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Obésité : de nouveaux travaux remettent en question les connaissances actuelles sur le métabolisme des graisses

Rôles de la HSL dans les adipocytesRôles de la HSL dans les adipocytes. La HSL participe à la mobilisation des graisses stockées dans la gouttelette lipidique. Dans le noyau, elle assure le fonctionnement harmonieux de l’adipocyte. © I2MC, 2025. Créé avec biorender.com.

Depuis les années 1960, la lipase hormono-sensible (HSL) est connue comme l’enzyme qui permet d’accéder à l’énergie stockée dans nos graisses. On pourrait dès lors penser que son absence provoquerait une obésité avec un excès de masse grasse. Ce n’est pourtant pas le cas, c’est même l’inverse qui se produit. Une équipe de l’Université de Toulouse et de l’Inserm à l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires (I2MC) a résolu ce paradoxe en montrant que cette protéine agit également de façon inattendue dans le noyau de nos cellules graisseuses. Cette découverte, publiée dans Cell Metabolism le 23 octobre, ouvre de nouvelles pistes pour prévenir les complications liées à l’obésité.

Nos cellules graisseuses, appelées adipocytes, ne servent pas seulement à stocker des kilos en trop. Elles jouent un rôle clé dans la gestion de l’énergie de notre corps. Les adipocytes accumulent des graisses sous forme de gouttelettes lipidiques que l’organisme peut utiliser en cas de besoin, par exemple lors des périodes de jeûne entre les repas. Pour ce faire, il utilise la protéine HSL comme une sorte d’interrupteur. Quand le corps manque d’énergie, elle est activée par des hormones comme l’adrénaline et libère les graisses pour fournir du carburant à divers organes.

En l’absence de la protéine HSL, on pourrait supposer que le robinet à énergie est fermé et que les graisses vont inexorablement s’accumuler. Pourtant, de façon paradoxale, on constate chez la souris et chez des patients atteints de mutations du gène codant HSL que cela ne conduit pas à une obésité avec un excès de graisse. C’est l’opposé qui se produit : l’absence de cette protéine provoque une baisse de masse grasse, une condition pathologique nommée lipodystrophie.

Obésité et lipodystrophie, pourtant opposées en apparence, partagent un point commun : dans les deux cas, les adipocytes dysfonctionnent, entraînant des complications métaboliques et cardiovasculaires similaires.

Pour comprendre cette singularité, l’équipe scientifique menée par Dominique Langin, professeur à l’Université de Toulouse au sein de l’I2MC (Inserm/Université de Toulouse), a remarqué que HSL se situait dans une zone insoupçonnée jusque-là. Dans les adipocytes, la protéine est connue pour être en surface de la gouttelette lipidique où elle joue son rôle d’enzyme découpant les graisses, mais l’étude révèle qu’elle est aussi dans le noyau des cellules graisseuses.

« Dans le noyau des adipocytes, HSL est capable de s’associer avec de nombreuses autres protéines et de participer à un programme qui maintient une quantité optimale de tissu adipeux et des adipocytes ‘en bonne santé’ », précise Jérémy Dufau, co-auteur de l’étude et qui a soutenu sa thèse sur ce sujet.

De plus, l’étude montre que la quantité de HSL dans le noyau est finement contrôlée. L’adrénaline, qui permet l’activation de l’enzyme sur la gouttelette lipidique, favorise également sa sortie du noyau. C’est ce qui se passe lors du jeûne. Dans un contexte pathologique, la quantité de HSL du noyau est augmentée chez des souris obèses.

« HSL est connue depuis les années 1960 comme une enzyme de déstockage des graisses. Mais on sait désormais qu’elle joue aussi un rôle essentiel dans le noyau des adipocytes, où elle participe au maintien d’un tissu adipeux sain », conclut Dominique Langin.

Ce nouveau rôle pourrait expliquer la lipodystrophie des patients qui n’ont pas de HSL et ouvre des pistes pour mieux comprendre les maladies métaboliques telles que l’obésité et ses complications.

Cette découverte arrive à point nommé. Le surpoids et l’obésité touchent un adulte sur deux en France. Au niveau mondial, cela concerne 2 milliards et demi d’individus. L’obésité augmente le risque de nombreuses maladies dont le diabète et de maladies du cœur et affecte la qualité de vie. La poursuite des recherches est essentielle pour améliorer la prévention et la prise en charge des patients.

Cette étude s’inscrit dans le cadre du projet SPHERES, qui est un projet de 7 ans (2020-2027) financé par le Conseil européen de la recherche (ERC) dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne (accord de subvention N°856404).

Pollution de l’air en Europe : un état des lieux inédit d’une nouvelle mesure de l’exposition aux particules. 

Pollution atmosphérique en Île-de-FrancePollution atmosphérique en Île-de-France (Image d’illustration) © Unsplash

Une étude menée dans 43 pays européens par une équipe scientifique internationale coordonnée par l’Université Grenoble Alpes, aux côtés du CNRS, de l’Inserm et de l’Institut de recherche pour le développement* révèle dans la revue Nature, ce 22 octobre 2025, que la capacité des particules en suspension à générer du stress oxydatif dans les poumons (le potentiel oxydant, PO), varie en fonction des types d’environnement (urbain, rural, industriel, etc.) et de leurs sources d’émission. En particulier, ce stress oxydatif peut être jusqu’à trois fois plus élevé dans les zones urbaines à fort trafic routier qu’en zone rurale. Ces résultats fournissent un appui scientifique concret pour définir de futures normes européennes et pour guider les politiques de santé publique.

La pollution de l’air par les particules en suspension constitue un enjeu majeur de santé publique. Si leur concentration massique est déjà réglementée en Europe, la nouvelle directive européenne sur la qualité de l’air (2024/2884) recommande désormais de suivre également leur potentiel oxydant (PO). Ce dernier est en effet un indicateur de la capacité des particules à générer du stress oxydatif dans l’organisme, un mécanisme clé dans l’apparition de maladies respiratoires et cardiovasculaires. Or, aucune valeur limite n’a encore été définie pour ce paramètre. Cette étude internationale propose des scénarios d’exposition qui pourraient servir de base à l’élaboration de futures normes européennes.

Les scientifiques ont rassemblé et analysé près de 11 500 mesures de potentiel oxydant issues de 43 sites répartis en Europe (zones urbaines, industrielles et rurales). Deux méthodes de mesure de potentiel oxydant des particules (tests OP-AA et OP-DTT à base d’antioxydants pulmonaires) ont été appliquées de manière standardisée. Ceci représente, à ce jour la base de données la plus complète constituée sur le sujet.

