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Optimiser les soins intensifs aux prématurés : une démarche collaborative européenne

« Des soins intensifs périnatals efficaces en Europe : traduire les connaissances en pratiques fondées sur les preuves » tel est le thème réunissant les 12 institutions partenaires d’EPICE – Effective Perinatal Intensive Care in Europe – projet européen financé par le 7ème Programme-Cadre « Santé » et coordonné par l’Inserm. Ce rendez-vous organisé à Paris, la semaine prochaine, sera l’occasion de la présentation de l’étude de cohorte de plus de 8 000 nourrissons prématurés. Retour sur les premiers résultats issus de ce projet démarré en 2011.

Vers des changements de pratiques dans les unités de néonatalogie

Le projet EPICE, démarré il y a 18 mois, vise à recueillir des données issues de 19 régions européennes (en orange sur la carte) et à analyser les facteurs qui favorisent l’utilisation de pratiques médicales fondées sur les preuves scientifiques pour la prise en charge des grands prématurés.

©EPICE

 « La nécessité de mettre en place un projet de recherche européen est née du constat que les taux de mortalité et de morbidité chez les grands prématurés varient d’un facteur supérieur à deux selon les régions européennes » explique Jennifer Zeitlin, coordinatrice du projet EPICE et chargée de recherche à l’Inserm (Unité 953 « Recherche épidémiologique en santé périnatale et santé des femmes et des enfants »).

Les enfants grands prématurés nés avant 32 semaines d’âge gestationnel (8ème mois de grossesse) représentent 1 à 2% de la totalité des naissances. Ces enfants ont un risque plus élevé de mortalité et de troubles neurologiques à long terme que les enfants nés à terme.

Le projet EPICE a donc pour objectif d’améliorer la survie et la santé à long terme des grands prématurés en s’assurant que les connaissances médicales soient traduites en soins périnatals efficaces. Le projet EPICE cherche à aller au-delà des connaissances actuelles en fournissant des stratégies d’intervention pour obtenir un changement des pratiques médicales qui sont fondées sur les preuves dans la prise en charge des grands prématurés.

Il en découlera également une base méthodologique et conceptuelle pour les futurs travaux scientifiques sur l’efficacité des stratégies d’intervention.

Un mode opératoire utilisant la médecine fondée sur les preuves

Promouvoir l’utilisation des recommandations cliniques fondées sur les preuves est une approche prometteuse et efficace pour améliorer la qualité des soins. Les chercheurs du projet EPICE étudient un large éventail d’interventions afin de mesurer leur utilisation et les facteurs favorisant leur diffusion dans la pratique clinique courante.

« Le but est d’apprendre de l’expérience des unités néonatales les plus performantes d’Europe et d’utiliser ces connaissances pour améliorer les soins offerts aux grands prématurés »

explique Jennifer Zeitlin.

19 interventions médicales pertinentes ont été choisies en fonction de leur importance clinique, de la solidité des preuves, de la faisabilité de la collecte de données. Les interventions étudiées concernent par exemple :

– l’utilisation des corticostéroïdes prénatals pour la maturation des poumons avant un accouchement très prématuré,

– le transfert des femmes enceintes dans des centres spécialisés incluant une réanimation néonatale (maternités de niveau 3) avant l’accouchement,

– la limitation du recours aux corticostéroïdes postnatals.

– la promotion de l’allaitement.

Depuis mars 2011, deux études épidémiologiques sont menées en parallèle : la première est la création d’une cohorte de plus de 8 000 nourrissons grands prématurés (entre 180 et 1500 inclusions par pays) et la seconde recense les protocoles et l’organisation des soins dans les maternités et les unités de néonatologie qui prennent en charge ces mêmes enfants.

– La cohorte fournira des données sur la prise en charge des enfants grands prématurés et les pathologies qu’ils ont présentées, de la naissance à la sortie de l’hôpital. Ce recueil sera complété par des informations sur leur santé et leur développement à 2 ans, recueillies auprès des familles par questionnaire.

– Les questionnaires auprès des équipes médicales dans 261 maternités et unités néonatales recueillent des données sur les caractéristiques des unités, leur organisation et les politiques d’utilisation de certaines interventions et procédures.

L’équipe multidisciplinaire du projet apporte à la fois une expertise en obstétrique, en médicine néonatale, en épidémiologie et en recherche sur les services de santé. Ainsi, le projet renforce la coopération et l’excellence en Europe en rassemblant des initiatives de recherche nationales.

En quoi la médecine fondée sur les preuves est-elle nécessaire ?

La médecine fondée sur les preuves (« evidence-based medicine ») améliore la qualité des soins. Elle est définie en fonction de la robustesse des preuves vis-à-vis des bienfaits d’une pratique, de ses avantages et des éventuels risques des traitements. Elle permet aux professionnels de santé de choisir des traitements et des pratiques ayant fait preuve de leur efficacité clinique.

* Pour en savoir plus

EPICE www.epiceproject.eu 

Des soins intensifs périnatals efficaces en Europe : traduire les connaissances en médecine fondée sur les preuves

Le projet EPICE est consacré aux pratiques médicales apportées aux grands prématurés nés avant 32 semaines de gestation, dans onze pays européens. Le but du projet est d’évaluer les pratiques et d’en tirer des améliorations de soins, car ces enfants courent un plus grand risque de mortalité et de troubles neurologiques à long terme que les enfants nés à terme.

EPICE a démarré en 2011 et est soutenu par l’Union Européenne (PC7) pendant 5 ans. Il est coordonné par l’Inserm, comme 27 autres projets « santé » européens. Le projet implique 12 partenaires et 6 partenaires associés, basés dans 11 pays européens :

Les 12 partenaires :

Inserm (coordinateur), France
SPE, Belgique
Hvidore Hospital, Danemark
Universitas Tartuensis, Estonie
Philipps Universität Marburg, Allemagne
Bambino Gesu Ospedale Pediatrico, Italie
Laziosanita Agenzia Di Sanita Pubblica, Italie
Radboud University Nijmegen Medical Centre, Pays Bas
Poznan University of Medical Sciences, Pologne
U.Porto, Portugal
University of Leicester, Royaume-Uni
Karolinska Institutet, Suède

EPICE en France

Le projet EPICE en France fait partie de l’étude nationale EPIPAGE 2 (étude épidémiologique sur les petits âges gestationnels) qui constitue une cohorte des enfants grands prématurés mise en place en 2011 dans les 22 régions de France métropolitaine et les DOM. L’étude permettra de suivre plus de 4 000 enfants prématurés jusqu’à l’âge de 11-12 ans. Trois régions françaises, l’Ile-de-France, le Nord-Pas-de-Calais et la Bourgogne, participent à l’EPICE.

