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Maladie de Parkinson : le tube digestif, une fenêtre ouverte sur le cerveau !

Déduire de simples biopsies du côlon, la présence et l’importance des lésions dans le cerveau de patients atteints de la maladie de Parkinson est le dernier résultat surprenant des recherches menées par des équipes de l’Inserm à Nantes. Pascal Derkinderen, Michel Neunlist, Stanislas Bruley des Varannes et leurs collaborateurs de l’Unité Inserm 913 « neuropathies du système nerveux entérique et pathologies digestives : implication des cellules gliales entériques « , du centre d’investigation clinique et du CHU de Nantes » ont mis en évidence que des anomalies bien connues dans les neurones des malades sont retrouvées à l’identique dans les neurones digestifs. De plus, l’importance des lésions observées était corrélée à la sévérité de la maladie. Ces travaux sont publiés aujourd’hui dans la revue Plos One.

La maladie de Parkinson est depuis longtemps identifiée comme une maladie neurodégénérative du système nerveux central, à l’origine des signes moteurs de la maladie (rigidité musculaire et difficultés à effectuer les gestes alternatifs rapides). Toutefois, il est désormais clairement établi que les lésions de la maladie de Parkinson ne se limitent pas au système nerveux central mais qu’elles touchent aussi des systèmes nerveux périphériques.

Cette avancée récente a permis de résoudre un problème pratique majeur dans l’étude de la maladie de Parkinson : étudier les lésions sur des patients vivants. Effectivement, alors que l’accès au système nerveux central n’est possible qu’après le décès des malades, les systèmes nerveux périphériques et notamment le système entérique (cf encadré) présentent l’avantage de pouvoir être étudiés in vivo.

Les chercheurs ont donc analysé de simples biopsies du colon obtenues en routine chez 39 patients (29 atteints de la maladie de Parkinson et 10 témoins). Forts de leur expérience dans la connaissance du système nerveux entérique, ils ont réussi à quantifier et qualifier les neurones digestifs issus des biopsies.

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Immunomarquage du plexus sous-muqueux prélevé à partir de biopsies coliques. A. marquage permettant le comptage du nombre de neurones et l’identification des prolongements B : identification des inclusions pathologiques (neurites de Lewy) dans certains prolongements identifiés par le marquage des neurofilaments. Echelle 30 µM. © Inserm U913, P. Derkinderen

Chez 21 des 29 patients parkinsoniens, les chercheurs de l’Inserm ont mis en évidence des anomalies des neurones digestifs identiques aux anomalies présentes dans le système nerveux central (les neurites de Lewy1) (Figure). Ils ont également pu établir un parallèle entre les lésions et les signes cliniques : l’importance des lésions étant corrélée à la sévérité de la maladie de Parkinson.

Les résultats de cette étude montrent pour la première fois que l’analyse du système nerveux entérique est une vraie « fenêtre ouverte » sur le système nerveux central. Par ailleurs, le lien observé entre les lésions et les signes cliniques représente un marqueur de sévérité intéressant pour la maladie de Parkinson. « L’avancement de la maladie pourrait ainsi être déterminé à partir de l’analyse de simples biopsies coliques effectuées à l’hôpital lors de coloscopies ou de recto-sigmoidoscopies » explique Pascal Derkinderen. « Si nos résultats se confirment à grande échelle, il serait possible de faire un diagnostic de sévérité de la maladie de Parkinson du vivant du patient et d’ajuster le traitement et la prise en charge » concluent les chercheurs.

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Coupe transversale de tube digestif permettant de voir le système nerveux entérique, organisé en un réseau neuronal, composé d’un plexus sous-muqueux et d’un plexus myentérique. Les biopsies coliques obtenues par endoscopie permettent d’analyser le plexus sous-muqueux. © Inserm U913, P. Derkinderen

Coupe transversale de tube digestif permettant de voir le système nerveux entérique, organisé en un réseau neuronal, composé d’un plexus sous-muqueux et d’un plexus myentérique. Les biopsies coliques obtenues par endoscopie permettent d’analyser le plexus sous-muqueux. © Inserm U913, P. Derkinderen

Le resveratrol : un polyphénol aux propriétés bénéfiques

Des chercheurs de l’Inserm dirigés par Norbert Latruffe (Unité Inserm 866 « lipide, nutrition, cancer ») à Dijon en collaboration avec des chercheurs américains, ont étudié les propriétés anti-inflammatoire et anticancéreuse du resvératrol. Dans un article publié dans le numéro de septembre de la revue Carcinogenesis, ces chercheurs sont les premiers à découvrir une nouvelle voie de signalisation montrant que ce phytophénol alimentaire bien connu et notamment présent dans le vin rouge module l’expression de micro ARN impliqués dans la réponse inflammatoire et dans la naissance des cancers.

Le resvératrol est un polyphénol synthétisé da façon importante dans les grains de raisins et retrouvé dans le vin rouge. Sa présence dans le fruit provient d’une réaction de la vigne contre une infection commune due au champignon Botrytis cinerea. Des études épidémiologiques et expérimentales ont montré que le resvératrol agissait sur l’organisme comme un agent préventif des maladies cardiovasculaires ainsi que de certains cancers. C’est l’une des molécules phares de ce que l’on a appelé le « french paradox ». Toutefois les mécanismes qui expliqueraient ces propriétés particulières ne sont pas encore élucidés.
Inflammation et cancer : quels liens ?

La prolifération anarchique des cellules est le phénomène à l’origine des cancers. Sans que l’on sache encore exactement pourquoi et comment le cycle de division de certaines cellules s’emballe, les rendant immortelles. Des études épidémiologiques suggèrent que dans 25 % des cas de cancers, cette prolifération anarchique est liée à des processus inflammatoires connexes.

