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Un mécanisme d’élimination des protéines localisées par erreur dans le noyau cellulaire

Une collaboration internationale coordonnée par le Centre allemand de recherche contre le cancer (Université d’Heidelberg), associant en France des chercheurs de l’Institut de Génétique et Développement de Rennes (CNRS/Université de Rennes 1) sous la direction de Gwenaël Rabut, chercheur à l’Inserm, ainsi que des équipes suédoise et canadienne vient de mettre en évidence un nouveau mécanisme moléculaire qui permettrait aux cellules de détruire les protéines localisées par erreur dans leur noyau. Ces travaux sont publiés dans la revue Nature.

Les processus biologiques sont loin d’être parfaits. Malgré des millions d’années de perfectionnement, les mécanismes moléculaires qui assurent le fonctionnement des êtres vivants font de nombreuses erreurs qui, si elles ne sont pas détectées et corrigées, peuvent avoir de graves conséquences. Par exemple, de nombreux cancers ont pour origine des erreurs de copie de notre matériel génétique. De même, un mauvais repliement de certaines protéines neuronales entraîne la formation d’agrégats toxiques qui perturbent le fonctionnent du système nerveux et provoquent des maladies neurodégénératives, comme Alzheimer ou Parkinson.

Pour éviter d’en arriver là, les cellules ont mis en place des mécanismes moléculaires complexes qui contrôlent la qualité des protéines et éliminent celles qui sont défectueuses. Ces mécanismes sont localisés et mis en œuvre principalement dans le cytoplasme (compartiment des cellules où les protéines sont synthétisées).
En travaillant sur plusieurs facteurs impliqués dans le contrôle de qualité des protéines, les chercheurs se sont aperçus que certains d’entre eux étaient également localisés dans le noyau des cellules (le compartiment qui renferme le matériel génétique) et qu’ils permettaient de dégrader des protéines anormalement présentes dans ce compartiment.

cellule

Lors de cette étude, les chercheurs de l’Institut de génétique et de développement de Rennes (dont Gwenaël Rabut, chercheur Inserm, coordinateur et responsable du projet à Rennes et Ewa Blaszczak, doctorante, co-première auteure de l’article) ont pu observer que ces facteurs impliqués dans le contrôle de qualité des protéines interagissaient entre eux au niveau du noyau et qu’ils entraînaient l’ubiquitylation (l’étape précédant la dégradation) d’une protéine localisée par erreur dans le noyau.

En utilisant une méthode d’observation basée sur un décalage de fluorescence des protéines d’intérêt développée à l’Université d’Heidelberg, les chercheurs ont pu identifier une vingtaine de protéines dont la dégradation dépendait des facteurs de contrôle de la qualité localisés dans le noyau. Comme plusieurs de ces protéines sont normalement localisées dans le cytoplasme, et qu’elles s’accumulent au niveau du noyau lorsqu’elles ne sont plus dégradées, les chercheurs proposent que ce système de contrôle de qualité serve à éliminer non seulement des protéines défectueuses, mais aussi les protéines localisées par erreur dans le noyau.

Ces découvertes ont été réalisées en utilisant un organisme modèle, la levure de boulanger, mais il est vraisemblable que des mécanismes similaires existent également chez l’homme.

Valérie Mazeau-Woynar, nommée directrice du Département des Partenariats et Relations Extérieures (DPRE) de l’Inserm

Valérie Mazeau-Woynar succède à Claire Giry à la tête du Département des Partenariats et Relations Extérieures (DPRE) de l’Inserm. Elle contribuera, à ce titre, à la mise en œuvre des partenariats institutionnels de l’Inserm au niveau régional et national, européen et international, sous l’impulsion de la Direction générale, et en coordination avec les Instituts thématiques.
PhotoCP web

Valérie Mazeau-Woynar

De formation multidisciplinaire en médecine, en recherche biomédicale et en politiques de santé publique, acquise en France et aux Etats-Unis, Valérie Mazeau-Woynar était auparavant directrice des recommandations et de la qualité de l’expertise de l’Institut national du cancer (INCa). Elle a notamment coordonné pour l’INCa la rédaction du Plan cancer 2014-2019, définissant la stratégie nationale de lutte contre le cancer. Valérie Mazeau-Woynar est, par ailleurs, auteur ou responsable de plus de 60 rapports publiés par cet institut entre 2008 et 2014 : recommandations nationales pour les équipes spécialisées, guides pour les médecins généralistes, guides pour les patients et rapports scientifiques.

Forte d’une grande expérience des relations institutionnelles avec les administrations centrales, les agences sanitaires et de recherche, les sociétés savantes, les associations de patients et les fondations, Valérie Mazeau-Woynar met aujourd’hui au service du Département des Partenariats et Relations Extérieures de l’Inserm sa capacité d’analyse des situations, à la fois médicale, scientifique et stratégique.

« Profondément attachée à contribuer à améliorer la santé des populations, je suis heureuse et honorée de rejoindre l’Inserm et de mettre mes compétences au service de la recherche qui permettra de mieux prévenir les maladies et d’améliorer la prise en charge des patients de demain », Valérie Mazeau-Woynar.

Elle contribuera, par ses missions, à la promotion d’une politique de site, au développement de coopérations institutionnelles au niveau régional, national, européen et international, ainsi qu’à la définition de la stratégie de l’Inserm auprès de la direction générale.

