusé pour atteindre 5,8 ans, son niveau le plus élevé depuis 1996. Un effet de la pandémie de Covid-19, une maladie qui a souvent causé des complications plus sévères chez les hommes et s’est souvent avérée plus mortelle, a été suggéré.

 

Comprendre les différences entre les hommes et les femmes

Quelle que soit la manière dont cet écart évoluera dans les prochaines années, les scientifiques continuent à mener des travaux pour mieux en comprendre les raisons.

Certains travaux ont mis l’accent sur des différences biologiques, notamment au niveau génétique et hormonal, qui pourraient favoriser l’espérance de vie des femmes. Soulignons d’abord que cette différence ne se retrouve pas qu’au sein de l’espèce humaine mais aussi chez d’autres mammifères. Une hypothèse avancée par certains chercheurs est que l’avantage lié au sexe féminin pourrait être lié au double chromosome X (alors que les personnes de sexe masculin ont un chromosome X et un chromosome Y). Les informations génétiques importantes sur le chromosome X sont donc dupliquées chez les femmes et peuvent compenser d’éventuelles mutations génétiques délétères pour la santé sur l’autre chromosome X.

Cependant, plusieurs études ont plutôt attribué la majeure partie de l’écart entre les hommes et les femmes à des facteurs liés aux comportements, au style de vie ou aux rôles sociaux attribués en fonction du sexe attribué à la naissance. Parmi les facteurs les plus souvent mis en exergue  pour expliquer pourquoi les hommes meurent plus jeunes : un tabagisme plus important et une consommation d’alcool généralement plus élevée chez les hommes (même si, on l’a mentionné, ces comportements sont de plus en plus observés chez les femmes), des risques professionnels spécifiques (les hommes sont en moyenne toujours plus représentés dans le travail sur les chantiers de construction par exemple).

Des travaux menés aux États-Unis soulignent que les hommes seraient aussi moins susceptibles d’être réguliers dans leur suivi médical et de se soumettre à des bilans de santé de routine en prévention. Cette différence disparait lorsque l’on prend des patients souffrant d’une pathologie chronique diagnostiquée. Lorsqu’ils sont dans ce cas, les hommes et femmes suivent leurs traitements et consultent les professionnels de santé de la même manière.

Enfin, les hommes sont aussi plus à risque de connaître une situation d’isolation sociale. Or, pour des raisons qui ne sont pas tout à fait claires, les personnes ayant moins de liens sociaux ont tendance à avoir des taux de mortalité plus élevés, à des âges plus jeunes.

 

Plus grande espérance de vie, moins bonne santé ?

Si les femmes continuent donc à vivre en moyenne plus longtemps que les hommes, la recherche à tout de même mis en évidence un paradoxe : à tout âge de la vie, les femmes semblent en moyenne être en moins bonne santé que les hommes.

Si on regarde dans le détail, pour un âge donné, les hommes sont certes plus susceptibles de souffrir de maladies chroniques potentiellement mortelles, notamment de maladies cardiovasculaires, de certains cancers, de cirrhose du foie et de maladies rénales. Là encore, ces différences sont dues à des facteurs biologiques mais aussi environnementaux et comportementaux.

En revanche, les femmes sont, au niveau mondial, plus susceptibles de souffrir de maladies aiguës et d’affections chroniques non mortelles, telles que l’arthrite, les troubles thyroïdiens, les troubles de la vésicule biliaire, ou encore les migraines. Ces troubles entraînent une moins bonne évaluation de l’état de santé et diminuent la qualité de vie, mais contribuent peu au risque de décès. Vivant plus longtemps, les femmes arrivent aussi dans la vieillesse en accumulant un plus grand nombre de problèmes de santé non mortels mais handicapants, et elles sont plus nombreuses à souffrir de la maladie d’Alzheimer, dont le facteur de risque principal est l’âge.

Tous ces différents éléments permettent de comprendre, avec un peu plus de nuance, les différences qui sont observées entre hommes et femmes, que ce soit en matière d’espérance de vie ou plus généralement d’état de santé. De telles données permettent de réfléchir plus en détail aux mesures de santé publique qu’il serait utile de mettre en place. Parmi les axes privilégiés : tenter d’agir sur les causes des décès « évitables » qui aujourd’hui contribuent largement aux écarts entre les sexes, en développant des stratégies de prévention efficaces pour lutter contre certains déterminants environnementaux et comportementaux de santé (alimentation, consommation de tabac et d’alcool, sédentarité…) auprès de publics bien ciblés.

 

Espérance de vie en bonne santé

Au-delà de l’espérance de vie, d’autres indicateurs importants ont été pensés pour décrire l’état de santé d’une population et les éventuelles inégalités qui peuvent exister.

L’espérance de vie en bonne santé en est un exemple. Cet indicateur mesure le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité et de maladie dans les gestes de la vie quotidienne. Si l’espérance de vie en bonne santé est là encore plus élevée pour les femmes que pour les hommes en moyenne, l’écart est moindre.

