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« Science/Fiction : voyage au cœur du vivant » s’expose au Parc du Futuroscope

Forte de son succès en 2010, l’exposition Science/Fiction : voyage au cœur du vivant, entièrement re-scénarisée et enrichie de plus de 50 panneaux, sera visible au Parc du Futuroscope à partir du 2 avril 2011. Jusqu’à fin décembre 2011, le public est convié à découvrir une exposition ludique où l’univers de Jules Verne se mêle aux images issues des laboratoires scientifiques de l’Inserm. Durant une heure environ, le visiteur est invité à poser ses valises et à déambuler librement entre les 76 panneaux qui composent le parcours. Un voyage qui se veut hors du temps, où les dernières technologies de la recherche médicale côtoient les aventures des grands explorateurs du siècle dernier.

Image, science et littérature

Les romans de Jules Verne ont très certainement inspiré de nombreuses carrières scientifiques. Pour lui faire écho, l’Inserm a convié Bernard Werber, écrivain français connu notamment pour sa « Trilogie des Fourmis » à imaginer de courtes histoires illustrant chaque panneau.

L’exposition « Science/Fiction : voyage au cœur du vivant » propose un mélange des genres : tour à tour, l’image, la science et la littérature offrent la possibilité au grand public de poser un regard nouveau sur les recherches menées à l’Inserm.

« Bernard Werber, l’homme de l’écrit, et Eric Dehausse, l’homme de l’image, ont ressuscité Jules Verne. Ils l’ont quelque part réécrit, réinventé, réenchanté. »
Arnaud Benedetti, directeur du département de la communication et de l’information scientifique de l’Inserm

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© Inserm

Une ambiance hors du temps

L’agence BC-BG (agence conseil en création et scénographie basée à Paris) a réalisé la scénographie de l’exposition en s’inspirant de l’univers de la bande dessinée et du steam-punk. « Science/Fiction : voyage au cœur du vivant » est leur troisième exposition photo grand format réalisée au Futuroscope. www.bc-bg.fr

Le steampunk ou littéralement le « punk à vapeur » est un mouvement artistique né dans les années 1980. Les histoires de science-fiction issues de ce courant se déroulent dans l’atmosphère de la société industrielle du XIXe siècle.

C’est dans cette ambiance de révolution industrielle que le public découvre l’exposition. Rouages, machineries complexes composées de tuyauteries actionnées par des leviers, barres de ferrailles, machines à vapeur, etc., accompagnent les illustrations scientifiques.

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© Inserm

Un clin d’œil au festival de la BD d’Angoulême

Une centaine de kilomètres seulement sépare le Parc du Futuroscope de la ville d’Angoulême, haut lieu de rencontre des amateurs et professionnels de la BD le temps d’un festival renommé. Comme un clin d’œil à cette proximité géographique, le texte de l’exposition a été inséré dans des bulles de BD qui contiennent les dialogues imaginés par Bernard Werber. De cette façon, le commentaire est rendu encore plus vivant et fait ressortir les personnages de Jules Verne.

Pour les curieux et férus de science, les véritables légendes des photos scientifiques sont également disponibles.

Lancement d’Epipage 2 : Mieux connaître et prendre en charge la grande prématurité

Le 28 mars 2011 (1), les chercheurs de l’Unité mixte Inserm 953/ UPMC- Université Pierre et Marie Curie (Recherche épidémiologique en Santé Périnatale et Santé des Femmes et des Enfants), en collaboration avec l’unité Inserm 1027 (Epidémiologie et Analyse en Santé Publique : risques, maladies chroniques et handicaps) et les équipes médicales et de recherche de 26 régions françaises, lancent une nouvelle étude nationale pour mieux connaître le devenir des enfants grands prématurés et prématurés modérés.

Chaque année en France, plus de 10 000 enfants naissent grands prématurés. L’étude Epipage 2 (étude épidémiologique sur les petits âges gestationnels) permettra de recueillir des informations sur la grossesse, l’accouchement et la prise en charge immédiate des enfants nés avant la fin du 7e mois de grossesse ou au début du 8e mois. Un suivi sera effectué jusqu’à l’âge de 11-12 ans, pour connaître leur devenir en termes de santé et de développement. Cette étude constituera une aide précieuse aux équipes médicales pour la prise en charge et le suivi des enfants et permettra une meilleure information des familles. Elle participera également à l’amélioration des connaissances sur les facteurs qui influencent la santé, la croissance et le développement de ces enfants.

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© Fotolia

Objectifs de l’étude Epipage 2

    • Mieux connaître le devenir des enfants grands prématurés et de leurs familles.
    • Evaluer les effets de l’organisation des soins et des pratiques médicales sur la santé et le développement des enfants prématurés.
    • Evaluer les besoins de prise en charge spécifiques pendant l’enfance.
    • Mieux connaître les parcours des familles et les questions éthiques posées par la prise en charge des enfants extrêmement prématurés au moment de la naissance et en soins intensifs.
    • Améliorer les connaissances sur les causes et les conséquences de la prématurité :
    • En étudiant la valeur pronostique des anomalies cérébrales sur le développement neurologique et les troubles des fonctions cognitives.
    • En analysant l’impact des apports nutritionnels et des anomalies de l’installation de la flore intestinale sur la santé et le développement des enfants.
    • En recherchant des marqueurs biologiques des complications en relation avec la prématurité

Chaque année en France, plus de 10 000 enfants naissent grands prématurés, c’est-à-dire entre 22 et 32 semaines après le début de la grossesse. L’étude Epipage 1 (2), menée sur l’ensemble des enfants nés en 1997 grands prématurés dans 9 régions de France, a montré qu’en dépit des progrès accomplis, la mortalité et la morbidité néonatales restaient élevées et les handicaps fréquents. Près de 40% des grands prématurés présentaient un trouble moteur ou sensoriel ou un retard intellectuel à 5 ans, soit 4 fois plus que les enfants nés à terme. Epipage 1 a aussi contribué à la production de nouvelles connaissances sur les causes de la grande prématurité et de ses conséquences et sur le bénéfice de certains traitements. Depuis 1997, la situation a changé. Les enfants prématurés sont plus nombreux, leur survie s’est améliorée et les pratiques en obstétrique et en néonatologie ont évolué. Il est donc indispensable de savoir ce que ces enfants deviennent au-delà des premières semaines de vie.C’est dans ce contexte qu’une nouvelle étude nationale, l’étude Epipage 2 (étude épidémiologique sur les petits âges gestationnels), va débuter. Pour atteindre ses objectifs, le recueil d’information sur les enfants grands prématurés (nés avant la fin du 7e mois) et prématurés modérés (né au début du 8e mois de grossesse) sera mis en place dès le 28 mars 2011 dans les 22 régions de France métropolitaine ainsi qu’à la Martinique, la Guyane, la Guadeloupe et la Réunion.

