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Obésité : des résultats prometteurs contre le développement de la fibrose

Images représentatives de tissu adipeux omental (graisse abdominale profonde) provenant de personnes atteintes d’obésité, observées en lumière blanche et en lumière polarisée. Les coupes histologiques ont été colorées au rouge picrosirius, un colorant qui permet de révéler les zones de fibrose, visibles autour des adipocytes (cellules graisseuses) ou à la surface des lobules graisseux. Images représentatives de tissu adipeux omental (graisse abdominale profonde) provenant de personnes atteintes d’obésité, observées en lumière blanche et en lumière polarisée. Les coupes histologiques ont été colorées au rouge picrosirius, un colorant qui permet de révéler les zones de fibrose, visibles autour des adipocytes (cellules graisseuses) ou à la surface de lobules graisseux. © Geneviève Marcelin

Chez les personnes vivant avec l’obésité, le tissu adipeux viscéral — situé en profondeur autour des organes — peut devenir fibreux et rigide. Ce phénomène, appelé fibrose, perturbe le fonctionnement normal de la graisse et contribue à des complications métaboliques comme l’insulino-résistance ou le diabète de type 2. Une équipe de chercheuses et chercheurs  de Sorbonne Université, de l’Inserm et de l’AP-HP, au sein  du laboratoire Nutriomique a identifié une nouvelle stratégie thérapeutique pour contrer les effets de la fibrose. En effet, l’utilisation de deux médicaments déjà approuvés pour d’autres indications parvient à bloquer la fibrose du tissu adipeux et à restaurer son bon fonctionnement chez des souris obèses. Ces résultats sont publiés dans la revue Cell Reports Medicine.
Le tissu adipeux joue un rôle central dans le contrôle de l’équilibre énergétique de l’organisme. Le phénomène de fibrose chez les personnes atteintes d’obésité altère le fonctionnement normal de la graisse et sa plasticité. Il aggrave également les complications métaboliques telles que l’insulino-résistance ou le diabète de type 2, et constitue un frein à la perte de poids.

Pour mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la fibrose, l’équipe de chercheuses et chercheurs s’est intéressée à une population de cellules appelées progéniteurs CD9+. L’étude publiée révèle que l’abondance de ces cellules dans le tissu adipeux des patients atteints d’obésité est associée à une fibrose accrue, à une altération du contrôle de la glycémie et à une incidence plus élevée de diabète de type 2.

Par ailleurs, chez les patients avec obésité sévère et diabète de type 2, une augmentation de l’abondance de ces progéniteurs CD9+ avant une intervention de chirurgie bariatrique (ou chirurgie de l’obésité) est associée à une moindre amélioration métabolique un an après l’intervention. Ces résultats positionnent donc les progéniteurs CD9+ comme des cibles thérapeutiques de premier plan pour  améliorer localement le fonctionnement du tissu graisseux, avec des effets bénéfiques potentiels sur la santé globale.

L’équipe a ensuite mené une étude préclinique sur des souris, afin de valider cette hypothèse. Grâce à des analyses moléculaires approfondies, les chercheuses et chercheurs ont identifié les voies de signalisation activées dans ces cellules et testé des médicaments capables de les inhiber.

La combinaison de deux molécules déjà utilisées en clinique, le nintédanib (antifibrosant) et le célécoxib (anti-inflammatoire), s’est révélée particulièrement efficace. En effet, elle a permis de réduire significativement le développement de la fibrose du tissu adipeux chez les souris obèses et d’améliorer leur santé métabolique.

L’équipe a aussi découvert que le traitement agissait sur les cellules mésothéliales, des cellules spécialisées formant une barrière protectrice à la surface des organes viscéraux, mais qui, en contexte d’obésité, contribuent à la fibrose en surface du tissu graisseux.

Ces résultats sont prometteurs car ils reposent sur des traitements combinés déjà disponibles, ouvrant ainsi la voie à une translation rapide vers des essais cliniques. Préserver ou restaurer le bon fonctionnement des tissus adipeux pourrait ainsi constituer une stratégie clé pour limiter les effets délétères de l’obésité.

Les anticorps de lama : nouvelle piste thérapeutique contre la schizophrénie

Jeune lama né à proximité du camp de base au début de l’expédition Ice Memory en Bolivie. © Bruno JOURDAIN / IGE / CNRS Images

  • Des nanocorps ont été conçus à partir d’anticorps de lamas pour cibler un récepteur clé du cerveau impliqué dans la schizophrénie.
  • Injectés par voie périphérique, ces mini-anticorps franchissent la barrière hémato-encéphalique pour atteindre le cerveau.
  • Le traitement améliore les fonctions cognitives dans deux modèles animaux de la maladie.

Les lamas possèdent un type particulier d’anticorps à partir desquels des scientifiques viennent de produire des mini-anticorps. Ces « nanocorps » traversent facilement la barrière biologique qui protège les cellules du cerveau1, ce qui les rend plus efficaces que les anticorps utilisés jusqu’alors dans les traitements.  Biodégradables et associés à des effets secondaires limités, ils représentent aujourd’hui la promesse d’une nouvelle génération de traitements de la schizophrénie. Ces résultats, portés par des scientifiques du CNRS, de l’Inserm, et de l’Université de Montpellier2, sont publiés dans la revue Nature le 23 juillet 2025.

Si les traitements actuels de la schizophrénie – maladie mentale touchant 1 % de la population mondiale – permet de réduire certains symptômes, ils n’agissent que très peu sur les troubles cognitifs affectant la vie quotidienne des patients.

Des scientifiques de l’Institut de génomique fonctionnelle (CNRS/Inserm/Université de Montpellier) viennent de concevoir un nanocorps issu d’anticorps de lamas, capable d’activer spécifiquement un récepteur au glutamate impliqué dans la régulation de l’activité des neurones. Pouvant être administrée par voie veineuse ou musculaire de manière périphérique, cette nouvelle molécule a démontré sa capacité à franchir la barrière hémato-encéphalique et à atteindre efficacement leurs récepteurs dans le cerveau.

L’effet thérapeutique de ces nanocorps a été évalué dans deux modèles précliniques de la schizophrénie. L’administration du nanocorps a permis de corriger les troubles cognitifs observés chez ces deux modèles murins : les fonctions cognitives des animaux s’améliorent nettement dès la première injection, avec un effet prolongé pendant plus d’une semaine.

Des études cliniques seront désormais nécessaires pour démontrer que cette capacité à corriger les troubles cognitifs via une injection périphérique peut constituer une nouvelle piste de traitement de la schizophrénie. Ces travaux confirment le potentiel des nanocorps comme nouvelle stratégie thérapeutique pour agir sur le cerveau, leur utilisation pouvant à terme être élargie au traitement d’autres maladies neurologiques.

1. Structure naturelle qui protège le cerveau en filtrant les substances présentes dans le sang. Elle empêche la plupart des molécules de pénétrer les cellules du cerveau, ce qui rend difficile l’administration de traitements ciblant ces cellules.

2. Travaillant à l’Institut de génomique fonctionnelle (CNRS/Inserm/Univ Montpellier) et au Centre de recherche en cancérologie de Marseille (Aix-Marseille Université/CNRS/Inserm/Institut Paoli-Calmettes).

Grandes causes de décès en France : tendances et disparités territoriales en 2023

Parmi la population qui réside en France, 637 082 personnes sont décédées en 2023 sur le territoire, soit 36 000 décès de moins qu’en 2022. © Adobe Stock

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), le Centre d’épidémiologie des causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc-Inserm) et Santé Publique France analysent les causes médicales de décès des personnes résidentes et décédées en France en 2023. 