Ce projet est mené par l’unité Inserm 953 (« Recherche épidémiologique en santé périnatale et dans té des femmes et des enfants ») en collaboration avec l’équipe 2, de l’UMRS 1027, dirigée par le Dr Catherine Arnaud (Epidémiologie périnatale, handicap de l’enfant et santé des adolescents),  et les équipes cliniques et de recherche des régions participantes.

Pour plus d’information sur cette étude : www.epipage2.inserm.fr (investigateur principal : Pierre-Yves Ancel, Inserm U953)

Inserm 

Créé en 1964, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) est un établissement public à caractère scientifique et technologique, placé sous la double tutelle du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche et du ministère de la Santé.

Ses chercheurs ont pour vocation l’étude de toutes les maladies, des plus fréquentes aux plus rares, à travers leurs travaux de recherches biologiques, médicales et en santé des populations.

Avec un budget 2011 de 905 M€, l’Inserm soutient quelque 300 laboratoires répartis sur le territoire français. L’ensemble des équipes regroupe près de 13 000 chercheurs, ingénieurs, techniciens, gestionnaires…

L’Inserm est membre de l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé, fondée en avril 2009 avec le CNRS, le CEA, l’Inra, l’Inria, l’IRD, l’Institut Pasteur, la Conférence des Présidents d’Université (CPU) et la Conférence des directeurs généraux de centres hospitaliers régionaux et universitaires. Cette alliance s’inscrit dans la politique de réforme du système de recherche visant à mieux coordonner le rôle des différents acteurs et à renforcer la position de la recherche française dans ce secteur par une programmation concertée.

L’Inserm est le premier porteur de projets européens « Santé » avec 28 projets coordonnés par l’institut dans le cadre PC7.

Démence et consommation de benzodiazépines chez les plus de 65 ans

Les benzodiazépines sont prescrites dans le cadre de symptômes anxieux et de troubles du sommeil. Un travail collaboratif mené par des chercheurs de trois unités Inserm à Bordeaux rend compte aujourd’hui de l’association entre consommation de benzodiazépines et survenue d’une démence chez les plus de 65 ans. Les chercheurs ont analysé un échantillon de la cohorte PAQUID[1] regroupant des individus âgés de 78 ans en moyenne et suivis pendant 15 ans. Les résultats d’analyses croisées sur cette population montrent que les sujets consommant des benzodiazépines, pendant ce suivi, présentent environ 50% plus de risque de développer une démence comparés à ceux qui n’en ont jamais consommé. Bien que cette étude ne permette pas d’affirmer qu’il y ait un lien de cause à effet, comme c’est le cas pour toute étude épidémiologique, les chercheurs recommandent d’être plus vigilants sur l’utilisation de ces molécules, qui restent utiles pour traiter l’insomnie et l’anxiété, chez les personnes âgées.

Les résultats de cette étude sont disponibles en ligne sur le site de la revue British Medical Journal (BMJ) le 28 septembre 2012

En France, environ 30% des individus de plus de 65 ans consomment des benzodiazépines pour traiter les symptômes anxieux et les troubles du sommeil. La prescription de ces molécules est très étendue, surtout en France et dans de nombreux pays comme le Canada, l’Espagne ou l’Australie parmi cette population. On sait que la prescription de benzodiazépines est aussi souvent chronique, sur une période (souvent plusieurs années) dépassant largement la durée recommandée du traitement qui est de 2 à 4 semaines. Les effets des benzodiazépines sur la cognition ont fait l’objet de nombreux d’études aux résultats controversés.

Les chercheurs des unités Inserm 657 « Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de sante sur les populations », 897 « Centre de recherche Inserm épidémiologie et biostatistique » et 708 « Neuroépidémiologie », en collaboration avec l’Université de Bordeaux, viennent de publier, dans la revue British Medical Journal en ligne le 28 septembre 2012, les résultats d’analyses sophistiquées d’une cohorte de personnes âgées pour mieux connaitre la relation entre la consommation de benzodiazépines et le développement de démence.

Pour tenter de neutraliser les biais qui pouvaient limiter la portée des études antérieures, les chercheurs ont procédé à plusieurs analyses croisées à partir des données de la cohorte PAQUID incluant, entre 1987 et 1989, 3777 personnes.

Shéma benzo EN

 

Schéma : Design de l’étude pour les analyses de cohorte 

© Inserm / J.Hardy

L’étude principale a porté sur un échantillon de 1063 personnes issues de PAQUID, âgées de 78 ans en moyenne, sans symptômes de démence au début du suivi et qui n’avaient pas consommé de benzodiazépines avant la 5ème année du suivi (cf. Schéma ci-dessus). Sur les 1063 personnes, 95 ont consommé des benzodiazépines à partir de la 5ème année ce qui définit deux populations : les personnes « exposées aux benzodiazépines » et les « non exposées ». L’incidence de la démence observée chez les personnes exposées est de 4.8 personnes sur 100 par an, contre 3,2 personnes sur 100 par an pour les « non exposés ».

« L’analyse des cas de démence dans cette première population montre que les personnes ayant débuté un traitement lors du suivi après 5 ans, ont un risque accru de développer une démence, indique Tobias Kurth, directeur de recherche à l’Inserm. Nous avons souhaité vérifier la robustesse de ce résultat par deux analyses supplémentaires  » ajoute-t-il.

La 2ème analyse a consisté à créer 5 « petites » cohortes à partir de l’échantillon étudié précédemment. Les chercheurs ont montré que l’association benzodiazépine-démence est robuste même si la date du début du traitement varie (prise de benzodiazépines à partir de T5, T8, T10, T13, T15).

