Menu

Troisième dose de vaccin anti-Covid, quelles sont les données ?

anticorps « attaquant » un virus

Modélisation 3D d’anticorps « attaquant » un virus. ©Adobe Stock

Le 11 octobre 2021, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé qu’elle recommandait une troisième dose de vaccin contre la Covid-19 pour les personnes immunodéprimées, tout en insistant sur le fait que cette décision ne concerne pas le reste de la population. Une annonce qui intervient alors que l’organisation s’opposait depuis plusieurs mois au principe d’une troisième dose, préférant plutôt insister sur l’importance de rendre la vaccination accessible à tous les pays.

En France, une troisième dose de rappel avait déjà proposée aux personnes les plus fragiles et à celles âgées de plus de 65 ans depuis septembre. La reprise épidémique a conduit les autorités à généraliser cette troisième dose à toute la population adulte. 

En creux, la question qui se pose est celle de la durée de la réponse immunitaire suite à la vaccination. Est-on toujours protégé contre l’infection par le SARS-CoV-2, et surtout contre le risque de développer une forme grave de la maladie, plusieurs mois après avoir été vacciné ? Chez quelles personnes l’immunité est-elle particulièrement affaiblie ? Et pour qui une troisième dose s’avère-t-elle vraiment nécessaire ?

Depuis le début de la pandémie, de nombreuses équipes de recherche se sont penchées sur la réponse immunitaire induite par l’infection ou par la vaccination, ainsi que sur sa durée. Si des interrogations demeurent, des données solides ont déjà émergé, permettant d’y voir un peu plus clair. Canal Détox fait le point.

 

Texte mis à jour le 9 décembre 2021 pour refléter les données disponibles les plus récentes. Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de décembre 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article. 

La réponse immunitaire ne se résume pas aux anticorps

Avant toute chose, bien que les quantités d’anticorps dans le sang constituent un marqueur important de l’immunité, il est important de rappeler que la réponse immunitaire ne se résume pas seulement à cela.

Après avoir été infecté par un virus ou après vaccination, l’organisme garde en mémoire sa rencontre avec le pathogène. Le système immunitaire peut alors reconnaitre ce dernier et l’éliminer en cas d’une nouvelle exposition, protégeant la personne contre la maladie. Cette réponse immunitaire fait intervenir différents éléments, dont les anticorps neutralisants produits lors de la première exposition au pathogène qui subsistent encore dans l’organisme, mais aussi les lymphocytes T ou encore les lymphocytes B qui coordonnent la production de nouveaux anticorps (voir encadré).

Quelques rappels sur la réponse immunitaire

L’immunité innée est une réponse immédiate qui survient chez tout individu en l’absence d’immunisation préalable. Il s’agit de la première barrière de défense vis-à-vis des agents pathogènes. Elle fait principalement intervenir des anticorps préformés (naturels) et des lymphocytes qui ne présentent pas de récepteurs spécifiques à l’antigène.

L’immunité adaptative se met en place au bout de quelques jours après le contact avec l’agent pathogène et constitue la deuxième ligne de défense de l’organisme. Contrairement à l’immunité innée, l’immunité adaptative est spécifique d’un antigène donné.

On peut distinguer deux grandes catégories de réponse immunitaire adaptative. Les réponses dites humorales sont fondées sur la production d’anticorps par les lymphocytes B. Ces anticorps reconnaissent le pathogène et le neutralisent pour l’empêcher d’infecter les cellules cibles. Les réponses dites cellulaires sont fondées sur la reconnaissance et la destruction par les lymphocytes T des cellules infectées.

Les anticorps produits lors de l’infection ou de la vaccination diminuent au cours du temps, mais nous conservons des lymphocytes T et des lymphocyte B dits « mémoires », capables de générer de nouveaux anticorps en cas de nouveau contact avec le pathogène.

Il est cependant plus difficile d’étudier ces cellules mémoires et de s’assurer qu’elles sont bien présentes dans l’organisme. En effet, pour voir si un individu en dispose, il convient de réaliser une ponction au niveau des ganglions lymphatiques. Une procédure bien plus invasive que la prise de sang effectuée pour déterminer nos taux d’anticorps.

Une quantité réduite d’anticorps dans le sang, plusieurs mois après avoir été infecté ou vacciné, ne signifie donc pas que l’on n’est plus du tout protégé contre le virus. Les lymphocytes B et T qui restent en mémoire sont en mesure de prendre le relais.

 

Quelle immunité après l’infection ?

Plusieurs études soulignent que six à douze mois après l’infection, la plupart des anciens malades de la Covid-19 sont encore partiellement immunisés contre le virus.

Ainsi dans une étude publiée dans le journal Science, menée auprès de 200 patients convalescents, les scientifiques ont montré que 95 % d’entre eux présentaient encore une réponse immunitaire durable contre le virus dans les huit mois suivant l’infection. Les niveaux d’anticorps demeuraient stables, déclinant seulement légèrement six à huit mois après l’infection. La quantité de lymphocytes B spécifiques du virus augmentait quant à elle progressivement pour atteindre un pic six mois après infection, puis elle se stabilisait.

Enfin, les niveaux de lymphocytes T spécifiques du virus demeuraient aussi élevés. Six mois après l’infection, 92 % des individus présentaient des lymphocytes T CD4+ impliqués dans la coordination de la réponse immunitaire, tandis que la moitié d’entre eux présentaient des lymphocytes T CD8+, qui tuent les cellules infectées par le virus. La quantité de ces cellules variait beaucoup d’un individu à l’autre sans qu’aucun facteur explicatif (sexe ou âge des personnes par exemple) ne se détache particulièrement.

Ces données sont corroborées par des publications plus récentes dans le journal Nature, qui montrent que six à douze mois après infection, des patients convalescents présentent des niveaux d’anticorps stables mais également des lymphocytes B qui restent en mémoire au niveau de la moelle osseuse et peuvent réactiver la réponse immunitaire en cas de nouvelle infection.

 

Et après la vaccination ?

Les scientifiques ont aussi étudié la durée de l’immunité chez des milliers de patients vaccinés. Si nous avons un peu moins de recul sur ce sujet, les campagnes de vaccination ayant commencé il y a moins d’un an, on peut toutefois déjà souligner que les données disponibles suggèrent une efficacité toujours élevée des vaccins au cours du temps.

Une étude parue en septembre 2021 dans le New England Journal of Medicine rapporte le suivi d’environ 40 000 personnes vaccinées par le vaccin à ARN Pfizer (BNT162b2) aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Afrique et en Europe, et montre que six mois après vaccination, une protection contre l’infection atteignant 91,3 %, est toujours constatée.

Plus récemment, deux études publiées dans la même revue sont venues compléter le tableau. La première, portant sur plus de 900 000 personnes vaccinées au Qatar, s’est intéressée à l’efficacité du même vaccin à ARN pour prévenir l’infection, mais également pour éviter les formes sévères de la maladie et les décès, dans un contexte où le variant delta était devenu dominant. Les données suggèrent là aussi un haut niveau de protection contre les formes graves de la maladie induites par le variant delta, atteignant 96 % d’efficacité deux mois après la seconde dose, et se maintenant à ce niveau jusqu’à six mois après. Toutefois, l’efficacité du vaccin pour prévenir l’infection et les formes asymptomatiques était plus faible, atteignant 77,5 % d’efficacité un mois après la première dose, mais déclinant après.

La seconde étude a été menée en Israël sur 4 868 soignants, testés mensuellement au moyen d’un test sérologique sur une durée de six mois, afin de déterminer leur taux d’anticorps neutralisants dans le sang. L’étude montre que ce taux diminue rapidement au bout de trois mois, mais qu’il reste ensuite relativement stable jusqu’au sixième mois. Des différences notables ont cependant été identifiées entre les individus. Ainsi, les personnes âgées avaient un taux d’anticorps plus faible que les plus jeunes, et les hommes un taux plus faible que les femmes. De manière générale, les personnes immunodéprimées étaient également plus susceptibles de présenter des taux réduits d’anticorps. À noter encore une fois que la diminution des anticorps dans le sang ne signifiait pas absence d’immunité. Les auteurs de cette publication n’ont pas étudié ici les autres paramètres de la réponse immunitaire, comme les lymphocytes.

 

Un risque d’émergence de nouveaux variants

À ce jour, les données disponibles concordent donc pour montrer que si la réponse immunitaire diminue au cours du temps, les individus continuent à être partiellement immunisés. D’autres cellules que les anticorps neutralisants peuvent prendre le relais en cas de nouvelle rencontre avec le virus. Par ailleurs, les vaccins continuent à être efficaces pour lutter contre les formes graves de Covid-19 et les décès, jusqu’à six mois après avoir reçu un schéma vaccinal complet. Le risque d’être infecté existe néanmoins, surtout suite à l’émergence de variants plus contagieux, comme le variant delta.

Par principe de précaution, notamment pour protéger les personnes ayant un système immunitaire plus fragile (en particulier les personnes âgées et immunodéprimées), qui ont potentiellement développé une réponse immunitaire moins forte suite aux premières doses de vaccins, certains pays ont donc introduit le principe d’une dose de rappel.

Avant de généraliser cette pratique, de nombreux scientifiques estiment cependant que la priorité reste de rendre la vaccination accessible à toutes les populations, dans tous les pays. Ne pas le faire implique de prendre le risque de laisser le virus circuler activement dans certaines régions du monde, ce qui pourrait aboutir à l’émergence de nouveaux variants potentiellement résistants aux vaccins.

Efficacité de la 3e dose, vaccination contre le variant omicron : les premières données disponibles

 Une troisième dose de vaccin (dose de rappel ou ‘booster’) est privilégiée par les autorités sanitaires de nombreux pays pour compléter le schéma vaccinal des individus et lutter contre la reprise épidémique. Des données solides concernant l’efficacité de cette mesure sont désormais disponibles. Ainsi une large étude a été publiée le 8 décembre 2021 dans le New England Journal of Medicine portant sur plus de 850 000 personnes âgées de plus de 50 ans en Israël. La grande majorité (760 000 d’entre elles) avait reçu une troisième dose au moins cinq mois après leur deuxième dose. Les chercheurs se sont intéressés à l’efficacité de cette dose de rappel sur le risque de mortalité. Ils montrent que cette efficacité est de 90 % pour prévenir la mortalité liée au variant delta (65 décès dans le groupe ayant reçu la 3e dose vs 137 dans le groupe ne l’ayant pas reçu). Les facteurs de risque de mortalité étaient toujours l’âge ou le fait d’être atteint d’une pathologie affectant la réponse immunitaire. Ces données viennent confirmer que la dose booster renforce la qualité et l’intensité de la réponse immunitaire.

Face à l’émergence du variant omicron, la question de l’échappement immunitaire et de l’efficacité des vaccins disponibles s’est aussi très rapidement posée. Les premières données transmises par les laboratoires et issues de préprints, qui sont donc très préliminaires, suggèrent que les vaccins dont nous disposons seraient moins efficaces contre ce variant. Une perte du pouvoir neutralisant des anticorps induits par la vaccination est constatée face à omicron. Toutefois, la troisième dose de vaccin permettrait aux anticorps de regagner une capacité de neutralisation du virus plus importante. A long terme, adapter les vaccins au variant omicron est une stratégie envisagée.