Deux études complémentaires, qui présentent ces résultats, sont publiées conjointement dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (Santé publique France) et dans un Études et Résultats (DREES). Elles s’appuient sur la statistique nationale des causes de décès produite par le CépiDc de l’Inserm à partir du recueil exhaustif et de l’analyse des volets médicaux des certificats de décès.

Parmi la population qui réside en France, 637 082 personnes sont décédées en 2023 sur le territoire, soit 36 000 décès de moins qu’en 2022. Le taux de mortalité standardisé, qui tient compte du vieillissement de la population, est de 828,3 décès pour 100 000 habitants. Il diminue de presque 60 décès pour 100 000 habitants par rapport à 2022 et atteint un niveau inférieur à celui de 2019. Ce niveau de mortalité, historiquement bas en 2023, est observé dans la grande majorité des pays européens. Pourtant, la mortalité en France reste supérieure à celle que l’on attendait si la tendance baissière observée au cours de la période 2015-2019 s’était prolongée jusqu’en 2023.

Une mortalité historiquement basse en 2023, portée en premier lieu par une baisse de la mortalité due à la Covid-19

Plus de 60% de la baisse de la mortalité en 2023 s’explique par celle de la mortalité due à la Covid-19. Des baisses de moindre ampleur s’observent aussi pour la majorité des grandes causes.  À noter deux exceptions : la mortalité due à des maladies de l’appareil respiratoire et celle due à des maladies infectieuses et parasitaires sont en légère hausse.

Les tumeurs, première cause de décès, chez les hommes comme chez les femmes, devant les maladies cardio-neurovasculaires

En 2023, les tumeurs, c’est-à-dire les cancers, première cause de décès, comptent pour plus d’un quart des décès (27%). Les décès dus aux tumeurs concernent des personnes en moyenne plus jeunes que ceux toutes causes confondues. La mortalité par tumeur continue de baisser, à l’exception de celle du pancréas en hausse tendancielle et celles du poumon, des bronches et de la trachée chez les femmes.

En 2023, les tumeurs, première cause de décès, ont entraîné 239 décès pour 100 000 habitants en France (taux standardisé de mortalité). Hors symptômes et états morbides mal définis, le Covid-19 se place en 9e position.

Note : les causes externes de morbidité et mortalité regroupent les accidents, suicides, homicides, etc… Les symptômes et états morbides mal définis regroupent les causes inconnues et celles insuffisamment définies pour être classées dans un chapitre précis de la classification internationale des maladies.

Champ : Personnes décédées et résidant en France.

Source : Inserm-CépiDc

 

Les maladies cardio-neurovasculaires (comme par exemple l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral (AVC) et l’insuffisance cardiaque) ont, quant à elles, causé plus d’un cinquième des décès (21,4%). Elles restent la deuxième cause de mortalité, malgré un léger recul par rapport à l’année précédente.

En 2024, selon une première estimation encore provisoire les taux de mortalité associés à ces deux grandes causes de décès seraient en légère baisse. En revanche, le nombre de décès du fait de ces maladies serait lui en hausse, ou stable, porté par les effectifs des générations du baby-boom de plus en plus nombreux aux âges avancés.

Une mortalité plus élevée que les tendances pré-pandémiques pour certaines causes

En 2023, les taux de mortalité dus aux maladies cardio-neurovasculaires, aux maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques, aux maladies de l’appareil digestif, aux maladies génito-urinaires et aux causes externes (chutes accidentelles, accidents de la vie courante) restent plus élevés que ce que suggérait la prolongation de la tendance d’avant crise Covid-19. 

Les tumeurs, deuxième cause de décès chez les enfants âgés de 1 à 14 ans

Chez les enfants de moins de 1 an, le taux de mortalité s’élève à 397,6 pour 100 000 enfants, et à 10,8 pour 100 000 chez les enfants âgés de 1 à 14 ans.

Plus de la moitié des décès d’enfants de moins de 1 an concerne une affection dont l’origine se situe dans la période périnatale et près d’un sur cinq est dû à une malformation congénitale ou une anomalie chromosomique.

Les deux premières causes de décès des enfants âgés de 1 à 14 ans sont d’abord les causes externes (30 % des décès) dont les trois-quarts sont des accidents de la vie courante et de transport ; et ensuite les tumeurs (17 % des décès).

Une mortalité plus élevée dans les DROM, le nord et l’est de la France métropolitaine

Le nombre de décès est plus élevé qu’attendu dans les départements et régions d’outre-mer (DROM), si les conditions de mortalité étaient les mêmes que pour la France entière en 2023, notamment à Mayotte (+89 %) et en Guyane (+37%). C’est aussi le cas dans une moindre mesure dans le nord et l’est de la France métropolitaine avec notamment (+17% dans les Hauts-de-France). En revanche, il est sensiblement plus faible en Île-de-France (-15% par rapport à la moyenne nationale).

Ces disparités territoriales sont plus marquées pour les maladies cardio-neurovasculaires que pour les tumeurs.

En particulier, on décède davantage de maladies cardio-neurovasculaires et moins de tumeurs dans les DROM qu’en France métropolitaine (sauf à Mayotte).

De fortes disparités régionales et départementales s’observent aussi pour les maladies infectieuses, endocriniennes, respiratoires, et la Covid-19. Au contraire, on décède autant de maladies du système nerveux dans chaque région.

Des différences notables de causes de mortalité selon les lieux de vie

La mortalité est par ailleurs plus importante dans les territoires ruraux hors d’influence des villes, et plus faible au sein des pôles des grandes agglomérations, notamment pour les maladies cardio-neurovasculaires et les causes externes.

En outre, les décès dus aux maladies endocriniennes, aux troubles mentaux, aux maladies du système nerveux, ou encore aux maladies du système digestif sont plus élevés dans les zones rurales loin des villes et dans les pôles urbains de moins de 700 000 habitants. Notamment, certaines causes de décès, dont une partie pourrait être évitée par la prévention, provoquent davantage de décès dans les pôles urbains peu denses et isolés.

Près d’un quart des décès ont lieu à domicile, dont 30% en hospitalisation à domicile

Plus de la moitié des décès (53%) ont lieu en établissement de santé (public ou privé) et quasiment un quart à domicile (24%), des proportions comparables à 2022. Près de 30% des décès à domicile concernent des personnes en hospitalisation à domicile (HAD), une proportion en hausse par rapport à 2022.

Deux études complémentaires, pour mieux documenter les causes de décès en 2023 et leurs évolutions

L’article du BEH analyse les grandes causes de décès en 2023 et leurs évolutions en comparaison à la période 2015-2019 et depuis 2020. La publication Études et Résultats détaille, quant à elle, les disparités territoriales de la mortalité par cause en 2023. Enfin, elle présente une première estimation des causes de décès en 2024.

Vieillir en bonne santé : le secret pourrait se trouver dans les cellules de la peau

Visualisation en microscopie de fibroblastes de peau humaine © AdobeStock

Et si, bien avant l’apparition des premiers signes de fragilité, nos cellules portaient en elles les indices de la façon dont nous allions vieillir ? Grâce à l’analyse de cellules de peau, les fibroblastes, issues de biopsies réalisées chez les participants de la cohorte Inspire-T, des chercheuses et chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Toulouse, du CNRS, de l’Établissement français du sang (EFS)[1], en collaboration avec l’IHU HealthAge, ont découvert que ces cellules fourniraient des indices précieux sur l’état de santé global des individus. Leurs travaux montrent que certains marqueurs biologiques témoignant du bon fonctionnement des fibroblastes permettraient de détecter et d’anticiper des signes de fragilité ou de baisse des capacités physiques et psychiques, indépendamment de l’âge des personnes. Leurs résultats, parus dans Aging Cell, ouvrent des perspectives en médecine préventive personnalisée pour accompagner un vieillissement en meilleure santé.