Pour compléter ces résultats, les chercheurs ont réalisé une étude cas-témoins sur 1633 individus présentant une démence (cas) et 1810 sans symptômes de démence (témoins), tous issus de l’effectif initial de PAQUID. Pour chaque temps T étudié, chaque cas a été comparé à un ou plusieurs témoin(s). Cette dernière analyse montre que la tendance observée dans l’étude principale est confirmée, quelle que soit la durée d’exposition antérieure (de 3 à 5 ans pour les utilisateurs récents à plus de 10 ans pour les utilisateurs ayant toujours pris des benzodiazépines pendant le suivi).

« D’après nos analyses, l’exposition aux benzodiazépines des personnes âgées de plus de 65 ans est associée à un risque accru de démence. Même si nous ne pouvons prouver qu’il existe un lien de cause à effet, nous constatons que les individus consommant des benzodiazépines présentent environ 50% plus de risque de développer une démence durant le suivi comparés à ceux qui n’en ont jamais consommé »

indique Bernard Bégaud, Directeur de l’unité Inserm 657 “Pharmaco épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de sante sur les populations”.

Bien que ces molécules soient utiles pour traiter l’insomnie et l’anxiété, les auteurs de l’étude indiquent que leur prise peut entrainer des effets indésirables, tels que des chutes. Avec ces nouvelles données confortant celles de 4 études antérieures, les chercheurs recommandent de « limiter les prescriptions à quelques semaines et de contrôler la bonne utilisation de ces molécules. Nous doutons qu’une durée d’utilisation de l’ordre de quelques semaines puisse avoir un effet délétère sur le risque de démence« , conclut Bernard Bégaud. Par ailleurs, des études supplémentaires permettraient également de savoir si on retrouve cette association chez les personnes âgées de moins de 65 ans.


[1] PAQUID (Personnes Agées QUID), cohorte débutée en 1988, auprès d’une population de sujets vivant à domicile dans deux départements du Sud-Ouest de la France, la Gironde et la Dordogne.
3777 sujets âgés de 65 ans et plus ont participé à l’étude.

Impact de l’exposition au chlordécone sur le développement des nourrissons

Dans un article publié dans la revue Environnemental Research, des chercheurs de l’Inserm (Unité Inserm 1085 – IRSET Institut de Recherche sur la santé, l’environnement et le travail, Rennes et Pointe à Pitre) en lien avec des chercheurs québécois, belges et américains ont cherché à savoir si l’exposition au chlordécone (un pesticide utilisé jusqu’en 1993 dans les plantations de bananes aux Antilles) avait un impact sur le développement cognitif, visuel et moteur de très jeunes enfants. 1042 femmes ont été suivies pendant et après leur grossesse et 153 nourrissons ont fait l’objet d’un suivi à l’âge de 7 mois. Les résultats de  cette étude montrent que l’exposition pré ou post-natale au chlordécone est associée à des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.

 ©fotolia

Le chlordécone est un pesticide utilisé pendant plus de 20 ans aux Antilles pour lutter contre le charançon du bananier. Sa large utilisation (interdite depuis 1993 dans les Antilles françaises) et son caractère persistant dans l’environnement, ont toutefois entraîné une pollution permanente des sols et une contamination de la population. Le chlordécone est aujourd’hui considéré comme perturbateur endocrinien, neurotoxique et classé cancérogène possible pour l’homme par l’OMS.

Pour évaluer l’impact sur la santé d’une exposition au chlordécone, l’équipe dirigée par Sylvaine Cordier à Rennes et Luc Multigner à Pointe à Pitre a mis en place, en Guadeloupe, une grande cohorte mère-enfant baptisée TIMOUN[1] (enfant en créole). L’objectif général de cette étude est d’évaluer l’impact sanitaire des expositions au chlordécone sur le déroulement de la grossesse et le développement pré et postnatal. Cette cohorte est constituée de 1042 femmes suivies avec leurs enfants depuis leur grossesse qui a eu lieu au cours de la période 2005-2007. Les chercheurs se sont particulièrement intéressés à l’impact de l’exposition prénatale et postnatale au chlordécone sur le développement cognitif, visuel et moteur du nourrisson à l’âge de 7 mois.

153 nourrissons, garçons et filles, ont fait l’objet d’un suivi à l’âge de 7 mois.

L’exposition postnatale au chlordécone, estimée par la consommation de denrées alimentaires contaminées, a été retrouvée associée à la limite de la signification statistique à une réduction de la vitesse d’acquisition de la mémoire visuelle et à une réduction de la préférence visuelle pour la nouveauté. Par contre, l’exposition postnatale au chlordécone par l’allaitement n’apparait associée à aucune modification du développement psychomoteur.

L’exposition prénatale au chlordécone a été retrouvée associée de manière significative avec une réduction du score de préférence visuelle pour la nouveauté[2] ainsi qu’à un faible score sur l’échelle de développement de la motricité fine[3].

L’exposition postnatale au chlordécone, estimée par la consommation de denrées alimentaires contaminées, a été retrouvée significativement associée à une réduction de la vitesse d’acquisition de la mémoire visuelle et, associée à la limite de la signification statistique à une réduction de la préférence visuelle pour la nouveauté. Par contre, l’exposition postnatale au chlordécone par l’allaitement n’apparait associée à aucune modification du développement psychomoteur.

En conclusion, l’exposition prénatale au chlordécone ou postnatale via la consommation alimentaire est associée à l’âge de 7 mois a des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.

Bien que ces observations basées sur des petits effectifs ne traduisent pas de troubles graves, elles sont néanmoins à rapprocher de certaines particularités décrites dans le passé chez des adultes exposés professionnellement au chlordécone et caractérisées par un appauvrissement de la mémoire à court terme et par la présence de tremblements d’intention.

Les chercheurs s’interrogent sur la possibilité que ces associations constatées chez les nourrissons à l’âge de 7 mois, puissent être prédictives de troubles permanents à un âge plus avancé. Pour Sylvaine Cordier et Luc Multigner, « seul le suivi des enfants au cours des années à venir permettra de répondre à ces interrogations ». Les enfants de la cohorte TIMOUN font l’objet actuellement d’un suivi à l’âge de 7 ans.


[1] L’étude TIMOUN est une recherche biomédicale menée conjointement par l’Unité 1085 de l’Inserm (anciennement U 625) et les Services de Gynécologie-Obstétrique (Dr Philippe Kadhel) et de Pédiatrie (Dr Henri Bataille) du CHU de Pointe à Pitre.