Des résultats qui soulignent l’importance de diminuer les émissions liées au trafic routier et au chauffage au bois

Une forte variabilité spatiale du potentiel oxydant a été mise en évidence : les sites urbains proches des routes présentent des niveaux jusqu’à 3 fois plus élevés que les sites ruraux. Les particules issues du trafic routier et du chauffage au bois apparaissent comme des contributeurs majeurs au niveaux du potentiel oxydant observés dans l’atmosphère européenne. Des simulations montrent qu’une réduction d’au moins 15% des émissions de chaucune de ces deux sources est nécessaire pour abaisser les niveaux urbains moyens de potentiel oxydant aux niveaux de ceux observés dans les zones urbaines les moins polluées. Cependant, pour se rapprocher des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (PM10=15 ug/m3 en moyenne annuelle), les valeurs projetées en concentration massique imposeraient, elles, de diminuer d’au moins 65% les émissions de chacune des deux sources : trafic et chauffage au bois.

Une étude qui fait étape pour orienter les politiques de santé publique en Europe

Cette recherche fournit la première base de données harmonisées de grande ampleur sur le potentiel oxydant des particules ambiantes en Europe. L’étude suggère que le suivi du potentiel oxydant, en complément de la concentration massique des particules, pourrait améliorer sensiblement l’évaluation de l’exposition des populations à la pollution atmosphérique et guider plus efficacement les politiques de réduction des émissions. En proposant des scénarios d’exposition, cette étude fournit un socle scientifique en vue de l’établissement de futures valeurs réglementaires de PO. Elle constitue un jalon important pour la mise en œuvre de la directive européenne révisée et pour l’orientation des politiques de santé publique face aux impacts de la pollution atmosphérique.

 

*Coordonnée par Gaëlle Uzu, directrice de recherche IRD au sein de l’Institut des géosciences et de l’environnement (IGE – CNRS/INRAE/IRD/UGA – Grenoble INP-UGA), avec comme première auteure de la publication la doctorante UGA Cécile Tassel, cette étude a pu être réalisée grâce notamment, au soutien de l’Idex de l’Université Grenoble Alpes (UGA), de la Fondation Université Grenoble Alpes – Chaire Prédict’air, la station du futur, avec le mécénat de la Fondation Air Liquide. et du dispositif national de surveillance de la qualité de l’air (incluant les associations agréées en région (AASQAs), le laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA-Ineris) et le ministère chargé de l’environnement français.

Rayonnement international : l’Inserm met à l’honneur ses collaborations scientifiques avec le Royaume-Uni

L’Inserm poursuit la mise en lumière de ses collaborations internationales pour la recherche en santé. En 2025, l’Institut propose un focus sur sa fructueuse collaboration avec ses partenaires britanniques. Au programme, une journée d’échanges scientifiques et institutionnels qui se tiendra le 27 octobre 2025, à la Résidence de France à Londres en présence du Pr Didier Samuel, président-directeur général de l’Inserm, et de nombreuses institutions partenaires. Cet événement sera également l’occasion de renforcer et d’initier des coopérations avec d’éminentes institutions scientifiques britanniques et de remettre le prix international Inserm 2025 à Charles Swanton, chercheur britannique renommé dans le domaine de la cancérologie.

Depuis sa fondation en 1964, l’Inserm s’inscrit en acteur essentiel de la recherche biomédicale nationale et internationale : il est le 1er organisme européen de recherche dédié à la santé et le 2nd au niveau mondial. En 2025, l’Institut a choisi de mettre à l’honneur ses collaborations scientifiques avec le Royaume-Uni à travers une journée d’échanges scientifiques croisés autour de sujets stratégiques, comme la construction de larges cohortes internationales de patients, la recherche contre le cancer, les biomarqueurs en santé mentale ou encore l’antibiorésistance.

Le prix Inserm international 2025

Charles Swanton, chercheur et clinicien britannique spécialiste du cancer, reçoit le prix international 2025 de l’Inserm. Directeur clinique adjoint du Francis Crick Institute à Londres, où il dirige le laboratoire Cancer Evolution and Genome Instability dédié à l’évolution des cancers et à l’instabilité du génome, Charles Swanton s’intéresse à l’histoire évolutive des tumeurs solides, aux processus génétiques à l’origine des différences entre les cellules au sein d’une même tumeur et à l’impact de cette diversité sur l’efficacité du système immunitaire et sur le pronostic des patients.

Le prix Inserm international 2025 vient récompenser son engagement dans la coopération franco-britannique, notamment à travers ses travaux de recherche en collaboration avec des équipes Inserm de Gustave-Roussy.

Le Royaume-Uni, un partenaire historique et stratégique de l’Inserm

Avec une production annuelle de près de 2 500 copublications scientifiques, le Royaume-Uni est le deuxième partenaire de l’Inserm à l’international.

Au-delà des publications, l’Inserm est impliqué dans la mise en place d’accords de coopération avec plusieurs partenaires britanniques sur des problématiques de santé majeures pour les deux pays comme les liens entre changement climatique et santé, la santé mentale, l’antibiorésistance ou encore le cancer. Certaines de ces collaborations font l’objet d’ententes qui seront formalisées à l’occasion de la journée du 27 octobre.

Ce sera notamment le cas d’une coopération dans le domaine du cancer, où l’Inserm et University College London ont décidé de réunir leurs talents au sein d’un laboratoire commun virtuel ou Joint Lab[1], consacré à l’identification de stratégies thérapeutiques en médecine de précision contre les tumeurs solides et le sarcome.

 

Quatre autres accords de coopération seront également signés :

  • Un programme dit First Step[2] avec l’Imperial College London en recherche fondamentale sur les ciliopathies ;
  • Un programme First Step avec le Francis Crick Institute consacré à l’antibiorésistance ;
  • Un International Research Program (IRP)[3] avec l’Imperial College London sur la prévention des infections respiratoires infantiles ;
  • Un Memorandum of Understanding avec Oxford University sur l’identification de biomarqueurs pour les diagnostics en psychiatrie de précision.

 

Pour le Pr Didier Samuel, PDG de l’Inserm, « à travers cet événement, l’Inserm réaffirme son engagement pour une recherche ambitieuse portée par une politique d’ouverture internationale forte. Les collaborations que nous développons avec le Royaume-Uni illustrent cette dynamique : des partenariats concrets, portés par une volonté commune d’unir les talents pour transformer la science en solutions au service de la santé de toutes et tous. Cette année marque une nouvelle étape avec nos partenaires britanniques, à travers des accords inédits et des projets structurants. Enfin, j’ai la joie de remettre le prix Inserm international au Pr Charles Swanton, un clinicien et chercheur de renommée internationale dans le domaine du cancer. Par son approche, il a contribué à faire avancer la médecine personnalisée en oncologie : cibler non seulement le type de cancer, mais aussi l’évolution génétique de la tumeur chez un patient donné. L’avenir de la santé réside dans une recherche et une médecine qui avancent main dans la main pour adapter les traitements à chaque patient. »

 

[1] Joint Lab est un label de l’Inserm attribué à des collaborations d’excellence et s’inscrivant dans la durée entre un laboratoire Inserm et un laboratoire partenaire étranger.