Par exemple en France, en 2020, une femme pouvait vivre jusqu’à 85,1 ans et les hommes jusqu’à 79,1 ans (soit une différence de 6 ans). Mais si l’on regarde dans le détail et qu’on considère l’espérance de vie en bonne santé, une femme de 65 ans pouvait en 2020 espérer vivre 12,1 ans sans incapacité et un homme, 10,6 ans (soit une différence de « seulement » 1,5 ans). Les femmes vivent donc plus longtemps que les hommes, mais pas forcément en bonne santé. Passé un certain âge, elles sont nombreuses à souffrir de maladies invalidantes, de pathologies neurodégénératives ou encore d’arthrose.

Texte rédigé avec le soutien de François Alla, professeur de santé publique à l’université de Bordeaux et chercheur rattaché au laboratoire Bordeaux Population Health (Inserm/université de Bordeaux)

Le soutien-gorge mis en cause dans le cancer du sein, vraiment ?

C’est une rumeur qui court depuis une vingtaine d’années et qui revient régulièrement sur le devant de la scène : le port de soutien-gorge augmenterait le risque de développer un cancer du sein. Si les études sérieuses sur le sujet sont rares, on peut toutefois affirmer que ce n’est pas le cas. A l’occasion d’Octobre Rose et du lancement d’une nouvelle série Canal Détox sur la santé des femmes, on revient sur cette idée reçue, dont il semble encore difficile de se débarrasser.


C’est l’ouvrage Dressed to Kill, publié en 1995 par le médecin américain Sydney Singer, qui a été l’un des premiers à semer le trouble et à accuser le soutien-gorge d’être responsable de cancer du sein. Dans son « étude », qui n’a jamais été examinée par des experts ni publiée dans une revue à comité de lecture, Singer avance que les femmes qui ne portent pas de soutien-gorge ont « 1 chance sur 168 » de développer un cancer du sein contre « 3 à 4 chances » pour celles qui portent un soutien-gorge 24 heures sur 24 (autrement dit aussi la nuit). Son hypothèse est alors la suivante : le port du soutien-gorge avec armatures entraverait la circulation lymphatique, empêcherait l’évacuation des « toxines » et offrirait un terrain idéal pour la formation de tumeurs.

Mais aucune étude scientifique rigoureuse n’a jamais confirmé ces observations. À l’inverse, une étude américaine de 2014 a par exemple infirmé catégoriquement cette « rumeur » selon laquelle le port du soutien-gorge serait un facteur de risque du cancer. Pour les auteurs, qui ont comparé un groupe de 1 044 femmes ménopausées touchées par des carcinomes invasifs du sein avec un groupe de 469 femmes en bonne santé, le risque serait le même, quel que soit la taille du bonnet du soutien-gorge, la présence ou non d’armatures, le nombre d’heure moyen porté par jour ou encore l’âge à partir duquel ces femmes ont commencé à porter un soutien-gorge régulièrement.

Dernière observation : l’augmentation du nombre de cancers du sein n’est absolument pas corrélée avec l’apparition du soutien-gorge (un brevet pour le premier soutien-gorge « moderne » a été déposé en 1889). On observe en effet une augmentation du cancer du sein depuis 1920 en France, celle-ci étant particulièrement marquée surtout depuis la fin du XXe siècle.  Un doublement du nombre de cas a notamment été identifié entre 1990 et 2018.

L’origine de cette augmentation serait plutôt à chercher du côté de l’évolution du comportement des femmes. De plus en plus d’études mettent en avant le rôle délétère de la consommation d’alcool et le tabagisme. D’autres facteurs sont également étudiés : le fait d’avoir des enfants plus tard et en moins grand nombre, mais aussi d’être en surpoids ou de ne pas pratiquer d’activité physique augmenteraient les risques de cancer. On estime par exemple que 10 % des cancers du sein survenant après 50 ans sont liés au surpoids.

 Cet article est extrait du livre Fake News Santé de l’Inserm, publié aux Editions du Cherche-Midi.

C’est normal d’avoir mal pendant les règles, vraiment ?

Modélisation en 3D d’un utérusModélisation en 3D d’un utérus. © Adobe Stock

Combien de fois les femmes n’ont-elles pas entendu qu’il était normal d’avoir des douleurs au moment des règles ? Au point que peu d’entre elles consultent aujourd’hui pour ces douleurs et d’autres symptômes prémenstruels et/ou menstruels.  

Pourtant, depuis quelques années, la parole se libère. La visibilité nouvelle donnée à l’endométriose a notamment permis de positionner le sujet des maladies gynécologiques, et plus spécifiquement des douleurs de règles, dans le débat public. Sur les réseaux sociaux, les comptes dédiés aux problématiques gynécologiques se multiplient, on parle de règles sans tabou, et des termes comme « syndrome prémenstruel », « trouble dysphorique prémenstruel » ou « dysménorrhée » commencent à émerger dans les discussions.

