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La consommation d’aliments moins bien classés au moyen du Nutri-Score associée à une mortalité accrue

Une nouvelle étude s’intéresse au lien entre qualité nutritionnelle des aliments et mortalité. © Adobe Stock

La consommation d’aliments moins bien classés par le score de qualité nutritionnelle qui sous-tend le logo Nutri-Score est associée à une mortalité accrue dans la cohorte européenne EPIC. Ces résultats, obtenus par des chercheurs de l’Inserm, de l’Inrae, du Cnam et de l’Université Sorbonne Paris Nord, en collaboration avec des chercheurs du Centre International de Recherche sur le Cancer (OMS/CIRC), valident l’intérêt du Nutri-Score dans le cadre de politiques de santé publique. L’étude est publiée le 17 septembre 2020 dans le British Medical Journal (BMJ).

S’il est aujourd’hui bien établi qu’une alimentation moins riche en sucres, graisses saturées, sel et calories et plus riche en fibres et fruits et légumes est plus favorable à la santé, contribuant notamment à prévenir le risque de maladies chroniques telles que le cancer ou les maladies cardiovasculaires, appliquer ces recommandations en pratique reste un défi important.

Dans ce contexte, le logo Nutri-Score a été développé pour aider les consommateurs à choisir des produits de meilleure qualité nutritionnelle dans les rayons, et pour encourager les industriels à améliorer la qualité nutritionnelle de leurs produits. Le Nutri-Score est un logo à 5 couleurs apposé en face avant des emballages. Il fournit une indication sur la qualité nutritionnelle des produits : de A-vert foncé-qualité nutritionnelle élevée à E-orange foncé-qualité nutritionnelle moindre. Les couleurs du Nutri-Score sont attribuées en fonction du score FSAm-NPS (Food Standards Agency nutrient profiling system, version modifiée), reflétant le profil nutritionnel des aliments à partir de leur composition (pour 100 g) en énergie, sucres, acides gras saturés, sodium, protéines, fibres et fruits et légumes.

De nombreuses études publiées dans des journaux scientifiques internationaux ont démontré la validité du score FSAm-NPS pour caractériser la qualité nutritionnelle des aliments ainsi que l’efficacité du Nutri-Score pour aider les consommateurs à choisir des produits de meilleure qualité nutritionnelle. En particulier, des liens entre la consommation d’aliments avec un score FSAm-NPS reflétant une qualité nutritionnelle plus élevée (mieux classés sur l’échelle du Nutri-Score) et une meilleure santé ont jusqu’ici été observés en France (cohortes SU.VI.MAX et NutriNet-Santé), au Royaume-Uni (Whitehall II et EPIC-Norfolk) et en Espagne (cohorte SUN).

La nouvelle étude publiée dans le BMJ et menée par l’équipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (EREN) au Centre de Recherche épidémiologie et statistiques – Université de Paris (Inserm/Inrae/Cnam/Université Sorbonne Paris Nord) visait à rechercher des associations entre le score FSAm-NPS des aliments consommés et la mortalité au sein d’une très large population répartie dans 10 pays européens. Elle fait suite à une étude publiée en 2018 dans la même population et portant sur le risque de cancer.

Au total, 501 594 participants de la cohorte EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) ont été inclus dans les analyses. Au cours du suivi entre 1992 et 2015, 53 112 participants sont décédés de causes non-accidentelles (y compris de cancer et de maladies des appareils circulatoires, respiratoires et digestifs).

Les chercheurs montrent que les participants qui consommaient en moyenne plus d’aliments avec un score FSAm-NPS plus élevé, reflétant une qualité nutritionnelle moindre (correspondant à des aliments moins bien classés par Nutri-Score), présentaient une mortalité accrue (mortalité totale et mortalité liée au cancer et aux maladies des appareils circulatoires, respiratoires et digestifs).

Ces résultats étaient significatifs après la prise en compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie.

Le Nutri-Score a été officiellement adopté en France en 2017 et depuis par différents pays européens (Belgique, Espagne, Allemagne, Pays-Bas, Suisse, Luxembourg). Toutefois, l’application de ce logo reste optionnelle du fait de la réglementation européenne sur l’étiquetage et repose ainsi sur la volonté des industriels de l’agroalimentaire. Si à ce jour, déjà plus de 350 entreprises et marques se sont engagées à mettre en place le Nutri-Score sur leurs produits, un point crucial reste la nécessité, dans un futur proche, d’une harmonisation au niveau européen pour que soit mis en place de manière obligatoire un seul logo efficace et utile pour les consommateurs. Cette harmonisation est prévue en 2022 dans le cadre de la stratégie Farm to Fork présentée en mai par la Commission Européenne.

« Dans ce contexte, nos résultats, combinés à l’ensemble des autres résultats disponibles sur le sujet, contribuent à montrer la capacité du score FSAm-NPS et du Nutri-Score à caractériser la qualité nutritionnelle des aliments mais aussi la pertinence de l’utilisation du score FSAm-NPS et du Nutri-Score dans le cadre de politiques de santé publique visant à orienter les consommateurs vers des aliments de meilleure qualité nutritionnelle, dans une optique de prévention des maladies chroniques », soulignent les chercheuses Inserm Mélanie Deschasaux et Mathilde Touvier, qui ont coordonné l’étude.

Prise en charge des formes sévères de Covid-19 : une méta-analyse incluant l’étude CAPE-COVID plaide en faveur de la corticothérapie

Coronavirus SARS-CoV-2 accrochés au niveau des cils de cellule épithéliale respiratoire humaine. © Manuel Rosa-Calatrava, Inserm ; Olivier Terrier, CNRS ; Andrés Pizzorno, Signia Therapeutics ; Elisabeth Errazuriz-Cerda  UCBL1 CIQLE. VirPath (Centre International de Recherche en Infectiologie U1111 Inserm – UMR 5308 CNRS – ENS Lyon – UCBL1). Colorisé par Noa Rosa C.

Identifier un traitement pour les formes sévères de Covid-19 et en particulier pour l’insuffisance respiratoire aiguë qui y est associée, s’avère une priorité pour améliorer la prise en charge et le pronostic vital des patients. Le repositionnement médicamenteux de corticoïdes est récemment apparu comme une piste thérapeutique à explorer. Des scientifiques de l’Inserm, du CHU de Tours et de l’AP-HP publient ce 2 septembre les résultats de l’étude CAPE-COVID dans le Journal of the American Medical Association, en parallèle de la publication dans cette même revue d’une méta-analyse coordonnée par l’OMS et l’Université de Bristol, regroupant 7 études (dont CAPE-COVID). Pris collectivement, les résultats de ces travaux montrent qu’un traitement par corticoïdes diminuerait de 21% le risque de mortalité des formes sévères de Covid-19.

Les formes sévères de Covid-19 peuvent amener les patients en réanimation, le plus souvent en raison d’une insuffisance respiratoire aiguë. Aucun médicament repositionné n’ayant jusqu’à récemment montré d’efficacité significative, le traitement ne reposait que sur différentes techniques d’oxygénation et de ventilation artificielle (on parle alors de « traitement symptomatique » ou de « soins standards »).

Le 17 juillet 2020, une équipe britannique a publié les résultats d’une partie de l’essai randomisé RECOVERY, montrant qu’un traitement par dexamethasone, un corticoïde de synthèse, diminuait d’environ 11% la mortalité à 4 semaines chez les patients hospitalisés pour une Covid-19, par rapport au traitement usuel. Ce bénéfice ne semblait observé que chez les patients recevant de l’oxygène, et était plus important chez les patients sous ventilation mécanique, dont la mortalité relative diminuait de près de 30%. Quand les premiers résultats de cette étude ont commencé à circuler, plusieurs essais thérapeutiques évaluant la corticothérapie dans les formes sévères de Covid-19 étaient en cours dans le monde. Suite aux résultats positifs de RECOVERY quant à l’efficacité de la corticothérapie, ces différents essais ont été interrompus. A l’initiative de l’Organisation Mondiale de la Santé, les résultats des sept essais randomisés les plus avancés (dont ceux des patients de RECOVERY sous ventilation mécanique) ont fait l’objet d’une méta-analyse, méthode statistique qui, en regroupant les patients de différentes études, permet d’augmenter la puissance statistique de ces dernières. Une telle analyse se justifiait dans le cas présent, pour pallier l’arrêt prématuré de 6 de ces études.

Parmi les 7 essais inclus dans ce travail, 3 font l’objet d’une publication simultanée dans le Journal of the American Medical Association, dont l’essai CAPE-COVID, un essai multicentrique français promu par le CHRU de Tours et dirigé par le Professeur Pierre-François DEQUIN, chef du service de médecine intensive – réanimation du CHU de Tours, au sein du Centre d’étude des pathologies respiratoires (Inserm/Université de Tours), avec le Pr Djillali Annane, chef du service de médecine intensive réanimation de l’hôpital Raymond-Poincaré, AP-HP, Université Paris-Saclay et en collaboration avec le réseau de recherche CRICS-TriGGERSep, coordonné par l’Inserm.

Dans ce travail, 149 patients inclus du 7 mars au 1er juin dans 9 centres français ont reçu en aveugle (les équipes en charge du patient ignoraient quel traitement lui était administré) soit de l’hydrocortisone, un corticoïde naturel, soit un placebo.

L’objectif était ici d’évaluer l’efficacité de l’hydrocortisone à 3 semaines après le début du traitement en comparant dans chaque groupe le nombre de patients pour lesquels il était nécessaire de poursuivre la ventilation mécanique ou toute autre technique d’oxygénothérapie propre à la réanimation, ainsi que le nombre de décès.


Les différences qui ont été observées entre les deux groupes dans cette étude sont trop faibles pour conclure au bénéfice de l’hydrocortisone sur la base de cette seule publication. En effet, si la mortalité relative à 3 semaines apparaissait diminuée de 46% l’effectif trop faible ne permettait pas de conclure que cette différence n’était pas due au hasard. L’étude a en effet été interrompue, avant d’avoir atteint les 290 patients initialement attendus. En revanche, cette étude a permis de constater que les infections secondaires nosocomiales, un risque redouté avec les corticoïdes lors d’une infection virale, n’étaient pas plus fréquentes sous hydrocortisone.

L’équipe du Pr Djillali Annane a également participé à l’étude internationale REMAP-CAP, coordonnée par l’Université de Pittsburgh, dont les résultats font aussi l’objet d’une publication dans le Journal of the American Medical Association. [1]

Les équipes du CHRU de Tours, de l’Inserm et de l’AP-HP ont également participé à la méta-analyse, coordonnée par l’OMS et effectuée par des chercheurs du National Institute for Health Research (NIHR, Institut national pour la recherche en santé) à l’Université de Bristol, publiée en parallèle dans le Journal of the American Medical Association et dont les résultats incluent CAPE-COVID, REMAP-CAP et RECOVERY. Cette étude a compilé les données de 1 703 patients provenant de 12 pays ayant reçu par tirage au sort, soit les soins standards, soit un placebo associé aux soins standards, soit un corticoïde (dexamethasone, hydrocortisone ou methylprednisolone).

