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Mise au point de deux tests de diagnostic rapide de résistance aux antibiotiques

Deux tests de diagnostic rapide de multirésistance aux antibiotiques de spectre large viennent d’être mise au point par l’Unité Inserm 914 « Résistances émergentes aux antibiotiques » (hôpital de Bicêtre, Le Kremlin-Bicêtre) dirigée par le Pr Patrice Nordmann. Ces tests permettent en moins de 2 heures d’identifier certaines bactéries qui résistent aux antibiotiques les plus fréquentes et les plus importants en clinique.  Les bactéries cibles sont en particulier les entérobactéries (comme E. coli) responsables d’infections. Une utilisation à l’échelle mondiale de ces tests extrêmement performants (excellente sensibilité et spécificité) permettra une adaptation individuelle des traitements antibiotiques et un meilleur contrôle de la diffusion des résistances aux antibiotiques notamment en milieu hospitalier.

Ces travaux ont été publiés en septembre dans deux revues internationales : Emerging Infectious diseases  et  The Journal of Clinical Microbiology.

Ces tests diagnostiques vont permettre une identification rapide de certains bactéries résistantes aux antibiotiques et donc :

  • d’adapter au mieux les traitements pour les patients infectés
  • d’éviter l’usage inapproprié de certains antibiotiques et donc d’éviter l’usage trop fréquent de certains antibiotiques à spectre large
  • d’isoler les malades porteurs de ces bactéries résistantes pour éviter le développement d’épidémies hospitalières

Les bactéries semblent toujours plus nombreuses à émerger, responsables d’épidémies qui dépassent les frontières. Les chercheurs s’accordent sur le fait que ce n’est pas leur nombre qui est en cause mais bien leur résistance de plus en plus forte aux antibiotiques. La situation est particulièrement dramatique pour certaines espèces de bactéries, les bacilles à Gram négatif comme les entérobactéries[1].

Une situation inquiétante pour les infections banales comme pour les traitements plus lourds

Alors que certains antibiotiques comme les céphalosporines à large spectre et les carbapénèmes étaient réservés aux situations les plus graves, ils peuvent être désormais totalement inactifs à l’encontre de certaines souches bactériennes pour lesquelles il n’y a, par conséquent, plus d’antibiotique efficace. De ce fait, on voit déjà survenir des échecs thérapeutiques au cours de traitements d’infections de ville assez banales, comme des infections urinaires ou des infections intra-abdominales. Ces échecs menacent la vie des patients.

On estime à 25 000 le nombre de morts, chaque année, associé à des multirésistances aux antibiotiques en Europe.

© Fotolia

Le développement de ces résistances aux antibiotiques risque de surcroit  de compromettre tout un pan de la médecine actuelle qui nécessite l’usage d’antibiotiques efficaces (greffes, chirurgie lourde, réanimation…).

L’importation non détectée de souches multirésistantes en provenance de pays étrangers risque d’autre part d’accélérer considérablement la diffusion de ces phénomènes de multirésistances.

Deux tests ultra rapides : du rouge au jaune

Pour tenter de freiner ces résistances de plus en plus importantes, les chercheurs de l’Inserm ont mis au point un système de détection rapide des deux enzymes responsables  de la résistance des bactéries à deux classes d’antibiotiques très fréquentes : les céphalosporines de spectre large et les carbapénèmes.

Dans ces tests, la présence d’une enzyme signe la présence d’une bactérie résistante.

Ces tests (Carba NP test et ESBL NDP test) sont fondés sur les propriétés d’acidification générés par l’activité des enzymes (ß-lactamases et les carbapénèmases) en présence de l’antibiotique. Si l’une de ces enzymes est présente, le milieu s’acidifie et l’indicateur d’acidité (pH) vire de la couleur rouge à jaune

(Figure, le Carba NP test)

A l’heure actuelle, ces tests peuvent être réalisés à partir de bactéries isolées dans les urines lors d’une infection déclarée ou à partir des bactéries présentes dans les selles. Le résultat est obtenu en moins de 2 h (versus de 24 à 72 h actuellement avec d’autres techniques). Ces tests sont par ailleurs d’une extrême sensibilité et d’une haute fiabilité (100%. Ils sont totalement inoffensifs car réalisés sur les bactéries isolées des patients ou sur les produits biologiques (urines…).

Patrice Nordmann, directeur de recherche Inserm et principal auteur de ce travail précise qu’

« une évaluation de ces tests est en cours pour apprécier leur sensibilité directement à partir de sites infectés comme le sang ou les urines. »

L’invention de ces deux tests est une contribution importante à lutte contre l’émergence des résistances aux antibiotiques. Ces tests vont permettre, de façon simple et peu onéreuse une détection très rapide des résistances aux antibiotiques les plus importantes actuellement en médecine humaine et contribueront à en limiter leur diffusion internationale.

Pour Patrice Nordmann « On peut ainsi espérer, notamment dans de nombreux pays occidentaux n’étant pas encore en situation d’endémie pour ces multi résistances (France notamment) de réussir à préserver dans une certaine mesure l’efficacité des céphalosporines de spectre large et des carbapénèmes, antibiotiques dits de dernier recours.»

Appliqués au lit du malade ces tests permettront une optimisation de l’antibiothérapie et ceci en particulier dans les pays en voie de développement où les taux de résistance sont très élevés.

Ces tests ont fait l’objet de deux dépôts de brevets internationaux auprès d’Inserm Transfert.


[1] Les entérobactéries dont fait partie E. coli sont des hôtes habituels de l’intestin de l’homme. Du fait de la proximité des appareils urinaires et digestifs ; les infections urinaires et digestives à ces germes  sont les plus fréquentes.

 

Un traitement novateur pour régénérer les vaisseaux sanguins

Des équipes de l’AP-HP (Institut des vaisseaux et du sang, hôpital Lariboisière) et de l’Inserm (Unité Inserm 970 « Paris centre de recherche cardiovasculaire ») ont mis au point une stratégie de traitement novateur par autogreffe de cellules sanguines pour régénérer les vaisseaux et normaliser la circulation sanguine chez certains patients. Ces travaux, dirigés par le Pr Bernard Lévy, ont fait l’objet d’une publication dans la revue Diabetes le 1er octobre 2012*.