L’étude permettra de suivre plus de 4 000 enfants prématurés jusqu’à l’âge de 11-12 ans. Pour les besoins de cette recherche, un groupe témoin de 1 000 enfants nés à terme servira de référence sur les indicateurs de santé et de développement. Il sera constitué à partir de la cohorte Elfe (Etude Longitudinale Française depuis l’Enfance) qui débute au même moment en 2011.

A la naissance, des informations sur la grossesse, l’accouchement et la prise en charge immédiate de l’enfant seront collectées en maternité, et des prélèvements biologiques seront pratiqués. A l’issue de l’hospitalisation, un bilan complet de la prise en charge et des complications présentées en service de néonatologie sera dressé. C’est également en néonatologie que des informations seront recueillies auprès des familles par entretien et auto-questionnaire.

Les étapes de suivi se situent aux âges de 1, 2, 5 et 8 ans, puis à 11-12 ans, une fois les enfants entrés au collège.

Les travaux menés chez ces enfants apporteront des informations originales sur leur devenir à long terme, au regard des progrès accomplis ces dernières années. Ils constitueront une aide précieuse aux équipes médicales dans la prise en charge et le suivi des enfants et des familles. Ils participeront également à l’amélioration des connaissances sur les facteurs influençant la santé, la croissance et le développement d’enfants à risque, et pourraient déboucher sur de nouvelles pistes de prévention.

« Cette étude sert en priorité aux enfants prématurés et à leurs familles, ainsi qu’aux équipes qui ont la charge à la naissance et au décours de l’hospitalisation pour répondre à leurs besoins spécifiques » explique Pierre Yves Ancel, coordinateur de l’étude.


Partenaires

Epipage 2 bénéficie du soutien des partenaires suivants :

Sociétés savantes

1 Société Française de Néonatologie (SFN).
2 Société Française de Médecine Périnatale (SFMP).
3 Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF).
4 Société Francophone d’Imagerie Pédiatrique et Prénatale (SFIPP).
5 Groupe d’Etude en Néonatologie d’Ile-de-France (GEN-IF).

Fédération Française des Réseaux de Santé en Périnatalité (FFRSP).
Fondation PremUp, une fondation de coopération scientifique sur la grossesse et la prématurité
Financement

Ce projet est financé grâce au soutien de l’Institut de Recherche en Santé Publique / Institut Thématique Santé Publique, et des partenaires financeurs suivants : Ministère de la santé et des sports, Ministère délégué à la recherche, Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, Institut National du Cancer et Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie.

Epipage 2 bénéficie également d’un soutien financier de la Fondation PremUp.

Notes :

(1) L’étude EPIPAGE 2 débute en deux vagues: 7 régions (Alsace, Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Limousin, Bourgogne et Guyane) commencent le lundi 28 mars et les 19 autres le 2 mai
(2) Devenir à 5 ans des anciens grands prématurés

Choc anaphylactique : les principaux acteurs identifiés

Des chercheurs de l’Institut Pasteur et de l’Inserm viennent d’identifier, dans un modèle animal, les acteurs majeurs et jusque là insoupçonnés responsables du choc anaphylactique. S’ils se confirment dans les études cliniques à venir, ces résultats pourraient avoir des conséquences très importantes sur la prise en charge de cette urgence médicale grave et potentiellement mortelle.

L’anaphylaxie est une réaction allergique hyper-aiguë. Elle peut engendrer un état de choc et entraîner la mort en quelques minutes. Elle peut être induite par de nombreuses substances. Les médicaments figurent au premier rang, suivis par les aliments qui sont de plus en plus fréquemment impliqués, puis par les venins d’insectes et, dans les chocs per-opératoires, par le latex.

On pensait jusqu’à présent que l’anaphylaxie était due à l’activation, par des anticorps très peu abondants, les IgE, de cellules très rares, les mastocytes et les basophiles, capables de libérer en quelques minutes de puissants médiateurs pro inflammatoires, dont l’histamine et le PAF (Platelet Activating Factor).

En utilisant un modèle expérimental mimant l’anaphylaxie médicamenteuse observée chez l’homme, les chercheurs de l’Institut Pasteur et de l’Inserm ont démontré la contribution majeure des anticorps les plus abondants, les IgG, et des globules blancs les plus nombreux dans le sang, les polynucléaires neutrophiles.

Pierre Bruhns et Marc Daëron, de l’unité d’Allergologie moléculaire et cellulaire, Institut Pasteur – Inserm U.760 et leurs collaborateurs ont démontré que l’activation des neutrophiles par les IgG, est à la fois nécessaire et suffisante pour induire une anaphylaxie. L’administration de neutrophiles provenant de souris normales, ou même de neutrophiles humains, restaure en effet l’anaphylaxie, chez des souris résistantes au choc, et la destruction des neutrophiles prévient la réaction anaphylactique et la mort associée au choc.

Les chercheurs ont également montré que le principal médiateur responsable du choc anaphylactique est le PAF : l’injection d’antagonistes du PAF empêche la mort tandis que des antihistaminiques n’ont pas d’effet. Des observations chez l’homme ont montré que la quantité de PAF circulant est corrélée avec la sévérité du choc anaphylactique ; une réalité clinique en accord avec les résultats des scientifiques.

S’ils sont confirmés chez l’homme, ces résultats devraient ouvrir la voie au développement de nouveaux moyens thérapeutiques de l’anaphylaxie.