Alors que le vieillissement représente un défi sociétal majeur, la recherche en santé s’est longtemps focalisée sur des marqueurs biologiques liés à l’âge chronologique, en les déconnectant souvent de l’état de santé global ou fonctionnel des individus[2].

Pour mieux comprendre la place du vieillissement cellulaire dans le processus global de vieillissement, les fibroblastes, se présentent comme une cible d’étude privilégiée. Présents dans l’ensemble des tissus de l’organisme, on les retrouve dans le derme cutané où ils assurent un rôle structurel essentiel en sécrétant la matrice extracellulaire – un réseau de protéines qui soutient les tissus et permet aux cellules qui y résident de réaliser leurs fonctions. Les fibroblastes sont également impliqués dans la régénération et la cicatrisation de la peau ainsi que dans son immunité. Facilement accessibles via de simples biopsies de peau, ils constituent de précieux modèles pour identifier de nouveaux marqueurs biologiques liés au vieillissement.

Une équipe de chercheuses et chercheurs, menée par Isabelle Ader, chercheuse Inserm, et Louis Casteilla, professeur à l’université de Toulouse, au sein du laboratoire Geroscience and Rejuvenation Research Center – RESTORE (Inserm/Université de Toulouse/CNRS/EFS) et en collaboration avec l’IHU Health Age, s’est ainsi intéressée à la façon dont les fibroblastes pourraient renseigner sur l’état de santé au cours du vieillissement, grâce à l’identification de marqueurs biologiques spécifiques.

Leur étude s’est appuyée sur l’analyse de fibroblastes prélevés à partir de biopsies cutanées réalisées chez 133 femmes et hommes âgés de 20 à 96 ans, présentant des profils de santé variés. Ces participants, inclus dans la cohorte française Inspire-T (voir encadré), étaient classés comme étant plus ou moins fragiles ou robustes en fonction de leur âge et de leur état de santé relatif.

Les scientifiques ont soumis ces fibroblastes à différents facteurs de stress mimant ceux rencontrés au cours de la vie (stress métaboliques, infectieux, chimiothérapie…). Ils ont ensuite évalué leur fonctionnalité globale à travers trois de leurs grandes fonctions : structurelle, immunitaire/inflammatoire et métabolique. L’objectif était d’identifier des marqueurs biologiques associés à l’état de santé général et fonctionnel des donneurs, en lien avec les différentes étapes du vieillissement.

Deux marqueurs de l’état de santé fonctionnelle ont attiré l’attention de l’équipe : les fibroblastes issus de personnes pré-fragiles ou fragiles présentaient une activité réduite de leurs mitochondries – les « centrales énergétiques » des cellules. Ces cellules sécrétaient en outre moins de périostine, une protéine de la matrice extracellulaire. La diminution de cette dernière était également observée chez les personnes présentant une faible capacité intrinsèque, un indicateur de vieillissement défavorable et de moindre état de santé général.

 « Ces deux marqueurs biologiques, liés à la fonctionnalité métabolique et structurelle des fibroblastes et indépendants de l’âge chronologique ou du sexe, apparaissent comme des indicateurs de la fragilité cellulaire d’un individu, et ce, même lorsque les fibroblastes sont cultivés en laboratoire après biopsie, indique Isabelle Ader. En cela, ils reflètent ce que l’on pourrait qualifier d’une “mémoire de santé” au niveau cellulaire et présentent un potentiel intéressant pour la détection précoce de la fragilité et de la mauvaise santé avant tout signe clinique », ajoute la chercheuse.

La périostine apparaît en outre pour la première fois comme un marqueur biologique clé associé à la capacité intrinsèque telle que définie par l’OMS, et donc comme un potentiel indicateur de la santé fonctionnelle des individus.

Ces résultats mettent en lumière les signaux fiables que les cellules de notre corps pourraient fournir sur l’état de santé global d’un individu.

« Nos travaux ouvrent des perspectives concrètes dans la détection précoce des signes de fragilité ou de baisse des capacités physiques et cognitives en médecine préventive », complète Isabelle Ader. « Identifier précocement les altérations de la santé cellulaire pourrait permettre de développer des stratégies ciblées de médecine personnalisée pour mieux préserver la santé fonctionnelle et prolonger l’autonomie tout au long de la vie », conclut la chercheuse.

Ces travaux font l’objet d’un brevet déposé auprès d’Inserm Transfert en 2024.

À propos de la cohorte Inspire-T

Inspire-T est une étude longitudinale française dédiée au vieillissement en bonne santé, impliquant plus de 1 000 participants âgés de 20 à plus de 100 ans. Pilotée par l’IHU Health Age, elle vise à identifier les facteurs biologiques, cliniques et environnementaux influençant les trajectoires de santé au cours du temps. Les participants sont suivis régulièrement pour évaluer l’évolution de cinq grandes fonctions – cognitives, locomotrices, sensorielles, psychosociales et de vitalité – dont l’ensemble constitue le score de capacité intrinsèque.

L’IHU Health Age est porté par l’Inserm, le CHU et l’université de Toulouse.

[1]Également en collaboration avec des équipes d’INRAE et de l’université Columbia à New York

[2]La santé fonctionnelle correspond à la capacité d’une personne à réaliser les activités du quotidien tout en maintenant sa santé et son bien-être. Elle dépend de deux variables : l’environnement de vie et la capacité intrinsèque, un concept développé par l’OMS et qui désigne l’ensemble des capacités physiques et mentales propres à la personne, indépendamment de son environnement. Une diminution du score de capacité intrinsèque est associée à une altération de la santé globale, pouvant conduire à une perte d’autonomie et à la dépendance.

France 2030 – Le CEA, le CNRS et l’Inserm associés pour améliorer le parcours des malades grâce à la bio-ingénierie.

© PEPR MED-OOC

Copiloté par le CEA, le CNRS et l’Inserm, le Programme de recherche « Organes et organoïdes sur puces » vient d’être lancé à Grenoble. Financé par l’État dans le cadre du plan France 2030 à hauteur de 48,4 millions d’euros sur 6 ans, il a pour objectif de concevoir une nouvelle génération de modèles biologiques extrêmement précis, permettant de mimer le fonctionnement de tissus humains spécifiques tels que le foie, le poumon, le cerveau ou le cœur.

Le programme national de recherche Organes et organoïdes sur puces MED-OOC vise à déployer en France une nouvelle génération de modèles biologiques qui serviront aussi bien la recherche fondamentale que l’industrie pharmaceutique ou encore la médecine personnalisée. Outils d’aide à la décision thérapeutique, ils pourraient faciliter la prise en charge des cancers et d’autres pathologies en testant plus vite les traitements potentiels mais aussi diminuer, à terme, le recours à l’expérimentation animale. Ils constitueraient une formidable avancée pour la qualité de vie des malades.

L’État a confié le pilotage de ce programme au CEA, au CNRS et à l’Inserm, dont la direction scientifique est assurée par Xavier Gidrol (CEA), Anne-Marie Gué (CNRS) et Maxime Mahé (Inserm). MED-OOC est financé par France 2030 sur 6 ans et dispose d’un budget de 48,4 millions d’euros opéré par l’ANR.