Texte réalisé avec le soutien de Frédéric Altare, directeur de recherche Inserm au Centre de recherche en cancérologie et immunologie Nantes-Angers

Les vaccins à ARNm susceptibles de modifier notre génome, vraiment ?

 

Cette photo représente le coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la maladie COVID-19 observé en gros plan à la surface d’une cellule épithéliale respiratoire humaine. Sa double membrane et sa couronne de glycoprotéines sont bien visibles. © M.Rosa-Calatrava/O.Terrier/A.Pizzorno/E.Errazuriz-cerda

Les premiers vaccins autorisés contre la Covid-19 sont des « vaccins à acides nucléiques » qui reposent sur la technologie de l’ARN messager. Arrivés sur le marché en seulement un an, ces nouveaux vaccins, qui ouvrent des pistes pour la vaccination dans d’autres domaines de la médecine, ont aussi suscité des craintes et des questions au sein de la population.

Sur quoi se fonde cette technique ? Comment expliquer la rapidité de développement de ces vaccins ? Quels sont leurs avantages et leurs limites ? Pour couper court aux fausses infos et répondre aux interrogations, Canal Détox fait le tour de la question.

 

Le principe de la vaccination est simple : il consiste à injecter une forme atténuée ou inactivée d’un agent infectieux ou certains de ses composants dans l’organisme pour le préparer à un contact ultérieur avec un virus. La rencontre de l’organisme avec l’agent pathogène lors de la vaccination permet en effet de développer des cellules immunitaires « mémoires », capables de reconnaître à nouveau immédiatement cet agent si l’individu venait à y être exposé « naturellement ». L’objectif est de déclencher une réaction immunitaire permettant d’éviter une possible contamination dans le futur.

Rigoureusement testés pour valider leur efficacité et leur sûreté, les vaccins sont développés dans le but de protéger les personnes contre certaines maladies virales tout en leur évitant au maximum les effets indésirables liés à l’administration de ces produits.

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de décembre 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

Un « leurre » pour le système immunitaire

Le principe des vaccins à acides nucléiques (vaccins à ARN ou à ADN)[1] est un peu différent de celui expliqué précédemment, même si l’idée de base est bien également de confronter le système immunitaire à un « leurre » pour le pousser à développer des anticorps et des cellules immunitaires mémoires contre le virus.

Néanmoins, dans le cas de ces nouveaux vaccins, il s’agit de faire produire les fragments d’agents infectieux directement par les cellules de l’individu vacciné. Pour cela, ce n’est pas le virus dans sa forme atténuée qui est injecté mais seulement l’information, sous la forme de molécules d’ADN ou d’ARN, permettant de produire les antigènes (protéines) de l’agent pathogène.

Les cellules de la personne vaccinée localisées au niveau du site d’injection (principalement les cellules du système immunitaire) sont alors en mesure de fabriquer elles-mêmes lesdites protéines, choisies en amont pour leur capacité à déclencher une réponse immunitaire protective capable de neutraliser le virus.

Le candidat vaccin de Pfizer/BioNTech comme celui de Moderna sont des vaccins à ARN. Ils reposent sur l’injection d’un ARN messager codant la protéine Spike présente à la surface du coronavirus SARS-CoV-2 (qui constitue la « clé » permettant au virus de s’accrocher aux cellules puis d’y pénétrer et de les infecter).

Des avantages en période pandémique

Parmi les avantages associés aux vaccins à ARN, on compte notamment leur rapidité de développement. En effet, une grande partie du processus de développement et de manufacture des vaccins traditionnels se trouve éliminée. Il est par exemple possible d’éviter tout le travail de production des virus vivants atténués, inactivés ou recombinants à injecter aux patients ou encore de purification des protéines virales. En outre, les molécules d’ARN sont produites synthétiquement de manière très contrôlée et très rapide.

Par ailleurs, la vitesse de circulation du virus dans la population pendant la pandémie et les efforts fournis par les agences réglementaires pour raccourcir les délais lors des essais cliniques ont permis d’obtenir plus rapidement des résultats d’efficacité, contribuant à expliquer ce délai de mise au point extraordinairement court des vaccins anti-Covid.

Enfin, jamais les fonds attribués à ce type de recherche vaccinale n’avaient été aussi élevés, et ces financements ont donné à la communauté scientifique des moyens qu’ils n’avaient pas jusqu’alors pour mener des essais cliniques aussi rapidement et efficacement.

Au-delà de la rapidité de développement, les vaccins à ARN présentent un intérêt certain car il est très facile et rapide de les modifier et de les adapter pour d’autres maladies, ou pour des variants du SARS-CoV-2. Il suffit en effet de modifier la séquence génétique codée par l’ARN.

Cette nouvelle technologie vaccinale devrait désormais permettre de réagir plus vite en période pandémique et pourra facilement être adaptée lors de futures éventuelles épidémies.

Pas de risque pour notre matériel génétique

Il est néanmoins légitime que cette technologie vaccinale, du fait de sa relative nouveauté pour le grand public, suscite des questions. Il faut cependant déjà souligner que les vaccins à acides nucléiques sont étudiés depuis trente ans dans les laboratoires de recherche et que la technologie est bien connue et bien maîtrisée par les scientifiques. Si aucun vaccin de ce type n’était encore arrivé sur le marché jusqu’ici, des études précliniques et des essais cliniques de phases précoces avaient déjà été menés pour d’autres maladies, comme Zika, avec des résultats prometteurs. La plateforme vaccinale[2] était donc déjà développée, et prête à être adaptée au SARS-CoV-2 et déployée dans le cadre d’un essai clinique.

Des inquiétudes ont été soulevées concernant les effets secondaires à long terme encore mal documentés de ces vaccins. Il faut dans un premier temps souligner que les personnes qui ont été vaccinées dès le début des campagnes vaccinales ont été suivies de près par les médecins pour répertorier tout effet indésirable qui pouvait se produire.

Aujourd’hui la plupart des effets indésirables graves documentés concernent des allergies et des cas de myocardites qui peuvent être bien pris en charge par les médecins. Si pour le moment il n’y a pas de recul au-delà d’un an et demi, il faut aussi savoir que les effets secondaires des vaccins apparaissent généralement dans les semaines qui suivent l’injection, et qu’il n’y a pas à craindre le développement d’effets secondaires à plus long terme.

Par ailleurs, il est important de préciser que l’ARN injecté via le vaccin contre la Covid n’a aucun risque de transformer notre génome ou d’être transmis à notre descendance, dans la mesure où il pénètre dans le cytoplasme des cellules, mais pas dans le noyau. Cette donnée est confirmée par 30 ans de recherche plus générale en laboratoire sur les vaccins à acides nucléiques, qui confirment que les molécules d’ARN du vaccin ne se retrouvent jamais dans le noyau. Or, c’est dans ce noyau cellulaire que se situe notre matériel génétique. Même après l’injection du vaccin, lors de la division cellulaire, les noyaux continuent à ne contenir que notre ADN humain naturel.

Par ailleurs, l’injection est locale et les cellules qui reçoivent l’ARN codant la protéine Spike sont principalement des cellules immunitaires: en aucun cas l’ARN ne va jusqu’aux cellules des organes reproducteurs (les gonades). Il ne peut donc pas être transmis d’une génération à l’autre.

Enfin, l’ARN étranger injecté est instable et ne reste donc pas longtemps dans l’organisme : il produit juste ce qu’il faut de protéine Spike pour entraîner le système immunitaire à réagir en cas d’infection « naturelle » par le virus, avant d’être éliminé.

Texte rédigé avec le soutien de Frédéric Martinon, chercheur Inserm, U1184 IMMUNOLOGIE DES MALADIES VIRALES, AUTO-IMMUNES, HEMATOLOGIQUES ET BACTERIENNES (IMVA-HB)

[1] L’ADN et l’ARN sont des molécules présentes dans toutes les cellules des êtres vivants. Les molécules d’ADN sont porteuses du patrimoine génétique, situé à l’intérieur du noyau. Les molécules d’ARN sont synthétisées à partir de fragments d’ADN et sont ensuite utilisées comme patron par une machinerie complexe pour fabriquer, à l’extérieur du noyau, les protéines nécessaires au fonctionnement de l’organisme.

[2] Par plateforme vaccinale, on entend une stratégie particulière de production et de présentation d’un antigène (la protéine Spike dans le cas du SARS-CoV-2) au système immunitaire.

Être réinfecté par le SARS-CoV-2, vraiment ?

Microscopie électronique d’une cellule infectée par le SARS-CoV-2 (© Philippe Roingeard et Sébastien Eymieux, unité Inserm U1259, Morphogenèse et antigénicité du VIH et des virus des hépatites, Université de Tours, France)

 

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de décembre 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

La question de la réinfection par le SARS-CoV-2 s’est posée très tôt au cours de la pandémie. Dès l’automne 2020, plusieurs études de cas évaluées par les pairs et publiées dans des journaux scientifiques confirmaient qu’il était possible d’être réinfecté.

Toutefois, les données disponibles sur le sujet sont longtemps demeurées parcellaires et même, aujourd’hui, en l’état actuel des connaissances, la plupart des scientifiques s’accordent pour dire que le phénomène de réinfection demeure relativement rare.

Il apparaît néanmoins nécessaire de continuer les recherches sur cette thématique, et de manière plus générale sur l’immunité, afin de mieux la comprendre et d’appréhender les éventuelles caractéristiques immunologiques et génétiques communes qui pourraient exister entre les patients réinfectés. Pour y voir plus clair, Canal Détox fait le point sur ce que l’on sait et sur ce que l’on cherche encore à savoir au sujet des réinfections et de la réponse immunitaire après l’infection.

Premières pistes

Dès le printemps 2020, une étude publiée dans Nature Review Immunology menée sur des modèles animaux a montré qu’en réinfectant des primates non humains quelques temps après une première exposition au SARS-CoV-2, ceux-ci ne développaient aucun symptôme de la maladie. Par ailleurs, aucun signe de réplication du virus n’était observé dans des prélèvements nasopharyngés. Les conclusions de cette étude étaient donc prudemment optimistes, suggérant un certain degré d’immunisation contre le virus après une première infection.

À la même époque, des études décrivant les premiers cas de réinfection potentielle chez l’humain sont parues. Cependant, elles présentaient un certain nombre de limites. Par exemple, une étude publiée dans l’American Journal of Emergency Medicine documentait le cas d’un patient de 82 ans admis à l’hôpital en avril. Après 28 jours en soins intensifs, celui-ci avait pu réintégrer son domicile à l’issue de deux tests PCR négatifs. Dix jours plus tard, l’émergence de nouveaux symptômes l’obligeait à se diriger vers les services hospitaliers.

La réinfection n’avait cependant pas pu être confirmée, les chercheurs estimant que des traces du virus auraient pu subsister dans son organisme entre ses deux passages à l’hôpital et que les tests PCR auraient pu donner des résultats faux négatifs. D’autres publications ont fait état de situations similaires, sans parvenir non plus à montrer qu’il s’agissait de réinfection.