Un diurétique pour mieux soigner les épilepsies infantiles

L’épilepsie est une atteinte chronique du cerveau qui provoque des crises récurrentes dues à des décharges neuronales brusques et excessives. Elle touche plus de 500 000 personnes en France, dont la moitié sont des enfants. En étudiant chez l’animal l’action de deux antiépileptiques, l’équipe de Yehezkel Ben-Ari de l’unité Inserm 901 « INMED – Institut de neurobiologie de la méditerranée » vient de montrer comment les crises infantiles peuvent s’aggraver au fur et à mesure des répétitions et entraîner une perte d’efficacité des traitements classiques, notamment lorsqu’ils sont pris tardivement. En fait, les chercheurs ont découvert que des diurétiques réduiraient la sévérité des crises infantiles et seraient capables de maintenir l’efficacité des traitements plus longtemps.

Ces résultats sont publiés sur le site de la revue Brain, le 24 mars 2011.

Deux molécules sont utilisées en première intention pour stopper les crises d’épilepsies du nourrisson ou du bébé : le valium et le phénobarbital. Ces molécules bloquent les crises en renforçant l’action du GABA – le principal médiateur chimique du cerveau – qui inhibe les neurones. Cependant, souvent le phénobarbital ne bloque pas les crises voire les aggrave sans que les mécanismes ne soient connus.

Aujourd’hui, Yehezkel Ben-Ari et ses collaborateurs sont parvenus à décrire le mécanisme qui aboutit, crise après crise, à l’inversion des effets positifs des traitements classiques, qui deviennent inefficaces. Les chercheurs proposent une nouvelle approche pour réduire les crises d’épilepsies infantiles.

En utilisant des préparations in vitro – des structures cérébrales prélevées chez des souris – les chercheurs ont montré que le phénobarbital prévient les crises épileptiques quand il est utilisé tôt, au début des crises. Par contre, quand il est administré après plusieurs épisodes épileptiques, il aggrave les crises. Pour comprendre l’inversion des effets des traitements, les chercheurs se sont penchés sur le mécanisme associé à leur cible, le GABA et plus particulièrement la régulation du chlore qui permet son action.

Action du GABA en présence du phénobarbital dans le tissu épileptique

Le GABA agit sur les neurones par l’intermédiaire d’un récepteur canal (GABA R). Lorsque le GABA s’y fixe, il provoque l’entrée d’ions chlore chargés négativement dans les neurones. Renforcé par la présence de l’antiépileptique phénobarbital, la différence de concentration de chlore entraine l’inhibition des neurones et donc l’arrêt des crises (Figure 1).

Par contre, quand les concentrations intracellulaires de chlore sont élevées (Figure 2), le GABA va exciter les neurones en entrainant une sortie excessive du chlore par son récepteur. Or, ces concentrations sont fortement dépendantes de l’activité neuronale. Dans un tissu épileptique, le chlore s’accumule anormalement à l’intérieur des neurones.

Grâce à leurs observations, Yehezkel Ben-Ari et ses collaborateurs ont constaté, au fur et à mesure des crises, le dysfonctionnement du transporteur KCC2, exportateur naturel de chlore hors de la cellule. Après plusieurs crises, il se dégrade et ne fonctionne quasiment plus, ce qui empêche le chlore de sortir de la cellule. Par contre les transporteurs (NKCC1 et GABA R), chargés de le faire entrer dans les neurones, fonctionnent toujours. Au fil des crises, le chlore s’accumule, provoque l’inversion du flux au niveau du récepteur GABA R : c’est la crise. En renforçant les effets du GABA, le traitement au phénobarbital devient donc inefficace et aggrave les crises (Figure 2).

Forts de ces constatations, les chercheurs de l’INMED ont essayé de trouver une méthode qui permette de réduire la concentration de chlore afin de renforcer les actions inhibitrices du GABA, et par voie de conséquence favoriser l’action antiépileptique initiale du phénobarbital.

Le diurétique, connu pour diminuer les concentrations de chlore, agit sur le récepteur qui importe le chlore (NKCC1) en le bloquant. Ainsi, la concentration de chlore intracellulaire est rétablie, ce qui permet de prolonger les effets inhibiteurs du GABA et donc l’efficacité de l’antiépileptique phénobarbital (Figure 3).

Pourquoi un diurétique ?

Certains diurétiques utilisés depuis des décennies pour réduire le chlore au niveau rénal – et donc l’eau – agissent en bloquant des co-transporteurs du chlore qui sont présents au niveau des reins. Les mêmes co-transporteurs sont aussi présents dans le cerveau ; d’où l’idée de tester leurs effets sur les neurones épileptiques.

Yehezkel Ben-Ari et ses collègues ont montré qu’effectivement « Le diurétique, associé au phénobarbital réduit la sévérité des crises surtout quand il est donné à des phases précoces. En d’autres termes, l’historique des crises est crucial pour que le diurétique prolonge l’efficacité du traitement » conclut Yehezkel Ben-Ari. En prévenant l’augmentation excessive du chlore pendant les crises, le diurétique préserve l’action du phénobarbital et donc empêche l’aggravation des épisodes épileptiques. Une étude multicentrique au niveau européen est en cours afin d’évaluer l’efficacité du diurétique sur des crises sévères du nourrisson qui sont résistantes au phénobarbital. Cette étude (projet NEMO), dont les premiers résultats seront attendus en 2012, est effectuée en France et dans d’autres pays de la communauté européenne.

Zoom sur l’épilepsie
L’épilepsie est une atteinte neurologique chronique du cerveau la plus fréquente après la migraine. Elle touche entre 500 et 750 000 personnes en France et on compte environ 50 millions d’épileptiques dans le monde. On estime qu’avant l’âge d’un an l’incidence atteint 120 pour 100 000 habitants, soit 3 fois plus qu’après l’âge d’un an. Véritables « orages électriques » provoqués par une désorganisation-réorganisation des réseaux de neurones du cerveau, les crises d’épilepsie se caractérisent par des manifestations musculaires et/ou neurologiques impressionnantes, accompagnées parfois de pertes de connaissance. Les épilepsies de l’enfant peuvent entraîner des séquelles neurologiques persistantes et graves. Plus d’informations…

Barrer la route au paludisme

Une nouvelle classe de médicaments utilisés dans le cadre de la chimiothérapie contre le cancer est également active contre le paludisme
Chaque année, le paludisme affecte 250 millions de personnes dans le monde, et en tue entre 1 et 3 millions. Les efforts pour contrôler cette maladie ont été entravés par la propension du parasite à développer rapidement une résistance aux antipaludiques. Une fois dans le corps, il échappe au système immunitaire en se cachant dans les cellules du foie et du sang. Une classe de médicaments conçus à l’origine pour inhiber les voies de signalisation des cellules cancéreuses tuent également le parasite qui cause le paludisme. Cette découverte faite par les chercheurs de l’Unité conjointe Inserm-EPFL et publiée aujourd’hui dans la revue Cellular Microbiology permettrait de mettre en place rapidement une nouvelle stratégie pour combattre cette maladie mortelle.