Ce programme s’inscrit dans un domaine à fort impact en santé publique et à fort potentiel d’innovation. Les modèles d’organes et organoïdes sur puces (O&OoC) reproduisent les conditions du vivant, : « Le meilleur modèle pour un patient, ce sont ses propres cellules ! En les mettant en culture sur une carte microfluidique, elles deviennent un modèle d’organe qui peut, par exemple, être utilisé par un médecin pour tester des médicaments et proposer l’approche thérapeutique la plus adaptée à son patient », soulignent les trois co-directeurs de MED-OOC.

Principal objectif : promouvoir une nouvelle génération de modèles biologiques reposant sur des cellules dérivées de patients ou sur des précurseurs tissulaires, tels que les organoïdes, capables de mimer le fonctionnement physiologique ou pathologique d’un organe humain. Intégrés sous la forme de systèmes « sur puce », ces modèles seront dotés de technologies de pointe permettant de surveiller et d’analyser leur activité en temps réel.

MED-OOC ambitionne ainsi de réaliser des avancées scientifiques et technologiques autour de trois axes thématiques prometteurs :

  • O&OoCs dérivés de patients, « jumeaux cliniques » pour la médecine personnalisée : définir et réunir les conditions minimales requises pour reproduire fidèlement la pathologie spécifique d’un patient dans un modèle sur puce.
  • O&OoCs multifonctionnels et multi-organes pour de nouvelles thérapies : développer ces organes et organoïdes sur puces en tant que modèles précliniques robustes, permettant le criblage et la validation de nouveaux médicaments, immunothérapies et biothérapies.
  • O&OoCs instrumentés : équiper les organes et organoïdes sur puces de capteurs et d’actionneurs capables de mesurer plusieurs paramètres-clés liés au métabolisme tissulaire ainsi qu’à des fonctions biologiques plus complexes.

 

Dans ce cadre, le programme MED-OOC finance déjà quatre projets :

  • Tumeur sur puce pour l’amélioration du soin du patient (TME On Chip) : développer des modèles personnalisés de tumeurs dérivés de patients, intégrant le microenvironnement tumoral, pour prévoir l’efficacité des traitements.
  • Diabète de type 1 sur puce (MAGIC) : créer des îlots de Langerhans (cellules du pancréas) vascularisés sur puce pour suivre en temps réel la réponse immunitaire personnalisée d’un patient transplanté et ainsi anticiper le rejet du greffon.
  • Syndrome métabolique sur puce (MSY-OOC) : développer des modèles intégrés et personnalisés du syndrome métabolique (foie, tissu adipeux, paroi vasculaire) pour identifier de nouveaux biomarqueurs, comprendre les mécanismes pathologiques de la MAFLD (maladie hépatique chronique) et élaborer de nouvelles thérapies.
  • Technologie pour l’ingénierie des microenvironnements et l’imagerie des organes sur puces (EnVie) : concevoir des dispositifs modulaires intégrant des technologies d’imagerie 3D et de biofabrication, permettant l’étude des interactions tissulaires à long terme.

L’État consacre 3 milliards d’euros de France 2030 pour la recherche à travers des programmes de recherche ambitieux, portés par les institutions de recherche pour consolider le leadership français dans des domaines clés ; liés ou susceptibles d’être liés à une transformation technologique, économique, sociétale, sanitaire ou environnementale, et qui sont considérés comme prioritaires au niveau national ou européen.  L’Agence nationale de la recherche (ANR) est l’opérateur des programmes de recherche pour le compte de l’État.

À propos du plan d’investissement France 2030

  • Traduit une double ambition : transformer durablement des secteurs clefs de notre économie (santé, énergie, automobile, aéronautique ou encore espace) par l’innovation technologique, et positionner la France non pas seulement en acteur, mais bien en leader du monde de demain. De la recherche fondamentale, à l’émergence d’une idée jusqu’à la production d’un produit ou service nouveau, France 2030 soutient tout le cycle de vie de l’innovation jusqu’à son industrialisation.
  • Est inédit par son ampleur : 54 Md€ seront investis pour que nos entreprises, nos universités, nos organismes de recherche, réussissent pleinement leurs transitions dans ces filières stratégiques. L’enjeu : leur permettre de répondre de manière compétitive aux défis écologiques et d’attractivité du monde qui vient, et faire émerger les futurs leaders de nos filières d’excellence. France 2030 est défini par deux objectifs transversaux consistant à consacrer 50 % de ses dépenses à la décarbonation de l’économie, et 50% à des acteurs émergents, porteurs d’innovation sans dépenses défavorables à l’environnement (au sens du principe Do No Significant Harm).
  • Est mis en œuvre collectivement : pensé et déployé en concertation avec les acteurs économiques, académiques, locaux et européens pour en déterminer les orientations stratégiques et les actions phares. Les porteurs de projets sont invités à déposer leur dossier via des procédures ouvertes, exigeantes et sélectives pour bénéficier de l’accompagnement de l’Etat.
  • Est piloté par le Secrétariat général pour l’investissement pour le compte du Premier ministre et mis en œuvre par l’Agence de la transition écologique (ADEME), l’Agence nationale de la recherche (ANR), Bpifrance, et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC).

Plus d’informations sur le site du Gouvernement et @SGPI_avenir

Une avancée dans la recherche contre la maladie dʼAlzheimer par des chercheurs lillois

crédits institut Pasteur LilleLa composante génétique joue un rôle majeur dans la genèse et l’évolution de la Maladie d’Alzheimer.

Une équipe de scientifiques de l’Inserm, de l’Institut Pasteur de Lille, de l’Université de Lille et du CHU de Lille, reconnue à l’échelle internationale pour ses recherches sur la génétique de la maladie, vient de publier une découverte importante, ouvrant la voie à l’optimisation des essais thérapeutiques.

Les chercheurs montrent que bien qu’il existe une composante génétique commune à différentes populations à travers le monde, le gène de lʼApolipoproteine E (le facteur génétique majeur de la pathologie) porterait à lui seul une grande partie de la variabilité génétique relative au risque de développer la maladie entre ces populations.

Les maladies neurodégénératives, dont la maladie d’Alzheimer, touchent plus d’un million de personnes en France. Si les outils diagnostiques ont beaucoup évolué ces dernières années, les traitements actuels manquent encore d’efficacité. L’équipe de Jean Charles Lambert, directeur de recherche Inserm, au sein du laboratoire « Facteurs de risque et déterminants moléculaires des maladies liées au vieillissement » (Inserm, Institut Pasteur de Lille, Université de Lille, CHU de Lille) s’intéresse à la composante génétique de la Maladie dʼAlzheimer.

Récemment, plusieurs avancées majeures ont permis de mieux comprendre les mécanismes liés au risque pour un individu donné de développer  la maladie. Cette équipe a ainsi identifié une grande partie des gènes impliqués dans la survenue de la maladie et cherche à comprendre comment ces gènes interviennent dans le développement du processus physiopathologique. Cette thématique de recherche peut permettre de mieux comprendre les mécanismes précoces mis en jeu dans la maladie afin de proposer de nouveaux outils dʼaide au diagnostic ou des traitements innovants.

Dans un travail récent, publié dans la revue Nature Genetics, les chercheurs ont fait une avancée majeure dans le domaine. Ils ont évalué les associations de scores de risque génétique avec le risque de maladie dʼAlzheimer, et cela dans diverses populations à travers le monde (Australie, Afrique, Asie, Amérique du Nord et du Sud et Europe).