Entre 3 et 4 semaines après le début du traitement, les patients traités par un corticoïde présentaient un risque relatif de mortalité inférieur à 21% par rapport aux patients recevant le seul traitement symptomatique ou le traitement symptomatique associé au placebo. De plus, aucun effet secondaire spécifique au traitement par corticoïdes n’a été mis en évidence.

« La publication de la méta-analyse confirme aujourd’hui le bénéfice des corticoïdes dans les formes sévères de COVID-19 », précise Pierre-François Dequin, « bénéfice qui n’avait jamais été montré dans une infection respiratoire et systémique due à un virus. C’est une étape thérapeutique importante qui a été franchie cet été, ajoute-t-il elle ne s’applique en revanche qu’à des patients hospitalisés pour une forme sévère : le bénéfice et surtout la sécurité des corticoïdes ne sont pas montrés dans d’autres formes. » Pour Djillali Annane, « c’est un tournant dans la lutte contre la pandémie. L’augmentation spectaculaire des chances de survie grâce au traitement par de faibles doses de corticoïdes est confirmé par sept études indépendantes dont les résultats sont aujourd’hui publiés dans 4 articles dans la prestigieuse revue JAMA. En réaction l’OMS recommande dans un article publié simultanément dans le British Medical Journal, le traitement par les corticoïdes des patients COVID 19 nécessitant un traitement par oxygène avec ou sans assistance ventilatoire ».

D’autres données sont attendues dans les mois à venir, notamment celles du suivi des patients à plus long terme. Par ailleurs, l’Inserm, à travers le Centre d’Etude des Pathologies Respiratoires, étudie actuellement des échantillons sanguins d’une partie de ces patients, pour mieux comprendre l’impact des corticoïdes sur les défenses immunitaires des patients atteints de Covid-19.

 

[1] Effect of Hydrocortisone on Mortality and Organ Support in Patients with Severe COVID-19
The REMAP-CAP COVID-19 Corticosteroid Domain Randomized Clinical Trial
Journal of the American Medical Association, doi:10.1001/jama.2020.17022

Punaises de lit : plus de 70 000 consultations en un an en France métropolitaine

© Priscilla Du Preez on Unsplash

Plus de 70 000 consultations en médecine générale en un an en France métropolitaine, selon l’étude PULI menée par le réseau Sentinelles (Inserm – Sorbonne Université).

En recrudescence dans le monde entier, les punaises de lit sévissent également en France. Afin d’objectiver leur retentissement sur la santé, la Direction générale de la santé a financé une étude du réseau Sentinelles, dont les premiers résultats viennent d’être publiés. Une série de recommandations, axées notamment sur la prévention seront étudiées.

D’après les résultats de l’étude du réseau sentinelles de l’Inserm, d’avril 2019 à mars 2020, environ 72 000 consultations auprès d’un médecin généraliste en France métropolitaine ont eu un motif lié aux punaises de lit, soit un taux d’incidence de 109 consultations pour 100 000 habitants. Les régions métropolitaines sont différemment touchées : l’incidence est la plus élevée en Auvergne-Rhône-Alpes et PACA (respectivement 216 et 145 consultations pour 100 000 habitants) et la plus basse en Pays de la Loire et Bourgogne-Franche-Comté (19 et 33 consultations pour 100 000 habitants).

Ces résultats, extrapolés suite à la collecte de données auprès de 214 médecins généralistes du réseau Sentinelles, permettent d’objectiver pour la première fois l’impact des punaises de lit sur la santé des Français. Parmi les motifs les plus fréquents de consultation, figurait la présence de lésions cutanées (98%), mais aussi la
dégradation de l’état de santé psychologique. Ainsi, 39% des patients ayant consulté souffraient d’insomnie et 39% estimaient que l’infestation avait eu un retentissement sur leur vie professionnelle, familiale ou sociale.

Cette étude confirme que les punaises de lit posent des questions de santé et qu’il convient de lutter contre elles et contre leurs conséquences sanitaires. En premier lieu, la DGS et la DGPR vont saisir l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) afin que celle -ci actualise les recommandations quant aux méthodes efficaces et durables de lutte contre les punaises de lit.

Enfin, il convient de rappeler que parmi les actions déjà mises en œuvre par le Gouvernement, le site stop punaises répond au numéro d’appel 0806 706 806.

 

En savoir plus sur les punaises de lit

Très répandues avant la Seconde guerre mondiale, les punaises de lit avaient presque disparu. Depuis quelques années, elles sont en recrudescence presque partout dans le monde, une extension favorisée par l’essor des voyages et du tourisme.
Les punaises de lit se nourrissent du sang humain, via une morsure, qui survient essentiellement la nuit. La morsure peut provoquer une réaction cutanée (rougeur, enflure) et, souvent, des démangeaisons. Le plus souvent, ces traces de piqûres sont alignées, une caractéristique qui doit faire penser aux punaises de lit. Le diagnostic se fait le plus souvent par visualisation d’une ou plusieurs punaises, de leurs déjections, notamment sur les rebords des matelas ou encore de traces de sang sur les draps, suite aux morsures.
A ce jour, rien ne laisse penser que les punaises de lit soient des vecteurs de maladies infectieuses. Une infestation peut cependant avoir des conséquences sur la santé. Outre les manifestations cutanées, un sommeil de moins bonne qualité, mais aussi du stress, lié notamment à la difficulté, financière et pratique, de s’en débarrasser sont observées.

Quelques conseils pour prévenir l’invasion

Il existe des gestes et des précautions simples pour limiter le risque de ramener des punaises de lit chez soi.

>> En voyage
– Lorsque vous séjournez dans un hôtel, une cabine de train ou de bateau, une maison d’hôtes… Inspectez la chambre : les placards et le lit (matelas, oreillers, sommiers…) pour détecter la présence éventuelle de punaises de lit
– Déposez votre valise sur le porte valise après l’avoir inspecté et non sur le lit qui peut être infesté
– Si vous détectez la présence de punaises, avertissez la réception et changez de chambre voire d’hôtel
– Si vous avez détecté la présence de punaises de lit sur vous ou vos vêtements, mettez tous vos effets personnels (brosses à cheveux, trousses de maquillage, vêtements…) dans un sac plastique et fermez-le hermétiquement jusqu’à ce que vous les traitiez
– Au retour de tout voyage, prenez le temps d’inspecter vos vêtements et bagages et si vous soupçonnez la présence de punaises de lit, traitez votre valise et son contenu

>> Chez vous
– Evitez d’accumuler des objets dans votre lieu de vie. Ainsi, vous diminuez le nombre d’endroits où les punaises peuvent se cacher
– Si vous achetez des meubles d’occasion (sommier, fauteuils…) examinez-les et nettoyez-les minutieusement avant de les installer chez vous et, si possible, traitez-les à la vapeur chaude. Évitez d’acheter un matelas d’occasion
– Si vous achetez des vêtements d’occasion, inspectez-les et transportez-les dans un sac fermé hermétiquement et lavez-les à au moins 60° C
– Si vous emménagez dans un nouvel appartement, contrôlez les pièces (recoins, zones de papier décollé, etc.) avant d’y placer vos meubles
– Vous pouvez équiper vos matelas, sommier et oreillers de housses étanches aux punaises de lit pour faire une barrière supplémentaire de protection contre les punaises.

Retrouver l’ensemble des conseils sur le site Ameli.fr

En savoir plus
« Etude PULI : consultations liées aux punaises de lit en médecine générale », réseau Sentinelles, Institut Pierre Louis d’Epidémiologie et de Santé Publique (IPLESP, UMR-S1136 Inserm Sorbonne Université), Ministère des solidarités et de la santé.

Lire : https://www.sentiweb.fr/document/5008

L’Inserm lance une plateforme d’évaluation des candidats vaccins contre le Covid-19 pour la réalisation d’essais de qualité à grande échelle

Pour évaluer la sécurité et l’efficacité des vaccins potentiels contre le Covid-19, la mise en place d’essais cliniques rigoureux est plus que jamais nécessaire.© Adobe Stock

La recherche d’un vaccin contre le Covid-19 est en plein essor, et de nombreux candidats vaccins ont déjà atteint le stade des évaluations cliniques. La participation de la France aux essais cliniques est un impératif scientifique et stratégique pour garantir un accès à un vaccin sûr et efficace à sa population. C’est pourquoi l’Inserm, avec l’appui du réseau REACTing, de Santé publique France, des CHU et du collège national des généralistes enseignants, lance une plateforme d’évaluation clinique des candidats vaccins contre le Covid-19, baptisée COVIREIVAC. Elle permettra de les tester de manière rigoureuse et d’obtenir de solides données sur leur capacité à induire une réaction immunitaire (immunogénicité) ainsi que sur leur sécurité.

D’une ampleur inédite, la pandémie de Covid-19 a déjà causé plus de 500 000 décès à travers le monde. Alors que le nombre de nouveaux cas ralentit dans certaines régions, le virus continue sa progression, notamment aux États-Unis et en Amérique latine. Afin de le stopper, les espoirs de la communauté scientifique portent principalement sur le développement d’un vaccin. Plusieurs mois après l’identification du SARS-CoV-2 et son séquençage génétique, plus de 140 candidats vaccins ont été recensés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dix-sept d’entre eux sont déjà en développement clinique.

Pour évaluer la sécurité et l’efficacité de ces vaccins potentiels, la mise en place d’essais cliniques rigoureux est plus que jamais nécessaire.

Fondé par l’Inserm en 2007 et labellisé réseau d’excellence par son infrastructure nationale F-CRIN[1] en 2013, le réseau national d’investigation clinique en vaccinologie I-REIVAC bénéficie d’une grande expérience en recherche clinique vaccinale et d’une visibilité auprès des industriels, ce qui en fait un acteur incontournable pour l’organisation de tels essais.

Constitué de 24 centres cliniques hospitaliers répartis sur tout le territoire français, il permet en outre une participation étendue de la population française aux essais vaccinaux. Fort de cette légitimité, ce réseau sera la structure d’appui au projet baptisé COVIREIVAC, qui devrait permettre une évaluation clinique de qualité des différents candidats vaccins contre le Covid-19.

Un « guichet unique » pour la France

Ce projet part du constat que l’accès de la France aux candidats les plus prometteurs ne sera possible qu’en mettant en place un « guichet unique » au service des industriels et des académiques permettant d’évaluer ces produits, de garantir la faisabilité des essais cliniques auprès des industriels concernés et de négocier les conditions de production et de marchés. Cette approche implique à la fois l’instauration d’un « comité scientifique » chargé de réaliser une évaluation scientifique et stratégique des différents candidats vaccins, et le développement d’une plateforme nationale d’évaluation clinique des candidats vaccins Covid-19.

Présidé par la directrice de recherche Inserm et membre du comité CARE, Marie-Paule Kieny, le comité scientifique s’intéresse notamment aux caractéristiques des vaccins candidats qui pourraient donner des indications sur leur efficacité, leur sécurité et la capacité de production pour identifier les produits les plus intéressants. Il travaille en lien étroit avec la nouvelle plateforme vaccinale, sous la direction de la coordinatrice d’I-REIVAC Odile Launay, professeur en maladies infectieuses et tropicales à l’Université de Paris et coordinatrice du CIC Cochin Pasteur à l’hôpital Cochin (AP-HP), pour tester les vaccins lors d’essais cliniques rigoureux, pouvant inclure plusieurs centaines de participants.