Certains de ces processus sont liés aux micro-ARN, ces séquences non codantes de l’ARN (c’est-à-dire qu’elles ne produisent pas de protéine) mais dont le rôle n’est pas moins important. Selon plusieurs études, la présence de l’un d’entre eux (miR-155), en grande quantité dans le sang est directement impliquée dans la réponse inflammatoire et serait liée à la formation de certains cancers comme les leucémies, les cancers du sein ou du poumon.
Des réactions en chaine

Les chercheurs de l’Inserm ont montré dans cette étude que le resvératrol jouait un rôle important au niveau de l’inflammation en modulant l’expression de deux micro ARN : miR-663 et miR-155 – cité plus haut – dans une lignée cellulaire de monocytes humains. Cette régulation entraine une série de réactions en chaine qui aboutit au contrôle de l’expression de gènes inflammatoires impliqués dans la production de prostaglandines ou les réponses inflammatoires aux LPS (Lipopolysaccharide bactérien).

D’autres travaux menés par la même équipe et publiés dans la revue Biochemical Pharmacology sur des cellules tumorales d’origine colorectales humaines suggèrent également l’implication du resvératrol dans la modulation de micro ARN codant pour le TGF beta, un agent oncogénique bien connu.

« Nous continuons l’analyse des liens entre le resvératrol et d’autres micro ARN » précise Norbert Latruffe, professeur de biochimie à l’université de Bourgogne. « Grâce à cela, notre étude pourrait conduire à démontrer l’intérêt de l’emploi du resvératrol comme agent anti-inflammatoire.

Si, par ailleurs, l’effet du resvératrol sur le TGF béta se confirme, on pourrait imaginer le tester en clinique comme adjuvant de traitement anti-cancéreux, mais la route est encore longue ». Et de rappeler que « malgré les propriétés du resvératrol, boire du vin ne permet pas de traiter les cancers ni l’inflammation. »

Un biomarqueur, pronostic de l’évolution du cancer du poumon

Le cancer du poumon est un cancer dont le taux de survie 5 ans après le diagnostic est très faible. La mise en place du traitement le plus adéquat est rendue difficile par le caractère très hétérogène des tumeurs et de leur pronostic, au sein d’un même stade de développement. Un groupe de chercheurs dirigé par Patricia Forgez du centre de recherche Saint-Antoine, Inserm-UPMC « Laboratoire de signalisation cellulaire et carcinogénèse » vient de mettre en évidence, en collaboration avec le service de chirurgie thoracique de l’Hôtel-Dieu à Paris (AP-HP), un nouveau biomarqueur, pronostic de l’évolution de la tumeur. Cette protéine et son récepteur, dont la présence favorise la progression de la tumeur et l’apparition de métastases, ont fait l’objet d’un dépôt de brevet Inserm/AP-HP et pourraient être détectés de manière simple en laboratoire d’analyse. Ces travaux sont publiés dans l’édition du 1er septembre de Clinical Cancer Research.

Première cause de mortalité par cancer dans les pays occidentaux, le cancer du poumon est en légère diminution chez les hommes mais augmente fortement chez les femmes (+ 4 % par an). Principale cause, le tabagisme, loin derrière l’exposition professionnelle aux carcinogènes, le tabagisme passif et les polluants issus de l’environnement.

Le cancer bronchique est silencieux et de très mauvais pronostic avec un taux de survie de 15 % à 5 ans. Seuls un tiers des cas, les moins avancés, sont éligibles à la chirurgie ; les autres cas, souvent plus avancés au moment où ils se présentent au clinicien, répondent mal aux traitements, y compris les plus récents.

Les tumeurs du poumon sont très hétérogènes, y compris dans les sous-types biologiques. En conséquence, à l’intérieur d’un même stade tumoral, le pronostic varie fortement d’un patient à l’autre en raison de facteurs génétiques et environnementaux propres à l’individu, mais également de facteurs intrinsèques à la tumeur qui lui confèrent un caractère plus ou moins agressif.

Comprendre les facteurs responsables de la progression d’une tumeur et découvrir de nouveaux marqueurs pronostics de son évolution constitue un réel enjeu pour les médecins et les patients dans la mesure où les traitements pourraient ainsi être mieux adaptés à chaque cas.

Le Dr Forgez et son groupe avaient préalablement mis en évidence que le récepteur principal d’une protéine d’origine gastro-intestinale, la neurotensine, retrouvé dans une forte proportion de tumeurs, favorisait dans certaines conditions la progression tumorale.

Les chercheurs montrent aujourd’hui dans une série de 136 patients présentant un adénocarcinome pulmonaire de stade 1, que ceux dont les tumeurs expriment le récepteur principal à la neurotensine, ont un moins bon pronostic en termes de survie à 5 ans. L’activation de ce récepteur favorise en effet fortement la croissance des tumeurs et l’émergence de métastases. A stade égal de développement tumoral, la présence ou non de ce récepteur constitue donc un biomarqueur pronostic d’une évolution plus ou moins favorable.

La procédure de détection de ce récepteur est simple et peu coûteuse ; après la confirmation de ces résultats sur une série plus importante de patients, (étude actuellement menée par le même groupe) elle pourrait être utilisée en routine dans les laboratoires d’analyse biologique pour l’identification des patients à haut risque de récidive. Il s’agit de définir pour ceux-ci une prise en charge plus adaptée en termes de stratégie thérapeutique postopératoire et de surveillance.

Deux brevets ont été déposés conjointement par l’Inserm et l’AP-HP sur ce biomarqueur ; ils permettront d’intéresser d’éventuels investisseurs des industries pharmaceutiques et des biotechnologies, tant sur le plan du développement d’un kit de détection que celui du développement des thérapies innovantes visant à diminuer l’agressivité tumorale.

« Comme pour d’autres cancers tels que le cancer du côlon, les leucémies et lymphomes, pour lesquels des marqueurs génétiques spécifiques débouchent sur des décisions thérapeutiques adaptées, les cancers du poumon commencent à être démembrés en plusieurs maladies de pronostics et de traitements différents » précise Fabien Calvo, directeur de l’Institut Cancer de l’Inserm.