Le processus diabétique mieux compris grâce au gène Rfx6

Pour la première fois, l’équipe de Gérard Gradwohl, directeur de recherche Inserm à l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire d’Illkirch (IGBMC/Inserm-CNRS-Université de Strasbourg), montre que le gène Rfx6 est essentiel au fonctionnement des cellules productrices d’insuline, les cellules bêta du pancréas. Chez la souris adulte, ce gène s’avère non seulement important pour permettre la sécrétion d’insuline, mais de surcroît il joue un rôle majeur dans l’identité de la cellule beta. Dans la suite logique de ce travail mené chez le rongeur, l’équipe de Raphaël Scharfmann directeur de recherche Inserm (Unité 1016 « Institut Cochin »/Inserm-Université Paris Descartes-CNRS) confirme ces résultats sur des cellules β pancréatiques humaines et chez un enfant de 6 ans atteint de diabète néonatal.
Ces  deux travaux sont publiés dans la revue Cell Reports du 11 décembre 2014.

ilots langherans 

Immunofluorescence, coupe histologique ilot de Langerhans d’un pancréas de souris adulte montrant l’expression du facteur de transcription Rfx6 (rouge) dans le noyau des cellules β (marquée par l’insuline en vert) ©Julie Piccand 

Dès 2010, les scientifiques apportaient la preuve que le gène Rfx6, jouait un rôle clé dans la formation des cellules productrices d’insuline. Chez les souris portant des mutations ou des délétions (absence) de ce gène, un diabète grave apparaît à la naissance entrainant la mort des souriceaux. Tandis que chez les nouveau-nés humains présentant des mutations, un diabète néonatal est très vite diagnostiqué puis pris en charge par traitement à l’insuline.

De facteur impliqué dans le diabète néonatal, Rfx6 est en train de passer au statut de gène essentiel dans le contrôle de la sécrétion d’insuline et donc potentiellement impliqué dans le processus diabétique chez l’adulte. En effet, les chercheurs de l’IGBMC ont créé des modèles animaux de souris, dont les cellules β matures ont été modifiées de façon à inactiver leur gène Rfx6. Résultat : ces souris mutées présentent une intolérance au glucose (prédiabète). Par quels mécanismes? Sans expression de Rfx6 dans les cellules β plusieurs étapes cruciales de la sécrétion d’insuline induite par le glucose sont perturbées comme la détection du glucose, l’activité électrique des cellules β et les flux d’ions calcium.

Rfx6 régule en fait directement l’expression de gènes clés contrôlant ces processus. L’enchainement de ces étapes aboutit à une sécrétion d’insuline adaptée aux fluctuations de la glycémie, leur altération provoque une production d’insuline défectueuse.

Encore plus surprenant, en allant voir dans le transcriptome  des souris mutantes (sans Rfx6), l’équipe de Gérard Gradwohl a remarqué que des gènes normalement réprimés dans les cellules β deviennent actifs. Ces gènes, connus sous l’appellation « disallowed » (interdits), au lieu de rester silencieux, se manifestent ici. Leur activation induit alors la perte d’identité des cellules β. En quelque sorte, elles subissent une dédifférenciation et « oublieraient » leur raison d’être et leur fonction.

Des observations validées chez l’homme

Dans la suite logique de ce travail mené chez le rongeur, l’équipe de Raphaël Scharfmann confirme les résultats sur des cellules β pancréatiques humaines. Depuis 30 ans, les chercheurs du monde entier tentaient sans succès de reproduire ces cellules β en laboratoire pour les étudier et comprendre leurs dysfonctionnements. En 2011, Raphaël Scharfmann et ses collaborateurs académiques et industriels de la société EndoCells avaient été les premiers au monde à produire in-vitro des lignées de cellules β humaines fonctionnelles. Ils étaient donc en possession de  la « boîte à outils » nécessaire pour explorer le rôle de Rfx6 chez l’homme.

De plus, leurs analyses génétiques d’enfants atteints de diabète néonatal avaient montrées des mutations dans le gène Rfx6 sans savoir quel pouvait être son rôle dans la maladie.

Les chercheurs ont donc tenté de percer le mystère Rfx6 à la fois sur des cellules β humaines classiques et fonctionnelles, sur des cellules β chez lesquelles le gène Rfx6 n’était pas exprimé et chez un enfant de 6 ans atteint de diabète néonatal.

Leurs travaux montrent, tout comme ceux des chercheurs de Strasbourg, que Rfx6  joue un rôle central en contrôlant à la fois la production d’insuline dans les cellules β mais aussi sa sécrétion dans le sang.

Dans le détail, Rfx6 agit au niveau de la membrane de la cellule β en contrôlant l’ouverture et la fermeture de canaux calciques Ca2+. En temps normal, le glucose pénètre par diffusion facilitée dans la cellule β pancréatique. Cette entrée entraine des réactions en cascade qui conduisent à l’ouverture des canaux calciques qui permettent la libération d’insuline dans le sang. Dans le cas où Rfx6 est muté et non fonctionnel, il empêche l’ouverture des canaux Ca2+ et bloque la sécrétion d’insuline qui en résulte.

Pour les chercheurs ce travail présente un triple intérêt : il confirme les résultats obtenus chez le rongeur. Il permet également de valider scientifiquement l’intérêt des cellules β produites en laboratoire comme un véritable outil d’exploration des mécanismes du diabète. Enfin d’un point de vue thérapeutique, un traitement modulant l’ouverture et la fermeture des canaux Ca2+ pourrait être intéressant à développer.

Lutte contre le paludisme : 16 nouveaux génomes de moustiques séquencés

Le génome complet de 16 espèces d’anophèles originaires des cinq continents vient d’être séquencé. Dix ans de recherches ont permis à un consortium international, coordonné par l’Université du Michigan et l’Université de Notre Dame (Etats-Unis) et associant des chercheurs de l’IRD et de l’Inserm, de publier le 27 novembre 2014 dans la revue Science, le séquençage de l’ADN de ces moustiques, vecteurs du paludisme. Ces résultats ouvrent la voie au développement d’études de génomique comparative et permettront d’améliorer les stratégies de lutte antivectorielle, incontournables pour contrôler la maladie en l’absence de vaccin.

Moustique

© IRD/ M. Dukhan : femelle moustique du genre Anopheles sundaicus

Le paludisme cause plus de 600 000 décès par an, principalement en Afrique subsaharienne. Les parasites, Plasmodium, sont transmis par des moustiques du genre Anopheles. Parmi les 450 espèces d’anophèles présentes sur la planète, seule une douzaine est responsable de la plupart des transmissions à l’homme.

