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Le sur-traitement du cancer de la prostate en France est réel

Un travail mené par Cyrille Delpierre de l’ Unité mixte de recherche 1027 «Epidémiologie et analyses en sante publique : risques, maladies chroniques et handicaps » (Inserm/ Université Toulouse III-Paul Sabatier) en collaboration avec le réseau Français des registres de cancer a évalué la proportion de patients atteints d’un cancer de la prostate potentiellement et réellement sur-diagnostiqués ou sur-traités en France. D’après leur étude menée sur 1840 patients, le sur-traitement réel concerne une partie non négligeable des patients pris en charge pour une tumeur cancéreuse dite de stade T1 (tumeurs précoces), et dans une moindre mesure les patients  atteints de tumeurs au stade T2 (tumeurs plus avancées). Ces chiffres sont à prendre en compte sérieusement puisque le sur-diagnostic ou le sur-traitement peuvent être associés à des effets indésirables comme l’impuissance ou l’incontinence.
Ces travaux ont été publiés dans la revue
Cancer Epidemiology.

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© Ghinea N/Inserm Cancer de la prostate (stade précoce)


L’utilisation généralisée du test PSA[1] dans la prise en charge des cancers de la prostate a conduit à une plus grande précocité des diagnostics. Cette évolution constitue en soi une avancée, les stades précoces étant moins graves donc plus facilement curables. Mais tous les cancers de la prostate n’ont pas la même agressivité et comme beaucoup de tests de dépistage, le dosage du PSA détecte plus facilement les tumeurs qui évoluent le moins vite. Par conséquent, une part non négligeable des tumeurs diagnostiquées suites à un test PSA sont faiblement évolutives ce qui expose des patients aux risques de sur-diagnostic ou de sur-traitement.

En l’absence de marqueurs permettant de repérer les tumeurs agressives, la principale difficulté du dépistage du cancer de la prostate réside dans l’évaluation de son bénéfice pour le sujet en tenant compte des risques de sur-diagnostic et de sur-traitement (qui peuvent varier de 30% à 50% selon la littérature). Il est donc nécessaire de comparer l’espérance de vie avec cancer à l’espérance de vie théorique, et donc de bien les estimer. En pratique, si l’espérance de vie du patient est supérieure à 10 ans, durée considérée comme nécessaire pour qu’un cancer devienne cliniquement significatif, le traitement est justifié.

Le but de l’étude menée par Cyrille Delpierre a été d’estimer l’ampleur du sur-diagnostic et du sur-traitement potentiel et réel pour le cancer de la prostate en France, en tenant compte des comorbidités susceptibles de modifier fortement l’espérance de vie théorique.

L’échantillon était composé de 1840 patients diagnostiqués en 2001. Les proportions de patients sur-diagnostiqués et sur-traités ont été estimées en comparant l’espérance de vie théorique  (prenant en compte les comorbidités), à l’espérance de vie avec le cancer

Il a été possible d’identifier les patients en situation de sur-traitement potentiel, c’est à dire ceux dont l’espérance de vie théorique était inférieure à l’espérance de vie avec cancer, et parmi ces derniers de savoir lesquels avaient effectivement été traités (soit par chirurgie ou par radiothérapie) donc réellement sur traités.

 9,3% à 22.2% des patients atteints de tumeurs au stade T1 étaient sur-traités.

Soit entre 7,7% et 24,4% des patients ayant subi une ablation de la prostate, et entre 30,8% et 62,5% de ceux recevant une radiothérapie.

2% des patients atteints de tumeurs au stade T2 étaient sur-traités soit 2% des patients ayant subi une ablation de la prostate et 4,9% de ceux recevant une radiothérapie.

La présence d’une comorbidité augmentait considérablement ces proportions, les patients au stade T1 avec plus de deux comorbidités étant en situation de sur-traitement potentiel dans la presque totalité des cas et étant réellement sur-traités dans un tiers des cas

« Une des limites importantes de notre étude a été de travailler sur des patients diagnostiqués en 2001. La situation est actuellement différente. Mais des données plus récentes concernant l’année 2008 montrent une inversion des proportions des stades T1 et T2. Les stades T1 sont maintenant plus fréquents que les T2. La proportion des petits stades dans lesquels l’on observe un risque élevé de sur-traitement serait en augmentation. » explique Cyrille Delpierre.

Ce travail met en évidence une proportion importante de sur-traitement réel, majoritairement observés chez des patients ayant des comorbidités.

Pour les chercheurs,  la question essentielle dans le débat autour de l’utilité du PSA, et de façon plus générale autour de tous les dépistages, n’est donc pas le test en lui-même mais plutôt le choix d’une prise en charge appropriée

Le dépistage est un processus qui débute avec la proposition d’un test de dosage du PSA suivi en cas de résultats positifs d’examens diagnostiques puis d’une prise en charge adaptée en cas de maladie avérée. « Au vu du sur-traitement avéré du cancer de la prostate, cette prise en charge pourrait se limiter, notamment pour les patients ayant des comorbidités, à une surveillance permettant de proposer le traitement quand il deviendrait opportun » avance Cyrille Delpierre.

La différence observée entre sur-traitement potentiel et sur-traitement réel est le signe d’une prise en compte du risque de sur-traitement par les urologues qui reste néanmoins à améliorer. Cette situation traduit la difficulté à proposer une surveillance active et la difficulté à justifier une attitude non-interventionniste chez des patients se sachant atteints d’un cancer.

Sur-diagnostic ou sur-traitement ?

Sur-diagnostic : Le temps entre le diagnostic et l’apparition des symptômes cliniques et/ou du décès dus au cancer peut être plus élevé que l’espérance de vie, le cancer ne se manifestant ou du moins ne tuant alors pas cette personne. Cette situation correspond à une situation dite de sur-diagnostic.

Sur-traitement : La décision de traiter de manière invasive peut être à l’origine d’un sur-traitement quand on traite un cancer qui n’aurait pas fait parler de lui au cours de la vie de l’individu. Il n’est donc pas toujours dans l’intérêt du patient d’être dépisté et traité une tumeur à faible risque de progression par des traitements qui ont des effets indésirables.


[1] Le dépistage du cancer de la prostate repose sur le dosage dans le sang d’un marqueur spécifique d’un dysfonctionnement de la prostate (antigène spécifique appelé PSA)

Stress : il faut y être attentif !

Pressions au travail, tensions familiales, problèmes financiers … les causes de stress sont de plus en plus nombreuses. Dans le passé, plusieurs études ont montré que le stress pouvait avoir des effets négatifs sur la santé (maladies cardiovasculaires, diabète, hypertension …). Des chercheurs de l’Inserm au sein de  l’unité 1018  « Centre de recherche en épidémiologie et Santé des populations » en collaboration avec des chercheurs anglais et finlandais ont montré qu’il fallait être vigilant et accorder de l’importance aux personnes déclarant être stressées, particulièrement celles qui pensent que le stress affecte leur santé. Selon leur étude menée auprès de 7268 participants, ces personnes ont effectivement deux fois plus de risque que les autres de faire une crise cardiaque.

Ces résultats ont été publiés dans la revue European heart Journal.

Le stress est reconnu aujourd’hui comme l’un des principaux problèmes de santé. Face à une situation jugée stressante, plusieurs symptômes physiques, émotionnels, comportementaux peuvent apparaître (angoisse, difficultés de concentration, problème cutanée, migraines…). Des études passées et notamment les dernières études menées  au sein de la cohorte Withehall II[1], composée de plusieurs milliers de fonctionnaires britanniques, ont déjà montré que les modifications physiologiques associées au stress peuvent avoir un effet néfaste sur la santé.

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crédit : ©Fotolia

L’équipe d’Herman Nabi, chercheur Inserm au sein de l’Unité 1018  « Centre de recherche en épidémiologie et Santé des populations » est allée plus loin et s’est intéressée aux personnes déclarant être stressées pour voir plus précisément s’il existait une association entre leur  ressenti et la survenue quelques années plus tard d’une maladie coronarienne.

A partir d’un questionnaire établi dans le cadre de la cohorte Withehall II, les participants étaient invités à répondre à la question suivante : « dans quelle mesure estimez-vous  que le stress ou la pression que vous avez vécu dans votre  vie a  une incidence sur votre santé », les participants avaient quatre choix de réponses : pas du tout », « peu », « moyennement », « beaucoup » ou « extrêmement ».

Les participants ont également été interrogés sur leur perception de leur niveau de stress, ainsi que sur d’autres facteurs pouvant influer sur leur état de santé, comme le tabagisme, la consommation d’alcool, l’alimentation et les niveaux d’activité physique. La  pression artérielle, le diabète, l’indice de masse corporelle et les données socio-démographiques, tels que l’état civil, l’âge, le sexe, l’origine ethnique et le statut socio-économique, ont également été pris en compte.

D’après les résultats, les participants ayant rapporté, au début de l’étude, que leur santé était  « beaucoup ou extrêmement » affectée par le stress avaient plus du double du risque (2,12 plus élevé) d’avoir ou de mourir d’une crise cardiaque comparés à ceux qui n’avaient signalé aucun effet du stress sur leur santé.