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Adénocarcinome bronchique. Marquage du récepteur de la neurotensine © Inserm, U938

Certaines allergies médicamenteuses sont des réactions à des virus « dormants »

Philippe Musette et ses collaborateurs (Unité Inserm 905 « Physiopathologie et biothérapies des maladies inflammatoires et autoimmunes », Rouen) viennent de montrer que les réactions allergiques d’origine médicamenteuse (liées à la consommation de médicaments) sont en fait provoquées par des réactions immunitaires contre des virus. En clair, chez certains individus sensibles, la médication entraîne la réactivation du virus EBV (Epstein Barr Virus), un virus de la famille Herpes, en temps normal à l’état dit « dormant ». Le virus se multiplie et provoque une réponse immunitaire ce qui entraine des éruptions cutanées et désordres viscéraux. Le détail des résultats obtenus, fondés sur le suivi de 40 patients, est publié dans la revue Science Translational Medicine.

Les chercheurs ont suivi 40 patients qui présentaient un DRESS (pour Drug reaction with eosinophilia and systemic symptoms c’est-à-dire une réaction au médicament entraînant augmentation de la concentration en lymphocytes éosinophiles et symptômes allergiques cutanés et viscéraux – hépatique, pulmonaire et rénal) en réponse à différents médicaments appartenant principalement à la famille des antibiotiques et des antiépileptiques. Philippe Musette et son équipe ont analysé la réplication virale (la multiplication du virus) chez ces 40 personnes : chez une grande majorité d’entre elles (76%), les chercheurs ont observé la multiplication du nombre d’EBV dans le sang.

Les observations effectuées au niveau des cellules de l’immunité de ces patients (lymphocytes TCD8+ en particulier) montrent que la majeure partie de la réponse immunitaire des patients est dirigée contre les particules virales. L’organisme ne réagit donc pas contre le médicament, jusqu’alors jugé responsable du déclenchement des symptômes d’allergie, mais il lutte contre l’invasion, et la réactivation virale induite par le médicament.

Les médicaments testés pourraient donc déclencher l’activation des virus Epstein Barr dormants des patients, par un mécanisme non encore élucidé mais en cours d’investigation, estiment Philippe Musette et son équipe.

Les chercheurs montrent par ailleurs que les 3 médicaments testés entraînent ce processus chez les patients « DRESS » mais pas chez les personnes-témoins. Ceci suppose donc aussi qu’il existe des déterminants encore à définir de cette plus ou moins grande vulnérabilité à la réaction allergique médicamenteuse.

Ces résultats pourraient remettre en question le point de vue généralement admis concernant les mécanismes de l’allergie médicamenteuse. Le traitement des manifestations cutanées notamment pourrait évoluer en proposant, en plus de l’arrêt du médicament en cause, une thérapie antivirale.

Pour les auteurs, il s’agit probablement d’une des premières études démontrant le rôle d’EBV (Epstein Barr virus) dans la réaction allergique médicamenteuse.

Troubles digestifs : un espoir thérapeutique pour les enfants prématurés

Les enfants prématurés présentent souvent des troubles digestifs en raison de l’immaturité de leur système digestif, en particulier l’intestin. En étudiant la maturation du système nerveux entérique, acteur clé dans le contrôle des fonctions intestinales, Michel Neunlist, et son équipe de l’unité Inserm 913 « Neuropathies du système nerveux entérique et pathologies digestives : implication des cellules gliales entériques » de l’Institut des Maladies de l’Appareil Digestif de Nantes, ont mis au jour une importante cible thérapeutique : les neurones cholinergiques, qui libèrent l’acétylcholine. Leurs travaux paraissent dans l’édition d’août de l’American Journal of Physiology.

Jusqu’au terme de la grossesse, et dans les mois qui suivent la naissance, différents organes chez l’enfant poursuivent leur maturation et leur développement. C’est le cas de l’intestin dont la motricité et l’activité de la barrière intestinale (perméabilité, immunité, …) ne deviennent totalement fonctionnelles qu’au cours de la période postnatale, moment clé de la vie. Pendant les premiers mois, les enfants nés prématurément ont un intestin très immature et présentent des troubles fonctionnels digestifs, tels que des ralentissements du transit et des ballonnements. En conséquence, leur alimentation est difficile et ils sont, ainsi, enclins à développer des pathologies plus graves. Une meilleure compréhension des mécanismes de maturation du système digestif est indispensable pour tenter de guérir les troubles rencontrés chez ces enfants.

Le système nerveux entérique : un élément clé dans le contrôle des fonctions intestinales

Dans cette étude, Michel Neunlist et son équipe ont concentré leurs recherches sur un des éléments phares du contrôle des fonctions intestinales : le système nerveux entérique (SNE). Le SNE, dont la réelle implication et le développement dans la période post natale restent peu connus, est constitué du plexus muqueux et du plexus myentérique. Ce dernier contrôle plus particulièrement la motricité intestinale en libérant des neuromédiateurs (acétylcholine, monoxyde d’azote…). On parle du phénomène de transmission neuromusculaire. Ces substances chimiques délivrées par les neurones vont induire une activité coordonnée du muscle intestinal, conduisant à la propagation du bol alimentaire.

Les chercheurs ont mené leurs travaux sur le côlon du raton nouveau-né, très bon modèle immature dans l’étude des dysfonctionnements gastrointestinaux chez les enfants prématurés. Lors de la période postnatale, ils ont observé des changements dans la morphologie des neurones du plexus myentérique et, plus particulièrement, une augmentation de la proportion de neurones cholinergiques, synthétisant et libérant l’acétylcholine. Cette évolution du nombre de ces neurones est associée au développement de la transmission neuromusculaire et à la mise en place d’une activité motrice du côlon, in vivo et ex vivo.