Avec le soutien du réseau REACTing, de Santé publique France, des CHU et du collège national des généralistes enseignants et afin d’accroître les capacités de participation du réseau aux essais vaccinaux Covid-19, la plateforme vaccinale aura pour objectif de constituer un pool de participants potentiels et d’augmenter le nombre de centres pouvant les accueillir.

Un suivi des potentiels effets secondaires, grâce à une collaboration étroite avec des réseaux de médecins généralistes et l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM), sera également proposé.

« Faire face à la gravité de la pandémie de Covid-19 suppose d’assurer un accès aussi large que possible à la population française et européenne aux futurs vaccins. Grâce à un réseau vaccinal déjà existant, le projet COVIREIVAC peut conférer à la France l’attractivité nécessaire pour garantir une participation active aux grands essais vaccinaux et un accès précoce aux meilleurs candidats vaccins », précise Gilles Bloch, PDG de l’Inserm.

À plus long terme, l’initiative permettra aussi d’apporter des informations indispensables sur la sécurité de ces vaccins et sur la persistance de leur efficacité. Une collaboration avec d’autres pays européens, pour étendre le dispositif et permettre des essais cliniques de plus grande ampleur, est également envisagée.

Ce projet bénéficie d’un soutien financier du Ministère des solidarités et de la santé et du Ministère de la recherche et de l’innovation.

[1] French Clinical Research Infrastructure Network

 

Les laits de croissance, une bonne stratégie pour prévenir la carence en fer chez les tout-petits

© Robert Hrovat on Unsplash

En France, la stratégie de prévention de la carence en fer chez les jeunes enfants est en partie fondée sur la recommandation d’utiliser des laits infantiles enrichis en fer, dont le lait de croissance, lors de l’arrêt de l’allaitement. Mais quel est l’apport réel de ces laits dans la prévention de la carence en fer ? Une équipe de recherche de l’Inserm, de l’AP-HP et d’Université de Paris, au sein du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (Cress) a étudié l’apport en fer de l’alimentation et la survenue de carence chez 561 nourrissons de 2 ans en France de 2016 à 2017. Les chercheurs ont observé que la consommation de laits infantiles enrichis en fer réduisait très significativement le risque de carence en fer et permettait d’atteindre les besoins nutritionnels quotidiens recommandés pour près de la moitié des enfants. Ces résultats, publiés dans Clinical Nutrition, appuient la stratégie de prévention française et invitent à accorder une attention particulière aux familles défavorisées, dont les enfants sont les plus touchés par la carence en fer.

La carence en fer est considérée comme la carence en micronutriment la plus fréquente à travers le monde, et en particulier dans les pays industrialisés. Lorsqu’elle survient chez les nouveau-nés et les jeunes enfants, elle est fortement suspectée d’être associée à des effets neurocognitifs néfastes à court et long terme, comme une diminution des capacités d’apprentissage et de mémoire, ou une atteinte neurosensorielle visuelle ou auditive.

Pour les nourrissons de plus de 1 an, les besoins nutritionnels moyens quotidiens en fer recommandés sont de 5 mg[1]. Lorsque le taux sanguin de ferritine (protéine fixant le fer, correspondant aux réserves en fer de l’organisme) est inférieur à 12 µg/L, on considère qu’un jeune enfant est carencé.

En France, la stratégie de prévention de la carence en fer repose en partie sur la recommandation de consommation systématique et prolongée de laits infantiles enrichis en fer – notamment le lait dit « de croissance » de 1 à 3 ans – lors de l’arrêt de l’allaitement, afin de compléter les apports de l’alimentation qui sont rarement suffisants pour cette tranche d’âge.

Afin d’examiner la pertinence de cette stratégie de prévention, les travaux d’une équipe de recherche de l’Inserm, de l’AP-HP et d’Université de Paris, au sein du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques  Cress (Inserm/Université de Paris/Université Sorbonne Paris Nord/INRAE), coordonnés par Anne-Sylvia Sacri et Martin Chalumeau ont comparé l’apport en fer de l’alimentation, avec et sans consommation de lait de croissance, et la survenue de carence, chez 561 nourrissons âgés de 2 ans et ne présentant pas de pathologie affectant le métabolisme du fer. Cette étude a mis à contribution, entre 2016 et 2017, près de 120 cabinets pédiatriques répartis dans toute la France, grâce aux réseaux Activ et Afpa.

Pour chaque enfant, un questionnaire renseignant tous les aliments ingérés sur 3 périodes de 24h non consécutives a été rempli par les parents et a permis aux chercheurs de déterminer la quantité de fer ingérée au quotidien. Les analyses ont montré que lorsque la consommation de lait de croissance (utilisés par 73 % de l’effectif) n’était pas prise en compte, les apports en fer issus de l’alimentation ne permettaient pas d’atteindre les besoins recommandés de 5 mg/jour pour 63 % des enfants contre 18 % lorsqu’elle était prise en compte.

La consommation de lait de croissance a donc permis à 45 % des enfants d’atteindre les besoins nutritionnels recommandés en fer.

Dans un second temps, la concentration sanguine de ferritine a été mesurée à partir d’un prélèvement sanguin. Chez les 561 enfants étudiés, 37 (7 %) présentaient une carence en fer. La concentration sanguine en ferritine était significativement plus élevée chez les enfants consommant du lait de croissance à 24 mois ou depuis l’âge de 10 mois. Elle était significativement inférieure chez ceux consommant du lait de vache à 24 mois ou ayant débuté leur consommation avant cet âge.

La survenue de carence en fer était d’autant plus diminuée que la consommation de lait de croissance était prolongée et ce, même en faible quantité (à partir de 200 mL/jour).

« Cela suggère que la consommation régulière de fer est un meilleur moyen de prévenir les carences en fer qu’une importante supplémentation sur une courte période », précise Anne-Sylvia Sacri.

Elle ajoute : « Ces résultats plaident en faveur des stratégies nationales de prévention de la carence en fer fondées sur la recommandation de consommation de lait infantile enrichi en fer après l’âge de 12 mois. Ces laits apparaissent comme une solution simple pour supplémenter en fer les jeunes enfants, afin d’atteindre les besoins nutritionnels quotidiens recommandés. »

Les chercheurs ont également observé qu’une carence en fer était associée à des antécédents de prématurité. Elle était également plus fréquente dans les familles nombreuses et dans celles présentant des marqueurs de situation sociale défavorisée.

« Une attention particulière doit être apportée à ces populations plus vulnérables. Elles doivent être ciblées plus spécifiquement par les politiques de prévention et de surveillance », conclut Martin Chalumeau.

 

[1] Selon les recommandations de la European Food Safety Authority (EFSA)

Arrêts cardiaques en dehors de l’hôpital pendant le pic de l’épidémie Covid-19 : l’embolie pulmonaire, déterminant principal ?

Les arrêts cardiaques en dehors de l’hôpital pendant le pic de la pandémie de Covid-19 pourraient être en partie dus à des embolies pulmonaires massives. © Adobe Stock

Des investigateurs français de l’Institut médico-légal de Paris, de l’Inserm, du service de radiologie de l’hôpital Sainte-Anne/GHU Paris, du département d’anesthésie-réanimation des hôpitaux de l’AP-HP Saint-Louis et Lariboisière, d’Université de Paris, et du CNRS ont fait l’hypothèse que les arrêts cardiaques en dehors de l’hôpital pendant le pic de la pandémie de Covid-19 pourraient être en partie dus à des embolies pulmonaires massives. Le détail de ces travaux a été publié le 28 mai 2020 dans l’European Journal of Heart Failure.

L’Institut médico-légal de Paris et le service de radiologie de l’hôpital Sainte-Anne pratiquent des scanners du corps entier pour les examens demandés par les autorités de justice. Ces scanners ont été comparés entre la période de deux semaines correspondant au pic épidémique (23 mars au 7 avril 2020) et toute l’année 2019. Les éléments recherchés au scanner étaient la présence de signes d’infection pulmonaire évocateurs d’une infection à Covid-19, de phlébites des membres inférieurs et d’embolie pulmonaire proximale, responsable d’arrêt cardiaque.

Cette étude montre que les demandes d’autopsies médico-légales pour mort subite inexpliquée étaient 14 fois plus fréquentes pendant le pic épidémique que lors de l’année 2019.

La très grande majorité des morts subites inexpliquées pendant le pic épidémique avaient des lésions pulmonaires suspectes d’infection à Covid-19.

L’âge des patients décédés variait de 27 à 99 ans. Les personnes sont surtout décédées à leur domicile, certains avaient de la fièvre et/ou de la toux et la majorité a soudainement perdu le contact avec sa famille ou les services de secours 30 min à quelques heures avant la survenue de l’arrêt cardiaque.

L’analyse scanographique montre une fréquence 3 fois plus élevée d’embolie pulmonaire proximale et de phlébite pendant le pic épidémique par rapport à toute l’année 2019.

Ces résultats suggèrent qu’une part importante des personnes victimes de mort subite, pendant le pic épidémique, était probablement liée à des embolies pulmonaires proximales qui doivent être rapidement dirigées vers des centres de traitement des chocs cardiogéniques. Cette étude confirme également le rôle primordial de la prévention intensive de la thrombose chez les patients présentant une infection Covid-19.

Covid-19 et environnement : les recommandations d’un programme européen coordonné par l’Inserm

Lancé en 2019, le programme européen HERA (Health Environment Research Agenda for Europe) coordonné par l’Inserm et co-coordonné par ISGlobal (Barcelone) a pour objectif principal de fournir à la Commission européenne un agenda de recherche 2020-2030 sur la thématique « environnement, climat et santé ». Face à l’urgence sanitaire liée à la pandémie actuelle, les porteurs de ce projet travaillent sur de nouvelles recommandations relatives à la recherche sur les liens entre environnement, santé humaine et pandémie de Covid-19. Ces premières recommandations indiquent que, loin d’être des champs distincts, pandémie et environnement sont étroitement liés et qu’une vision intégrée des déterminants de la santé est nécessaire et utile.

Dans un contexte inédit de pandémie globale de Covid-19, les questions de santé publique sont devenues centrales. La connaissance scientifique issue de la recherche se place plus que jamais comme un outil clé pour comprendre l’impact de cette pandémie sur les sociétés et pour guider la mise en œuvre des politiques publiques. Le programme européen HERA (Health Environment Research Agenda for Europe), coordonné par l’Inserm, a été lancé en janvier 2019 et regroupe 15 pays européens. Commandé par la Commission européenne, il a pour objectif de lui fournir un agenda de recherche 2020-2030 sur la thématique « environnement, climat et santé », en identifiant les besoins et priorités de recherche pour proposer des feuilles de route fédérant les différents partenaires européens. Un agenda préliminaire a été présenté en février 2020.

Suite à l’émergence de la pandémie de Covid-19, la Commission européenne a demandé que soit ajouté un agenda de recherche complémentaire intégrant un axe Covid-19 afin d’investiguer les liens entre pandémie, changement climatique, environnement et santé.