Dans ce nouveau Canal Détox, l’Inserm revient sur ces différentes notions qui font souvent l’objet de confusions et d’idées reçues, mais aussi sur l’importance de proposer une prise en charge plus adaptée et plus complète, prenant réellement en compte la parole et les expériences des femmes.

 

Comprendre la situation et la prévalence de la douleur  

On dit souvent que les douleurs associées aux règles sont « normales ». En fait, dans la pratique clinique, la question est rarement posée aux femmes et nombre d’entre elles choisissent de ne pas consulter, craignant qu’il ne s’agisse pas d’un problème de santé considéré « légitime » et redoutant de ne pas être prises au sérieux, comme l’ont rapporté plusieurs études qualitatives portant sur l’expérience des femmes face aux services de santé. Dans les faits, le tableau complet de situation concernant les douleurs de règles – scientifiquement appelées « dysménorrhées » – est souvent mal compris, de même que leur impact sanitaire et socio-économique.

Une équipe de recherche impliquant des scientifiques de l’Inserm a permis d’y voir plus clair sur la situation française, en menant une large étude s’appuyant sur les données de la cohorte Constances[1]. Plus spécifiquement, les chercheurs se sont intéressés à 21 287 femmes âgées de 18 à 49 ans ayant répondu à des questionnaires de santé, et notamment à des questions sur d’éventuelles dysménorrhées, dyspareunies (douleurs pendant et après les rapports sexuels) et douleurs pelviennes non liées aux règles.

Le résultat concernant les dysménorrhées est sans appel : les douleurs de règles seraient particulièrement fréquentes dans la population française. Environ 90 % des femmes réglées de 18 à 49 ans présentent une dysménorrhée cotée de 1 à 10 (sur une échelle où 0 correspond à aucune douleur et 10 à une douleur maximale insupportable). Parmi elles, 40 % vont présenter une dysménorrhée modérée à sévère avec une douleur comprise entre 4 et 10.

Les causes de ces douleurs peuvent être variées. L’endométriose concerne environ 1 femme sur 10 : les formes symptomatiques pourraient donc expliquer une partie des cas, mais ne peuvent seules être mises en cause dans la prévalence élevée des douleurs menstruelles. D’autres facteurs ont parfois été avancés comme des malformations utérines, des maladies inflammatoires du bas ventre… Il faut néanmoins souligner que les douleurs ne sont pas toujours associées à une pathologie sous-jacente. Au moment des règles, l’utérus produit des substances inflammatoires nommées prostaglandines, provoquant des contractions musculaires pouvant être douloureuses, sans qu’une maladie particulière ne soit responsable.

Pourquoi certaines femmes sont-elles tout de même plus sujettes que d’autres à ces douleurs ? La réponse n’est pas encore tout à fait claire. Des publications, comme par exemple une revue de littérature dans Epidemiologic Reviews, suggèrent que les antécédents familiaux de dysménorrhée augmentent fortement le risque pour une femme de souffrir à son tour de ces douleurs. Par ailleurs, des données épidémiologiques indiquent que des facteurs modifiables tels que le tabagisme, l’alimentation ou l’obésité pourraient jouer un rôle, mais ces données ne sont pas encore assez nombreuses ni assez solides pour être concluantes, et les scientifiques ne comprennent pas encore quels pourraient être les mécanismes physiopathologiques sous-jacents.

Il est surtout crucial de s’intéresser au retentissement de ces douleurs sur le quotidien des femmes, en prenant le temps de les écouter et de leur poser des questions spécifiquement sur ce sujet. Avoir mal pendant les règles n’est ni normal, ni une fatalité et une prise en charge adaptée, passant parfois par l’utilisation de certains traitements (antidouleurs, traitements hormonaux dans certains cas…) peut avoir des effets bénéfiques.

Des études plus précises pour comprendre l’impact des douleurs sur les activités quotidiennes mais aussi sur les barrières à l’accès aux soins pourraient apporter de précieuses informations, permettant de mieux prendre en charge les patientes à l’avenir.

 

Et le syndrome prémenstruel dans tout cela ?

Au-delà de la discussion qui commence à s’ouvrir au sujet des douleurs, quand on aborde le sujet des règles, c’est surtout les termes de « syndrome prémenstruel » et de « trouble dysphorique prémenstruel » qui sont le plus souvent évoqués dans les médias et sur les réseaux sociaux. Les deux notions sont parfois confondues et pas toujours bien définies – d’autant qu’aucun mécanisme physiopathologique n’a été bien décrit dans la littérature scientifique jusqu’ici.

On s’accorde toutefois généralement pour dire que le syndrome prémenstruel est une série de symptômes physiques et psychiques qui démarrent entre quelques heures et plusieurs jours avant les règles, et qui disparaissent généralement peu après leur arrivée. A priori sans gravité, ces symptômes sont néanmoins désagréables, franchement pénibles voire handicapants pour certaines femmes. Comme on ne comprend pas encore bien l’origine de ces symptômes, il n’existe aucun traitement spécifique actuellement.