Afin d’améliorer les stratégies de lutte antivectorielle, les chercheurs s’attachent depuis de nombreuses années à décrypter le génome des anophèles. Celui du moustique africain, Anopheles gambiae, vecteur majeur du paludisme, est disponible depuis 2002. Ceux de ses homologues sud-américain (Anopheles darlingi) et Indien (Anopheles stephensi) ont fait l’objet de publications récentes, respectivement en 2013 et 2014. Jusqu’à présent, le manque de connaissances sur les ressources génétiques d’autres espèces d’anophèles limitait les comparaisons permettant d’identifier les caractéristiques clés qui déterminent la capacité de certains moustiques à transmettre les parasites.

10 ans de recherche en partenariat Nord/Sud

Piloté par le Broad Institute de l’Université du Michigan et le Eck Institute de l’Université de Notre-Dame (Etats-Unis), le consortium international a mobilisé pendant 10 ans plus d’une centaine de chercheurs provenant de 50 instituts de recherche et universités du Nord (Etats-Unis, Europe) et du Sud (Afrique, Asie, Amérique du Sud, Océanie, Australie).

Les chercheurs ont étudié des spécimens d’anophèles provenant de nombreuses régions du monde : Afrique, Asie, Asie Mineure, Amérique centrale et Océanie. Ils ont combiné les techniques les plus récentes de séquençage, d’assemblage des génomes et des gènes exprimés et de cartographie des chromosomes, avec des méthodologies innovantes d’analyse de séquences et de comparaison de génomes. Grâce à cette approche pluridisciplinaire, les chercheurs ont réussi à séquencer et annoter le génome complet de 16 nouvelles espèces d’anophèles.

Forte évolution génétique des anophèles

Les génomes séquencés s’avèrent très variables, tant dans leur composition que dans leur organisation générale. Ainsi, leur taille varie entre 135 et 275 millions de paires de bases. Entre 10 000 et 16 000 gènes ont été identifiés par espèce. Les premières analyses comparatives mettent en évidence des particularités génétiques fortes, notamment un taux d’évolution moléculaire élevé par rapport à d’autres insectes (drosophile en particulier) et une plasticité importante du génome, avec de nombreux gains et pertes de gènes (ou de groupes entiers de gènes) au cours de l’évolution.

Des analyses menées sur certains groupes de gènes impliqués dans des éléments clés de la biologie des anophèles – tels que la reproduction, le système immunitaire, la résistance aux insecticides, la composition de la cuticule ou de la salive, la perception des odeurs ou la communication hormonale – ont permis aux chercheurs de déterminer un certain nombre de gènes et de traits spécifiques acquis au cours de l’évolution, qui sous-tendent l’apparition de l’anthropophilie[1] et de la transmission des parasites chez les anophèles.

La connaissance de ce matériel génétique améliore la compréhension des mécanismes d’adaptation des vecteurs à l’homme et à leur environnement. Les chercheurs disposent désormais de nouvelles pistes de recherche pour rendre plus efficaces les stratégies de lutte antivectorielle et contrôler la transmission du paludisme.

[1] Se dit des organismes (végétaux ou animaux) qui vivent au contact de l’homme ou dans des lieux qu’il fréquente.

Anne Dejean-Assémat, lauréate du Grand Prix Inserm 2014

La cérémonie annuelle des Prix Inserm de la recherche médicale se tiendra le 3 décembre 2014 au Collège de France en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et à la Recherche et Yves Lévy, Président-directeur général de l’Inserm. Huit prix seront décernés aux personnalités scientifiques qui contribuent, par leurs travaux, aux progrès de la recherche et à l’excellence de l’Institut. La cérémonie clôturera une année exceptionnelle, rythmée par plus d’une centaine de manifestations célébrant le 50ème anniversaire de l’Inserm.

L’événement sera retransmis en direct sur le site de l’Inserm.

Le Grand Prix Inserm est attribué à Anne Dejean-Assémat, directrice de l’Unité mixte Inserm/Institut Pasteur 993 « Organisation nucléaire et oncogenèse », pour l’ensemble de ses recherches sur les mécanismes moléculaires et cellulaires impliqués dans le développement des cancers chez l’Homme.
PhotoCP webAnne Dejean-Assémat ©Inserm

Cette chercheuse a établi le rôle mutagène du virus de l’hépatite B dans le cancer du foie. Elle a identifié l’un des premiers récepteurs de l’acide rétinoïque (RAR), la forme active de la vitamine A, puis démontré son rôle dans certains cancers humains.

En découvrant l’altération systématique du récepteur de cet acide chez les patients atteints de leucémies aiguës promyélocytaires et l’altération cellulaire associée, Anne Dejean-Assémat a, avec ses collègues, clarifié les bases moléculaires et cellulaires de la leucémogénèse et permis de mettre au jour les mécanismes impliqués dans l’efficacité du traitement de ce type de leucémie. Ces observations constituent l’un des exemples les plus illustratifs de thérapie ciblée du cancer.

Les autres lauréats :

Depuis 2004, un Prix d’Honneur et un Prix International sont décernés, témoignant de la carrière de personnalités scientifiques particulièrement éminentes. Le Prix d’Honneur 2014 sera décerné à William Vainchenker (Unité 1009 Inserm/ Institut Gustave-Roussy/Université Paris-Sud), le Prix International à Sir Leszek Borysiewicz (Université de Cambridge, Royaume-Uni).

Les Prix Recherche distinguent des chercheurs, enseignants-chercheurs et cliniciens-chercheurs, dont les travaux ont particulièrement marqué le champ de la recherche fondamentale, de la recherche clinique et thérapeutique et de la recherche en santé publique. Les lauréats 2014 sont Nadine Cerf-Bensussan (Unité 1163 Institut Imagine/Université Paris-Descartes) et Hélène Dollfus (Unité 1112 Inserm/Université de Strasbourg).