Les résultats indiquent que pour les formes communes de la maladie, il existerait deux entités génétiques distinctes : l’une dépend principalement d’un facteur de risque génétique appelé Apolipoproteine E (APOE) et l’autre d’une combinaison de nombreux facteurs de risque génétique. De façon surprenante, cette dernière entité est assez similaire entre les différentes populations à travers le monde alors que l’impact de lʼAPOE diffère entre ces différentes populations. Ainsi, le gène de lʼAPOE porterait une grande partie de la variabilité génétique relative au risque de développer la maladie dʼAlzheimer entre ces populations.

Ce travail pourrait être pertinent pour la mise en place d’essais thérapeutiques optimisés, notamment en sélectionnant des groupes de patients à haut risque de maladie dʼAlzheimer. Au regard des résultats mettant en lumière une variabilité génétique inter-populationnelle, l’utilisation d’un tel outil génétique de sélection devra probablement être adapté en fonction des populations à travers le monde.

Des hormones sexuelles au cœur d’un nouveau mécanisme pro-métastatique : une avancée majeure pour mieux comprendre et traiter certains cancers

Coupe transversale d'un mélanomeCoupe transversale d’un mélanome avec les MTA CD163+ (macrophages associés aux tumeurs) colorés en vert, les vaisseaux sanguins colorés en rouge et le noyau des cellules coloré en gris. © 2019 Etzerodt et al.

Une équipe de l’Institut Curie, de l’Inserm et du CNRS[1] a mis en lumière un nouveau mécanisme moléculaire, jusqu’alors inconnu, liant les œstrogènes (hormones sexuelles féminines) à l’aggravation de certains cancers non classiquement considérés comme hormono-dépendants, tels que le mélanome, le cancer gastrique ou encore le cancer de la thyroïde. Ces travaux, publiés dans Nature le 11 juin 2025, ouvrent la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques, en particulier pour les femmes en âge de procréer.

Un rôle hormonal dans les cancers longtemps sous-estimé

Alors qu’il est admis que les cancers hormono-dépendants représentent environ 20 % des cas de cancers dans le monde[2], cette nouvelle étude questionne cet état des lieux. À partir d’une vaste analyse épidémiologique, les chercheurs ont constaté que plusieurs cancers, notamment le mélanome, sont plus fréquents chez les femmes entre la puberté et la ménopause que chez les hommes au même âge, période marquée par une forte exposition aux œstrogènes.

« Empiriquement, les dermatologues constataient déjà une incidence plus élevée de mélanomes chez les jeunes femmes, notamment après la grossesse. Nous avons cherché à comprendre scientifiquement ce phénomène », explique le Dr Lionel Larue, directeur de recherche à l’Inserm, chef d’équipe à l’Institut Curie et co-dernier auteur de l’étude.

Une boucle moléculaire pro-métastatique inédite

Les analyses menées ont permis d’identifier une voie de signalisation jusque-là inconnue, strictement dépendante de l’environnement hormonal féminin. Cette boucle de régulation implique différents acteurs moléculaires clés dont ESR1 (le récepteur aux œstrogènes) qui induit le récepteur GRPR (pour Gastrin-releasing peptide receptor), entraînant l’activation de la voie pro-métastatique YAP1[3] laquelle réprime la E-cadhérine (ECAD), une molécule d’adhésion cellule-cellule dont la diminution facilite la progression tumorale. La boucle est refermée par l’induction de la transcription de ESR1 après la réduction du niveau de ECAD.

Ainsi, ce mécanisme favorise la croissance des tumeurs, la migration et l’invasion des cellules tumorales, ainsi que leur résistance à l’anoïkis[4] – un processus un processus de mort cellulaire normalement impliqué dans la prévention de la dissémination métastatique. Et il s’agit d’un processus particulièrement actif chez les femmes, puisque dépendant de l’activation du récepteur ESR1 par les œstrogènes.

Une nouvelle cible thérapeutique prometteuse

Fait remarquable, GRPR appartient à la famille des récepteurs couplés aux protéines G (RCPG), qui représentent 35 % des cibles des médicaments actuellement approuvés, mais restent sous-exploités en oncologie. En administrant des antagonistes spécifiques de GRPR dans des modèles précliniques, les chercheurs ont observé une réduction significative de la formation de métastases. Outre son implication dans la progression tumorale, GRPR joue également un rôle dans la perception de la douleur. Sa modulation pourrait donc à la fois freiner les métastases et améliorer la qualité de vie des patientes. La mise en place de thérapies combinatoires anti-œstrogéniques pourrait constituer une approche pertinente dans le traitement des mélanomes, et d’autres cancers, présentant cette boucle métastatique.

L’âge et le sexe au cœur de la médecine personnalisée de demain

Cette découverte majeure met en évidence une nouvelle facette des inégalités de sexe face au cancer et souligne l’importance de mieux intégrer les facteurs hormonaux et biologiques dans la prévention, le diagnostic et le traitement. Elle offre également de nouvelles perspectives pour réorienter des médicaments existants vers une utilisation en oncologie.

« Mieux comprendre l’impact du sexe et de l’âge sur le développement de certains cancers est essentiel pour faire progresser la médecine de précision. Ce travail jette les bases d’approches thérapeutiques innovantes, prévalentes aux femmes, et ouvre des perspectives cliniques concrètes », conclut le Dr Lionel Larue, directeur de recherche à l’Inserm.

[1] Ces travaux ont été menés par le Dr Lionel Larue, directeur de recherche à l’Inserm, chef de l’équipe Développement normal et pathologique des mélanocytes dans l’unité Signalisation, radiobiologie et cancer (Institut Curie, Inserm, CNRS, Université Paris Saclay) et le Dr Véronique Delmas, directrice de recherche au CNRS dans la même équipe.

[2] Sung, H. et al. Global Cancer Statistics 2020: GLOBOCAN Estimates of Incidence and Mortality Worldwide for 36 Cancers in 185 Countries. CA CANCER J CLIN 71, (2021).

[3] La voie YAP-1 est un mécanisme cellulaire essentiel qui régule la croissance et la survie des cellules. Son dysfonctionnement est impliqué dans plusieurs maladies, notamment le cancer, ce qui en fait une cible prometteuse pour de nouvelles thérapies.

[4] L’anoïkis est un processus de mort cellulaire programmée qui se produit lorsque les cellules perdent leur ancrage à leur environnement. Ce mécanisme est crucial pour le maintien de l’homéostasie tissulaire et joue un rôle important dans le développement embryonnaire, la guérison des plaies et la prévention de la formation de tumeurs.

L’entrée à l’École élémentaire : le début des inégalités en mathématiques entre filles et garçons

Photographie montrant deux élèves (un garçon et une fille) d'école élémentaire réfléchissant à la résolution d'une multiplication.© Adobestock

Une étude publiée le 11 juin 2025 dans Nature et menée sur près de 3 millions d’enfants scolarisés en France entre 2018 et 2022, coordonnée par Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, et par le Dr Pauline Martinot, médecin et neuroscientifique dans le cadre d’une thèse financée par l’Inserm, impliquant des scientifiques du CNRS, révèle que filles et garçons ont les mêmes performances en mathématiques à l’entrée au CP, mais qu’un écart se creuse très rapidement après cette entrée dans la scolarité en faveur des garçons.