Lire notre article sur le sujet : C’est quoi le syndrome prémenstruel ?

Cependant, plusieurs approches peuvent être proposées aux patientes pour réduire les désagréments, notamment en agissant sur certaines habitudes (tenter d’avoir un meilleur sommeil, pratiquer une activité physique, réduire la consommation d’alcool et de caféine…) ou en prescrivant des traitements pour lutter contre les symptômes. En gardant en tête que toutes les femmes sont différentes et que ce qui fonctionne pour l’une n’est pas toujours efficace pour une autre. Là encore, écouter la parole des patientes, s’efforcer de personnaliser l’approche thérapeutique et prendre en compte le vécu de la personne est essentiel.

Que sait-on du trouble dysphorique prémenstruel ?

Depuis quelque temps, on entend aussi souvent parler de « trouble dysphorique prémenstruel ». Celui-ci est souvent défini comme une forme sévère de syndrome prémenstruel, avec au premier plan d’importants symptômes psychologiques (symptômes dépressifs, anxiété, sautes d’humeur…). Au point que certains médecins le rangent même dans la catégorie des troubles psychiatriques. Ce point fait néanmoins débat dans la communauté scientifique, d’autant que les mécanismes biologiques et fonctionnels sous-jacents ne sont pas encore compris.

En bref, il n’y a pas encore de définition claire et consensuelle de ce trouble, de sa prévalence et de qui sont les personnes qui sont le plus touchées. La bonne nouvelle, c’est que de plus en plus de recherches s’intéressent au sujet, et plus précisément au rôle des hormones et d’autres mécanismes biologiques. Mais les limites méthodologiques demeurent importantes et la distinction avec la notion de « trouble prémenstruel » n’est pas toujours faite dans ces études. Des travaux de qualité, s’appuyant sur une définition plus précise de ce trouble, seraient nécessaires pour y voir plus clair et pour apporter de véritables réponses aux patientes.

 

Quelques idées reçues sur les règles et le cycle menstruel

1) « L’ovulation se produit nécessairement le 14e jour après le début des règles » : la première moitié du cycle menstruel (phase folliculaire) peut avoir une longueur très variable, entre 5 et 20 jours sans que ce soit pathologique. L’ovulation peut donc intervenir plus tôt ou plus tard que le 14e jour.

2) « Le sport et les règles sont incompatibles » : cette idée est répandue, probablement parce que les douleurs et autres symptômes que l’on peut ressentir pendant les règles peuvent décourager la pratique de l’exercice. Et pourtant, de nombreuses études ont permis de montrer que l’activité physique a au contraire un impact bénéfique sur les douleurs. Une revue Cochrane a récemment montré que les exercices de faible intensité, comme le yoga, ou de forte intensité, comme l’aérobic, peuvent réduire considérablement l’intensité des douleurs par rapport à l’absence d’exercice.

3) « Il est impossible de tomber enceinte pendant ses règles » : si la probabilité est effectivement proche de 0, il faut garder en tête que les cycles ne sont pas toujours réguliers et varient aussi d’une femme à l’autre. Les femmes sont généralement fertiles environ entre les jours 10 et 21 du cycle. Si les règles durent 5 à 7 jours et qu’un rapport sexuel intervient vers la fin de celles-ci, il est théoriquement possible de concevoir, car le sperme peut survivre jusqu’à 5 jours après les rapports sexuels dans le tractus génital féminin.

4) « Notre cycle menstruel se synchronise avec celui de nos proches » : si vous habitez avec d’autres femmes, vous avez peut-être déjà eu vos règles au même moment et vous vous êtes donc fait la réflexion que vos cycles se calaient l’un sur l’autre. La plupart des études qui tentent de confirmer ce phénomène ont été critiquées pour leur méthodologie peu rigoureuse et il n’existe pour l’heure aucune preuve d’une possible « synchronisation des cycles ». Comme les règles durent plusieurs jours par mois et reviennent en moyenne toutes les trois semaines, le fait de les avoir en même temps qu’une proche tient plus de la probabilité statistique que d’un phénomène biologique. On peut ici aussi rappeler qu’aucune étude non plus n’a apporté de preuve concernant un quelconque lien entre le cycle lunaire et le cycle menstruel.

5) « Un cycle irrégulier est un signe d’infertilité » :  cette idée est également fausse. Une femme peut ovuler un jour différent à chaque cycle et donc présenter des cycles irréguliers, sans qu’il y ait infertilité. D’ailleurs, il est utile de rappeler que lorsqu’on parle d’« infertilité », on parle d’un couple et non d’une personne seule.

[1] Constances est une cohorte épidémiologique « généraliste » constituée d’un échantillon représentatif de 200 000 adultes âgés de 18 à 69 ans à l’inclusion, consultant des centres d’examens de santé (CES) de la Sécurité sociale.