D’un point de vue clinique, ces résultats suggèrent que la perception qu’ont les  patients de l’impact du stress sur leur santé peut être très précise, dans la mesure où elle prédit un événement de santé aussi grave et fréquent que la maladie coronarienne.

De plus, cette étude révèle également que cette association n’est pas influencée par des différences liées aux facteurs  biologiques, comportementaux ou psychologiques entre les individus. En revanche, les capacités à faire face au stress différent grandement entre les individus en fonction des ressources à leur disposition, comme le soutien de l’entourage.

Selon Hermann Nabi,  « le message principal est que les plaintes  des patients concernant l’impact du stress sur leur santé ne devraient pas être ignorées en milieu clinique, car elles peuvent indiquer un risque accru de développer une maladie coronarienne ou d’en mourir. Les futures études de stress devraient inclure les perceptions des patients sur l’impact du stress sur leur santé ».

A l’avenir, comme le souligne Hermann Nabi, « des essais seront nécessaires pour déterminer si le risque de  maladie peut être réduit en augmentant l’attention clinique portée à celles et ceux qui se plaignent d’un effet  du stress sur leur santé ».


[1] Créée en 1985, la cohorte Withehall II constituée de fonctionnaires britanniques, contribue de façon majeure à la recherche en épidémiologie sociale et est internationalement considérée comme l’une des principales sources de connaissance scientifique sur les déterminants sociaux de la santé.

Pesticides : Effets sur la santé, une expertise collective de l’Inserm

Depuis les années 1980, les enquêtes épidémiologiques ont évoqué l’implication des pesticides dans plusieurs pathologies chez des personnes exposées professionnellement à ces substances, en particulier des pathologies cancéreuses, des maladies neurologiques et des troubles de la reproduction. Ces enquêtes ont également attiré l’attention sur les effets éventuels d’une exposition même à faible intensité lors de périodes sensibles du développement (in utero et pendant l’enfance).

Dans ce contexte, la DGS a sollicité l’Inserm pour effectuer un bilan de la littérature scientifique permettant de fournir des arguments sur les risques sanitaires associés à l’exposition professionnelle aux pesticides, en particulier en secteur agricole et sur les effets d’une exposition précoce chez le fœtus et les jeunes enfants.

Pour répondre à cette demande, l’Inserm s’est appuyé sur un groupe pluridisciplinaire d’experts constitué d’épidémiologistes spécialistes en santé-environnement ou en santé au travail et de biologistes spécialistes de la toxicologie cellulaire et moléculaire.

D’après les données de la littérature scientifique internationale publiées au cours des 30 dernières années et analysées par ces experts, 

il semble exister une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte: la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate et certains cancers hématopoïétiques (lymphome non Hodgkinien, myélomes multiples).

Par ailleurs, les expositions aux pesticides intervenant au cours de la période prénatale et périnatale ainsi que la petite enfance semblent être particulièrement à risque pour le développement de l’enfant.

tracteur pesticides © Fotolia

Pesticides : définitions, usages et voies d’exposition

Du latin, Pestis (fléau) et Caedere (tuer), le terme pesticide regroupe de nombreuses substances très variées agissant sur des organismes vivants (insectes, vertébrés, vers, plantes, champignons, bactéries) pour les détruire, les contrôler ou les repousser.

Il existe une très grande hétérogénéité de pesticides (environ 1 000 substances actives ont déjà été mises sur le marché, entre hier et aujourd’hui, actuellement 309 substances phytopharmaceutiques sont autorisées en France). Ils divergent selon leurs cibles, leurs modes d’actions, leurs classe chimiques ou encore leur persistance dans l’environnement.

–  Cibles : on distingue les herbicides, les fongicides, les insecticides…

– Il existe près de 100 familles chimiques de pesticides : organophosphorés, organochlorés, carbamates, pyréthrinoïdes, triazines…

– Il existe près de 10 000 formulations commerciales composées de la matière active et d’adjuvants et qui se présentent sous différentes formes (liquides, solides : granulés, poudres,…..).

– La rémanence des pesticides dans l’environnement peut varier de quelques heures ou jours à plusieurs années. Ils sont transformés ou dégradés en nombreux métabolites. Certains, comme les organochlorés persistent pendant des années dans l’environnement et se retrouvent dans la chaine alimentaire.

Dans l’expertise, le terme pesticide représente l’ensemble des substances actives, indépendamment des définitions réglementaires.

Des pesticides pour quels usages ?

En France, peu de données quantitatives par type d’usages sont accessibles. La majeure partie des tonnages (90%) est utilisée pour les besoins de l’agriculture, mais d’autres secteurs professionnels sont concernés : entretiens des voiries, jardins et parcs ; secteur industriel (fabrication, traitement du bois,…) ; usage en santé humaine et vétérinaire, lutte anti-vectorielle (moustique), dératisations…Il faut ajouter à cette liste les usages domestiques (plantes, animaux, désinsectisation, jardinage, bois).

En France, les fongicides représentent près de la moitié des tonnages. 80% des tonnages de pesticides sont utilisés pour un traitement des céréales à paille, maïs, colza, vigne. Les plus vendus ont comme principe actif le soufre ou le glyphosate.

Les sources d’exposition :

Les pesticides sont présents partout dans l’environnement. On peut les trouver dans l’air (air extérieur et intérieur, poussières), l’eau (souterraines, de surface, littoral, …), le sol, et les denrées alimentaires (y compris certaines eaux de consommation).

En milieu professionnel, la voie cutanée représente la principale voie d’exposition (environ 80%). L’exposition par voie respiratoire existe lors de circonstances particulières d’application (fumigation, utilisation en milieu fermé). L’exposition peut se produire à différents moments : manutention, préparation, application, nettoyage, ré-entrées (tâches effectuées dans des zones traitées), mais les plus exposantes sont la préparation des bouillies ou mélanges et les tâches de ré-entrées. En population générale, la voie orale est souvent considérée comme la principale voie d’exposition à travers l’alimentation.

Pesticides et cancers

L’expertise collective a ciblé 8 localisations de cancer : 4 cancers hématopoïétiques, ainsi que les cancers de la prostate, du testicule, les tumeurs cérébrales et les mélanomes. La plupart de ces localisations avaient été identifiées dans des méta-analyses antérieures comme potentiellement associées à une exposition aux pesticides, généralement sans distinction sur les matières actives incriminées.

  • Cancer de la prostate

D’après les données de la littérature, une augmentation du risque existe chez les agriculteurs, les ouvriers d’usines de production de pesticides et les populations rurales (entre 12 et 28% selon les populations). Quelques matières actives ont été spécifiquement documentées, en population générale : chlordécone ; en population professionnelle : carbofuran, coumaphos, fonofos, perméthrine. Toutes sont actuellement interdites d’usage. Pour certaines d’entre elles, un excès de risque est observé uniquement chez les agriculteurs ayant des antécédents familiaux de cancer de la prostate.

  • Cancers hématopoïétiques

D’après les données de la littérature, une augmentation de risque de lymphomes non hodgkinien et de myélomes multiples existe chez les professionnels exposés aux pesticides du secteur agricole et non agricole. Les pesticides organophosphorés et certains organochlorés (lindane, DDT) sont suspectés. Bien que les résultats soient moins convergents, un excès de risque de leucémies ne peut être écarté.

Concernant les autres localisations cancéreuses étudiées, l’analyse de l’ensemble des études reste difficile. Plusieurs raisons peuvent être évoquées : une incidence faible (cancer du testicule, tumeurs du cerveau et maladie de Hodgkin) ou l’existence d’un facteur de confusion important (comme par exemple, l’exposition aux ultras violets de la population agricole, facteur de risque reconnu pour le mélanome).

Pesticides et maladies neurodégénératives

L’expertise collective s’est intéressée a 3 maladies neurodégénératives, la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer et la sclérose latérale amyotrophique, ainsi qu’aux troubles cognitifs, qui pourraient prédire ou accompagner certaines pathologies neuro-dégénératives.

  •  Maladie de Parkinson

Une augmentation du risque de développer une maladie de Parkinson a été observée chez les personnes exposées professionnellement aux pesticides. Un lien a pu être mis en évidence notamment lors d’une exposition aux insecticides et herbicides. L’association avec les fongicides n’a, à ce jour, pas été mise en évidence mais le nombre d’études est nettement moins important.

Pour les autres maladies neurodégénératives, les résultats sont plus contrastés. Par exemple, dans le cas de la maladie d’Alzheimer, les résultats des études de cohortes sont convergents pour révéler un excès de risque quand les études cas-témoins sont peu robustes. Quant à la sclérose latérale amyotrophique, trop peu d’études sont disponibles pour conclure.

Par ailleurs, plusieurs revues et une méta-analyse récente concluent à un effet délétère des expositions professionnelles aux pesticides notamment aux organophosphorés sur le fonctionnement cognitif. Cet effet serait plus clair en cas d’antécédents d’intoxication aigue.

 

Effets sur la grossesse et le développement de l’enfant

Il existe maintenant de nombreuses études épidémiologiques suggérant un lien entre l’exposition prénatale aux pesticides et le développement de l’enfant, à court et moyen terme.