 

Réinfections confirmées

Une étude publiée dans Clinical Infectious Diseases a d’abord montré qu’un patient avait été infecté à deux reprises à 142 jours d’intervalles. Il était asymptomatique la deuxième fois. Ces résultats ont été rendus possibles grâce à l’analyse du génome viral contenu dans des prélèvements effectués lors de la première et de la seconde infection, et à leur comparaison avec les séquences de SARS-CoV-2 sur la plateforme GISAID[1]. Les chercheurs ont montré qu’il s’agissait de deux souches différentes et que la patient avait donc été infecté deux fois, par deux formes génétiques distinctes de SARS-CoV-2.

Des résultats similaires ont été publiés concernant d’autres études de cas où des patients étaient réinfectés par d’autres variants, mais aussi dans des études plus larges dans différents pays, confirmant que les réinfections sont possibles mais peu fréquentes, et qu’elles donnent rarement lieu à des formes sévères. Dans plusieurs cas, il a aussi été montré que le risque d’être réinfecté si l’on a déjà eu la Covid est moins élevé lorsque l’on est également vacciné.

Récemment, une large étude publiée dans NEJM et menée au Qatar s’est intéressée à 1304 cas de réinfections identifiés au sein d’une large base de données nationale. Parmi ces cas, ils ont notamment montré que 31 % étaient causés par le variant bêta, 4,4 % par le variant alpha. Par ailleurs, les chercheurs montrent encore que les réinfections aboutissent rarement à des symptômes sévères de la maladie. Dans cette étude, seuls 4 cas sur 1304 ont nécessité une hospitalisation, mais il n’y a eu aucun patient en réanimation et aucun décès.

 

Quelle immunité après l’infection ?

Si les personnes réinfectées souffrent peut-être d’un défaut de réponse immunitaire qu’il faut encore mettre en évidence, les données disponibles suggèrent donc qu’une forme d’immunité, même partielle, se met en place suite à un premier contact avec le virus. De nombreuses études ont ainsi été publiées permettant de mieux comprendre la réponse immunitaire montée par l’organisme après avoir été infecté par le SARS-CoV-2.

Plusieurs travaux soulignent ainsi que six à douze mois après l’infection, la plupart des anciens malades de la Covid-19 sont encore partiellement immunisés contre le virus.

Ainsi dans une étude publiée dans le journal Science, menée auprès de 200 patients convalescents, les scientifiques ont montré que 95 % d’entre eux présentaient encore une réponse immunitaire durable contre le virus dans les huit mois suivant l’infection. Les niveaux d’anticorps demeuraient stables, déclinant seulement légèrement six à huit mois après l’infection. La quantité de lymphocytes B spécifiques du virus augmentait quant à elle progressivement pour atteindre un pic six mois après infection, puis elle se stabilisait.

Enfin, les niveaux de lymphocytes T spécifiques du virus demeuraient aussi élevés. Six mois après l’infection, 92 % des individus présentaient des lymphocytes T CD4+ impliqués dans la coordination de la réponse immunitaire, tandis que la moitié d’entre eux présentaient des lymphocytes T CD8+, qui tuent les cellules infectées par le virus. La quantité de ces cellules variait beaucoup d’un individu à l’autre sans qu’aucun facteur explicatif (sexe ou âge des personnes par exemple) ne se détache particulièrement.

Ces données sont corroborées par des publications plus récentes dans le journal Nature, qui montrent que six à douze mois après infection, des patients convalescents présentent des niveaux d’anticorps stables mais également des lymphocytes B qui restent en mémoire au niveau de la moelle osseuse et peuvent réactiver la réponse immunitaire en cas de nouvelle infection.

Texte rédigé avec le soutien de Fréderic Altare, Directeur de Recherche Inserm

Directeur de l’Unité de Recherche Inserm « Immunologie et Nouveaux Concepts en Immunothérapie » (INCIT)

Vacciner les enfants pour lutter contre la pandémie de Covid-19, vraiment ?

enfant covid transmission

Plusieurs études ont été publiées sur la transmission en milieu scolaire. © Pixabay

 

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de novembre 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

 

Face à une nouvelle vague épidémique de Covid-19 en Europe, et alors que l’Agence européenne des médicaments a donné son feu vert à l’utilisation du vaccin de Pfizer pour les moins de 11 ans (et la HAS aux moins de 11 à risque de formes graves), la question récurrente de la vaccination des enfants est à nouveau au cœur des préoccupations et de l’actualité.

Quelles sont les données disponibles pour le moment concernant la vaccination et l’immunité des enfants face à la Covid-19 ? Pourquoi n’ont-ils pas été identifiés comme public prioritaire au début de la campagne vaccinale en janvier 2021 ? Et vacciner les enfants pourrait-il ralentir significativement l’épidémie ? Canal Détox se penche sur ces questions et coupe court aux fausses infos.

Pourquoi les enfants n’ont-ils pas été définis comme population prioritaire à la vaccination ?

Les études sur la réponse des enfants et des adolescents face aux candidats vaccins contre la Covid-19 et l’efficacité de ces derniers sur ces groupes d’âge sont moins nombreuses que celles sur les adultes. En effet, les essais qui ciblent les plus jeunes ont démarré plus tardivement. Pour comprendre pourquoi, il faut prendre la mesure de l’urgence imposée par la pandémie dans laquelle ces essais ont été menés.

Les essais cliniques sur les enfants sont plus longs à mettre en place : des autorisations particulières sont requises (article 32 du règlement – UE – n° 536/2014 du Parlement européen du 16 avril 2014) et il faut pouvoir montrer que le bénéfice apporté à la population pédiatrique est supérieur aux risques potentiels encourus.

Ce dernier point est ici central, car les enfants et les adolescents sont peu affectés par les formes graves de Covid-19 qui se retrouvent surtout chez les adultes et plus rarement chez des enfants souffrant de comorbidités et de déficits immunitaires (notamment avec une réponse interféron inadaptée[1]).

Par ailleurs, dans de très rares cas, des formes inflammatoires post-infectieuses ressemblant à la maladie de Kawasaki ont été relevées chez des enfants infectés par le virus. C’est une inflammation sévère qui se déclenche 4 à 6 semaines après l’infection, et pour deux tiers des cas, ce syndrome inflammatoire a atteint le cœur, entraînant des cas de myocardite. Là encore, il s’agit d’un phénomène peu fréquent : environ 700 cas de cette pathologie liée à l’infection (appelée PIMS ou MISC) ont été enregistrés en France (selon les données de Santé publique France au 21 octobre 2021). Dans la grande majorité des cas, l’infection par le SARS-CoV-2 donne lieu à des formes asymptomatiques (ou peu symptomatiques) chez les enfants.

Lors des premières vagues épidémiques, la priorité était de réduire la pression hospitalière et la mortalité. Cependant, le nombre de doses de vaccins disponibles était encore limité, ce qui explique pourquoi il avait été demandé de tester les candidats vaccins et de vacciner en priorité les personnes plus vulnérables au virus (les personnes âgées et/ou souffrant de certaines maladies).

Des données intéressantes sur les adolescents

Depuis quelques mois cependant, des données solides ont commencé à émerger sur la vaccination des adolescents. Elles sont jusqu’ici rassurantes à la fois sur le plan de l’efficacité et de la sûreté. En juillet 2021, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine par la société Pfizer, annonçait déjà une efficacité de près de 100 % de son vaccin chez les 12-15 ans dans un essai clinique de phase 3. Les participants avaient développé une réponse immunitaire très importante et le vaccin était bien toléré, avec seulement des effets secondaires mineurs de type douleur au site d’injection, maux de tête et fatigue. Les données issues de la vaccination en vie réelle semblent confirmer ces résultats.

Face à ces données encourageantes et suite au feu vert des autorités sanitaires, la vaccination a été ouverte aux adolescents de 12 à 17 ans dans de nombreux pays, et notamment en France depuis le mois de juin 2021.

Si des craintes concernant de potentiels effets secondaires graves ont été rapportées depuis, il faut souligner qu’ils sont loin d’être fréquents. De très rares cas de myocardites ont été documentés suite à la vaccination (dans un délai de 7 jours après l’injection), principalement chez des jeunes hommes de 12 à 29 ans.

En effet, comme l’indique une récente enquête de pharmacovigilance, le nombre de cas de myocardites serait de 11,5 sur 1 million pour le vaccin Pfizer-Biontech et de 36,2 sur 1 million pour le vaccin Moderna (raison pour laquelle la Haute Autorité de santé a préconisé d’utiliser plutôt le vaccin fabriqué par Pfizer-BioNTech chez les hommes de moins de 30 ans). De plus, ces myocardites chez les adolescents ont pour la plupart été modérées et ont parfaitement répondu aux traitements[2].

Renforcer la vaccination des adultes et des ados

Quand on se penche sur les chiffres, on constate que les adolescents constituent la tranche d’âge la moins vaccinée en France à l’heure actuelle. Ainsi, au 23 novembre 2021, seul 60 % des 12-17 ans étaient entièrement vaccinés, contre 74,9 % de la population globale (et 76 % des 18-24 ans ou encore 84 % des 64-74 ans).

Des différences très notables entre les régions sont par ailleurs à souligner. Ainsi, si 88,8 % des adolescents bretons sont vaccinés, cette proportion n’atteint par exemple « que » 70 % en région PACA ou 73 % en Ile-de-France.

Toujours avec l’objectif de continuer à protéger les populations contre les formes graves de Covid-19 et tenter d’atteindre un taux de vaccination suffisamment élevé pour se rapprocher d’une immunité collective[3], certains scientifiques estiment qu’avant de penser à vacciner les plus jeunes, il serait nécessaire de renforcer d’abord les efforts pour favoriser la vaccination des adolescents et des adultes, notamment dans les régions où la couverture vaccinale est la plus faible.

Et les jeunes enfants ?

Certains pays, comme les États-Unis ou Israël, ont cependant décidé d’ouvrir la vaccination aux enfants de 5 à 11 ans. Une étude parue en novembre 2021 dans NEJM portant sur 2 268 enfants (1 517 recevant le vaccin de Pfizer et 751 un placebo) a montré que la vaccination est sûre (pas d’effets secondaires graves rapportés) et efficace (seuls 3 enfants dans le groupe vacciné ont été infectés par le virus plus de 7 jours après la deuxième dose contre 16 dans le groupe placebo).

Il est néanmoins important de souligner que l’échantillon de participants considéré dans cet essai est relativement limité. Ces résultats devront donc être complétés par d’autres études plus larges ainsi que par des données obtenues en vie réelle.

Rappelons aussi que si les vaccins disponibles permettent de limiter les formes sévères de la maladie et les hospitalisations, ils ne sont que partiellement efficaces pour freiner la transmission du virus (surtout face au variant Delta plus contagieux). Il est donc nécessaire d’insister à nouveau sur l’importance des mesures barrières, en particulier dans les espaces publics peu aérés, et notamment en milieu scolaire, même lorsque la majorité des élèves sont vaccinés.

 

Texte rédigé avec le soutien de Frédéric Rieux-Laucat, directeur de recherche Inserm à l’Institut Imagine à Paris.

 

[1] Lorsque des cellules sont infectées par un virus, elles produisent des interférons (IFN), de puissantes molécules antivirales : c’est la réponse interféron (qui « interfère » avec la réplication du virus). Si elle est inadaptée, le virus peut se multiplier plus rapidement et la réponse immunitaire qui en découle peut devenir pathologique.