 

Texte rédigé avec le soutien du Dr François Margueritte, gynécologue obstétricien et  chercheur au CESP Inserm U1018, équipe soins primaires et prévention

 

Diagnostiquer l’endométriose avec un test salivaire, vraiment ?

endométriose

© Inserm

Texte actualisé le 14 février 2025

L’endométriose est une maladie gynécologique répandue qui touche une femme sur dix. Pourtant, jusqu’à présent, elle demeurait relativement mal connue du grand public. Ce n’est que récemment que les pouvoirs publics ont commencé à s’y intéresser. Pour donner un coup d’accélérateur à la recherche et au diagnostic de la maladie, la ministre de la Santé Catherine Vautrin a annoncé le 10 janvier 2025 que certaines femmes pourront bénéficier de la prise en charge par l’Assurance maladie de l’Endotest, un test salivaire pour diagnostiquer cette maladie développé par la start-up lyonnaise Ziwig.

Un arrêté[1] publié au journal officiel le 11 février 2025 autorise le remboursement de ce test salivaire pour 25 000 femmes. Parmi elles, 2 500 patientes seront suivies dans le cadre d’une étude menée par le fabriquant afin de vérifier l’utilité clinique de ces tests, comme le précise l’arrêté. Leur coût, estimé à 839 euros par test, sera remboursé par la Sécurité sociale à « des patientes à l’imagerie normale ou équivoque mais présentant des symptômes très évocateurs et invalidants de la maladie ».

Sur son site internet, le fabricant indique que ses tests sont fiables[2] à 97,4 %. Mais dans son avis de janvier 2024[3], la Haute Autorité de santé a estimé que « les données restent trop préliminaires pour accorder un avis favorable au remboursement de droit commun » pour toutes les femmes présentant des symptômes d’endométriose. C’est pourquoi elle proposait plutôt de « permettre un accès précoce et sécurisé des femmes à ce test (…) qui permettra de recueillir les données manquantes aujourd’hui ». Alors, que sait-on sur le fonctionnement de ces tests et sur leur intérêt clinique ? Canal Détox fait le point.

Des retards de diagnostic

L’endométriose est une maladie caractérisée par la présence anormale, en dehors de la cavité utérine, de fragments de tissu semblable à celui de la muqueuse de l’utérus. Ces fragments s’implanter et proliférer sur de nombreux organes sous l’effet de stimulations hormonales. Les principaux symptômes sont des douleurs (notamment pelviennes, surtout pendant les règles) et, dans certains cas, une infertilité.

Chez les patientes présentant des symptômes, un examen clinique, incluant un examen gynécologique, permet de prescrire une échographie ou une IRM. Toutefois, ces examens ne permettent pas toujours d’obtenir un diagnostic fiable, en particulier pour les formes péritonéales précoces, qui représentent environ 70 % des endométrioses. Dans ces cas, une chirurgie diagnostique associée à une biopsie est nécessaire pour confirmer le diagnostic avec certitude.

Cette situation, associée à une connaissance insuffisante de l’endométriose par les professionnels de santé, engendre des retards de diagnostic importants, et explique qu’à l’heure actuelle, il s’écoule en moyenne un délai de 6 à 10 ans avant que le diagnostic ne soit définitivement posé. Disposer d’un test rapide, fiable et non invasif pouvant être proposé aux femmes qui présentent des symptômes constituerait donc une avancée majeure.

L’endométriose cause des lésions qui peuvent compromettre la réserve ovarienne et entraver la conception, en particulier lorsqu’elles affectent les ovaires, les trompes de Fallope ou l’utérus. Sensibiliser les patientes et les professionnels de santé à l’importance d’un diagnostic rapide constitue donc un enjeu majeur pour améliorer la prise en charge de cette pathologie et offrir aux patientes les meilleures options en fonction de leur projet de vie.

Identification des microARN

Le test salivaire mis au point par l’entreprise Ziwig a fait l’objet de plusieurs publications scientifiques.

Dans un article paru en janvier 2022 dans le Journal of Clinical Medicine, les chercheurs ont montré que leur test présentait une sensibilité de 96 %, c’est-à-dire qu’il pouvait identifier 96 % des patientes atteintes d’endométriose, avec une excellente très peu de faux positifs (voir encadré ci-dessous). Cependant, quelques limites méthodologiques ont aussi été pointées.

En juin 2023, l’équipe de recherche a publié une analyse intermédiaire dans NEJM Evidence. Les résultats portent sur 200 patientes (159 avec endométriose et 41 témoins) recrutées dans des hôpitaux en Île-de-France, en Pays de la Loire, en Auvergne-Rhône-Alpes, en Bretagne et en Corse.