La rapidité de formation de cet écart suggère que ce n’est pas une lente imprégnation de stéréotypes au fil des années qui en est à l’origine, mais bien l’entrée à l’école élémentaire, qui marque le début d’un enseignement formel des mathématiques. Ce constat devrait aider à mettre en lumière de nouveaux leviers d’action : en identifiant précisément l’enseignement des mathématiques comme un point de bascule dans la construction des inégalités, on aide à spécifier les moyens d’agir pour les prévenir et ainsi réduire durablement les écarts entre filles et garçons dans cette discipline.

Publiée ce mois-ci dans la revue scientifique Nature, cette recherche française constitue une première mondiale par son ampleur et la richesse des données mobilisées.

L’École, un lieu clé où les écarts se creusent

Grâce à une comparaison fine entre les cohortes scolaires – y compris celles affectées par la fermeture des écoles pendant la crise Covid -, les scientifiques montrent que les
écarts entre filles et garçons se creusent dès les premiers mois d’entrée au CP. Cet effet est observé dans tous les départements de notre pays, tous les milieux, et tous les types d’écoles. Il est plus particulièrement prononcé chez les filles issues de familles favorisées.

L’étude montre que ce n’est pas l’âge de l’enfant (donc ni la maturation du système nerveux ni l’accumulation de stéréotypes de genre au fil du temps) qui détermine l’apparition des écarts, mais bien le moment où l’enfant entre dans l’environnement d’apprentissage structuré qu’est l’école élémentaire. L’âge a même un léger effet protecteur vis-à-vis du développement de ces écarts.

L’analyse montre également que les filles sont en avance dans le domaine du langage, mais que ce n’est pas pour cette raison qu’elles délaissent les mathématiques. En effet, même parmi des paires de garçons et filles qui avaient précisément les mêmes résultats partout, y compris en langage, à l’entrée au CP, les écarts apparaissent toujours après 4 mois d’école.
Les scientifiques ont également tiré parti des données acquises pendant la pandémie de Covid-19. Cette année-là, les enfants ont été moins exposés à l’école, et les écarts entre garçons et filles en mathématiques se sont réduits par rapport aux autres années.

Fait notable : les compétences en langage ne présentent pas ces disparités. Les filles sont en avance sur les garçons dans la plupart des tests de langage. Ces différences préexistent à l’entrée à l’école, se réduisent un peu en cours d’année de CP, mais demeurent bien établies en début de CE1 et ont un écart quasi identique selon le contexte socio-économique de la famille de l’enfant.

D’autres recherches suggèrent que l’avantage des filles pour le langage ou la socialisation est présent en maternelle et pourrait être d’origine biologique. Cela souligne, en miroir, la spécificité du rapport filles-garçons aux mathématiques, et la responsabilité collective à y répondre.

Une collaboration française et internationale

Cette étude est le fruit d’une collaboration internationale avec plusieurs instituts de recherche (Inserm, CNRS, CEA, INRIA, Institut des politiques publiques, Paris School of Economics, Université Paris Saclay, Université Paris Cité, Université Grenoble Alpes, Université Aix-Marseille, Université Harvard), menée sous l’impulsion initiale du Conseil scientifique de l’Éducation nationale, en lien avec des chercheurs en sciences cognitives, en mathématiques et intelligence artificielle, en éducation, en économie et en psychologie sociale et du développement.

Elle met en évidence le potentiel de la recherche scientifique appliquée pour éclairer les politiques éducatives et illustre comment la recherche française, en s’appuyant sur des évaluations nationales massives et rigoureuses, peut contribuer à mieux comprendre les mécanismes d’apprentissage et à réduire les inégalités dès le plus jeune âge.

Les évaluations nationales, mises en place depuis sept ans par la Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP), visent à évaluer les acquis et les besoins de chaque élève. Les évaluations sur lesquelles repose cette publication ont été menées chez tous les enfants de France en début de CP, en milieu de CP, et en début de CE1, sur 4 années consécutives (2018-2021). Dans les semaines qui suivent chaque évaluation, tous les enseignants reçoivent les résultats détaillés de chaque élève de leur classe, ce qui leur permet de suivre leurs progrès et éventuellement d’adapter leur enseignement. Chaque enseignant transmet également aux parents les évaluations de leur enfant. Ce n’est que dans un second temps que des statistiques nationales peuvent être extraites et exploitées, comme dans cet article, pour analyser les caractéristiques systémiques de l’éducation nationale française.

Une thérapie génique prometteuse dans le traitement d’une maladie musculaire génétique rare

Coupe transversale du muscle tibial antérieur d’une souris porteuse de mutations dans le gène BIN1 ayant reçu le traitement de thérapie génétique © IGBMC, Jacqueline JiCoupe transversale du muscle tibial antérieur d’une souris porteuse de mutations dans le gène BIN1 ayant reçu le traitement de thérapie génétique. © IGBMC, Jacqueline Ji

Des chercheurs et chercheuses de l’Inserm, du CNRS et de l’Université de Strasbourg, au sein de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC), ont réalisé une avancée majeure dans le traitement d’une maladie musculaire génétique grave pour laquelle il n’existe actuellement aucune thérapie, la myopathie centronucléaire liée à la mutation du gène BIN1. Leur étude, publiée dans Molecular Therapy, identifie pour la première fois une thérapie génique capable non seulement de prévenir totalement, mais aussi d’inverser la progression de cette maladie rare dans un modèle murin. Des résultats prometteurs qui sont un pas de plus dans l’identification d’un potentiel traitement chez l’humain.

Les myopathies congénitales sont des maladies musculaires génétiques rares dont les symptômes et la sévérité varient selon la nature du gène impliqué. Parmi elles, les myopathies centronucléaires sont caractérisées par une atteinte musculaire qui progresse avec le temps, causée par des anomalies de la structure interne des cellules des muscles squelettiques. Des mutations du gène BIN1, essentiel à l’adaptation des cellules à leur environnement et à l’organisation des fibres musculaires, sont responsables d’une part importante des cas de cette maladie.

À Strasbourg, une équipe de recherche menée par Jocelyn Laporte, directeur de recherche Inserm, s’intéresse tout particulièrement à l’étude des mutations du gène BIN1 dans la maladie avec l’objectif d’en comprendre les mécanismes et d’identifier de nouvelles pistes thérapeutiques.

Dans une nouvelle étude, l’équipe décrit, pour la première fois, les résultats encourageants d’une thérapie génique (cf. encadré ci-dessous) qu’ils ont développée et testée sur un modèle de souris atteintes par la maladie. Cette approche repose sur l’utilisation de vecteurs viraux spécifiques, ayant permis aux chercheurs d’agir de façon ciblée sur les gènes mutés dans les muscles atteints.

C’est quoi la thérapie génique ?

La thérapie génique consiste à introduire du matériel génétique dans des cellules pour soigner une maladie.

Une des difficultés associées au développement de la thérapie génique est qu’il faut trouver un moyen de faire pénétrer les gènes thérapeutiques dans les cellules du patient malade afin d’agir directement sur les gènes mutés, c’est-à-dire ceux présentant une anomalie. La thérapie génique utilise donc des outils appelés « vecteurs », en général des virus inactivés, pour assurer le transport et la livraison des gènes thérapeutiques au sein de la cellule. Les vecteurs viraux adéno-associés (AAV) sont actuellement considérés comme les plus performants.