[2] Selon les données de pharmacovigilance françaises validées par l’ANSM du 27 décembre 2020 au 15 juillet 2021

[3] Avec le variant Delta, le R0 est estimé à 7 environ, et on sait que pour obtenir une protection collective le calcul de la population à vacciner est de 1-(1/R0) (soit environ 85 % pour un R0 à 7, et il faudrait 90 % de la population vaccinée si le R0 passe à 10).

Certains traitements antidépresseurs efficaces pour prévenir les formes sévères de Covid-19, vraiment ?

médicaments

©  Adobe Stock

 

Texte mis à jour le 10 décembre 2021 pour refléter les données disponibles les plus récentes.

Certains traitements antidépresseurs pourraient-ils être efficaces en cure courte (10 à 15 jours de traitement) pour prévenir les formes sévères de Covid-19 en cas d’infection ? C’est en tous cas la promesse rapportée dans la presse générale et scientifique ces derniers mois, notamment aux États-Unis. Mais sur quoi ces articles se fondent-ils ?

Plusieurs études publiées suggèrent que certaines molécules aux propriétés antidépressives connues, et notamment la fluoxétine (Prozac®) et la fluvoxamine (Floxyfral®), prescrites depuis 30 ans à des millions de patients dans le monde, pourraient s’avérer particulièrement bénéfiques dans la Covid. Pour faire le point sur les données disponibles à l’heure actuelle et sur les perspectives qu’elles ouvrent pour l’avenir, Canal Détox s’est penché sur le sujet.  

Depuis le début de la pandémie, de nombreuses équipes ont cherché à savoir si certaines molécules déjà autorisées pour le traitement d’autres maladies pouvaient également permettre de réduire les risques de formes graves, d’hospitalisation et de mortalité liés à la Covid. C’est ce qu’on appelle le « repositionnement thérapeutique ».

En France, l’équipe du Dr Nicolas Hoertel et du Pr Frédéric Limosin s’est intéressée à cette question dès le début de l’épidémie. Ils ont constaté que seule une infime minorité des patients âgés hospitalisés dans leur service de psychiatrie développait une forme symptomatique de Covid, même lorsqu’ils avaient été en contact avec des personnes positives. Cette observation a été confirmée récemment dans une large étude observationnelle menée chez 49 089 patients hospitalisés en Île-de-France, indiquant une faible proportion de patients ayant un trouble psychiatrique chez les personnes hospitalisées et une mortalité significativement plus faible que celle attendue du fait de leur âge et de leurs comorbidités.

Or nombre de ces patients souffrant de troubles psychiatriques sont traités par antidépresseurs. Les chercheurs ont alors fait l’hypothèse que certains traitements antidépresseurs pourraient possiblement prévenir l’aggravation de la Covid. Cette hypothèse semblait d’autant plus pertinente que de nombreux traitements antidépresseurs ont des propriétés anti-inflammatoires bien connues, ciblant notamment des marqueurs inflammatoires associés aux formes sévères de la Covid (IL-6, IL-10, TNF alpha…). Il est d’ailleurs intéressant de souligner que le tout premier antidépresseur identifié, l’iproniazide, est un médicament « repositionné » : il s’agissait initialement d’un traitement antibiotique antituberculeux.

Valider l’hypothèse

Afin de conforter cette hypothèse, l’équipe a mené une large étude observationnelle portant sur 7 230 patients hospitalisés en Île-de-France pendant la première vague de Covid. Celle-ci a montré une association significative entre la prise d’un traitement antidépresseur dans les 48 heures suivant l’admission à l’hôpital et un moindre risque de décès ou d’intubation.

Toutefois, les résultats suggéraient que cet effet n’était pas le même pour tous les antidépresseurs utilisés. Certains traitements tels que la fluoxétine étant plus fortement associés à la réduction de ce risque (réduction potentielle allant jusqu’à 74 %), tandis que d’autres antidépresseurs ne semblaient pas modifier ce risque, sans qu’il soit possible à ce stade d’expliquer pourquoi. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Molecular Psychiatry en février 2021.

D’autres travaux sont venus appuyer cette observation :

  • Une étude observationnelle menée en Espagne chez des patients hospitalisés pour Covid a retrouvé une association significative entre la prise d’un traitement antidépresseur et la réduction de la mortalité (réduction potentielle de 57 %) ;
  • Une large étude observationnelle publiée JAMA Network Open et menée aux Etats-Unis chez 83 584 patients diagnostiqués pour la Covid a également montré une réduction significative de la mortalité chez les patients ayant une prescription d’antidépresseur, réduction particulièrement forte chez les patients prenant de la fluoxétine ;
  • Enfin, plusieurs études suggèrent que plusieurs traitements antidépresseurs, et particulièrement la fluoxétine, inhiberaient fortement la réplication virale dans différents modèles cellulaires, y compris l’épithélium pulmonaire humain, et pour différents variants.

L’effet anti-céramide, mécanisme clé expliquant à la fois l’effet antiviral et anti-inflammatoire de ces molécules ?

D’autres travaux menés par des équipes de recherche des Universités de Duisburg-Essen et d’Erlangen-Nuremberg en Allemagne ont permis d’aller plus loin, notamment en ce qui concerne la compréhension des mécanismes biologiques sous-jacents. Les premières études (dans Cell Report Medicine et dans le Journal of Biological Chemistry) ont ainsi conclu que les traitements antidépresseurs observés comme potentiellement efficaces contre la Covid sont ceux qui inhibent la sphingomyélinase acide (ASM), une enzyme présente dans les cellules et qui permet la synthèse de céramides, un sous-type particulier de lipides, à la surface des cellules. Parmi les antidépresseurs inhibant le plus fortement cette enzyme figurent notamment la fluoxétine, la paroxétine et la fluvoxamine (cette dernière molécule est très peu prescrite en Europe et aux États-Unis).

L’inhibition de cette enzyme ASM a pour effet de réduire la quantité de céramides à la surface des cellules. Or, ces deux études suggèrent que les céramides sont capables de piéger et de regrouper les récepteurs ACE2 du virus[2] à la surface des cellules, dont elles augmentent fortement l’infection par le SARS-CoV-2. La rapide diminution des céramides suite au blocage de l’enzyme ASM par certains traitements antidépresseurs freinerait donc nettement l’entrée du virus dans les cellules et sa capacité à se répliquer.

En outre, plusieurs études publiées dans l’International Journal of Molecular Sciences et  Scientific Reports, indiquent que la quantité de céramides dans le sang est fortement associée au pronostic clinique des patients et à la sévérité de l’inflammation dans le sang. Cette observation est appuyée par des études observationnelles suggérant un effet bénéfique des médicaments réduisant les céramides sur la charge virale et le pronostic clinique.

L’ensemble de ces données suggèrent que les antidépresseurs inhibant l’ASM exercent un effet à la fois anti-viral et anti-inflammatoire au cours de la maladie.

Que disent les essais cliniques ?

Afin de prouver formellement l’efficacité d’un traitement, il est essentiel de réaliser des essais cliniques randomisés. Aux États-Unis, un premier essai clinique randomisé incluant 152 patients symptomatiques pris en charge en ambulatoire, et dont les résultats ont été publiés dans la revue JAMA, a montré que les participants ayant reçu de la fluvoxamine pendant 15 jours présentaient un risque significativement plus faible d’aggravation clinique ou d’hospitalisation que ceux prenant un placebo (0 cas d’aggravation dans le groupe traité versus 8,3 % (n=6) dans le bras placebo).

Ces résultats ont été confirmés dans un deuxième essai clinique dit « ouvert » portant sur 113 patients symptomatiques et pris en charge en ambulatoire (pas de placebo ni de randomisation cette fois, le traitement était donné selon le choix des patients). Résultat : aucun des patients traités par fluvoxamine prescrit pour une durée de 14 jours n’a été hospitalisé et ne présentait de symptômes résiduels au bout de 2 semaines, contre respectivement 12,5 % et 60 % des participants non traités.

Suite à ces résultats, une large étude canadienne, TOGETHER, a été menée au Brésil, dont les données ont été publiées dans la revue Lancet Global Health. Incluant 1 497 patients symptomatiques en ambulatoire, cette étude a retrouvé une réduction significative du risque d’hospitalisation ou d’observation prolongée aux urgences (réduction de 32 % dans l’analyse principale et de 66 % en ne considérant que les patients observants qui prenaient correctement et en continu le traitement ou le placebo). Pour ces patients observants, la mortalité était significativement réduite de 91 %. Le risque d’effets indésirables ne différait pas entre les deux groupes.

Enfin, les résultats d’un essai clinique ouvert mené chez 102 patients hospitalisés en réanimation pour une forme critique de Covid-19, publiés dans la revue British Journal of Clinical Pharmacology, indiquent que les patients débutant un traitement par fluvoxamine en réanimation en plus des soins usuels avaient un risque significativement réduit de 42% de décéder, comparativement à des patients présentant les même caractéristiques en termes d’âge, de sexe, de comorbidités, de sévérité et de statut vaccinal.

D’autres essais cliniques sont en cours (ACT-6, COVID-OUT, TOGETHER, etc.) ou sur le point de débuter dans différents pays (États-Unis, Brésil, et Inde notamment) testant soit la fluvoxamine soit la fluoxétine, seules ou en association avec d’autres traitements potentiels.

Ces données suggèrent que certains antidépresseurs inhibant l’ASM, notamment la fluvoxamine et la fluoxétine, pourraient être des traitements efficaces et bien tolérés de la Covid-19. Bien connus des médecins, mais aussi d’un faible coût et facilement disponibles partout dans le monde, ils permettraient un usage large, en particulier dans les pays ne disposant pas d’un accès aux vaccins et à des traitements potentiels coûteux. Il faut toutefois noter que comme tous médicaments, ces molécules peuvent parfois entraîner des effets secondaires, bien que le plus souvent mineurs (par exemple céphalées ou troubles digestifs). Ils nécessitent donc systématiquement une analyse de la balance bénéfice/risque individuelle et une surveillance par un professionnel de santé.

Enfin, les scientifiques insistent sur l’importance de continuer à approfondir nos connaissances sur l’effet de certains antidépresseurs sur les céramides. De fait, ce mécanisme d’action pourrait potentiellement ouvrir la voie à des innovations thérapeutiques dans d’autres pathologies, infectieuses et non infectieuses, et, peut-être, permettre de mieux comprendre comment les antidépresseurs agissent sur la dépression.

Texte rédigé avec le soutien du Dr Nicolas Hoertel a et du Pr Frédéric Limosin b

a Maître de conférences des universités-praticien hospitalier (MCU-PH) à l’Université de Paris, Inserm (unité 1266, Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris) et l’AP-HP (Hôpital Corentin-Celton)

Professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH) à l’Université de Paris, Inserm (unité 1266, Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris ) et l’AP-HP et directeur médical du DMU Psychiatrie et addictologie

Sources pour aller plus loin :

Németh ZK, Szûcs A, Vitrai J, Juhász D, Németh JP, Holló A. Fluoxetine use is associated with improved survival of patients with COVID-19 pneumonia: A retrospective case-control study. Ideggyogy Sz. 2021 Nov 30;74(11-12):389-396. English. doi: 10.18071/isz.74.0389. PMID: 34856085.