[2] Un programme First Step est un outil destiné à faciliter la mise en place de projets de recherche exploratoires à travers des appels à projets globaux sur un large panel de thématiques potentielles. L’objectif des programmes First Step est ainsi d’initier une collaboration entre de jeunes chercheuses et chercheurs Inserm et une équipe étrangère et de stimuler ainsi la coopération internationale en recherche biomédicale.

[3] Les IRP sont des instruments de financement créés par l’Inserm pour initier ou renforcer des coopérations scientifiques internationales. Ils ont pour vocation de soutenir un partenariat existant ou en émergence en donnant aux projets scientifiques d’excellence et à fort potentiel d’impact, entre deux pays ou plus, des moyens d’asseoir durablement leur collaboration.

Un implant sous-rétinien restaure partiellement la vision de personnes atteintes de DMLA

© v2osk on Unsplash

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) entraîne une perte progressive de vision chez un grand nombre de personnes âgées et aucun traitement n’est disponible pour la forme dite atrophique de cette maladie. Un système de neurostimulation appelé Prima, incluant un implant sous-rétinien, pourrait changer la donne. Les résultats d’un essai clinique impliquant l’Inserm, Sorbonne Université et le CNRS – via l’Institut de la vision –, l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild et l’Hôpital national des 15-20 montrent qu’il a restauré partiellement la vue chez plus de 80 % des participants atteints de DMLA qui se sont remis à lire des lettres, des chiffres et des mots. Les résultats sont publiés dans la revue New England journal of medicine.

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est la principale cause de cécité dans le monde. Cette maladie survient généralement après 60 ans. Elle se caractérise par la destruction de la macula, la partie centrale de la rétine, responsable de la vision fine et détaillée ; celle qui permet de lire ou encore de reconnaître les visages, alors que la vision périphérique est préservée. Il existe deux formes de DMLA. Celle dite atrophique se caractérise par la disparition progressive des cellules photoréceptrices qui captent la lumière et transmettent les images au cerveau, provoquant la perte irréversible de la vision centrale.

Il n’existe pas, à ce jour, de traitement pour la forme atrophique de la DMLA au stade avancé, mais une équipe internationale associant l’Institut de la vision (Inserm/CNRS/Sorbonne Université), la fondation Adolphe de Rothschild, l’Hôpital national des 15-20, l’université Stanford et la société Science Corporation, a développé un système de neurostimulation destiné à restaurer la vision chez ces personnes. Ce dispositif a déjà été testé chez l’animal et une première étude clinique réalisée à l’Hôpital Fondation Rothschild et aux 15-20, incluant cinq patients avait validé la possibilité de l’utiliser chez l’humain. Cette fois, l’équipe publie des résultats d’efficacité et de sécurité sur un effectif plus important et sur plusieurs sites européens.

Le système Prima : comment ça marche ?

Le système Prima, conçu par Daniel Palanker à Stanford, court-circuite les cellules photoréceptrices mortes en transformant, au niveau de la rétine résiduelle, la lumière en signaux électriques communiqués au cerveau. Il se compose d’un implant sous-rétinien et d’une paire de lunettes à réalité augmentée. Concrètement, les lunettes sont équipées d’une caméra miniature qui capte les images environnantes et transmet le flux vidéo à un ordinateur de poche. Un algorithme améliore les images ; il peut les grossir jusqu’à douze fois, augmenter le contraste et la luminosité, puis ce flux vidéo est converti en faisceaux de rayons infrarouges, projetés en temps réel sur un implant préalablement greffé sous la rétine. Ce dernier est destiné à remplacer les cellules photoréceptrices mortes ; il capte le signal infrarouge et excite les cellules nerveuses voisines pour envoyer un message au cerveau. Cet implant se présente sous forme d’une micro-puce photovoltaïque de 2 mm x 2 mm et de 30 microns d’épaisseur, comprenant 378 électrodes. Il fonctionne sans fil : c’est l’énergie apportée par le faisceau infrarouge qui active les électrodes individuellement.

Cette nouvelle étude clinique a inclus 38 patients atteints de forme atrophique de DMLA, recrutés dans 17 centres dans cinq pays européens, dont plusieurs sites français. Ils étaient âgés en moyenne de 78,9 ans et présentaient une vision très altérée. L’évaluation de leur vision était réalisée à l’aide de tableaux standardisés, à savoir les lignes de lettres que l’on trouve chez tout ophtalmologiste. Pour être inclus dans l’essai clinique, le résultat à ce test devait être un score logMAR ≥ 1,2 pour au moins un des deux yeux, soit la quasi-impossibilité de lire les lettres affichées.

Efficacité et sécurité

Ces participants ont tous bénéficié de l’implant rétinien et leur vision a été évaluée six puis douze mois après l’opération. Le principal critère d’efficacité fixé par les investigateurs était la proportion de participants présentant une amélioration de l’acuité visuelle de 0,2 logMAR ou plus. Au total, 32 personnes ont achevé l’étude. Parmi elles, 81 % ont atteint ce seuil d’amélioration, lisant au moins 10 lettres supplémentaires dans le tableau de vision après un an quand elles portaient les lunettes Prima par rapport à leur vision naturelle, et sans que la vision périphérique s’en trouve modifiée. Et 78 % ont eu une amélioration de 0,3 logMAR et lisaient au moins 15 lettres de plus avec les lunettes. Le bénéfice maximal a été un gain de 1,18 logMAR ; le patient a pu lire 59 lettres de plus. À un an, 84,4 % des participants ont déclaré pouvoir lire chez eux des lettres, des chiffres et des mots.

Cet essai était également destiné à évaluer les effets indésirables induits par ce dispositif et son implantation. Au total, 26 événements graves ont été observés chez 19 participants mais ils avaient tous été anticipés dans l’analyse des risques. Il s’agissait le plus souvent d’hypertension oculaire, mais aussi de décollements de la rétine, trous dans la macula ou encore hémorragies sous-rétiniennes. La grande majorité des cas est survenue au cours des deux premiers mois et 95 % ont été résolus rapidement, spontanément ou par une intervention médicale. La tolérance a été considérée comme bonne. Un suivi supplémentaire est prévu jusqu’à 36 mois.

« Le bénéfice s’est révélé bien supérieur aux effets indésirables », conclut José-Alain Sahel, auteur senior de cet article et chercheur international affilié à l’Inserm, l’Institut de la vision (CNRS/Inserm/Sorbonne Université), l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild ; l’Hôpital national des 15-20 ; Sorbonne Université, Paris ; et l’University of Pittsburgh School of Medicine, Pittsburgh aux USA. « Jusque-là, d’autres types d’implants sous-rétiniens avaient été développés, apportant un bénéfice bien moindre. C’est la première fois qu’un système permet à des patients ayant perdu la vision centrale de se remettre à lire des mots, voire des phrases, tout en préservant la vision périphérique », conclut-il.