« Notre étude a permis d’identifier les circuits cholinergiques du système nerveux entérique, comme un nouvel élément clef nécessaire à la mise en place de la motricité intestinale post-natale. Cette population neuronale apparaît comme une nouvelle cible thérapeutique dans la prise en charge des troubles de la motricité intestinale chez le nouveau-né », précise Michel Neunlist.

Ce laboratoire avait récemment démontré que le butyrate, produit par la fermentation bactérienne de fibres alimentaires, accélérait le transit chez l’adulte en augmentant la proportion de neurones cholinergiques. Ces travaux fondent donc les bases de l’utilisation d’approches thérapeutiques utilisant des facteurs nutritionnels ou leurs dérivés tels que le butyrate.

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Au cours des premières semaines de vie du raton, l’évolution de la densité des neurones du plexus myentérique (vert) et l’augmentation de la proportion de neurones cholinergiques (rouge) sont corrélées au développement d’une activité motrice dans le colon.  © Unité Inserm 913

Une voie immunitaire inédite de lutte contre l’athérosclérose

L’athérosclérose ou accumulation de plaques graisseuses sur la paroi artérielle est à l’origine de la plupart des maladies cardiovasculaires. Alors que les lymphocytes B du système immunitaire étaient considérés jusqu’alors comme des éléments de protection contre la formation de ces plaques, des chercheurs du « Paris Centre de recherche cardiovasculaire » (unité 970 Inserm) réfutent cette hypothèse sur trois modèles animaux. Ils montrent à l’inverse que des anticorps dirigés contre ces cellules de l’immunité et très efficaces en traitement du lupus ou de la polyarthrite rhumatoïde protègent significativement contre l’athérosclérose. Ces travaux, en cours de validation par un essai clinique chez l’homme, sont publiés dans The Journal of Experimental Medicine. Ils pourraient notamment offrir de nouvelles perspectives en prévention des récidives après un infarctus du myocarde.

L’athérosclérose est une pathologie inflammatoire des artères déclenchée par plusieurs facteurs, notamment l’augmentation du cholestérol, et caractérisée par une accumulation de lipides dans la paroi artérielle, sous forme de plaques. La rupture de ces plaques est à l’origine de la majorité des maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral) et responsable de la première cause de mortalité dans les pays industrialisés. Il est donc essentiel de repérer les patients à risque et de comprendre la progression de la maladie, pour la prévenir et la traiter.

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Athérosclérose à divers stades au sein d’un vaisseau. Cliché le plus clair : normal, cliché le plus foncé : athérosclérose massive. © Inserm, JC Fruchart

La réponse immunitaire (macrophages, lymphocytes B, lymphocytes T), variable selon les individus, joue un rôle important dans la progression de ces plaques d’athérome et la survenue des complications des maladies cardiovasculaires. A ce jour le rôle attribué à l’ensemble des lymphocytes B semblait protecteur de l’athérosclérose.

Pourtant, les travaux dirigés par Ziad Mallat réfutent aujourd’hui clairement cette hypothèse. Les chercheurs démontrent en effet que l’utilisation d’un anticorps dirigé contre les lymphocytes B et entraînant la disparition de 96% d’entre eux fournit une protection significative contre le développement de l’athérosclérose dans 3 modèles expérimentaux chez la souris. Cet anticorps dirigé contre une protéine de surface des cellules B est utilisé très efficacement chez l’homme en traitement de certaines pathologies inflammatoires. L’effet protecteur est en partie lié à une désactivation parallèle des lymphocytes T qui produisent alors moins d’interféron gamma, une hormone du système immunitaire favorisant l’athérosclérose, et plus d’interleukine-17, une hormone protectrice.

Ces résultats ont des implications cliniques importantes. Ils suggèrent que les traitements dirigés contre les lymphocytes B, actuellement administrés à des patients souffrant de maladies inflammatoires comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde, pourraient réduire le risque cardiovasculaire. Des essais cliniques ont été engagés en ce sens par l’équipe et visent à évaluer l’étendue de l’athérosclérose avant et après traitement chez ces patients.
Les chercheurs envisagent également d’autres applications cliniques, notamment évaluer cet anticorps en traitement à court terme du risque de récidive après un infarctus du myocarde.

Le médicament en première ligne dans le traitement du diabète de type 2 dévoile ses secrets de fonctionnement

La metformine est le médicament le plus prescrit pour traiter les patients atteints de diabète de type 2 appelé aussi diabète non insulinodépendant. Cette molécule réduit l’hyperglycémie en diminuant la production de glucose par le foie. Dans un article publié le 1er juillet 2010 dans The Journal of Clinical Investigation, une équipe de chercheurs français vient d’identifier le mécanisme non élucidé d’inhibition de la production hépatique de glucose par la metformine.

La metformine est un antidiabétique oral commercialisé en France depuis 1979 sous l’appellation de Glucophage®. Ce médicament est utilisé avec succès depuis plus de 40 ans dans le traitement du diabète de type 2, en particulier chez les patients en surpoids ou obèses, pour son efficacité, sa faible capacité à provoquer des hypoglycémies et l’absence de prise de poids. Malgré ces performances et une large utilisation, le mécanisme d’action de la metformine reste mal compris.

Chez les personnes atteintes de diabète de type 2, la glycémie se maintient au-dessus des valeurs normales. À long terme, de graves complications vasculaires peuvent survenir si la glycémie n’est pas abaissée. Chez les diabétiques de type 2, la metformine réduit l’hyperglycémie par inhibition de la production excessive de glucose par le foie.

En 2001, une équipe américaine a montré que la metformine active une enzyme sensible aux variations des niveaux d’énergie dans la cellule : l’AMPK (AMP-activated protein kinase). Depuis quelques années, il est admis mais pas formellement démontré que la metformine améliore l’hyperglycémie en inhibant les gènes responsables de la production de glucose dans le foie via l’activation de l’AMPK.