Les Prix Innovation récompensent des ingénieurs, techniciens ou administratifs pour des réalisations originales au service de l’accompagnement de la recherche. Les lauréats 2014 sont Frédéric De Bock (Unité 661 Inserm/CNRS/Universités de Montpellier 1et 2) et Mathieu Ducros (Unité 1128 Inserm/ Université Paris-Descartes).

Depuis 2013, un Prix Opecst-Inserm est remis conjointement par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques et l’Inserm. Il vise à récompenser un chercheur pour son implication dans la valorisation des résultats de la recherche. Le lauréat 2014 est Mickaël Tanter (Unité 979 Inserm/CNRS/ESPCI de Paris).

Pour en savoir plus :

La biographie détaillée d’Anne Dejean-Assémat est consultable sur le site de l’Académie des sciences

Des photos des lauréats sont disponibles en téléchargement sur Serimedis, la banque d’images de l’Inserm

Des films consacrés aux travaux des lauréats seront disponibles dès le 4 décembre sur Serimedis

AVC du jeune adulte : découverte d’un gène de susceptibilité associé au saignement des artères cervicales

Les chercheurs de l’unité mixte de recherche « Santé publique et épidémiologie moléculaire des maladies liées au vieillissement » (Inserm/ Institut Pasteur de Lille/Université Lille 2) en collaboration avec le CHRU de Lille, ont découvert un gène de susceptibilité impliqué dans la survenue de cette cause majeure d’accident cérébral du sujet jeune. Ce gène, PHACTR1, est connu pour être également associé à la survenue de migraines et d’infarctus du myocarde. Cette étude internationale, réalisée dans le cadre du consortium international CADISP[1] et publiée dans la revue Nature Genetics, révèle qu’une forme du gène est associée à la diminution du risque de développer une dissection des artères cervicales à l’origine des saignements entraînant l’accident. Ce travail ouvre de nouvelles perspectives pour identifier les personnes à risque et tenter de prévenir la survenue des attaques cérébrales chez le jeune adulte.
PhotoCP web

Accident vasculaire cérébral. Visualisation du tPA « Activateur tissulaire du Plasminogène » en rouge, dans un vaisseau (en vert), et dans le tissu cérébral. Image réalisée à l’unité 919 Inserm « Serine protéases et physiopathologie de l’unité neurovasculaire », Caen. ©Inserm/U919


La dissection des artères cervicales est une cause majeure d’attaque cérébrale du sujet jeune. Elle consiste en un saignement qui survient dans l’épaisseur même de la paroi des artères carotides ou vertébrales et qui va « déchirer » l’artère (d’où le terme de dissection) longitudinalement sans rompre le vaisseau. Ce saignement va être à l’origine d’un hématome qui va diminuer le diamètre de l’artère et potentiellement entraîner son obturation. Souvent, la formation d’un caillot à l’intérieur de l’artère stoppe ainsi totalement le passage du sang vers le cerveau, entraînant un accident vasculaire cérébral.

Les causes de ces dissections sont encore inconnues. L’hypothèse qui prévaut aujourd’hui est celle d’une maladie multifactorielle, possiblement liée à une anomalie préexistante de l’élasticité de la paroi des vaisseaux. On observe chez ces patients des facteurs associés comme des migraines, de l’hypertension, des infections ou des traumatismes récents parfois mineurs (port de charges lourdes, chute de vélo, étirements cervicaux dus aux accélérations de certaines montagnes russes, coups portés à la nuque…). Dans l’immense majorité des cas, les dissections des artères cervicales surviennent sans contexte familial et sans maladie héréditaire sous-jacente. Toutefois, plusieurs hypothèses sont en faveur d’une susceptibilité individuelle, portée par le génome qui favoriserait la survenue de dissections artérielles. C’est dans ce contexte que le consortium CADISP a été lancé afin de constituer la plus vaste étude jamais réalisée dans le domaine pour pouvoir cribler systématiquement notre génome et découvrir les bases de cette susceptibilité génétique individuelle.

Douze pays au total, dont dix pays européens, les Etats-Unis et la Russie, ont pu réunir 2052 malades atteints de dissection et comparer leurs génomes à ceux de 17 064 personnes non atteintes. Les chercheurs et médecins ont pu démontrer qu’une forme particulière du gène PHACTR1 était associée à une diminution du risque de développer une dissection des artères cervicales. Cette même forme du gène PHACTR1 a été associée dans d’autres études à un risque diminué de migraines et à un risque augmenté d’infarctus du myocarde. Les chercheurs ont également identifié deux autres gènes potentiellement associés au risque de dissection : le gène LRP1 déjà associé à la migraine et à l’anévrysme de l’aorte abdominale et le gène LNX1, tous deux nécessitant d’autres confirmations.

« Face à la difficulté diagnostique et à la gravité de cette maladie, la caractérisation du gène de susceptibilité génétique PHACTR1 permettra de mieux comprendre les mécanismes d’apparition de ces dissections » explique Stéphanie Debette, neurologue, premier signataire de l’article et coordinatrice du consortium international CADISP.


« Grâce au regroupement des efforts de recherche au niveau mondial, nous espérons parvenir à identifier plus rapidement les personnes à risque et trouver des solutions pour prévenir les conséquences fonctionnelles majeures associées à la survenue d’une attaque cérébrale chez l’adulte jeune » conclut Philippe Amouyel, épidémiologiste, directeur de l’unité mixte de recherche impliquant l’Inserm, l’Institut Pasteur de Lille et l’Université Lille 2.

Ces résultats ont pu être obtenus grâce à l’ensemble des cliniciens et de leurs patients et aux capacités de génotypage et d’analyse du Centre National de Génotypage du CEA, du Centre d’Etude du Polymorphisme Humain et de l’Institut Pasteur de Lille.