Pour communiquer entre elles et avec leur environnement, les cellules utilisent différentes voies de signalisation. Des molécules informatives agissent comme des messagers. Les signaux donnent à la cellule une représentation de son milieu et lui indiquent parfois d’ajuster son activité aux besoins de l’organisme. Ces voies de signalisation cellulaires jouent aussi un rôle clé dans le développement et la survie des tumeurs. La recherche publiée en ligne sur le site Cellular Microbiology montre que le parasite du paludisme détourne une voie de signalisation présente chez l’hôte pour proliférer, d’abord dans les cellules de foie, puis dans les globules rouges. Le parasite ne produit pas lui-même les enzymes actives dans les voies de signalisation, mais détourne pour ses propres besoins celles de la cellule humaine qu’il infecte.

Il se trouve que ces mêmes voies de signalisation sont visées par une nouvelle classe de molécules, mises au point pour la chimiothérapie anticancéreuse, appelées inhibiteurs de kinases. Les kinases contrôlent la croissance, la survie et la migration cellulaires et leur dérégulation est une cause bien établie de plusieurs types de cancers. Les chercheurs se sont aperçus que l’évolution du parasite était stoppée après traitement des globules rouges infectés avec des inhibiteurs ciblant des kinases humaines.

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© Inserm, C. Doering / Image générée par Science Visuals (www.sciencevisuals.com)

Christian Doerig, directeur de recherche à l’Inserm et ses collègues ont testé les globules rouges contaminés par des parasites Plasmodium falciparum (ceux qui causent la forme la plus virulente du paludisme chez l’être humain) et ont montré que la voie de signalisation PAK-MEK était plus fortement activée dans les cellules infectées que dans les cellules non infectées. Quand on désactive cette voie par traitement avec certains de ces inhibiteurs de kinases humaines, le parasite ne parvient plus à proliférer et meurt.

Des collaborateurs de l’équipe Inserm-EPFL, à Glasgow et à Berne, ont montré que ces molécules sont également actives contre une forme de paludisme qui affecte les rongeurs, aussi bien dans les cellules du foie (qui sont la première étape de l’infection) que dans les globules rouges. Ce qui indique que le paludisme utilise la stratégie de détournement des voies de signalisation de la cellule hôte de manière récurrente.

Un avantage du recours à des inhibiteurs de kinases humaines pour traiter le paludisme serait de priver le parasite de la possibilité de résister aux médicaments en modifiant les enzymes-cibles du médicament, puisque dans ce cas-là celles-ci sont produites par la cellule-hôte et non par le parasite lui-même. L’utilisation d’inhibiteurs de kinases humaines pour lutter contre le paludisme nécessiterait en outre une période de traitement plus courte que dans le cas du cancer, ce qui rendrait le problème de la toxicité moins aigu.

Plusieurs médicaments utilisés pour les chimiothérapies ciblent les inhibiteurs de kinases et sont déjà utilisés cliniquement. Beaucoup d’autres ont passé les étapes 1 et 2 des essais cliniques, qui visent à évaluer leur toxicité et leur efficacité. Les auteurs de l’étude suggèrent d’évaluer la possibilité d’utiliser ces médicaments pour leurs propriétés antipaludiques, ce qui permettrait de réduire considérablement le temps et les coûts nécessaires pour mettre en pratique cette nouvelle stratégie de lutte contre le paludisme.

Etre « nez » ce n’est pas inné

Avoir du flair, une affaire d’expert ? Eh bien oui ! Etre nez n’est pas inné, c’est seulement une question d’entraînement : c’est ce que montrent Jane Plailly, Jean-Pierre Royet chercheurs au laboratoire Neurosciences Sensorielles Comportement Cognition (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1) et Chantal Delon-Martin, chercheur à l’Institut des Neurosciences de Grenoble (Inserm/Université Joseph Fourier). L’expérience d’imagerie cérébrale qu’ils ont menée, implique des parfumeurs professionnels et des étudiants parfumeurs. Elle montre pour la première fois que des régions semblables s’activent pendant la perception et l’imagination d’odeurs, et que cette activation est fonction du niveau d’expertise. Un résultat qui prouve que l’imagerie mentale olfactive procède de la même façon que l’imagerie mentale visuelle ou auditive, par réactivation d’images olfactives au sein du cerveau et que cette capacité se développe avec l’expérience. Ces travaux sont publiés le 8 mars 2011 sur le site de la revue Human Brain Mapping.

Tout un chacun est capable de voir en pensée son appartement et de s’y promener virtuellement ou de fredonner mentalement un air apprécié. Mais peut-on se souvenir en pensée de l’odeur du pain grillé ou de celle de la figue au point de sentir cette odeur ? L’imagerie mentale olfactive est un exercice beaucoup plus difficile que l’imagerie mentale visuelle ou auditive et la majorité des personnes disent ne pas posséder cette capacité. Cependant, les parfumeurs, experts en olfaction habitués à sentir, évaluer et créer des odeurs, soutiennent être capables de sentir une odeur en l’absence de celle-ci. Qu’en est-il vraiment ?

Pour répondre à cette question, ces chercheurs ont comparé en Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle (IRMf) l’organisation spatiale des activations cérébrales d’étudiants de l’école de parfumerie de Versailles (ISIPCA) à celle de parfumeurs professionnels, une population rare (leur nombre n’excède pas 500 dans le monde et 120 à l’échelle de la France et de la Suisse). Dans un scanner, ils devaient imaginer mentalement l’odeur de substances odorantes (1) dont le nom chimique apparaissait à l’écran.