Les maladies cardiovasculaires ischémiques représentent un problème majeur de santé publique dans les pays développés. L’ischémie critique des membres inférieurs est une grave déficience de l’irrigation sanguine, donc de l’apport de sang oxygéné aux tissus des extrémités. Elle se manifeste, à ce niveau, par l’apparition d’ulcères et des gangrènes fréquentes, pouvant nécessiter des amputations multiples. Malgré les progrès réalisés dans la prévention des facteurs de risques et la prise en charge des complications, ces pathologies restent au premier plan de la morbidité et de la mortalité, en particulier chez les diabétiques.

Une majorité de patients atteints d’ischémie critique sont diabétiques, le plus souvent fumeurs. Au delà des traitements médicaux classiques et des techniques de chirurgie vasculaire (pontage, stents…),

les alternatives thérapeutiques sont rares et de nombreux patients n’ont plus de recours médical ni chirurgical.

Dans l’étude préclinique dirigée par le Pr Bernard Lévy, une nouvelle stratégie de thérapie cellulaire a été expérimentée chez des souris diabétiques, en procédant à l’injection par voie intraveineuse de cellules mononucléées (globules blancs, essentiellement monocytes et lymphocytes) isolées à partir du sang périphérique veineux de patients diabétiques.

L’équipe a dans un premier temps collecté les cellules du sang de patients diabétiques et les a stimulée in vitro par le complexe moléculaire éphrine B2-Fc, connu pour jouer un rôle majeur dans la formation des vaisseaux au cours du développement embryonnaire. Les cellules traitées ont ensuite été réinjectées par voie intraveineuse à des souris diabétiques, chez lesquelles une ischémie de la patte arrière a été induite.

Vaisseaux sanguins et globules rouges 

©fotolia

Cette stratégie originale a permis d’obtenir en deux semaines une régénération des vaisseaux et de restaurer l’irrigation sanguine de la patte de l’animal.

Le mécanisme principal mis en jeu repose sur la capacité des cellules sanguines traitées par l’éphrine à mobiliser et activer des cellules souches progénitrices de la moelle osseuse des souris receveuses.

Pour le Pr Bernard Lévy, « Les avantages escomptés de ce traitement sont multiples : une source de cellules d’accès facile, peu traumatique, une injection intraveineuse des cellules traitées, et la possibilité de renouveler le geste thérapeutique aussi souvent que nécessaire. En effet, la quantité de cellules prélevées en une seule fois chez le patient permettrait de réaliser une trentaine de greffes autologues. »

Ce procédé très novateur de régénération vasculaire, mis au point en collaboration avec l’unité Inserm 970 (PARCC), l’équipe du Pr Pierre-Jean Guillausseau (service de Médecine interne 2, hôpital Lariboisière, AP-HP) et celle du Pr Jean-Jacques Mourad (service de Médecine interne, hôpital Avicenne, AP-HP), fera l’objet prochainement d’un premier essai préclinique de phase I chez l’homme.

Fête de la science 2012 : Les organismes de recherche réunis pour l’événement

Pour l’édition 2012 de la Fête de la science, les principaux organismes publics de recherche proposent « Science au carré(e) », du 10 au 13 octobre sur la Place Carrée du Forum des Halles, à Paris. Cet événement grand public et gratuit vise à créer un lieu de rencontres et d’échanges avec les scientifiques sur plusieurs grandes thématiques de recherche : énergie, environnement, espace et santé.

Durant ces 4 jours, plus de 80 chercheurs de 9 organismes publics – le CEA, le CNES, le CNRS, l’Ifremer, l’Inserm, IFPEN, l’IRD, Irstea et Météo-France – prendront part à une série d’animations et de rencontres avec le grand public :

Découverte d’objets scientifiques

Chaque jour une trentaine d’objets mystère seront présentés sur la scène centrale montée pour cet événement. En quelques minutes, l’objet sera décrit par un scientifique qui précisera son lien avec ses recherches. Le public pourra approfondir le sujet par des rencontres directes avec les chercheurs.
Les scientifiques interviendront sur la Place Carrée du Forum des Halles le Mercredi et le Samedi de 14h à 17h, le Jeudi et le Vendredi de 12 h à 14 h et de 17 h à 19 h.

Des animations variées

Tout au long de l’événement, des films, des quiz et de nombreux autres jeux seront également proposés. Une exposition de photos scientifiques, spectaculaires ou intrigantes, sera présentée place Carrée et dans la rue du Cinéma (jusqu’au 15 novembre 2012).

#SciO2 : prolongez l’expérience sur les réseaux sociaux !

Durant toute l’opération, un dispositif numérique dédié est mis en place avec Knowtex: micro-blogging Twitter, dessin sur iPad, témoignages sonores, quizz … permettront à tous de participer à «Sciences au Carré(e)».Au carrefour de la science, du design de la technologie et de l’innovation, la communauté Knowtex fait interagir journalistes, artistes, médiateurs, designers, blogueurs et chercheurs.
A suivre en direct sur Twitter #SciO2 et sur Knowtex

Attirer les jeunes vers la science

Des rencontres de type « speed dating » seront également organisées à l’attention des collégiens et des lycéens à proximité immédiate du Forum des Halles. Chercheurs, ingénieurs et techniciens leur présenteront les métiers de la recherche, leurs cursus et leur quotidien, avec pour objectif de démystifier les métiers de la science et de promouvoir la diversité des parcours professionnels.