  • Conséquences des expositions professionnelles en période prénatale

La littérature suggère une augmentation significative du risque de morts fœtales (fausses-couches) ainsi qu’une augmentation du risque de malformations congénitales lors d’une exposition professionnelle maternelle aux pesticides. D’autres études pointent une atteinte de la motricité fine et de l’acuité visuelle ou encore de la mémoire récente lors du développement de l’enfant. Enfin, une augmentation significative du risque de leucémie et de tumeurs cérébrales a été mise en évidence dans les méta- analyses récentes.

  •  Conséquences des expositions résidentielles en période prénatale (voisinage ou usage domestique)

Plusieurs études cas-témoins et de cohortes montrent une augmentation du risque de malformations congénitales chez les enfants des femmes vivant au voisinage d’une zone agricole ou liée aux usages domestiques de pesticides (malformations cardiaques, du tube neural, hypospadias).

Une diminution du poids de naissance, des atteintes neurodéveloppementales et une augmentation significative du risque de leucémie sont également rapportées.

Pesticides et fertilité

Le lien entre certains pesticides (notamment le dibromochloropropane), qui ne sont plus utilisés, et des atteintes de la fertilité masculine a été clairement établi mais de nombreuses incertitudes subsistent en ce qui concerne les pesticides actuellement employés.

Le lien entre pesticides et infertilité chez la femme est mal connu et mériterait d’être mieux étudié.

Mécanismes biologiques

La littérature ne permet pas actuellement d’identifier avec précision les mécanismes cellulaires et moléculaires mis en jeu dans les pathologies potentiellement associées à une exposition à certains pesticides. Toutefois, certains modes d’action des substances soutiennent les données épidémiologiques. Le stress oxydant semble par exemple jouer un rôle majeur, comme  dans la maladie de Parkinson. Des dommages à l’ADN ou des perturbations de certaines voies de signalisation pouvant conduire à une dérégulation de la prolifération ou de la mort cellulaire, ou des altérations du système immunitaire sont autant de mécanismes susceptibles de sous tendre les effets des pesticides sur la santé.

 La question des mélanges de pesticides 

Les populations sont exposées de façon permanente et à faible dose aux pesticides et à de nombreuses autres substances contaminant l’environnement. Ces mélanges de pesticides et autres substances pourraient donner lieu à des impacts sanitaires difficilement prévisibles actuellement, ce qui fait de la question des mélanges et des faibles doses un des enjeux importants de la recherche et de l’évaluation des dangers.

Les experts rappellent que «ne pas être en mesure de conclure ne veut pas dire obligatoirement qu’il n’y a pas de risque».

Si certaines substances sont mises en cause, c’est qu’elles ont été plus souvent  étudiées que d’autres (en particulier dans le contexte des États-Unis) ; de nombreuses substances actives n’ont pas fait l’objet d’études épidémiologiques.

Recommandations

Les recommandations soulignent la nécessité d’une meilleure connaissance des données d’exposition anciennes et actuelles de la population professionnelle exposée aux pesticides directement ou indirectement.

Les recommandations attirent également l’attention sur des périodes critiques d’exposition (périodes de développement) aussi bien en milieu professionnel qu’en population générale.

Des recherches pluri- et trans-disciplinaire doivent être soutenues pour permettre une caractérisation plus rapide des dangers potentiels des substances actives de pesticides.

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Des médecins pas assez informés sur les effets indésirables des médicaments

Selon une étude internationale[1] conduite auprès de 255 médecins exerçant à Vancouver, Montréal, Sacramento et Toulouse, les médecins généralistes ne reçoivent pas assez d’informations sur les effets indésirables des médicaments lors des présentations réalisées par les visiteurs médicaux de firmes pharmaceutiques. Ces mêmes médecins seraient prêts néanmoins à prescrire en partie les médicaments promus. Le Dr  Geneviève Durrieu (équipe Pharmaco-épidémiologie, évaluation de l’utilisation et du risque médicamenteux de l’Unité 1027 « Epidémiologie et analyses en santé publique : risques, maladies chroniques et handicaps » – Inserm / Université Toulouse III – Paul Sabatier) a mené le volet français de cette étude dont les résultats sont publiés dans le Journal of General Internal Medicine. Dans cette étude internationale, la France fait-elle vraiment figure de bon élève ?

boites de médicaments

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 Les médicaments soumis à prescription médicale jouent un rôle majeur dans la prise en charge thérapeutique du patient. Cependant, ceux-ci peuvent aussi présenter des effets néfastes pour sa santé. Plusieurs études ont montré que les informations données par les visiteurs médicaux influencent fortement la prescription médicamenteuse, souvent sans réelle prise de conscience du médecin. Afin d’en savoir plus, des chercheurs internationaux ont mené une étude précise sur la qualité des informations fournies par les visiteurs médicaux lors de la promotion de médicaments auprès de médecins généralistes.

Sur 4 sites (Vancouver, Montréal, Sacramento et Toulouse), les médecins ont été sélectionnés par tirage au sort. Parmi les 704 médecins contactés, 36% ont accepté de participer. Puis, des informations ont été recueillies sur 1692 promotions de médicaments lors de visites réalisées par les visiteurs médicaux entre mai 2009 et Juin 2010.

Après chaque visite, les médecins ont été invités à remplir un questionnaire sur la promotion des médicaments réalisée par le visiteur médical : informations fournies (bénéfices et risques) pour chaque médicament promu, don d’échantillons médicaux et invitations à des événements.

Un manque  général d’informations

 Dans cette étude, les chercheurs rapportent que les informations fournies par le visiteur médical concernent plus souvent les bénéfices que les risques des médicaments présentés.


Ce constat est partagé pour l’ensemble des sites étudiés (Montréal, Sacramento, Toulouse et Vancouver). Dans plus de la moitié des visites (59%) de promotion étudiées, aucun effet néfaste du médicament n’est par le visiteur médical. Ce chiffre monte à 66 % pour les promotions faites à Vancouver et Montréal.

Plus inquiétant, les résultats montrent que, les effets indésirables « graves » ne sont mentionnés que dans seulement 6% des présentations de médicaments.

La France bon élève, oui mais…

 La France se distingue des autres pays par une mention plus fréquente des risques évoqués par les visiteurs médicaux qui les citent dans 61 % des cas.


Sur l’ensemble des pays concernés par l’étude, ce chiffre tombe à 41%.

Ce chiffre est toutefois à prendre avec précaution car les informations dispensées portent plus souvent sur des effets indésirables fréquents et bénins (de type nausées ou diarrhées par exemple) alors que, comme dans les autres sites, 94% des présentations ne mentionnent aucun effet indésirable « grave ».

En revanche, les bénéfices thérapeutiques sont eux bien énoncés dans 80% des cas.

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Des médecins prêts à prescrire les médicaments promus

Dans cette étude, quel que soit le pays, 2/3 des médecins ont déclaré que la présentation les inciterait à prescrire le médicament promu ou ferait augmenter leur prescription de ce médicament, de façon « assez probable » ou « très probable ».

surconsommation de médicaments,sécurité sociale

©Fotolia

Quelle réglementation pour les visiteurs médicaux ?

En France et aux États-Unis, ce sont les autorités gouvernementales chargées de la règlementation du médicament qui sont compétentes pour réglementer et surveiller la visite médicale.
En France, une approche additionnelle a été introduite en 2005, avec l’adoption de la Charte de la Visite Médicale. Celle-ci précise les pratiques autorisées et interdites, ainsi que les informations à soumettre au médecin de façon obligatoire.
Au Canada, en revanche, les activités des visiteurs médicaux sont réglementées par l’association des compagnies de recherche pharmaceutique du Canada (Rx& D), avec des critères généraux quant à l’information fournie au médecin.


[1] L’étude a été dirigée par B. Mintzes de l’Université de Colombie Britannique de Vancouver, avec la collaboration des chercheurs de l’Université York Toronto, l’Université de Montréal, l’Université de Californie, Davis et de l’Université de Toulouse III – Paul Sabatier.

Rapport européen sur la santé périnatale

 La France dans une position moyenne, mais avec le taux de mortinatalité* le plus élevé d’Europe

* naissances d’enfants sans vie

Le nouveau rapport EURO-PERISTAT présente les données de la santé périnatale en 2010 pour 26 pays membres de l’Union Européenne, plus l’Islande, la Norvège et la Suisse. EURO-PERISTAT est financé par la Commission européenne (Programme de santé de l’UE, DG Santé et Consommateurs) et coordonné par l’Inserm. Ce rapport réunit les caractéristiques des femmes enceintes et des nouveau-nés, leur santé, et les pratiques médicales pendant la grossesse, l’accouchement et le post-partum en 2010. Il comprend également les données de deux autres projets européens en lien avec la santé périnatale sur la paralysie cérébrale (SCPE) et les anomalies congénitales (EUROCAT). Le rapport EURO-PERISTAT est disponible gratuitement sur internet dès aujourd’hui à l’adresse www.europeristat.com.
Le précédent rapport était fondé sur les naissances de 2003 ou 2004 (selon le pays).

Le rapport permet de situer la France par rapport aux autres pays européens et d’apprécier ses points forts et ses points faibles, en matière de système d’information (recueil des données concernant la mère et l’enfant) et d’indicateurs sur la santé et les pratiques médicales.