Hoertel N, Sánchez-Rico M, Gulbins E, Kornhuber J, Carpinteiro A, Lenze EJ, Reiersen AM, Abellán M, de la Muela P, Vernet R, Blanco C, Cougoule C, Beeker N, Neuraz A, Gorwood P, Alvarado JM, Meneton P, Limosin F; AP-HP / Université de Paris / INSERM COVID-19 research collaboration, AP-HP COVID CDR Initiative, “Entrepôt de Données de Santé” AP-HP Consortium. Association Between FIASMAs and Reduced Risk of Intubation or Death in Individuals Hospitalized for Severe COVID-19: An Observational Multicenter Study. Clin Pharmacol Ther. 2021 Dec;110(6):1498-1511. doi: 10.1002/cpt.2317. Epub 2021 Jul 2. PMID: 34050932; PMCID: PMC8239599.

La vaccination dangereuse pour les femmes enceintes, vraiment ?

Vaccination anti Covid

Vaccination Anti Covid © Photo by Mufid Majnun on Unsplash

Cet article a été mis à jour le 24/08/2021 suite à la publication de nouvelles données. 

Faut-il se faire vacciner lorsqu’on attend un enfant ? A en croire les discussions sur les forums et les réseaux sociaux, de nombreuses futures mères se posent la question et s’inquiètent d’éventuelles répercussions sur le déroulement de leur grossesse et sur la santé de l’enfant.

En France, depuis le mois d’avril 2021, les femmes enceintes peuvent accéder aux vaccins à ARNm (Pfizer et Moderna) à partir du 2ème trimestre de grossesse. Toutes n’ont cependant pas été convaincues par cette idée, arguant un manque de données sur le sujet. Il faut dire que, bien que sa position ait changé depuis, l’OMS déconseillait en janvier 2021 la vaccination aux femmes enceintes, exceptées pour celles qui étaient les plus à risque de développer des formes graves de Covid-19. Par ailleurs, comme pour tous les essais thérapeutiques, ces dernières étaient exclues des premiers essais par principe de précaution.

Alors comment les connaissances ont-elles évolué depuis ? Que sait-on aujourd’hui des bénéfices et des risques de la vaccination chez les femmes enceintes ? La vulnérabilité de ce public face à l’infection justifie-t-il de se faire vacciner ? Canal Détox se penche sur cette question importante.

 

Les femmes enceintes infectées par la Covid-19 risquent davantage de développer des complications

Une étude publiée dans le journal BJOG  en Novembre 2020 s’est appuyée sur les données de 675 femmes. Parmi les 71 participantes positives à la Covid-19 au moment de leur accouchement, 13% présentaient des complications post-partum courantes (fièvre, faible taux d’oxygène dans le sang…) nécessitant parfois une hospitalisation. Ce pourcentage était le même, que les femmes souffrent de formes symptomatiques ou asymptomatiques de l’infection. A titre de comparaison, cette proportion n’était que de 4,5% chez les participantes non infectées au moment de l’accouchement.

De plus, une récente étude internationale menée sur 2130 femmes enceintes souligne que le risque de décès pendant la grossesse et post-partum est 22 fois plus élevé chez les patientes ayant été infectées par le coronavirus, bien qu’il reste très bas dans l’absolu. Elle précise par ailleurs que ces risques augmentent lorsque la patiente présente des comorbidités (obésité, diabète, hypertension…). Cependant, dans cette étude, ces chiffres ne concernaient que les femmes ayant été diagnostiquées avec un test Covid positif au troisième trimestre. Ils ne sont donc pas représentatifs pour les femmes diagnostiquées plus tôt. Ce risque avait néanmoins déjà été souligné par une étude publiée en Août 2020 dans le BMJ et actualisée en mars 2021, qui montrait que les femmes enceintes ont plus de risque de développer des formes graves de la maladie et d’être admises en réanimation, en comparaison des femmes du même âge non enceintes.

Ces risques peuvent se répercuter sur la santé de l’enfant. D’après un article de synthèse publié en Février 2021, le risque d’une naissance prématurée pendant ou après l’infection se situe en moyenne entre 10 et 25% pour une femme enceinte positive à la Covid, et monte jusqu’à 60% si celle-ci contracte une forme sévère de la maladie. Il s’agit le plus souvent d’accouchements prématurés déclenchés artificiellement afin de pouvoir mieux soigner la mère.   Par ailleurs, en Novembre 2020 une étude internationale menée sur 2130 femmes enceintes a observé que les nourrissons des femmes positives à la Covid-19 avaient plus de risques de développer des complications nécessitant parfois une hospitalisation.

En revanche, les cas de transmission de la mère au fœtus pendant la grossesse à travers le placenta sont exceptionnels. Le plus souvent, il s’agit de contamination pendant l’accouchement ou juste après la naissance. En outre, aucune malformation liée au virus n’a été décrite.

 

Les femmes enceintes sont tout autant protégées par le vaccin que les autres femmes

Dans une étude publiée en Mars 2021 dans l’American Journal of Obstetric and Gynecology, les chercheurs ont évalué la réponse immunitaire des femmes enceintes à la suite de la vaccination, par rapport à celle de femmes vaccinées, mais non enceintes. Ils ont observé que les taux d’anticorps générés par le vaccin étaient similaires chez les deux types de patientes.

Les chercheurs ont ensuite comparé ces résultats avec ceux de patientes infectées par le SARS-CoV-2 mais non vaccinées : ils ont montré que le taux d’anticorps neutralisants le virus chez toutes les femmes (enceintes et non-enceintes) était plus élevé après la vaccination qu’après une infection « naturelle ». Il a également été observé que les anticorps issus de la vaccination passaient à travers le placenta, offrant potentiellement une protection au nouveau-né. Un phénomène que l’on retrouve aussi chez les femmes vaccinées contre la coqueluche ou la grippe au cours de la grossesse.

Ces résultats montrent que la vaccination permet à la future mère de développer une réponse immunitaire robuste contre la maladie, et que la grossesse n’est pas un obstacle à l’efficacité de cette protection.

Par ailleurs, une étude de cohorte publiée en juillet 2021 a comparé sur un an deux groupes de femmes enceintes (au 2ème et 3ème trimestre de grossesse) l’un vacciné, l’autre non. Les résultats confirment que la vaccination à ARN réduit significativement le risque d’infection, et aucun effet secondaire sévère n’a été observé.

Des effets secondaires très modérés après l’injection

D’après les données préliminaires analysées par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains sur des femmes enceintes vaccinées avec un vaccin ARNm entre décembre 2020 et février 2021, les effets secondaires les plus communs après l’injection (maux de têtes, fatigue, douleurs musculaires…) sont similaires à ceux rencontrés par les femmes qui ne sont pas enceintes.

Dans cette étude, parmi les enfants nés de femmes vaccinées contre la Covid-19, 9% étaient prématurés et 2% présentaient une anomalie congénitale. Ces résultats sont similaires chez les femmes non vaccinées, et il n’a pas été établi de lien entre ces complications et le vaccin. Il faut néanmoins préciser que, dans les données du CDC, les femmes de l’échantillon ont toutes été vaccinées au troisième trimestre de grossesse.

Une autre étude publiée dans NEJM en Avril 2021 confirme ces résultats, Elle souligne également que les complications de la grossesse (prématurité, fausses couches…) ne sont pas plus fréquentes chez les femmes vaccinées.

Dans tous les cas, avant toute vaccination, les professionnels de santé doivent informer les futures mères des données connues à ce jour afin de leur permettre de faire un choix éclairé. A noter que les chercheurs et les médecins recommandent aussi aux futures mères de se faire vacciner avant la conception, de façon à réduire le risque de contamination à la Covid-19 pendant la grossesse.

En conclusion, les données concernant les bénéfices et les risques de la vaccination pour les femmes enceintes et leur enfant à naître sont donc rassurantes à ce jour. L’OMS, ainsi que les sociétés savantes d’obstétrique et de gynécologie estiment que les bénéfices dépassent les risques potentiels. Elles recommandent aux femmes enceintes les plus susceptibles d’être exposées au virus, ainsi qu’à celles ayant des comorbidités, de se faire vacciner en priorité. De plus, il n’y aurait pas de contre-indications pour les femmes enceintes en bonne santé à se faire vacciner. En France, la DGS a d’ailleurs ouvert la vaccination à toutes les femmes enceintes, avec ou sans comorbidités. Enfin, aujourd’hui, aucun risque pour l’enfant n’a été détecté dans le cas d’une mère vaccinée souhaitant allaiter.

Pour consolider les données concernant femmes enceintes, l’ANSM (agence nationale de sécurité du médicament) a fait appel à des volontaires, enceintes et vaccinées contre la Covid-19, afin de réaliser une étude de cohorte. Ainsi, toutes les femmes majeures et enceintes au moment de la vaccination, quel que soit le stade de leur grossesse, peuvent participer à l’étude.

Texte rédigé avec le soutien du Professeur Olivier Picone (U 1137 – IAME Infection antimicrobiens, modélisation, évolution – Université Paris Diderot)

La Covid-19 affecte la fertilité, vraiment ?

© Aditya Romansa/Unsplash photos

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de juillet 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

À ce jour, il n’a pas été démontré que la Covid-19 affectait la fertilité des femmes d’un point de vue physiologique. Par exemple, selon des observations menées sur 237 femmes positives au SARS-CoV-2 et en âge de procréer en janvier 2021 (publiées sur la National Library of Medicine), aucune perturbation significative du cycle menstruel n’a été notée après l’infection.

Chez les hommes, un article publié dans la revue Fertility and Sterility en mars 2021 suggère que les éventuels troubles cardiovasculaires causés par le virus et leurs traitements chez certains pouvaient entraîner des troubles de l’érection et de l’éjaculation, de même qu’un passage en soins intensifs ou en réanimation. Cependant, il est possible que ces troubles soient liés au stress ou au syndrome infectieux en général mais pas au virus lui-même. De plus, il s’agit d’un article scientifique isolé et aucune autre étude n’a, jusqu’ici, corroboré ces observations.

Toutefois, cet article précisait aussi que le risque de naissances prématurées ou de fausses couches augmentait lorsque la mère ou le père avait été en soins intensifs à cause de la Covid-19 avant la conception du bébé, ou pendant la grossesse dans le cas des mères. Cette donnée a également été observée dans un autre article de synthèse publié en février 2021, qui montrait que le risque d’une naissance prématurée pendant ou après l’infection se situait en moyenne entre 10 et 25 % pour une femme enceinte infectée par le SARS-CoV-2, et allait jusqu’à 60 % si celle-ci contractait une forme sévère de la maladie. Il s’agit le plus souvent d’accouchements prématurés déclenchés artificiellement afin de pouvoir mieux soigner la mère.

La pandémie fait obstacle à l’accompagnement des futures mères pendant leur grossesse

En outre, des facteurs sociaux et psychologiques liés à la pandémie ont pu perturber la santé sexuelle de la population. Un rapport du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), repris par The Lancet en avril 2020, a montré que la priorité donnée à la Covid-19 perturbait les services de santé liés à la sexualité, la reproduction et la fertilité. Cela expose les femmes les moins favorisées à des difficultés pour accéder à la contraception, à l’avortement, et fait obstacle à l’accompagnement des futures mères dans leur grossesse. Quant au nombre de naissances, l’Institut national d’études statistiques a enregistré une baisse de 13 % entre janvier 2020 et 2021, attribuée à la pandémie et à un sentiment d’incertitude chez les couples concernant l’avenir, mais pas à une chute généralisée de la fertilité.