Un dispositif qui réduit la carcinogénèse et détermine la réponse thérapeutique des cancers

Contrairement aux idées reçues, le cancer n’est pas simplement une maladie cellulaire dans laquelle une série de mutations oncogéniques mène à la prolifération sans freins. Pour qu’une lésion initiale se transforme en tumeur déclarée, les cellules cancéreuses doivent échapper au contrôle du système immunitaire, comme le souligne une étude récente publiée dans Science. Guido Kroemer, Professeur Universitaire et Praticien Hospitalier à l’Université Paris Descartes – Hôpital Européen Georges Pompidou (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris), et son équipe « Apoptose, cancers et immunité » (Institut Gustave Roussy, Centre de Recherche des Cordeliers, Inserm, Universités Paris-Sud et Paris Descartes) ont démontré que le système immunitaire a la capacité de détecter une aberration génétique qui accompagne fréquemment l’oncogénèse initiale. Il s’agit de la tétraploïdisation, c’est-à-dire de la duplication du génome menant à la formation de cellules possédant le double de chromosomes que les cellules normales, dans un noyau excessivement grand. Les cellules tétraploïdes peuvent perdre des chromosomes pendant les divisions cellulaires successives, divisions qui, souvent, ne sont pas bipolaires et symétriques mais multipolaires et asymétriques. Elles permettent donc une distribution aléatoire des chromosomes de la cellule mère vers les cellules filles, ce qui peut donner lieu à des cellules de plus en plus malignes. La tétraploïdisation est donc l’un des moteurs de l’hétérogénéité morphologique et génétique des cancers.

L’équipe du Pr Guido Kroemer a montré que les défenses immunitaires sont capables de reconnaître et détruire les cellules tétraploïdes, évitant aux cellules précurseures du cancer de reprendre l’ascendant sur le patient. Les cellules tumorales tétraploïdes inoculées chez la souris ne forment pas de tumeur dans le contexte d’un système immunitaire fonctionnel. Elles sont donc soumises à une sélection Darwinienne permettant seulement la survie des cellules qui ressemblent le plus aux cellules normales au niveau de leur contenu chromosomique. Les tumeurs spontanées se développant suite à l’exposition aux carcinogènes ou à l’activation d’oncogènes se manifestent aussi plus vite chez les souris immunodéficientes, tout en exhibant un contenu chromosomique excessif. L’absence de contrôle immunitaire est donc favorable à la formation rapide de cancers montrant une hétérogénéité cellulaire accrue.

Les chercheurs coordonnés par Guido Kroemer ont découvert que la tétraploïdisation provoque le stress d’un des organites intracellulaires majeurs, le réticulum endoplasmique. Ce stress est étroitement lié à la survie des cellules tétraploïdes et peut être détecté avec des anticorps spécifiques. Le stress du réticulum endoplasmique change les propriétés de surface des cellules tétraploïdes permettant donc leur reconnaissance par le système immunitaire.

Ces résultats ont des implications cliniques, comme les chercheurs le montrent sur une série de patientes atteintes de cancer mammaire traité par chimiothérapie néo-adjuvante. Dans ce contexte, la réponse thérapeutique semble être dictée par la réponse immunitaire anticancéreuse déclenchée par le traitement. L’apparition de lymphocytes T cytotoxiques dans les cancers suite au premier cycle de chimiothérapie prédit une réponse favorable qui est associée à l’élimination préférentielle des cellules possédant des grands noyaux et montrant un stress du réticulum endoplasmique.

L’ensemble de ces résultats souligne l’importance de l’immuno-surveillance anti-cancéreuse dans le contrôle des précurseurs tumoraux de la rechute ou des métastases.

L’immunosurveillance réduit la carcinogénèse et détermine la réponse thérapeutique aux thérapies antitumorales aujourd’hui réalisées.

D Pissaloux/Inserm

Démence et consommation de benzodiazépines chez les plus de 65 ans

Les benzodiazépines sont prescrites dans le cadre de symptômes anxieux et de troubles du sommeil. Un travail collaboratif mené par des chercheurs de trois unités Inserm à Bordeaux rend compte aujourd’hui de l’association entre consommation de benzodiazépines et survenue d’une démence chez les plus de 65 ans. Les chercheurs ont analysé un échantillon de la cohorte PAQUID[1] regroupant des individus âgés de 78 ans en moyenne et suivis pendant 15 ans. Les résultats d’analyses croisées sur cette population montrent que les sujets consommant des benzodiazépines, pendant ce suivi, présentent environ 50% plus de risque de développer une démence comparés à ceux qui n’en ont jamais consommé. Bien que cette étude ne permette pas d’affirmer qu’il y ait un lien de cause à effet, comme c’est le cas pour toute étude épidémiologique, les chercheurs recommandent d’être plus vigilants sur l’utilisation de ces molécules, qui restent utiles pour traiter l’insomnie et l’anxiété, chez les personnes âgées.

Les résultats de cette étude sont disponibles en ligne sur le site de la revue British Medical Journal (BMJ) le 28 septembre 2012

En France, environ 30% des individus de plus de 65 ans consomment des benzodiazépines pour traiter les symptômes anxieux et les troubles du sommeil. La prescription de ces molécules est très étendue, surtout en France et dans de nombreux pays comme le Canada, l’Espagne ou l’Australie parmi cette population. On sait que la prescription de benzodiazépines est aussi souvent chronique, sur une période (souvent plusieurs années) dépassant largement la durée recommandée du traitement qui est de 2 à 4 semaines. Les effets des benzodiazépines sur la cognition ont fait l’objet de nombreux d’études aux résultats controversés.

Les chercheurs des unités Inserm 657 « Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de sante sur les populations », 897 « Centre de recherche Inserm épidémiologie et biostatistique » et 708 « Neuroépidémiologie », en collaboration avec l’Université de Bordeaux, viennent de publier, dans la revue British Medical Journal en ligne le 28 septembre 2012, les résultats d’analyses sophistiquées d’une cohorte de personnes âgées pour mieux connaitre la relation entre la consommation de benzodiazépines et le développement de démence.

Pour tenter de neutraliser les biais qui pouvaient limiter la portée des études antérieures, les chercheurs ont procédé à plusieurs analyses croisées à partir des données de la cohorte PAQUID incluant, entre 1987 et 1989, 3777 personnes.