[2] Ce test consiste à déterminer la tendance du jeune enfant à regarder plus longuement un nouvel objet (préférence pour la nouveauté) qu’un objet vu précédemment et devenu familier.

[3] A 7 mois, les acquisitions au niveau de la motricité fine correspondent à la préhension des objets entre les doigts et la paume de la main (correspondant à la capacité d’emploi de petits muscles pour faire des mouvements précis afin d’atteindre, d’agripper et de manipuler de petits objet). On l’évalue par exemple en regardant si l’enfant est capable de saisir un cube.

Stress au travail et infarctus : un lien confirmé

Les dernières études sur lien entre la survenue d’accidents cardiovasculaires ischémiques et le stress au travail ont été confrontées à de nombreux biais (méthodologie employée, définition du « stress » au travail et nombre de cas étudiés) modifiant la valeur du risque obtenu. Pour en savoir plus, des chercheurs français de l’Inserm et de l’université Versailles Saint Quentin participent à un grand consortium européen appelé IPD-WORK Consortium, regroupant treize cohortes en population en Europe. Aujourd’hui, les chercheurs confirment, par une analyse à grande échelle sur près de 200 000 individus en Europe, l’association entre le stress au travail et la survenue d’accidents cardiovasculaires. Les personnes exposées au stress auraient un risque de 23% plus élevé que celles qui n’y sont pas exposées de faire un infarctus.

Les résultats publiés dans The Lancet  le 14 septembre 2012.

Ces dernières années, le rôle d’une série de facteurs psychologiques (la personnalité, la cognition, le stress) a été étudié dans la survenue de maladies cardiovasculaires. Le stress psychologique a été le facteur plus examiné, en particulier le stress au travail, combinaison d’une forte demande de travail avec peu de marges de manœuvre. Des études précédentes ont mis en exergue une association entre le stress au travail et un risque de survenue d’évènements coronariens multiplié par deux. D’autres travaux suggèrent un risque bien plus modeste. Pour améliorer les connaissances sur le sujet, le consortium européen IPD-WORK (Individual-Participant-Data Meta-analysis in Working Populations) a été initié en 2008.

13 cohortes à l’étude, près de 200 000 participants

Le consortium regroupe treize cohortes européennes, dont la cohorte française GAZEL constituée de près de 20 000 agents d’EDF-GDF suivie depuis 1989. Des chercheurs de l’Inserm, Marcel Goldberg, Archana Singh Manoux et Marie Zins de l’unité Inserm 1018  » Centre de recherche en épidémiologie et sante des populations » et de l’université Versailles Saint Quentin, ont contribué à la plus large analyse jamais conduite sur l’association entre le stress au travail et la survenue d’événements coronariens.

La particularité de cette grande analyse est qu’elle regroupe les données individuelles de 197 473 participants inclus dans les cohortes européennes, permettant aux chercheurs de mieux cerner l’association étudiée sur un grand nombre de cas.

Les cohortes étudiées, initiées de 1985 à 2006, sont celles de 7 pays: Belgique, Danemark, Finlande, France, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse.

La moyenne d’âge des participants est de 42.3 ans et la population étudiée présente autant de femmes que d’hommes. Le stress au travail a été évalué par des questionnaires portant sur les aspects psychosociaux liés au travail. Il s’agit par exemple d’analyser la demande, l’excès de travail des individus, les demandes conflictuelles auxquelles ils sont confrontés, le temps restreint pour accomplir les tâches qui leur sont confiées.

La proportion d’individus exposés au stress au travail variait entre 12.5% et 22.3% selon les précédentes études. Sur cette grande population, elle représente 15.3%.

En parallèle, sur les 200 000 individus, les chercheurs ont recensé 2358 événements coronariens, sur une période de 7 ans de suivi en moyenne.

Prévenir le stress au travail, un facteur non négligeable

En harmonisant les données,

« les résultats obtenus à partir des 13 cohortes européennes, révèlent que les individus exposés au stress au travail ont un risque de 23% plus élevé que ceux qui n’y sont pas exposés de faire un infarctus« 

, explique Marcel Goldberg, chercheur à l’Inserm et professeur à l’Université de Versailles Saint Quentin.

Quand on prend en compte des modes de vie, l’âge, le sexe, le statut socioéconomique et la répartition géographique des participants, les résultats sont pratiquement inchangés.

Si l’on étudie la population globale (stressée et non stressée), les chercheurs considèrent que le stress au travail est associé à une augmentation du risque relativement modeste de faire un infarctus, mais qui n’est pas négligeable : « Dans notre étude, 3.4% des infarctus recensés parmi les 200 000 individus sont attribuables au stress au travail. Sur les 100 à 120 000 infarctus survenant en France chaque année, cela correspondrait tout de même à environ 3 400 à 4 000 accidents imputables à ce facteur de risque », souligne Marcel Goldberg.

L’équipe de recherche européenne suggère de renforcer la prévention du stress au travail pour réduire ce risque existant. De telles mesures préventives pourraient avoir également un impact positif sur d’autres facteurs de risque, tels que le tabac et l’alcool dont la consommation est partiellement liée au stress selon des études récentes réalisées par ce même consortium.

La contraception en France : nouveau contexte, nouvelles pratiques ?

Quelles sont les méthodes de contraception utilisées aujourd’hui en France ? Les pratiques ont-elles évolué depuis 10 ans ? Nathalie Bajos, Aline Bohet, Mireille Le Guen et Caroline Moreau livrent ici les premiers résultats de l’enquête Fecond réalisée par l’Inserm et l’Ined.

© fotolia

En France, la pilule reste toujours le premier moyen contraceptif. En 2010, 50 % des femmes de 15-49 ans concernées par la contraception l’utilisent.

Toutefois, alors que la proportion d’utilisatrices n’avait cessé d’augmenter depuis la légalisation de la pilule en 1967, elle a légèrement diminué depuis le début des années 2000.

Cette baisse est compensée par l’adoption de nouvelles méthodes hormonales de contraception (implant, patch contraceptif et anneau vaginal) sauf chez les 20-24 ans et notamment les moins diplômées d’entre elles.