[1] Cervical Artery Dissections and Ischemic Stroke Patients

Pour en savoir plus :

La dissection des artères cervicales : quels sont les signes ?
Ce phénomène pathologique touche le jeune adulte, homme ou femme, autour de 40 ans, présentant peu ou pas de facteurs de risque vasculaires. Il se traduit par la survenue d’une douleur à l’endroit de la dissection, en général au niveau du cou, ou de maux de tête inhabituels. Dans la majorité des cas, simultanément ou dans les heures qui suivent, des symptômes caractéristiques de l’accident vasculaire cérébral (paralysie, perte de sensibilité, perte de la parole, diminution du champ visuel…) surviennent. La fréquence de ces dissections est d’environ 2,5 à 3 pour 100 000 habitants et par an, ce qui en fait une maladie peu fréquente, dont en pense aujourd’hui qu’elle reste sous-estimée.

 

Des virus pirates pris à leur propre piège ?

Pour infecter une cellule hôte et se multiplier, certains virus comme celui de l’hépatite C infiltrent les ribosomes, véritables usines d’assemblage des protéines présentes dans chacune de nos cellules. Les protéines virales sont ainsi produites au détriment des protéines cellulaires. Des scientifiques strasbourgeois ont démontré que l’un des 80 composants du ribosome est indispensable à l’infection par certains virus sans être essentiel au fonctionnement normal des cellules. Cette découverte, qui pourrait déboucher sur le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques, a été réalisée par des chercheurs du laboratoire Réponse immunitaire et développement chez les insectes (CNRS) et de l’Institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques (Inserm/Université de Strasbourg)1, avec notamment le soutien de l’ANRS. Elle fait l’objet d’une publication dans la revue Cell le 20 novembre 2014.

Une infection virale peut être traitée en bloquant certains constituants du virus. Cependant, ceux-ci sont bien moins nombreux que les protéines cellulaires de l’hôte avec lesquelles ils interagissent. De plus ces facteurs mutent beaucoup plus facilement et échappent ainsi aux traitements. C’est pourquoi les virologistes cherchent à mettre au point des antiviraux ciblant ces protéines (ou facteurs) cellulaires. Seul bémol, mais de taille : les facteurs ciblés par cette stratégie jouent souvent un rôle important dans la cellule, entraînant des effets secondaires.

Dans cette optique, un groupe de chercheurs strasbourgeois a identifié un constituant cellulaire prometteur, baptisé RACK1, faisant partie du ribosome, sorte d’usine cellulaire où sont assemblées les protéines. RACK1 pourrait devenir la cible de nouveaux types de traitements antiviraux puisqu’il s’est révélé nécessaire à l’infection des cellules par certains virus, mais non essentiel pour le fonctionnement normal des cellules.

Véritable chaîne de montage, le ribosome assemble les acides aminés selon un enchaînement dicté par le message génétique (contenu dans les molécules d’ARN messager). La stratégie employée par de nombreux virus pour se multiplier consiste à infiltrer le ribosome de la cellule infectée de manière à forcer la fabrication de leurs propres protéines, au détriment des protéines cellulaires. Ainsi, ils fabriquent de nouvelles particules virales, qui iront infecter d’autres cellules… Ces travaux montrent que, parmi les quelques 80 sous-unités qui composent le ribosome, RACK1 constitue une porte d’entrée pour plusieurs virus, dont celui de l’hépatite C. Plus remarquable : la plupart des ARN messagers cellulaires peuvent être traduits en protéines dans un ribosome sans RACK1, alors que cette sous-unité est indispensable à la traduction des ARN – et donc à la propagation – de certains virus.

Les chercheurs ont réalisé cette découverte en travaillant sur la mouche du vinaigre (Drosophila melanogaster). Des mouches adultes dépourvues de RACK1 survivent normalement, tout en ne pouvant plus être infectées par certains virus d’insectes. Le même constat a été fait sur des cellules humaines en culture : l’absence de RACK1 ne compromet pas leur survie ni leur multiplication, mais empêche l’infection par le virus de l’hépatite C. Et ceci pourrait être valable pour d’autres virus ayant la même stratégie de piratage des cellules2 (virus de la polio, de la fièvre aphteuse, entérovirus…).

Cette découverte ouvre donc de nouvelles perspectives thérapeutiques basées sur le blocage de ce point de connexion du virus sur le ribosome de la cellule. Le fait que ce mécanisme soit utilisé par des virus de nature très différente permet d’envisager la mise au point de traitements à large spectre d’action applicables aux infections virales des insectes, des animaux et de l’homme.

Cependant, si la protéine RACK1 est conservée chez des espèces aussi différentes que la drosophile et l’homme, elle n’est sans doute pas complètement inutile pour ces organismes. De fait, si les adultes sont viables, les larves de drosophiles et les embryons de souris dépourvus de RACK1 ne peuvent dépasser un certain stade de développement. Cela signifie que certains ARN messagers cellulaires, utilisés dans des situations particulières, ont besoin de RACK1 pour leur traduction. Décrypter les conditions dans lesquelles RACK1 est utile aux cellules est donc fondamental avant de pouvoir l’utiliser comme cible thérapeutique.

Au niveau fondamental, ces résultats montrent que la traduction des ARN en protéines est plus complexe qu’on ne le pensait. Ils ouvrent des perspectives pour comprendre « le code ribosome » (se superposant au code génétique et aux autres mécanismes de régulation de l’expression des gènes) : selon la composition et la structure du ribosome, certains ARN seraient sélectivement traduits, d’autres non. Les indices en faveur d’un tel code s’accumulent… reste à le décrypter.

Ces travaux ont notamment bénéficié du soutien de l’ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites), de la FRM (fondation pour la recherche médicale), de la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer et de l’Institut Hospitalo-Universitaire de Strasbourg Mix-Surg.

1 en collaboration avec les laboratoires Architecture et réactivité de l’ARN (CNRS) et Spectrométrie de masse biologique et protéomique (CNRS/ESPCI ParisTech).

2 Ces virus ont évolué afin de contourner les stratégies antivirales des cellules. Leurs ARN contiennent un motif interne (appelé IRES : internal ribosome entry site) qui recrute les ribosomes.

virus DCV drosophila CNRS - Jean luc imler

Préparation de virus DCV (Drosophila C virus), utilisés dans l’étude. © Jean-Luc Imler

Cette image est disponible à la photothèque du CNRS, rf.srnc@euqehtotohp.