Les résultats montrent que l’imagerie mentale olfactive active le cortex olfactif primaire (cortex piriforme) chez les experts des deux groupes, une zone cérébrale d’ordinaire stimulée lors de la perception. Ceci prouve que des aires semblables sont activées pendant la perception et l’imagination d’odeurs. L’imagerie mentale olfactive procède donc de la même façon que l’imagerie mentale visuelle ou auditive, par réactivation d’images olfactives via un processus cognitif interne (c’est notre propre cerveau qui génère cette sensation) et non en réponse à une odeur.

Autre enseignement : chez les parfumeurs, l’entraînement olfactif intensif influence le niveau d’activation du réseau neuronal impliqué dans l’imagerie mentale des odeurs. De façon étonnante, plus le niveau d’expertise est grand, plus l’activité des régions olfactives et mnésiques (hippocampe) diminue. Ainsi, quand le cerveau est entraîné, la « communication » au niveau neuronal se fait beaucoup mieux, de façon plus rapide et efficace, et le message est plus spécifique, entraînant une réduction de l’activation. Un résultat qui démontre que l’imagerie mentale olfactive se développe avec l’apprentissage au quotidien, et ne résulte pas d’une faculté innée.

Dans cette étude, les parfumeurs étaient capables d’imaginer les odeurs rapidement, voire instantanément, tandis que les étudiants présentaient certaines difficultés et devaient concentrer davantage leur attention. En réactivant facilement des représentations mnésiques d’odeurs, les parfumeurs peuvent à loisir comparer et combiner mentalement les senteurs dans le but de créer de nouvelles fragrances. Ces résultats démontrent l’extraordinaire capacité de notre cerveau à s’adapter à la demande environnementale et à se réorganiser avec l’expérience.

L’activité cérébrale de parfumeurs professionnels et d’étudiants en parfumerie était enregistrée dans un scanner IRM lorsqu’ils imaginaient mentalement les odeurs dont les noms chimiques (dihydromyrcénol, aldéhyde C11, triplal, alpha-damascone, anthranylate de méthyle, acétate de linalyle, ….) leur étaient présentés via un miroir placé au dessus de l’antenne.

Le cortex olfactif primaire est activé dans les 2 hémisphères quand les sujets imaginent mentalement les odeurs. Les activations sont représentées sur des coupes sagittale horizontale et frontale d’un cerveau.

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© J.P Royet

(1) Dihydromyrcénol, aldehyde C11, triplal, alpha-damascone… voici quelques uns des noms chimiques de la vingtaine d’odorants sélectionnés pour l’expérience parmi les 300 sur lesquels travaillent habituellement les étudiants parfumeurs.

De puissants mutateurs de l’ADN humain identifiés

Des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS et de l’Inserm ont démontré qu’une protéine cellulaire connue pour son activité antivirale, APOBEC3A, peut également avoir une activité mutagène sur l’ADN de cellules humaines. Cette découverte laisse penser que cette protéine joue un rôle dans la dégradation de l’ADN cellulaire qui survient en cas d’apoptose, la mort programmée de la cellule, et dans la genèse des cancers. Ces travaux sont publiés sur le site de PNAS.

Des chercheurs de l’unité de Rétrovirologie moléculaire de l’Institut Pasteur et du CNRS, et leurs collaborateurs de l’Inserm ont mis en évidence un nouveau rôle pour l’APOBEC3A, une protéine chargée de bloquer la réplication virale en cas d’infection. Les équipes ont montré que cette protéine peut induire des mutations de l’ADN de sa propre cellule.

Les protéines cellulaires APOBEC3 sont connues pour leur activité antivirale. Ces protéines bloquent la réplication des virus en provoquant de nombreuses mutations, « mitraillant » ainsi le génome viral. Elles exercent cette action principalement sur les virus du SIDA, de l’hépatite B et les papillomavirus.

Les chercheurs ont montré que sous certaines conditions cellulaires, APOBEC3A dirige son activité mutagène contre l’ADN nucléaire et mitochondrial de sa propre cellule. Sachant que l’ADN mitochondrial est impliqué de façon directe dans l’apoptose, la mort programmée de la cellule, la mise en évidence de cette nouvelle cible pour APOBEC3A permet de l’impliquer dans ce phénomène.

De plus, des analyses plus approfondies avaient déjà montré que les mutations observées le plus fréquemment dans les cellules cancéreuses portent la même signature que celles effectuées par l’APOBEC3A sur l’ADN nucléaire. Ceci indique l’implication éventuelle de cette protéine dans les mécanismes liés à la genèse des cancers.

Ces travaux pourraient ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques pour la mise au point de molécules capables de bloquer ce puissant mutateur de l’ADN humain.

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Structure générale des APOBEC 3 © Institut Pasteur

Investissements d’avenir : L’Inserm et le CNRS impliqués dans l’ensemble des projets retenus « infrastructures nationales en biologie et santé » et « démonstrateurs préindustriels en biotechnologie »

Le ministère de l’Enseignement supérieur de la recherche et le Commissariat général à l’investissement viennent de rendre public les lauréats des appels à projets « Infrastructures nationales de recherche en biologie et santé » et « démonstrateurs préindustriels en biotechnologie » visant à doter la France de grandes infrastructures de recherche d’envergure nationale et très compétitives au plan international. Ces infrastructures sont pourvues d’une enveloppe globale de 220 millions d’euros. Le CNRS et l’Inserm sont impliqués dans les 11 projets retenus. Quatre d’entre eux sont portés par l’Inserm et quatre par le CNRS. Ce résultat confirme le rôle de coordination nationale des organismes de recherche dans les grands projets d’infrastructure.

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Ce programme vise à financer des infrastructures d’envergure nationale et du meilleur niveau scientifique actuel. Les infrastructures sélectionnées fourniront à long terme des services et des moyens de recherche à l’ensemble de la recherche française en Biologie et Santé. Les projets retenus sont également destinés à faire émerger une bio-économie basée sur la connaissance du vivant et sur de nouvelles valorisations des ressources biologiques renouvelables.

Les quatre projets portés par l’Inserm

  • Projet BIOBANQUES : une infrastructure nationale de ressources biologiques

Consulter le site internet Biobanques

Ce projet sera financé à hauteur de 17 millions d’euros.
Porté par Georges Dagher (coordinateur adjoint pôle de recherche clinique – ISP – responsable des infrastructures de recherche clinique – coordination des centres de ressources biologiques et des centres d’investigations cliniques), ce projet a reçu le soutien de plusieurs acteurs privés et institutionnels.