Le recours au stérilet (dispositif intra-utérin ou DIU) reste réservé aux femmes qui ont eu des enfants. La stérilisation contraceptive n’est toujours utilisée que par une minorité de femmes alors qu’elle a été légalisée en 2001 comme méthode contraceptive. Environ 3 % de femmes n’utilisent pas de contraception du tout alors qu’elles ne souhaitent pas être enceintes, cette situation étant plus fréquente chez les femmes confrontées à des difficultés financières, peu ou pas diplômées, ou vivant en milieu rural.

Figure 2 : Méthodes de contraception utilisées en France en 2010 selon l’âge des femmesPhotoCP web[credits]© Population & Sociétés

Le modèle contraceptif français a ainsi peu changé au cours de la dernière décennie, avec toujours un fort recours au préservatif en début de vie sexuelle, l’utilisation de la pilule dès que la vie sexuelle se régularise et le recours au stérilet quand les couples ont eu les enfants qu’ils désiraient.

Dose d’irradiation du pancréas et risque de diabète après guérison d’un cancer de l’enfant

Florent de Vathaire, Directeur de recherche Inserm (Centre de Recherche en Epidémiologie et Santé des Populations, U1018 – Université Paris-Sud, Institut Gustave Roussy, Villejuif) et son équipe se sont intéressés à la relation entre la dose de rayonnement ionisant reçue au niveau du pancréas durant le traitement par radiothérapie d’un cancer de l’enfant et le risque à long terme de diabète. Leurs travaux sont publiés ce jour dans la revue The Lancet Oncology

© F.Pattou/Inserm

Cette étude a été fondée sur l’analyse d’une cohorte franco-anglaise de 2500 sujets traités pour un cancer dans l’enfance avant 1986, guéris pendant au moins 20 ans, et ayant renvoyé un questionnaire détaillé sur leur condition de santé.

Après un suivi médian de 27 ans, 65 sujets avaient développé un diabète.

L’incidence du diabète à l’âge de 45 ans était de 2,3% (IC95%CI : 0,8%-6,4%) chez les sujets qui n’avaient pas reçu de radiothérapie et de 6,6% (4,8% – 9,0%) chez ceux qui en avaient reçu. Les chercheurs ont montré que le facteur déterminant le risque de diabète survenant à l’âge adulte est la dose de rayonnement reçue durant la radiothérapie de leur cancer de l’enfant, au niveau de la queue du pancréas, où sont concentrés les ilots de Langerhans. L’irradiation des autres parties du pancréas ne semble pas jouer de rôle significatif. L’incidence du diabète à l’âge de 45 ans est de 16,3% (IC95%CI : 10,9%-24,0%) chez les sujets ont reçu plus de 10 Gray (Gy) au niveau de la queue du pancréas. Pour les doses faibles et modérées, chaque Gy reçu au niveau de la queue du pancréas augmente de 65% (IC95% : 23%-170%) le risque de diabète ultérieur.

Il s’agit de la première étude de la relation entre la dose de radiation reçue au niveau du pancréas, quelle qu’en soit l’origine, et le risque de diabète.

Le caractère linéaire de la relation que Florent de Vathaire et ses collaborateurs ont mis en évidence, s’il est confirmé dans les prochaines études, signifierait une augmentation de risque de diabète dès les doses faibles et modérées, et pourrait avoir des conséquences en santé publique.

Enfin, pour les auteurs, « le pancréas doit être considéré comme un organe critique lors de la planification de radiothérapie, en particulier chez les enfants ». Ils soulignent : « Jusqu’à présent, le pancréas est l’un des rares organes à ne pas être considéré à risque de complication des tissus normaux dans les directives nationales pour la radiothérapie du cancer. Nos résultats indiquent que le pancréas est un organe à risque pendant la radiothérapie et doit être couturé lors de la planification du traitement, afin de limiter au maximum son irradiation ».

Un modèle pour suivre les épidémies animales à travers le réseau routier

Le transport routier est l’un des principaux vecteurs de propagation des épidémies animales. Il est donc crucial de comprendre comment des animaux potentiellement infectés sont échangés et transportés dans un pays. Une équipe franco-italienne incluant des chercheurs du Centre de physique théorique (CNRS/Aix-Marseille Université/Université du Sud Toulon Var) et de l’unité Epidémiologie, systèmes d’information, modélisation (Inserm/UPMC) (1), vient de présenter des simulations numériques à grande échelle permettant de recréer des scénarios de propagation d’une épidémie potentielle touchant les bovins en Italie. Ce modèle, le premier à prendre en compte les variations journalières du réseau italien de transport d’animaux, pourrait permettre de développer des stratégies de prévention et de surveillance plus efficaces. Ces travaux sont publiés en ligne sur le site du Journal of the Royal Society Interface.

La possibilité de transporter des animaux de ferme sur de grandes distances est vitale pour l’élevage et l’industrie agroalimentaire. Cependant, ceci fournit aux pathogènes des moyens de se répandre. On peut citer comme exemples l’épidémie de fièvre aphteuse au Royaume-Uni en 2001, qui a eu un coût estimé de 8 milliards de livres, ou l’épidémie de peste porcine en Allemagne en 2006, qui a eu des coûts indirects estimés à 60 millions d’euros. De plus, sujet d’inquiétude grandissant, les maladies animales peuvent représenter une menace pour la santé humaine, comme l’ont montré récemment la grippe H1N1 ou la grippe aviaire.

Afin de mieux comprendre comment des animaux potentiellement infectés sont échangés et transportés dans un pays, et comment cela peut jouer sur la propagation d’une épidémie, les chercheurs ont utilisé le registre de déplacement de 5 millions de bovins au long de l’année 2007. Ils ont créé un modèle à partir d’outils venus de l’analyse des réseaux complexes. En mathématiques, un réseau est une série de points reliés par des liens. Dans le cas présent, les points représentaient les fermes et les liens, le transport d’animaux de l’une à l’autre.

L’originalité principale de ce modèle est de prendre en compte les modifications d’une semaine sur l’autre, ou même d’un jour sur l’autre, du réseau italien de transport d’animaux. Les modèles traditionnels prennent comme base un réseau figé, ce qui peut conduire à des mesures de prévention et de contrôle inadéquates.