Dans un premier rapport paru en mai 2020, les porteurs du projet HERA définissent trois grands axes prioritaires de recherche ayant pour objectif d’améliorer les connaissances sur les liens entre environnement, émergence, propagation et impact du SARS-CoV-2, afin de proposer aux autorités des outils aidant à la mise en place de politiques publiques adaptées au contexte pandémique et à sa prévention, respectueuses de l’environnement et de la santé de tous.

  1. Comprendre les facteurs environnementaux ayant favorisé l’émergence et de la propagation du virus SARS-CoV-2

Mieux comprendre l’émergence du SARS-CoV-2 implique de mieux comprendre son cycle de vie et comment les interactions entre l’Homme et l’animal (sauvage, d’élevage ou domestique) ont contribué à cette émergence, et en particulier l’impact des activités humaines sur la déforestation, la biodiversité et les comportements de la faune sauvage.

Les chercheurs recommandent également une poursuite de l’étude des questions de sensibilité climatique et de saisonnalité du virus. Mieux comprendre ses modes de diffusion et identifier sa potentielle résistance à certains milieux permettrait d’améliorer la compréhension de ses moyens de propagation.

Ces études doivent s’accompagner du développement d’outils solides et innovants de modélisation.

  1. Mieux appréhender l’impact sur la santé du Covid-19 et des facteurs de stress environnementaux

Les chercheurs mettent en avant l’importance d’harmoniser au niveau européen les cohortes, les outils et les méthodologies, afin de mieux identifier les populations à risque. De grandes cohortes européennes de patients permettraient ainsi d’évaluer de façon plus précise et plus fiable les interactions entre la pandémie, la réponse qui y est apportée et les pathologies favorisées par les facteurs environnementaux. Ces cohortes de grande ampleur permettraient notamment de mieux évaluer les comorbidités liées aux maladies chroniques impliquées dans les cas graves de Covid-19, en particulier les maladies cardio-métaboliques et pulmonaires.

« Nous partons du constat que les maladies chroniques contribuant à la sévérité du Covid-19 sont elles-mêmes au moins partiellement favorisées par des facteurs environnementaux, précise Robert Barouki qui coordonne le projet à l’Inserm. L’étude de l’impact de différents facteurs environnementaux sur les systèmes immunitaires et cardiovasculaires serait notamment particulièrement pertinente », ajoute-t-il.

De telles données s’avèreraient précieuses pour mieux appréhender, selon les pays, l’efficacité face à la pandémie des différentes politiques de santé et de protection de l’environnement.

  1. Évaluer l’impact de la pandémie de Covid-19 sur la société, l’économie et la santé

Évaluer les impacts psychologiques et socioéconomiques des différentes stratégies de réponse à la pandémie s’avère également indispensable afin de comprendre à la fois comment les limiter et comment améliorer la résilience au niveau européen, national et individuel.

Mieux comprendre l’impact sociétal (changement des habitudes de vie, rôle de l’environnement urbain, redéfinition de l’environnement de travail, impact sur la santé physique et mentale, évolution des violences domestiques, populations vulnérables…) des stratégies interhumaines de limitation de la propagation du virus, comme le confinement ou la distanciation physique, permettra une meilleure appréhension des moyens de mise en place des nouvelles politiques publiques.

D’ores et déjà, la Commission européenne a lancé un appel à projets sur le Covid-19 dont l’un des axes vise à soutenir et à harmoniser les études sur les cohortes à l’échelle européenne. D’autres appels à projets devraient suivre. « Le développement de recherches à l’interface pandémies, environnement et santé est pertinent non seulement pour la crise que nous vivons mais aussi pour prévenir et mieux gérer d’autres crises sanitaires que nous risquons de connaître dans les années à venir, notamment en lien avec le changement climatique, précise Robert Barouki. À l’image du concept d’exposome, il est important de s’orienter désormais vers une vision plus intégrée de la santé humaine ou de la santé planétaire. »

Les chercheurs du programme HERA produiront dans les semaines à venir des propositions à plus long terme pour approfondir les relations entre l’apparition et la gravité des pandémies et les changements environnementaux et climatiques.

Le nombre d’arrêts cardiaques a doublé pendant le confinement en région parisienne

© Jair Lázaro on Unsplash

Les conséquences indirectes de la pandémie de Covid-19 sur le système de santé et sur la prise en charge d’autres pathologies commencent à se dessiner. Une étude portée par l’Inserm et menée par le chercheur Eloi Marijon au Centre de Recherche Cardiovasculaire de Paris (Inserm/Université de Paris) en collaboration avec Daniel Jost (Brigade des sapeurs-pompiers de Paris) suggère que pendant la période du confinement, le nombre d’arrêts cardiaques en région parisienne a été multiplié par deux par rapport à la même période les années précédentes. D’après les auteurs, plusieurs hypothèses sont à considérer, comme la saturation du système de soins dans son ensemble ou le suivi médical des patients parfois interrompu pendant le confinement. Ce travail publié dans le journal The Lancet – Public Health s’appuie sur les données du Centre d’Expertise Mort Subite.

L’impact de la pandémie de Covid-19 sur l’organisation du système de soins et la prise en charge d’autres pathologies est encore difficile à estimer, mais des premières données commencent à émerger. Depuis le mois mars, des efforts significatifs ont été réalisés pour suivre le plus précisément possible la mortalité directement liée au Covid-19, mais d’autres causes de mortalité associées plus indirectement au confinement et à la réorganisation des systèmes de soins pendant la crise ont jusqu’ici été moins bien documentées.

Des travaux menés par les chercheurs Eloi Marijon et Nicole Karam au Centre de Recherche Cardiovasculaire de Paris (Inserm/Université de Paris), en collaboration avec Daniel Jost (Brigade des sapeurs-pompiers de Paris), et publiés dans le Lancet Public Health ont évalué l’impact de la pandémie sur le nombre et le pronostic des arrêts cardiaques recensés en région parisienne.

Les chercheurs montrent que sur les 9 dernières années, le nombre d’arrêts cardiaques était resté stable dans la région du Grand Paris, mais qu’il a fortement augmenté au cours des six premières semaines du confinement (du 16 mars au 26 avril 2020).

Les données présentées dans l’étude suggèrent qu’il a même doublé par rapport à la même période les années précédentes. Ces travaux s’appuient sur les données issues du registre francilien du Centre d’Expertise Mort Subite (Paris-CEMS). Son objectif est de collecter, à partir d’un système de surveillance en temps réel, des informations sur tous les arrêts cardiaques extra-hospitaliers ayant lieu dans Paris et la petite couronne.

Au cours des six semaines étudiées par les chercheurs, 521 arrêts cardiaques hors hôpital ont été identifiés en région parisienne, soit un taux de 26,6 arrêts pour un million d’habitants. Entre 2012 et 2019 à la même période, ce taux était de 13,4 arrêts cardiaques pour un million d’habitants.

Mieux appréhender les conséquences de la crise

Si le profil démographique des patients a peu évolué, l’étude suggère que la prise en charge initiale et le pronostic immédiat de ces cas ont par contre drastiquement changé pendant le confinement. Plus de 90% des arrêts ont eu lieu à la maison, avec des témoins beaucoup moins enclins à initier un massage cardiaque et des délais d’intervention plus longs. Cela s’est notamment traduit par un taux de survie plus faible des patients à l’arrivée à l’hôpital. Sur la période du confinement explorée par les chercheurs, seuls 12,8 % des patients identifiés étaient vivants à l’admission, contre 22,8 % à la même période les années précédentes. “Au cours des neuf dernières années, nous avons travaillé de manière collective pour mettre au point cette base de données, qui s’implémente quasiment en temps réel, et sur laquelle s’appuie cette nouvelle étude. L’arrêt cardiaque extrahospitalier est un marqueur particulièrement intéressant, multifactoriel, qui nous permet d’évaluer en quelle mesure la communauté toute entière a été impactée par cette pandémie ”, expliquent Eloi Marijon.

Les auteurs ont pu estimer qu’environ 33 % du surplus de décès observé est directement lié au Covid-19. 

D’autres facteurs ont probablement eu un impact : le suivi moins régulier de personnes cardiaques et/ou présentant des facteurs de risque pendant l’épidémie, la saturation de la médecine de ville et des services préhospitalier et hospitalier, les changements comportementaux de certaines personnes pendant cette épreuve de confinement bien particulière, voire éventuellement des effets délétères de certains médicaments utilisés par les patients pour traiter le Covid-19. 

Des études antérieures menées par l’équipe ont par ailleurs montré que les personnes qui subissent un arrêt cardiaque ont huit fois plus de chances de survivre lorsqu’un témoin est en mesure de pratiquer rapidement une réanimation cardio-respiratoire. Or, pendant le confinement, il apparaît que dans certains cas aucun témoin n’a initié un massage cardiaque.

“En pleine période de déconfinement, nos résultats permettent de mieux appréhender les conséquences de cette crise, les leçons à tirer, également pour mieux réagir en cas de 2ème vague. Ils rappellent qu’il est plus que jamais nécessaire de trouver un équilibre afin d’assurer outre la prise en charge de l’épidémie, le suivi des autres malades. Tout le monde est concerné”, conclut Nicole Karam.

L’hydroxychloroquine et l’azithromycine peuvent avoir un impact délétère sur le système cardiovasculaire

L’hydroxychloroquine et l’azithromycine peuvent avoir un impact délétère sur le système cardiovasculaire et constituent une combinaison potentiellement mortelle, selon une large analyse d’une base de données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les effets indésirables des médicaments, publiée dans Circulation.

L’étude est une analyse rétrospective et observationnelle d’une base de données de l’OMS comprenant plus de 21 millions de rapports de cas d’effets indésirables, toutes classes de médicaments confondues, issus de plus de 130 pays, entre le 14 novembre 1967 et le 1er mars 2020, principalement avant la pandémie COVID-19.

L’étude a comparé les déclarations d’effets indésirables cardiovasculaires chez les patients ayant reçu de l’hydroxychloroquine, de l’azithromycine ou une association des deux médicaments aux déclarations d’effets indésirables cardiovasculaires liés à tous les autres médicaments présents dans la base de données. La période d’étude couvre donc principalement la période précédant d’utilisation de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, de manière isolée ou en association, pour traiter les patients atteints de COVID-19. Sur les plus de 21 millions de rapports de cas de réactions indésirables aux médicaments, les chercheurs ont extrait les rapports de cas pour l’hydroxychloroquine et l’azithromycine, seules ou en association :

– 76 822 cas ont été rapportés avec de l’hydroxychloroquine seule, et dans 21 808 (28,4 %) de ces cas, l’hydroxychloroquine était suspecte d’être associée à l’effet indésirable ;

– 89 692 cas ont été rapportés à l’azithromycine seule, et dans 54 533 (60,8 %) de ces cas, l’azithromycine était suspecte d’être associée à l’effet indésirable ;

– 607 cas ont été rapportés à la combinaison des deux médicaments.