Shéma benzo EN

 

Schéma : Design de l’étude pour les analyses de cohorte 

© Inserm / J.Hardy

L’étude principale a porté sur un échantillon de 1063 personnes issues de PAQUID, âgées de 78 ans en moyenne, sans symptômes de démence au début du suivi et qui n’avaient pas consommé de benzodiazépines avant la 5ème année du suivi (cf. Schéma ci-dessus). Sur les 1063 personnes, 95 ont consommé des benzodiazépines à partir de la 5ème année ce qui définit deux populations : les personnes « exposées aux benzodiazépines » et les « non exposées ». L’incidence de la démence observée chez les personnes exposées est de 4.8 personnes sur 100 par an, contre 3,2 personnes sur 100 par an pour les « non exposés ».

« L’analyse des cas de démence dans cette première population montre que les personnes ayant débuté un traitement lors du suivi après 5 ans, ont un risque accru de développer une démence, indique Tobias Kurth, directeur de recherche à l’Inserm. Nous avons souhaité vérifier la robustesse de ce résultat par deux analyses supplémentaires  » ajoute-t-il.

La 2ème analyse a consisté à créer 5 « petites » cohortes à partir de l’échantillon étudié précédemment. Les chercheurs ont montré que l’association benzodiazépine-démence est robuste même si la date du début du traitement varie (prise de benzodiazépines à partir de T5, T8, T10, T13, T15).

Pour compléter ces résultats, les chercheurs ont réalisé une étude cas-témoins sur 1633 individus présentant une démence (cas) et 1810 sans symptômes de démence (témoins), tous issus de l’effectif initial de PAQUID. Pour chaque temps T étudié, chaque cas a été comparé à un ou plusieurs témoin(s). Cette dernière analyse montre que la tendance observée dans l’étude principale est confirmée, quelle que soit la durée d’exposition antérieure (de 3 à 5 ans pour les utilisateurs récents à plus de 10 ans pour les utilisateurs ayant toujours pris des benzodiazépines pendant le suivi).

« D’après nos analyses, l’exposition aux benzodiazépines des personnes âgées de plus de 65 ans est associée à un risque accru de démence. Même si nous ne pouvons prouver qu’il existe un lien de cause à effet, nous constatons que les individus consommant des benzodiazépines présentent environ 50% plus de risque de développer une démence durant le suivi comparés à ceux qui n’en ont jamais consommé »

indique Bernard Bégaud, Directeur de l’unité Inserm 657 “Pharmaco épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de sante sur les populations”.

Bien que ces molécules soient utiles pour traiter l’insomnie et l’anxiété, les auteurs de l’étude indiquent que leur prise peut entrainer des effets indésirables, tels que des chutes. Avec ces nouvelles données confortant celles de 4 études antérieures, les chercheurs recommandent de « limiter les prescriptions à quelques semaines et de contrôler la bonne utilisation de ces molécules. Nous doutons qu’une durée d’utilisation de l’ordre de quelques semaines puisse avoir un effet délétère sur le risque de démence« , conclut Bernard Bégaud. Par ailleurs, des études supplémentaires permettraient également de savoir si on retrouve cette association chez les personnes âgées de moins de 65 ans.


[1] PAQUID (Personnes Agées QUID), cohorte débutée en 1988, auprès d’une population de sujets vivant à domicile dans deux départements du Sud-Ouest de la France, la Gironde et la Dordogne.
3777 sujets âgés de 65 ans et plus ont participé à l’étude.

Impact de l’exposition au chlordécone sur le développement des nourrissons

Dans un article publié dans la revue Environnemental Research, des chercheurs de l’Inserm (Unité Inserm 1085 – IRSET Institut de Recherche sur la santé, l’environnement et le travail, Rennes et Pointe à Pitre) en lien avec des chercheurs québécois, belges et américains ont cherché à savoir si l’exposition au chlordécone (un pesticide utilisé jusqu’en 1993 dans les plantations de bananes aux Antilles) avait un impact sur le développement cognitif, visuel et moteur de très jeunes enfants. 1042 femmes ont été suivies pendant et après leur grossesse et 153 nourrissons ont fait l’objet d’un suivi à l’âge de 7 mois. Les résultats de  cette étude montrent que l’exposition pré ou post-natale au chlordécone est associée à des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.

 ©fotolia

Le chlordécone est un pesticide utilisé pendant plus de 20 ans aux Antilles pour lutter contre le charançon du bananier. Sa large utilisation (interdite depuis 1993 dans les Antilles françaises) et son caractère persistant dans l’environnement, ont toutefois entraîné une pollution permanente des sols et une contamination de la population. Le chlordécone est aujourd’hui considéré comme perturbateur endocrinien, neurotoxique et classé cancérogène possible pour l’homme par l’OMS.

Pour évaluer l’impact sur la santé d’une exposition au chlordécone, l’équipe dirigée par Sylvaine Cordier à Rennes et Luc Multigner à Pointe à Pitre a mis en place, en Guadeloupe, une grande cohorte mère-enfant baptisée TIMOUN[1] (enfant en créole). L’objectif général de cette étude est d’évaluer l’impact sanitaire des expositions au chlordécone sur le déroulement de la grossesse et le développement pré et postnatal. Cette cohorte est constituée de 1042 femmes suivies avec leurs enfants depuis leur grossesse qui a eu lieu au cours de la période 2005-2007. Les chercheurs se sont particulièrement intéressés à l’impact de l’exposition prénatale et postnatale au chlordécone sur le développement cognitif, visuel et moteur du nourrisson à l’âge de 7 mois.

153 nourrissons, garçons et filles, ont fait l’objet d’un suivi à l’âge de 7 mois.

L’exposition postnatale au chlordécone, estimée par la consommation de denrées alimentaires contaminées, a été retrouvée associée à la limite de la signification statistique à une réduction de la vitesse d’acquisition de la mémoire visuelle et à une réduction de la préférence visuelle pour la nouveauté. Par contre, l’exposition postnatale au chlordécone par l’allaitement n’apparait associée à aucune modification du développement psychomoteur.