La metformine inhibe la production de glucose en diminuant le niveau énergétique du foie

Dans cette nouvelle étude, Marc Foretz, chercheur au CNRS, Benoit Viollet, chercheur à l’Inserm et leur équipe (Inserm U1016, CNRS, UMR8104, Université Paris Descartes) ont démontré que la modulation de l’activité de l’AMPK n’a pas de conséquence directe sur la régulation de la production de glucose par le foie. De plus, ils ont prouvé que le mode d’action à court terme de la metformine est indépendant de l’AMPK et d’un effet génique. Finalement, ces chercheurs montrent que le médicament inhibe la production de glucose hépatique par un mécanisme purement énergétique en modifiant le fonctionnement des mitochondries, un organite cellulaire produisant de l’énergie sous forme d’ATP(1).

En effet, la formation de glucose par le foie nécessite un apport important d’énergie sous forme d’ATP. L’administration de metformine entraîne une diminution modérée de la production d’ATP dans les cellules du foie mais suffisante pour réduire le flux de la production de glucose hépatique.

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Mécanisme d’action de la metformine © M. Foretz/CNRS

Par ailleurs, les chercheurs suggèrent qu’un autre mécanisme pourrait être impliqué dans l’action antidiabétique de la metformine sur le long terme. Ils proposent que l’activation de l’AMPK par la metformine pourrait améliorer la stéatose hépatique, une accumulation de lipides dans le foie fréquemment associée au diabète de type 2. Cette seconde voie déclencherait une meilleure sensibilité à l’insuline et empêcherait l’emballement de la production hépatique de glucose. Ce travail a permis d’identifier un nouveau mécanisme permettant le contrôle de la production de glucose dans le foie et offre également des perspectives thérapeutiques dans le traitement de la stéatose hépatique.

(1) L’adénosine triphosphate ou ATP sert notamment à emmagasiner et à transporter de l’énergie dans la cellule.

Identification d’un gène en cause dans une maladie rare affectant le rein

Quelques semaines après la journée mondiale du rein, des scientifiques, dirigés par Dil Sahali (Unité Inserm 955(1) « Institut Mondor de recherche biomédicale » et service de néphrologie(2) de l’hôpital Henri-Mondor-AP-HP), en collaboration avec les unités Inserm 702 (Pierre Ronco) et 686 (Véronique Bernard), percent les mécanismes moléculaires en cause dans une maladie rare du rein. Cette maladie appartient au groupe des syndromes néphrotiques qui se déclarent chez un Français sur 5 000 chaque année. La maladie se manifeste brutalement par une fuite massive de protéines dans les urines. En l’absence de réponse au traitement, elle peut conduire à une insuffisance rénale. Leurs travaux paraissent le 18 mai 2010 dans la revue Science signaling.



Maladie rénale rare, le syndrome néphrotique acquis à rechute se développe le plus souvent sous forme chronique. Il se caractérise par la fuite de protéines dans les urines, ce qui provoque une forte baisse du taux de protéines dans le sang et entraine un gonflement soudain du corps (ou œdèmes). A moyen ou long terme, les conséquences de la maladie peuvent être lourdes : thrombose vasculaire, hypertension artérielle, retard de croissance, infertilité par exemple, mais surtout insuffisance rénale au stade terminal.

Jusqu’à présent, les connaissances sur les mécanismes moléculaires à l’origine du syndrome restaient limitées. L’efficacité des traitements corticoïdes(3) et immunosuppresseurs contre la maladie laissait supposer qu’un dysfonctionnement du système immunitaire en était à l’origine. Le rein ne serait donc que la cible fonctionnelle d’une désorganisation du système immunitaire.

Par une approche moléculaire, l’équipe a pu identifier un gène anormalement exprimé dans les cellules de patients atteints par la maladie : le gène c-mip. Ce gène, qui ne s’exprime pas chez les individus sains, s’exprime à l’inverse dans les cellules de l’immunité et dans les podocytes au cours du syndrome néphrotique acquis à rechutes.

Un point sur les podocytes :

Ce sont des cellules épithéliales hautement différenciées (Po), ancrées grâce à leurs prolongements en forme de doigts (les pédicelles, pe) à la face externe des anses capillaires du glomérule.
Les podocytes baignent dans l’urine primitive contenue dans l’espace urinaire (Eu).
Ces pédicelles s’entrelacent entre podocytes voisins, formant un réseau de fentes, imperméable aux protéines.
Ce réseau constitue la dernière barrière contre la perte de protéines dans le rein, perte qui engendrerait une protéinurie massive.

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© Inserm, D. Dahali

La présence du gène c-mip dans les podocytes humains a incité les chercheurs à l’introduire dans les podocytes de souris saines. Celles-ci développaient alors une protéinurie massive, révélant une étroite relation entre l’expression du gène c-mip dans les podocytes et la survenue d’une protéinurie. Par ailleurs, les souris manipulées présentaient les caractéristiques biologiques et histologiques du syndrome néphrotique observées en pathologie humaine. Restait alors à comprendre comment une surexpression de ce gène dans les podocytes impliquait une telle protéinurie. Pour répondre à cette nouvelle question, l’équipe a étudié le fonctionnement du gène c-mip au sein des podocytes en identifiant les protéines avec lesquelles il interagit. Leur travail a permis d’identifier la liaison physique de c-mip avec la protéine Fyn, hautement impliquée dans l’organisation du cytosquelette(4). Cette liaison perturbe l’activité des podocytes et désorganise leur cytosquelette, expliquant la fuite massive des protéines dans les urines.