L’analyse a montré que :

1) Il y avait une augmentation statistiquement significative du nombre de cas rapportés de tachycardie ventriculaire (TV) et/ou d’allongement de l’intervalle QT (LQT), y compris les torsades de pointes (TdP/TV), pour chaque médicament pris individuellement dans les cas suspects, comparativement à tous les autres médicaments de la base.

2) l’hydroxychloroquine était également associée de manière significative aux déclarations de développement de troubles de la conduction (principalement bloc auriculo-ventriculaire et bloc de branche) et à l’insuffisance cardiaque.

3) L’azithromycine seule était associée à un plus grand nombre rapporté de cas de LQT et/ou TdP/TV que l’hydroxychloroquine seule (0,8 % contre 0,3 % du nombre total de cas déclarés avec ces molécules, respectivement).

4) La combinaison hydroxychloroquine+azithromycine était associée à plus de cas rapportés de LQT et/ou TdP/TV que l’un ou l’autre des médicaments pris seuls (1,5% contre 0.6% du nombre total de cas déclarés avec ces modalités thérapeutiques, respectivement).

5) Aucun autre effet indésirable cardiovasculaire (y compris syndrome coronaire et myocardite), n’était associé de manière significative à ces médicaments.

6) La proportion de cas associé à la mort pour les cas de TdP/TV était de 8,4 % (7/83) avec l’hydroxychloroquine et de 20,2 % (52/257) avec l’azithromycine, contre 0 % (0/53) et 5,4 % (12/223) pour les cas de LQT sans TdP/VT avec l’hydroxychloroquine et l’azithromycine, respectivement. L’augmentation de la fréquence de ces événements indésirables était statistiquement significative bien que faible en chiffres absolus.

Les chercheurs ont conclu que « des effets proarythmogènes cardiaques aigus potentiellement mortels ont été décrits principalement avec l’azithromycine mais aussi avec l’hydroxychloroquine. Leur combinaison a donné un signal plus important. L’hydroxychloroquine a également été associée à une insuffisance cardiaque potentiellement mortelle lorsque l’exposition était prolongée sur plusieurs mois. Bien que le nombre absolu de cas soit faible, il est important de garder à l’esprit ces effets cardiaques indésirables liés aux médicaments dans le contexte des patients atteints de COVID-19 qui peuvent présenter des facteurs de risque supplémentaires de LQT/TdP, notamment une inflammation avec un taux élevé d’interleukine-6, une hypokaliémie, de nombreuses associations médicamenteuses qui peuvent interagir de manière délétère, une bradycardie et des doses plus élevées d’hydroxychloroquine qu’utilisées habituellement ».

Comme le précise la directive de l’American Heart Association du 8 avril 2020 dans, « Considerations for Drug Interactions on QTc in Exploratory COVID-19 (Coronavirus Disease 2019) Treatment », les deux médicaments sont connus pour induire des complications potentiellement graves pour les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires, notamment un risque accru de mort subite. L’effet sur l’intervalle QT ou le risque d’arythmie de ces deux médicaments combinés n’a pas été étudié.

« La prise d’hydroxychloroquine et d’azithromycine est associée à un risque de toxicité cardiovasculaire accrue. Ils ne devraient pas être administrées en dehors d’essais cliniques et nécessitent une surveillance étroite », a déclaré Mariell Jessup, de l’American Heart Association.

Point d’étape : l’Inserm pleinement engagé dans la lutte contre la pandémie de Covid-19

Covid-19: Observation intracellulaire d’épithélium respiratoire humain reconstitué MucilAir™ infecté par le SARS-CoV-2. © Manuel Rosa-Calatrava, Inserm ; Olivier Terrier, CNRS ; Andrés Pizzorno, Signia Therapeutics ; Elisabeth Errazuriz-Cerda  UCBL1 CIQLE. VirPath (Centre International de Recherche en Infectiologie U1111 Inserm – UMR 5308 CNRS – ENS Lyon – UCBL1). Colorisé par Noa Rosa C.

 

  1. Une mobilisation rapide de l’Inserm pour accélérer la recherche et répondre à la pandémie

Apparu en décembre 2019 à Wuhan, au centre de la Chine, le nouveau coronavirus SARS-CoV-2 s’est très rapidement propagé à l’ensemble de la planète, entraînant la pandémie la plus grave de notre histoire récente. Dès le début de cette crise sanitaire mondiale, l’Inserm s’est mobilisé, en tant qu’acteur de premier plan de la recherche biomédicale en France et à l’étranger, grâce à l’implication de ses nombreux experts sur des sujets liés aussi bien à la recherche fondamentale qu’à la thérapeutique ou à la modélisation de l’épidémie. Participant également à l’effort de solidarité nationale, l’Inserm a pu distribuer des dizaines de milliers de masques, gants, blouses, surchaussures, et réactifs aux équipes soignantes dans les hôpitaux.

Au 6 mai 2020, l’Inserm était impliqué dans 167 publications scientifiques sur le Covid-19 (dont 19 publications en preprint), témoignant de la mobilisation et du dynamisme des chercheurs de l’Institut depuis le début de la pandémie. Ces travaux de recherche portent principalement sur les potentielles voies thérapeutiques, la recherche d’un vaccin, l’épidémiologie, la mise en place de la télémédecine, la prédiction de la dissémination du virus dans les différents pays et sa transmission. La majorité des travaux publiés ont reçu un financement du fond d’amorçage du consortium REACTing.

Acteur central de la lutte contre la pandémie de Covid-19, REACTing (REsearch and ACTion targeting emerging infectious diseases), lancé et coordonné par l’Inserm depuis 2013 sous l’égide d’Aviesan, a pour mission de préparer et de coordonner la recherche française sur les maladies infectieuses émergentes pour prévenir et lutter contre les épidémies.

Plusieurs groupes de travail (Task force Nouvelles approches thérapeutiques, Task force Vaccins Covid-19, Task force Modèle animal, Task force Modélisation et Task force Numérique) ont été formés afin de réfléchir aux grandes priorités de recherche et d’évaluer les projets soumis au consortium par des équipes de recherche réparties dans toute la France et à l’international.

Par ailleurs, l’Inserm est impliqué dans plusieurs groupes de travail à l’OMS, ainsi qu’au sein du conseil scientifique que consulte le gouvernement, et dans le Comité analyse, recherche et expertise (Care) mis en place par le ministère des Solidarités et de la Santé.

Jamais la mission portée par l’Inserm, la science pour la santé, n’a été aussi nécessaire. Alors que de nombreuses questions restent en suspens concernant l’évolution de la pandémie, l’Inserm continuera ses efforts pour éclairer les décisions publiques avec une recherche d’excellence, alliant rigueur et éthique.

  1. Soigner les patients

Au sein de REACTing, une Task force Nouvelles approches thérapeutiques se réunit chaque semaine afin d’évaluer les nombreux projets de recherche qui lui parviennent sur les pistes de traitement. Des experts des différentes thématiques abordées sont invités pour enrichir les discussions, ainsi que des membres du comité Care, de la direction générale de la santé, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), et du conseil scientifique REACTing Covid-19.

La piste des antiviraux : zoom sur l’essai Discovery

Cet essai est un projet européen dont la partie française a démarré grâce à un financement d’amorçage de REACTing, versé conjointement par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et le ministère de la Santé et des Solidarités. Il bénéficie également d’un financement du Programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) et est par ailleurs intégré dans l’essai international de l’OMS Solidarity.

L’essai évalue l’efficacité de différents traitements antiviraux pour limiter la multiplication du virus observée chez certains patients hospitalisés dont l’état s’aggrave souvent autour du septième jour de maladie.

Il prévoit le recrutement de 3 200 patients européens atteints d’une forme modérée à sévère de Covid-19, dont au moins 800 en France, hospitalisés dans un service de médecine ou directement en réanimation. Aujourd’hui, plus de 750 patients sont inclus dans l’essai Discovery essentiellement en France.

  • Quels traitements ?

Discovery a pour objectif d’évaluer l’efficacité et la sécurité de différentes stratégies thérapeutiques expérimentales qui, en l’état actuel des connaissances scientifiques, ont été identifiées comme des candidats thérapeutiques potentiels contre le Covid-19. Pour rappel, il s’agit de tester et de comparer les cinq stratégies suivantes :

  • soins standards optimaux ;
  • soins standards optimaux plus remdesivir ;
  • soins standards optimaux plus lopinavir et ritonavir ;
  • soins standards optimaux plus lopinavir, ritonavir et interféron bêta ;
  • soins standards optimaux plus hydroxychloroquine.

Aucun des patients inclus dans l’essai n’est donc laissé sans soins. Aucun ne reçoit de placebo.

  • Pourquoi un essai randomisé ouvert ?

Discovery est un essai randomisé : le choix du traitement pour chaque patient n’est pas laissé au libre arbitre du médecin mais s’effectue de manière aléatoire. Chaque branche de l’essai clinique reçoit un nombre équivalent de patients afin que l’essai soit équilibré, avec des données suffisantes obtenues sur chacun des traitements testés.

Le choix d’un essai ouvert visait à gagner un temps précieux en cette période de pandémie. En effet, toutes les molécules testées ne se présentent pas sous les mêmes formes galéniques. Pour un essai en double aveugle, la préparation de placebos ne se présentant pas tous sous la même forme aurait été particulièrement longue, retardant le démarrage de l’essai clinique.

Toutefois, si les patients et les médecins ont connaissance du traitement qui est administré, les chercheurs responsables des analyses statistiques n’ont pas accès à ces informations, afin de limiter les biais. Cet essai ouvert contrôlé permettra donc d’obtenir des résultats le plus rapidement possible tout en respectant une méthodologie rigoureuse et de qualité.

La piste de l’immunomodulation : zoom sur Corimuno-19

Certains patients hospitalisés présentent un profil particulier : l’aggravation de leur état semble due non pas à la multiplication du virus mais à l’emballement de la réponse immunitaire pour faire face à l’infection. Une piste de recherche poursuivie à l’heure actuelle par des chercheurs de l’Inserm est de comprendre et d’évaluer l’effet des traitements qui moduleraient cette réponse sur l’état des patients atteints de Covid-19.

C’est tout l’enjeu du projet Corimuno-19, cohorte d’essais contrôlés randomisés ouverts. L’objectif général de cette large étude est de tester plusieurs traitements (notamment des traitements immunomodulateurs) et de déterminer lesquels présentent le rapport bénéfice/risque le plus favorable chez les patients adultes hospitalisés en raison de la pneumopathie à Covid-19, diagnostiqués soit au stade modéré́ ou sévère et ne nécessitant aucune ventilation mécanique, soit au stade de pneumonie critique nécessitant une ventilation mécanique.

La piste des anticorps : zoom sur Coriplasm

Particulièrement médiatisé, l’essai clinique Coriplasm est l’un des essais intégrés à Corimuno-19, dont l’AP-HP est promoteur. Dans ce cadre, l’Établissement français du sang met en œuvre, avec le soutien de l’Inserm et de REACTing, un processus permettant le prélèvement, la qualification, la préparation et la mise à disposition des plasmas de patients convalescents auprès des équipes cliniques. L’idée est d’évaluer si leur plasma est capable de transférer cette immunité de façon immédiate à un autre patient, comme cela avait été le cas dans le traitement de diverses maladies infectieuses avec pneumopathies telles que les infections SARS-CoV-1, le MERS-CoV ou influenza H1N1. L’objectif est de déterminer si cette stratégie permet de réduire la fréquence des formes graves du Covid-19 et la mortalité associée.