L’exposition prénatale au chlordécone a été retrouvée associée de manière significative avec une réduction du score de préférence visuelle pour la nouveauté[2] ainsi qu’à un faible score sur l’échelle de développement de la motricité fine[3].

L’exposition postnatale au chlordécone, estimée par la consommation de denrées alimentaires contaminées, a été retrouvée significativement associée à une réduction de la vitesse d’acquisition de la mémoire visuelle et, associée à la limite de la signification statistique à une réduction de la préférence visuelle pour la nouveauté. Par contre, l’exposition postnatale au chlordécone par l’allaitement n’apparait associée à aucune modification du développement psychomoteur.

En conclusion, l’exposition prénatale au chlordécone ou postnatale via la consommation alimentaire est associée à l’âge de 7 mois a des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.

Bien que ces observations basées sur des petits effectifs ne traduisent pas de troubles graves, elles sont néanmoins à rapprocher de certaines particularités décrites dans le passé chez des adultes exposés professionnellement au chlordécone et caractérisées par un appauvrissement de la mémoire à court terme et par la présence de tremblements d’intention.

Les chercheurs s’interrogent sur la possibilité que ces associations constatées chez les nourrissons à l’âge de 7 mois, puissent être prédictives de troubles permanents à un âge plus avancé. Pour Sylvaine Cordier et Luc Multigner, « seul le suivi des enfants au cours des années à venir permettra de répondre à ces interrogations ». Les enfants de la cohorte TIMOUN font l’objet actuellement d’un suivi à l’âge de 7 ans.


[1] L’étude TIMOUN est une recherche biomédicale menée conjointement par l’Unité 1085 de l’Inserm (anciennement U 625) et les Services de Gynécologie-Obstétrique (Dr Philippe Kadhel) et de Pédiatrie (Dr Henri Bataille) du CHU de Pointe à Pitre.

[2] Ce test consiste à déterminer la tendance du jeune enfant à regarder plus longuement un nouvel objet (préférence pour la nouveauté) qu’un objet vu précédemment et devenu familier.

[3] A 7 mois, les acquisitions au niveau de la motricité fine correspondent à la préhension des objets entre les doigts et la paume de la main (correspondant à la capacité d’emploi de petits muscles pour faire des mouvements précis afin d’atteindre, d’agripper et de manipuler de petits objet). On l’évalue par exemple en regardant si l’enfant est capable de saisir un cube.

Stress au travail et infarctus : un lien confirmé

Les dernières études sur lien entre la survenue d’accidents cardiovasculaires ischémiques et le stress au travail ont été confrontées à de nombreux biais (méthodologie employée, définition du « stress » au travail et nombre de cas étudiés) modifiant la valeur du risque obtenu. Pour en savoir plus, des chercheurs français de l’Inserm et de l’université Versailles Saint Quentin participent à un grand consortium européen appelé IPD-WORK Consortium, regroupant treize cohortes en population en Europe. Aujourd’hui, les chercheurs confirment, par une analyse à grande échelle sur près de 200 000 individus en Europe, l’association entre le stress au travail et la survenue d’accidents cardiovasculaires. Les personnes exposées au stress auraient un risque de 23% plus élevé que celles qui n’y sont pas exposées de faire un infarctus.

Les résultats publiés dans The Lancet  le 14 septembre 2012.

Ces dernières années, le rôle d’une série de facteurs psychologiques (la personnalité, la cognition, le stress) a été étudié dans la survenue de maladies cardiovasculaires. Le stress psychologique a été le facteur plus examiné, en particulier le stress au travail, combinaison d’une forte demande de travail avec peu de marges de manœuvre. Des études précédentes ont mis en exergue une association entre le stress au travail et un risque de survenue d’évènements coronariens multiplié par deux. D’autres travaux suggèrent un risque bien plus modeste. Pour améliorer les connaissances sur le sujet, le consortium européen IPD-WORK (Individual-Participant-Data Meta-analysis in Working Populations) a été initié en 2008.

13 cohortes à l’étude, près de 200 000 participants

Le consortium regroupe treize cohortes européennes, dont la cohorte française GAZEL constituée de près de 20 000 agents d’EDF-GDF suivie depuis 1989. Des chercheurs de l’Inserm, Marcel Goldberg, Archana Singh Manoux et Marie Zins de l’unité Inserm 1018  » Centre de recherche en épidémiologie et sante des populations » et de l’université Versailles Saint Quentin, ont contribué à la plus large analyse jamais conduite sur l’association entre le stress au travail et la survenue d’événements coronariens.

La particularité de cette grande analyse est qu’elle regroupe les données individuelles de 197 473 participants inclus dans les cohortes européennes, permettant aux chercheurs de mieux cerner l’association étudiée sur un grand nombre de cas.

Les cohortes étudiées, initiées de 1985 à 2006, sont celles de 7 pays: Belgique, Danemark, Finlande, France, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse.

La moyenne d’âge des participants est de 42.3 ans et la population étudiée présente autant de femmes que d’hommes. Le stress au travail a été évalué par des questionnaires portant sur les aspects psychosociaux liés au travail. Il s’agit par exemple d’analyser la demande, l’excès de travail des individus, les demandes conflictuelles auxquelles ils sont confrontés, le temps restreint pour accomplir les tâches qui leur sont confiées.

La proportion d’individus exposés au stress au travail variait entre 12.5% et 22.3% selon les précédentes études. Sur cette grande population, elle représente 15.3%.

En parallèle, sur les 200 000 individus, les chercheurs ont recensé 2358 événements coronariens, sur une période de 7 ans de suivi en moyenne.

Prévenir le stress au travail, un facteur non négligeable

En harmonisant les données,

« les résultats obtenus à partir des 13 cohortes européennes, révèlent que les individus exposés au stress au travail ont un risque de 23% plus élevé que ceux qui n’y sont pas exposés de faire un infarctus« 

, explique Marcel Goldberg, chercheur à l’Inserm et professeur à l’Université de Versailles Saint Quentin.