Systèmes d’information

La France est le seul pays d’Europe, avec Chypre, à ne pas disposer de données systématiques pour toutes les naissances, sur l’âge gestationnel des nouveau-nés, ni sur leur poids. Dans les autres pays, ces informations proviennent de l’état civil, via les bulletins de naissance, ou via un registre médical portant sur la totalité des naissances. En France, les bulletins de naissance ne comportent pas ces informations, et il n’existe pas de registre médical des naissances exhaustif. « Ainsi nous ne pouvons pas surveiller la mortalité ou la morbidité dans des groupes de la population à risque, comme les enfants très prématurés » explique Jennifer Zeitlin, coordinatrice d’EURO-PERISTAT et chercheur à l’Inserm (Unité 953 Inserm « Recherche épidémiologique en santé périnatale et santé des femmes et des enfants »).

Quelques améliorations ont été apportées au système d’information très récemment : par exemple on dispose de données sur l’âge gestationnel et le poids de naissance de tous les enfants, par le Pmsi (Programme de médicalisation des systèmes d’information), mais la France demeure très en deçà de ses voisins en matière de données disponibles.

En revanche, la France dispose de données exhaustives et fiables sur les morts maternelles. Elle a également des données de bonne qualité, à partir des Enquêtes nationales périnatales, sur les indicateurs démographiques et sociaux des mères, la prise en charge médicale pendant la grossesse, l’accouchement et certains indicateurs de santé des nouveau-nés. Ces données sont disponibles de manière très irrégulière, mais les deux dernières Enquêtes nationales périnatales de 2003 et 2010, ont contribué de manière significative au rapport.

Indicateurs de santé

La France a le taux de mortinatalité (naissances d’enfants sans vie) le plus élevé d’Europe (9,2 pour 1000 naissances totales), comme cela était déjà le cas en 2003 ; ceci représente la principale différence qui distingue la France des autres pays dans ce rapport. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que 40 à 50 % des mort-nés en France seraient attribuables à des interruptions médicales de grossesse (IMG), comme le suggère un registre périnatal (REHOP) qui enregistre tous les mort-nés dans trois départements de la région Rhône-Alpes. La part des IMG dans l’ensemble des mort-nés est bien supérieure à celle qu’on observe dans les autres pays qui peuvent distinguer les IMG des autres mort-nés.

Notre particularité pourrait s’expliquer en grande partie par une politique très active de dépistage des anomalies congénitales et une pratique des IMG relativement tardive, alors que dans les autres pays où les IMG sont autorisées, elles sont plus souvent réalisées avant 22 semaines, c’est-à-dire avant la limite d’inclusion des naissances dans EURO-PERISTAT.

Pour comprendre son écart par rapport aux autres pays d’Europe, la France a besoin de pouvoir distinguer les mort-nés spontanés des IMG et aussi de connaître l’âge gestationnel des décès fœtaux. Les capacités d’analyse étaient très limitées en 2010, mais, selon les auteurs du rapport, la situation devrait s’améliorer à partir de 2013, car le Pmsi va pouvoir fournir des données sur ce sujet.graphe 1

Comme lors du rapport précédent EURO-PERISTAT (sur les naissances 2003 – 2004), sur les autres indicateurs de santé, la France est bien placée en Europe, mais ne se trouve jamais parmi les cinq pays ayant les meilleurs résultats :

La mortalité néonatale (décès dans les 27 premiers jours après la naissance) est en légère baisse : 2,3 pour 1000 naissances vivantes en France (2,6 en 2003), alors que les taux varient de 1,2 à 5,5 en Europe. La France se situe au 17ème rang, après par exemple l’Islande, la Finlande, la Suède, l’Estonie, le Danemark et la République tchèque. La mortalité a baissé par rapport à 2004, mais de manière moins importante que dans la plupart des autres pays.

La prématurité (naissances avant 37 semaines d’âge gestationnel) est en légère hausse en France par rapport à 2003 : elle passe de 6,3 à 6,6 % des naissances vivantes. Sur cet indicateur, la France est au 10ème rang, selon un classement par ordre croissant, après notamment l’Islande, l’Irlande, l’Estonie, la Finlande, la Suède et la Norvège. La prématurité augmente de manière régulière en France, comme dans d’autres pays ; toutefois il ne s’agit pas d’une tendance uniforme : dans 11 pays, le taux de prématurité a baissé ou est resté stable entre 2003 et 2010.

Les grossesses gémellaires présentent un risque élevé pour la santé des mères et des enfants ; elles représentent 17,4 pour 1000 femmes venant d’accoucher. La France se situe dans une position moyenne en Europe ; ce taux a augmenté depuis 2003 où il était de 15,8 pour 1000, alors qu’il a diminué dans d’autres pays qui avaient les taux les plus élevés. L’évolution en France pourrait provenir en partie de l’augmentation de l’âge maternel (voir plus loin).

Le ratio de mortalité maternelle calculé à partir des statistiques de routine sur les causes de décès est de 8,4 pour 100.000 naissances en France (pour la période 2006-2010) et fluctue de 0 à 25 pour 100.000 naissances en Europe. Ces variations sont à interpréter avec prudence car il y a peu de décès maternels chaque année et certains petits pays peuvent n’enregistrer aucun décès au cours d’une ou plusieurs années. En outre, dans la plupart des pays, les décès maternels sont très nettement sous-estimés (de 25 à 50 %) dans ces statistiques de routine. En revanche, des systèmes d’enregistrement renforcé des décès maternels existent en France, au Pays-Bas, en Slovénie et au Royaume-Uni, où les ratios sont généralement plus élevés, et la France se situe dans la moyenne avec un ratio de 9,1 pour 100.000 naissances.

Organisation des soins et pratiques médicales

Le taux de césariennes atteint 21 % en France et varie de 15 % à 52 % dans les différents pays de l’Union Européenne. La France se trouve parmi les pays à taux plutôt bas ; le taux a eu tendance à se stabiliser alors qu’il a augmenté dans beaucoup de pays européens et la position de la France dans l’ordre croissant des taux de césariennes est passée du 13ème au 6ème rang.

On assiste actuellement en France à une concentration des naissances dans de grandes maternités, comme dans d’autres pays européens ; la proportion de naissances dans des maternités de 3000 accouchements ou plus a augmenté par rapport à 2003 (19 % au lieu de 8 %) mais reste faible par rapport à ce qu’on observe par exemple en Ecosse (80 %), en Islande (71 %), en Irlande (69 %), en Angleterre (69 %), au Danemark (54 %) et en Suède (51 %).

Facteurs de risque périnatal

Deux caractéristiques maternelles sont préoccupantes car elles représentent des facteurs de risque pour la santé des mères et des enfants et ont tendance à devenir plus fréquentes en France, comme dans les autres pays européens.

– Le pourcentage de femmes de 35 ans et plus est de 19,2%, et situe la France dans une position moyenne par rapport aux autres pays, mais ce pourcentage a clairement augmenté par rapport à 2003, où il atteignait 15,9 %.

– Les femmes obèses (Indice de Masse Corporelle > 30) représentent 9,9 % des femmes ; ce qui représente un pourcentage faible par rapport aux autres pays ; cependant il faut noter que ce facteur de risque devient plus fréquent en France, puisqu’il était de 7,4 % en 2003.

Le pourcentage des femmes qui fument pendant la grossesse varie de 5 % parmi les pays où les taux sont les plus bas, à 13 % au Danemark, 14 % en Espagne (Catalogne), 15 % en Irlande du Nord, 17 % en France et 19 % en Ecosse. Toutefois ces comparaisons sont délicates car l’exposition pendant la grossesse est estimée de manière relativement hétérogène au niveau européen. En France, les femmes sont assez nombreuses à s’arrêter de fumer pendant la grossesse, puisque 31 % fumaient avant la grossesse et seulement 17 % fumaient pendant. En 2003, la proportion des femmes qui fumaient pendant la grossesse était de 21 %.

Devenir de l’enfant à long terme

Les registres de paralysie cérébrale montrent qu’il est possible de surveiller la survenue de cette affection dans le temps et géographiquement en Europe (réseau SCPE). La paralysie cérébrale touchait toujours environ deux enfants pour 1000 à la fin des années 1990. Les progrès dans la prise en charge des enfants à la naissance se sont accompagnés d’une baisse de la mortalité néonatale, mais aussi entre 1980 et 1998 d’une baisse de la fréquence de certaines formes de paralysie cérébrale, notamment la forme avec paralysie spastique touchant les quatre membres. Cette baisse était observée chez des enfants nés avec un très petit poids de naissance comme chez les enfants nés avec un poids de naissance normal. Deux registres en France, le RHEOP et le RHE31, surveillent la fréquence des handicaps de l’enfant, et leurs résultats sur la paralysie cérébrale sont tout à fait proches de ceux des autres pays européens.

L’avenir

Pour les chercheurs à l’origine de ce nouvel état des lieux, il constitue un outil essentiel pour surveiller la santé et orienter des politiques de santé publique en France. Le projet EURO-PERISTAT prévoit la production d’un tel rapport tous les cinq ans.

« Une amélioration du système d’information périnatal français est en cours mais des progrès seraient encore nécessaires pour contribuer davantage à la mise en commun des statistiques européennes. »

 conclut Jennifer Zeitlin, coordinatrice du projet.