Démarrage de la saison 2014-2015 de GrippeNet.fr

Participation de la population à la surveillance en ligne de la grippe

Lancé il y a 3 ans par l’équipe du réseau Sentinelles (unité mixte de recherche 1136, Inserm – Université Pierre et Marie Curie) et l’Institut de Veille Sanitaire, le site GrippeNet.fr revient pour une quatrième année consécutive.


GrippeNet.fr complète les systèmes de surveillance traditionnels de la grippe alimentés par des informations collectées dans les cabinets de médecins libéraux et les hôpitaux. Ces données permettent d’entreprendre des travaux de recherche (au niveau national mais aussi européen) pour tenter de mieux comprendre la grippe (recherche de facteurs de risque, rôle de l’âge, recours aux soins de santé, impact de la vaccination, diffusion de la maladie à l’échelle européenne,…), mais aussi de suivre l’évolution de l’épidémie au sein de la population.

Le principe du site GrippeNet.fr  est de permettre à toute personne qui le souhaite en France métropolitaine, de participer à la surveillance de la grippe, de façon anonyme et volontaire, quels que soient son âge, sa nationalité et son état de santé.

GrippeNet 2014


Bilan de la dernière saison

Lors de la saison 2013-2014, GrippeNet.fr a permis de recueillir, durant 5 mois (du 13 novembre 2013 au 13 avril 2014), une grande quantité de données liées à la grippe. Si le nombre de participants est resté stable avec 6 000 internautes, la participation hebdomadaire a augmenté avec 4 000 questionnaires remplis en moyenne chaque semaine (contre 3 700 lors de la saison 2012-2013). Cette saison a mis en évidence une fidélisation accrue des participants à l’étude GrippeNet.fr.

Au cours de la saison 2013-2014, 24% des participants ont déclaré des symptômes compatibles avec un syndrome grippal (contre 29% lors de la saison 2012-2013), ce qui peut être mis en parallèle avec la courte durée de l’épidémie de grippe. Cette dernière ne s’est étendue que sur 5 semaines et figure parmi les plus petites épidémies recensées par le réseau Sentinelles. Seuls 42% des participants présentant un syndrome grippal ont consulté un professionnel de santé. (Plus d’informations disponibles sur le bilan de la saison 2013-2014).

La nouvelle saison 2014-2015

Focus sur les femmes enceintes, population à risque de complications liées à la grippe

La grippe peut avoir des conséquences importantes pour la mère et son enfant au cours de la grossesse. Depuis 2012, la vaccination contre la grippe est donc recommandée en France pour toutes les femmes enceintes. En pratique, il est cependant difficile d’évaluer si cette recommandation est bien suivie.

En plus du suivi habituel de la population générale, une surveillance spécifique des femmes enceintes est cette année mise en place : le projet G-GrippeNet vise à estimer la fréquence de survenue d’une grippe chez cette population spécifique, ainsi que le nombre de femmes vaccinées contre la grippe pendant leur grossesse en France. Cette étude est la toute première utilisation de l’outil GrippeNet.fr visant à suivre plus particulièrement une population.

Une fois son compte personnel créé sur www.grippenet.fr, la future maman complètera le premier questionnaire d’inclusion, dans lequel elle répondra « oui » à la question « Etes-vous enceinte ? ». Chaque semaine, elle sera ensuite invitée à remplir un questionnaire de symptômes (identique à celui de GrippeNet.fr). Un autre sera également mis à sa disposition si elle souhaite déclarer un événement particulier survenu lors de sa grossesse ou informer de son accouchement. Les participantes recevront parallèlement une newsletter mensuelle abordant un sujet de santé lié à la grossesse.

Pour que les estimations de GrippeNet.fr soient les plus fiables possibles, une participation massive de la population est indispensable. Celle-ci permet d’étudier l’évolution de l’épidémie de grippe selon différentes catégories de population, notamment les hommes et les jeunes participants sous-représentés lors des saisons passées, et désormais les femmes enceintes. Chacun est invité à participer, quels que soient son état de santé (peu sensible aux infections hivernales ou souvent malade en hiver), son âge, son métier,….


Rappel du projet GrippeNet.fr

Ce système de surveillance a été lancé fin janvier 2012 par l’équipe du réseau Sentinelles (unité mixte de recherche Inserm – Université Pierre et Marie Curie) et l’Institut de veille sanitaire.

Le système GrippeNet.fr permet de recueillir directement auprès de la population métropolitaine des données épidémiologiques sur la grippe, grâce à Internet. Les données recueillies par GrippeNet.fr n’ont pas vocation à remplacer les informations validées par des professionnels de santé, mais apportent des informations complémentaires, notamment sur les personnes malades qui ne consultent pas de structure de santé.

Pour participer à GrippeNet.fr, quelques minutes suffisent. Lors de l’inscription sur le site, seule une adresse email est requise. Après avoir rempli un questionnaire, le participant est invité chaque semaine à remplir un bref questionnaire récapitulant les symptômes qu’il a eus ou non depuis sa dernière connexion (fièvre, toux…). Ces données anonymes sont immédiatement analysées et contribuent en temps réel à la surveillance de la grippe en France. La participation à ce programme ne se substitue évidemment pas à une visite chez son médecin généraliste.

GrippeNet.fr est un projet financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du projet HARMS-flu (approches multi-échelles pour la modélisation de la propagation de la grippe en France). GrippeNet.fr s’intègre dans une démarche européenne de surveillance du syndrome grippal en population, Influenzanet. Pour cette nouvelle saison, 8 autres pays européens sont dotés d’un système comparable à GrippeNet.fr, et près de 40 000 européens ont participé à cette surveillance durant la saison 2013-2014.