Dans un dernier temps et afin de confirmer leurs observations, les chercheurs ont « éteint » l’expression du gène c-mip chez les souris atteintes d’un syndrome néphrotique expérimental. Celles-ci ne développaient alors plus de protéinurie massive. Ces expériences de thérapie génique in vivo confirment que l’extinction du gène c-mip endogène chez ces souris empêche le développement d’une protéinurie.

La dissection des mécanismes moléculaires à l’origine de la protéinurie réalisée dans cette étude apporte un éclairage inédit sur les mécanismes moléculaires du syndrome néphrotique acquis à rechutes. Pour Dil sahali : « Le fait que l’extinction du gène in vivo empêche le développement de la protéinurie permet d’envisager des implications thérapeutiques chez l’homme. »

(1) L’unité Inserm 955 est dirigée par le Pr Georges Guellaen.
(2) Le service de néphrologie est dirigé par le Pr Philippe Lang.
(3) Les corticoïdes sont des hormones naturellement produites par les glandes surrénales et utilisées comme anti-inflammatoires.
(4) Le cytosquelette est le réseau de fibres intracellulaires qui confère à la cellule l’essentiel de ses propriétés mécaniques

Un nouveau biomarqueur post-infarctus, un espoir pour des coeurs en peine

A la suite d’un infarctus, il est courant que les malades développent des anomalies au niveau du coeur, tel qu’un remodelage du ventricule gauche. A l’Institut Pasteur de Lille, des chercheurs de l’unité Inserm 744, et leurs collaborateurs, ont mis en évidence un nouveau marqueur biologique de ce phénomène. Cette découverte pourrait aider à identifier les patients susceptibles de développer un remodelage ventriculaire gauche important post-infarctus et ainsi améliorer leur diagnostic et leur suivi. Les résultats de cette étude paraissent online dans le journal European Heart Journal du 26 avril 2010.



Chaque année en France, en plus des 150 000 personnes qui décèdent d’une maladie cardiovasculaire, 120 000 personnes déclarent un infarctus du myocarde et 500 000 autres sont atteints d’insuffisance cardiaque. Nul doute que ces chiffres conséquents reflètent un grand problème de santé publique. Malgré des progrès significatifs dans le traitement de l’insuffisance cardiaque, il reste encore beaucoup à découvrir pour améliorer sa prise en charge.

fig1_pinet Coeur insuffisance cardiaqueL’infarctus du myocarde est une des principales causes d’insuffisance cardiaque. En effet, après un infarctus du myocarde suffisamment étendu, il se produit des modifications géométriques et fonctionnelles du ventricule gauche regroupées sous le terme de remodelage ventriculaire gauche. Ce phénomène est asymptomatique pendant une période plus ou moins longue, mais entraine bien souvent une insuffisance cardiaque et parfois la mort. Bien que plusieurs facteurs de risques aient été identifiés, l’évolution du remodelage ventriculaire gauche reste difficile à prédire. Or, en apprenant à mieux le cerner, le suivi et le traitement des malades seraient plus ciblés et efficaces.

Comment appréhender le développement du remodelage ventriculaire gauche ?

De récents résultats ont déjà permis d’ouvrir de nouvelles possibilités pour l’identification de protéines impliquées dans les pathologies cardiovasculaires. Grâce à ces avancées, Florence Pinet et son équipe de l’unité Inserm 744 « Santé publique et épidémiologie moléculaire des maladies liées au vieillissement » à l’Institut Pasteur de Lille, en collaboration avec le CHRU de Lille et l’unité Inserm U644 à Rouen, viennent de découvrir un marqueur biologique du remodelage ventriculaire gauche post-infarctus : la phosphorylation de la troponine T. En développant des outils, des anticorps, ils ont démontré que des changements fonctionnels importants dans ce processus peuvent survenir dans le myocarde de modèles animaux souffrant d’insuffisance cardiaque, en comparaison avec un coeur sain. Ils ont mis en évidence la diminution de la phosphorylation de la troponine T au niveau du ventricule gauche des animaux en insuffisance cardiaque et observé la même diminution au niveau du plasma. La phosphorylation devient alors un bon indicateur des modifications survenues suite à un infarctus du myocarde.

De l’animal à l’homme
fig2_pinet Tropopine T remodelage ventriculaire

© Inserm, F. Pinet Mise en évidence de la tropopine T phosphorylée en fonction du degré de remodelage ventriculaire gauche, chez l’animal et chez l’homme.


Les résultats obtenus chez l’animal ont été confirmés chez l’homme sur 91 patients ayant eu un infarctus et faisant alors partie d’une cohorte nommée REVE (REmodelage VEntriculaire). Les anticorps développés reconnaissent également la forme phosphorylée de la troponine T d’origine humaine. Une association entre le niveau de cette phosphorylation et le degré de remodelage ventriculaire gauche a également été démontrée. En effet, plus le patient présente un fort remodelage ventriculaire gauche, plus la phosphorylation observée est faible

Par cette approche, les chercheurs ont fait l’hypothèse que le niveau de troponine T phosphorylée circulante pourrait être un nouveau biomarqueur et aider à augurer un remodelage ventriculaire gauche important post-infarctus chez les patients. Un brevet a été déposé avec Inserm-Transfert et, en raison du grand intérêt de cette découverte pour améliorer le diagnostic, une extension internationale a été demandée.

Aujourd’hui, il est important de confirmer ces résultats dans une autre cohorte de patients et de déterminer si ce marqueur peut également permettre le pronostic de sévérité chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque. L’objectif des chercheurs et cliniciens est de pouvoir évaluer l’échelle de risque chez les patients en post-infarctus ou en insuffisance cardiaque en utilisant une méthode non invasive, largement disponible et peu onéreuse.