Analyse de l’empreinte métabolique chez des femmes enceintes résidant à proximité de zones de culture de céréales

crédit : ©Inserm

Une étude exploratoire publiée ce jour par Sylvaine Cordier et son équipe (Unité mixte Inserm, Université de Rennes 1, et Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique « Institut de recherche, santé, environnement et travail ») avec des chercheurs de l’Inra de Toulouse, suggère qu’une exposition environnementale à des mélanges complexes de pesticides, pourrait conduire à des perturbations métaboliques chez les femmes enceintes. Des modifications des concentrations urinaires de composés tels que des acides aminés ou d’autres acides organiques ont en effet été observées, suggérant un stress oxydant et une modification du métabolisme énergétique. Cette étude a été réalisée sur 83 femmes enceintes de la cohorte PELAGIE (Bretagne) réparties en trois groupes, en fonction du lieu de résidence des femmes dans des communes où les cultures de céréales sont plus ou moins présentes. Le détail de ces travaux est publié dans la revue PLOS ONE.

L’utilisation de pesticides engendre des contaminations des différents compartiments de l’environnement (air, eau, sols, aliments) et par voie de conséquence la possibilité d’une exposition de la population générale, comme en atteste la présence de certains pesticides dans les fluides et tissus biologiques. Outre l’exposition par voie alimentaire, les expositions de la population générale peuvent résulter de l’utilisation de pesticides au domicile (utilisations d’insecticides ménagers, jardinage..) mais aussi à proximité du domicile. En effet, les pesticides utilisés par les professionnels diffusent dans l’atmosphère, pouvant être une source d’exposition des populations à une distance plus ou moins grande des zones traitées.

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Pendant la grossesse, le fœtus est particulièrement vulnérable aux facteurs environnementaux et de faibles doses de substances toxiques pourraient être responsables d’atteintes du développement et d’effets sanitaires trans-générationnels.

Si la toxicité de nombreux pesticides est déjà documentée dans des conditions d’expositions élevées, les effets de ces molécules à de faibles doses (environnementales) sont encore débattus. Par ailleurs, l’impact d’un cumul de ces expositions est actuellement mal connu. Outre l’étude de la présence de résidus de pesticides dans les fluides biologiques humains, une des approches possibles pour prendre en compte ces expositions multiples est d’étudier les modifications biologiques dans l’organisme exposé, afin de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans l’exposition à des polluants. Ces modifications peuvent être identifiées grâce à une analyse globale des métabolites dans des fluides biologiques (empreinte métabolique). Les métabolites sont des petites molécules, issues du fonctionnement d’un organisme en vue de maintenir la croissance, l’équilibre et les fonctions des cellules. Ce sont par exemple des acides aminés, des acides organiques de petite taille (acide citrique, hippurique), des sucres, des acides gras simples, des hormones, des polyphénols, des vitamines, alcaloïdes, minéraux…

C’est cette approche exploratoire qui a été mise en place à partir d’un échantillon de 83 femmes enceintes en 2004 issu de la cohorte mères-enfants PELAGIE (Perturbateurs Endocriniens Etude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l’Infertilité et l’Enfance) conduite depuis 2002 en Bretagne par l’Inserm. Trois groupes de femmes ont été constitués en fonction de la proportion de culture de céréales dans leur commune de résidence. La caractérisation des métabolites dans les urines de ces femmes, recueillies au cours du premier trimestre de la grossesse, s’est faite par une technique d’analyse spectroscopique (résonance magnétique nucléaire) associée à une méthode statistique permettant de discriminer les trois groupes. La technique permet ainsi d’identifier les métabolites dont le niveau d’expression est modifié entre les trois groupes.

Les premiers résultats de cette étude suggèrent des modifications des concentrations urinaires de certains métabolites chez les femmes enceintes résidant dans des communes où les cultures de céréales sont fortement présentes, en particulier certains métabolites pouvant être impliqués dans les mécanismes de stress oxydant et dans la modification du métabolisme énergétique.

Ces éléments conduisent les chercheurs à suggérer qu’une exposition environnementale à des mélanges complexes de pesticides, tels que ceux utilisés en 2004 sur les cultures de céréales, pourrait conduire à des perturbations métaboliques chez les femmes enceintes dont la signification clinique, pour la femme ou pour son enfant, reste à évaluer.

Il s’agit d’une première étude exploratoire conduite par l’Unité 1085 (IRSET) de l’Inserm à Rennes, l’Université de Rennes 1 et l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), en partenariat avec l’INRA de Toulouse (Toxalim), qui s’intègre dans un projet de recherche global associant à ces travaux épidémiologiques des études toxicologiques permettant de mieux comprendre les voies métaboliques modifiées lors de l’exposition multiple et complexe aux pesticides (projet METABOLE, www.irset.org). Ces éléments pourront être utiles à terme pour mieux comprendre les effets des pesticides sur la santé.

Les congrès des Apprentis Chercheurs, spécialité « addictions », dans 5 villes de France

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Pendant toute l’année scolaire, 20 collégiens et lycéens ont été accueillis chaque mois dans 5 laboratoires de neurosciences spécialisés dans l’étude des addictions.
Objectif : modifier le regard des jeunes « Apprentis Chercheurs » sur la face cachée des drogues (alcool, tabac, cannabis, etc…) et des addictions et faciliter le contact entre les jeunes et le monde de la recherche.
A partir du 30 mai prochain, les Apprentis Chercheurs présenteront leurs recherches lors de 5 congrès organisés à Poitiers (30 mai), Amiens (4 juin), Paris (5 juin), Bordeaux (6 juin), Marseille (10 juin).
Le programme MAAD (Mécanismes des addictions à l’alcool et aux drogues), lancé par l’Inserm avec le soutien de la Mildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie), est fondé sur une approche de type « éducation scientifique » destinée à renforcer les connaissances des jeunes sur les produits au travers de l’initiation à la démarche scientifique.

Cinq laboratoires de recherches spécialisés dans la physiopathologie des addictions ont accueilli un mercredi par mois deux binômes constitués d’un collégien de 3ème et d’un lycéen de 1ère,[1]. Encadrés par un chercheur senior, les adolescents ont mené un programme de recherche, réalisé les expériences et interprété les données. Les 5 congrès organisés dans les différents centres de recherche concernés vont permettre à ces jeunes Apprentis Chercheurs de partager leurs résultats. L’audience sera composée de leurs camarades de classe, de leurs parents, de leurs enseignants etc. Ces congrès ouverts à tous sont gratuits.

 

A Paris, le congrès se tiendra le mercredi 5 juin 2013 à 18h30
Salle Polyvalente du SHU Sainte-Anne, 108 rue de la Santé, Paris
Danièle Jourdain Menninger, présidente de la MILDT ouvrira la manifestation

Les présentations des Apprentis Chercheurs seront suivies d’une conférence-débat animée par Laurence Lanfumey-Mongrédien, chercheuse à l’Inserm sur le thème : « Alcool chez le jeune : conséquences chez l’adulte ».

A Poitiers le jeudi 30 mai à 18h30
A Amiens le mardi 4 juin à 18h
A Bordeaux le jeudi 6 juin, 18h
A Marseille le lundi 10 juin, 18h

L’inscription est vivement conseillée en raison du nombre limité de places (pour s’inscrire : cliquer ICI)

La consommation par les jeunes de produits psycho-actifs (alcool, tabac, cannabis etc…) est une préoccupation constante des autorités de santé car il est désormais acquis que la consommation précoce, sur un cerveau en développement, est un facteur favorisant le risque de développer une dépendance à l’âge adulte.

Ce dispositif de sensibilisation à la toxicité des drogues se veut innovant dans le paysage des actions de prévention plus classiques (spots radio, vidéo clips, télé, journaux, mini-conférences au sein d’établissements scolaires). 


[1] Les 5 laboratoires participants sont : Amiens : Inserm ERI 24, Pr Mickaël Naassila ; Bordeaux : Inserm U862 Neurosciences Magendie, Pr. Véronique Deroche ; Marseille : UMR 7289 CNRS Laboratoire de Neurobiologie de la Cognition, Dr Christelle Baunez, Paris : Inserm UMR 894, Dr. Laurence Lanfumey-Mongrédien, Poitiers : Laboratoire de Neurosciences Expérimentales et Clinique Inserm U1084, Pr. Mohamed Jaber

VIH et Pays du Sud : Le suivi biologique des patients est coût-efficace sous certaines conditions de prix

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Le suivi biologique des patients infectés par le VIH et sous traitement antirétroviral s’effectue dans les pays du Nord par des mesures régulières de la charge virale du VIH et des lymphocytes CD4 : il est peu pratiqué dans les pays du Sud en raison de son coût élevé et du manque d’équipement des laboratoires (surtout en milieu rural). Pourtant, ce suivi biologique est nécessaire pour identifier le plus précocement possible les patients en échec thérapeutique dont l’état nécessite un changement de traitement.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande aujourd’hui de pratiquer ce suivi biologique dans les pays du Sud « quand cela est possible« . Toutefois, le contexte actuel de baisse des financements internationaux alloués à la lutte contre le VIH/sida et de durcissement des contraintes budgétaires auxquels font face les pays à faibles ressources, en limite sérieusement les possibilités de réalisation. Dans ce contexte, de vifs débats tendent à opposer deux camps : d’une part, les partisans d’une approche dite « de santé publique » plaident pour un suivi clinique exclusif visant ainsi à minimiser les coûts. L’objectif est de faciliter l’accès aux traitements du plus grand nombre de patients. Le second camp considère, lui, que l’introduction d’un suivi biologique est indispensable pour améliorer la qualité de la prise en charge des patients sous traitement et ne pas pénaliser leur avenir thérapeutique (passage en 2e ligne, 3e ligne). Ils souhaitent ainsi éviter un « standard » de soins inéquitable entre le Nord et le Sud.