Quand on prend en compte des modes de vie, l’âge, le sexe, le statut socioéconomique et la répartition géographique des participants, les résultats sont pratiquement inchangés.

Si l’on étudie la population globale (stressée et non stressée), les chercheurs considèrent que le stress au travail est associé à une augmentation du risque relativement modeste de faire un infarctus, mais qui n’est pas négligeable : « Dans notre étude, 3.4% des infarctus recensés parmi les 200 000 individus sont attribuables au stress au travail. Sur les 100 à 120 000 infarctus survenant en France chaque année, cela correspondrait tout de même à environ 3 400 à 4 000 accidents imputables à ce facteur de risque », souligne Marcel Goldberg.

L’équipe de recherche européenne suggère de renforcer la prévention du stress au travail pour réduire ce risque existant. De telles mesures préventives pourraient avoir également un impact positif sur d’autres facteurs de risque, tels que le tabac et l’alcool dont la consommation est partiellement liée au stress selon des études récentes réalisées par ce même consortium.

La contraception en France : nouveau contexte, nouvelles pratiques ?

Quelles sont les méthodes de contraception utilisées aujourd’hui en France ? Les pratiques ont-elles évolué depuis 10 ans ? Nathalie Bajos, Aline Bohet, Mireille Le Guen et Caroline Moreau livrent ici les premiers résultats de l’enquête Fecond réalisée par l’Inserm et l’Ined.

© fotolia

En France, la pilule reste toujours le premier moyen contraceptif. En 2010, 50 % des femmes de 15-49 ans concernées par la contraception l’utilisent.

Toutefois, alors que la proportion d’utilisatrices n’avait cessé d’augmenter depuis la légalisation de la pilule en 1967, elle a légèrement diminué depuis le début des années 2000.

Cette baisse est compensée par l’adoption de nouvelles méthodes hormonales de contraception (implant, patch contraceptif et anneau vaginal) sauf chez les 20-24 ans et notamment les moins diplômées d’entre elles.

Le recours au stérilet (dispositif intra-utérin ou DIU) reste réservé aux femmes qui ont eu des enfants. La stérilisation contraceptive n’est toujours utilisée que par une minorité de femmes alors qu’elle a été légalisée en 2001 comme méthode contraceptive. Environ 3 % de femmes n’utilisent pas de contraception du tout alors qu’elles ne souhaitent pas être enceintes, cette situation étant plus fréquente chez les femmes confrontées à des difficultés financières, peu ou pas diplômées, ou vivant en milieu rural.

Figure 2 : Méthodes de contraception utilisées en France en 2010 selon l’âge des femmesPhotoCP web[credits]© Population & Sociétés

Le modèle contraceptif français a ainsi peu changé au cours de la dernière décennie, avec toujours un fort recours au préservatif en début de vie sexuelle, l’utilisation de la pilule dès que la vie sexuelle se régularise et le recours au stérilet quand les couples ont eu les enfants qu’ils désiraient.

Prochaines conférences « Santé en questions »

L’Inserm et Universcience1 proposent trois nouvelles conférences du cycle « Santé en Questions » aux mois de septembre, octobre et novembre 2012.

Mercredi 19 septembre de 19h à 20h30 :
Alzheimer : un vaccin prometteur pour conserver sa mémoire ?
Une conférence à l’occasion de la journée mondiale de la maladie d’Alzheimer qui se tiendra le 21 septembre
En duplex avec : Le Palais de la découverte, Paris

Troubles de la mémoire, difficultés pour parler, écrire, se déplacer ou dormir, la maladie d’Alzheimer est une pathologie neurodégénérative dont souffrent 850 000 personnes en France. Comment agir et améliorer la qualité de vie des patients et de leur famille ? La vaccination semble être la piste thérapeutique la plus prometteuse. Les malades pourront-ils conserver leur mémoire? A l’occasion de la de la maladie d’Alzheimer, l’Inserm, Universcience1 et le Pavillon des sciences, vous invitent à participer à ce moment d’échanges en présence de :

  • Philippe Amouyel, directeur de l’unité mixte de recherche (Inserm-Univ. Lille 2-IPL) 744″Santé publique et épidémiologie moléculaire des maladies liées au vieillissement, président de de la Fondation de coopération scientifique sur la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées
    rf.mresni@leyuoma.eppilihp
    03 20 87 73 16[break]
  • Luc Buée, directeur de l’équipe « Alzheimer & Tauopathies  » au sein de l’unité mixte de recherche 837 (Inserm/Univ. Lille-Nord de France, UDSL)  » Centre de recherche Jean Pierre Aubert »,  membre du comité opérationnel de  la Fondation Plan Alzheimer
    rf.mresni@eeub.cul
    03 20 29 88 66[break]

[break]Mercredi 17 octobre de 19h à 20h30
Gestion de la douleur : comment aider et traiter les patients ?

Une conférence à l’occasion de la journée mondiale contre la douleur
En duplex avec: Le Palais de la découverte,  Paris ; Numérica, Montbéliard

Aujourd’hui, les mécanismes en jeu dans la douleur physique sont mieux compris, ce qui ouvre la perspective de nouveaux traitements. Toutefois le caractère subjectif de la douleur, impliquant aussi la souffrance mentale, doit être pris en compte. Comment la recherche et le corps médical œuvrent-ils pour lutter contre la douleur du patient ? A l’occasion de la Journée mondiale de la douleur, l’Inserm, Universcience1 et l’association Gulliver, vous invitent à participer à ce moment d’échanges en présence de :

  • Martine Chauvin, présidente-fondatrice de l’Association Francophone pour Vaincre les Douleurs
    rf.fuen@dvfa-noitaicossa
    06 15 57 83 83 (association)
  • Calogéra Dovico, posturologue et ancienne directrice du centre anti-douleur de Belfort Montbéliard.
  • Jean-Claude Sagot, Ergonome, Directeur de Recherche en Ergonomie, Design et Ingénierie Mécanique Ergonomie, UTBM (Université de Technologie de Belfort-Montbéliard)
    rf.mbtu@togas.edualcnaeJ
    03 84 58 30 70