Eclairage sur le mode d’action du plus ancien traitement utilisé contre l’hypertension artérielle

Massivemement utilisés pour traiter l’hypertension artérielle, les thiazidiques agissent selon un mode d’action simple : ils favorisent l’élimination urinaire d’eau corporelle, ce qui réduit la pression artérielle et, par voie de conséquence, limite l’hypertension artérielle. Jusqu’à maintenant, une unique cible était connue pour cette classe de médicaments. Dans un travail à paraître dans l’édition en ligne du Journal of Clinical Investigation, une équipe de chercheurs dirigée par Dominique Eladari (Unité Inserm 872 « Centre de recherche des Cordeliers » – Inserm, CNRS, UPMC, Université Paris Descartes), en collaboration avec des scientifiques allemands, suisses et américains, a pu caractériser une nouvelle cible des thiazidiques.



L’hypertension artérielle est une maladie fréquente, qui augmente avec l’âge. Ses origines sont multiples mais elle peut, entre autres, être causée par une rétention anormale de sel (ou chlorure de sodium).
Lorsque nous ne présentons pas d’hypertension, la quantité de sel dans notre organisme reste constante grâce à un équilibre entre nos apports alimentaires et notre élimination urinaire. Ce sont les transporteurs de sodium qui se chargent de maintenir cet équilibre, qualifié de balance « sodée ».

Les thiazidiques sont les médicaments les plus largement utilisés contre l’hypertension artérielle. Ils correspondent d’ailleurs au plus ancien traitement employé pour contrer l’hypertension. En inhibant un transporteur de sodium spécifique ils favorisent l’élimination urinaire de cet ion. Cela a pour conséquence de diminuer le volume sanguin et le débit cardiaque et fait chuter la pression artérielle. Tout comme l’ensemble des médicaments qui augmentent l’élimination urinaire d’eau et de sodium, ils sont qualifiés de diurétiques.
Le mode d’action des diurétiques est bien connu, ils bloquent sélectivement les protéines en charge de la réabsorption du sodium qui sont présentes à la surface des cellules de l’épithélium rénal. Cette action a pour conséquence un accroissement de l’excrétion de sodium dans les urines.

La cible des diurétiques thiazidiques est déjà connue, il s’agit d’une protéine spécialisée, le transporteur de sodium NCC. Ce transporteur est retrouvé au niveau des cellules épithéliales rénales dans le tube contourné distal (cf. schéma ci-dessous). Pourtant, bien que la cible des thiazidiques s’exprime exclusivement dans le rein, certains effets engendrés par cette classe de médicament se produisent hors du rein : altération de la tolérance au glucose, augmentation de la masse minérale osseuse, etc. Aucune explication ne permettait jusqu’alors de comprendre ces observations, si ce n’est l’existence d’une éventuelle autre cible pour ces molécules.

Cette hypothèse avait déjà été émise il y a quelques années. Des études montraient alors que les thiazidiques peuvent bloquer la moitié de la réabsorption du sodium dans la partie terminale du néphron(1) où le seul transporteur de sodium identifié – le canal à sodium épithélial ENaC – est insensible au médicament.
L’ensemble de ces constatations a conduit l’équipe de Dominique Eladari à rechercher une nouvelle cible qui soit à la fois sensible aux diurétiques thiazidiques et présente dans la partie terminale du néphron.

Localisation des différents transporteurs d’ions le long du néphron et médicaments qui leur sont associés

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© D. Eladari, Inserm 872 Localisation des différents transporteurs d’ions le long du néphron et médicaments qui leurs sont associés

CC = canal collecteur
TCN = Tube connecteur
TCD = Tube contourné distal
TCP = Tube contourné proximal
BLAH = Branche large ascendante de l’Anse de Henlé

Le transporteur de sodium NCC figurant ci-contre est la cible spécifique connue jusqu’alors des thiazidiques.
Chacun des autres traitements mentionnés cible au moins un autre transporteur d’ions.

Les chercheurs ont d’abord totalement inactivé le canal à sodium épithélial ENaC. De façon étonnante cette inactivation n’a pas bloqué le transport de sodium. Cette première observation laisse supposer l’existence d’un second transporteur de sodium présent dans la partie terminale du néphron qui serait sensible aux thiazidiques.

Les chercheurs se sont ensuite de nouveau intéressés au transporteur de sodium NCC, qui est la cible classique des thiazidiques. Ils ont vérifié leur activité chez des souris pour lesquelles le transporteur de sodium NCC était inactif. Le traitement thiazidique restait tout de même efficace sur ces souris, puisqu’elles voyaient leur sécrétion urinaire de sodium augmenter. Cette seconde observation vient confirmer l’hypothèse selon laquelle les thiazidiques ont une autre cible moléculaire.

Par des études physiologiques sur des tubules rénaux microdisséqués et perfusés in vitro, les chercheurs ont déterminé que le nouveau système cible repose sur le fonctionnement en parallèle de deux protéines différentes de NCC. Le rôle de ces deux protéines dans la réabsorption de sodium était insoupçonné jusqu’alors. Elles ne sont par ailleurs pas exclusivement présentes dans le rein mais sont largement disséminées dans l’organisme.

Ce travail a permis d’identifier une nouvelle cible des thiazidiques qui pourrait avoir des effets non rénaux. Cela laisse suggérer qu’un certain nombre d’effets indésirables observés avec les thiazidiques ne sont pas dus à leur effet diurétique mais résultent d’un effet extra-rénal. Selon Dominique Eladari, maître de conférences à l’Université Paris Descartes : « il devient plus facile d’expliquer l’efficacité thérapeutique des thiazidiques si ces molécules ont une action plus étendue que celle initialement identifiée. »

(1) Le néphron est l’unité structurale et fonctionnelle du rein, responsable de la purification et de la filtration du sang

Un retour prometteur pour la thalidomide

La thalidomide, médicament au passé sulfureux, a cependant pu être progressivement réintroduite sur le marché pour le traitement de quelques pathologies. Des travaux, réalisés par Franck Lebrin et ses collaborateurs (Unité Inserm 833 « Angiogenèse embryonnaire et pathologique »), ont permis d’identifier une nouvelle cible d’action pour ce médicament : les cellules dites murales, que l’on retrouve autour des vaisseaux sanguins. L’étude clinique, réalisée sur 7 patients souffrant d’hémorragies vasculaires spécifiques, a démontré que l’administration orale de thalidomide réduit fortement les nuisances liées à la maladie. Leurs résultats paraîtront cette semaine sur le site de Nature Medicine.