L’évaluation économique associée à l’essai Stratall ANRS/ESTHER dont les résultats sont publiés dans The Lancet Infectious Diseases online apportent des éléments déterminants pour aider à trancher ce débat. L’essai Stratall ANRS /ESTHER a été conduit entre mai 2006 et avril 2010 dans 9 hôpitaux de district ruraux au Cameroun par des équipes de chercheurs camerounais (Hôpital Central de Yaoundé, Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de Yaoundé et laboratoire IMPM/CREMER/IRD), et français de l’IRD (UMI 233) et de l’Inserm/IRD/Aix Marseille Université (Unité mixte de recherche 912 « Sciences économiques et sociales de la sante et traitement de l’information médicale »). Il a reçu le soutien financier de l’ANRS et logistique de ESTHER. « Cet essai a comparé des patients bénéficiant d’un suivi clinique exclusif trimestriel à des patients ayant en plus un suivi biologique incluant des mesures de la charge virale du VIH et des CD4 à l’initiation du traitement puis tous les 6 mois. Au total, 459 patients ont participé à l’essai » explique le Docteur Christian Laurent de l’IRD (UMI 233), coordinateur de cet essai.

L’évaluation économique démontre que le suivi biologique devient coût-efficace au Cameroun selon le critère recommandé par l’OMS (coût par année de vie gagnée inférieur à 3 fois le PIB par habitant) dès lors que le prix des tests de la charge virale et du comptage des CD4 est inférieur à 69$.

Cela signifie qu’un pays comme le Cameroun dont le PIB par habitant est d’environ 1200$, dispose du niveau de richesse nécessaire qui lui permettrait de financer, en théorie, une stratégie de suivi biologique pour ses patients vivant avec le VIH et sous traitement.

Surtout, l’étude montre que le suivi biologique des patients traités devient aussi coût-efficace que la mise sous traitement de nouveaux patients lorsque le prix de ces deux tests descend à 20$.

« Ce résultat est capital car les décideurs de santé publique des pays du Sud sont le plus souvent soumis à des budgets fixes et limités qui peuvent les conduire à des arbitrages entre assurer la mise sous traitement de nouveaux patients éligibles et améliorer la prise en charge des patients déjà traités par un suivi biologique adéquat »

 ajoute le Docteur Sylvie Boyer de l’ Unité Mixte de Recherche 912 (Inserm/IRD/Aix-Marseille Université), premier auteur de l’article.

Au moment de l’étude, le coût total (incluant les consommables, le personnel et les équipements) des tests de charge virale et des CD4 variait entre 63$ (avec l’utilisation, pour la mesure de la charge virale, de tests génériques Biocentric développés par l’ANRS) et 95$ (en utilisant des tests de charge virale industriels). Depuis 2010, note le Professeur Eric Delaporte (IRD/Université Montpellier 1, UMI 233), co-auteur de l’article, « Des baisses importantes de prix des réactifs des tests de charge virale ont été observées au Cameroun. Ces prix oscillent aujourd’hui entre 15 et 20$, ce qui suggère qu’une augmentation de la demande contribue bien à faire baisser les prix de ces tests ».

Les résultats mettent également en évidence que le ratio coût-efficacité du suivi biologique s’améliore considérablement chez les patients initiant un traitement à un stade avancé de la maladie, avec un taux de CD4 inférieur à 200 cellules/mm3, car le nombre d’années de vie gagnées augmente de façon significative.

Cette étude économique est la première réalisée sur des données réelles, recueillies dans un contexte décentralisé de prise en charge du VIH, contexte qui représente la réalité des soins dans les pays à faibles ressources aujourd’hui. Elle met en lumière qu’un suivi biologique peut être coût-efficace sous certaines conditions de prix. « La poursuite de la baisse des prix est nécessaire de façon à rendre le suivi biologique accessible financièrement dans les pays à faibles ressources. Plutôt que de renoncer à mettre à disposition un suivi adéquat pour les  patients du Sud sous prétexte de non rentabilité économique, il faut plutôt créer les conditions pour rendre celui-ci coût-efficace. Cela passe notamment par le développement de nouvelles technologies bon marché (de type « point of care ») qui ne nécessitent pas un équipement lourd de laboratoire et une formation spécialisée et qui sont donc faciles d’utilisation en milieu rural » insiste le Professeur Jean-Paul Moatti, directeur de l’Unité mixte 912 (Inserm/IRD/ Aix-Marseille Université), coordinateur de cette évaluation économique.

Espérance de vie en bonne santé : dernières tendances

Une priorité essentielle pour l’Union européenne est d’assurer que sa population, bien que de plus en plus âgée, reste en aussi bonne santé que possible. C’est pourquoi l’Union européenne s’est fixé comme objectif d’augmenter le nombre d’années de vie en bonne santé de 2 ans, d’ici à 2020. L’action européenne conjointe sur les «années de vie en bonne santé » (EHLEIS) coordonnée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, France), les États membres et la Commission européenne surveillent ainsi et analysent ensemble les tendances des espérances de santé en Europe. Voici les derniers résultats sur les espérances de vie en bonne santé à l’âge de 65 ans.

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• Dans l’UE[1] l’espérance de vie à 65 ans en 2011 était de 18 ans pour les hommes et 21,4 ans pour les femmes. Ils pouvaient donc espérer attendre respectivement l’âge de 83 et 86,4 ans, soit une augmentation de plus d’un an depuis 2005 (1,3 ans pour les hommes et de 1,2 ans pour les femmes).

• L’espérance de vie en bonne santé perçue (années de vie où les gens se perçoivent en bonne santé ou en très bonne) a également augmenté de façon significative depuis 2005, de 1,5 ans pour les hommes et de 1,6 ans pour les femmes, plus que les gains de l’espérance de vie totale.

• Sur une note moins positive, les années de vie sans incapacité (années sans limitation d’activité) à 65 ans et au delà sont restées stables entre 2005 et 2011, augmentant de 0,2 ans seulement, à 8,8 ans pour les hommes, et diminuant de 0,2 ans, à 8,6 ans pour femmes. Cela signifie que les années vécues avec une limitation d’activité ont augmenté entre 2005 et 2011.

• L’espérance de vie sans maladie chronique a diminué significativement entre 2005 et 2010 mais a augmenté de façon marquée entre 2010 et 2011, de sorte que les valeurs de 2011 (7,2 ans pour les hommes et de 8,0 ans pour les femmes) étaient similaires à celles de 2005. Encore une fois, cela signifie que le nombre d’années vécues avec une maladie chronique a augmenté entre 2005 et 2011.

Tableau 1: Espérance de vie et espérance de santé à 65 ans pour l’Europe

(UE25) de 2005 à 2011* – par sexe 

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Figure 1: Evolution de l’espérance de vie et des espérances de santé à 65 ans pour l’Europe (UE25) de 2005 à 2011* – par sexe

 Evolution de l'espérance de vie et des espérances de santé à 65 ans pour l'Europe (UE25) de 2005 à 2011* - par sexe

Ces résultats apparemment contradictoires pourraient s’expliquer par une meilleure gestion des problèmes de santé et / ou d’incapacité associée (limitations d’activité), de sorte que les problèmes de santé et d’incapacité liés à l’augmentation de l’espérance de vie à 65 ans n’ont pas engendré une diminution de la qualité de vie. Il est probable que les gens, mieux informés aujourd’hui au sujet de leur état de santé réel, signalent d’avantage de problèmes de santé chroniques et à des stades plus précoces.

Le cas de la France

Comparée à la situation européenne moyenne, la France présente quelques spécificités :

L’espérance de vie à 65 ans est bien plus élevée que la moyenne européenne (19,3 ans pour les hommes et 23,8 ans pour les femmes), et a aussi davantage augmenté entre 2005 et 2011, et ce, plus pour les femmes (+1,8 an) que pour les hommes, (+1,6 an).

L’espérance de vie en bonne santé perçue a augmenté pour les deux sexes, autant que l’espérance de vie totale pour les hommes, atteignant 7,6 années (+1,6 an) en 2011, mais moins pour les femmes, atteignant 7,8 ans (+1,0), contrastant pour ces dernières avec la tendance européenne moyenne.

L’espérance de vie sans maladie chronique a augmenté légèrement mais significativement, contrairement à la moyenne européenne, atteignant 6,8 années pour les hommes (+0,4 an) et 8,4 années pour les femmes (+0,7 an). Cette tendance n’empêche pas l’augmentation du nombre d’années vécues avec des problèmes de santé chroniques sur la période 2005-2011.