Concernant le lien entre vaccination anti-Covid et infertilité, les données sont peu nombreuses mais tout à fait rassurantes jusqu’à présent. Les équipes de recherche se sont notamment penchées sur l’impact des vaccins sur le succès des traitements de l’infertilité.

Une étude observationnelle[1] publiée en mai 2021 a par exemple évalué l’influence du vaccin anti-SARS-CoV-2 à ARNm sur le processus de fécondation in vitro (FIV). Les chercheurs ont étudié des couples qui passaient par cette procédure, avant et après l’injection du vaccin. Sur 36 couples qui avaient repris le processus de FIV entre 7 et 85 jours après avoir reçu le vaccin, aucune différence n’a été observée au niveau de l’activité ovarienne, ni aucune modification des caractéristiques des embryons.

Attendre quelques jours après le vaccin avant de commencer une FIV

La Société britannique de fertilité a recommandé en février 2021 que les personnes suivant un traitement contre l’infertilité (FIV, congélation des ovules, insémination intra-utérine), bien qu’elles puissent sans risque se faire vacciner en cours de traitement, prennent en compte les potentiels effets secondaires qui peuvent survenir quelques jours après l’injection (fièvre, fatigue…). Ainsi, il peut être plus judicieux d’attendre quelques jours après la vaccination pour commencer ou reprendre un traitement pour la fertilité, afin que les effets secondaires du vaccin ne soient pas attribués par erreurs aux effets du traitement. C’est pourquoi, il est également conseillé d’avoir reçu les deux doses de vaccin avant de commencer ou reprendre le traitement.

Par ailleurs, une étude publiée dans Jama Network datant de juin 2021 a analysé le sperme d’un petit échantillon de 45 hommes en bonne santé avant et après l’injection des deux doses du vaccin à ARNm contre la Covid. Aucune différence n’a été observée au sein du liquide séminal. Il n’est donc, à ce jour, pas contre-indiqué de se faire vacciner si l’on souhaite donner son sperme, de même qu’il n’y a pas de contre-indication pour les femmes souhaitant faire don de leurs ovules. Des études sur un échantillon plus large et avec un suivi sur le plus long terme seront nécessaires pour confirmer ces observations.

Des études sur modèles animaux apportent aussi quelques pistes pour évaluer l’impact des vaccins sur la santé reproductive. Ainsi, des données ont montré que le vaccin ARNm testé chez 44 souris femelles n’avait eu aucun effet sur leur performance reproductive, leur fertilité ou leurs paramètres ovariens et utérins en général. Le développement fœtal avant et après la naissance était également normal. Ces modèles animaux, bien qu’ils soient moins directement applicables à l’humain, permettent d’obtenir des données supplémentaires rassurantes sur les effets du vaccin ARNm.

Lire notre Canal Détox « La vaccination dangereuse pour les femmes enceintes, vraiment ? »

Il n’existe donc aujourd’hui aucune preuve ni théorie scientifique valide qui suggérerait que le vaccin contre la Covid présenterait un risque sur la fertilité des hommes et des femmes.

L’American Society for Reproductive Medicine a d’ailleurs déclaré que les vaccins ARN « ne causent pas un risque élevé d’infertilité, de fausse couche au premier et second trimestre ou d’anomalies congénitales ». L’agence américaine des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a également confirmé que « pour tous les vaccins, il n’y a pas de preuve suggérant qu’ils causent des problèmes de fertilité ». La balance bénéfice-risque concernant la santé reproductive est donc aujourd’hui en faveur du vaccin. Plusieurs essais cliniques sont à présent en cours pour continuer à évaluer son efficacité et ses effets secondaires sur la fertilité et la grossesse.

Le manque de données concernant les potentiels impacts de la vaccination sur la fertilité interroge aussi la réelle pertinence de ce questionnement. A ce jour,  il n’existe aucune donnée sur d’autres vaccins qui auraient un lien avec des troubles de la reproduction ni aucune hypothèse scientifique antérieure en faveur d’un lien entre ces deux points. La question scientifique semble peu pertinente comparativement aux autres problématiques de santé liée à l’infection par le SARS-CoV-2 lui-même, et explique le fait que la communauté scientifique ne se soit pas encore mobilisée pour traiter ce sujet en priorité.

[1] Une étude observationnelle est une étude dans laquelle le chercheur observe simplement le sujet sans contrôler aucune variable ni intervenir.

 

Texte rédigé avec le soutien du Professeur Olivier Picone (U 1137 – IAME Infection antimicrobiens, modélisation, évolution – Université Paris Diderot)

Variants « britannique », « indien », « sud-africain » : Un impact sur l’efficacité de la vaccination, vraiment ?

© Philippe Roingeard et Sébastien Eymieux, unité Inserm U1259, Morphogenèse et antigénicité du VIH et des virus des hépatites, Université de Tours, France

 

Depuis la fin de l’année 2020, le terme de variant est rapidement devenu courant dans les médias et dans le langage commun, alors que le variant dit « britannique » touchait très durement le Royaume-Uni, et se propageait rapidement dans le reste du monde.

Plus récemment, c’est le variant « indien » qui a fait la une de l’actualité. Que sait-on aujourd’hui de ces différents variants et de leur impact sur la trajectoire de la pandémie ? Pourquoi certains ont-ils été classés « variants d’inquiétude » (variant of concerns) par l’OMS ? Et peuvent-ils limiter le succès des campagnes de vaccination ? On fait le point dans notre nouveau Canal Détox.

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de mai 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

Tous les virus mutent

Rappelons d’abord ce qu’est un variant. Tous les virus mutent (surtout les virus à ARN comme le SARS-CoV-2). Après avoir infecté nos cellules, ils se multiplient en réalisant des copies d’eux-mêmes. Ce processus n’est pas parfait et les copies peuvent comporter des « erreurs » – les « mutations ». Le matériel génétique des copies virales, les fameux variants, diffère alors du matériel génétique du virus de départ (souche historique).

La grande majorité des mutations n’ont aucune conséquence, certaines ont même un effet négatif sur le virus. D’autres en revanche, par un phénomène de sélection naturelle peuvent augmenter la transmissibilité du virus ou la gravité de la maladie. C’est en quelque sorte, un réflexe de survie du « virus ». Si les mutations favorisent la circulation du virus (on dit que ces mutations sont sélectionnées positivement), elles entraînent alors l’implantation du nouveau variant, qui peut en quelques mois seulement devenir le variant dominant. C’est ce qui s’est passé avec le variant dit « britannique » (variant B. 1.1.7), qui représente aujourd’hui en France plus de 80 % des infections.

Depuis le début de la pandémie, le SARS-CoV-2 a déjà muté de nombreuses fois et il existe des milliers de lignages du virus. Cependant, toutes ces mutations n’ont pas eu d’impact majeur sur la sévérité de la maladie ou sur la dynamique épidémique.

Plus transmissible que la souche historique du SARS-CoV-2  (de 43 à 90 % selon différents modèles mathématiques récents publiés   dans le journal Science sur la base de données publiées au Royaume-Uni) le variant britannique est caractérisé par plusieurs mutations, dont certaines localisées sur la protéine Spike (qui constitue la clé d’entrée du virus dans nos cellules). Plusieurs études ont suggéré qu’il n’était pas associé à un risque accru de mortalité (même si la transmissibilité accrue augmente mécaniquement le nombre de cas et donc le nombre de personnes hospitalisées), mais de récentes données au Royaume-Uni sont venues nuancer ce résultat.

Ce variant semble toutefois être neutralisé de manière efficace par la réponse immunitaire induite par la vaccination, écartant donc le risque de réinfection par ce variant pour les personnes ayant déjà rencontré la souche historique.

 

Le variant indien, source d’inquiétude ?

Le variant dit « indien », de son nom technique B.1.617 a d’abord été identifié en Inde en décembre 2020 et a récemment été classé variant d’inquiétude par l’OMS, le 12 mai 2021. Ce variant est en fait constitué de trois sous lignages différents : B.1.617.1, B.1.617.2 et B.1.617.3. Ceux-ci sont caractérisés par des mutations différentes mais ils partagent en commun la mutation L452R sur le domaine de liaison au récepteur d’entrée, au niveau de la protéine Spike.

Cette mutation L452R serait associée à un risque d’augmentation de la transmissibilité du virus (transmissibilité accrue de 18 à 24 % par rapport au virus historique) sans que pour le moment il n’y ait en Europe de signes d’accélération de la circulation de ce variant.

Elle est aussi associée à un possible échappement immunitaire (c’est-à-dire qui échappe à la réponse immunitaire induite par une précédente infection ou par un vaccin), selon des premières  données non encore publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture. Néanmoins, cet impact sur l’échappement immunitaire serait modeste.

Les travaux sont encore en cours pour en apprendre plus. Il apparaît pour le moment qu’en Inde, le nombre de cas a augmenté fortement surtout du fait de grands rassemblements politiques et religieux en fin d’année et d’une diminution des mesures barrières. Toutefois, la propagation du variant pourrait aussi avoir favorisé l’augmentation du nombre de cas.

S’il est encore difficile de se prononcer sur l’échappement immunitaire et l’efficacité des vaccins contre ce variant, puisqu’il n’y a pas encore de données disponibles dans le cadre d’essais cliniques ou dans la vie réelle, des travaux visant à estimer in vitro, en laboratoire, la quantité d’anticorps qui neutralisent le variant chez des personnes vaccinées ou convalescentes (ayant déjà été infectées) sont plutôt rassurants.

En effet, si une réduction de l’activité neutralisante des anticorps a été constatée in vitro contre ce variant, les chercheurs estiment qu’elle reste suffisante pour permettre de lutter contre le virus. Les vaccins conservent donc une efficacité contre le variant « indien », qui serait similaire à celle observée contre le variant « britannique ».

A lire : Un point très complet sur le variant indien rédigé par Thibault Fiolet, doctorant en santé publique à l’Université Paris-Saclay, UVSQ, Inserm, Gustave Roussy, Equipe Exposome Hérédité, CESP UMR1018.

 

Et les autres variants ?

Par ailleurs, les vaccins développés contre la Covid-19 sembleraient plus efficaces contre le variant « indien » que contre le variant dit « sud-africain » (variant B.1.351), qui a beaucoup inquiété la communauté scientifique en raison de données qui suggéraient une capacité à échapper à la réponse immunitaire.

Plusieurs travaux, dont une étude parue dans le New England Journal of Medicine, avaient en effet montré que le vaccin d’Astrazeneca/Université d’Oxford protégeait très mal de l’infection par le variant sud-africain et des formes modérées à sévères de la maladie. Toutefois, il est désormais démontré que les vaccins à ARNm conserveraient une très bonne efficacité, de 75 % selon une récente étude, contre l’infection avec le variant sud-africain.