D’autres initiatives de recherche thérapeutique

Autres stratégies de repositionnement de médicaments

Le repositionnement thérapeutique consiste à trouver une indication thérapeutique nouvelle pour des médicaments bien connus, sûrs et déjà disponibles dans la pharmacopée. Dans le cadre de la pandémie de Covid-19 plusieurs équipes testent sur le SARS-CoV-2 des molécules utilisées pour d’autres pathologies, afin d’évaluer leurs effets antiviraux ou immunomodulateurs potentiels. L’équipe du directeur de recherche Inserm Manuel Rosa-Calatrava au Centre international de recherche en infectiologie (Inserm/Université Claude Bernard Lyon 1/CNRS/ENS Lyon) travaille ainsi à la mise en œuvre d’une stratégie de repositionnement de médicaments pour de nouvelles indications thérapeutiques antivirales. Son groupe a déjà validé cette approche en repositionnant un antihypertenseur comme inhibiteur des virus influenza (un essai clinique de phase 2 est mené depuis trois hivers). Deux autres molécules également disponibles sur le marché ont déjà été repositionnées in vitro contre le MERS-CoV par son équipe. Les chercheurs testent désormais ces molécules en lignée cellulaire et dans leur modèle unique ex vivo d’épithélium respiratoire humain reconstitué infecté par le SARS-CoV-2.

Le programme CARE (Corona accelerated R&D in Europe), qui bénéficie d’un financement de l’Innovative Medicines Initiative est porté par l’Institut de recherche vaccinale sous tutelle de l’Inserm en partenariat avec 36 équipes de recherche issues de plusieurs pays européens, mais aussi de Chine et des États-Unis. Il a deux objectifs clés : développer des molécules efficaces pour répondre à l’urgence de la pandémie actuelle de Covid-19 mais aussi faire en sorte de parvenir à des traitements qui pourraient être utiles pour le contrôle d’épidémies à venir, si d’autres coronavirus émergeaient dans le futur. Les chercheurs ont développé un programme ambitieux de recherche et développement afin de faciliter l’identification de molécules candidates à un repositionnement thérapeutique. Le projet comportera également un volet de développement de nouvelles molécules. Toutes les molécules d’intérêt seront testées in vitro et dans des modèles animaux en laboratoire, puis les candidats les plus prometteurs pourront être testés dans le cadre de larges essais cliniques.

Plus d’informations : https://www.imi.europa.eu/news-events/press-releases/imi-announces-covid-projects-boosts-funding-pot-eur-72-million

Le projet MacCOV : lutter contre les détresses respiratoires aiguës

À Villejuif, l’équipe de Jean-Luc Perfettini (Inserm/Université Paris-Saclay/Gustave Roussy) travaille sur une nouvelle stratégie thérapeutique pour contrer le Covid-19 : la reprogrammation de certaines cellules du système immunitaire (les macrophages) dans le but de réduire leur capacité à favoriser une inflammation.

En effet, les données déjà disponibles sur la maladie causée par le SARS-CoV-2 indiquent qu’une de ses complications sévères, le syndrome respiratoire aigu, serait dû à des lésions des tissus pulmonaires provoquées par un afflux extrêmement important de molécules inflammatoires (les cytokines). Les spécialistes parlent même d’un « orage cytokinique ». Or, ces molécules pro-inflammatoires sont essentiellement produites par les macrophages. Les chercheurs espèrent donc qu’en reprogrammant ces cellules immunitaires, ils parviendront à empêcher l’orage cytokinique.

Corona-Pep-Stop : développer des peptides inhibiteurs de fusion

Le projet Corona-Pep-Stop, porté par la directrice de recherche Inserm Branka Horvat au Centre international de recherche en infectiologie (Inserm/Université Claude Bernard Lyon 1/CNRS/ENS Lyon), vise à transposer des résultats de recherches déjà conduites par l’équipe sur le virus de la rougeole et le virus Nipah. Leur stratégie est de bloquer l’entrée des virus dans les cellules en utilisant des peptides spécifiques de la protéine de fusion virale.

En effet, la protéine de fusion virale permet aux virus possédant une membrane, comme le SARS-CoV-2, de fusionner cette dernière avec celle des cellules hôtes de façon à y transférer leur propre génome. Les chercheurs espèrent ici identifier une nouvelle classe de médicaments antirétroviraux (des inhibiteurs peptidiques de fusion) ciblant cette protéine et efficaces contre plusieurs coronavirus. Ces nouvelles molécules pourraient alors être utilisées de manière prophylactique et thérapeutique contre le SARS-CoV-2, mais aussi contre d’autres coronavirus qui pourraient émerger dans le futur.

Le projet CoV2-E-TARGET : la piste des venins à l’étude

Porté notamment par le chercheur Inserm Michel De Waard à l’Institut du thorax (Inserm/Université de Nantes/CNRS), ce projet vise à identifier un traitement ciblant une protéine de l’enveloppe du virus, la protéine E, qui a une fonction de canal ionique (c’est-à-dire qu’elle permet le passage sélectif de certains ions à travers la membrane cellulaire et facilite l’entrée du virus dans les cellules). Le laboratoire a à sa disposition une collection de venins qui renferme plus de 40 000 peptides, un grand nombre d’entre eux ciblant de façons très spécifiques des canaux ioniques. L’idée est d’identifier de potentiels peptides issus des venins animaux qui pourraient bloquer le passage des ions et empêcher la réplication du virus dans les cellules hôtes.

  1. Trouver un vaccin efficace contre le Covid-19

Si des essais cliniques de phase 1 pour tester des candidats vaccins ont d’ores et déjà été lancés aux États-Unis et en Chine, de nombreuses questions concernant la réponse immunitaire au virus et à un éventuel vaccin demeurent.

Partout dans le monde, plus d’une centaine d’équipes se penchent actuellement sur le développement de vaccins, parmi lesquelles plusieurs groupes français. Sur la trentaine d’équipes travaillant sur les candidats vaccins en France, une douzaine font partie d’unités Inserm. La plupart sont encore à des stades précoces de développement, mais leurs travaux font progresser les connaissances sur le virus et la recherche vaccinale dans son ensemble.

Pour les accompagner et identifier les priorités de recherche, REACTing a mis en place un groupe de travail dédié, la Task force Vaccins Covid-19. Son rôle est de recueillir l’information sur l’état d’avancement des différents candidats vaccins, de répertorier les travaux des équipes françaises et de discuter des actions les plus pertinentes à mettre en place dans le contexte national.

Plusieurs critères ont ainsi été définis par le groupe afin de prioriser les initiatives de développement de candidats vaccins contre le Covid-19 par les équipes françaises, parmi lesquels la rapidité du cycle de production des vaccins, la minimisation du risque d’exacerbation de la maladie du fait de mécanismes immunitaires, le potentiel de production du vaccin à très grande échelle, ou encore la disponibilité de résultats de tests précliniques suggérant l’induction d’une protection contre la maladie.

La recherche d’un nouveau vaccin

Membre de la Task force Vaccins Covid-19 de REACTing, Frédéric Tangy (institut Pasteur) dirige une équipe qui développe actuellement un candidat vaccin Covid-19 assez avancé. Il s’agit d’un vaccin utilisant comme plateforme le virus atténué de la rougeole qui avait déjà servi au développement de certains candidats vaccins, notamment contre la maladie de Chikungunya. La phase 1 d’un essai clinique est prévue pour septembre 2020.

L’Institut de recherche vaccinale est également un acteur de la recherche vaccinale dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Ses chercheurs sont mobilisés pour la mise au point accélérée d’un vaccin contre le coronavirus SARS-CoV-2 fondée sur son expertise et sur une technologie développée dans d’autres pathologies infectieuses comme l’infection par le VIH. L’approche originale portée par cet institut repose sur le ciblage des cellules dendritiques, cellules clés de la réponse immunitaire. Grâce à l’implication de l’Institut de recherche vaccinale dans French Covid-19, (la cohorte nationale des patients infectés par le SARS-CoV-2, coordonnée par REACTing en lien avec 56 hôpitaux en France), les recherches ont pour objectif de caractériser la réponse immunitaire chez les malades. Comprendre cet aspect de l’infection est un prérequis indispensable au développement de tout vaccin.

Le vaccin BCG pour protéger les soignants ?

Plusieurs études suggèrent que certains vaccins vivants comme le BCG ou encore le vaccin oral contre la polio auraient des effets bénéfiques non spécifiques sur certaines infections. Le BCG pourrait ainsi diminuer l’importance de l’infection au virus SARS-CoV-2 en stimulant la mémoire de l’immunité innée, première immunité à entrer en jeu face à une infection, et en induisant ainsi une « immunité innée entraînée ». Par ailleurs, les contre-indications à l’usage du vaccin BCG sont peu nombreuses et bien identifiées, et le coût très faible de ce vaccin est un avantage.

Une équipe Inserm prépare la mise en place d’un essai clinique français en double aveugle visant à tester les effets protecteurs non spécifiques du vaccin BCG. L’idée est d’évaluer si ce vaccin pourrait conférer une certaine protection aux soignants contre le Covid-19. Une collaboration entre cette équipe et des chercheurs espagnols, qui mènent aussi des recherches sur le sujet, permettrait de comparer à grande échelle les bénéfices de la vaccination au BCG à un placebo commun aux deux pays. Si un tel essai clinique voyait le jour, il serait nécessaire de suivre les participants pendant plusieurs mois pour obtenir des données fiables.

  1. Mieux comprendre la maladie

French Covid-19

French Covid-19 est une cohorte observationnelle française lancée fin janvier, ayant recruté plus de 2 000 patients hospitalisés. Elle est coordonnée par Yazdan Yazdanpanah, infectiologue à l’hôpital Bichat et directeur de l’institut thématique Immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie à l’Inserm. L’objectif est double : décrire les caractéristiques cliniques des formes de Covid-19 qui nécessitent une hospitalisation et identifier les facteurs prédictifs de gravité (à savoir l’admission en réanimation ou le décès). Pour cela, les chercheurs étudient toutes les données cliniques, biologiques, virologiques et d’imagerie disponibles dans les dossiers des patients. Ceux-ci seront suivis six mois après leur sortie de l’hôpital. Les résultats de ces travaux seront cruciaux pour mieux armer les médecins face à la maladie.

Autre étude s’intéressant aux formes graves de la maladie, le projet CritiSARS2 vise à identifier des marqueurs viraux, inflammatoires et/ou révélateurs d’une immunisation dans les formes critiques du Covid-19. Ces travaux sont en cours sous la direction de Karine Faure, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Lille et chercheuse au Centre d’infection et d’immunité de Lille (Inserm/CNRS/Université de Lille/Institut Pasteur de Lille).