L’espérance de vie sans limitation d’activité a augmenté d’à peine 0,3 an (non significatif) pour les femmes atteignant 9,9 ans. Pour les hommes français, qui se distinguent de la moyenne européenne, elle a davantage augmenté (+ 1,2 an) et atteint 9,7 ans ; les Français ont partagé leurs années de vie gagnées également entre années avec et sans limitation d’activité.

Figure 2 : Evolution de l’espérance de vie et des espérances de santé à 65 ans pour la France de 2005 à 2011 – par sexe

Evolution de l'espérance de vie et des espérances de santé à 65 ans pour la France de 2005 à 2011 - par sexe

La France se démarque en termes de santé sur trois points. A 65 ans, l’espérance de vie en bonne santé perçue des femmes françaises a moins progressé que la moyenne européenne. L’espérance de vie sans maladie chronique a plutôt augmenté, quand elle stagne pour la moyenne européenne. L’espérance de vie sans limitation d’activité des hommes français a augmenté parallèlement à l’espérance de vie ; pour les femmes, la progression des années de vie sans limitation d’activité est un peu plus favorable que la moyenne européenne, mais bien moins élevée que celle des hommes français. En France, les années de vie gagnées ne se sont pas systématiquement accompagnées de maladies déclarées, ni même de limitations d’activité, ce qui est le cas pour la moyenne européenne ; les années de bonne santé perçue sont, quant à elles, en moindre progression pour les 2 sexes. Les femmes françaises gardent un léger avantage sur les hommes en termes d’années de bonne santé perçue et sans limitation d’activité, mais celui-ci s’est nettement réduit.

Les spécificités françaises illustrent la diversité des situations européennes que l’on observait déjà à travers la mortalité. L’analyse simultanée de l’évolution de la santé et de la mortalité permet de préciser la situation des pays et les besoins en matière de soins et de prise en charge.

L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) est un indicateur important des politiques européennes. L’EVSI a été choisi dans le cadre de la stratégie de Lisbonne (2000-2010) pour apprécier la qualité de la vie et l’état de santé fonctionnel des européens. Elle fait partie des indicateurs de santé de la Communauté européenne (ECHI) et a servi à fixer l’objectif principal du partenariat de l’Union de l’innovation (composante recherche et développement de la stratégie Europe 2020) sur le vieillissement actif et en bonne santé ; à savoir augmenter de 2 années le nombre des années vécues sans incapacité (EVSI ou Healthy Life Years) dans l’Union européenne d’ici à 2020.

L’EVSI est obtenue en décomposant l’espérance de vie en deux espérances de santé, avec et sans incapacité, grâce à l’introduction de la prévalence de l’incapacité observée en population générale dans le calcul de l’espérance de vie. Les mêmes principes sont appliqués pour calculer l’espérance de vie sans maladie chronique et l’espérance de vie en bonne santé perçue. Les informations utilisées (prévalence des limitations d’activité, problème de santé chronique et perception de sa santé) proviennent de l’enquête annuelle EU-SILC dont la réalisation est coordonnée par EUROSTAT. La santé perçue est mesurée par la question : « Comment est votre santé en général ? Très bonne, bonne, assez bonne, mauvaise, très mauvaise ». La présence de maladies chroniques est mesurée au travers des réponses à la question : « Avez-vous une maladie ou un problème de santé chronique ? Oui, non ». La prévalence de l’incapacité est mesurée au travers des réponses à une question générale sur les limitations d’activité : « Êtes-vous limité à cause d’un problème de santé, depuis au moins six mois, dans les activités que les gens font habituellement ? Oui, fortement limité ; oui, mais pas fortement limité ; non, pas limité du tout ».

EUROSTAT calcule et diffuse l’EVSI comme il le fait pour tous les indicateurs des politiques européennes. L’objectif est de fournir l’année t (i.e., 2013) l’EVSI de l’année t-2 (i.e., 2011). L’Action conjointe européenne, soutenue et supervisée par la Commission européenne, diffuse largement les résultats obtenus (country reports, sites web dédiés, Wikipédia, etc.), encourage une bonne interprétation des EVSI (training material and interpretation guide), promeut leur utilisation dans les politiques socio-économiques et surtout produit des analyses scientifiques sur les tendances et les écarts observés : déterminants, causes et mécanismes.


[1] Limitée aux 25 Etats membres de l’UE depuis 2005 (i.e., Bulgarie et Roumanie exclues)

Adolescents aujourd’hui, adultes demain

Pour sa 9ème édition, le Forum Adolescences organisé par la Fondation Pfizer et ses deux partenaires, le Ministère de l’Education nationale et l’Inserm, explore la riche thématique des passages de l’enfance à l’adolescence et de l’adolescence vers l’âge adulte. Quels rites de passage ou moments initiatiques les adolescents traversent-ils pour devenir adulte ? Ont-ils évolué ? Quelle vision la jeune génération a-t-elle de la vie d’adulte ?

Les résultats de l’étude Ipsos Santé / Fondation Pfizer¹ « Regards croisés des adolescents, des adultes et des séniors » révèlent que pour 51% des adolescents et 67% des adultes, la sexualité et plus généralement les changements du corps sont les principaux marqueurs de l’adolescence. L’âge adulte est, quant à lui, synonyme de responsabilités pour 70% des jeunes et 74% des aînés.

Après cinq mois de préparation dans 33 lycées de 12 académies – Amiens, Caen, Corse, Lille, Limoges, Lyon, Nantes, Orléans-Tours, Poitiers, Strasbourg, Toulouse et Versailles – les lycéens débattront d’égal à égal avec les experts présents au Forum national le 10 avril 2013, à Paris. « J’attends avec hâte de voir à nouveau ces jeunes prendre la parole et défendre leur point de vue devant des experts de renom sans trembler et avec une certaine audace » s’enthousiasme Philippe Jeammet, psychanalyste et Président de la Fondation Pfizer.

adolescents université

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Devenir et être adolescent : passer du rêve à la réalité

L’adolescence, une période sans borne ? Adolescents et adultes s’accordent sur l’âge d’entrée dans l’adolescence autour de 13-14 ans. En revanche, l’âge de sortie fait débat : les jeunes le placent à 19,9 ans alors que leurs aînés le fixent à 21,3 ans. Pour seulement 32% des adolescents et 15% des adultes, la majorité civile est un marqueur de la fin de cette période de transition.

Quels sont les identifiants de l’adolescence ? La sexualité est le principal marqueur pour 1 adolescent sur 2 et pour 2 adultes sur 3. « L’adolescent découvre la puissance sexuelle de son corps. Il découvre que la sexualité n’est pas adulte, n’est pas pour lui une vaine promesse, ni une rêverie » explique Olivier Douville, psychanalyste et anthropologue.

Les résultats de l’étude Ipsos Santé / Fondation Pfizer¹ révèlent, qu’outre la sexualité et les changements du corps, l’adolescence est une période d’ouverture aux autres, au champ des possibles mais également une période d’ambivalence faite de liberté (pour 45% des adolescents), de projets (42%), d’expériences (39%), de difficultés (38%), contraintes (38%) et problèmes (36%).

« Les choix réalisés par les adolescents interrogés révèlent le flou et la complexité qu’est l’adolescence pour eux. On constate également que les marqueurs employés par les jeunes caractérisent essentiellement l’autonomie » analyse Laïla Idtaleb, Directrice Ipsos Santé. « A contrario, chez les adultes, les items qualifiant l’adolescence sont beaucoup plus clairs, avisés, marqueurs de difficultés et de problèmes avec la sexualité comme référent à chaque fois ». En effet, les aînés associent essentiellement la sexualité des plus jeunes aux notions de difficultés (35%), de problèmes (35%) et de risques (29%).

L’adolescence, l’ouverture aux premières expériences et l’accès à l’autonomie

Les jeunes ont conscience que l’adolescence est jalonnée de plusieurs premières fois. Parmi les plus fréquentes, ils citent :
le premier téléphone portable à 89%
le premier baiser à 72%
la première cigarette à 34%
la première relation sexuelle à 30%
la première cuite à 28%
le premier joint à 15%

Certaines de ces expériences vécues pour la plupart entre 14 et 15 ans[1] auraient des vertus initiatiques voire intégratrices pour certains adolescents. Respectivement 39% et 29% des jeunes indiquent effectivement que consommer de la drogue et boire de l’alcool¹ sont des passages conseillés aux adolescents par d’autres adolescents.

L’adolescence marque également l’éloignement des parents et la remise en question de leur autorité. Cette quête d’autonomie se fait plus ou moins en douceur. 20% des adolescents, 23% des adultes et 36% des seniors associent l’adolescence à la « rébellion ». « Etre adolescent et négocier l’entrée dans l’âge adulte est difficile pour tous les jeunes. Certains le vivent plus mal que d’autres et sont dans la confrontation voire la rupture complète. Ces adolescents en difficulté sont aussi le miroir de ce que nous sommes et des évolutions de la société en général. L’expression de la difficulté bouge d’une génération à l’autre mais la cause reste la même » explique Catherine Sultan, magistrat, Vice-Présidente du TGI de Créteil et Présidente du Tribunal pour enfant de Créteil.