Quant au variant dit « brésilien » (P.1) (qui circule peu en Europe mais a eu des conséquences particulièrement importantes en Amérique Latine), il serait également plus transmissible, mais bien neutralisé par tous les vaccins disponibles.

Un mot pour conclure : malgré certaines affirmations largement relayées sur les réseaux sociaux, les variants ne sont pas créés par les vaccins. Il suffit d’ailleurs de prendre l’exemple du variant britannique qui s’est propagé bien avant que la campagne de vaccination au Royaume-Uni ne commence.

A ce sujet, lire l’article rédigé avec nos partenaires Les Vérificateurs de TF1/LCI 

 

Variants d’inquiétude et variants d’intérêts

Les variants d’inquiétude et les variants d’intérêts sont étudiés de près par les autorités sanitaires et notamment par l’OMS. Les scientifiques cherchent notamment à savoir s’ils sont plus transmissibles, s’ils ont un impact sur la sévérité de la maladie ou encore s’ils échappent à la réponse immunitaire, avec un potentiel impact sur l’efficacité de la vaccination.

Les dernières informations sur ces variants et leurs impacts cliniques, datant du 24 mai 2021, sont disponibles sur le site : https://www.ecdc.europa.eu/en/covid-19/variants-concern

Texte rédigé avec le soutien de Sandrine Sarrazin, chercheuse Inserm au Centre d’Immunologie de Marseille – Luminy (CIML) 

Comment la crise sanitaire impacte-t-elle la santé mentale des enfants ?

 

Adobe Stock

Le 19 Novembre 2020, lors de son point presse hebdomadaire, Olivier Véran déclarait que « la santé mentale des français s’est significativement dégradée ». Parmi les français, 22% ont entre 0 et 19 ans selon les données de l’Ined.

Une épidémie comme celle de la Covid-19 chamboule le quotidien des enfants et des adolescents qui voient leurs habitudes perturbées d’une part par le confinement et la fermeture des écoles, d’autre part par le stress ainsi que les difficultés professionnelles et financières des adultes qui les encadrent. Si un grand nombre d’adultes consulte pour des raisons psychologiques depuis le début de l’épidémie, les enfants n’expriment pas toujours leur mal-être. Alors faut-il se fier aux discours portant sur une dégradation brutale de la santé mentale des enfants depuis le début de l’épidémie ? Et comment évaluer l’ampleur réelle de phénomènes psychologiques qui peuvent être parfois difficiles à quantifier ? Canal Détox se penche sur cette problématique importante.

 

Développement des troubles socio-émotionnels 

Les interactions sociales sont primordiales à tout âge pour le développement émotionnel de l’enfant.  En ce sens, l’isolement généré par les confinements successifs pourrait avoir des impacts à long terme sur le développement des plus jeunes, et ,notamment, entraîner des troubles socio-émotionnels (liés aux compétences socio-émotionnelles).

Les compétences socio-émotionnelles désignent les savoirs-être qui peuvent être acquis et enseignés dès l’enfance. Parmi elles, on trouve l’estime de soi, l’empathie, le respect de l’autre, la capacité à aider autrui…. Elles seraient garantes du bien-être individuel et social de l’individu.

Par ailleurs, la crise sanitaire peut être synonyme de maladie chez les proches de l’enfant, de stress et d’anxiété chez les parents, ou de difficultés financières au sein de la famille, susceptibles également d’influer sur leur état psychique.

Des chercheurs de l’Inserm et de l’Ined ont ainsi révélé que 13% des enfants de 8 à 9 ans ont été concernés par des troubles socio-émotionnels pendant le confinement. Par ailleurs, 22% d’entre eux ont rencontré des troubles du sommeil. Des données complétées par une étude récente menée cette fois-ci en Chine qui montre que les trois principaux symptômes qui se sont manifestés pendant l’épidémie chez les enfants  scolarisés dans le primaire et dans le secondaire étaient l’anxiété, la dépression et le stress. Là où ces troubles se manifestent chez l’adulte par de la négativité ou de l’apathie, cela se traduit chez l’enfant par de l’hyperactivité et un déficit de l’attention. Une étude sur la cohorte TEMPO mise en place par l’Inserm  a justement confirmé cette tendance, montrant que 24,7% des enfants issus d’un échantillon de 432 ménages présentaient des symptômes d’hyperactivité et d’inattention pendant le premier confinement.

Identifier les facteurs de risque

On peut néanmoins souligner qu’en 2018, 12,5% des enfants et adolescents étaient déjà en souffrance psychique en France, d’après le réseau européen des Défenseurs des enfants. Cela nous invite à relativiser la place de l’épidémie dans le développement des troubles socio-émotionnels. Il faut prendre en compte non seulement les comportements préexistants à l’épidémie, mais aussi la diversité des réactions individuelles.

Qu’est-ce qui fait qu’un enfant peut être davantage prédisposé à développer des troubles socio- émotionnels durant l’épidémie ?

Il existerait d’abord des prédispositions liées au genre. Des données suggèrent notamment que les garçons sont plus concernés par des troubles comportementaux comme l’hyperactivité, mais cela se traduit davantage chez les filles par des troubles du sommeil.

Ensuite, les enfants de familles monoparentales sont eux aussi plus susceptibles de connaître des niveaux élevés de troubles psychologiques. En effet, les enfants en situation de garde alternée vivent aussi bien le confinement que ceux dont les parents sont encore en ménage ; tandis que les enfants qui ne voient qu’un seul parent présentent davantage de troubles socio- émotionnels. Par ailleurs, contrairement à ce que l’on aurait tendance à croire, un enfant unique ne présente pas plus de difficultés qu’un enfant vivant dans une fratrie. On retient donc surtout l’importance du soutien des deux parents dans l’expérience du confinement et de l’épidémie.

Paradoxalement, les conditions de travail des parents (télétravail, hybride ou présentiel) ont peu d’impact sur la santé mentale de leurs enfants. C’est en réalité le milieu social qui va jouer un rôle déterminant. La qualité du sommeil des enfants était détériorée de plus de 50% dans les groupes socioéconomiques les moins favorisés, et l’étude s’appuyant sur la cohorte TEMPO confirme que les troubles socio-émotionnels se manifestent davantage lorsque les revenus de la famille sont en baisse. L’impact des faibles revenus sur la santé mentale des enfants avait déjà été établi avant l’épidémie : une étude publiée en 2013  avait en effet souligné que les enfants et adolescents issus de milieux familiaux aux faibles revenus étaient deux à trois fois plus susceptibles de développer des troubles de la santé mentale.

Enfin, la souffrance psychologique des parents est un facteur à ne pas négliger.  Dès l’âge de deux ans, les enfants sont sensibles aux changements de comportements des personnes qui les entourent. Lorsque ces changements sont inexpliqués, cela peut générer une forte anxiété. Il est donc nécessaire de repérer les parents en souffrance afin de les accompagner au mieux dans leur parentalité durant cette période.

Adolescents et jeunes adultes : un penchant pour les comportements addictifs ?

L’âge n’est pas en soi un facteur de risque, mais il influe sur la manière dont les troubles psychologiques se manifestent. D’un point de vue global, une autre étude en collaboration avec l’Inserm  estime que le niveau de stress psychologique est ressenti de façon beaucoup plus aigüe par les jeunes adultes.  Des données de recherche préliminaire collectées par de l’Université de Carleton (Canada) au cours de l’année 2020 ont  aussi observé chez les étudiants une augmentation de l’usage de cannabis, avec à un impact négatif sur les résultats scolaires.

Chez les jeunes adultes, le genre est encore un facteur à prendre en compte dans la manifestation de troubles psychologiques. Toujours selon les travaux de l’Université de Carleton, les femmes déclarent plus largement que les hommes souffrir de l’isolement social et d’une baisse de leur résultats scolaires.

L’épidémie et les confinements semblent avoir accentué les troubles socio-émotionnels chez les enfants. La question qui se pose aujourd’hui, et qui constitue l’enjeu de la recherche de demain, est de savoir si ceux-ci vont perdurer lorsque le contexte s’améliorera, et quel sera leur impact sur le long terme.

Comment parler avec les enfants pour les aider à surmonter cette période ?

A l’échelle intra familiale, il a été montré que discuter avec l’enfant sur des sujets graves tels que les conséquences de la maladie aurait un impact bénéfique sur son développement psychologique, non seulement au cours de l’épidémie mais aussi sur le long terme. En revanche, selon une étude pour The Lancet publiée en mars 2020,  le parent doit absolument prendre en compte l’âge de l’enfant lorsqu’il lui fournit des explications sur la maladie et ses conséquences. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre la minimisation du problème et un surplus d’informations anxiogènes.   

Texte rédigé avec le soutien de Maria Melchior, chercheuse Inserm à l’IPLESP.

Covid-19 : les écoles sont-elles un haut lieu de contamination ?

schools covid

De nombreuses études ont été publiées concernant la capacité des enfants à être infectés et leur contagiosité. Crédits : Adobe Stock

Les collèges et les lycées rouvrent leurs portes aujourd’hui, une semaine après les écoles primaires. Malgré un protocole sanitaire strict, les inquiétudes persistent concernant le risque de transmission du virus dans les établissements scolaires.

Depuis des mois, les scientifiques s’interrogent pour savoir si les écoles constituent des lieux de contamination importants, jouant un rôle décisif dans le maintien de la dynamique épidémique à un niveau élevé. Cette question va de pair avec celle du risque infectieux pour les enfants : les plus jeunes font en grande majorité des formes moins graves de la maladie, mais sont-ils vraiment moins susceptibles d’être infectés par le SARS-CoV-2 ? De nombreuses données ont été publiées sur le sujet. Afin d’y voir plus clair et de mieux appréhender l’état actuel des connaissances scientifiques, Canal Détox fait le point.

Cet article reflète l’état des connaissances scientifiques en date de mai 2021. Les connaissances scientifiques évoluant rapidement, il est possible que de nouvelles données viennent modifier une partie des conclusions mises en avant dans cet article.

Les enfants moins à risque ?

Depuis le début de la pandémie, de nombreuses études ont été publiées concernant la capacité des enfants à être infectés et leur contagiosité. Les recherches ont surtout porté sur les dynamiques de contamination dans les foyers familiaux, montrant que les enfants de moins de 10 ans sont environ 30 à 50 % moins susceptibles d’être infectés que les adultes. Ce n’est pas le cas des adolescents, qui ont le même risque d’être contaminés que les adultes. On peut par ailleurs ajouter que des études menées dans des familles ont néanmoins montré que les parents sont 3 à 4 fois plus nombreux à présenter des tests sérologiques positifs que leurs enfants.

Ces données sont toutefois à relativiser avec le fait que les enfants scolarisés ont en moyenne plus de contacts que les adultes. Même s’ils ont moins de risque d’être contaminés à chaque rencontre avec le virus, ils sont aussi plus à risque d’y être exposés plus souvent que les adultes.

Un point fait néanmoins consensus parmi les scientifiques : même lorsqu’ils sont contaminés les enfants développent le plus souvent des formes légères ou asymptomatiques de la maladie. Les cas sévères de Covid-19 chez les moins de 18 ans demeurent rares et se retrouvent surtout chez ceux souffrant de comorbidités et de déficits immunitaires (notamment avec une réponse intérféron inadaptée).