Un médicament qui défrayait la chronique il y a 50 ans est aujourd’hui source d’espoir pour contrôler la croissance des vaisseaux sanguins, facteur clé de l’extension des tumeurs et de la propagation des métastases cancéreuses. Il était prescrit notamment contre les nausées du premier trimestre de grossesse. Largement utilisée, la thalidomide s’est révélée avoir de terribles effets sur l’embryon. Des dizaines de milliers d’enfants présentèrent de lourdes malformations à la naissance (bras et jambes absents ou atrophiés). De premières observations dramatiques ont alarmé la communauté médicale et le médicament fut donc retiré du marché en 1961, lorsque ses effets délétères sur le développement du fœtus humain devinrent évidents.

Une renaissance sous surveillance

Cependant, la découverte de propriétés pharmacologiques originales, en particulier comme modulateur du système immunitaire, de l’inflammation et comme inhibiteur de la croissance des vaisseaux sanguins -ou angiogenèse -a conduit à reconsidérer l’intérêt de cette molécule dans certaines pathologies. Depuis quelques années, des études strictement encadrées sur le plan pharmacologique et toxicologique ont permis de montrer son efficacité dans le traitement des myélomes multiples, de la lèpre et du lupus érythémateux disséminé. En France, la thalidomide est actuellement utilisée à l’hôpital pour soigner le myélome multiple. Par ailleurs, elle trouve des indications pour le traitement de maladies inflammatoires et hémorragiques comme la maladie de Crohn et pour quelques pathologies dermatologiques (aphtose sévère). Plus de 50 essais cliniques sont actuellement en cours dans le monde pour valider l’intérêt de la thalidomide dans le traitement des tumeurs solides (1).

Depuis la fin des années 90 l’effet inhibiteur de la thalidomide sur la croissance des vaisseaux sanguins est reconnu. En 2004, une étude avait montré ses effets bénéfiques de la thalidomide dans le traitement des saignements récurrents et sévères du tube digestif. Forts de ces constatations, les chercheurs de l’Inserm ont suggéré que la thalidomide peut corriger les symptômes de la maladie de Rendu-Osler (MRO). Cette maladie génétique rare, sans possibilité de traitement, est caractérisée par un défaut de communication entre les cellules endothéliales et les cellules murales au sein des vaisseaux sanguins. Fragilisés, les vaisseaux saignent en réponse à de légers traumatismes et la maladie se manifeste par des saignements répétés et spontanés au niveau du nez et du tube digestif, jusqu’à 30 fois par semaine.

Retour sur l’anatomie des vaisseaux sanguins

Ils sont constitués de cellules endothéliales qui délimitent les contours du tube.

D’autres cellules, dites murales, forment une seconde couche. Ces dernières sont capitales pour la formation, la stabilisation et la fonction du vaisseau sanguin.

thalidomide-fig-1 Vaisseaux sanguins

© F. Lebrin / Inserm 833 Retour sur l’anatomie des vaisseaux sanguins

La thalidomide compense les défauts de communication cellulaire

Les chercheurs ont suivi 7 patients atteints de MRO, âgés de 48 à 75 ans. Ils ont observé que l’administration orale quotidienne de 100 mg de thalidomide réduit fortement la fréquence et la durée des saignements de nez et permet d’éviter le recours à des transfusions sanguines pour pallier les anémies chez ces personnes (suivi de 6 mois à 5 ans). Cette étude a permis de détailler plus précisément le fonctionnement du médicament.

Alors qu’on considérait la thalidomide comme un simple « bloqueur » de la formation des vaisseaux, les résultats des chercheurs montrent qu’elle stimule, en fait, le recouvrement des vaisseaux sanguins par les cellules murales. Ce processus correspond à la maturation vasculaire.

Sous thalidomide, l’interaction entre les cellules endothéliales et les cellules murales apparaît comme favorisée, contrôlant la densité du réseau vasculaire, le diamètre et la perméabilité des vaisseaux sanguins. In fine, la thalidomide, grâce à ses propriétés de stabilisation du réseau vasculaire, réduit les saignements associés aux malformations vasculaires spécifiques de la MRO.

thalidomide-fig-2 Vaisseaux sanguins

© F. Lebrin / Inserm 833 La thalidomide restaure les déficits en recouvrement dans les vaisseaux sanguins observés dans les modèles murins MRO.

Pour Franck Lebrin, « ces résultats doivent encore être confirmés dans un essai à plus large échelle, mais ils ouvrent des perspectives importantes dans le traitement des malformations vasculaires héréditaires par un ciblage des cellules murales. Ces nouvelles données suggèrent également que ce médicament pourrait agir sur le développement tumoral en stimulant la maturation du réseau vasculaire, un facteur qui semble favoriser la colonisation des tumeurs par les lymphocytes T tueurs capables de la détruire, la thalidomide étant également connue pour stimuler l’activité de ces lymphocytes T ». L’identification de ce nouveau mode d’action de la thalidomide pourrait donc aussi permettre de redorer quelque peu le blason du médicament, selon le chercheur.

Ces travaux ont été financés par la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM), la Fondation Bettencourt, l’Association pour la Recherche sur le Cancer (ARC), le Netherlands Heart Foundation, the British Heart Foundation, the EU, SWORO and the BSIK program « Dutch Platform for Tissue Engineering » and HHT Foundation International.

(1) On parle de tumeur solide par opposition aux cancers qui affectent les cellules sanguines, par exemple cancer du sein, du poumon, de la prostate…

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