Une autre difficulté repose dans l’identification d’un vecteur spécifique de la structure biologique que l’on souhaite cibler, afin d’éviter qu’il ne délivre le gène au sein de cellules saines d’autres organes non touchés par la maladie, ce qui pourrait avoir des effets graves sur leur fonctionnement. Ainsi, dans le cadre des myopathies, l’enjeu est d’identifier un vecteur qui ne ciblera que les cellules des muscles squelettiques et n’ira pas délivrer une copie du gène sain dans, par exemple, le foie, les poumons ou le cerveau.

Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé des vecteurs AAV pour délivrer une version non mutée et fonctionnelle du gène BIN1 dans sa forme spécifique au muscle squelettique (celle habituellement exprimée dans un muscle sain et nulle part ailleurs dans le corps) dans les muscles atteints. L’objectif : restaurer une fonction musculaire normale en compensant le gène muté responsable de la maladie.

L’équipe a identifié MyoAAV4A, un nouveau type d’AAV ciblant spécifiquement le muscle squelettique, comme particulièrement efficace pour la délivrance de BIN1, surpassant ainsi le vecteur AAV9 habituellement utilisé.

Un traitement précoce chez des souris nouveau-nées a ainsi permis de prévenir totalement l’apparition des symptômes de la maladie. De plus, une administration après le début de la maladie a permis d’inverser complètement les principales manifestations cliniques, notamment les troubles moteurs ainsi que l’atrophie et les anomalies de contraction musculaire.

Quatre semaines après traitement, les souris présentaient une normalisation de la structure et de leur fonction musculaire, ainsi qu’une restauration des principaux indicateurs biologiques témoignant du bon fonctionnement de la cellule musculaire.

« Cette recherche pionnière représente une avancée majeure dans la quête de traitements curatifs pour les myopathies centronucléaires en établissant le remplacement du gène BIN1 comme une stratégie thérapeutique prometteuse. Elle ouvre la voie à de nouvelles étapes de recherche vers le développement d’un essai clinique chez l’humain », explique Jacqueline JI, première autrice de l’étude.

« Nos résultats soulignent l’importance de cibler la forme de BIN1 spécifique au muscle squelettique et d’utiliser des vecteurs de nouvelle génération pour une thérapie génique musculaire sûre et efficace », conclut Jocelyn Laporte.

Ces résultats ont des implications plus larges. En effet, des anomalies de BIN1 sont également impliquées dans des pathologies cardiaques, certains cancers, ainsi que dans des maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer. Ainsi, la restauration de la fonctionnalité de BIN1 pourrait ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques dans plusieurs domaines.

Troubles du développement intellectuel : deux nouveaux gènes mis en cause

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Une équipe de recherche internationale pilotée en France par l’Inserm, le CNRS, le CHU Grenoble-Alpes, l’université Grenoble-Alpes, l’Assistance publique des hôpitaux de Paris – APHP et par l’université d’Essen en Allemagne, a réussi à identifier deux nouveaux gènes qui jouent un rôle dans l’apparition de troubles du développement intellectuel (TDI), en collaboration avec Sorbonne Université, le CHU de Nantes, l’université de Nantes et celle de Rouen-Normandie. Les scientifiques ont aussi réussi à développer deux nouveaux types de tests pour diagnostiquer le syndrome de Renu, une maladie rare associée aux mutations du gène RNU4-2 qui se manifeste, entre autres, par des retards de développement intellectuel. Ces résultats, publiés dans la revue Nature Genetics, reposent sur l’analyse de près de 24 000 génomes de patients français atteints de maladies rares. Ils permettent d’apporter un diagnostic à de nombreux patients qui étaient jusqu’alors dans l’errance diagnostique, en plus d’améliorer les connaissances sur les causes de ces maladies. Cette étude s’inscrit dans le cadre du plan France Médecine génomique piloté par l’Inserm.

Les troubles du développement intellectuel (TDI) correspondent à la « capacité sensiblement réduite de comprendre une information nouvelle ou complexe et d’apprendre et d’appliquer de nouvelles compétences (trouble de l’intelligence) », selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS)[1]. Cette limitation du fonctionnement adaptatif est visible dans divers secteurs d’aptitudes tels que la communication, les apprentissages scolaires, l’autonomie, la responsabilité individuelle, la vie sociale, le travail, les loisirs, la santé, ou encore la sécurité.

Ces troubles concernent environ 1 % de la population générale, d’après le ministère de la Santé[2]. Ils peuvent être liés à l’environnement ou à la génétique (plus de 1 680 gènes impliqués ont déjà été identifiés)[3], mais dans de nombreux cas, leur cause reste encore inconnue. Pour progresser dans la compréhension de ces maladies complexes, et identifier de nouveaux gènes associés à ces troubles, il était nécessaire de disposer de génomes entiers à étudier.

Grâce au déploiement du Plan France Médecine génomique 2025 piloté par l’Inserm, le séquençage de génomes entiers est maintenant proposé aux patients atteints de maladies rares ou de cancers pour orienter le diagnostic, le conseil génétique ou encore la prise en charge. Depuis son lancement en 2016, près de 100 000 séquençages ont déjà été effectués chez plus de 40 000 patients et leurs proches, fournissant aux scientifiques un vivier de données génétiques.

« Cette pratique a permis de poser un diagnostic pour environ 30 % des personnes concernées, parfois après des années d’impasse diagnostique, explique Frédérique Nowak, coordinatrice du plan France Médecine génomique 2025 à l’Inserm. Mais un autre objectif de ce plan était d’adosser la recherche aux données résultant de ces séquençages. »

Près de 24 000 génomes français

Ce second objectif est déjà atteint, à en croire les résultats d’une nouvelle étude supervisée par une équipe de recherche internationale franco-allemande[4]. À partir des analyses de 23 649 génomes de patients français atteints de maladies rares, auxquels en ont été ajoutés d’autres issus de collaborations internationales, le groupement de scientifiques a pu collecter une très large série de cas, confirmant l’implication majeure de deux gènes dans des troubles sévères du neurodéveloppement. Ces gènes codent pour des petits ARN, des molécules à la structure proche de l’ADN, qui appartiennent au « complexe majeur d’épissage ». Cette machinerie permet de « préparer » les ARN dits messagers, sortes de copies des gènes, avant qu’ils ne soient traduits en protéines.

« Ce travail a permis d’identifier 145 patients porteurs de mutations de novo, c’est-à-dire non transmises par les parents, dans le gène RNU4-2 et dix-huit patients en ce qui concerne le gène RNU5B-1, soit un nombre sans précédent de patients qui présentent une symptomatologie proche, notamment des retards de développement, des troubles du développement intellectuel, des microcéphalies ou encore des épilepsies résistantes aux traitements, indique Julien Thevenon, chercheur Inserm au sein de l’Unité 1029 , l’Institut pour l’avancée des biosciences (Inserm/CNRS/UGA), au CHU de Grenoble et co-dernier auteur de l’étude.

En procédant à des analyses sanguines, les équipes de recherche ont aussi réussi à développer deux nouveaux types de tests pour diagnostiquer le syndrome de Renu, la maladie rare associée aux mutations du gène RNU4-2 qui se manifeste, entre autres, par des retards de développement intellectuel et moteur, ou des troubles du langage.

Ces tests seront utiles en cas de difficulté à poser un diagnostic avec une analyse de l’ADN classique. Le premier, dit « transcriptomique », identifie la quantité et les caractéristiques des acides ribonucléiques (ou ARN) messagers produits lors de copie -ou transcription- d’une séquence génétique. Le second, dit épigénétique, étudie les modifications moléculaires qui surviennent sur l’ADN sans en modifier la séquence. Dans les deux cas, l’objectif est d’observer si ces caractéristiques se rapprochent de celles considérées comme la signature du syndrome de Renu.