Les simulations numériques construites par les chercheurs permettraient de prédire comment une maladie survenue dans n’importe quelle ferme italienne se propagerait par la route à travers tout le pays. Il pourrait surtout aider à identifier les fermes à surveiller en priorité lorsqu’une épidémie se déclenche, ou lorsque l’on soupçonne qu’une épidémie est en cours. Il permettrait enfin, lors d’une crise, de retracer le chemin parcouru par l’infection et d’en découvrir la ferme d’origine. Ces travaux montrent aussi que les fermes les plus intéressantes à surveiller ne sont pas seulement celles où le trafic d’animaux est le plus intense, comme le prévoiraient des modèles plus simples ne tenant pas compte de la dynamique du réseau. Difficiles à identifier par des caractéristiques standard, les chercheurs développent actuellement les méthodes mathématiques pour y parvenir.

Ce travail, fondamental dans le sens où son but était de développer de nouveaux outils mathématiques, pourrait facilement servir comme base à la création d’un outil performant et simple d’utilisation destiné aux autorités sanitaires. En outre, les chercheurs veulent à présent étendre leur étude au reste de l’Europe.

Chemins de propagation d’épidémies

Chaque point blanc représente une ferme, et les liens représentent le transport d’animaux. Les simulations numériques d’épidémies permettent de détecter des groupes de fermes. Les épidémies naissant au sein d’un même groupe se propagent selon le même scénario. De tels groupes sont soulignés sur la carte centrale, les fermes d’un groupe donné peuvent être regroupées ou dispersées géographiquement selon les cas. Les cartes sur le côté montrent plusieurs chemins de propagation d’épidémies dont l’origine est dans le groupe rouge (à gauche) ou bleu (à droite) : pour différentes origines dans le même groupe, les chemins de propagation sont très similaires. Copyright P.Bajardi, A.Barrat, L.Savini and V.Colizza

Répartition géographique des groupes de fermes dans le réseau italien de transport de bovins

Chaque point blanc représente une ferme, et les liens représentent le transport d’animaux. Les simulations numériques d’épidémies permettent de détecter des groupes de fermes. Les épidémies naissant au sein d’un même groupe se propagent selon le même scénario. Chaque couleur souligne un groupe de fermes, montrant que les fermes d’un même groupe peuvent être soit regroupées géographiquement soit assez dispersées. Les réseaux représentés en haut correspondent aux chemins de propagation des épidémies pour chacun des groupes représentés sur la carte : chaque groupe à un chemin de propagation différent. Copyright P.Bajardi, A.Barrat, L.Savini and V.Colizza

Note

(1) En collaboration avec la Fondation ISI (Turin, Italie) et l’Instituto Zooprofilattico Sperimentale Abruzzo-Molise (Teramo, Italie).

Le travail de nuit, un risque pour les femmes ?

Les résultats d’une étude menée par des chercheurs de l’Inserm (Unité Inserm 1018 « centre de recherche en épidémiologie et santé des populations ») et publiés dans l’International Journal of Cancer, montrent que le risque de cancer du sein est augmenté chez les femmes ayant travaillé de nuit. L’étude réalisée en France et baptisée CECILE a comparé le parcours professionnel de 1200 femmes ayant développé un cancer du sein entre 2005 et 2008 à celui de 1300 autres femmes.

Première cause de mortalité par cancer chez les femmes, le cancer du sein touche 100 femmes sur 100 000 par an dans les pays développés. Chaque année, plus de 1,3 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués dont 53 000 en France.

Les facteurs de risque de cancer du sein sont variés. Ils incluent des mutations génétiques, un âge tardif à la première grossesse, une faible parité ou encore les traitements hormonaux mais les facteurs liés au style de vie, les causes environnementales ou professionnelles du cancer du sein ne sont pas complètement identifiés.

En 2010, sur la base de travaux expérimentaux et épidémiologiques, le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) a classé le travail entraînant des perturbations du rythme circadien comme « probablement cancérigène ». Le rythme circadien (contrôlant l’alternance veille-sommeil) régule en effet de très nombreuses fonctions biologiques et est altéré chez les personnes travaillant la nuit ou avec des horaires décalés. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer les associations observées entre le travail de nuit et le cancer du sein : l’exposition à la lumière durant la nuit qui supprime le pic nocturne de mélatonine et ses effets anti-cancérigènes; la perturbation du fonctionnement des gènes de l’horloge biologique qui contrôlent la prolifération cellulaire ; ou encore les troubles du sommeil pouvant affaiblir le système immunitaire.

Les chercheurs de l’Inserm ont donc examiné l’impact du travail de nuit sur la santé des femmes dans une grande étude de population effectuée en France entre 2005 et 2008. Le parcours professionnel (incluant chaque période de travail de nuit) de 3000 femmes a été passé à la loupe. Au total, plus de 11% des femmes avaient travaillé de nuit à un moment quelconque de leur carrière.

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Le risque de cancer du sein était augmenté d’environ 30% chez les femmes ayant travaillé de nuit par rapport aux autres femmes. Cette augmentation du risque était particulièrement marquée chez les femmes ayant travaillé de nuit pendant plus de 4 ans, ou chez celles dont le rythme de travail était de moins de 3 nuits par semaine, impliquant des décalages de phase plus fréquents entre le rythme de jour et le rythme de nuit.

Enfin, cette association entre travail de nuit et cancer du sein semblait plus marquée lorsque l’on s’intéressait au travail de nuit effectué avant la première grossesse. Ce résultat pourrait être expliqué par une plus grande vulnérabilité des cellules mammaires incomplètement différenciées chez la femme avant le premier accouchement.

« Nos travaux confortent les résultats d’études antérieures et posent le problème de la prise en compte du travail de nuit dans une optique de santé publique, d’autant que le nombre de femmes travaillant avec des horaires atypiques est en augmentation« , rappelle Pascal Guénel, principal auteur de ce travail.

Œstrogènes et risques cardiovasculaires chez les femmes ménopausées

Les femmes sont moins sujettes que les hommes aux maladies cardiovasculaires et cette différence hommes/femmes s’estompe après la ménopause. Cette observation est à l’origine de nombreuses idées reçues laissant supposer un effet bénéfique des œstrogènes sur le cœur et les vaisseaux. Aujourd’hui, de nouvelles données semblent remettre en question ces présupposés. Les résultats d’une étude menée sur 6 000 femmes âgées de plus de 65 ans par une équipe de chercheurs de l’Inserm dirigée par Pierre-Yves Scarabin (Unité Inserm 1018 « Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations ») montrent pour la première fois que des taux élevés d’œstradiol sanguin exposent à un risque plus important d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cérébral. Ces résultats sont publiés dans The Journal of American Heart Association.