 

Devenir et être adulte : une étape de la vie propre à chaque individu

Les responsabilités (70% des adolescents et 74% des adultes), l’indépendance financière (respectivement 66% et 58%) et l’autonomie (42% et 39%) sont les trois piliers de l’âge adulte évoqués par les jeunes comme leurs aînés. Ce besoin de liberté, d’autonomie et d’affranchissement de l’autorité parentale explique que 29% des adolescents attendent avec hâte leur passage à l’âge adulte. Cependant, devenir adulte est majoritairement perçu par les adolescents comme un passage obligé (54% des adolescents). Enfin, près d’1 jeune sur 5 angoisse à l’idée de devenir adulte, surtout ceux qui manifestent des signes de mal-être (42% d’entre eux).

«S’ils baignent dans une ambiance pessimiste – leurs proches adultes tenant un discours relativement négatif – les adolescents peuvent être influencés. Les jeunes arrivent généralement à prendre du recul mais parfois pas tant que cela, et ils finissent par sélectionner et renforcer cette vision défaitiste » analyse le Professeur Philippe Jeammet. « Cependant, c’est une génération plus ouverte sur le monde, davantage dans les échanges, ce qui lui permet d’avoir une vision plus nuancée et moins manichéenne. Les adolescents font preuve d’un pragmatisme et d’un réalisme surprenant.»

Des rites «  institutionnalisés » qui disparaissent, des moments de passage plus individuels

Si 3 adolescents sur 4 estiment avoir des moments de passage à l’âge adulte peu différents ou comparables à ceux de leurs parents, 64% considèrent qu’ils sont très différents de ceux de leurs grands-parents. Ce hiatus générationnel s’observe en effet dans les résultats de l’étude Ipsos Santé / Fondation Pfizer¹. La jeune génération met en avant comme moments clés de l’âge adulte le départ du domicile familial (70%), le premier travail (64%) et la parentalité (61%). A ce triptyque logement/travail/parentalité répond celui des séniors, pour lesquels les principaux rites de passage à l’âge adulte sont le mariage / PACS (69%), le premier travail (69%) et le service militaire (69%). Les marqueurs du passage à l’âge adulte sont davantage individualisés chez les jeunes que chez les séniors, où ils sont plus institutionnels.

« L’entrée dans l’âge adulte n’est plus un rite mais un seuil. Le rite de passage est un dispositif culturel très sophistiqué et collectif ; le seuil est un infléchissement marqué par deux étapes : l’entrée dans la vie professionnelle stable et l’entrée dans la vie de famille autonome » explique le philosophe Pierre-Henri Tavoillot. « Chaque individu détermine ses seuils. Ce sera à chaque fois une expérience particulière, comme la naissance du premier enfant, le premier bulletin de paie, un séjour à l’étranger… C’est toujours une expérience individuelle.»

83% des adolescents plébiscitent l’accompagnement de leurs aînés pour devenir adulte (92% des adultes en ont conscience). « Les adolescents sont en attente d’autorité vis-à-vis des adultes qui sont un miroir de références, mais cette autorité ne doit pas leur être imposée » affirme le Professeur Philippe Jeammet. « Les jeunes ont besoin des adultes pour qu’ils les informent sur l’avenir, leur montrent des perspectives, les aident à découvrir leur potentialité. »

Focus sur le baromètre Bien-être Ipsos Santé / Fondation Pfizer¹

Des adultes plus conscients du bien-être des adolescents

 Malgré un contexte socio-économique difficile, les adolescents se portent toujours bien :

  • 71% se sentent bien à l’école¹ (comme en janvier 2012*)
  • 69% des ados sont satisfaits de ce qui leur arrive¹ (contre 73%*)
  • 47% disent se sentir souvent sous pression¹ (contre 49%*)
  •    25% se sentent mal dans leur peau¹ (comme en janvier 2012*).

La surprise vient cette année des adultes qui affichent un moindre pessimisme sur le moral des jeunes, notamment ceux qui sont en contact avec des adolescents. En effet,

  • 65% des aînés estiment que les ados sont souvent sous pression¹ (versus 74% en janvier 2012*) contre 47% des ados¹
  • 62% pensent que les ados sont souvent mal dans leur peau¹ (versus 74% en janvier 2012*) contre 1 ado sur 4¹.

« Cette meilleure perception du bien-être des jeunes par les aînés peut trouver plusieurs explications : les adultes ont certainement évolué et comprennent mieux les attentes des adolescents ; le traitement plus nuancé des ados par les médias peut également avoir influencé l’opinion des adultes. Enfin, la saisonnalité peut avoir joué un rôle : nous avons en effet effectué cette étude à une période plus proche de la rentrée scolaire, où les répondants sont généralement plus optimistes » explique Laïla Idtaleb, Directrice Ipsos Santé.


[1] Réflexion qualitative Ipsos santé / Fondation Pfizer réalisée auprès de 650 adolescents dans 33 lycées de 12 Académies volontaires – de décembre 2012 à février 2013.

La santé de 30.000 étudiants suivis pendant 10 ans

L’étude i-Share (Internet-based Students HeAlth Research Entreprise), unique au monde, a comme objectif de suivre l’état de santé de 30.000 étudiants pendant 10 ans. Elle procurera de précieuses informations sur l’état de santé des étudiants, permettant un meilleur pilotage du système de santé sur cette population. I-Share est portée par l’ Inserm,  avec l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et l’Université de Bordeaux. Pour réussir à rassembler le panel d’étudiants, les universités de Bordeaux et de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines mettent en place une campagne de recrutement qui s’appuiera i-Share s’appuiera sur des outils d’ores et déjà utilisés par ces jeunes : site internet, application mobile, réseaux sociaux… Elle servira également de plateforme pour des projets de recherche biomédicale et pour tester des stratégies de prévention.

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©fotolia

 L’étude i-Share, un investissement d’avenir

La France compte plus de deux millions d’étudiants. Cette population est exposée à des pathologies susceptibles d’entraîner des complications graves, comme la dépression et le risque suicidaire, ou de perturber leur vie quotidienne et leurs études, à l’instar de la migraine. Les comportements durant cette période peuvent engendrer des conséquences immédiates (accidents liés à l’alcoolisation massive), mais également avoir un impact à plus long terme sur les maladies chroniques (cancers, maladies cardiovasculaires).

La stratégie la plus pertinente pour étudier les problèmes de santé des étudiants et y apporter des réponses est de mettre en place et de suivre une cohorte de grande taille. C’est le but principal de l’étude i-Share qui est l’un des projets lauréats du programme « Investissements d’avenir ».

L’étude i-Share vise à suivre l’état de santé de 30.000 jeunes adultes pendant 10 ans. Elle est destinée à explorer les facteurs de risque des maladies chez cette population pour laquelle peu d’informations sont disponibles.

Le projet cible surtout quatre grands axes pathologiques : migraine, santé mentale, infections, comportements à risque et accidents.

En fournissant des données précises sur la fréquence et les conséquences de certaines maladies et infections, l’alimentation, la consommation de médicaments, i-Share va aider à combler le manque de données concernant les jeunes adultes, et fournira une photographie de l’état de santé et du bien-être des étudiants.

L’étude permettra aussi de tester des stratégies de prévention ou de prise en charge pour aider à la planification en santé publique. Enfin, cette grande cohorte épidémiologique servira de plateforme pour étudier les déterminants et les mécanismes de maladies, ceci à travers des collaborations avec les autres champs disciplinaires de la recherche biomédicale.

Pour un recrutement efficace, des outils adaptés aux étudiants

o    I-share.fr, un site d’information sur l’étude

Pour recruter et maintenir le lien avec les 30.000 étudiants, le site i-Share.fr a été lancé mi-Février 2013. Le questionnaire sur le site i-Share.fr, sur la santé, les habitudes de vie et l’environnement social et familial, constitue la première étape de l’inscription à la cohorte. i-Share.fr centralise, également, l’ensemble des informations sur la cohorte : nature et déroulement de l’étude, ses objectifs, ses thématiques de recherche… Le contenu sera enrichi d’articles d’informations mais aussi de photos et de vidéos.

o    Un développement sur les réseaux sociaux

Une large place est faite aux échanges, ressentis, expériences autour du thème de la santé. Les participants seront également sollicités pour des événements, des concours et, d’une façon générale, pour se retrouver sur le fil Twitter ou la page Facebook de la cohorte et faire vivre la communauté i-Share.

o    Les étudiants-relais

Munis d’une tablette tactile, ces étudiants-relais vont à la rencontre des étudiants afin de leur présenter les missions de la cohorte i-Share et de les encourager à participer à cette étude.

Une collaboration scientifique

i-Share.fr sera également l’espace où seront publiés les résultats de l’étude au fur et à mesure de son avancement. La description des données et la façon d’y accéder pour des chercheurs extérieurs permettra de favoriser les collaborations autour de i-Share, qui est une étude ouverte.

La gouvernance de i-Share est assurée par des chercheurs et universitaires de haut niveau. Tous ont l’expérience des cohortes de grande taille. Plusieurs d’entre eux sont classés dans le top 1% des chercheurs au niveau mondial concernant les citations de leurs travaux. Leurs équipes de recherche sont reconnues comme excellentes (grade A/A+) par l’Agence d’évaluation de la recherche (AERES).

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