  • Projet F- CRIN : une plateforme nationale d’infrastructure de recherche clinique

Ce projet sera financé à hauteur de 18 millions d’euros.
Il sera porté par Olivier Rascol (CHU Toulouse, coordinateur du Réseau National des CIC) et Claire Lévy Marchal (coordinatrice du Pôle de Recherche Clinique de l’Inserm, ITMO santé publique)
Norbert Ifrah (CHU Angers, président du CNCR – comité national de coordination de la recherche)

  • Projet HIDDEN : une infrastructure de recherche dédiée aux maladies hautement infectieuses

Ce projet sera financé à hauteur de 9 millions d’euros.
Il sera porté par M. Hervé Raoul (directeur du laboratoire P4 Jean Mérieux de l’Inserm).

  • Projet PGT Inserm-Généthon: un consortium préindustriel des vecteurs de thérapie génique

Ce projet sera financé à hauteur de 20 millions d’euros.
Il sera porté par Philippe Moullier (Unité Inserm 649 – vecteurs viraux et transfert de gènes in vivo)

Les quatre projets portés par le CNRS

  • France-BioImaging

Infrastructure pour la bio imagerie cellulaire photonique et électronique dédiée à l’innovation, à la formation et au transfert de technologie – coordonné par le CNRS (26 millions d’euros).
Il sera porté par Maïté Coppey de l’Institut Jacques Monod (CNRS/Université Paris Diderot)

  • FRISBI

Infrastructure française pour la Biologie Structurale Intégrée – coordonné par le CNRS (32 millions d’euros). Il sera porté par Bruno Klaholz de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (CNRS/Inserm/Université de Strasbourg)

  • PHENOMIN

Infrastructure Nationale en PHENO-Génomique – coordonné par le CNRS (27 millions d’euros). Il sera porté par Yann Hérault de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (CNRS/Inserm/Université de Strasbourg)

  • ProFI

Infrastructure Française de protéomique – coordonné par le CNRS (15 millions d’euros). Il sera porté par Jérôme Garin de l’Institut de Recherches en Technologies et Sciences pour le Vivant (Inserm/CNRS/CEA/Université de Grenoble/INRA)

Les trois autres projets où le CNRS et l’Inserm sont associés

  • France Génomique

projet porté par le CEA avec le CNRS, l’INRA et l’Inserm (60 millions d’euros)

  • Projet EMBRC-France

Centre Nationale de Ressources Biologiques Marines – projet porté par l’université Pierre et Marie Curie (16 millions d’euros) avec le CNRS

  • Projet TWB (démonstrateur préindustriel en biotechnologie)

Centre de Biotechnologies Blanches de Toulouse – projet porté par l’INRA (20 millions d’euros)

Architecture du vivant : un rapport de forces (finement dosé) entre cellules

Des chercheurs de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC, UMR 7104 Inserm/CNRS/Université de Strasbourg) viennent de décrire les mécanismes moléculaires par lesquels les contractions de cellules musculaires mettent en marche une machinerie permettant à l’embryon de se développer en s’allongeant. Plus largement, ces résultats permettent de mieux comprendre les nombreux processus qui font intervenir des forces physiques, à différents moments du développement de la cellule. Le domaine de la cicatrisation devrait ainsi bénéficier de ces nouveaux travaux, publiés dans la revue Nature datée du 3 mars 2011.

Forces mécaniques du vivant, une question de dosage

Afin d’assurer le bon fonctionnement des organes, les cellules communiquent entre elles grâce à des messages chimiques ou mécaniques. Alors que les forces mécaniques extérieures (pression, coup, etc.) ont plutôt tendance à endommager les tissus (lésion, déchirure, etc.), de nombreux exercices mécaniques sont indispensables au bon fonctionnement de l’organisme. « Comme chez l’être humain chez qui l’exercice physique favorise la croissance et la bonne santé, certaines cellules qui jouent un rôle central dans l’architecture des organes, comme les cellules de la peau, peuvent également avoir besoin d’exercice. Tout est question de dosage » explique Michel Labouesse, directeur de recherche CNRS à l’IGBMC. Son équipe a découvert que chez le ver C. elegans notamment, les micro-contractions du tissu musculaire sont nécessaires pour stimuler les cellules de l’épiderme qui permettent à l’embryon de s’allonger. Les chercheurs ont ensuite tenté de comprendre comment l’information mécanique donnée par les cellules musculaires est transmise aux cellules épithéliales (cellules de la peau) et de quelle manière ce processus active une « machinerie » d’allongement des cellules de l’embryon.

Les étapes de la mécanotransduction enfin décryptées

La mécanotransduction est le phénomène qui permet à une cellule de recevoir une information mécanique au niveau de sa membrane et d’offrir une réponse adaptée. En analysant le phénomène de mécanotransduction au niveau de l’interface cellules musculaires/cellules épithéliales lors de l’allongement de C. elegans, les chercheurs ont mis en évidence un mécanisme en plusieurs étapes. Les contractions des cellules musculaires sont d’abord transmises aux cellules épithéliales adjacentes. Puis la tension exercée provoque des micro-mouvements d’extension/compression des cellules (cf. Photos 1 et 2).

Les cellules épithéliales répondent en renforçant leurs attaches avec les cellules musculaires et en mettant en marche un « moteur » moléculaire. Ce dernier commande alors la déformation de la cellule et permet l’allongement de l’organisme.

Michel Labouesse et son équipe ont décrit et filmé sur C. elegans pour la première fois avec une grande précision le détail du processus moléculaire qui permet la traduction du mouvement mécanique exercée par des cellules musculaires en une cascade moléculaire au niveau de cellules épithéliales adjacentes.

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Photo 1 : Les contractions musculaires (roue en rouge) entraînent une cascade moléculaire à l’origine de la maturation des jonctions cellulaires (hémidesmosomes en bleu) assurant la morphogénése harmonieuse de l’épiderme. © Huimin Zhang et Michel Labouesse/IGBMC

Ils ont notamment mis en évidence le rôle prépondérant des jonctions permettant de fixer une cellule à la matrice interstitielle (hémidesmosomes) dans cette « mécanotransduction ». Ils ont ainsi révélé le rôle très important des forces mécaniques dans la communication intercellulaire.