L’exposition au chlordécone rallonge le délai pour concevoir un enfant

Bien qu’interdit depuis 1993, le chlordécone a durablement contaminé les terres agricoles aux Antilles, car la molécule est très persistante dans l’environnement. © Adobe Stock

Une étude publiée le 16 octobre dans la revue Environmental Health par une équipe de recherche de l’Inserm au sein de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Inserm/Université de Rennes/École des hautes études en santé publique) montre que l’exposition de la femme au chlordécone est associée à un allongement du délai nécessaire à concevoir. Obtenus grâce aux données recueillies en Guadeloupe auprès de 668 femmes enceintes entre novembre 2004 et décembre 2007, ces résultats suggèrent fortement que cet insecticide (largement utilisé aux Antilles jusqu’à son interdiction en 1993) pourrait nuire à la fertilité des femmes, comme le laissaient déjà penser des études expérimentales menées chez l’animal.

Plusieurs études ont montré que l’exposition au chlordécone est associé à des effets néfastes sur la grossesse (risque augmenté de prématurité[1]) et le développement de l’enfant (moins bons scores aux tests cognitifs et difficultés comportementales après une exposition prénatale et postnatale[2]), en particulier aux Antilles, où ce pesticide a été largement utilisé jusqu’à son interdiction en 1993 en raison de sa forte toxicité et où il a durablement contaminé les terres agricoles.

Une nouvelle étude publiée par une équipe de l’Inserm au sein de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Inserm/Université de Rennes/École des hautes études en santé publique), dans la revue Environmental Health le 16 octobre montre que ce pesticide allonge la durée du délai nécessaire à concevoir un enfant, un indicateur reconnu de la fertilité du couple.

Ces résultats ont été obtenus grâce à des données de la cohorte mère-enfant Timoun, collectées entre novembre 2004 et décembre 2007 auprès de 668 femmes enceintes, interrogées lors de visites de contrôle au cours du deuxième ou du troisième trimestre de grossesse au CHU de la Guadeloupe et dans les centres hospitaliers de la Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre, ainsi que dans les services de soins prénatals. En parallèle, des prélèvements avaient également été réalisés pour mesurer la concentration de chlordécone dans leur sang.

Résultat : « Plus les femmes ont été exposées à des niveaux élevés de chlordécone, plus elles ont mis de temps à concevoir leur enfant », résume Luc Multigner, directeur de recherche émérite à l’Inserm et co-auteur de l’étude.

Pour analyser le lien entre l’exposition au chlordécone et les difficultés à concevoir, les femmes ont été classées en quatre groupes selon leur niveau d’exposition à l’insecticide. L’équipe de recherche a observé que les femmes les plus exposées, dont la concentration du chlordécone dans le sang dépassait 0,4 µg/l, avaient mis plus de temps à tomber enceintes et que leur chance d’y parvenir au cours d’un cycle menstruel était réduite d’environ un quart (entre 24 et 28 % pour les deux groupes les plus exposés).

Faute de mesures de l’exposition chez les conjoints, il est difficile d’attribuer cet allongement du délai à concevoir uniquement aux femmes.

« Cependant, des études précédentes en Guadeloupe chez les hommes, à des niveaux d’exposition similaires à ceux des femmes, n’avaient montré aucun effet sur la qualité du sperme ni sur les hormones de la reproduction[3]. Chez des animaux de laboratoire, le chlordécone a déjà été associé à une diminution de la fertilité des femelles[4]. À la lumière de ces travaux, notre étude soutient l’hypothèse selon laquelle ce pesticide pourrait altérer la fertilité des femmes », ajoute le chercheur.

Même si l’association observée est importante, l’étude n’établit pas formellement de lien de cause à effet. En effet, l’infertilité féminine peut avoir de multiples origines, telles que le syndrome des ovaires polykystiques ou l’endométriose par exemple.

« L’étude Karu-Fertil[5], qui est en cours en Guadeloupe[6],  permettra de mieux préciser les liens entre l’exposition au chlordécone et l’infertilité féminine », explique Ronan Garlantézec, professeur de santé publique à l’Université de Rennes et responsable scientifique de cette étude.

« En attendant, les résultats que nous venons de publier soutiennent déjà la nécessité de poursuivre les efforts en matière de santé publique visant à réduire l’exposition au chlordécone, en particulier chez les femmes en âge de procréer », conclut Ronan Garlantézec.

Ronan Garlantézec revient sur les conclusions de cette étude dans une vidéo réalisée par l’Université de Rennes.

 

[1]https://presse.inserm.fr/exposition-au-chlordecone-et-prematurite-nouvelles-donnees/10687

[2]https://presse.inserm.fr/lexposition-pre-et-postnatale-au-chlordecone-pourrait-impacter-le-developpement-cognitif-et-le-comportement-des-enfants/66616

[3]https://journals.lww.com/epidem/fulltext/2006/11001/exposure_to_chlordecone_and_male_fertility_in.989.aspx

[4]https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/6192033/

[5]L’étude Karu-Fertil s’appuie sur deux approches complémentaires : une étude épidémiologique, qui s’adresse aux femmes âgées de 18 à 39 ans consultant pour infertilité du couple au CHU de la Guadeloupe et une approche sociologique qui s’adresse aux femmes participantes au volet épidémiologique et aux professionnels de santé prenant en charge de l’infertilité du couple en Guadeloupe. Cette , inancée par l’ANR et la Fondation de France, réunit quatre partenaires : l’Inserm, le CHU de la Guadeloupe, l’Institut national d’études démographiques et l’Institut Pasteur de la Guadeloupe.

[6]https://anr.fr/Projet-ANR-22-CHLD-0001

Prématurité : le peau à peau aux tout premiers jours de vie serait associé à un meilleur développement cognitif à 5 ans

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Le peau à peau consiste à placer le nouveau-né, dès sa naissance, à même la peau de son parent, poitrine contre poitrine. Une étude de cohorte menée par l’Inserm, INRAE, l’Université Paris Cité et l’Université Sorbonne Paris Nord, en collaboration avec le CHRU de Tours et le CHI de Créteil, a permis d’évaluer les effets à long terme du contact peau à peau chez des enfants nés extrêmement ou grands prématurés (après 24 à 31 semaines de grossesse). Les résultats ont montré qu’à l’âge de 5 ans, les enfants ayant bénéficié de contacts peau à peau au cours des sept premiers jours de leur vie obtenaient un meilleur score de développement cognitif lors de tests standardisés. Ces résultats, publiés dans la revue eClinicalMedicine, suggèrent ainsi un impact favorable de cette pratique sur le devenir neurocognitif de l’enfant né prématuré.