L’équipe de recherche a procédé à un séquençage à haut débit des petits ARN pour identifier les microARN[4] particulièrement exprimés chez les femmes présentant un diagnostic d’endométriose. Elle a ensuite extrait les valeurs d’expression des 109 microARN précédemment identifiés, confirmant une nouvelle fois que le test a une forte sensibilité (96,2 %) et une forte spécificité (95,1 %).

Sensibilité et spécificité d’un test de diagnostic
La sensibilité et la spécificité expriment la capacité d’un test à catégoriser les patients (négatifs ou positifs pour la maladie considérée) :
– la sensibilité est la probabilité du résultat positif du test chez les sujets porteurs de la maladie. On parle aussi de « taux de vrais positifs » ;
– la spécificité est la probabilité du résultat négatif de test chez des patients non malades. On parle aussi de « taux de vrais négatifs ».

De nouvelles perspectives pour les patientes

Il est important de noter que ce test a pour but de proposer un diagnostic à des patientes qui présentent des symptômes évocateurs de la maladie : il ne s’agit pas d’un test de dépistage pour l’ensemble de la population.

Il semblerait que certains microARN permettent de caractériser des mécanismes physiopathologiques en lien avec la maladie autres que l’inflammation, comme l’immunité ou la prolifération cellulaire… Ce qui pourrait expliquer la précision du test salivaire aussi bien pour les stades précoces que pour les autres formes de l’endométriose.

L’analyse de nouveaux résultats concernant 2 500 femmes dans le cadre du dispositif dérogatoire devrait désormais permettre d’apporter de nouvelles réponses quant à l’intérêt clinique de ces tests. Et ainsi, savoir s’il est possible de les généraliser à toute la population en routine pour mettre fin à l’errance diagnostique des patientes et les orienter vers des choix thérapeutiques adéquats.

[1] Arrêté du 6 février 2025 relatif à la prise en charge du dispositif médical in vitro ENDOTEST au titre de l’article L. 165-1-1 du code de la sécurité sociale – Légifrance

[2] Découvrir Ziwig Endotest – Ziwig

[3] Haute Autorité de Santé – Diagnostic complexe d’endométriose : la HAS propose un accès au test salivaire Endotest® dans le cadre du forfait innovation

[4] Un microARN est un ARN non codant qui joue un rôle important dans la régulation de l’expression des gènes. 

Texte rédigé avec le soutien de Daniel Vaiman, chercheur Inserm à l’institut Cochin à Paris, et Samir Hamamah, professeur de médecine et de biologie de la reproduction à la Faculté de médecine de Montpellier-Nîmes.

Des applications pour contrôler la fertilité, vraiment ?

femme avec smartphone

© Photo Yura Fresh/ Unsplash

Alors qu’un nombre croissant de femmes à travers le monde se détournent de la contraception hormonale, plusieurs centaines de millions d’entre-elles ont recours chaque jour à des applications permettant de suivre leurs cycles menstruels et de contrôler leur fertilité. Développées pour la plupart aux États-Unis et dans certains pays d’Europe, ces applications recueillent des informations intimes collectées auprès des usagères – notamment concernant la date des dernières règles, les symptômes liés au cycle, l’état de santé général, les humeurs, la libido, l’usage de préservatifs lors des rapports sexuels…

La plupart des applications de suivi menstruel sont gratuites. D’autres donnent également la possibilité, via des options payantes, d’affiner les prédictions et d’obtenir des conseils personnalisés.

Quelles sont les données scientifiques disponibles pour évaluer l’efficacité de ces applications ? Leur fiabilité pour garantir une contraception naturelle aux femmes est-elle avérée ? Et enfin, la protection des données personnelles est-elle assurée pour préserver le droit à la vie privée des usagères ? Canal Détox fait le point.

Un rejet de la pilule et du stérilet

Le rejet des modes de contraception médicaux conventionnels (pilule, DIU, patch…) et notamment des contraceptifs hormonaux est une tendance qui s’accentue déjà depuis une quinzaine d’années, suite notamment à la commercialisation des pilules de 3e et 4e générations qui s’était accompagnée d’une augmentation des cas de thromboses veineuses. De manière plus générale, afin de se réapproprier leurs corps et d’éviter les effets secondaires liés à la prise d’hormones, de nombreuses femmes ne veulent plus avoir recours à la pilule. Elles souhaitent adopter des modes de contraception plus « naturels », et les applications de suivi du cycle menstruel répondent à ce besoin.

La popularité grandissante de ces applications soulève plusieurs questions éthiques en ce qui concerne la protection des données personnelles des usagères et aussi les défauts de fiabilité de prédiction des applications pour le contrôle de la fertilité.

Aux États-Unis, les craintes relatives à la protection de la vie privée et des données personnelles sont exacerbées dans le contexte du renversement historique de l’arrêt Roe vs. Wade qui ouvre la voie à la criminalisation de l’avortement dans de nombreux États. En effet, certains observateurs ont alerté sur le risque que les données numériques renseignées dans ces applications de suivi menstruel soient utilisées par la justice pour identifier des femmes ayant ou souhaitant avorter.