Des résultats prometteurs

Peau, langue, œsophage, intestin, tous ces organes fonctionnent sur la même combinaison cellules épithéliales/cellules contractiles.
Ces résultats pourraient donc permettre de mieux comprendre les mécanismes de leur formation ainsi que celui de nombreuses pathologies associées : sclérodermie systémique, maladies bulleuses de la peau, syndrome du bocal irritable, et surtout le cancer dont la gravité serait associé à une dérégulation mécanique.
Selon Michel Labouesse « l’une des applications directes concerne le phénomène de cicatrisation. En effet, les cellules de l’épiderme sont accolées au derme qui contient des cellules contractiles (myofibroblastes). Les forces exercées par ces dernières pourraient avoir un rôle important dans le bon ordonnancement de la déformation des cellules nécessaire à une cicatrisation sans séquelle ni bourrelet. »
A terme, ces résultats pourraient également permettre le développement de greffons synthétiques fonctionnels pour pallier la pénurie d’organes.

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Photo 2 : Les contractions des muscles (en bleu) entraînent une cascade moléculaire dans l’épiderme impliquant différents facteurs agissant de manière séquentielle (arc-en-ciel du vert au rouge). © Huimin Zhang et Michel Labouesse/IGBMC

C. elegans, un modèle idéal pour étudier la communication intercellulaire
L’équipe de Michel Labouesse travaille depuis plusieurs années sur le ver C. elegans. Avec ses 1000 cellules, cet organisme modèle est simple, petit et se reproduit très rapidement. Son corps cylindrique est composé de trois couches de cellules de types différents : intestin, muscles et peau. La structure simple de C. elegans est un modèle du genre et permet d’étudier facilement les interactions entre les différents types de cellules.

Comportements néfastes pour la santé et statuts socio-économiques : des écarts entre les pays

Les différences de santé entre groupes socio-économiques constituent l’un des résultats les plus constants de la recherche épidémiologique. L’équipe d’Archana Singh-Manoux de l’unité Inserm 1018 a mis en place une collaboration entre la cohorte française GAZEL (quelque 20000 personnes) et la cohorte britannique Whitehall II (environ 10000), afin de mieux comprendre le rôle des comportements de santé dans la genèse des inégalités sociales de mortalité selon les contextes socioculturels. Quelle que soit la population suivie (française ou britannique), l’association entre position socio-économique et mortalité d’une part, comportements de santé (régime alimentaire, activité physique, consommation d’alcool et de tabac) et mortalité d’autre part ; sont du même ordre de grandeur. En revanche, les chercheurs ont montré que chez les participants britanniques, les comportements néfastes étaient d’autant plus répandus que les personnes appartenaient à une classe sociale peu élevée. Ce qui est moins le cas dans la cohorte française.

Les résultats, publiés dans la revue PloS Medicine datée du 22 février sont disponibles en ligne.

Foule monde

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Les recherches épidémiologiques ont montré des différences de mortalité selon la position socio-économique dans différents pays. Silvia Stringhini, doctorante en d’épidémiologie dans l’Unité Inserm 1018, a montré que les « comportements sociaux » de santé (régime alimentaire, activité physique, consommation d’alcool et de tabac), qui constituent le mode de vie des individus, expliqueraient en grande partie l’association entre la position socio-économique et la mortalité dans un papier publié en 2010 (Stringhini et al., JAMA 2010). Jusqu’à présent, la contribution de ces comportements aux inégalités sociales de santé dans différents contextes culturels restait peu connue. C’est pourquoi, dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont comparé leurs résultats à ceux de la cohorte française GAZEL en vue de les généraliser.

Le profil des cohortes
La cohorte épidémiologique GAZEL, à laquelle participent activement plus de 20 000 volontaires, agents et anciens agents d’EDF – GDF, a été mise en place en 1989. La cohorte Whitehall II, mise en place en 1985, est basée sur plus de 10 000 fonctionnaires britanniques.
Ces deux cohortes sont comparables pour l’âge des participants, la période de suivi, les mesures de la position socio-économique et les comportements de santé. Plusieurs indicateurs de la position socio-économique ont été utilisés : la profession, le niveau d’étude et le revenu.

La comparaison entre les pays
Quatre comportements potentiellement néfastes pour la santé ont été étudiés : consommation excessive d’alcool et de tabac, régime alimentaire déséquilibré, manque ou faible niveau d’activité physique.

  • Le lien entre la position socio-économique et la mortalité est similaire dans les deux cohortes : le taux de mortalité en France comme en Grande-Bretagne est deux fois plus important dans la catégorie socio-économique la moins élevée par rapport à la catégorie la plus élevée.
  • Dans la cohorte britannique, globalement, les comportements néfastes pour la santé sont plus fortement associés au statut socio-économique que dans la cohorte française.
  • Les chercheurs observent les mêmes résultats pour les différents indicateurs de la position socio-économique (profession – niveau d’étude – revenu).

Contrairement à ce qui se passe en Grande-Bretagne, ces résultats montrent que les comportements néfastes pour la santé semblent avoir une moindre influence sur les inégalités sociales de mortalité en France.

« La répartition sociale des comportements néfastes pour la santé dans la population est très différente d’un pays à l’autre. Cependant, l’association entre les comportements de santé et la mortalité suggère que la santé des populations pourrait être améliorée en ciblant les comportements néfastes quel que soit le contexte culturel » conclut Silvia Stringhini.

Les auteurs de l’étude s’accordent sur la prise en compte, pour la prévention, des différences culturelles qui jouent sur la répartition des comportements néfastes : « d’autres facteurs semblent contribuer aux inégalités sociales comme l’environnement, le stress et la prévention au travail, la sécurité sociale ou encore l’accès aux soins », ajoute Silvia Stringhini. Autant de facteurs dont l’étude comparative permettrait à terme d’identifier les déterminants universels et les cibles des inégalités sociales de santé.