 

Transmission virale à l’école

Quelle est la contagiosité des enfants ? Cette question fait encore débat, mais reste difficile à trancher dans la mesure où très peu de données sont aujourd’hui disponibles concernant la charge virale des enfants.

Si l’on s’intéresse à la transmission virale dans les écoles, la majorité des études qui ont été réalisées sur le sujet datent pour la plupart de la fin de l’année 2020, les établissements scolaires ayant été fermés lors de la première vague. Les résultats demeurent contradictoires d’une étude à l’autre, mais il semblerait plutôt se dessiner que l’ouverture des établissements scolaires contribue à la diffusion du virus. Il est certain que même avec des règles et un protocole sanitaire stricte, il s’agit d’un lieu de brassage où il est difficile de limiter entièrement tous les contacts sociaux.

L’étude française Comcor montre par ailleurs que les parents d’enfants scolarisés à l’école maternelle ou dans le secondaire ont également un sur-risque d’être infecté (d’environ 30 %). En revanche, aucun surrisque n’a été démontré pour les parents d’enfants à l’école primaire.

Certaines mesures permettent cependant de diminuer les risques. Une très récente étude dans le journal Science portant sur la transmission dans les écoles aux Etats-Unis montre aussi que les parents vivant avec des enfants scolarisés en présentiel présentent un risque plus élevé d’être infectés, mais que certaines mesures barrières comme le dépistage de symptômes éventuels au quotidien, le port du masque pour les enseignants et l’arrêt des activités extra-scolaires contribuent à diminuer ce risque. Le risque pour les professeurs était plus important que s’ils faisaient cours en distanciel, mais pas plus élevé que d’autres professions travaillant au contact du public.

 

Un rôle pour les autotests ?

Afin de limiter les risques de transmission du virus dans les écoles, le ministère de de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports a élaboré un protocole sanitaire qui comprend notamment la fermeture de la classe dès le premier cas détecté.

Parmi les mesures mises en place depuis la rentrée du 26 avril, l’utilisation d’autotests et de tests salivaires à l’école (deux autotests par enseignant par semaine, un autotest hebdomadaire pour les lycéens à compter du 10 mai) afin de mieux repérer et d’isoler plus rapidement les cas positifs. La France n’est pas la seule à miser sur cette approche : les autotests sont également utilisés en milieu scolaire par plusieurs pays européens (au Royaume-Uni et en Allemagne notamment).

Une étude de modélisation publiée dans le dernier rapport du conseil scientifique montre que de tels dépistages réguliers ont une efficacité croissante dans la réduction de la taille de l’épidémie lorsque l’adhésion et la fréquence des tests augmentent.  Sur le cas d’étude d’une école primaire de 250 élèves, l’analyse montre qu’avec une adhésion élevée au dépistage, des tests une fois par semaine suffiraient à réduire considérablement (autour de 50%) le nombre de cas, avec une efficacité estimée être 3 fois supérieure à celle du protocole de fermeture de classe au premier cas détecté. Le nombre de jours en présence perdus en moyenne par élève seraient aussi largement réduit.

 

Les derniers chiffres de Santé Publique France sur la transmission en milieu scolaire

 Le dernier point épidémiologique, datant du 29 avril 2021, souligne que 226 265 personnes de moins de 18 ans ont été testées pour le SARS-CoV-2 lors de la semaine écoulée (vs 265 542 la semaine d’avant soit -15%). Un total de 29 683 nouveaux cas a été rapporté, en diminution (-9%) par rapport à la semaine précédente.

Les moins de 18 ans représentaient 15% de l’ensemble des nouveaux cas observés dans la population générale. Si l’on considère chaque classe d’âge dans le détail, les 0-2 ans représentent 4% des nouveaux cas parmi les moins de 18 ans, les 3-5 ans 7%, les 6-10 ans 29%, les 11-14 ans 30% et les 15-17 ans 29%.

 

Texte rédigé avec le soutien de Vittoria Colizza, épidémiologiste et directrice de recherche à l’Inserm.

Un test PCR positif après avoir été vacciné, vraiment ?

Vaccination © Inserm/Depardieu, Michel 

Le cas de personnes obtenant un résultat positif à un test PCR quelques jours après avoir été vaccinées a fait le tour des réseaux sociaux. Certains y voient une preuve que les vaccins disponibles pour lutter contre la Covid-19 ne sont pas efficaces. Mais est-ce si simple que cela ? Peut-on être infecté par le SARS-CoV-2 dans les jours qui suivent la vaccination ? Et à plus long terme ?

Notre nouveau Canal Détox fait le point en s’appuyant sur les données issues des essais cliniques vaccinaux et sur les connaissances acquises jusqu’ici sur le virus.

Prendre en compte le délai d’incubation

Lorsque l’on est infecté par le SARS-CoV-2, les symptômes éventuels n’apparaissent pas tout de suite. Le délai d’incubation médian est de 4 à 5 jours, pouvant aller dans les cas les plus extrêmes jusqu’à 14 jours. Dès le mois de mai 2020, une étude avait montré que plus de 90 % des personnes qui développent des symptômes le font dans les 11,5 jours qui suivent l’exposition au virus.

Il est donc théoriquement possible qu’une personne soit vaccinée relativement peu de temps après avoir été infectée par le virus sans le savoir, pendant la période d’incubation. Dans ce cas, il se peut qu’elle ne manifeste des signes cliniques de la maladie et qu’elle ne soit testée positive qu’après avoir reçu sa dose de vaccin (c’est ce qui s’est par exemple passé dans le cas de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot).Les vaccins ne peuvent en revanche pas entraîner de PCR positive, mais ils permettent d’activer le système immunitaire et de faire produire des anticorps dirigés contre le virus. Un test sérologique peut donc revenir positif suite à la vaccination (voir encadré ci-dessous).

Les tests RT-PCR sont les tests de référence pour le diagnostic de la phase aiguë de la Covid-19. Fondés sur des méthodes de biologie moléculaire, ils permettent de détecter la présence du SARS-CoV-2 dans l’organisme d’un individu à un instant T et donc de confirmer un diagnostic de Covid-19 posé par un médecin. Concrètement, des échantillons nasopharyngés sont recueillis chez les personnes qui présentent des symptômes de la maladie par le biais d’un écouvillon introduit dans la narine jusqu’au rhinopharynx. À l’heure actuelle, la période idéale pour détecter l’ARN viral est de 1 à 7 jours après l’apparition des symptômes. Ce sont ces tests qui permettent de dire que l’on est infecté par le SARS-CoV-2 à un temps T.

Les tests sérologiques quant à eux permettent de déterminer si une personne a été exposée au SARS-CoV-2, en identifiant la présence dans l’organisme d’anticorps ayant été produits suite à une infection. Un test positif ne signifie pas qu’une personne est infectée à l’heure actuelle, mais que son organisme a déjà rencontré le virus. Le test sérologique d’une personne vaccinée contre la Covid-19 peut être positif, révélant la présence d’anticorps contre le virus, dans la mesure où le vaccin est allé déclencher une réponse immunitaire.

Prendre en compte le temps nécessaire pour développer une protection

Les vaccins contre la Covid-19 aujourd’hui sur le marché sont caractérisés par une efficacité très élevée. Si l’on se penche notamment sur les deux vaccins à ARNm, les données des essais cliniques de phase 3 qui étaient disponibles en novembre 2020 faisaient état d’une efficacité de 94 % pour protéger les personnes d’une infection symptomatique pour le vaccin Moderna et de 95 % pour le vaccin Pfizer.

Il est également important de souligner la grande efficacité de ces vaccins pour prévenir les formes graves nécessitant une prise en charge hospitalière : dans les essais cliniques de phase 3 évaluant les vaccins Pfizer, Moderna ou AstraZeneca, il était exceptionnel qu’un patient présente une Covid-19 sévère après les deux doses de vaccin. Malgré la vaccination, un petit pourcentage d’individus peut être infecté par le virus SARS-CoV-2 sans présenter de symptômes (forme dite « asymptomatique ») ou avoir une Covid-19 bénigne.

Les études « en vie réelle » dans des pays où la vaccination a été massive (Israël, Royaume-Uni) montrent toutefois que la vaccination permet également de protéger contre les infections asymptomatiques, avec une efficacité variable entre les études mais généralement entre 80 et 95 %. Ces données sont très encourageantes pour espérer tarir l’épidémie.

Il est enfin nécessaire de noter qu’aucun vaccin n’atteint jamais une efficacité de 100 %. À titre de comparaison, le vaccin contre la grippe saisonnière prévient environ 60 % des infections chez les adultes en bonne santé âgés de 18 à 64 ans, et il atteint ce niveau d’efficacité environ 14 jours après la vaccination. La vaccination BCG présente quant à lui une efficacité de 75 à 85 % pour éviter de développer l’infection et prévenir les formes graves de la tuberculose chez les jeunes enfants.

 

Des cas très rares d’infection après une vaccination complète : les cas de « percée vaccinale »

Un très faible pourcentage de personnes complètement vaccinées développera la Covid-19 si elles sont exposées au virus qui le cause. C’est ce qu’on appelle « un cas de percée vaccinale » (vaccine breakthrough), définie comme une infection ≥ 14 jours après avoir terminé l’immunisation complète vaccinale. Cela s’explique par le fait que les vaccins ne sont pas efficaces à 100%.

Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC aux Etats-Unis) ont identifié au 20 Avril 2021, 7,157 cas d’infections au SRAS-CoV-2 chez plus de 87 millions de personnes entièrement vaccinées, soit 0,0082%. Il s’agit donc d’un risque très faible, même s’il est important de souligner que ces cas déclarés sont probablement sous-estimés puisque cela repose sur une surveillance passive et volontaire. Pour le moment, il n’y a pas de profils particuliers prédisposant à ces percées vaccinales, qui demeurent extrêmement rares. Il est recommandé de continuer de porter un masque, d’éviter les rassemblements et les espaces ventilés même quand on est complètement vacciné.

 

Enfin, à l’heure actuelle, le recul reste encore insuffisant pour savoir combien de temps dure la protection conférée par les vaccins contre la Covid-19. Une Correspondance dans le journal NEJM a constaté que chez 33 participants de l’essai de Phase I du vaccin de Moderna, une activité neutralisante contre le virus a été détectée 6 mois après la seconde dose. Le manque de données avec un temps de suivi plus long ne permet pas d’en savoir plus pour le moment.

Des études scientifiques se poursuivent afin d’en savoir plus sur ce sujet et de déterminer si une dose supplémentaire de vaccin sera nécessaire pour prévenir à plus long terme l’infection chez les personnes vaccinées, voire si une vaccination annuelle comme pour la grippe doit être envisagée. Les chercheurs étudient également de manière plus fine la réponse immunitaire des personnes vaccinées, afin de mieux la comprendre et de voir comment elle varie en fonction de l’âge ou du sexe de ces individus.

Texte rédigé avec le soutien de Nathan Peiffer-Smadja, chercheur dans le laboratoire IAME : infection, antimicrobiens, modélisation, évolution (unité 1137 Inserm/Université de Paris) et Thibault Fiolet, doctorant en santé publique à l’Université Paris-Saclay, UVSQ, Inserm, Gustave Roussy, Equipe Exposome Hérédité, CESP UMR1018.

fermer