Des paramètres peu fiables 

Des publications scientifiques récentes ont permis d’y voir plus clair quant à l’efficacité des applications pour aider les femmes à contrôler leur fertilité et à éviter une grossesse non désirée.

Plus de la moitié de ces applications s’appuient sur des paramètres peu fiables pour prédire la période de fertilité et la date d’ovulation. En effet, comme l’ont montré des études rigoureuses et des revues de littérature, elles se fondent sur la méthode du calendrier des règles, en fait une « méthode Ogino »[1] version numérique. Or, celle-ci connait des limites significatives puisque des variations de durée de cycles de 7 jours et plus concernent la moitié de la population féminine. Même les femmes avec des cycles très réguliers ont des jours d’ovulation variables. Des données publiées suggèrent ainsi qu’en s’appuyant uniquement sur la méthode du calendrier, la plupart de ces applications font des erreurs de prédiction.

En revanche, il existe des paramètres plus fiables comme la température corporelle (+ 0,2/0,4 °C après l’ovulation), l’aspect de la glaire cervicale[2] ou la concentration urinaire de l’hormone lutéinisante (qui augmente juste avant l’ovulation). Or ils sont rarement pris en compte dans les algorithmes des applications.

Dans les faits, si certaines applications peuvent proposer un suivi fondé sur de nombreux paramètres et donc une efficacité théorique élevée, elles se heurtent aussi à l’utilisation qu’en font les femmes dans leur vie de tous les jours. En effet, beaucoup d’utilisatrices éprouvent des difficultés à suivre les consignes requises par les applications. Noter régulièrement les dates des règles, prendre sa température ou interpréter l’aspect de la glaire cervicale sont des procédures contraignantes, qui, si elles ne sont pas suivies à la lettre, vont rendre les algorithmes de prédiction inopérants.

Contraception naturelle et indice de Pearl

L’indice de Pearl est le nombre de femmes qui tombent enceintes malgré l’utilisation d’une contraception pendant une période d’un an.

L’une des applications les plus populaires, Natural Cycles, avait fait du bruit dans les médias en annonçant qu’elle avait un indice de Pearl de 8 (nombre de grossesses sur 100 malgré l’utilisation d’une contraception), comparable à celui de la pilule. Cependant, des études ont pointé du doigt des failles méthodologiques pour parvenir à ce résultat. Par ailleurs, la plupart des données disponibles sur la contraception naturelle et les applications de suivi de la fertilité indiquent que leur indice de Pearl se situe en moyenne autour de 24.

Des craintes concernant la protection des données

L’autre question éthique majeure associée à l’utilisation de ces applications – la protection des données personnelles – a fait l’objet de nombreux travaux, portés notamment par des ONG qui défendent la vie privée. Il ressort de ces investigations que la plupart des applications ne prennent pas suffisamment de mesures pour protéger les données personnelles des utilisatrices, les partageant notamment avec des sociétés tierces (dont Google et Amazon). Or, les femmes sont rarement informées sur le risque de voir leurs données sur leur vie sexuelle intime exploitées par des tiers à des fins commerciales ou autres.

Face à ces différents constats, vu le nombre croissant de femmes qui utilisent ces applications à travers le monde, le comité d’éthique de l’Inserm a publié un rapport en septembre 2022 (voir encadré) appelant à une vigilance éthique pour éclairer le choix des femmes dans les méthodes de contrôle des cycles et de la fertilité.

Cet article a été écrit avec le soutien et relu par Catherine Vidal, neurobiologiste, membre du comité d’éthique de l’Inserm, co-responsable du groupe Genre et recherches en santé. Pour plus d’informations à ce sujet : lire le rapport du comité d’éthique de l’Inserm « Enjeux éthiques de l’usage des applications numériques de suivi menstruel à des fins de contraception ou de conception ».

[1] La méthode Ogino consiste à s’abstenir de tout rapport sexuel pendant la période de fécondité de la femme.

[2] Les cellules qui tapissent le col de l’utérus sécrètent du mucus qu’on appelle la glaire cervicale, dont l’aspect change au cours du cycle. En période de fertilité, la consistance et la structure de la glaire permettent au sperme de passer pour aller féconder l’ovule.

Les femmes enceintes plus à risque de complications liées au Covid-19, vraiment ?

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Depuis le début de la pandémie, des craintes concernant le risque pour les femmes enceintes de développer des formes sévères du Covid-19 ont régulièrement été soulevées. Les scientifiques s’interrogent également sur le risque de transmission de la mère à l’enfant pendant la grossesse et de l’impact sur le développement du fœtus.

Toutefois, le peu de données disponibles rend leur tâche plus ardue. En effet, comme lors des épidémies de SARS-CoV et MERS-CoV, seul un petit nombre de femmes enceintes infectées par le virus a été documenté dans la littérature scientifique. En ce qui concerne ces deux autres coronavirus, la possibilité d’une transmission de la mère à l’enfant pendant la grossesse (transmission verticale) n’a d’ailleurs jamais été confirmée.