Les premières heures de vie du nourrisson constituent une période clé. En effet, les interactions précoces entre les parents et leur bébé activent des mécanismes biologiques et hormonaux qui participent au développement du cerveau et à la construction du lien affectif parent-enfant.

Ces interactions essentielles s’avèrent parfois vitales lorsqu’elles concernent les enfants nés prématurés : la pratique du peau à peau immédiatement après la naissance est recommandée[1] depuis plusieurs années dans les pays à faibles revenus, car elle améliore la survie des enfants. Dans les pays à hauts revenus comme la France, le peau à peau a montré des effets bénéfiques à court terme sur la stabilité physiologique du bébé et sur la construction des liens d’attachement pour les parents.

En réduisant le stress lié à la séparation mère–nouveau-né et en offrant un environnement sensoriel adapté, ce contact parent-enfant contribuerait également à protéger le développement cérébral de l’enfant né prématuré et pourrait même exercer un effet neuroprotecteur durable. De précédentes études ont ainsi suggéré des effets positifs du peau à peau sur le développement neurologique de ces enfants, avec des bénéfices observés au-delà de la petite enfance. Cependant, ces données sont anciennes et reposent surtout sur de petites cohortes.

Dans une nouvelle étude, une équipe au Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (Inserm/Université Paris Cité/Université Sorbonne Paris Nord/INRAE) a pu évaluer cet effet neuroprotecteur du peau à peau sur le devenir cognitif des enfants nés extrêmement prématurés à grands prématurés (après 24 à 31 semaines de grossesses) au-delà de la petite enfance, cela à partir des données de la cohorte Epipage-2 (encadré ci-dessous).

Ce sont près de 2 500 enfants qui ont été inclus dans l’analyse. Ces enfants sont nés dans des unités de néonatalogie françaises en 2011 – la moitié d’entre eux a bénéficié de contact peau à peau au cours des sept premiers jours suivant leur naissance, l’autre non.

Âgés de cinq ans (en 2016), tous ont été évalués grâce à des tests d’appréciation du fonctionnement cognitif (tests de QI), ainsi que des tests de dépistage de difficultés comportementales.

Les résultats de cette étude suggèrent que la pratique du peau à peau au cours des sept premiers jours après la naissance de l’enfant né prématuré (grand à extrêmement prématuré) est associée à un meilleur développement cognitif à l’âge de 5 ans[2]. En moyenne, cette différence a été estimée à +2,3 points de plus sur le score des tests de QI.

« Cette différence de 2,3 points peut sembler minime à l’échelle de l’individu, mais n’est pas négligeable lorsqu’il s’agit d’une moyenne sur l’ensemble d’une population », explique Ayoub Mitha, premier auteur de l’étude.

À noter que l’écart de points est plus significatif concernant le groupe des enfants nés grands prématurés (+2,9 points sur les scores de QI pour les enfants ayant bénéficié du peau à peau à la naissance), par rapport aux enfants nés extrêmement prématurés.

« Cela s’explique par le plus faible recours au peau à peau des enfants nés extrêmement prématurés en 2011, une tendance qui a depuis évolué, le peau à peau étant une pratique de plus en plus encouragée dans les services de néonatologie », précise Ayoub Mitha.

Aucune association n’a été mise en évidence entre le peau à peau et la réduction du risque d’apparition de difficultés comportementales chez l’enfant.

« Ces résultats sont une preuve de plus en faveur du contact peau à peau aux toutes premières heures de la vie de l’enfant né prématuré. Ils pointent l’importance de favoriser la non-séparation parent-enfant à la naissance et vont dans le sens des recommandations pour l’implantation de chambres parentales dans les unités de soins intensifs de néonatologie », explique Ayoub Mitha.

« En tant qu’intervention peu coûteuse, le peau à peau apparaît comme un soin simple à mettre en œuvre dans les pratiques courantes. Or aujourd’hui il existe beaucoup de disparités des pratiques entre les unités de soins. Des études complémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre la variabilité des pratiques et identifier les leviers pour soutenir les équipes dans son implantation », ajoute Véronique Pierrat, dernière autrice de l’étude.

La cohorte Epipage-2

L’étude Epipage‑2 menée par l’Inserm depuis 2011 est un très grand projet de recherche observationnel sur la prématurité en France, avec de nombreuses sous-études. Elle implique des équipes de recherche Inserm, universitaires et hospitalières issues de 25 régions françaises. Cette étude se fonde sur les données relatives à plus de 7 000 naissances survenues avant 35 semaines de grossesse (enfants nés vivants ou mort-nés) dans ces 25 régions. Parmi les enfants qui ont survécu à la période néonatale (environ 4 400), environ 3 000 ont été suivis à 5 ans. Ces enfants continuent de faire l’objet d’un suivi. L’objectif est de mieux connaître le devenir neurodéveloppemental et en santé de ces enfants, au regard des évolutions des pratiques médicales et de l’organisation des soins. Une des originalités de l’étude Epipage 2 est d’avoir permis la mise en place de plusieurs projets complémentaires et multidisciplinaires dans le champ de l’imagerie cérébrale, des biomarqueurs, de la nutrition, des interactions mère-enfant, de la douleur et de l’éthique.

[1]Recommandation de l’OMS : https://www.who.int/fr/news/item/15-11-2022-who-advises-immediate-skin-to-skin-care-for-survival-of-small-and-preterm-babies

[2]Test échelle d’intelligence préscolaire et primaire de Wechsler (WPPSI)

Etude IDeATIon : le VIH altère la réponse immunitaire contre les cancers du poumon

Les personnes infectées par le VIH développent plus fréquemment des cancers du poumon, sous des formes graves et mécomprises. © Fotolia

Les personnes infectées par le VIH développent plus fréquemment des cancers du poumon, sous des formes graves et mécomprises. Une étude récente, IDeATIon, montre que le VIH altère l’immunité antitumorale, notamment des lymphocytes-T CD8, essentiels contre les tumeurs. Ces résultats pourraient expliquer le pronostic sombre de ces cancers et appuient l’intérêt thérapeutique de vaccins anticancéreux dans ce contexte. Cette étude résulte d’une collaboration entre Sorbonne Université, la Fondation Sorbonne Université, l’AP-HP, l’Inserm et le réseau CANCERVIH, dont les résultats ont été publiés dans la revue Journal of Thoracic Oncology.

Les cellules cancéreuses se caractérisent par la présence de mutations dans leur ADN, qui peuvent engendrer la production de molécules anormales, appelées antigènes tumoraux. Celles-ci deviennent des cibles potentielles pour le système immunitaire dans sa lutte contre le cancer. Le cancer du poumon est l’un des plus fréquents et présente un pronostic particulièrement défavorable chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Cependant, les mécanismes sous-jacents à cette aggravation restent mécompris. Identifier les facteurs influençant la fréquence et la sévérité de ce cancer dans cette population pourrait permettre d’améliorer et de personnaliser sa prise en charge et ses traitements.