Les œstrogènes sont des hormones jouant un rôle clé dans le développement sexuel et la reproduction chez les femmes. L’œstradiol est l’hormone la plus active. Ses taux sanguins sont particulièrement élevés pendant les années de la vie reproductive. Après la ménopause, l’arrêt du fonctionnement des ovaires entraîne une chute importante des taux sanguins d’œstrogènes dont la principale source devient alors le tissu adipeux. Ces hormones continuent néanmoins de circuler à de faibles concentrations et peuvent encore avoir une action biologique.

Tout au long de la vie, les femmes restent moins exposées que les hommes au risque de maladies cardiovasculaires. Cette relative immunité des femmes a été longtemps attribuée à un rôle protecteur des œstrogènes vis-à-vis de l’athérosclérose et de ses complications. Cette hypothèse n’a cependant pas été confirmée par les travaux récents concernant le traitement hormonal de la ménopause. L’administration d’œstrogènes ne permet pas de prévenir les maladies artérielles ischémiques chez les femmes ménopausées et pourrait même avoir un effet délétère chez les femmes plus âgées.

Aucune étude n’avait pu jusqu’à présent rattacher clairement les hormones sexuelles circulantes endogènes au risque cardiovasculaire chez les femmes ménopausées.

Cette lacune est aujourd’hui comblée par les résultats d’une étude de cohorte française [1] réalisée dans la population générale (Etude des Trois Cités-3C) sur environ 6 000 femmes âgées de plus de 65 ans. Les taux sanguins d’œstradiol ont été mesurés à l’entrée dans la cohorte et, après un suivi de 4 ans, 150 nouveaux cas de maladies cardiovasculaires sont apparus.

Les résultats montrent pour la première fois que des taux élevés d’œstradiol sanguin exposent à un risque augmenté d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cérébral sans que le lien de cause à effet ne soit démontré. Cette relation n’est pas influencée par les autres principaux facteurs de risque cardiovasculaire connus, notamment le diabète et l’obésité.

D’autres résultats montrent que les œstrogènes semblent affecter certains mécanismes impliqués dans l’obstruction des artères à l’origine des maladies cardiovasculaires. Si l’effet coagulant des œstrogènes est bien établi, leur rôle dans le processus inflammatoire est aujourd’hui une voie de recherche importante en particulier chez les femmes obèses où l’accumulation de tissus adipeux est associée à des taux élevés d’œstrogènes.

Ces nouvelles données remettent de nouveau en cause le rôle bénéfique des œstrogènes sur le cœur et les vaisseaux. « Les études à venir devront confirmer cet effet délétère et établir si ces résultats sont généralisables aux femmes ménopausées plus jeunes » déclare Pierre-Yves Scarabin.

Note 

(1) https://www.three-city-study.com/l-etude-des-trois-cites-3c-historique.php

Les dernières données sur l’espérance de vie en bonne santé dans les 27 pays de l’UE rendues publiques à Paris cette semaine

L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) indique combien de temps on peut espérer vivre sans incapacité. Elle est calculée annuellement pour tous les pays de l’Union européenne depuis 2005. Ces chiffres sont rendus publics dans le cadre de la première réunion annuelle de l’Action conjointe européenne sur les espérances de vie en bonne santé (EHLEIS pour European Joint Action on Healthy Life Years), organisée à Paris ce jeudi 19 avril 2012 (ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent – 75007 PARIS à partir de 13h30) à l’invitation du ministère français de la Santé. Cette action conjointe européenne est dirigée par la France, sa coordination a été confiée à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

En 2009 l’espérance de vie sans incapacité s’établit à 61,3 ans pour les hommes de l’Union européenne (EU27) ; ce qui représente près de 80% de leur espérance de vie à la naissance (76,7 ans). L’EVSI a atteint 62 ans pour les femmes ; ce qui représente les trois quarts de leur espérance de vie à la naissance (82,6 ans).

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LES VALEURS DE 2010 POUR LES HOMMES

En 2010, c’est la Suède qui a l’espérance de vie la plus longue (79,6 ans) pour les hommes de l’Union européenne et la Lituanie la plus courte (68 ans) ; ce qui représente un écart de près de 12 années d’espérance de vie (EV) à la naissance entre ces deux pays. C’est toujours la Suède qui a, cette année-là, l’EVSI la plus longue (71,7 ans) et la République slovaque l’EVSI la plus courte (52,3 ans) ; l’écart de EVSI atteignant près de 20 années entre ces deux pays. Et c’est encore en Suède que la proportion des années vécues sans incapacité (EVSI/EV) atteint son maximum en 2010 : 90% de l’espérance de vie est vécue sans limitations dans les activités usuelles. A l’opposé, c’est en République slovaque que cette proportion atteint son minimum (73%) soit un écart de 17points. Ce premier résultat, observé chez les hommes, suggère que plus l’espérance de vie est longue plus la proportion vécue sans incapacité est grande.

Toutefois sur la très courte période 2008-2010, c’est la Lituanie qui voit son EVSI augmenter le plus, près de 3 années, alors que ce sont les Pays-Bas qui, à l’inverse, affichent la plus forte baisse (-1,3 années). Il y a donc aussi des tendances à la convergence des espérances de santé en Europe puisque l’écart entre la Lituanie et les Pays-Bas s’est réduit de plus de 4 années en à peine 3 ans.

DE MEILLEURS RÉSULTATS POUR LES FEMMES

En 2010, la France et l’Espagne ont l’espérance de vie la plus longue (85,3 ans) pour les femmes de l’Union européenne et la Bulgarie la plus courte (77,4 ans) ; ce qui représente un écart de près de 8 années d’espérance de vie (EV) à la naissance entre ces pays. Malte a l’EVSI la plus longue (71,6 ans) pour les femmes et la République slovaque l’EVSI la plus courte (52,1 ans) ; l’écart d’EVSI atteint, comme pour les hommes, près de 20 années entre ces deux pays. Cependant c’est en Bulgarie que la proportion des années vécues sans incapacité (EVSI/EV) atteint son maximum pour les femmes en 2010 : 87% de l’espérance de vie est vécue sans limitations dans les activités usuelles. A l’opposé, c’est en République slovaque, comme pour les hommes, que cette proportion atteint son minimum (66%) soit un écart de 21 points. Les résultats pour la Bulgarie illustrent un autre cas de figure, où une courte espérance de vie, combinée à une faible déclaration de limitations dans les activités usuelles, conduit à une grande proportion de l’espérance de vie apparemment libre de toute incapacité.