Les accidents de la vie courante mieux compris

Au cours de sa vie, chaque Français sera en moyenne victime d’un accident de la vie courante tous les 5 ans (chute, brûlure, noyade etc.). Mises bout à bout, ces statistiques représentent 11 millions de blessés chaque année. L’équipe Prévention et Prise en Charge des Traumatismes dirigée par Emmanuel Lagarde (Unité Inserm 897 « Institut de Santé Publique, d’Épidémiologie et de Développement »/Université de Bordeaux), en partenariat avec Calyxis, lance aujourd’hui l’observatoire MAVIE pour déterminer l’ampleur et les caractéristiques des accidents de la vie courante (AcVC) en France. Les chercheurs espèrent pouvoir identifier les facteurs associés à leur survenue et gravité grâce à la constitution d’un échantillon représentatif de 100 000 Français.

 

Les accidents de la vie courante, dits AcVC, représentent l’ensemble des traumatismes non intentionnels (hors accidents de la route et du travail). Ils regroupent notamment les accidents domestiques, sportifs, de loisirs et scolaires. Chaque année ces derniers engendrent 11 millions de blessés, dont 5 millions auront recours aux urgences. Ils sont également responsables de près de 20 000 décès, soit cinq fois plus que les accidentés de la route. Parmi ceux-ci, les chutes, les suffocations et les intoxications font le plus grand nombre de victimes.
Ces accidents sont cependant encore trop peu connus et étudiés.

Les accidents de la vie courante : des statistiques à mettre à jour
Le tableau ci-dessous présente les statistiques annuelles des accidents de la vie courante en France. Ces données sont issues d’études Inserm, du baromètre santé de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, ainsi que des études réalisées par l’Institut de veille sanitaire, telles que l’Enquête permanente sur les accidents de la vie courante (EPAC). Toutefois, une mise à jour de ces données s’avère indispensable.Sans titre

« En France, nous disposons d’informations sur la typologie de ces accidents, mais de peu de données quant aux variables les expliquant », souligne Emmanuel Lagarde, directeur de recherche Inserm.

Une étude de cohorte pour mieux comprendre ces accidents « invisibles »
L’observatoire MAVIE s’appuiera sur les éléments recueillis chez un grand nombre de personnes volontaires suivies pendant plusieurs années : ici, 100 000 participants.
Sa méthodologie repose donc sur un recueil exhaustif des informations déclarées, ou observées antérieurement à la survenue de l’accident, tels que l’environnement domestique, les habitudes et modes de vie et, enfin, la santé de la victime.
Ces données sont précieuses pour mieux comprendre la survenue des AcVC. Elles permettraient de proposer des programmes d’intervention prioritaires pour réduire le nombre de victimes.

Le but est de répondre à ces grandes questions :
– Quels sont ces accidents ?
– Quand, comment et où surviennent-ils ?
– Quels sont les facteurs associés à leur survenue et leur gravité ?
– Comment les prévenir ?
– Quel est le devenir des victimes ?

Comment être volontaire ?
100 000 personnes sont appelées à participer à l’observatoire MAVIE. L’inscription se fait par foyer, sur le site www.observatoire-mavie.com. Le questionnaire d’inscription comprend une description globale du foyer, des ha¬bitudes et modes de vie et en second lieu, une description de chacun des membres individuellement. Une relance trimestrielle permettra de réaliser un bilan des accidents éventuellement survenus au sein du foyer.

Pour en savoir plus :

Le dossier de presse ainsi que les visuels de la campagne de recrutement des volontaires (affiches, flyers, bannières) sont disponibles et téléchargeables ci-contre https://we.tl/XIBqtXWgdu.

A l’occasion du lancement de l’observatoire MAVIE, le recueil de témoignages de personnes victimes d’accidents de la vie courante sera exceptionnellement possible aux urgences du CHU de Bordeaux. N’hésitez pas à nous contacter.

PhotoCP web

© Affiche observatoire MAVIE

Eviter le rejet de greffe de peau : c’est possible !

Une équipe de recherche associant José Cohen et Philippe Grimbert (Unité Inserm 955/ Université Paris Est Créteil & Centre d’investigation clinique- Biothérapie 504) et leurs collaborateurs de l’Institut Curie et de l’AP-HP (Hôpital Européen Georges Pompidou) a réussi à trouver une combinaison de molécules qui diminue le risque de rejet après une greffe cutanée. Testé chez la souris, ce traitement semble efficace puisqu’aucun signe de rejet n’est observé près de 30 jours après la greffe.
Ces résultats sont publiés dans la revue American Journal of Transplantation

peau

©fotolia

Pour les médecins et chercheurs, l’une des problématiques majeures de la transplantation est d’éviter le rejet de l’organe ou du tissu greffé par l’organisme receveur. Lors d’une greffe dite allogénique (provenant d’un donneur A différent du receveur B), le système immunitaire du receveur reconnait le greffon comme un élément étranger. Il met alors tout en œuvre pour le détruite au même titre qu’un virus lors d’une infection par exemple. Pour éviter ce phénomène, les médecins administrent des médicaments immunosuppresseurs pour rendre le système immunitaire du receveur plus tolérant. Comme tout traitement, il présente des inconvénients : la vulnérabilité du donneur aux infections est plus grande et le traitement peut engendrer des effets toxiques pour d’autres organes (rein). Depuis 30 ans, peu de progrès ont été obtenus dans ce champ de recherche. L’optimisation de ces traitements est donc au cœur des pistes actuelles.

Des chercheurs de l’Inserm sous la direction de José Cohen se sont intéressés à une molécule aux propriétés particulières : la cytokine interleukine 2 (IL-2). Cette molécule est déjà utilisée dans certains traitements contre le cancer ou dans le diabète de type 1. Dans le cas d’un cancer, son administration à forte dose augmente l’activité anti-tumorale en boostant le système immunitaire. De manière intéressante, Eliane Piaggio, co-auteure de cette étude, avait montré qu’administrée à très faible dose dans le diabète de type 1 son action s’inverse. L’IL-2 freine alors l’action du système immunitaire, qui dans cette maladie réagit trop fortement contre soi.