Dans cette étude, les caractéristiques génomiques et immunitaires de 27 cancers du poumon (issus de 15 PVVIH et de 12 patients sans immunodéficience) sont comparées. Pour ce faire, une combinaison d’analyses génomiques à large spectre, immunologiques et bioinformatiques est utilisée pour étudier les mutations tumorales, prédire les types antigènes produits et évaluer les réponses immunitaires dirigées contre eux.

Les mutations tumorales et les antigènes tumoraux détectés sont globalement similaires dans les deux groupes. Cependant, les réponses immunitaires diffèrent de manière significative. Chez les PVVIH, la réponse immunitaire se limite à certains antigènes tumoraux, tandis que chez les patients sans immunodéficience, elle est plus variée et implique un plus large éventail d’antigènes. En particulier, les lymphocytes T CD8, considérés comme des acteurs clés de la réponse antitumorale, semblent moins actifs contre les antigènes tumoraux chez les patients infectés par le VIH.

Il s’agit de la première étude montrant l’impact du VIH sur les caractéristiques immuno-génomiques du cancer du poumon. Ces résultats démontrent que les mutations tumorales sont similaires entre les PVVIH et les patients sans immunodéficience, mais que la présence du VIH affaiblit la réponse immunitaire contre certains antigènes tumoraux. Ce travail apporte une potentielle explication au pronostic défavorable du cancer du poumon chez les PVVIH et ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques. En effet, ces résultats suggèrent que des traitements immunitaires ciblant spécifiquement ces antigènes tumoraux pourraient améliorer la prise en charge des PVVIH.

Cette étude a rassemblé Sorbonne Université, la Fondation Sorbonne Université, l’AP-HP, l’Inserm, le Centre d’Immunologie et des Maladies Infectieuses de Paris (Inserm / CNRS / Sorbonne Université), la plate-forme bioinformatique CinBioS-UMS PASS (Sorbonne Université / Inserm) et le réseau CANCERVIH (labellisé et financé par l’Institut national du Cancer). Elle est promue par l’AP-HP et est financée par le fonds de dotation MSDAvenir et la fondation ARC pour la recherche sur le cancer.

Niveau de transformation des produits végétaux : impact sur la santé cardiovasculaire

fibres alimentaires© Photo Jannis Brandt/ Unsplash

La consommation de produits d’origine végétale est associée à une meilleure santé cardiovasculaire, à condition qu’ils soient de bonne qualité nutritionnelle et peu ou pas transformés industriellement. C’est ce que montre une équipe de recherche d’INRAE, de l’Inserm, de l’université Sorbonne Paris Nord et du Cnam, à travers l’analyse de données santé d’une cohorte composée de 63 835 adultes. Des résultats publiés dans la revue The Lancet Regional Health – Europe.

De précédentes études ont rapporté qu’une consommation élevée d’aliments dits ultra-transformés[1] était associée à un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires, parallèlement à d’autres travaux[2] qui ont montré qu’une alimentation incluant une forte part de produits végétaux, lorsqu’ils sont équilibrés sur le plan nutritionnel, diminuerait le risque de développer ces maladies.

Pour étudier les liens entre nutrition et santé cardiovasculaire, une équipe de recherche d’INRAE, de l’Inserm, de l’université Sorbonne Paris Nord et du Cnam est allée au-delà de la distinction entre origine végétale ou animale d’un aliment, en intégrant la qualité nutritionnelle, par exemple la teneur en glucides, lipides ou vitamines et minéraux antioxydants, mais aussi le degré de transformation des aliments.

L’équipe de recherche a analysé les données de santé de 63 835 adultes participant à la cohorte française NutriNet-Santé. La période de suivi était de 9,1 ans en moyenne et pouvait aller jusqu’à 15 ans pour les premiers inclus. Les apports alimentaires, c’est-à-dire les aliments et boissons consommés sur au moins 3 journées, ont été recueillis grâce à des questionnaires en ligne. Ce recueil détaillé permet de distinguer 3 types d’alimentation, en comparant la part des produits végétaux face à celle des produits animaux, et en considérant leur qualité nutritionnelle, mais aussi leur niveau de transformation industrielle.

Qualité nutritionnelle et degré de transformation

Ainsi il est apparu que les adultes ayant une alimentation plus riche en produits végétaux de meilleure qualité nutritionnelle (moins riche en lipides, sucre et sel) et pas ou peu transformés industriellement, présentaient un risque de maladies cardiovasculaires inférieur d’environ 40 % comparé aux personnes qui avaient une alimentation plus pauvre en ces produits végétaux, et plus riche en produits animaux[3].

Les adultes ayant une alimentation plus riche en produits végétaux de meilleure qualité nutritionnelle mais ultra-transformés comme des pains complets industriels, soupes du commerce, plats préparés à base de pâtes ou salades assaisonnées du commerce (comparés aux personnes qui avaient une alimentation plus pauvre en ces produits et plus riches en produits animaux), ne présentaient pas un risque inférieur de maladies cardiovasculaires.

Le risque de maladies cardiovasculaires était supérieur d’environ 40 % pour les adultes qui consommaient une forte part de produits végétaux de moindre qualité nutritionnelle et ultra-transformés (chips, boissons sucrées à base de fruits ou sodas d’extraits végétaux, produits sucrés chocolatés ou confiseries, céréales du petit déjeuner sucrées, biscuits salés, etc.) comparé aux personnes ayant une alimentation plus riche en produits végétaux de bonne qualité nutritionnelle et peu ou pas transformés industriellement.

Ces résultats soulignent la nécessité de considérer à la fois la qualité nutritionnelle et le degré de transformation et de formulation des aliments, en plus de l’équilibre végétal-animal dans l’alimentation, pour mieux évaluer les liens entre nutrition et santé cardiovasculaire. Ils viennent apporter de nouveaux arguments afin d’encourager les politiques publiques en nutrition et santé à promouvoir des aliments végétaux qui soient à la fois de bonne qualité nutritionnelle et peu ou pas transformés (fruits et légumes frais, surgelés ou en conserves de bonne qualité, par exemple sans ajout de lipides, sel, sucre et additifs).

L’étude NutriNet-Santé est une étude de santé publique coordonnée par l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (CRESS-EREN, Inserm/INRAE/Cnam/université Sorbonne Paris Nord/université Paris Cité), qui, grâce à l’engagement et à la fidélité de plus de 180 000 « nutrinautes », fait avancer la recherche sur les liens entre la nutrition (alimentation, activité physique, état nutritionnel) et la santé. Lancée en 2009, l’étude a déjà donné lieu à plus de 300 publications scientifiques internationales. Un appel au recrutement de nouveaux nutrinautes est toujours en cours afin de continuer à faire avancer la recherche publique sur les relations entre la nutrition et la santé.