Sur la très courte période 2008-2010, c’est toujours la Lituanie qui voit son espérance de vie sans incapacité (EVSI) augmenter le plus (2,4 années), confirmant l’observation faite chez les hommes, alors que c’est la Finlande qui cette fois affiche la plus forte baisse (-1,7 années). Il y a donc aussi chez les femmes européennes des tendances à la convergence des espérances de santé.

ECARTS ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES

Alors que l’écart d’espérance de vie (EV) entre les hommes et les femmes atteint près de 6 années (5,9 ans) dans l’Union européenne en 2009, l’écart d’espérance de vie sans incapacité (EVSI) atteint à peine une demie année (0,7 an). Si bien que la proportion des années vécues sans incapacité est inférieure de 5 points (-4.9) chez les femmes en comparaison avec les hommes (75% versus 80%).

En 2010, c’est en Lituanie que l’écart d’espérance de vie entre les hommes et les femmes est le plus important (10,9 années) et en Suède qu’il est le plus faible (4 années). C’est aussi en Lituanie que l’écart d’EVSI est le plus important (4,6 années) mais c’est en République slovaque, cette fois, qu’il est le plus faible (0,2 année). C’est au Portugal que l’écart dans la proportion des années libre d’incapacité (EVSI/EV) est le plus grand (près de 9 points) et en Bulgarie que cet écart est le plus faible (environ 3 points). Mais dans tous les cas de figure observés, les femmes européennes vivent plus longtemps que les hommes et passent une plus grande proportion de leur vie avec des incapacités. Par contre, les écarts d’espérance de vie sans incapacité (EVSI) sont beaucoup plus réduits et dans 7 cas sur 27 (chiffres de 2009), les hommes ont une espérance de vie sans incapacité (EVSI) légèrement supérieure à celles des femmes. C’est le cas en 2009 de la Belgique, du Danemark, de l’Italie, des Pays bas, du Portugal, de l’Espagne et de la Suède, soit un nombre significatif des pays de l’Europe de l’ouest.

LE CAS DE LA FRANCE

La France, qui affiche l’espérance de vie la plus longue pour les femmes en 2010 comme en 2009 occupe la 10ème place en terme d’EVSI, illustrant ainsi un cas de figure où longue vie ne coïncide pas avec une faible déclaration de limitations dans les activités usuelles. Les hommes français occupent respectivement la 8ème et 11ème place, sur 27, en termes de longévité et d’espérance de vie sans incapacité avec les valeurs de 2009.

L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) est un indicateur important des politiques européennes. L’EVSI a été choisi dans le cadre de la stratégie de Lisbonne (2000-2010) pour apprécier la qualité de la vie et l’état de santé fonctionnel des européens. Elle fait partie des indicateurs de santé de la Communauté européenne (ECHI) et a, en outre, été sélectionnée pour fixer l’objectif fondamental du premier partenariat de l’Union de l’innovation (composante recherche et développement de la nouvelle stratégie Europe 2020) : partenariat Vieillissement actif et en bonne santé ; à savoir augmenter de 2 années le nombre des années vécues sans incapacité (HLY) dans l’Union européenne d’ici à 2020. L’EVSI est obtenue en décomposant l’espérance de vie en deux espérances de santé, avec et sans incapacité, grâce à l’introduction de la prévalence de l’incapacité observée en population générale dans le calcul de l’espérance de vie. Dans le cas de l’indicateur européen, la prévalence de l’incapacité provient de l’enquête annuelle EU-SILC dont la réalisation est coordonnée par EUROSTAT. La prévalence de l’incapacité est mesurée au travers des réponses à une question générale sur les limitations d’activité connue sous le nom de GALI : Dans quelle mesure avez-vous été limité(e) depuis au moins 6 mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que les gens font habituellement ? EUROSTAT calcule et diffuse l’EVSI comme il le fait pour tous les indicateurs des politiques européennes. L’objectif est de fournir l’année t (i.e., 2012) l’EVSI de l’année t-2 (i.e., 2010). EHLEIS effectue des calculs en parallèle et confronte ses résultats avec ceux d’EUROSTAT. L’Action conjointe européenne, soutenue et supervisée par la Commission européenne, diffuse largement les résultats obtenus (country reports, sites web dédiés, Wikipédia, etc.), encourage une bonne interprétation des EVSI (training material and interpretation guide), promeut leur utilisation dans les politiques socio-économiques et surtout produit des analyses scientifiques sur les tendances et les écarts observés : déterminants, causes et mécanismes.

Sport/Activité physique et santé : quelles nouvelles données ?

Les Jeux Olympiques de Londres démarrent le 27 juillet prochain. A près de 100 jours de l’évènement l’Inserm vous propose de faire le point sur les recherches menées dans le domaine du sport et de la santé. 

Différentes recherches montrent depuis quelques années les bienfaits de l’activité physique pour la santé, dans le cas de la prévention de l’obésité ou chez des patients atteints de maladies chroniques, cardiovasculaires ou respiratoires notamment.

Qu’en est-il du sport de haut-niveau ? Il semble qu’il soit également associé à une bonne santé. Le sport de haut niveau et l’activité physique sont-ils deux déterminants influents vis-à-vis de la santé ?

Plusieurs équipes de recherche en France, spécialisées en épidémiologie, médecine du sport, cardiologie, physiologie, ou physique, explorent ces interactions entre sport, activité physique et santé.

Vous trouverez ci-après les contacts et projets détaillés de quelques-unes des équipes de l’Inserm impliquées, entre autres, dans les domaines suivants :

  • Influences de la performance sur la longévité et la mortalité
  • Rôle de l’athlète de haut-niveau en endurance comme modèle d’étude des malades respiratoires
  • Règles de l’entraînement au sport de compétition transposées à l’activité physique (notions de progression, développement des différentes filières énergétiques, régularité, variations des exercices, motricité, évaluation, etc.)
  • Sport et vieillissement
  • Spécificités cardiaques de l’athlète de haut-niveau
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