Deux gènes de prédisposition à la glomérulonéphrite extramembraneuse identifiés

Un consortium européen de chercheurs (1), dont les équipes françaises de Pierre Ronco, directeur de l’unité mixte de recherche 702 « Remodelage et réparation du tissu rénal » (UPMC / Inserm), Hanna Debiec (Inserm / UPMC) et de Bénédicte Stengel (Inserm / Univ Paris Sud UMR_S 1018) ont identifié des gènes de prédisposition à une maladie du rein : la glomérulonéphrite extramembraneuse. Difficile à traiter, celle-ci peut mener à une insuffisance rénale nécessitant le recours à la dialyse ou à la greffe. La découverte de ces gènes définit des biomarqueurs de la glomérulonéphrite extramembraneuse, ce qui pourrait considérablement améliorer la surveillance et la prévention de la maladie.

Les travaux des chercheurs, publiés dans la revue The New England Journal of Medicine datée du 17 février 2011, sont disponibles en ligne. Dans le même numéro, une lettre de Hanna Debiec et Pierre Ronco complète les aspects génétiques de la glomérulonéphrite extramembraneuse par des données immunologiques.

La glomérulonéphrite extramembraneuse est une maladie rare qui touche le rein. Dans 85 % des cas, ses causes sont indéterminées : elle est dite « idiopathique ». Dans cette maladie, certains anticorps, des immunoglobulines, se déposent dans les glomérules du rein, qui sont des structures sphériques formées d’anses capillaires servant à filtrer le sang et à produire l’urine. La paroi des capillaires et les cellules (podocytes) qui la tapissent, composent le filtre glomérulaire, qui va être « attaqué » par ces dépôts. Les lésions du filtre entrainent le passage anormal dans les urines des protéines de gros diamètre, comme l’albumine, et la diminution de la concentration de ces protéines dans le sang. Le sel et l’eau vont alors s’infiltrer dans les compartiments extracellulaires, provoquant des œdèmes. Dans les cas avancés, les glomérules présentent une fibrose importante, compromettant le fonctionnement du rein. A terme, la glomérulonéphrite extramembraneuse peut engendrer une insuffisance rénale grave qui, au stade terminal, nécessite le recours à la transplantation. Malheureusement, la maladie récidive dans près de 40 % des cas sur le rein greffé.

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Néphron : coupe au cryostat dans un glomérule de rein humain chez un malade atteint de glomérulonéphrite extramembraneuse. Superposition des images 15050 et 15051. On met en évidence que les dépôts d’immunoglobulines sont à l’extérieur de la membrane basale, ce qui permet de caractériser cette maladie. © Inserm, Oriol, Rafael

Les mécanismes d’apparition de la glomérulonéphrite extramembraneuse sont encore mal connus. Hanna Debiec et Pierre Ronco ont cependant déjà dévoilé ceux d’une forme rare de glomérulonéphrite extramembraneuse néo-natale. En effet, ils ont étudié le cas d’un enfant né d’une mère atteinte d’un déficit en endopeptidase neutre, une enzyme normalement présente sur les podocytes du glomérule rénal. Les chercheurs ont découvert que la jeune femme a produit des anticorps contre cette enzyme, apportée pendant la grossesse par le placenta, et ils ont montré que les anticorps ont franchi la barrière placentaire, pénétré la circulation sanguine de l’enfant et atteint leur cible à la surface des podocytes, créant des dépôts extra-membraneux. Une autre équipe franco-américaine quant à elle, a récemment identifié chez 70% des adultes atteints de glomérulonéphrite, un autre antigène cible des anticorps sur les podocytes, le récepteur de la phospholipase A2 (PLA2R1). Contrairement à la glomérulonéphrite extramembraneuse de l’enfant d’origine allo-immune, la maladie de l’adulte est due à une réaction auto-immune.

Les équipes du Consortium ont exploré les bases génétiques de la maladie en étudiant de manière approfondie le génome de 556 malades adultes 398 hommes atteints d’une glomérulonéphrite extramembraneuse idiopathique et de près de 2 400 témoins. L’étude française a porté sur un groupe de sujets atteints de néphropathies glomérulaires, la cohorte GN-Progress, établie par Bénédicte Stengel et collaborateurs.

Les résultats montrent que le risque de développer une glomérulonéphrite extramembraneuse est 80 fois plus élevé chez les patients possédant 2 variants des gènes :

  • PLA2R1, situé sur le chromosome 2q24,
  • HLA-DQA1, situé sur le chromosome 6p21. Son rôle serait de présenter certaines parties (épitopes) de PLA2R1 au système immunitaire, qui en retour stimulerait la production d’anticorps contre PLA2R1.

Les résultats suggèrent en outre que des variations de séquence du gène PLA2R1 pourraient modifier les propriétés de cet antigène, influençant ainsi le développement de la réponse auto-immune.

Cependant, l’étude montre aussi que le risque de glomérulonéphrite extramembraneuse idiopathique est plus élevé avec les variants de HLA-DQA1 qu’avec ceux de PLA2R1, ce qui suggère que HLA-DQA1 pourrait favoriser le développement d’anticorps contre d’autres antigènes qui restent à identifier.

Ces résultats sont corroborés par la lettre publiée par Hanna Debiec et Pierre Ronco dans le même numéro de The New England Journal of Medicine, indiquant que 57% des sérums de patients atteints de glomérulonéphrite extramembraneuse « idiopathique » contiennent des anticorps anti-PLA2R1 alors que l’antigène PLA2R1 est retrouvé dans les dépôts immunologiques des glomérules chez les 3/4 des patients. La recherche d’autres cibles antigéniques de PLA2R1 s’avère donc nécessaire.

L’identification de ces 2 gènes de prédisposition à la glomérulonéphrite extramembraneuse idiopathique illustre parfaitement les découvertes récentes sur les mécanismes des maladies autoimmunes. En effet, celles-ci impliquent bien une « gâchette »-gène de réponse immune (ici HLA-DQA1), une « balle »-anticorps (ici des immunoglobulines anti-PLA2R1) et une « cible »-antigène, (ici l’antigène glomérulaire PLA2R1).

(1) Pierre Ronco et Hanna Debiec (Unité Inserm/UPMC UMR_S 702), Bénédicte Stengel (Unité Inserm/Univ Paris Sud UMR_S 1018), Centre National de Génotypage, Robert Kleta (University College de Londres, Angleterre), Peter Mathieson (Université de Bristol), Jack Wetzels (Radboud University, Nijmegen, Pays-Bas).

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