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de septembre 2020. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

Dans le cas du Covid-19, des suspicions de transmission verticale au cours de la grossesse ont été rapportées assez précocement, notamment en Chine où le cas d’un nourrisson testé positif pour le SARS-CoV-2 environ 36 heures après sa naissance a par exemple été décrit dès février. Néanmoins, la transmission du virus après l’accouchement, suite à un contact rapproché entre la mère et l’enfant, ne pouvait être exclu. Comme le précise par ailleurs une étude publiée dans Lancet Infectious Diseases, ce mode de transmission n’a pas non plus pu être confirmé dans de nombreux autres cas similaires, car aucune trace du virus n’a été retrouvée au niveau du placenta, du cordon ombilical, dans le liquide amniotique ou dans le lait maternel chez les femmes et les nourrissons testés.

C’est une étude de cas publiée en juillet dans Nature Communications  qui a apporté un autre éclairage sur le sujet, en décrivant le premier cas de transmission du Covid-19 d’une femme enceinte à son enfant, via le placenta. Les chercheurs se sont intéressés au cas clinique d’une mère de 23 ans atteinte de Covid-19, et dont le bébé présentait également des signes de la maladie dès la naissance. Des prélèvements sanguins et de liquide amniotique au niveau du cordon ombilical ont été réalisés, ainsi que des prises de sang et des tests PCR sur le nourrisson pour rechercher la présence du virus. Cette étude a donc apporté de nouveaux arguments sur la possibilité d’une transmission au cours de la grossesse qu’il conviendrait de valider sur un échantillon plus large de patientes. A l’heure actuelle, la communauté scientifique reste donc prudente, estimant que si la transmission de la mère à l’enfant est possible pendant la grossesse, elle est très rare.

Par ailleurs, les cas documentés de femmes enceintes infectées par le SARS-Cov-2 concernent principalement des patientes dans leur troisième trimestre de grossesse. Il serait donc intéressant d’identifier et d’étudier le cas de femmes infectées plus tôt pendant la grossesse, afin d’évaluer les conséquences pour la santé de la mère et du fœtus.

Plus de complications pendant la grossesse

Autre sujet d’inquiétude : les femmes enceintes malades du Covid-19 sont-elles à plus grand risque de complications ?

Là encore les données sont parcellaires. Si l’on se fonde sur l’expérience des épidémies de SARS-CoV au début des années 2000 et de MERS-CoV, les études, réalisées sur un petit échantillon de patientes, soulignent un risque plus élevé de complications pour le fœtus, notamment de fausses couches, de naissances prématurées et des retards de croissance intra-utérins. Les symptômes rapportés chez ces femmes étaient variables selon les études, mais certains travaux ont rapporté des syndromes respiratoires aigus, des problèmes rénaux, des pneumonies et des septicémies survenant plus fréquemment au sein de cette population que chez les femmes n’attendant pas d’enfant. Un recours à la ventilation mécanique trois fois plus important a également été rapporté par certains chercheurs chez les femmes enceintes pendant l’épidémie de SARS-CoV.

Les premières données qui émergent de la pandémie de Covid-19 dressent un tableau moins sombre. Les complications semblent moins fréquentes et la présentation clinique est similaire chez les femmes enceintes que chez d’autres adultes ayant un même niveau de santé.

Une étude publiée dans le journal BJOG s’appuyant sur les données de 675 femmes enceintes incite toutefois à la prudence et à la poursuite des études sur le sujet. Sur cet échantillon, 71 femmes avaient été infectées par le virus. La grande majorité était asymptomatique, mais après l’accouchement, 13% d’entre elles présentaient au moins l’une des complications post-partum que les médecins surveillent habituellement de près, à savoir une fièvre élevée, un faible taux d’oxygène dans le sang, ou encore un état nécessitant une nouvelle hospitalisation. Cette proportion n’était que de 4,5 % chez les femmes non infectées par le virus.

Enfin, des questions se posent toujours sur l’impact d’une infection sur le développement fœtal, et notamment lors du premier trimestre de grossesse, lorsque les organes se forment.

Un suivi et une prise en charge plus poussés des femmes enceintes infectées par le virus, par une équipe pluridisciplinaire, peut donc s’avérer nécessaire afin d’éviter les complications et de surveiller l’état de santé du bébé suite à la naissance. De même, il convient de mettre en place rapidement d’autres priorités de recherche incluant la collecte systématique des données de santé de toutes les femmes enceintes testées positives, afin d’obtenir une idée plus précise des conséquences que le virus peut avoir sur cette population, notamment avant le troisième trimestre, mais aussi des investigations plus étendues sur le risque de transmission pendant la grossesse.

 Texte rédigé avec le soutien de Daniel Vaiman, Directeur de Recherche Inserm à l’Institut Cochin (équipe « Des gamètes à la naissance »).

 

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