[break]Mercredi 21 novembre de 19h à 20h30
Enfants prématurés : vers une meilleure prise en charge ?
Une conférence à l’occasion de la journée internationale des prématurés

Chaque année en France, près de 10 000 enfants naissent grands prématurés. Ces enfants ont quatre fois plus de risques de développer un trouble moteur ou sensoriel ou un retard intellectuel que les enfants nés à terme. Quel est le rôle de la recherche dans la prise en charge des prématurés? La qualité des soins apportés pourra-t-elle améliorer le développement de l’enfant? A l’occasion de la Journée mondiale des prématurés, l’Inserm, Universcience1 et l’association Gulliver, vous invitent à participer à ce moment d’échanges en présence de :

  • Danièle Evain-brion, directrice de recherche Inserm, directrice de l’Unité Inserm 767 « Grossesse Normale et pathologie », directrice de la Fondation Premup
    rf.egnaro@noirbwmb
    01 44 07 39 91[break]
  •  Un représentant d’association[break]

[break]1 Etablissement public du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie.

Cancers de l’enfant – Nouvelle piste thérapeutique dans les tumeurs d’Ewing

Une équipe de l’Institut Curie et de l’Inserm dirigée par le Dr Olivier Delattre vient de découvrir une nouvelle cible thérapeutique pour les tumeurs d’Ewing, un cancer qui touche près de 100 enfants et adolescents en France chaque année. En effet dans Cancer Research du 29 août 2012, les chercheurs montrent qu’en inactivant la protéine PRKCB, ils empêchent la progression tumorale. Or des inhibiteurs de la PRKCB sont actuellement en cours de développement ; ils pourraient, à terme, faire partie de l’arsenal thérapeutique contre la tumeur d’Ewing.

Chaque année, en France près de 100 nouveaux cas de tumeur d’Ewing sont diagnostiqués chez l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte. Aujourd’hui, les formes localisées sont traitées, dans la majorité des cas, par une combinaison initiale de chimiothérapie et de chirurgie. Toutefois, au moment du diagnostic, un quart des jeunes patients sont déjà porteurs de métastases. Malgré les progrès déjà réalisés, la recherche de nouvelles thérapies pour les formes avancées est primordiale pour améliorer encore leur pronostic.

C’est l’une des préoccupations majeures de Franck Tirode, chargé de recherche Inserm à l’Institut Curie dans l’équipe du Dr Olivier Delattre (Unité génétique et biologie des cancers Inserm 830/Institut Curie). Partant de la découverte de l’anomalie chromosomique responsable de la tumeur, il a cherché à identifier les cibles en aval de cette altération. « C’est ainsi que nous avons découvert le rôle majeur de la protéine kinase PRKCB dans le développement de la tumeur d’Ewing. Cette dernière est cruciale pour la survie cellulaire in vitro et le développement tumoral in vivo. » explique Franck Tirode. D’ailleurs, la surexpression de PRKCB est présente dans toutes les tumeurs d’Ewing. C’est une véritable signature de ce cancer pédiatrique qui pourrait à terme devenir un marqueur diagnostique complémentaire de cette tumeur.

A l’instar de l’identification par cette même équipe de la protéine IGFBP3[1] qui a conduit à des essais cliniques ciblant la voie IGF1, l’identification de la PRKCB – surexprimée dans les tumeurs d’Ewing à un taux beaucoup plus élevé que dans d’autres tumeurs – laisse présager des possibilités thérapeutiques prometteuses. « En effet, la nature même de cette protéine en fait une cible idéale pour de nouvelles thérapies » ajoute le chercheur. Pour preuve, il existe déjà des inhibiteurs de la protéine PRKCB en cours d’essai clinique pour d’autres localisations tumorales chez l’adulte.

Toutefois, comme le conclut Franck Tirode, « le plus grand bénéfice en termes thérapeutiques viendra très certainement  de l’association d’un inhibiteur de la PRKCB avec d’autres molécules dirigées contre des cibles spécifiquement activées dans les tumeurs d’Ewing, telle que la voie IGF1. »

Pour en savoir plus sur les tumeurs d’Ewing

Avec près de 100 nouveaux cas par an en France, la tumeur d’Ewing est la deuxième tumeur maligne primitive de l’os, en termes de fréquence. Elle survient chez l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte (jusqu’à 30 ans), avec un pic de fréquence à la puberté entre 10 et 20 ans. Appelée aussi sarcome d’Ewing, cette tumeur se développe essentiellement dans les os du bassin, les côtes, les fémurs, les péronés et les tibias. C’est à l’Institut Curie qu’a été découverte en 1984, et caractérisée, en 1992, dans l’unité d’Olivier Delattre, l’anomalie chromosomique responsable de cette tumeur. Il s’agit d’une translocation qui se produit, dans 85 % des cas, entre les chromosomes 11 et 22 et aboutit à la synthèse d’une protéine anormale EWS-FLI1, et dans 10 % des cas, entre les chromosomes 22 et 21 et donne lieu à la synthèse d’une protéine anormale EWS-ERG. Il existe d’autres altérations, mais elles sont rares. La découverte de ces altérations génétiques a permis la mise au point, à l’Institut Curie en 1994, d’un test moléculaire diagnostic de la tumeur d’Ewing.

Aujourd’hui, les formes localisées sont traitées majoritairement par une combinaison initiale de chimiothérapie et de chirurgie. Une chimiothérapie postopératoire, et parfois une radiothérapie, complètent le traitement. Le pronostic de la tumeur d’Ewing a bénéficié de l’apport de nouvelles chimiothérapies.

L’Institut Curie est le centre de référence en France pour la prise en charge clinique et pour la recherche sur les tumeurs d’Ewing.