Dans la mesure où, lors d’une greffe, la réponse immunitaire est trop forte, les chercheurs ont émis l’hypothèse que l’administration d’IL-2 freinerait l’action du système immunitaire (à l’image de son action dans le diabète de type 1) et diminuerait donc le rejet de greffe.

 » Nos premières expériences se sont révélées négatives : l’IL-2 utilisée seule n’a pas donné les résultats escomptés  » explique José Cohen. « Il a fallu reconcentrer nos efforts et notre attention sur le fonctionnent précis de 2 types de cellules du système immunitaire : les lymphocytes T régulateurs contrôlés par l’IL2 et les lymphocytes T « classiques » »

Plusieurs catégories de cellules composent le système immunitaire, chacune ayant un rôle bien précis pour préserver son équilibre : il ne doit pas être trop agressif ni trop tolérant. Habituellement, Les lymphocytes T régulateurs, comme leur nom l’indique, agissent sur les autres populations de lymphocytes T classiques pour les empêcher de sur-réagir. D’où l’idée initiale de booster leur activité via l’IL-2. Toutefois, cette stratégie s’est avérée insuffisante.

Les chercheurs ont donc utilisé l’IL-2 en association avec la rapamycine qui possède la propriété de figer la division des lymphocytes T classiques. Grâce à cette combinaison, les chercheurs ont réussi à contrôler doublement les lymphocytes T classiques : directement par la rapamycine et indirectement par l’IL-2 (via les Treg). Le rejet de greffe a ainsi été évité.

« La greffe de peau chez la souris est le modèle expérimental le plus difficile à contrôler. Dans notre expérience, les souris ne montrent aucun signe de rejet 30 jours après la greffe cutanée. C’est très encourageant quand on sait qu’habituellement ce rejet intervient dans les 10 jours : le tissu se nécrose de manière irréversible. »

Ces résultats sont une première étape avant l’évaluation clinique. Ces deux molécules présentent l’avantage de posséder une autorisation de mise sur le marché chez l’homme. Si les prochaines étapes sont franchies avec succès, notamment dans un modèle de greffe hépatique, leur utilisation dans le domaine de la transplantation (tout type de transplantation) pourrait aller vite.

Une piste pour rétablir la bonne intégration des informations sensorielles chez les autistes

Chez les enfants autistes, les informations en provenance des 5 sens : du toucher, de l’ouïe, de la vision, ou d’autres stimuli, ne sont pas intégrées correctement dans le cerveau, conduisant à un comportement inapproprié et à des réactions parfois violentes. Des chercheurs de l’Inserm dirigé par Andréas Frick au sein de l’Unité Inserm 862 « Neurocentre Magendie » viennent de comprendre pourquoi en étudiant un modèle de souris mimant la maladie. Ils ont même trouvé une molécule pouvant inverser ces effets et rétablir un comportement « normal » chez ces souris.
Ces résultats sont publiés dans la revue
Nature Neuroscience

cerveau c Fotolia

Les troubles du spectre autistique (TSA) touchent plus de 3 millions de personnes dans l’union européenne dont environ 650 000 en France. Des estimations récentes du Centre pour le contrôle des maladies (aux Etats-Unis) suggèrent qu’un enfant sur 68 est touché par cette maladie. Les TSA sont des troubles neuro-développementaux qui affectent les enfants de toutes origines ethniques et socio-économiques, et sont caractérisés par un spectre de symptômes regroupant à la fois des difficultés pour les interactions sociales et la communication, et des comportements répétitifs stéréotypés.

Un autre aspect fréquent des maladies neuro-développementales est le problème du traitement des informations sensorielles. Près de 90% des enfants avec des TSA sont touchés par différents types de problèmes sensoriels. Les anomalies d’intégration sensorielle proviennent du fait que les informations périphériques, que ce soit du touché, de l’ouïe, de la vision, ou d’autres stimuli, ne sont pas intégrées ou organisées correctement dans le cerveau, conduisant à un comportement inapproprié. De telles anomalies peuvent être extrêmement handicapantes au quotidien pour les personnes atteintes d’autisme et elles posent un défi aux parents et éducateurs. Par exemple, lors d’une sortie au supermarché, de simples lumières fluorescentes peuvent être une expérience sensorielle aversive. Malheureusement, les altérations de l’intégration sensorielle dans ces maladies et leurs traitements pharmacologiques sont peu étudiées, et ceci alors même que ces altérations sont également fréquemment observées dans une maladie neuro-développementale apparentée, à savoir le Syndrome de l’X Fragile.

Dans une étude publiée dans Nature Neuroscience, des chercheurs de l’Inserm (en collaboration avec des chercheurs du CNRS) ont montré que des souris Fragile X présentent des anomalies dans la façon dont les informations sensorielles sont traitées par le néocortex, qui est la partie du cerveau responsable entre autres de la perception sensorielle. Les chercheurs ont montré que le néocortex de ces souris est hyper-excité en réponse à des stimulations sensorielles tactiles. Ils ont ensuite effectué une variété de tests détaillés montrant que cette hyperexcitabilité néocorticale est reliée à la façon dont les neurones de cette région du cerveau intègrent les informations sensorielles. Avec cette étude, les chercheurs ont trouvé que la fonction de certains canaux ioniques (les molécules qui déterminent la façon dont les neurones traitent les signaux électriques) est altérée dans le compartiment dendritique (la structure qui intègre les informations et qui se comporte véritablement comme le « cerveau » des neurones).

En utilisant une molécule pharmacologique mimant le fonctionnement d’un de ces canaux, ils ont pu corriger cette hyperexcitabilité néocorticale ainsi que les anomalies de l’intégration neuronale.

De plus, ils ont aussi été capables de corriger une conséquence comportementale notamment de l’hypersensibilité aux stimuli sensoriels (les souris saines n’ont pas été affectées par ce traitement). Ces découvertes offrent un nouvel espoir pour un traitement sur mesure des aspects sensoriels du Syndrome de l’X Fragile et des troubles du spectre autistique, en particulier car ces traitements pourraient être appliqués à des patients adultes ou adolescents.

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