La recherche a impliqué un grand nombre de chercheurs français affiliés aux deux laboratoires SeqOIA et AURAGEN, les deux seuls en France autorisés à effectuer les séquençages de génome entier (l’ensemble des chromosomes et des gènes de chaque patient) dans un cadre diagnostique.

« C’est un travail collectif et une bonne organisation de recherche qui doit encourager à renforcer la dynamique du plan France Médecine génomique », estime Caroline Nava, chercheuse au sein de l’Unité 1127, Institut du cerveau « Inserm/Sorbonne Université /CNRS) première autrice de l’étude. « C’est grâce à la puissance du nombre de données ainsi qu’aux collaborations avec des chercheurs du monde entier que nous pouvons effectuer de telles découvertes », abonde Christel Depienne, chercheuse à l’université d’Essen et co-dernière autrice de l’étude.

À la clé : apporter un diagnostic au plus grand nombre et sortir de l’errance diagnostique qui est une véritable épreuve pour les familles ; améliorer le conseil génétique en informant les parents sur le risque d’avoir d’autres enfants avec la même maladie, et enfin promouvoir le développement de thérapeutiques ciblant les mécanismes dysfonctionnels.

[1] https://www.who.int/southeastasia/health-topics/mental-health/key-terms-and-definitions-in-mental-health#intellectual

[2] handicap.gouv.fr/la-strategie-nationale-autisme-et-troubles-du-neurodeveloppement-2018-2022

[3] https://panelapp-aus.org/panels/250/

[4] Cette étude a été supervisée par Christel Depienne, chercheuse au CHU d’Essen en Allemagne, Julien Thevenon, chercheur Inserm à l’Institut pour l’avancée des biosciences et au CHU Grenoble-Alpes et Caroline Nava, chercheuse au sein de l’APHP et de l’Unité 1127, Institut du cerveau « Inserm/Sorbonne Université /CNRS)

Etude COPER : une étude nationale explore les causes physiopathologiques du Covid long

Microscopie électronique d’une cellule infectée par le SARS-CoV-2 © Philippe Roingeard, Anne Bull-Maurer, Sonia Georgeault, unité Inserm U1259 MAVIVH & Université de Tours, France

Alors que les conséquences à long terme du Covid-19 sévère sont bien documentées, les mécanismes à l’origine des symptômes persistants après une forme légère de la maladie restent encore largement méconnus. Des chercheurs de l’Institut Pierre Louis d’Epidémiologie et de Santé Publique (IPLESP), laboratoire de recherches de Sorbonne Université et de l’Inserm, dans une étude coordonnée par l’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE), présentent les résultats de l’étude COPER.  Cette étude apporte un éclairage inédit sur les liens entre les séquelles persistantes du Covid-19 (connues sous le nom de PASC – Post-Acute Sequelae of Covid-19– ou de Covid long) et des anomalies immuno-inflammatoires chez des patients non hospitalisés. L’étude révèle des relations complexes entre les variations de certains biomarqueurs, les types de symptômes persistants et le temps écoulés depuis l’infection. Ce projet a été labellisé comme Priorité Nationale de Recherche par le Comité d’Orientation Stratégique sur les essais cliniques et autres recherches sur la COVID-19 (CAPNET), et financé par le ministère de la Santé et de la Prévention ainsi que le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Ces travaux sont publiés dans la revue eBioMedicine, le 1er juin 2025.

Les séquelles persistantes du Covid-19, neurologiques, cardiovasculaires ou respiratoires, connues sous le nom de PASC (Post-Acute Sequelae of Covid-19), ne concernent pas uniquement les formes graves. Fin 2022, une revue critique de la littérature scientifique a mis en lumière les nombreuses hypothèses explorées pour expliquer le COVID long : persistance virale, dérèglement immunitaire, inflammation chronique, dysfonction endothéliale, troubles de la coagulation, auto-immunité ou encore atteinte mitochondriale. Si certains travaux soutiennent ces pistes grâce à des biomarqueurs (IL-6, IFNγ, TNF-α, etc.), de nombreuses limites méthodologiques ont été relevées : effectifs réduits, absence de groupes témoins, manque d’ajustement statistique, et surtout exclusion fréquente des patients non hospitalisés — alors qu’ils constituent la majorité des cas de COVID long.

Une étude de grande ampleur sur le Covid long

L’étude COPER, lancée en 2022 émet l’hypothèse que la variabilité des symptômes cliniques peut être attribuée à plusieurs mécanismes sous-jacents. Pour étudier cette hypothèse, une cohorte suffisamment importante a été constituée pour examiner les symptômes, les biomarqueurs et leur évolution au fil du temps.

Entre juin et novembre 2022, 1000 participants issus des cohortes en population générale (CONSTANCE, E3N-generation, Nutrinet-Santé) ont été inclus. Au total, 801 participants ont été inclus dans ce premier travail et répartis en deux groupes : un groupe de personnes totalement rétablies d’une infection par le SARS-COV-2 (n = 490) et un groupe souffrant encore de symptômes persistants (n = 311), tels que fatigue, essoufflement, toux ou troubles du sommeil. Aucun participant n’a été hospitalisé. L’objectif de l’étude était de mieux comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents aux symptômes persistants observés après une infection par le SARS-CoV-2 chez des patients non hospitalisés.

Des différences biologiques chez certains patients symptomatiques

Les analyses biologiques menées lors de deux visites à domicile à six mois d’intervalle ont révélé des associations significatives entre certains biomarqueurs sanguins et les symptômes persistants, notamment les biomarqueurs liés à l’activation virale, à la gravité du Covid-19 ou encore à l’inflammation vasculaire. Toutefois, ces anomalies ne semblent pas durer dans le temps, suggérant le caractère transitoire de certains mécanismes.

« Une des conclusions de l’étude est que l’étude des marqueurs inflammatoires est probablement insuffisante pour discriminer les personnes souffrant de covid long. Des études utilisant une méthodologie similaire et prenant en compte d’autres biomarqueurs doivent être réalisées » Olivier Robineau, Université de Lille.

Conclusion

Au-delà de la réussite logistique que représente la mise en œuvre d’une telle étude — incluant la collaboration entre différentes cohortes, l’organisation de visites à domicile et l’acheminement d’échantillons depuis l’ensemble du territoire français — cette première publication issue de cette cohorte souligne l’hétérogénéité clinique et biologique du Covid long, ainsi que l’influence du temps écoulé depuis l’infection sur les biomarqueurs analysés.

Elle souligne l’importance de réaliser des études « multi-omiques » intégrée combinant plusieurs types de données (génomique, transcriptomique, protéomique, métabolomique, etc.) pour obtenir une vision globale et multidimensionnelle des processus potentiellement impliqués dans les syndromes post infectieux. Ce type d’étude nécessite des financements conséquents.  Un dispositif de ce type et la méthodologie utilisée pourraient s’appliquer à l’étude de symptômes persistants survenant après d’autres infections dans le cadre d’épidémies et d’émergences de nouveaux agents pathogènes se diffusant dans la population générale.

« Les premiers essais thérapeutiques sont assez décevants en termes de prise en charge médicamenteuse, peut être par l’hétérogénéité des patients inclus. Notre étude suggère que la recherche thérapeutique devra prendre en compte au minimum les symptômes et le temps depuis l’infection pour créer des groupes d’études les plus homogènes possibles. On va vers une médecine personnalisée ou de précision. » Olivier Robineau, Université de Lille.

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