Étudier le risque de réinfection

Simon Fillatreau (unité 1151, Inserm/Institut Necker-Enfants malades) et ses collègues se penchent sur une question majeure : est-on protégé d’une seconde infection après guérison de la maladie ? Si oui, combien de temps cette protection dure-t-elle, et varie-t-est selon l’âge de la personne ou bien d’autres paramètres individuels ? Plusieurs composants portent la mémoire du système immunitaire et sont susceptibles de nous protéger contre une nouvelle infection par le SARS-CoV-2. L’équipe s’intéresse tout particulièrement aux lymphocytes B et T Follicular Helper mémoires.

À la suite d’une réinfection, alors que l’on a déjà été exposé une première fois à un agent pathogène, ces lymphocytes sont à l’origine d’une augmentation extrêmement rapide et importante des taux d’anticorps protecteurs. Dans le cas de l’hépatite B par exemple, ce sont les cellules mémoires qui protègent l’individu en l’absence de production persistante d’anticorps.

Le projet, intitulé MEMO-CoV2, s’intéresse donc à la mémoire immunitaire portée par les lymphocytes B et T Follicular Helper spécifiques de SARS-CoV-2, afin d’estimer leur persistance, leur longévité, et l’origine de leur formation lors de la réponse à l’infection initiale.

À la recherche de biomarqueurs

Le projet Harmonicov, mené par une équipe Inserm à Rennes, s’appuie sur une cohorte composée d’une centaine d’adultes âgés de moins de 65 ans. À partir de celle-ci, les chercheurs vont analyser la réponse immunitaire de personnes atteintes de Covid-19 et comparer celle de patients guéris à celle de malades en situation critique qui nécessitent une ventilation assistée. L’objectif est d’identifier des marqueurs de l’évolution favorable ou défavorable de la maladie, mais aussi d’étudier les cellules mémoires productrices d’anticorps anti-SARS-CoV-2.

  1. Modélisation et surveillance de l’épidémie

La Task force sur la modélisation mathématique des risques infectieux a été mise en place très rapidement. Les travaux portent aussi bien sur la modélisation en population générale que sur des populations particulières comme celle des soignants.

Modélisation de la diffusion de l’épidémie

Depuis janvier 2020, les travaux de l’équipe dirigée par la chercheuse Inserm Vittoria Colizza à l’institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne Université) ont permis de modéliser la diffusion de l’épidémie depuis la Chine jusqu’à l’Europe et l’Afrique, avec pour objectif de mieux orienter les politiques de prévention et d’améliorer la surveillance épidémique.

Leur première publication, dans le journal Eurosurveillance, portait ainsi sur le risque d’importation du virus en Europe, en s’appuyant sur la situation de toutes les provinces chinoises déclarant plus de dix cas à l’époque et sur les données des flux aériens en provenance de ces régions vers l’Europe datant de janvier 2019 et issues de l’OAG (une organisation mondiale leader dans la collecte de données sur les vols aériens). Une autre étude publiée par le groupe mi-février dans le Lancet évaluait le risque d’importation du virus en Afrique. L’Égypte, l’Algérie et l’Afrique du Sud y étaient présentés comme les pays les plus à risque.

Autre grand axe de recherche porté par Vittoria Colizza et son équipe, en collaboration avec le groupe de téléphonie Orange : l’analyse de l’impact du confinement sur la mobilité des populations, en étudiant des données agrégées et anonymisées issues du réseau de téléphonie mobile. Les chercheurs s’intéressent notamment aux changements spontanés dans la mobilité des personnes apparus avant et pendant le confinement et à l’impact de ceux-ci sur l’évolution de la pandémie. Les données récoltées sont aussi intégrées dans des modèles de diffusion de la pandémie développés par l’équipe, afin de mieux prévoir la propagation du virus et d’identifier les régions à risque de devenir un foyer épidémique et de voir leur système de soins saturé. Dans un rapport publié début mai, l’équipe montre que la mobilité a été réduite de 65 % pendant le confinement sur l’ensemble du territoire national.

L’équipe s’est aussi attachée à modéliser les scénarios possibles de déconfinement afin d’appuyer les décisions sur la sortie de la quarantaine. Dans un rapport publié mi-avril sur le site du laboratoire EPIcx, les chercheurs soulignent ainsi la nécessité d’accompagner toute stratégie de déconfinement par des mesures de dépistage massif, l’identification des individus ayant été en contact avec des cas avérés et l’isolation des cas détectés. Un rapport sur le rôle de la réouverture des écoles a également été publié début mai, montrant qu’une réouverture des écoles maternelles et primaires à partir du 11 mai, qu’elle soit progressive ou non, ne conduirait probablement pas à une saturation des services de réanimation. L’occupation de ces services n’atteindrait en effet au maximum que 65 % de leur capacité.

Surveillance de l’épidémie renforcée avec Covidnet

Mise en place en 2012 par le réseau Sentinelles (Inserm/Sorbonne Université) et Santé publique France, l’étude GrippeNet.fr est une mine d’informations pour les épidémiologistes qui cherchent à suivre l’évolution de la grippe saisonnière. Le réseau recueille chaque année des données épidémiologiques sur la grippe directement auprès de la population, par Internet et de façon anonyme. La neuvième saison de GrippeNet.fr a débuté fin novembre 2019 et compte à ce jour plus de 7 200 participants, qui déclarent chaque semaine les symptômes qu’ils ont ressentis ou non depuis leur dernière connexion. Pour mieux suivre l’épidémie en cours, l’étude GrippeNet.fr s’adapte et se transforme en Covidnet.fr. S’appuyant sur l’envoi de questionnaires aux volontaires de la cohorte GrippeNet.fr/Covidnet.fr, il s’agit actuellement du seul système de surveillance sanitaire en France permettant d’étudier les symptômes présentés par les personnes malades qui n’ont pas recours au système de soin.

Le projet NoCov mené par la chercheuse Inserm Chiara Poletto à l’institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne Université) s’appuie également sur des données issues du réseau Sentinelles afin de modéliser la diffusion de l’épidémie à court terme et d’identifier les facteurs principaux de transmission du virus (notamment en s’intéressant à la transmissibilité et à la sévérité de la maladie en fonction de l’âge des individus).

Risque de transmission en milieu hospitalier

Parmi les travaux de recherche, des études visent à modéliser le risque de la transmission du SARS-CoV-2 en milieu hospitalier (risque nosocomial). Une étude sur le sujet est notamment menée par les chercheurs Didier Guillemot et Lulla Opatowski au sein du laboratoire Biostatistiques, biomathématiques, pharmacoépidémiologie et maladies infectieuses (Inserm/Institut Pasteur/Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines).

  1. Étudier le confinement et ses conséquences

L’étude Sapris et les enjeux sociaux du confinement

Vaste enquête s’appuyant sur les cinq grandes cohortes nationales en population générale (Constances, Étude familiale E3N-E4N, Elfe / Epipage 2, NutriNet Santé) et menée en étroite coordination avec les responsables de ces cohortes, le projet Sapris (Santé, pratiques, relations et inégalités sociales) s’intéresse aux enjeux épidémiologiques et sociaux des mesures de prévention exceptionnelles mises en place pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Coordonnée par Nathalie Bajos, directrice de recherche Inserm, sociologue-démographe, et par Fabrice Carrat, professeur de santé publique à Sorbonne Université, en collaboration avec Santé publique France, l’étude implique un groupe pluridisciplinaire constitué de chercheurs et de chercheuses de l’Inserm, de l’Ined, du CNRS, de l’Université Paris-Saclay, de Sorbonne Université, Sorbonne Paris Nord et de l’Université Paris Dauphine-PSL, du Cnam, de l’institut Gustave-Roussy et d’Inrae, issus de disciplines aussi variées que l’épidémiologie, la sociologie, la démographie et l’économie.

À l’aide d’un questionnaire envoyé aux participants dès les premiers jours du mois d’avril, complété par 115 000 participants, et reconduit plusieurs fois pendant et à l’issue du confinement, l’étude Sapris interroge ces individus à propos des enjeux spécifiques de l’épidémie et des mesures de confinement. L’incidence des symptômes du Covid-19 et d’autres problèmes de santé, le recours ou le renoncement aux soins pour d’autres pathologies, la perception du risque pour soi-même et en général, les effets des mesures de prévention sur la vie quotidienne, les relations sociales et le travail, ainsi que la prise en charge des enfants, constituent les thématiques principales abordées à travers cette étude. Par ailleurs, en collaboration avec l’unité des virus émergents (Inserm/IRD) dirigée par le virologue Xavier de Lamballerie, des tests sérologiques sont proposés aux participants, apportant des indications sur la prévalence au niveau national et permettant l’étude des facteurs associés à la séropositivité contre le SARS-CoV-2. Ces tests seront répétés pour étudier la persistance de la réponse immunitaire contre le SARS-CoV-2 et établir des corrélats de protection.

En complément, le projet EpiCOV (Épidémiologie et conditions de vie) est une large étude de santé publique dont l’objectif est de fournir une cartographie globale et représentative, au niveau national et de chaque département, du statut immunitaire de la population et de sa dynamique. Elle vise aussi à étudier les conditions de vie dans ce contexte particulier de limitation des déplacements, en tenant compte de la diversité des situations socioéconomiques.

Sous la responsabilité scientifique des chercheuses Inserm Josiane Warszawski et Nathalie Bajos, sociologue-démographe, l’enquête EpiCOV est conduite en collaboration avec la Drees, l’Insee et Santé publique France. Un échantillon de 200 000 personnes représentatif de la population âgée de 15 ans et plus a été constitué par l’Insee, de manière à fournir des données à l’échelle territoriale, et à étudier les conditions socioéconomiques, notamment pour les personnes en situation de précarité économique. Ces personnes sont invitées à remplir un questionnaire similaire à celui de l’enquête Sapris et à effectuer un test sérologique à domicile. Cette étude, qui a commencé début mai, permet d’éclairer finement les dimensions spatiales, temporelles, sociodémographiques et familiales de l’épidémie et des mesures de confinement. L’enquête sera répétée plusieurs fois pour étudier l’évolution de la circulation du virus et son impact sur les conditions de vie. L’enquête associe pleinement les collectivités territoriales à la démarche et aux résultats à venir.

Dans les deux enquêtes, Sapris et EpiCOV, les personnes sont invitées à se piquer le bout du doigt pour recueillir une goutte de sang et à presser leur doigt quatre fois sur un papier buvard fourni avec une enveloppe T avant de la renvoyer par la Poste aux chercheurs.

Évaluer les contacts des Français pendant le confinement

Une enquête en population afin de recueillir et d’analyser des données concernant les contacts entre les Français pendant le confinement a été lancée par l’institut Pasteur en collaboration avec l’Inserm et plusieurs universités. Cette étude baptisée SocialCov se fonde sur des questionnaires en ligne portant sur les contacts et les fréquentations des individus avant et pendant le confinement, dans le but de mieux comprendre son impact sur nos vies sociales et professionnelles. Plus spécifiquement, l’enquête permettra d’identifier le nombre de contacts que nous avons eus chaque jour, leur fréquence, et de répartir ces résultats par tranches d’âge.