En consacrant quelques minutes par mois à répondre, via Internet, sur la plateforme sécurisée etude-nutrinet-sante.fr, aux différents questionnaires relatifs à l’alimentation, à l’activité physique et à la santé, les participants contribuent à faire progresser les connaissances vers une alimentation plus saine et plus durable.


[1] Selon la classification NOVA, ce sont des aliments ayant subi d’importants procédés de transformation biologiques, chimiques, physiques (extrusion, prétraitement par friture, hydrolyse, chauffage à très haute température, etc.) et/ou dont la formulation contient certains additifs alimentaires non nécessaires à la sécurité sanitaire du produit (colorants, émulsifiants, édulcorants par exemple) ou certaines substances industrielles de type huiles hydrogénées, sirop de glucose/fructose, protéines hydrolysées, sucre inverti, etc.

[2] Rauber F., da Costa Louzada M.L., Chang C. et al. (2024). Implications of food ultra-processing on cardiovascular risk considering plant origin foods: an analysis of the UK biobank cohort. The Lancet Regional Health-Europe, DOI : https://doi.org/10.1016/j.lanepe.2024.100948 
Daas M.C., Vellinga R.E., Pinho M.G.M. et al. (2024). The role of ultra-processed foods in plant-based diets: associations with human health and environmental sustainability. European Journal of Nutrition. DOI :https://doi.org/10.1007/s00394-024-03477-w

[3]C’est-à-dire avec une consommation d’environ 280 g par jour de fruits et légumes, soit la moitié de la recommandation du PNNS (Programme national nutrition santé), 54,1 g par jour en moyenne de viande rouge soit 380 g par semaine et 278 g par semaine de charcuterie, soit presque 2 fois la recommandation maximum du PNNS.

Covid-19 : la dexaméthasone, un corticoïde utilisé pour traiter les formes graves de la maladie, freine les troubles des vaisseaux sanguins responsables de complications

La dexaméthasone, un corticoïde utilisé pour traiter les formes graves de la Covid-19 associées à des complications respiratoires, réduit significativement les marqueurs de lésion endothéliale et la production de thrombine. © Adobe stock

Pendant la pandémie de Covid-19, des scientifiques de l’Inserm, de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP, et de l’Université Paris Cité ont mis en lumière l’un des mécanismes clé expliquant les formes sévères du virus : les lésions des vaisseaux sanguins et les troubles de la coagulation. Leur nouvelle étude, publiée le 25 septembre dans la revue Arteriosclerosis, Thrombosis, and Vascular Biology, révèle qu’un corticoïde utilisé pour traiter les formes les plus graves de la maladie, la dexaméthasone, limite ces phénomènes et pourrait expliquer une baisse des complications thrombotiques chez les patients traités dès le mois de juillet 2020.

Dès les premières vagues de l’épidémie, des scientifiques de l’Inserm, de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP et de l’Université Paris Cité ont observé[1] que le virus SARS-CoV-2 ne se contentait pas d’attaquer les poumons : il provoquait aussi une « endothéliopathie », soit un dysfonctionnement de la paroi interne des vaisseaux sanguins qui jouent un rôle clé dans la régulation de la coagulation sanguine, menant à des microthromboses souvent fatales.

Dans le cadre d’une nouvelle étude publiée le 25 septembre dans Arteriosclerosis, Thrombosis, and Vascular Biology, cette même équipe de recherche a tenté de comprendre l’impact de différents traitements contre les formes graves de la Covid-19 sur les vaisseaux sanguins et la coagulation.

Pour ce faire, les scientifiques ont suivi 375 patients atteints de Covid-19, dont certains en réanimation, à l’hôpital européen Georges-Pompidou. Grâce à des prélèvements sanguins, ainsi qu’à un test de génération de thrombine (une enzyme clé dans la formation de caillots sanguins), les scientifiques ont pu mesurer l’impact du virus et de différents traitements contre ses formes les plus graves sur la capacité du sang à coaguler.

Leur principale découverte : la dexaméthasone, un corticoïde dont l’efficacité a été prouvée pour les patients atteints de formes graves de la Covid-19 associées à des complications respiratoires[2], réduit significativement les marqueurs de lésion endothéliale et la production de thrombine. Il protège ainsi directement les cellules endothéliales face à l’orage inflammatoire provoqué par le virus, alors que l’héparine (un anticoagulant couramment utilisé) n’a pas cet effet.

Ce résultat renforce l’idée que l’inflammation vasculaire est au cœur des complications de la Covid-19, bien au-delà des simples atteintes pulmonaires. Enfin, il montre que l’intensité des anomalies de la coagulation induite par le plasma des patients est fortement corrélée au risque de décès.

« Notre modèle expérimental nous a permis de montrer que la dexaméthasone agit non seulement comme anti-inflammatoire général, mais aussi comme un protecteur direct des vaisseaux », explique David Smadja, coordinateur de l’étude.

Ces résultats éclairent les bénéfices observés de la dexaméthasone dans les essais cliniques et soutiennent son rôle central dans la prise en charge des formes graves de la Covid-19, en limitant les dérives thrombotiques liées à l’atteinte vasculaire.

 

[1]Angiopoietin-2 as a marker of endothelial activation is a good predictor factor for intensive care unit admission of COVID-19 patients | Angiogenesis

[2]Dexamethasone in Hospitalized Patients with Covid-19 | New England Journal of Medicine

Une nouvelle approche d’immunothérapie pour aider le système immunitaire à détecter les cellules cancéreuses

Détection de macrophages (en rouge et indiqués par les flèches noires) dans des tumeurs de souris non traitées à la DAP (à gauche) et de souris traitées à la DAP (à droite) © Carmen Sandoval Pacheco et Fabrice Lejeune/Inserm

Des chercheurs de l’Inserm, de l’université de Lille, du CHU de Lille, de l’Institut Pasteur de Lille, et du CNRS, viennent de développer une nouvelle approche d’immunothérapie innovante qui exploite le « talon d’Achille » des cellules cancéreuses : leur forte propension à accumuler des mutations. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques pour stimuler le système immunitaire contre les tumeurs. En utilisant la 2,6-diaminopurine (DAP), l’un des principes actifs contenus dans le champignon commun Lepista flaccida, ils sont arrivés à rendre visibles les cellules cancéreuses et ainsi entraîner une réponse du système immunitaire. Le traitement a permis de réduire la croissance de tumeurs chez la souris. Ces résultats préliminaires sont encourageants pour envisager une nouvelle piste d’immunothérapie. Ils sont publiés dans la revue Molecular Therapy. 

Contrairement aux agents infectieux, les cellules cancéreuses proviennent du patient lui-même et peuvent donc échapper à la surveillance immunitaire. L’enjeu majeur de l’immunothérapie est de les rendre détectables par les défenses naturelles de l’organisme.