La protéine PRKCB, un marqueur de la tumeur d’Ewing

Le marquage brun sur ces deux coupes de prélèvement tumoral permet de mettre en évidence la présence de la protéine PRKCB. A gauche, il s’agit d’une tumeur desmoplastique à petite cellule ronde : dans ce cancer agressif des tissus mous, la PRKCB n’est pas exprimée. En revanche, à droite, dans une tumeur d’Ewing, la densité du marquage brun montre que la PRKCB est surexprimée, ce qui en fait un marqueur diagnostique complémentaire possible pour cette tumeur.

© AV. Decouvelaere / Centre Léon Bérard


[1] La protéine IGFBP-3 est désormais connue pour sa capacité à bloquer l’un des plus importants messagers cellulaires, le facteur de croissance IGF-1. IGFBP-3 est une cible thérapeutique pour bloquer la prolifération cellulaire anormale induite par IGF-1.

Une nouvelle molécule aux propriétés anticancéreuses et anti-métastatiques

Une nouvelle molécule aux propriétés anticancéreuses et anti-métastatiques vient d’être découverte par des équipes du CNRS, du CEA, de l’Institut Curie et de l’Inserm[1], en collaboration avec des chercheurs australiens et anglais. Cet anticancéreux agit sur les cellules résistantes aux chimiothérapies conventionnelles grâce à un mécanisme d’action entièrement nouveau. Celui-ci cible non seulement la multiplication des cellules mais également leur mobilité et empêcherait ainsi la formation de métastases. Publiés dans Cancer Research, les résultats obtenus in vitro et chez l’animal pourraient, à moyen terme, aboutir au développement de traitements anticancéreux alternatifs.

L’apparition de tumeurs résistantes limite considérablement l’efficacité des chimiothérapies conventionnelles. De plus, la dissémination des métastases est la cause la plus fréquente de décès des patients cancéreux. C’est pourquoi les chercheurs explorent diverses pistes thérapeutiques, notamment la mise au point de nouveaux médicaments actifs sur les cancers résistants et empêchant la formation de métastases.

Il aura fallu près d’une dizaine d’années pour qu’un groupe de biologistes et de chimistes du CNRS, du CEA, de l’Institut Curie et de l’Inserm aboutisse, en collaboration avec des scientifiques australiens et anglais, à la découverte et à la caractérisation d’une nouvelle molécule anticancéreuse et anti-métastatique. Pour y parvenir, les chercheurs ont utilisé une plateforme de criblage à haut débit robotisée :

près de 30 000 molécules ont été testées jusqu’à ce que l’une d’entre elles issue de la chimiothèque de l’Institut Curie présente l’activité attendue sur les cellules tumorales et qu’elle soit ainsi sélectionnée.

Appelée Liminib (ou Pyr1), cette nouvelle molécule a été identifiée comme un inhibiteur de la LIM Kinase (LIMK). Surexprimée dans les carcinomes[1] invasifs, la LIMK représente une cible thérapeutique pertinente qui suscite un vif intérêt pour de nombreux laboratoires. Cette kinase est connue pour réguler la dynamique du squelette interne de la cellule, constitué d’un réseau de fibres dont les filaments d’actine et les microtubules qui permettent aux cellules de se mouvoir et de se multiplier, deux propriétés activement utilisées par les cellules cancéreuses.

Liminib stabilise les microtubules.

©Lafanechère/CNRS Liminib stabilise les microtubules. Les microtubules sont des structures filamenteuses. Grâce à des anticorps spécifiques il est possible de les visualiser. Ainsi, dans une même cellule, on peut marquer les microtubules totaux en rouge et les microtubules stabilisés en vert. Contrairement aux cellules contrôles, on observe de nombreux microtubules verts, stabilisés, dans les cellules traitées par Liminib. La barre d’échelle (en blanc, photo en bas à droite) représente 10 µM.


Liminib est donc le premier inhibiteur de la LIMK découvert présentant des propriétés anticancéreuses. Cette molécule bloque la mobilité des cellules en désorganisant le cytosquelette d’actine et provoque également une stabilisation du réseau microtubulaire, empêchant ainsi les cellules de se multiplier, par un mécanisme différent de celui du Taxol®[2], un médicament anti-cancéreux largement utilisé. Les chercheurs montrent que Liminib est toxique sur plusieurs lignées cellulaires cancéreuses in vitro, y compris sur des lignées résistantes aux chimiothérapies. De plus, les résultats d’une étude préclinique « pilote » menée chez un modèle murin sont encourageants : ils révèlent non seulement une bonne efficacité mais aussi une bonne tolérance de cette nouvelle molécule. A moyen terme, ces travaux pourraient aboutir, dans un premier temps, au développement de traitements alternatifs pour les patients en impasse thérapeutique.


[1] Tumeurs cancéreuses épithéliales ou glandulaires.

[2] Les molécules de la famille du Taxol® (les taxanes) sont des médicaments couramment utilisés en chimiothérapie mais qui provoquent de nombreux effets indésirables et, souvent, une accoutumance des cellules traitées, diminuant ainsi son efficacité. Les taxanes agissent directement sur la tubuline, protéine constitutive des microtubules.


[1] Sont notamment impliqués dans ces travaux : le Centre de criblage pour Molécules Bio-Actives de l’institut iRTSV du CEA (CEA/CNRS/INSERM/Université Joseph Fourier, Grenoble), l’Institut Albert Bonniot (INSERM/Université Joseph Fourier), le laboratoire Conception, synthèse et vectorisation de biomolécules (CNRS/Institut Curie), le Centre de recherche en oncologie biologique et oncopharmacologie (Inserm/Université de la Méditerrannée) à Marseille, le Centre de recherche en cancérologie de Lyon (CNRS/Inserm/Université Claude Bernard-Lyon 1/Centre anticancéreux Léon Bérard), le laboratoire Bases moléculaires et structurales des systèmes infectieux (CNRS/Université Claude Bernard-Lyon 1).

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