Soutenir la santé mentale des personnes en confinement

Les mesures de distanciation sociale, et notamment le confinement de la population française, auront très certainement un impact sur la santé mentale et le bien-être des individus. Plusieurs études se sont déjà penchées sur la question : ainsi une méta-analyse publiée dans le Lancet suggère par exemple que le confinement est associé à un impact psychologique délétère, caractérisé par des troubles de l’humeur, des confusions, voire dans les cas les plus extrêmes par la manifestation d’un syndrome de stress post-traumatique.

Pour mieux appréhender ces effets, la chercheuse Inserm Anne Giersch, directrice du laboratoire Neuropsychologie cognitive et physiopathologie de la schizophrénie à Strasbourg, mène une étude auprès de volontaires sains. L’objectif est d’explorer aussi bien les effets positifs que les effets négatifs du confinement, en particulier sur la santé mentale. Les participants sont invités à répondre à des questionnaires de manière anonyme, portant sur l’état de santé général, l’inquiétude face au risque d’infection, les conditions du confinement, le réseau social avant et pendant celui-ci, mais aussi sur l’humeur, les émotions, ou encore le niveau de stress.

Afin d’aider la population générale à faire face aux angoisses liées à la pandémie, des chercheurs Inserm ont par ailleurs travaillé à une extension Covid-19 du dispositif StopBlues. Ce dispositif, fondé sur une application et un site web gratuit, a été développé en 2018 par l’équipe de recherche Eceve-Inserm, dirigée par Karine Chevreul. Les utilisateurs sont accompagnés pour identifier les signes de leur mal-être, rechercher les causes possibles et trouver des solutions concrètes pour y faire face. Dans le cadre de la pandémie, l’extension Covid-19 de StopBlues passe par la publication de capsules vidéo courtes décrivant les émotions que l’on peut ressentir face à la peur de la maladie, aux difficultés du confinement, à l’isolement social ou aux conflits familiaux.

Tempo Covid 19 : quel impact sur la santé mentale et les conduites addictives ?

Maria Melchior, chercheuse Inserm à l’institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne Université), et ses collègues ont lancé le projet Tempo Covid 19. Les participants d’une cohorte française (la cohorte Tempo) ont été interrogés de manière hebdomadaire depuis le 24 mars sur leur santé et leurs difficultés psychologiques, sur l’isolement relationnel, sur leur consommation de tabac, d’alcool et de cannabis, ainsi que sur leur situation professionnelle, financière, familiale et leurs activités pendant la période de confinement. Le but est d’évaluer l’impact de l’épidémie et du confinement sur la santé mentale et les conduites addictives des personnes, en fonction de leur situation sociale. Entre 400 et 500 personnes ont répondu aux 6 questionnaires qui leur ont été soumis. Les chercheurs vont désormais réinterroger ces mêmes personnes au moment du déconfinement pour avoir un suivi le plus complet possible.

Maria Melchior travaille également en partenariat avec Santé publique France sur l’enquête Echo, qui vise à évaluer les connaissances à propos du virus et des mesures de protection (gestes barrières, confinement) chez des personnes vivant en situation d’exclusion et hébergées dans des structures gérées par des associations médico-sociales, dont une majorité de personnes migrantes. Les chercheurs souhaiteraient interroger 300 personnes d’ici la fin du mois de mai.

Epidemic : quelles répercussions émotionnelles ?

Coordonnée par Michelle Kelly-Irving du laboratoire Épidémiologie et analyses en santé publique : risques, maladies chroniques et handicaps (Inserm/Université Toulouse III Paul-Sabatier), l’enquête Epidemic étudie les déterminants sociaux et psychosociaux de l’épidémie et du confinement. L’enquête vise aussi à mesurer l’impact psychologique et les répercussions émotionnelles, sociales et comportementales de l’épidémie afin d’en prévenir les conséquences et de développer des outils d’aide adaptés.

Confinement, sommeil et rêves

L’équipe de Perrine Ruby au Centre de recherche en neurosciences de Lyon (Inserm/CNRS/Université Lyon 1/Université Jean Monnet Saint-Étienne) souhaite évaluer l’impact du confinement sur nos habitudes de vie, notre sommeil et nos rêves. Les chercheurs veulent comprendre comment le contenu ou la fréquence des rêves est impactée lors de cette période un peu particulière. Le questionnaire est encore accessible pour tous ceux qui souhaiteraient y participer. 

Covid Ethics, fabriquer l’éthique en temps de crise pandémique

Porté par Léo Coutellec, de l’équipe Recherches en éthique et épistémologie au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (Inserm/Université Paris-Saclay), ce projet suppose un engagement analytique et critique des chercheurs vis-à-vis de l’épidémie de Covid-19 pour mieux comprendre et renforcer notre cadre d’analyse des enjeux éthiques dans l’anticipation et la gestion des situations pandémiques. Cette recherche sera menée sur 18 mois. Plusieurs séminaires sont programmés sur le sujet.

  1. Dépister, accompagner le travail des soignants et les protéger

L’Inserm met à disposition ses laboratoires

L’Inserm participe aux efforts de dépistage de la population. Un décret et un arrêté publiés le 5 avril autorisent les préfets à réquisitionner les laboratoires de recherche publique afin de procéder aux tests de dépistage du Covid-19 en utilisant la technique dite de RT-PCR, fondée sur le matériel génétique. Le CNRS et l’Inserm se sont préparés en recensant, dans les laboratoires dont ils sont tutelles, le matériel disponible et le nombre de tests de ce type qui pourraient être réalisés par jour, dans les conditions fixées par le gouvernement.

L’Inserm lance un projet de recyclage des masques

Portés par les directeurs de recherche Inserm Nathalie Heuzé-Vourc’h et Mustapha Si-Tahar, une étude de « preuve de concept » d’un procédé de décontamination efficace des masques chirurgicaux et FFP2, pour réutilisation par les unités de soins, est en cours, menée en collaboration étroite avec le CHRU de Tours. Dans un contexte de pénurie de masques, plusieurs procédés de décontamination sont comparés. L’équipe a déjà montré qu’à chaleur humide à 70 °C pendant une heure, aucune détérioration de la structure des masques n’est constatée. La décontamination semble efficace, détruisant plusieurs virus et bactéries testés dans le cadre de l’étude « preuve de concept ». Par ailleurs, les propriétés des masques sont similaires aux masques non traités. Il s’agit désormais de consolider ces résultats en testant le processus sur des masques contaminés par le SARS-CoV-2.

Un projet de revêtement antiviral pour les personnes et les surfaces

Les équipes Inserm de l’unité Biomatériaux et bio-ingénierie (Inserm/Université de Strasbourg) et de l’Institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques (Inserm/Université de Strasbourg) travaillent sur un projet commun de revêtements antiviraux. Il s’agit de développer un système de protection antivirale qui pourrait être appliqué à diverses surfaces de dispositifs médicaux et aux personnes notamment en milieu hospitalier, et qui serait capable d’éliminer le SARS-CoV-2 et de limiter la transmission de l’épidémie. Les chercheurs comptent d’abord passer au crible plusieurs molécules pour leur capacité à inhiber le virus, puis sélectionner les plus efficaces présentant les propriétés antivirales les plus intéressantes. Les revêtements seront ensuite développés à partir de ces molécules et leur efficacité sera testée.

Aphro-Cov, renforcer les capacités diagnostiques et la prise en charge des patients Covid-19 dans 5 pays d’Afrique subsaharienne

Dans le cadre de l’appui apporté par la France en réponse à la crise du coronavirus, Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement (AFD), et Gilles Bloch, président-directeur général de l’Inserm, ont annoncé en mars le lancement d’un dispositif conjoint visant à améliorer la veille sanitaire et la prise en charge des cas suspects de Covid-19 dans 5 pays d’Afrique (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Sénégal). Appelé Aphro-Cov, ce programme piloté par REACTing cible les laboratoires, le dispositif d’alerte précoce, les services cliniques et, via une sensibilisation et une communication renforcée, toute la population.

Parce que la recherche est plus que jamais nécessaire pour assurer la santé de tous et pour répondre aux défis posés par cette nouvelle pandémie, l’Inserm a mis en place une plateforme de dons et fait appel à la générosité du public. Les fonds récoltés permettront de faire vivre et de mener à bien tous ces différents projets de recherche.

 

Pour faire un don et soutenir le travail de nos chercheurs sur le Covid-19 : https://don.inserm.fr/donner

 

L’Inserm et la lutte contre les fake news

La lutte contre les fausses informations et la diffusion d’une information scientifique claire et de qualité sont au cœur des préoccupations de l’Inserm. C’est d’autant plus le cas dans le cadre de la pandémie de Covid-19 car de nombreuses rumeurs et informations sans aucun fondement scientifique circulent rapidement sur les réseaux sociaux et autres plateformes. Afin d’informer au mieux le public et de lutter contre la désinformation, l’Inserm a depuis janvier 2020 :

Le consortium REACTing élabore chaque semaine une veille rigoureuse de la littérature scientifique portant sur le SARS-CoV-2 et le Covid-19. Le groupe met à disposition du public un résumé des publications scientifiques de qualité, pour ceux qui souhaitent suivre au plus près l’actualité de la recherche scientifique.

Discovery : Point d’étape au 14 mai 2020

Au 12 mai 2020, 750 patients ont déjà été recrutés dans l’essai en France. ©Adam Nieścioruk on Unsplash

Discovery a été cité récemment par la Commission Européenne comme le seul grand essai académique européen évaluant des antiviraux dans le Covid-19. Il est mené en complète coordination avec Solidarity ; le consortium d’essais cliniques de l’OMS ; et contribue ainsi à l’effort global international pour trouver des traitements contre le Covid.

Au 12 mai 2020, 750 patients ont déjà été recrutés en France. Discovery est un modèle de ce que la recherche clinique peut apporter en ces temps de crise : un protocole robuste, établi avec les meilleurs standards internationaux.

Le savoir-faire de la recherche française, la mobilisation du consortium Reacting couplée à la solidité du système hospitalier territorial a permis ces inclusions en un temps record.

 

Le déploiement d’un tel essai au niveau européen est long car il s’agit de monter un réseau solide en tenant compte des différences réglementaires d’un pays à l’autre et d’inclure de très nombreux patients en leur apportant toutes les informations nécessaires, toujours dans un souci de rigueur et de qualité méthodologique. Cette coopération européenne sera d’autant plus utile qu’elle se construit dans un esprit de pérennisation pour tester des molécules ciblant spécifiquement le Covid-19 quand elles en seront à un stade clinique et pour bâtir des fondations solides en cas de nouvelle(s) grande(s) épidémie(s).

Il est primordial de continuer les essais thérapeutiques randomisés de grande ampleur comme Discovery et de les mener avec la plus grande rigueur afin d’obtenir des réponses définitives sur des stratégies thérapeutiques antivirales dont l’efficacité et la tolérance sont actuellement incertaines.

L’intérêt des patients est au cœur de cette démarche ; notre motivation est intacte. 

Suite à la réunion du 11 mai 2020, le DSMB s’est prononcé pour la poursuite de Discovery sur les 4 bras thérapeutiques après avoir examiné les données de 700 patients. L’essai continue donc, afin de parvenir à des résultats rigoureux et de qualité, permettant de dire quelle molécule s’avèrerait efficace pour quel patient et à quelle dose. 

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