Certains traitements utilisent des médicaments capables de stimuler le système immunitaire pour renforcer sa capacité à lutter contre les cellules cancéreuses/tumorales : c’est ce qu’on appelle l’immunothérapie. Cette approche vise soit à amplifier la réaction immunitaire, soit à aider l’organisme à mieux détecter puis éliminer les cellules cancéreuses.

Les traitements par immunothérapies sont efficaces chez les patients réceptifs, mais 50 à 80 % des malades n’y répondent pas et l’activation généralisée du système immunitaire peut induire des effets secondaires importants. Trouver d’autres solutions pour activer nos défenses naturelles est donc un enjeu de taille de la recherche en oncologie.

Dans une nouvelle étude, une équipe dirigée par Fabrice Lejeune, directeur de recherche Inserm au sein du laboratoire Hétérogénéité, plasticité et résistance aux thérapies des cancers (Inserm/CNRS/Université de Lille/CHU Lille/Institut Pasteur de Lille) a identifié une manière originale d’y parvenir.

Lors de la division cellulaire, des mutations peuvent survenir au sein des cellules. Les cellules cancéreuses, du fait de leur division rapide, accumulent beaucoup plus de mutations que les cellules saines. En théorie, ces mutations devraient donner naissance à des protéines défectueuses dont la présence aurait la capacité de fortement stimuler le système immunitaire, l’incitant à détruire les cellules porteuses de ces protéines. Or, que la cellule soit cancéreuse ou non, un mécanisme de contrôle de qualité y empêche que des protéines défectueuses ne soient synthétisées à partir des mutations. Ce mécanisme, voulu protecteur, est paradoxalement problématique dans le cas du cancer : il permet aux cellules cancéreuses de continuer leur prolifération en passant sous le radar du système immunitaire.

Les chercheurs ont montré qu’il est possible de contourner cet obstacle grâce à une molécule appelée 2,6-diaminopurine (DAP)[1] sur un modèle de cancer de souris. Déjà connue pour sa capacité à réactiver la production de protéines en présence d’un type spécifique de mutations, la DAP a permis ici la fabrication de protéines mutantes spécifiques aux cellules cancéreuses. Ces protéines présentent une « signature » particulière qui n’existe pas dans les cellules normales et qui les rend détectables par le système immunitaire.

Présentée au système immunitaire, cette signature déclenche une réponse immunitaire ciblée :  les cellules cancéreuses deviennent visibles et peuvent être détruites. Chez la souris, ce traitement expérimental a permis de ralentir la croissance tumorale et d’attirer des cellules immunitaires au cœur de la tumeur.

« Ces résultats constituent une étape importante vers de nouvelles stratégies d’immunothérapie anticancéreuse. Des travaux complémentaires seront nécessaires pour évaluer l’efficacité et la sécurité de cette approche chez l’être humain », explique Fabrice Lejeune, dernier auteur de l’étude.

[1] Dans de précédents travaux, l’équipe de recherche de Fabrice Lejeune a identifié la molécule de la DAP à partir d’un extrait de champignon, le Lepista flaccida. Dans cette étude, la DAP testée sur l’animal est issue de synthèse chimique.

Cancer du sang : un traitement pour reprogrammer la mort de cellules cancéreuses et alerter le système immunitaire

Observation de la mort de cellules cancéreuses chez un modèle préclinique par la technique d’imagerie biphotonique in vivo.
En magenta, les cellules cancéreuses vivantes ; en bleu, les cellules cancéreuses en train de mourir ; en vert, les macrophages. © Unité Dynamiques des réponses immunes – Institut Pasteur

Les stratégies d’immunothérapie visent à utiliser le système immunitaire du patient pour que ses propres cellules détruisent les cellules cancéreuses. Des scientifiques de l’Institut Pasteur et de l’Inserm sont parvenus, dans un modèle préclinique, à stimuler une réponse immunitaire efficace contre les tumeurs en reprogrammant la mort des cellules B malignes. Ils mettent en évidence une tri-thérapie efficace pour traiter des cancers du sang, comme certains lymphomes ou leucémies touchant les cellules B. Cette étude a été publiée le 15 août dans la revue Science Advances.

Les stratégies d’immunothérapie constituent une avancée majeure pour lutter contre les cancers. Elles visent à mobiliser le système immunitaire du patient pour que ses propres cellules reconnaissent et éliminent spécifiquement les cellules tumorales. Telles des sentinelles, les cellules immunitaires peuvent scanner l’organisme et identifier chacune des cellules tumorales résiduelles, limitant ainsi le risque de récidive. De nouvelles stratégies d’immunothérapie émergent. L’une d’elles exploite un mécanisme de mort cellulaire : la nécroptose. Contrairement à l’apoptose, qui entraine une mort cellulaire silencieuse, la nécroptose libère des signaux d’alerte qui attirent et stimulent les cellules immunitaires. Ces dernières peuvent ainsi tuer les cellules tumorales qui persistent.

Des chercheurs de l’unité Dynamiques des réponses immunes (Unité mixte Inserm-Institut Pasteur) se sont intéressés à cette stratégie d’immunothérapie par nécroptose dans le cas de tumeurs malignes hématologiques. Ils ont tout d’abord observé que la nécroptose ne peut pas être induite facilement dans le cas des cellules B malignes en raison de l’absence de la protéine MLKL.

Pour surmonter ce blocage, les chercheurs ont combiné l’administration de trois molécules déjà utilisées en clinique. Ils confirment alors l’induction de la nécroptose et observent, dans un modèle pré-clinique, l’élimination complète d’une leucémie grâce à la forte réponse immunitaire induite.
« La tri-thérapie que nous avons utilisée force les cellules cancéreuses à mourir d’une manière qui réveille le système immunitaire » explique Philippe Bousso, directeur de recherche Inserm, responsable de l’Unité Dynamiques des réponses immunes à l’Institut Pasteur et dernier auteur de l’article.

Ces résultats ont été observés sur des modèles pré-cliniques grâce notamment à une technique innovante d’imagerie intravitale. Les scientifiques ont pu ainsi suivre en temps réel les interactions entre cellules immunitaires et cellules cancéreuses en fonction des différents types de mort induits.

« Cette nouvelle stratégie d’immunothérapie, testée avec succès dans des modèles précliniques, transforme les cellules cancéreuses en déclencheurs d’alerte pour le système immunitaire, offrant une nouvelle option de traitement pour certains cancers comme les lymphomes ou leucémies touchant les cellules B » explique Philippe Bousso.

« En changeant la façon dont les cellules cancéreuses meurent, il est possible de bénéficier du soutien de notre système immunitaire pour lutter contre la tumeur », conclue-t-il.

Cette étude a été financée par les organismes cités ci-dessus, ainsi que par le Conseil européen de la recherche (ERC) et par la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer.

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